‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 199 sur 264 · Conseil général du. Nord, 1866, p · texte numérisé non relu

Conseil général du. Nord, 1866, p

2. Ibid., p. 501. — Il serait facile de multiplier les citations en prenant l'un après l'autre tous les procès-verbaux des délibérations du conseil général depuis l’année 1847, qui est la première où l’occasion se soit présentée de faire connaître à cette assemblée l'état du cours normal d’institutrices et les résultats obtenus.

Sur 281 élèves du cours normal qui ont eu à subir jusqu’à présent (1874) les examens pour le brevet de capacité, 16 seulement ont échoué, quelques-unes par un de ces accidents que connaissent tous ceux qui sont familiers avec les examens : toutes se sont relevées à la session suivante. Près de 200 exercent actuellement comme institutrices ; 40 sont mortes à l’œuvre ; quelques-unes ont abandonné l’enseignement ; d’autres sont entrées dans diverses congrégations religieuses.

reçurent des autorités universitaires, des inspecteurs généraux et des ministres eux-mêmes. Contentons-nous de quelques citations et de quelques faits plus saillants.

Une mention honorable en 1853, une médaille de bronze en 1808 furent accordées à cet établissement. Ce n’était qu’un prélude. Le 8 mars 1870, M. l’inspecteur d’académie Jarry écrivait : « Je vous propose cette année, Madame la Directrice, pour la médaille d’argent, la plus haute de nos récompenses universitaires. Il y a longtemps que vos éminents services, et ceux de vos collaboratrices si distinguées, si dévouées, auraient dû vous les faire obtenir. » Deux mois plus tard, la médaille d’argent était décernée à Madame la Prieure, officiellement reconnue comme Directrice du cours normal.

En 1877, elle était nommée officier d’académie. Cette décoration, peu prodiguée alors, était surtout très rarement décernée aux dames. Ce qui en rehausse davantage le prix, ce sont les chaudes approbations qu’elle rencontra partout, dans le monde officiel et dans le monde universitaire. Le préfet, le recteur, l’inspecteur d’académie écrivirent à cette occasion des lettres très sympathiques et très élogieuses. « Le ministre, disait le recteur, et disaient en substance les autres personnages indiqués, a voulu récompenser les précieux services rendus par vous-même et par votre ordre tout entier à l’enseignement primaire, et c’est pour moi un véritable bonheur que d’être, en cette circonstance, l’interprète du chef de l’Université. »

En 1878, M. l’inspecteur général Baudouin vient faire exécuter par les élèves du cours normal de Douai un travail dont il emporte les copies, bientôt renvoyées avec ses « compliments sincères. » Il en signale quelques-unes comme étant plus particulièrement remarquables. L’année suivante, il assiste en personne aux examens du brevet supérieur, et il déclare que les aspirantes du cours normal savent mieux et répondent avec plus de précision que les élèves des baccalauréats. Il emporte à Paris, comme spécimen, une épreuve de dessin en relief, travail d’une élève maîtresse, pour montrer aux Parisiennes la supériorité de leurs émules en province.

En 1880,un autre inspecteur général, M. Brouard, récompense deux élèves pour exercices littéraires exécutés devant lui. Il assiste à une leçon d’histoire donnée par une autre élève, et il

en est si satisfait, qu’à son retour à Paris, il lui envoie un exemplaire de son Histoire de France.

Lors de l’inspection de 1881, M. Carré, directeur départemental, après avoir témoigné, lui aussi, sa complète satisfaction, se montre étonné de la façon dont les élèves du cours normal répondent sur une partie du programme récemment ajoutée.

Pour finir, laissons la parole au ministre Jules Ferry, qui, certes, ne fut jamais suspect de tendresse envers l’Église et les établissements religieux. Voici comment il s’exprime dans une lettre officielle, qui porte la date du 28 avril 1880 : « Madame la Directrice, le jury de l’Exposition universelle de 1878 a confirmé les sentiments de l’opinion publique, en rendant hommage aux travaux que vous avez bien voulu exposer dans les salles réservées à mon ministère. Il m’appartient, cependant, Madame, de consacrer à mon tour, par des félicitations personnelles, la part que vous avez prise au succès éclatant de mon administration. C’est avec la plus vive satisfaction que je remplis ce devoir de gratitude. » Le cours normal avait envoyé à l’Exposition universelle de 1878 des spécimens d’écriture, des cartes de géographie, des tableaux historiques, des travaux à l’aiguille. Ce petit lot fut remarqué et obtint du jury une mention honorable. C’est à cela que se rapporte la lettre de Jules Ferry.

