Cartulaire, p. 341 (10 juillet
« A tous ceux qui les présentes lettres verront, Guillaume, par la grâce de Dieu évêque de Cambrai, salut éternel dans le Seigneur.
« Nous faisons savoir à tous que, mû par notre dévotion envers l’abbaye de Notre-Dame de Flines, de l’ordre de Cîteaux, au diocèse d’Arras, et par l’affection spéciale que nous portons et que nous avons portée aux personnes de cette maison, tant celles qui vivent encore, que celles qui ont payé envers la mort la dette commune ; et aussi dans l’espoir et la ferme confiance que tant nous que notre très cher seigneur et cousin Jean de Flandre, jadis évêque de Liège, de bonne mémoire, serons aidés auprès de la miséricorde divine par les suffrages de ces mêmes personnes ; nous élisons, prenons et déterminons expressément et irrévocablement notre sépulture dans le susdit monastère, avec notre seigneur cousin déjà nommé. Nous voulons qu’un même sarcophage nous renferme tous deux, afin qu’en signe d’union perpétuelle nos corps se trouvent rapprochés après la mort, comme nos esprits et nos cœurs l’ont été pendant la vie par les liens d’une vraie charité. »
Touchante amitié que la mort même ne pouvait rompre ! Plus touchante encore, quand on pense que ces hommes appartenaient à deux branches d’une même famille dont quelques années auparavant les rivalités amenaient de sanglantes luttes! Ce rapprochement, nous le constatons dans l’abbaye même, où Jeanne d’Avesnes vit avec Jeanne de Flandre et Marie de Dampierre, sous le patronage et auprès de Marguerite. Et celle-ci, à son tour, par le choix de ses exécuteurs testamentaires, montre qu’il n’y a plus, dans sa double descendance, ni frères ennemis, ni enfants disgraciés. Pourquoi faut-il que les dissentiments se soient ranimés un peu plus tard, quand la branche de Hainaut s’unit à Philippe le Bel dans ses guerres contre la Flandre ?
Revenons au testament de l’évêque de Cambrai. Voulant témoigner l’affection qu’il porte au monastère de Flines et à ses religieuses, désirant en outre les exciter davantage à prier pour lui-même et pour son cousin l’évêque de Liège, il fonde une chapellenie, qu’il s’engage à doter en biens-fonds jusqu’à concurrence d’un revenu de vingt livres. Il ajoute une rente pour célébrer chaque année un anniversaire aux mêmes inten-
lions. Dans la suite, pour subvenir à ces charges, Guillaume de Hainaut donna quarante mencaudées de terre situées à Saulzoir et à Cattenières L
D’après une ordonnance du chapitre général tenu en 1152, on ne pouvait inhumer dans les églises de l’ordre de Cîteaux que les rois, les reines et les évêques 2. Si donc la comtesse Marguerite et les autres personnages qui viennent d’être énumérés jouirent de cet honneur, ce fut ou bien comme fondateurs de l’abbaye, ou comme membres d’une famille princière. Peut-être encore s’était-on déjà relâché dans l’observation de ce statut. Nous voyons en effet que Jeanne de Montreuil en 1274, Marguerite de Brienne en 1275, Roger de Mortagne en 1277, Simon de Lalaing en 1383, furent inhumés dans l’église abbatiale de Flines. De toute manière, c’étaient des exceptions assez rares, et il ne paraît pas qu’il y en ait eu d’autres jusqu’au XVIe siècle.
Dans les conditions ordinaires, quand quelque personne élisait sépulture à l’abbaye, ce n’est pas dans l’église, ce n’est pas non plus dans le cloître, réservé, ainsi que le chapitre, pour la sépulture des abbesses, mais dans le cimetière commun que l’on déposait son corps.
C’est là que fut inhumé, vers la fin du XIIIe siècle, Gérard, prévôt de Cassel et archidiacre de Hainaut en l’église de Cambrai 3 4, Mais selon son désir, on déposa dans la chapelle de l’infirmerie le corps de Jean de Neuville, prévôt de Soignies, et chanoine de Lille et de Mons, après l’avoir été de Cambrai, où il jouit de l’intimité de l’évêque Guillaume de Hainaut i. Dans cette chapelle, par fondation, un chapelain célébi'ait chaque jour la messe pour son âme, pour celle de Jeanne, sa sœur, religieuse de Flines, et pour celle de Marie de Lens 5. Afin de subvenir à cette charge et à la célébration de son anniversaire, Jean de Neuville acheta la dîme de Tressin au profit de l’abbaye, avec le consentement du curé du lieu et du
1. Cartulaire , pp. 350 (23 juillet 1293), 358 (22 juillet 1295).
2. Stat. cap. gen. Cist. ann. 1152, dans Martène, Thés, anecd., t. iv, col. 1245. — Instit. cap. gen. Cist., (list. x, c. xxv, dans le Monasticon Cistercien.se, p. 344.