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CHAPITRE XXXII

LÀ GUERRE DE 1870. — LE COURS NORMAL SUPPRIMÉ EST RÉTABLI COMME COURS LIBRE. — ACTE GÉNÉREUX. — UNE ÉPIDÉMIE AU PENSIONNAT. — JUBILÉ, RETRAITE ET MORT DE DAME LUTGARDE. — SA SŒUR, DAME ALIX, LA PRÉCÈDE DANS LA TOMBE.

La terrible guerre de 1870 vint interrompre le cours de la prospérité toujours croissante des établissements scolaires dirigés par les Dames de Flines.

Après nos premiers désastres, le Nord se trouva sous le coup d’une menace d’invasion. Arers la fin de décembre et le commencement de janvier, les éclaireurs prussiens paraissaient jusque sous les murs de nos places de guerre : il fallut remettre à leurs familles les élèves que les périls delà situation n’avaient pas fait retirer encore. Les deux pensionnats de Flines et de Douai furent fermés, ainsi que le cours normal.

Un moment, on fut sur le point de conduire à Soleilmont un petit groupe de pensionnaires, qu’auraient accompagnées trois ou quatre de leurs maîtresses. Les préparatifs de départ étaient déjà faits, quand les opérations du général Faidherbe, en arrêtant la marche de l’armée allemande vers le Nord, écartèrent tout danger immédiat et firent suspendre l’exécution de ce projet. La trêve, puis la paix le firent abandonner d'une manière complète : les bonnes religieuses de Soleilmont en furent pour leurs offres de fraternelle hospitalité. Elles n’en sont pas moins assurées de toute la gratitude de leurs sœurs de Flines.

Nos religieuses utilisèrent les loisirs forcés que leur faisait la guerre. Aidées de plusieurs dames qu’elles surent intéresser à cette œuvre, elles se mirent à tricoter des chaussettes et des

vêtements de laine, pour les malheureux mobilisés qui entraient en campagne dénués de tout, pendant la saison la plus rigoureuse de l’année. Dans l’espace de quelques mois, elles en distribuèrent une quantité prodigieuse. Qui pourrait dire la reconnaissance de ces pauvres gens ? Ils accouraient en foule au monastère; on ne pouvait toujours les servir de suite, mais un peu à la fois tous les besoins constatés reçurent satisfaction. Affirmer qu’il n’y eut pas de tromperies, pas de besoins simulés, ce serait dire trop peut-être : ferait-on jamais une bonne œuvre si l’on poussait la circonspection au delà de ce que demandent les règles ordinaires de la prudence ?

Après les batailles de Bapaume et de Saint-Quentin, ce fut un spectacle plus douloureux encore. Les soldats arrivaient par bandes, exténués, mourant de faim, dans le plus lamentable état. Pendant plusieurs jours, il y eut table ouverte pour eux : du matin au soir, on leur servit, dans le vestiaire des externes transformé en réfectoire, du bouillon, de la viande, du pain et de la bière.

Dès le commencement de janvier, une vaste salle du rez-dechaussée, transformée en ambulance, reçut les blessés que le comité de secours y envoya. Les besoins de ces malheureux furent amplement satisfaits dans notre ville : le collège Saint- Jean et la communauté de la Sainte-Union établirent, comme les Dames de Flines, des ambulances où les blessés recevaient les soins les plus dévoués, aux frais de ces différentes maisons; la charité publique fit le reste, et il y eut plutôt surabondance que disette de secours.

L’ambulance des Dames de Flines, où plusieurs lits restèrent constamment sans emploi, se trouva libre vers la fin d’avril, et par suite de la conclusion de la paix, le pensionnat put opérer sa rentrée quelques semaines plus tard.

Peu à peu, tout reprit son cours ordinaire. On n’était pourtant pas sans inquiétude. L’avenir apparaissait sous un jour sombre et menaçant. Toutefois les pouvoirs publics n’étaient pas encore ouvertement hostiles à la religion. En 1877, Madame la Prieure reçut les palmes d’officier d’académie, distinction que l’on ne prodiguait pas alors comme on l’a fait depuis.

Quelques années plus tard (1880), le Conseil général du Nord décidait la création d’une école normale d’institutrices

confiée à des laïques. Le cours normal, dont jusqu’ici tout le monde constatait l’excellence, avait-il donc dégénéré? Les études avaient-elles baissé ? La discipline et la formation des élèves-maîtresses étaient-elles en péril ?

Rien de tout cela. Jamais les succès scolaires ne furent plus éclatants. En 1880, le cours normal présentait ving-deux aspirantes aux examens du brevet élémentaire : toutes ont été reçues ; dix-sept d’entre elles étaient classées parmi les vingt premières. Onze seulement pouvaient se présenter pour le brevet supérieur : six l’ont obtenu ; quatre autres ont eu des mentions ; une seule a succombé à la première épreuve.

Les trois années précédentes, en 1877, 1878, 1879, le cours normal n’avait subi aucun écliec.

Ajoutons, entre parenthèses, que si le cours normal ôtait l’objet d'une sollicitude attentive de la part des Dames de Flinès, leurs autres œuvres d’enseignement n’étaient pas moins bien dirigées. L’usage s’était introduit, depuis quelque temps, de présenter les jeunes filles au brevet simple et au brevet supérieur comme couronnement de leurs études. Les Dames de Flines suivirent le mouvement, et peut-être en partie le provoquèrent. Leurs succès répondirent à ceux qu’elles obtenaient pour les élèves-maitresses du cours normal. En 1880, le pensionnat présentait dix aspirantes, qui furent toutes reçues. Mêmes succès pour trois aspirantes appartenant à l’école communale. Cette même année, le pensionnat obtint sept brevets du degré supérieur L

Revenons au cours normal. Si l’enseignement se maintenait constamment à la même hauteur, la direction et la formation pédagogiques étaient toujours également remarquables. Les institutrices formées dans cet établissement continuaient de se montrer habiles, dévouées, simples, modestes, et d’une dignité de vie qui inspirait le respect.