Tout cela est exposé en détail dans un mémoire présenté le 18 novembre 1883, à l’assemblée générale des catholiques du Nord et du Pas-de-Calais l, par M. Mascaux, un magistrat éminent qui, comme tant d’autres, brisa sa carrière lors des premières atteintes portées à la justice et au droit par les mesures de persécution contre les ordres religieux et les institutions catholiques. S’appuyant toujours sur les pièces officielles, particulièrement sur les rapports des inspecteurs, M. Mascaux montre ce qu’était le cours normal des Dames de Flines, dont les élèves étaient toujours reçues au premier rang et avec

1. Rapport de M. Mascaux sur le Cours normal des Dames de Flines , à Douai, dans le compte rendu de l'Assemblée générale des Catholiques du Nord, et du Pas-de-Calais, tenue à Lille du 13 au 18 novembre 1883 (Lille, imprimerie Lefebvre-Ducrocq, 1884). Nous reproduisons ci-dessous, dans l'appendice, n° V, ce document qui est à lire en entier. Y. surtout les pp. 332-337.

mentions spéciales aux examens du brevet supérieur. Elles ont même contribué à en faire hausser le niveau.

Ceux qui sont au courant des polémiques soulevées par Madame Marie du Sacré-Cœur et ses partisans, ont sans doute déjà conclu de ce qui précède que la faiblesse et les lacunes signalées dans l’enseignement catholique des jeunes filles, n’étaient ni aussi générales, ni aussi étendues qu’on le prétendait. Nous avons ici un vrai modèle, reconnu par les universitaires eux-mêmes. C’est ce cours normal dont les élèves, suivant M. l’inspecteur général Baudouin, savaient mieux et répondaient avec plus de précision que les candidats aux épreuves des baccalauréats, à tel point que le même dignitaire voulait se servir de leurs travaux « pour montrer aux Parisiennes la supériorité de leurs émules en province. » Et, ce qui ne gâte rien, la formation pédagogique allait de pair avec la culture de l’esprit. Les institutrices sorties du cours normal, écrivait M. Grimon, inspecteur à Lille, « ont une tenue digne, une toilette simple : l’esprit du devoir les guide ; il y a dans leurs classes une ferme discipline ; parents et amis les estiment et les aiment 1 2 * *. »

Le pensionnat de Flines, ouvert en 1847, devint la pépinière de l’École normale, qui puisait là ses meilleurs éléments : il fournit en outre par lui-même un certain nombre d’institutrices qui prenaient leur brevet au sortir de ses classes, et qui se consacraient à l’enseignement public ou privé dans le département du Nord. L’établissement comptait en outre beaucoup d’élèves qui ne se destinaient point à cette carrière : elles venaient y chercher une éducation solide et soignée, offerte dans des conditions accessibles aux fortunes modestes, et appropriées à la situation sociale des personnes qui vivent dans cet honnête milieu.

Cette nouvelle création ne fut pas résolue sans peine. M. Herrengt 8, alors curé de Flines, en était le promoteur. Il sut intéresser à sa cause Mgr Giraud, archevêque de Cambrai : et les instances du prélat triomphèrent des refus que la communauté opposa tout d’abord aux sollicitations qui lui étaient adressées.

1. V. le Mémoire de M. Mascaux, p. 333, et les extraits cités ci-dessus des délibérations du Conseil général du Nord.

2. M. Herrengt, qui occupa pendant six ans la cure de Flines, est mort doyen

de Notre-Dame à Roubaix, le 5 avril 1871. La Semaine religieuse du diocèse de

Cambrai lui a consacré une notice, année 1870-1871, pp. 812-815, 829-831.

Le bon prêtre qui désirait vivement doter sa paroisse d’un tel établissement n’avait aucune ressource à sa disposition pour en couvrir les frais, ne fût-ce qu’en partie. Dans la situation matérielle encore peu florissante où se trouvait le monastère, cette considération avait son poids. Puis le personnel, moins nombreux qu’aujourd’hui, voyait sa tâche notablement accrue par l’adjonction du cours normal. Comment se priver de quelques-uns de ces sujets toujours si précieux, et alors si nécessaires ?

