Ibid.., pp
renouvelées ou composées au XVIe siècle 1. Il y en a qui sont contredites par des documents d’une autorité incontestable, et c’est précisément le cas de celle qui nous occupe ; elle a contre elle, non seulement la Chronique des abbesses , mais une épitaphe latine que je citerai ci-dessous et qui paraît authentique, et de plus une charte du 12 mai 1 356 , où Isabelle d’Enghien ligure déjà comme abbesse. Par conséquent, Gilles de Lalaing, qu’elle remplaça, était déjà morte alors, s’il est vrai que, comme dit la Chronique, elle « trespassa en dignité abbatiale . » En outre, la date du 27 janvier 1 356, assignée comme celle de sa mort, doit être comptée selon la supputation romaine, et non d’après l’ancienne coutume française qui, alors, commençait l’année à Pâques et qui, par conséquent, nous reporterait à la date réelle du 27 janvier 1357. Voici le texte des deux épitaphes :
Chy-gist dame Gille de Lalaing, jadis abbesse de céans, ky trespassa l’an 1356, le 26” jour dou mois de septembre.
Priez pour s'ame.
Vita prelata cœlis hic humatur.
Progenie digna fuit orta, bonisque benigna,
Nobilis ac humilis, prudens animo, et sibi vilis :
Pauperibus grata, pia, casta fuit, moderata,
Sobria, pacifica, verax, non fraudis arnica.
Hæc decies ternis fuit abbatissa sub annis,
Bis duo sub annis numéro sunt, si bene ccrnis.
Dulciter ilia gregem rexit servareque legem Ordinis est visa, vitiorum sorde relicta.
Mille trecenteno quinquageno qucque seno Abstulit in mane nobis hanc nox Juliani.
Spiritus ad dexteram Dei sedeat prece vestra.
Amen .
Ici repose celle que ses vertus élevèrent au plus haut des cieux. Issue d’une illustre race, elle aimait les personnes vertueuses : noble et humble tout à la fois, sage et pourtant vile à ses propres yeux, elle fut bienfaisante envers les pauvres, pieuse, chaste, douce, sobre et patiente, droite et ennemie de tout détour. Pendant dix fois trois années et quatre autres encore, elle remplit la charge abbatiale, gouvernant son troupeau avec mansuétude, et lui enseignant à garder les saintes lois de l’ordre, à fuir les sentiers bourbeux du péché. En l’an treize cent cinquante-six, la nuit de la saint Julien nous l’a ravie vers les premiers rayons du jour. Que par vos prières son âme siège à la droite de Dieu 1
Ainsi soit-il.
1. V. ci-dessous les épitaphes des abbesses Catherine de Courtrai, Gilles de Lalaing, Marie d'Oisy, ainsi que la plupart de celles que je publie dans la note I, à la fin du volume. Quelques-unes de ces inscriptions sont postérieures à 1601, époque où de Succa fit le relevé des tombes historiques de l’abbaye de Flines. (V. l'Appendice I cité ci-dessus.) D'autres datent sans doute de l’époque de Jeanne de Boubais, qui comme nous l’apprend la Chronique des abbesses (Cart., p. 927), fit renouveler toutes les tombes.
10. — ISABELLE D’ENGHIEN eut pour père Wauthier, seigneur d’Enghieu, et pour mère Marie, tille du comte de Rethel. Elle est citée dans le Cartulaire à la date du 12 mai 1 356 1 . La Chronique des abbesses dit qu’elle déposa la crosse au bout de six mois, et qu’elle mourut le jour des saints Innocents, 28 décembre 1 357 .
fut inhumée dans la chapelle de saint Jean-Baptiste. Sa tombe était si détériorée à l’époque de Jean d’Assignies, qu’il ne put en lire l’inscription.
11. — PÉRONNE DE SOISSONS (i356-i36i), appelée aussi de Blanzy, occupa le siège abbatial, sans incident bien notable, l’espace de cinq ans s. Au mois de juin i36i, elle entra en arrangement avec le châtelain de Raches, pour assoupir des difficultés sans cesse renaissantes 1 2 3. Elle mourut trois mois après et fut inhumée au chapitre avec cette épitaphe :
Chy-gist dame Pierronne de Blanzy, jadis abbesse de céans, qui trespassa l’an de grâce 1361, le jour de le Nativiteit Nostre-Dame. — Priés pour s’ame.
Ingens prælata laudabilis hic humatur.
Vita relata nobis cœlis habeatur.
Nobilis ac humilis, prudens animo et sibi vilis ;
Progenie digna fuit orta, bonisque benigna.
Spiritus ad dexteram Dei sedeat prece vestra.
Une grande et illustre prélate git sous cette pierre. Qu’une vie nouvelle nous la rende aux cieux ! Elle était noble et humble tout à la fois, sage et cependant vile à ses propres yeux ; élevée par sa naissance et amie des personnes vertueuses. Que par vos prières son àme siège à la droite de Dieu !
12. — CATHERINE DE COURTRAI (i36i-i363), appartenait sans doute à une famille lilloise plusieurs fois mentionnée dans le Cartulaire . A partir de 1 36a , Jean de Courtrai figure comme bailli de l’abbaye de Flines. C’est sans doute un parent de notre abbesse, son frère ou son neveu peut-être, qui fut par elle investi de cet office. Le 6 mai 1 363 , elle conclut avec Enguerran de Wisquette, seigneur de Raches, un compromis qui fut prorogé le 8 août de cette même année 4. C’est la dernière fois que se rencontre le nom de Catherine de Courtrai. Six semaines après cette dernière date, le 20 septembre, elle était déjà remplacée par Gilles de Lalaing, deuxième du nom 5. La Chronique des abbesses se trompe par