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CHAPITRE XXX

TRENTE-QUATRE ANS DE PRIORAT. — L’ŒUVRE DF, DAME LUTGARDE AU POINT DE VUE MONASTIQUE. — RÉTABLISSEMENT DU GRAND OFFICE. —

l’église et le quartier des religieuses. - les constitutions. —

LE CARTULAIRE ET L’HISTOIRE DE l’ABBAYE DE FLINES. — M. BOUR- GEOIS, AUMÔNIER.

A Notre-Dame de Flines, la prieure est nommée pour cinq ans et indéfiniment rééligible. On a voulu réunir ainsi les avantages du commandement à vie, avec ceux d’un roulement qui a ses avantages, ne fut-ce que pour permettre d’écarter sans secousse une supérieure dont, pour une raison ou une autre, on souhaiterait l’éloignement.

Ce qui prouve à quel point dame Lutgarde eut pendant toute sa vie la confiance de ses sœurs, c’est que sept fois, à sept élections successives, elle réunit tous les suffrages moins le sien, et fut par conséquent réélue à l’unanimité. C’est en même temps un exemple de concorde parfaite, dont on trouverait peu d’exemples, même dans les maisons religieuses les plus saintes et les mieux ordonnées.

Ce que se proposa tout d’abord notre jeune prieure et ce qu'elle eut constamment en vue par la suite, ce fut de faire en sorte « que l’ordre monastique selon Dieu et la règle de saint Benoît, sous l’institution de Cîteaux », fût fidèlement observé, suivant les prescriptions du pape Grégoire IX, dans la Grande Bulle qui forme en quelque sorte la charte constitutive de notre monastère h

Dame Lutgarde aimait passionnément la règle de saint Benoit, ce code incomparable de perfection monastique dont tant de

1. Histoire de l’abbaye de Flines , p. 19, Bulle du 19 juillet 1235; en latin dans le Cartulaire, p. 14.

saints ont fait l’éloge L Notre grand Bossuet a résumé magnifiquement les témoignages des anciens pères. « Cette Règle, c’est un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Évangile, de toutes les institutions des saints Pères, de tous les conseils de perfection. Là paraissent avec éminence la prudence et la simplicité, l’humilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance. Là, la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait, le commandement toute sa vigueur, et la sujétion son repos, le silence sa gravité, et la parole sa grâce, la force son exercice et la faiblesse son soutien 1 2 3. »

Ce goût si prononcé pour la règle de saint Benoît n’était point particulier à notre sainte prieure ; il était largement partagé par ses filles. La Pratique de la règle de saint Benoît , un bon vieux livre conservé de l’ancienne abbaye, était une de leurs lectures favorites. Il fut même question de le réimprimer, ou plutôt de le remanier et de l’adapter à leur usage. Elles y joignaient X Explication sur la règle de saint Benoît, de l’abbé de Rancé, et les Méditations tirées de cet ouvrage. Elles ne connaissaient point, mais elles lurent aussi par la suite le Traité de la sainteté et des devoirs de l'étal monastique, l’œuvre principale du saint réformateur de la Trappe.

Dame Lutgarde exprima le désir que la règle fût expliquée dans une suite de conférences. L’aumônier du monastère, grand admirateur aussi de la règle de saint Benoît, se prêta volontiers à ce désir. Chaque dimanche, devant la communauté réunie, il expliquait, en s’aidant des anciens commentaires, le texte presque inspiré du grand législateur des moines d’Occident.

Le fruit de cet enseignement et de ces lectures, auxquelles s’ajoutaient les exhortations de la mère prieure, fut un attachement de plus en plus vif aux observances et aux traditions de l’ordre, un désir croissant de se rapprocher de plus en plus de l’ancienne vie cistercienne.

Ce que l’on désirait surtout, c’était de voir ressusciter le saint office, que les difficultés de la situation avaient fait abandonner

1. On trouve tous leurs textes réunis dans la Patrologic de Migne, t. lxvi, col. 213-216.

2. Bossuet, Panégyrique de saint Benoit , dans scs Œuvres oratoires, édit.

Lebarcq, t. iv, pp. 543-544.

depuis 1834. On lui avait substitué le petit office de la Sainte Vierge, extrait du bréviaire de Citeaux.

En 1865, le nombre des religieuses s’étant accru dans une proportion notable et leurs occupations, par conséquent, étant devenues moins absorbantes, on put reprendre en chœur le grand office suivant le bréviaire et le calendrier de Citeaux. Le monastère possédait en nombre les anciens livres emportés de Flines au moment de la dispersion, en 1790. C’étaient de majestueux in-8°, bien imprimés, sur bon papier, mais assez lourds et peu maniables. On put se procurer des éditions plus commodes et plus complètes, exécutées par les religieux de Westmalle L Aujourd’hui encore, ce sont ces moines qui pourvoient de livres liturgiques la plupart des maisons de l’ordre. Ils publient chaque année YOrdo suivant le rit cistercien , approuvé de nouveau par lettres apostoliques de Pie IX (7 février 1871).