On s’y décida cependant par des considérations spéciales, en souvenir de l’ancien siège du monastère, et parce qu’il parut avantageux d’avoir, non loin de Douai, une succursale où l’on pût envoyer les religieuses et les élèves qui auraient besoin de respirer l’air de la campagne. On consentit même par la suite (1894) à faire encore une autre fondation à Coutiches, mais celle-ci moins importante.

Depuis, nos religieuses ont résisté aux sollicitations les plus instantes, et refusé plusieurs donations offertes en vue d’écoles et de pensionnats à fonder ou à continuer. Les motifs qui ont justifié ces refus sont faciles à comprendre. En effet, chaque institut a son esprit et son organisation propres. La maison des Dames de Flines est un monastère isolé et complet en lui-même au sein d’un grand ordre : si elle a dû modifier plusieurs de ses observances, elle tient à ne pas détruire son organisation, en envoyant çà et là des groupes de quelques religieuses détachées du corps de la communauté. Des congrégations spéciales ont été fondées, dans les temps modernes, pour remplir dans les campagnes et dans les petites villes les fonctions d’institutrices ou de gardes-malades. C’est à elles qu’il faut s’adresser pour les fondations de ce genre, puisqu’elles rentrent dans leurs attributions prévues : en y entrant, les religieuses ont dû se préparer aux difficultés d’un genre d'existence qui implique tous les sacrifices de la vie claustrale, sans en offrir complètement les avantages et les secours.

Les maisons de Flines et de Coutiches étaient de simples annexes du monastère de Douai. Les religieuses détachées dans ces fondations secondaires conservaient leur rang de profession et tous leurs droits au sein de la communauté,

dont elles continuaient à faire partie malgré leur éloignement temporaire. Elles possédaient, du moins à Flines, une chapelle et un service religieux organisé chez elles. Leur nombre était assez important pour permettre le fonctionnement de la vie régulière. A Coutiches, le personnel était beaucoup plus restreint.

En 1850 commence la période des grandes constructions, qui s’est continuée sous l’administration suivante. Celle-ci revendique la plus grande part des travaux exécutés. C’est sous elle encore, on le verra dans la suite de cette Histoire, que les œuvres d’éducation entreprises par le monastère ont pris leur plus grande expansion. Néanmoins, il serait injuste d’oublier que Dame Stéphanie Lagache a posé les bases de ce développement : vingt années d’obscurs et pénibles labeurs ont préparé les résultats que l’on a vu s’épanouir depuis.

Dame Stéphanie Lagache mourut le 3 mai 1855, avec le regret de n’avoir pu réaliser, au point de vue spirituel, tout le bien qu’elle aurait voulu. Cette âme délicate se sentit troublée en face de la mort. Elle se fit apporter un exemplaire de la Règle de saint Benoît ; puis elle s’écria : « La Règle ! la Règle ! observez la Règle. » Ce furent ses dernières paroles. Sur le point d’expirer, à défaut de la parole qui lui échappait, d’un geste énergique elle semblait répéter et accentuer cette suprême exhortation h

Dame Stéphanie laissait une succession fort lourde. Tout restait pour ainsi dire à faire dans une maison où le personnel était encore peu nombreux, où les ressources étaient minimes, où l’on était forcé de négliger certaines observances pour arriver à remplir la besogne strictement indispensable.

La religieuse à qui fut imposée cette tâche était jeune encore, — elle n’avait que trente-quatre ans, — mais elle possédait cette sagesse et cette maturité que communique l’Esprit de Dieu vivant dans une âme.

Dame Lutgarde Débuisson, la nouvelle prieure, naquit le 12 février 1810, à Mons-en-Pévèle,de parents qui étaient de condition honnête et profondément chrétiens. Après les leçons du foyer paternel et de l’école de son pays natal, Sophie-Josèphe

1. Souvenirs de Notre-Dame de Flines , pp. 29-41. V. également Notices nécrologiques, p. 85.

Débuisson fut confiée aux Daines de Flines dans leur pensionnat de Douai, où elle passa quelques années. L’appel de Dieu ne tarda pas à se faire entendre. Au commencement de 1834, elle alla frapper à la porte de Notre-Dame de Flines. Le 14 juillet, elle reçut avec le saint habit le nom de Dame Marie-Lutgarde, l’année suivante elle fit profession dans ce monastère, qu’elle devait édifier pendant cinquante-six ans et gouverner trente-quatre ans comme prieure, où elle eut la satisfaction de recevoir deux nièces à la profession religieuse. Sa sœur Florine-Josèphe ne tarda pas à la rejoindre. Celle-ci porta en religion le nom de Dame Alix, et comme son aînée fournit une carrière aussi sainte que féconde.

