Registre aux titres , pp
entrevu dès le premier jour et poursuivi avec une inébranlable confiance.
Vivre de leur travail, c’est tout ce peuvent désirer des enfants de saint Benoît fidèles à l’esprit de leur père Jadis les moines défrichaient les landes et les forêts incultes. Une tâche à la fois plus noble et plus féconde en résultats s’offrit à l’activité de nos religieuses : cultiver les intelligences, déposer dans les cœurs des semences de piété et de vertu. Il est vrai que le labeur incessant de la formation des âmes devait modifier profondément leur genre d’existence. Mais pouvaient-elles choisir ? Une œuvre extérieure était nécessaire pour obtenir l’approbation gouvernementale et pour se créer des ressources. A un autre point de vue, le sacrifice qu’elles faisaient de leurs goûts de pieuse retraite et de contemplation solitaire était largement compensé par l’importance de la mission offerte à leur zèle. L’œuvre de l’éducation, auxiliaire de l’apostolat, est cà notre époque un instrument de salut et de préservation sociale. Où en serions-nous sans les phalanges de vierges chrétiennes qui, en sauvant de la contagion de l’erreur et du vice un grand nombre de mères, ont maintenu la religion au foyer domestique et près du berceau de l’enfant ?
Malheureusement, il n’était pas facile de recruter parmi les anciennes professes les éléments d’une communauté, et surtout d’une communauté enseignante. Sorties du cloître depuis vingt-six ans, leur nombre était considérablement réduit par la mort : il ne restait que vingt-deux religieuses de chœur et douze converses, quelques-unes accablées de vieillesse, d’autres souffrantes et infirmes, toutes ayant pris ailleurs leurs habitudes et parvenues à un âge où on ne peut guère les changer. Puis l’œuvre de l’éducation demande un attrait et des aptitudes spéciales : ce n’est pas généralement au déclin de la vie qu’on se résout à débuter dans cette carrière. Enfin, le nouveau monastère de Notre-Dame de Flines n’était ni établi ni autorisé : l’avenir se présentait sous un aspect si incertain qu’il y avait là, pour plusieurs sans doute, une source nouvelle d’hésitations.
1. « Tune vere monachi sunt, si labore manuum suarum vivunt, sicut et patres nostri et Apostoli. » ( Reg . s. Ben., c. XLVIII.)
Les pourparlers engagés dès le commencement de 1818 firent entrevoir la possibilité d’en réunir une douzaine, huit religieuses de chœur et quatre converses. De fait, il s’en trouva cinq de la première catégorie et deux de la seconde, qui, par acte passé devant notaire le 30 novembre de cette même année, se constituèrent en société civile, en attendant qu’elles fussent reconnues comme association religieuse par le pouvoir public. Une d’entre elles, Dame Sabine Lecerf, recula ensuite, et par conséquent le chiffre se trouva réduit à six personnes.
Toutes choses se trouvant disposées, et le consentement de Monseigneur Belmas, évêque de Cambrai, ayant été obtenu, les religieuses qui formaient la petite communauté se réunirent dans la maison disposée pour les recevoir. C’étaient les Dames Eugénie et Emmanuelle Joye, Lucie Delemotte et Julie Lethueur de Combremont ; les sœurs Clotilde Dewewer et Catherine Podvin. Les deux premières n’eurent pas besoin de reprendre l'habit , puisqu’elles continuaient toujours à le porter dans leur ermitage d’Aubers ; les autres s’en revêtirent pour la première fois le jour de l’Epiphanie, G janvier 1819 L
Le pensionnat, réorganisé sur un pied nouveau, avait repris ses classes à la rentrée d’octobre 1 2. L’école gratuite fut ouverte le 15 janvier.
Le personnel des religieuses ne pouvait suffire à ce double enseignement, quoique le nombre de pensionnaires n’atteignit pas tout à fait la trentaine, chiffre qui n’était pas sans importance à cette époque, et qui fut doublé en deux ou trois ans. Lors de ces premiers débuts, les classes furent en grande partie tenues par des sous-maîtresses séculières, en attendant que la communauté s’adjoignît des forces plus jeunes et plus nombreuses. Une ancienne professe de Flines, Dame Cordule Boileux, prêta un concours dévoué à ses consœurs et rendit les meilleurs services dans l’école gratuite, bien que, pour des motifs que nous ignorons, elle ne se soit pas décidée à faire partie de la communauté.
1. Relation citée ci-dessus de Mmc de Clermont-Tonnerre, p. 5.
2. J’ai sous les yeux un prospectus imprimé qui porte la date du 7 août 1818. C’est à coup sûr un des plus anciens spécimens du genre. Le prix de la pension était de 500 francs, plus 25 francs d’entrée pour menus frais, 60 ou 90 francs de blanchissage selon les cas, et les leçons particulières de harpe, piano, musique vocale, dessin, langue italienne ou anglaise, etc., dont le prix variait de 50 ou 60 centimes à un franc le cachet.
Madame de Combremont était l’âme de la maison. Ses talents, son expérience de l’enseignement dans un âge qui conservait toute la vigueur et l’activité nécessaires à cette tâche, avec cela un ensemble de qualités personnelles qui l’y rendaient éminemment propre, tout devait lui faire continuer une direction déjà éprouvée et féconde entre ses mains. Ses consœurs l’élurent donc pour gouverner, sous le titre de prieure, la communauté et le pensionnat.
Le vénérable directeur, I). Cajetan Wantier, qui s’était fixé à Douai depuis son retour de l’exil , reprit avec joie ses anciennes fonctions. On disposa un salon pour servir de chapelle : les Dames, les pensionnaires, et plusieurs personnes de la ville qui s’intéressaient à la maison se chargèrent d’orner décemment le petit sanctuaire et de fournir ce qui était requis pour la célébration du culte.
Quoiqu’elles eussent dès lors le bonheur d’entendre chaque jour la messe chez elles, les Dames de Flines furent obligées quelque temps encore de conduire leurs élèves à l’église Saint- Pierre pour la messe paroissiale du dimanche, et même pour la confession. Les religieuses seules avaient le privilège de se confesser dans la chapelle de la maison.
Ces restrictions, l’autorité diocésaine les imposa en se conformant à des vues particulières, à des exigences locales inspirées sans nul doute par le désir du bien, mais si faciles à combattre par des motifs d’un ordre supérieur, que l’on s’étonne à bon droit de les avoir vues se produire. Ce régime dura peu : au commencement d'avril, M. Carpentier, doyen de Saint-Pierre, accueillant les observations qui lui furent faites, consentit à ce que le pensionnat cessât de fréquenter son église. Monseigneur Belmas accorda les plus amples autorisations, et même il permit de célébrer au monastère les funérailles des religieuses L
Les années qui suivirent furent marquées par un progrès notable des œuvres entreprises, le pensionnat et l’école gratuite. Le Conseil municipal, vu les résultats obtenus, porta la subvention annuelle à 3,000 francs, à .condition que l’on admettrait cent élèves au lieu de quatre-vingts. Les postulantes