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Lettres de l'abbé du Port-du-Salut, 9 avril

le premier feu de l’enthousiasme. Non pas que les dispositions des religieuses fussent changées , mais les circonstances étaient plus fortes que ces dispositions. Le local trop restreint ne permettait pas d’établir la clôture à côté du pensionnat et des classes d’externes. Supposé qu’elle eût été possible, la clôture stricte se conciliait difficilement avec les nécessités d’un grand établissement scolaire, et soulevait chez les familles une répulsion presque insurmontable. Encore un peu , l’œuvre depuis si féconde était arrêtée, étouffée dans son germe.

La difficulté n’était pas moindre du côté du personnel et des obligations de la vie régulière. L’enseignement ne cadre avec les observations de la Trappe qu’à la condition de former un simple accessoire, occupant un petit nombre de personnes pendant que la communauté en masse y reste étrangère et vaque paisiblement à ses exercices. Le peu de religieuses qui se trouvaient à Notre-Dame de Flines étaient plus qu’absorbées par le travail des classes. Depuis, la situation, en se modifiant dans un sens, n’a pas amené de changement bien notable au point de vue des occupations qui incombent à chacune, car la tâche s’est accrue à mesure que se multipliaient les ouvrières. Tout en étant bien plus nombreuses, elles sont maintenant aussi occupées qu’elles l’étaient alors.

Aussi a-t-il fallu maintenir le service du chœur dans des limites compatibles avec cette vie laborieuse. Aujourd’hui comme en 1S24, et il n’y a pas d’apparence que cela puisse changer, la simple psalmodie remplace le chant à l’office de tous les jours. On ne chante que la messe et les vêpres des dimanches et des jours de grandes fêtes, le Suit tuum de la messe conventuelle, et le Salve Regina de compiles tous les jours de l’année. Très attachées à la vénérable liturgie de C-îteaux, nos religieuses ont obtenu du Saint-Siège un induit qui autorise Fusage du Missel cistercien pour tous les prêtres qui célèbrent dans leur église.

Sous le rapport de la clôture et des observances en général, rien n’a été changé. Cependant, vu la fatigue causée par les rudes labeurs de l’enseignement, communs à toutes les religieuses, l’autorité diocésaine a cru devoir faire cesser l’obligation de l’abstinence en dehors des jours où elle existe pour tous les fidèles. Aussi bien, les dispenses nécessaires étaient si

multipliées, qu’elles finissaient par embrasser à peu près tout le monde. Dans ce cas, évidemment, il vaut mieux prendre une mesure générale, que d’avoir en permanence un système d’exceptions remplaçant une règle désormais fictive et sans objet. La dispense générale de l’abstinence monastique n’est pas un fait isolé dans les temps modernes, et il y en a plus anciennement des exemples, même dans des instituts réformés.

Certes, le bien que l’on fait par l’éducation chrétienne donnée à un grand nombre de jeunes filles, et l'heureuse influence exercée par là sur la société, sont une compensation suffisante à de pareils adoucissements. En outre, cette mission laborieuse et entourée de tant de sollicitudes, n’est-elle pas elle même une pénitence plus dure que l’abstinence, à laquelle on s’habitue sans trop de peine ? Combien qui préféreraient la vie calme de la trappistine, de la chartreuse, de la carmélite, avec ses douceurs spirituelles et l’absence de soucis, à l’existence agitée de religieuses qui doivent diriger et former tout un monde d’enfants, en un mot combien qui choisiraient la part de Marie plutôt que celle de Marthe ?

Il y a dans l’église des dons différents et des œuvres multiples L Heureuses les vierges qui vivent à l’ombre tutélaire du cloître et qui, absorbées parle service de Dieu, commencent ici-bas, dans une sorte d’avant-goût du paradis, l’hymne éternel des élus ! Mais aussi heureuses et trois fois heureuses celles qui gagnent des âmes à Dieu, et qui accomplissent une grande œuvre de charité chrétienne, sans perdre de vue le soin de leur perfection ! Associées aux travaux des apôtres, elles en auront la récompense.

Cette dernière voie s’ouvrait devant les Dames de Flines, toute tracée par des indications providentielles. Les religieuses de Laval le comprirent : on vit de part et d’autre avec évidence que le projet d’une union fraternelle par la conformité des observances et la soumission aux mêmes règles était irréalisable. En conséquence, la mère Gertrude et ses compagnes reprirent le chemin de Laval, emmenant avec elles deux converses de Notre-Dame de Flines, qui désirèrent les suivre et qui en obtinrent l’autorisation.

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