Le calendrier de Citeaux, fidèle à l’ancienne pratique de l’Eglise, contient très peu de fêtes ; l’office du psautier est presque courant. Sur ce point une difficulté surgit, quelquesuns prétendant que les cisterciens devaient adopter toutes les fêtes instituées pour l’Église universelle. On contesta même la légitimité du Bréviaire et du Missel de l’Ordre. La Sacrée Congrégation ne fut point de l’avis des critiques. Elle déclara légitime et obligatoire pour tout l’ordre le calendrier usité, et confirme l’usage des livres liturgiques révisés au XVIIe siècle, sous l’abbé Vaussin 1 2.

1. Abbaye de l’ordre de Citeaux, de la stricte observance (trappistes), située dans le diocèse de Malines, à vingt-quatre kilomètres d'Anvers. Les religieux ont une imprimerie liturgique très bien organisée. Ils ont réimprimé non seulement le Bréviaire en divers formats portatifs, mais aussi le Missel et les grands livres de chœur, Antiphonaire et Graduel. Le chant ancien conservé dans ces livres se rapproche beaucoup de la notation des livres romains officiels publiés sous Pie X.

2. A la suite d’une polémique soulevée par un canoniste français fixé à Rome, les livres liturgiques de l’ordre de Citeaux furent soumis à un examen approfondi par la Sacrée Congrégation des Rites.

Les deux questions posées à la Sacrée Congrégation étaient les suivantes : 1° Est-ce que chez les moines de l’ordre de Citeaux, tant de la commune que de la stricte observance, on peut user légitimement du Bréviaire et du Missel qui furent révisés vers le milieu du XVIIe siècle par Claude Vaussin, abbé général ? — 2° Et en cas de réponse affirmative, que faut-il décider à l’égard de plusieurs fêtes et offices récemment établis par l’Eglise universelle, et qui, ou bien manquent totalement dans les livres susdits, ou n'y figurent que sous un rit inférieur ?

A la première question, la Sacrée Congrégation répondit affirmativement, ce qui

Comme fêtes propres de l'ordre, on célèbre, sous un rit qui répond à la première classe (sermon majeur), celles de saint Étienne, premier abbé de Cîteaux, et de saint Bernard. A un degré un peu inférieur (sermon mineur), qui répond à la seconde classe, viennent saint Benoît et saint Robert, premier abbé de Cîteaux. Puis, les fêtes dites de deux messes, qui répondent à nos fêtes du rit double-majeur, et à celles du rit double-mineur : la Susception de la Sainte Couronne, la Toussaint de l’Ordre ; saint Àlbéric, second abbé de Cîteaux, pour la première catégorie. Enfin, les fêtes dites des douze leçons., qui répondent à nos semi-doubles. Citons les fêtes de sainte Julienne du Mont-Cornillon, de saint Guillaume, abbé, do saint Denis et ses compagnons, martyrs, de sainte Ursule et ses compagnes, de saint Malachie, évêque.

Les Dames de Flines obtinrent le privilège de conserver, suivant leur usage ancien, le rit majeur de deux messes aux fêtes de saint Louis, roi de France, grand bienfaiteur de leur monastère, et de sainte Ursule et ses compagnes, dont les reliques insignes sont conservées dans leur église. A raison de ces reliques, le Symbole des apôtres doit être ajouté à la messe de cette dernière fête L

Un autre rescrit de la Sacrée Congrégation des Rites * 1 2

signifie que ces livres sont légitimes, que l’on peut et doit en user clans tout l’ordre de Cîteaux.

Pour la seconde question, la réponse fut différée ; l’examen du calendrier fut renvoyé à l'examen du cardinal Ponent, assisté du Promoteur de la Foi, et d’un autre consulteur de la S. Congrégation.

Après cet examen, les cardinaux de la Sacrée Congrégation des Rites, assemblés au Vatican le 3 juillet 1819, décidèrent que le calendrier devait être approuvé avec les corrections proposées par le cardinal Ponent, pour être soumis ensuite au Saint-Père, lequel serait supplié de confirmer par Lettres apostoliques les décisions prises par la Sacrée Congrégation. C’est ce qui eut lieu.

1. Le texte du décret en question se trouve dans l’appendice VII, p. 481, de notre première édition.

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