Dame Lutgarde était richement pourvue du côté de l’intelligence : seulement un séjour trop abrégé au pensionnat ne lui avait pas permis de recevoir la culture nécessaire pour développer ces dons naturels et leur faire porter tous leurs fruits. Aussi, en lui confiant une classe, ses supérieures la maintinrent aux études. Après avoir accompli pendant le jour sa besogne d’enseignement, elle travaillait le soir, et parfois bien avant dans la nuit. Le succès récompensa ses efforts. Le 10 août 1847, elle conquit le brevet de première classe avec sa sœur et une troisième religieuse. Le brevet supérieur était alors une distinction fort rare et difficilement obtenue.

Tandis que Dame Alix était employée à la fondation de Flines-Campagne , sa sœur aînée remplissait les premiers emplois au pensionnat de Douai et au cours normal d’institutrices. Les anciennes élèves ont conservé le souvenir impérissable de cette maîtresse toujours douce en même temps que ferme et impartiale, dont l’enseignement clair et lumineux était un charme, et que l’on ne se lassait point d’entendre. Aucune des matières faisant partie du programme n’avait de secret pour elle. Une mémoire impeccable la servait toujours à point. Plus tard, visitant les classes, ou présidant les examens des élèves, elle faisait l’admiration des maîtresses par cette universalité de connaissances, et par cette sûreté d’esprit qui ne se démentait en aucune circonstance.

Telle était la prieure qui, dès ce jour, allait présider aux destinées du monastère. Avant de la regarder à l’œuvre, nous avons à remplir un double devoir de reconnaissance, envers

une religieuse qui termina vers ce temps sa sainte carrière, et un vénérable prêtre qui consacra les dernières années de sa vie à la direction de notre monastère.

Dame Sophie Bétrancourt fut la première religieuse de chœur qui fit profession dans le monastère de Flines nouvellement rétabli. Née à Condé le 12 décembre 1781, d’une famille honnête et chrétienne, mais peu favorisée des biens de la fortune, Albertine-Joseph Bétrancourt ne put que bien tard se consacrer à Dieu, malgré les vifs désirs qui l’y portaient depuis son enfance. Enfin, elle atteignit le port tant désiré de la vie religieuse. Le 16 mai 1820, l’habit des vierges de Cîteaux lui fut donné sous le nom de Dame Sophie : le 21 mai de l’année suivante, on l’admit à la profession.

La vie était rude alors. Au jeûne, à l’abstinence, à l’office du chœur, on joignait le labeur incessant des classes : il fallait prendre pour étudier sur les heures du sommeil. Dame Sophie passa par toutes les épreuves, mais sa confiance en Dieu était inébranlable : sûre de l’avenir qu’elle remettait entre les mains de la divine Providence, elle s’estimait heureuse de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ.

Tout son bonheur était d’apprendre de la bouche des anciennes les particularités relatives à la vie intime du monastère, à ses traditions et à son histoire. Disciple fidèle des saintes religieuses qui furent parmi leurs nouvelles consœurs la personnification de l’esprit d’autrefois, le type des vertus héréditaires à l’abbaye de Flines, elle s’efforça de retenir leurs leçons et de les mettre en pratique. Dame Emmanuelle et Dame Eugénie Joye furent ses oracles pendant les neuf ou dix ans qu’elle passa près d’elles : en même temps que leurs paroles, elle recueillait soigneusement les exemples de leur vie ; elle en profitait admirablement. « Chargée du noviciat, raconte une de ses filles, elle était une mère bien plus qu’une maîtresse pour ses novices. Elle les formait à l’esprit religieux, à l’esprit de prière qui la caractérisait, au respect pour le saint office, à l’observance exacte de la Règle et aux coutumes de l’Ordre ; mais tout cela avec une fermeté si douce et si persuasive, que l’on n’avait nulle appréhension à lui ouvrir son cœur tout entier. Elle aimait Dieu, elle aimait la Religion et la faisait aimer.