Pourquoi voulait-on se débarrasser d’une direction qui avait produit et qui produisait encore de pareils résultats? Pourquoi la remplacer par une organisation infiniment plus onéreuse pour les finances publiques, et n’offrant pas les mêmes garan-

1. Voir l'appendice VI, à la fin du volume. On y trouvera les noms des élèves reçues, avec le rang qu’elles occupaient dans le classement général.

ties ? Pourquoi montrer une telle ingratitude à l’égard des religieuses pour lesquelles on n’avait eu, jusqu’alors, que des éloges ?

C’est que la franc-maçonnerie avait dicté son arrêt, toujours obéi par ceux qui gouvernent sous son égide L On voulait arriver à la complète laïcisation, formule hypocrite qui couvrait comme d’un masque la lutte acharnée contre le Christianisme et contre toute idée religieuse, lutte que nous avons vue, depuis, se poursuivre avec tant d’acharnement. Pour cela, il fallait un personnel enseignant façonné d’après les théories de la secte anti-chrétienne, et assez nombreux pour occuper les écoles dont on voulait la ruine.

Donc, on vit s’élever à Douai un vaste et superbe édifice, où la nouvelle école normale d’institutrices s’ouvrit en octobi'e 1883.

Fallait-il laisser le champ libre à l’impiété ? Les généreux catholiques du Nord ne le pensèrent pas. Réunis en assemblée générale à Lille, au mois de novembre 1883, ils décidèrent qu’il fallait conserver « le brillant foyer de solide instruction et de saine pédagogie que, dans sa fureur laïcisatrice, l’Etat n’hésitait pas à éteindre, en se plaisant à constater encore, le 4 septembre 1883, par la plume de son inspecteur d’académie, qui leur en témoigna la plus platonique reconnaissance, que, pendant de longues années, les Dames de Flines avaient, dans leur cours normal, formé des institutrices instruites et dévouées 1 2 ».

Les catholiques avaient compris « que le maintien du cours normal de Douai s’imposait à eux, non seulement comme un devoir de justice et de reconnaissance, mais comme une

1. Tout le monde connaît le rôle que joue actuellement la lranc-maçonnerie, et il n’y a pas moyen de se faire plus longtemps illusion sur son influence dans le passé. Du reste, les maçons ne prennent plus la peine de se dissimuler, comme ils le faisaient alors que leur situation n’était pas encore suffisamment établie. Maintenant, ils se croient à l’abri d’un revirement, et ils agissent en conséquence.

M. Michel Lefrançois, dans un ouvrage intitulé Le plan maçonnique (Lille, Colpin, 1905), a fait ressortir d’une façon saisissante cette action de la secte. Il a mis en regard les vœux émis dans les réunions des Loges, et les mesures législatives ou administratives qui les suivent toujours de près. Relativement à la suppression de l’enseignement congréganiste, v. les pp. 33-35.

2. A ssemblée générale des Catholiques du Nord et du Pas-de-Calais, 1883, p. 338.

nécessité impérieusement commandée par le développement de nos écoles libres, le recrutement de leur personnel, les conditions nouvelles de la lutte contre les écoles officielles l 2. » Déjà, du reste, à la suite d’un vœu exprimé le 25 novembre 1882, par l’assemblée générale des Catholiques du Nord et du Pas-de-Calais, un Comité s’était formé sous le haut patronage de Mgr l’Archevêque : des mesures avait été prises pour assurer la conservation du cours normal des Dames de Flines. Le nombre de trente-six boursières devait être maintenu, mais pour procéder avec prudence et sans engager l’avenir, on crut que l’on pourrait se contenter de douze élèves pour cette première année. Les mesures pratiques arrêtées pour la réalisation de cette fondation furent les suivantes :

« Les Dames de Flines mettent gratuitement au service de l’œuvre nouvelle, non seulement le personnel qui enseignait dans l’ancien cours normal, mais encore les locaux qui lui étaient affectés, et qui, admirablement appropriés à leur destination, peuvent recevoir cinquante pensionnaires. « Quant aux ressources nécessaires « malgré le prix élevé de toutes les denrées alimentaires, les Dames de Flines, pour continuer leur œuvre, se contentent d’une pension annuelle de 500 fr. par élève. »

Il y a donc à trouver pour cette année 6.000 fr., somme qui devra s’accroître avec la progression du nombre des élèves. Des 0.000 fr. nécessaires, 3.000 furent gracieusement fournis par Mgr l’Archevêque de Cambrai. Pour le reste, il fallut compter sur des générosités privées qui ne firent pas défaut. Les Dames Bernardines d’Esquermes s’inscrivirent les premières pour créer une bourse Ainsi fut réalisé un magnifique élan de foi. « Etait-il possible en effet, dit le rapporteur, M. Mascaux, de laisser tomber et disparaître une institution qui, pour rendre à l’enseignement libre les plus signalés services, n’aura qu’à demeurer fidèle à son glorieux passé ? 3 »

Les catholiques donc ne voulurent pas se contenter d’une

1. Voir le compte rendu de 1882, p. 363, et celui de 1883, p. 338. Voir aussi l'appendice VII, à la fin de ce volume.

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