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RESTAURATRICE DU MONASTÈRE DE FLINES

aussitôt entre ces deux femmes, faites pour se comprendre : Dame Julie communiqua ses projets à la comtesse, et celle-ci n’épargna aucun effort, aucune démarche pour en faciliter la réalisation. A Douai, à Lille, à Paris, on la voit frapper à toutes les portes, solliciter des recommandations et un appui pour une œuvre devenue en quelque sorte la sienne, interpeller préfets et ministres et trouver partout des appuis. Elle écrit des lettres, des mémoires et des notes innombrables : elle se fait la secrétaire bénévole de madame de Combremont pour la vaste correspondance que nécessitent ses négociations, d’une part avec les autorités civiles, et de l’autre avec les religieuses qu’elle veut rassembler autour d’elle. Enfin, résumant ce qu’elle a vu, madame de Clermont-Tonnerre écrit une relation détaillée dans laquelle j’ai puisé souvent pour l’histoire de cette période de reconstitution L

Il y avait pour arriver au but beaucoup d’obstacles à vaincre. Le premier était le manque de ressources matérielles. Réclamer l’ancienne dotation du monastère, on ne pouvait y songer à aucun point de vue : le concordat de 1801, dans l’intérêt de la paix des consciences, a sanctionné toutes les aliénations de biens ecclésiastiques, et par cette concession du chef de l’Église les acquéreurs en sont devenus légitimes propriétaires.

Il y avait donc là un fait consommé et une situation sur laquelle le gouvernement ne voulait ni ne pouvait revenir. Il n’en était pas de même pour les biens encore invendus. Un moment, les Dames de Flines crurent qu’elles pourraient obtenir la restitution de leurs bois, qui, elles le croyaient du moins, se trouvaient dans cette catégorie. Toutefois, elles se dirent qu’en présence des difficultés financières du moment, il n’était pas opportun encore de les réclamer 1 2.

1. Commencement et progrès de la réunion des Dames de l’abbaye royale de Flines en communauté. Manuscrit in-folio, au monastère. — Les pièces indiquées ici, et celles que j'aurai souvent occasion de citer par la suite, se trouvent, sauf indication contraire, dans les archives de la communauté, où on les a réunies depuis l’origine avec un soin digne d'éloges.

Sophie-Joseph Défontaine, veuve douairière de M. Alexandre Louis, comte de Clermont-Tonnerre, est décédée à Douai le 84 mars 1847, à l’âge de quatrevingts ans.

2. Lettre de Dame Julie de Combremont à Dame Emmanuelle Joye, 10 février 1815.

Elles ne tardèrent pas à comprendre qu’il fallait absolument s’abstenir de toucher cette corde. Rien de plus simple en soi qu’une pareille revendication : de fait, elle n’avait pas la moindre chance d’être accueillie sous un gouvernement bien intentionné sans doute, mais dominé par les nécessités de sa position, et surtout par l’esprit révolutionnaire, qui le fascina dès l’origine et prépara sa chute.

Aussi madame de Combremont se borna-t-elle à solliciter l’autorisation de se réunir en communauté avec celles de ses consœurs qui partageraient ses vues. Son pensionnat était une œuvre d’utilité publique et une ressource capable d’assurer leur subsistance. Grâce à la générosité du Conseil municipal de Douai, elle se vit en mesure d’étendre le bienfait d’une éducation solide et chrétienne à une classe de la population aussi nombreuse qu’intéressante. Elle pensa qu’à côté des écoles populaires admirablement tenues par les religieuses de la Providence 1 2 , il y avait place pour un enseignement spécial offert à des familles honnêtes, qui vivent honorablement de leur travail ou d’un petit commerce, mais qui ont trop peu d’aisance pour payer les frais relativement élevés que comporte l’éducation des pensionnats. Elle exposa ses vues dans une lettre adressée au Conseil municipal le 11 février 1818. Celuici, tout en regrettant que l’état des finances de la ville ne lui permît pas de concourir aux frais de premier établissement, accueillit ce projet avec sympathie, et lui donna son concours sous une autre forme. Dans sa séance du 15 avril 1818, il vota une subvention annuelle de 2.400 francs, à condition que la communauté des Dames de Flines « se chargerait de donner constamment à quatre-vingts filles désignées par la mairie, l’instruction gratuite que donnaient autrefois les établissements connus sous les noms de la Congrégation et des Filles de Sainte-Agnès ~. » Les enfants admises dans cette école doivent

1 . Les lilles du Bon-Pasteur, dites de la Providence, vinrent de Paris se fixer à Douai en 1680, pour s'adonner à l’éducation des pauvres filles. Leur maison, englobée aujourd’hui (1874) dans celle de la Sainte-Union, était située sur le rang sud de la rue des Malvaux. Rétablies en 1806, les religieuses de la Providence ont depuis cette époque repris leur humble ministère avec un zèle et un succès que la ville sut apprécier à sa valeur. Elles ont obtenu en 1827 l'approbation du gouvernement.

2. Les religieuses de la Congrégation Notre-Dame, dites Sémeriennes, vinrent de Valenciennes se fixer à Douai en 1699 pour y tenir un pensionnat et des

être choisies « parmi celles des marchands et artisans ayant peu d’aisance, mais non repris sur la liste des indigents h »

Le maire de Douai. M. Becquet de Mégille, s’empressa le jour même d’annoncer cette nouvelle à madame de Combremont. Il l’engageait à se procurer sans retard un local convenable à cette destination, et à se mettre en mesure d’obtenir l’approbation gouvernementale. Il terminait en lui promettant la protection la plus entière de la part de l’administration municipale, et en lui exprimant ses plus vives sympathies pour l’œuvre à entreprendre * 1 2.

Ces bonnes dispositions ne se démentirent point. Elles se montrèrent chaque fois qu’il s’agit d'appuyer les démarches que faisaient nos religieuses pour obtenir la reconnaissance légale. Il fallut près de dix années d’efforts persévérants pour atteindre ce but. Les premières sollicitations en 1818 n’amenèrent qu’un refus formel : malgré l’avis favorable de l’évêque et du préfet 3, malgré le désir des magistrats municipaux et des habitants de Douai, le ministre de l’intérieur déclara que le gouvernement avait résolu de n’autoriser que des associations ayant par ellesmêmes des ressources assurées, et que par suite il ne regardait pas comme susceptible d’être accueillie la requête des Dames de Flines 4.

Cette réponse, notifiée par voie administrative, était loin d’être encourageante. Sans se laisser abattre, on résolut de se constituer en association civile, d’acheter un immeuble, de s’y établir solidement, et puis de recommencer des démarches qui auraient alors plus de chances d’aboutir à un résultat favorable 5,

écoles. Établies d'abord dans la rue appelée aujourd’hui de l'Université (autrefois rue du Mont-de-Piété), elles achetèrent ensuite un terrain aboutissant rue du Pont-des-Pierres et rue Saint-Julien, et y bâtirent une maison d’où la Révolution les chassa le 16 septembre 1792.

Les lilles de Sainte-Agnès, fondées en 1580 par Renfroie Dufios, avaient aussi des écoles et un pensionnat pour les jeunes personnes. Leur maison était située sur le rang ouest de la rue de Paris, à l'endroit même où les PP. Jésuites se sont établis. Auparavant, le progrès moderne y avait ouvert une guinguette où les jeunes filles allaient désapprendre ce que les sœurs de Sainte-Agnès enseignaient jadis.

1. Registre aux titres du monastère de Notre-Dame de Flines, pp. 15 et 16.

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