» Quand, à l’âge de 73 ans, elle devint la fille aînée de l’une

de celles qu’elle avait formées à la vie religieuse, avec quel affectueux respect, avec quelle simplicité digne elle l’appelait Notre mère ! C’est alors surtout qu’éclata, son humilité et la naïve candeur de sa vertu. Elle lui demandait ses permissions comme lapins jeune novice, venait lui révéler les plus légers manquements que sa conscience délicate lui laissait voir en elle-même, se mettait à genoux pour recevoir sa bénédiction, tout cela si franchement, si simplement, que chacune en était touchée. Il manquait quelque chose à la récréation lorsque la bonne Dame Sophie en était absente. Les jeunes religieuses, dont le nombre s’était beaucoup augmenté, l’entouraient avec bonheur, et l’écoutaient comme la tradition vivante du monastère. Savoir ce que l’on faisait à Flines, comment on y vivait, comment on y priait, comment on y travaillait, s’initier aux pérégrinations de nos chères exilées pendant la Révolution, c’étaitle bonheur de ses consœurs, toujours avides de l’entendre. Dame Sophie répondait à tout, en ajoutant des détails intéressants qu’elle avait précieusement conservés de la conversation des mères anciennes avec lesquelles elle avait vécu.

» Pendant les dernières années de sa vie, déchargée de l’ouvroir de l’école commuuale qu’elle dirigeait depuis longtemps, elle travaillait à l’entretien de la lingerie. Les jeunes religieuses occupées dans les classes étaient l’objet spécial de sa sollicitude. Deux fois chaque jour, matin et soir, on la voyait aller au pied du Saint-Sacrement demander pour les maîtresses lumières, douceur, charité ; pour les élèves, obéissance et humilité ; pour toutes, courage et piété.

» Elle se plaisait à orner elle-même l’autel de la sainte Vierge, et surtout le petit oratoire de Mater AmaMlis. On honore sous ce titre au monastère une statuette ancienne que l’on a pu sauver à l’époque de la Révolution. Dame Sophie avait une dévotion très particulière à cette pieuse image.

» Comme plusieurs saints, cette âme si pure et si candide avait une grande appréhension de la mort. Et comme si le bon Maître eut voulu lui épargner les angoisses de l’heure suprême, elle succomba soudainement, pleine de vigueur, après une légère indisposition : c’était le 5 mars 1857. La consternation fut générale dans la maison, où sa mort laissait un vide immense. Dame Sophie avait 75 ans. Elle en avait passé trente-

sept en religion, édifiant ses consœurs par le spectacle d’une vertu qui ne se démentit jamais, et que l’on aurait eu bien de la peine à surprendre en défaut h »

Quelques années plus tard, le 30 octobre 1863, s’éteignait une autre existence précieuse devant Dieu. Successivement professeur au petit séminaire de Cambrai, curé de Radinghem, supérieur du collège Notre-Dame à Valenciennes, puis enfin, de 1856 à 1863, aumônier des Dames de Flines, M. Neuwe a exercé une profonde influence dans la communauté, qu’il instruisit par ses leçons, qu’il édifia par ses vertus, qu’il soutint de ses conseils.

Un prélat éminent, Mgr Lasne, qui a connu intimement M. Neuwe, et qui l’a vu à l’œuvre dans les différents ministères dont il fut chargé, dépeint ainsi son action à Notre-Dame de Flines :

« Dans la direction de la communauté, il fit paraître sa science profonde des choses de Dieu et sa longue expérience; il donnait aux religieuses l’exemple des vertus qu’elles devaient pratiquer. Dans ses instructions comme dans ses avis particuliers, il montrait cette sagesse supérieure qui marche avec assurance, résout les doutes, éclaircit les difficultés, raffermit les cœurs pusillanimes, calme les âmes troublées, et dissipe les illusions de l’esprit tentateur et de l’imagination. Il insistait particulièrement sur la règle de l’obéissance, qui est le plus sûr chemin pour parvenir au sommet de la perfection.

» Les élèves du pensionnat trouvaient en lui un bon père, car c’est le titre qui exprime plus fidèlement le respect, la confiance et l’affection qu’elles ressentaient pour leur vénéré aumônier. Elles aimaient à entendre sa voix si faible, mais si douce et si pénétrante, et, pour n’en perdre aucun son, elles prêtaient l’attention la plus soutenue et la plus silencieuse, fi’outefois, l’affection qu’elles ressentaient pour lui ne diminuait en rien dans leur esprit la vénération qui est due au ministre de Jésus- Christ. Ces deux sentiments se tempéraient mutuellement. Digne autant que bon, l’homme de Dieu conservait toujours, sous son aimable affabilité, quelque chose de noble et de grave

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