‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 38 sur 264 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

La princesse Marie fut inhumée dans le chœur des religieuses, non loin de sa mère, qui l'avait précédée d’un peu plus de vingt ans. Sur le marbre funèbre on grava cette épitaphe :

Heu ! de Dampetra jacet hic veneranda Maria.

Quarn fuit egregia, nescimus condere metra.

Princeps Flandrensis huic mater et Hannoniensis.

Ævi sub flore Domini flagrans in amore,

Mirando more floruit bonitatis honore.

Hæc abbatissa nituit bona, mitis, honesta ;

Digna fuit laude, simplex, humilis, sine fraude.

Huic Deus applaude, nec ei tua gaudia Claude.

Anno milleno tercenteno quoque bino,

Migravit festo Thomæ Didymi sub honesto.

Ici repose la vénérable Marie de Dampierre, dont notre muse est impuissante à célébrer les mérites. Elle eut pour mère la souveraine de la Flandre et du Hainaut. Dès la fleur de l’âge, embrasée de l'amour divin, elle ravit l’admiration par l’éclat de ses vertus. Cette abbesse brilla par sa bonté, sa douceur, la gravité et la sainteté de sa vie, sa simplicité, son humilité, sa droiture. O Dieu ! que votre sentence favorable lui ouvre le séjour du bonheur ! Elle nous quitta l’an mil trois cent deux, le jour de la solennité de saint Thomas.

11 est fâcheux que les documents relatifs à l’histoire intérieure du monastère, à cette époque de ferveur primitive, fassent presque complètement défaut. Combien de vies précieuses devant Dieu se sont écoulées silencieusement dans l’ombre du cloître , et n’ont laissé ici-bas aucune trace ! Quelques noms cependant sont arrivés jusqu’à nous entourés d’un éclat spécial. Le Ménologe de Cîteaux a consacré ceux de Marguerite de Brienne 1 et d’Imaine de Looz 2. Disons quelques mots de la première, en réservant pour un autre chapitre la bienheureuse Imaine.

Marguerite de Brienne appartenait à une famille féconde en héros chrétiens à l’époque des croisades. Son père, le comte Erard, seigneur de Ramerupt et de Venizy, ne laissa pas décroître en ses mains l’honneur de sa race : il porta glorieusement les armes contre les infidèles qui détenaient sous leur joug le tombeau de Jésus-Christ et le berceau de la foi chré-

1. Menologiurn Cistercienne, au 19 juillet. — Y. aussi au même jour le Menologiam. Benedictinum de Bucelin, et le Ménologe français (Saint-Brieuc, 1898) et VAnnus Cistercicnsis (Wettingen, 1683).

. 2. Menologiurn Cistercienne, et les autres ouvrages cités dans la note précédente, au 29 janvier. Le Ménologe français la mentionne au 21 octobre.

tienne. Par sa mère, Philippine de Champagne, Marguerite descendait des rois de Jérusalem et de Chypre, et elle était proche parente de la fondatrice de Flines.

Ses premiers ans s’écoulèrent dans l’innocence et dans la piété. Quand elle fut en âge, ses parents songèrent à lui donner un époux digne de sa naissance. Ancel, sire de Dampierre, fut celui qui fixa leur choix, mais on ignore pour quelles causes ce mariage, projeté en 1234, ne se réalisa point h Margnerite épousa quelques années plus tard Thierry, seigneur de Beveren et châtelain de Dixmude. 11 existe une charte du mois de février 1245 par laquelle ces deux époux affranchissent du droit de tonlieu, dans leur ville de Dixmude, l’abbaye de Ilemelsdaele, dont Thierry était déjà le bienfaiteur D’après le recueil généalogique de Maloteau de Yillerode 3 4, Marguerite aurait perdu son époux en 1249. Cet auteur ne se trompe guère que de vingt-trois ou vingt-quatre ans. En effet, au mois de mai 1270, nous rencontrons encore rfhierry, châtelain de Dixmude, seigneur de Beveren et de W allers, et Marguerite, sa femme, qui concluent un accord avec l’abbaye deMarchiennes an sujet des limites respectives de leurs seigneuries 2 i. En mai 1272, les mêmes époux donnent à leur fille Marie, religieuse de la Piété, à Ramerupt, vingt livres de rente à prendre chaque année à Noël sur le tonlieu de Dixmude. Thierry, leur fils aîné, confirme cette donation avec Marguerite, sa femme 5.

En mourant peu après cette dernière date, l’époux de Marguerite de Brienne lui laissait neuf enfants 6. Une fille était religieuse, comme on vient de le voir ; deux fils entrèrent dans l'ordre de Saint-Dominique et y furent revêtus des honneurs du sacerdoce. L’un d’eux, Jean, devint évêque de Potenza,dans l'Italie méridionale 7 ; l’autre, Hugues, mourut à Valenciennes,

1. P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t. VI, p. 140 (éd. de 1730).

2. Chronique et Carlulaire d,e l’abbaye de Hemelsdaele (Bruges 1858), pp. 47, 48. Voir aussi pp. 46 et 47.

3. Généalogies nobiliaires (manuscrit à labibl. de Douai), t. vi, folio 229 verso.

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