SCEAUX ET ARMOIRIES DES ABBESSES ET DE L’ABBAYE DE FLINES
Les sceaux des abbesses de Fîmes qui sont arrivés jusqu’à nous sont représentés dans les planches IX, XIV, XV et XVI du Cartulaire 1 , et en partie dans les planches II, III, IV, VI, VII et IX du présent volume.
Les plus anciens appartiennent plutôt à l'office qu’à la personne : c’est ainsi que le n° 15 (pl. IX), se trouve au bas des actes d’Ode de Maigny et de ceux de Marie de Dampierre pendant sa courte prélature 2 ; le n” 16 a servi pour Alix La Brune, pour Jeanne d’Avesnes et pour Gilles Ier de Lalaing- Ces deux types n’ont rien de personnel, ni en eux-mêmes : c'est la représentation d’une abbesse tenant un livre et une crosse, et dans le n° 16 accostée de deux quintefeuilles ; — ni dans la légende qui entoure le sceau, car elle désigne simplement la fonction, sans le nom propre : SigiUum abbalisse Honoris Beats Marie.
Pour trouver des actes d’abbesses ayant conservé leurs sceaux, il faut ensuite descendre jusqu’au XVe siècle et jusqu’à Jeanne de Boubais (pl. XVI, n° 22 du Cartulaire , et pl. VI, n° 1 du présent volume). Bous un riche dais gothique, la sainte Vierge est représentée assise, avec l’Enfant Jésus sur ses bras : au-dessous, dans un autre compartiment, l’abbesse est à genoux, tenant la crosse. Tout autour, on lit : SigiUum sororis Johanne, abbatisse de Flines oicesime prime.
A cette époque, chaque abbesse possède un sceau qui lui est propre, qui a été gravé spécialement pour elle, et qui porte son nom inscrit dans la légende.
Le sceau de Philippine de Torcq (pl. XV, n° 23 et pl. IX ci-dessus, p. 208), par sa disposition générale, rappelle complètement celui de Jeanne de Boubais ; cependant l’architecture du baldaquin n’est pas
1. M. Demay les a décrits dans son Inventaire des sceaux de la Flandre , t. n, pp . 286, 287, n°* 7241 à 7249. Il a décrit également les sceaux des baillis, t. n, pp . 299, 300, nos 7349 à 7356, et ceux des hommes de fief de l’abbaye de Flines, t. i, pp . 284 à 286, nos 2500 à 2519.
2. Comme religieuse, Marie de Dampierre eut un autre sceau qui figure au n° 3, pl. II du Cartulaire et au n" 1, pl. III du présent volume. Elle y est représentée à genoux devant la sainte Vierge assise et tenant sur ses bras l’Enfant Jésus : ce dernier pose une main sur la tête de Marie de Dampierre, en étendant l’autre vers sa Mère et prononçant ces paroles de la légende enroulée autour du sceau : Mater, hanc tibi commitlo. « Mère, je vous la confie. »
la môme : on s'y trouve en pleine renaissance. Le caractère romain est pour la première fois substitué au gothique, dans la légende ainsi conçue : Sigillum Philippe, abbatisse de Flines XXIII, anno 1561.
Au XVIIIe siècle, les grands sceaux richement travaillés ont disparu : les abbesses scellent leurs actes d’un cachet de petite dimension qui porte simplement l'empreinte de leurs armes (pl. XVI, nos 24 à 29 du Cartulaire, et pl. IX, n° 2 ci-dessus.)
Auparavant, leurs armoiries n’apparaissent nulle part. Contrairement à l’usage suivi par les laïques, elles ne s’en servaient pas comme contre-sceau 1 .
Saint-Génois, dans ses Monuments anciens, t. I, p. 46, a publié une planche qui représente ces armoiries d’après les tombes des abbesses. Tout cela est fort sujet à caution, quand il s’agit des temps anciens : les tombes de Flines ont été renouvelées au XVIe siècle2 ; les armoiries qui y figuraient ne doivent avoir été gravées qu’à cette époque, et d’après des données purement conjecturales.
Je me contenterai d’indiquer ici les blasons des abbesses de Flines depuis le commencement du XVIe siècle, c’est-à-dire depuis l’époque où l’on peut s’appuyer sur des monuments certains et où la connaissance de ces blasons offre une utilité pratique pour déterminer la provenance de certaines oeuvres d’art. Les voici par ordre chronologique :
Jeanne de Boubais (1507) : de sinople à la fasce d'argent chargée de trois merlettes de sable.
Jacqueline de Lalaing (1533) : de gueules à dix macles d'argent, 3 , 3, 3 et 1, avec cette devise : O mater Del, memento moi.
Philippine de Torck (1561) : d'azur à la fasce d'or accompagnée de trois croissants d'argent, deux en chef, un en pointe.
Gabrielle d’Esne (1571) : de sable à dix macles d'argent, 3, 3, 3 et 1.
Catherine de Coupigny (1609) : d'asur à l'écusson d'or.
Marguerite d’Espierres (1632) : d'argent à la croix de gueules.
Catherine Trigault (1636) : d'argent à trois tau de sable, avec la devise : Omne trinum perfectum 3.
Philippine de Robles (1654) : d’or à l'arbre de sinople, senestré d’un lion de sable armé et lampassé de gueules, rampant contre l'arbre, à la bordure d'hermine.
Ursule Becq (1673) : d’asur à la fasce d'or chargée de trois croissants de gueules, accompagnée de trois têtes d'oiseaux d’argent, dont deux en chef et un en pointe.
Ernestine Obert (1691) : d’asur au chevron d’or accompagné de trois chandeliers d'argent.
Placide Ricart (1696) : d'azur à un arbre d'or sur un terrain de même, et un cep de vigne aussi d’or, accolé et entrelacé au tronc de l’arbre.
Isabelle de Gomiecourt (1731) : d'or à la bande de sable.
1. V. la pl. IV du Cartulaire, n° 16 bis, et la pl. XIV, n° 22 bis.