‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 22 sur 264 · Cartulaire , p · texte numérisé non relu

Cartulaire , p

(f Ce n’est pas sans une douleur et une affliction profondes que nous voyons la discipline ecclésiastique presque partout relâchée, et la vigueur des sentences canoniques énervée à ce point que les religieux, ceux mêmes à qui les privilèges du Siège Apostolique ont concédé les plus larges immunités, se voient fréquemment en butte aux violences des méchants et à la rapine. Hélas ! c’est à peine s’il se trouve quelqu’un qui étende sur eux une protection suffisante, et qui se dresse comme un rempart pour défendre l’innocence du pauvre !

« Nous avons reçu spécialement les plaintes de nos chères filles les abbesse et couvent de l’Honneur-Notre-Dame, de l’ordre de Cîteaux, au diocèse de Tournai, à propos des injustices fréquentes et des dénis de justice auxquels chaque jour leur monastère est exposé. Elles désirent que par lettres apostoliques adressées à chacun de vous nous excitions votre zèle, afin que vous preniez activement et courageusement leur défense contre ceux qui les abreuvent de tribulations, et que par votre secours elles soient soulagées des angoisses et de l'oppression qui les accablent.

« C’est pourquoi nous vous commandons et ordonnons par ces lettres apostoliques de réprimer ceux qui auraient violemment envahi les biens, possessions ou demeures des susdites religieuses ; ceux qui détiendraient injustement les legs à elles faits par les mourants; ceux qui, contrairement aux induits du Saint-Siège, ne craindraient pas de lancer contre elles ou quelqu’une d’entre elles une sentence d’excommunication ou d’interdit; ceux qui, enfin, malgré les privilèges apostoliques, voudraient extorquer des dîmes sur les terres mises par elles en culture et cultivées à leurs frais, où personne n’a dîmé auparavant, et sur ce qui sert à la nourriture de leurs bestiaux. Si les prévaricateurs sont laïques, après les monitions voulues, vous les frapperez publiquement d’excommunication, les cierges allumés, dans vos diocèses et dans vos églises respectives ; s’ils sont clercs, chanoines réguliers ou moines, nonobstant tout appel, vous les suspendrez de leurs offices et bénéfices. Vous ne révoquerez point les sentences ainsi portées jusqu’à ce que les coupables aient pleinement satisfait envers le susdit monastère. Les laïques et, les clercs séculiers qui auraient encouru l'excommunication pour voies de fait exercées contre les reli-

gieuses ou quelqu’une d’entre elles, devront se présenter au pied du trône apostolique, munis des lettres de l’évêque diocésain, pour recevoir l’absolution de cette censure.

« Donné à Lyon, le douzième jour avant les calendes de septembre, la troisième année de notre pontificat. »

Cette bulle, qui amena sans doute la réparation de quelques griefs, ne suffit pas pour assurer le repos des religieuses. Les difficultés leur venaient surtout de la part du chapitre de Tournai. Possesseurs de la dîme d’Orchies et patrons de la cure, les chanoines élevèrent tout d’abord des réclamations à cause du préjudice que l’établissement d’une abbaye dans les limites de cette paroisse devait leur causer, ainsi qu’au titulaire du bénéfice curial. On consentit à payer, à titre de compensation, une rente annuelle dont la quotité fut déterminée par des arbitres choisis d’un commun accord 1. Il semble que dès lors toute cause de conflit avait disparu. Il n’en fut rien cependant. Chaque jour c’étaient de nouvelles difficultés, si bien que, pour y mettre fin, la comtesse Marguerite résolut de transférer à quelques lieues de là, dans le diocèse d’Arras, le siège de son monastère.

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