Le préfet du Nord au sous-préfet de Douai, 30 juin
5. Les archives du monastère renferment des pièces très nombreuses relative-
L’Oratoire, auquel on avait songé comme siège du futur monastère, venait d’être vendu. Tl fallut donc chercher autre chose.
Le 13 juillet 1818, madame de Combremont acheta de M. Albert-Henri Fouquay une grande maison, avec cour et jardin, située rue du Gouvernement, au centre de la ville. Homme de foi et de science, M. Fouquay tenait depuis 1707 une institution qui jouit d’une juste célébrité pendant les premières années du XIXe siècle b Elle rendit des services d’autant plus considérables que la Révolution avait détruit tous les établissements d’instruction publique, et que, jusqu’à l’organisation de l’université napoléonienne, cette maison fut la seule à Douai où l’on pût encore faire des études. C’est là que le projet de réunion des Dames de Flines devait enfin recevoir son accomplissement : c’est là que le nouveau monastère a pu s’établir et trouver peu à peu, par des agrandissements successifs, l’espace que réclamait son importance croissante.
Dans son ensemble, la maison actuelle est l’ancien refuge de Saint- Yaast d’Arras, depuis hôtel du Gouvernement : le pensionnat Fouquay, acheté en premier lieu, ne constituait que le quart environ de la propriété totale. La célèbre abbaye d’Arras avait son refuge à cette place dès le XIIIe siècle * 1 2 3 : au XVIe, c’était la plus belle habitation de la ville a. Louis XIV y logea
ment aux démarches qui furent faites de 1818 à 1823 pour obtenir l’approbation gouvernementale et l’existence civile. Une des plus curieuses est la minute originale de la supplique envoyée au ministre de l'intérieur le 8 février 1819, par l’entremise du préfet du Nord. C’est l'œuvre de M. Martin (du Nord), alors avocat au barreau de Douai.
1. De 1797 à 1809, époque où l’université impériale fut organisée, M. Fouquay a formé un grand nombre d'hommes distingués, qui plus tard sont arrivés à des positions éminentes, et dont plusieurs se sont fait un nom dans les lettres ou dans la politique. Je citerai seulement M. Martin (du Nord), le ministre de Louis-Philippe, et le Dr Leglay, archiviste du Nord. M. Duthillœul, dans sa Galerie douaisienne, pp. 159-162, a consacré une notice à cet homme de bien, dont lui aussi avait été l’élève.
2. En février 1286-1287, les échevins de Douai accordèrent à l'abbaye de Saint- Vaast un privilège d’exemption pour son refuge situé dans la rue des Wez. La rue actuelle du Gouvernement portait alors ce nom, et l’enceinte de la ville s'arrêtait où commence aujourd’hui la rue des Wez.
3. Jacques Lessabé, moine de Marchiennes, s'exprime de la sorte en parlant de Douai dans un curieux opuscule : « Ædes pleræque non dicendæ venustatis, quæ singulos liabent insularios. In iis abbatis hujus cœnobii cui apud Atrebates divo Vedasto nomen præcipua laus est. » (J. Lessabæi Hannoniæ urliium et nominatorum loeorum ac cœnobiorum, adjectis aliquot limitaneis, ex Annalibus anacephalaiosis, p. LXXXII de la réimpression contenue dans les Monuments pour servir à l'histoire de Namur, Hainaut et Luxembourg , t. I, Bruxelles, 1844.)
deux fois : en 1670 et en 1676 l. En 1677, la ville en fit l'acquisition pour y installer le gouverneur. Pendant le siège de 1710, une bombe incendia l’hôtel, qui fut ensuite vendu par lots, et fit place à plusieurs habitations particulières 2.
Celle de M. Fouquay fut cédée à la restauratrice de Flines pour la modique somme de 18,000 francs. En y ajoutant les frais d’appropriation et d’aménagement, il fallait au plus bas mot trouver 30,000 francs. Ce n'était pas chose facile dans la situation où se trouvaient les pauvres Dames. Cependant elles y parvinrent, en partie par leurs propi’es ressources, en partie au moyen d’un emprunt dont les titres, fixés à cinq cents francs, étaient remboursables sans intérêt, à échéance fixe et dans un ordre déterminé par le sort. Plusieurs bienfaiteurs qui s’intéressaient à l'œuvre souscrivirent les titres de cet emprunt. L’un d’eux, M. Deforest de Lewarde, si connu à Douai par ses belles fondations, refusa plus tard le remboursement qui lui fut offert. La communauté doit une éternelle reconnaissance aux personnes qui lui vinrent en aide par un secours sans lequel l’œuvre n’eût pu être menée à bonne fin. Aussi, je regarde comme un devoir d’enregistrer ici leurs noms. Ce sont, outre M. de Lewarde, MM. Blanquart de Bailleul, procureur général près la cour royale de Douai ; Marescailles de Courcelles et Pierre Dubois, présidents à la même cour ; Mathieu Dubois, ancien commissaire des guerres, chevalier de Saint-Louis ; Félix de Beaumaretz, aussi chevalier de Saint-Louis, et Simon de Beaumaretz, colonel d’artillerie, avec mesdemoiselles Pélagie et Louise de Beaumaretz, leurs sœurs ; Bernard Wacquez, propriétaire ; Emmanuel Polonceau, proviseur du collège royal, et Jean Reboule, propriétaire à Ouincy 3.
C’est la seule fois que les Dames de Flines aient eu recours à la générosité des fidèles. Pendant les vingt années qui suivirent la constitution du monastère, elles ont traversé des moments bien critiques. Dieu a soutenu leur courage : avec sa protection toute-puissante, elles sont arrivées à une situation qui assure au point de vue financier le fonctionnement de leurs œuvres et le maintien de l’association. Ainsi se trouve réalisé l’idéal
1. Plouvain, Souvenirs à l'usage des habitants de Douai, p. 388.