‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 54 sur 264 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4. Ibid., p. 365 (39 septembre 1296). V. aussi le. compromis du 20 juin 1391 ( ibid ., p. 332), ainsi que les deux actes du 28 mai 1296 ( ibid ., p. 364), et de mars 1297 (ibid., p. 371).

comptait firent défaut ; au dedans, les forces étaient divisées par les dissensions qu’une politique aussi astucieuse que prévoyante avait soigneusement entretenues.

Le mariage projeté entre Philippine, fille du comte Gui, et le prince de Galles, héritier du trône d’Angleterre, fit éclater ces redoutables complications, dont il faut chercher l’origine dans l’ambition du Roi de France et dans ses desseins longuement mûris contre la Flandre. La puissance d’un vassal qui marchait de pair avec les rois faisait ombrage à Philippe: il voulait avoir sous sa domination effective et directe cette province, la plus riche, la plus florissante du royaume. La rupture vint cependant du côté du comte. Attiré dans un guet-à-pens, puis délivré par une sentence de la cour des pairs qui mit à néant l'accusation intentée contre lui, Gui de Dampierre eut l’immense douleur de voir sa fille retenue au Louvre, et toutes les négociations, toutes les prières, l’intervention même du Souverain Pontife et la menace des foudres de l’Eglise, ne purent mettre un terme à cette injuste captivité. Alors, du conseil de ses alliés, se confiant en des promesses de secours depuis bien mal tenues, le comte de Flandre envoya une déclaration de guerre à son suzerain. Cette manière d’agir, en cas de déni de justice, était parfaitement conforme au droit féodal.

Philippe ne tarda point à relever le gant. Vers le commencement de l’été de l’an 1297, il pénétra en Flandre à la tête de 70.000 hommes, s’empara des châteaux forts de Lécluse et de Tortequenne, et alla sans rencontrer d’obstacles mettre le siège devant Lille. En même temps ses troupes se répandaient dans la campagne, semant partout, jusqu’aux portes de Douai, le ravage et la désolation L Laissons parler un auteur de l’époque, Gilles Li Muisis, abbé de Saint-Martin de Tournai : « Les faubourgs de la place, dit-il, furent complètement ravagés par le feu ; les maisons des fi’ères prêcheurs et des religieuses du même ordre, bâties hors des murs avec magnificence, furent détruites ainsi que tous les villages environnants : la ruine s’étendit sur les monastères, et surtout d’une façon lamentable sur celui des Dames de Flines. O douleur! quelques religieuses subirent les derniers outrages et furent traînées avec grande

1. Chronicon corail urn Flandriœ, dans le Corpus chronicorum Flandriœ, t. I, p. 163.

honte au milieu des soldats, crime qui remplit d’horreur le prince et les barons, et qui fut suivi du châtiment le plus terrible h »

Il paraît qu’autrefois au monastère on s’inscrivait en faux contre ce récit, ou du moins on prétendait en atténuer la portée : d’après la version adoucie qui avait cours, au milieu de ces horribles scènes de dévastation, les personnes seraient demeurées à l’abri de toute insulte* 2. Mais d’abord le témoignage de Gilles Li Muisis, auteur grave et contemporain, écrivant sur les lieux, est d’un poids considérable : il doit l’emporter sur des négations tardives et sans autre fondement que le désir d’effacer des annales de l’abbaye un incident dont le souvenir, après plusieurs siècles, était pénible encore. Puis, ce qui rend toute contestation impossible, c’est le témoignage même des religieuses qui ont été à la fois témoins et victimes de cette catastrophe.

A la faveur d’une trêve conclue pour deux ans, elles cherchaient à se relever de leur désastre. Sur le passage des armées, le pillage et l’incendie avaient partout laissé des traces. Les fermes étaient ruinées, ravagées, détruites : les besoins étaient immenses, et les sources de revenus se trouvaient ou complètement taries, ou notablement diminuées.

En vain les Dames de Flines attendaient une indemnité qui leur était bien due. Le Roi était d’autant moins disposé à payer ses dettes, qu’à l’heure même où il leurrait son ennemi par des espérances de paix, il faisait appel à toutes ses ressources pour préparer contre la Flandre une campagne décisive.

La châtellenie de Lille, dont Flines faisait partie, lui restait provisoirement en vertu des conventions de la trêve. Philippe ayant obtenu du Saint-Siège le pouvoir de lever des subsides

1 . « Combusta autem sunt suburbia dictæ villæ circumquaque, et dormis fratrum sororumque de ordine predicatorum, quæ magniflce constructæ erant extra rnuros, et villæ campestres undique sunt deslructæ, et monasteria depopulata, maxime, quod dolendum fuit, monasterium dominarum de Flines, et proh dolor ! aliquæ moniales violatæ et cum confusione ductæ in acie. De quo facto Rex et barones plurimum fuerunt conturbati, et de violatoribus maxima vindicta capta fuit. » (Gilles Li Muisis, Chronicon majus, dans le Corpus c/iron. Flandrice, t. il, p. 186.)

2 J . de le Barre, Notœ et observationes pro sacro ordine Cislerciensi (manusc. aux Archives du Nord, no 242), folio 289 recto. — Histoire des communautés religieuses de Lille et des environs (manusc. à la Bibl. nat., fonds français, no 8522), p. 851.

sur les abbayes de son royaume, celle de Flines se trouva comprise dans la répartition, et taxée, comme toutes les autres, à un cinquième de son revenu, payable en deux termes, à la mi-carême et à l'Assomption de l’année 1298.

Cette contribution était lourde en de pareilles circonstances. Quand même les ressources n’auraient pas manqué pour y faire face, il eût été bien dur pour les Dames de Flines de subventionner une cause que le sentiment patriotique et celui de la reconnaissance envers les fondateurs de l’abbaye leur rendaient doublement odieuse. Le premier terme n’ayant pas été versé au temps voulu, le doyen de chrétienté d’Hénin-Liétard, agissant par délégation des commissaires établis pour la levée des subsides, somma nos religieuses de s’acquitter dans le délai de dix jours, sous peine de suspense pour elles-mêmes et d’interdit pour le monastère. Si pendant trois jours elles restaient sous le coup de cette suspense, l’excommunication devait être solennellement prononcée contre elles, sans préjudice de l’exécution par voie de contrainte.

En présence de ces menaces, nos religieuses appelèrent au Saint-Siège. A tous les motifs de droit que l’on pouvait invoquer, leur acte d’appel 1 ajoute un rapide exposé des pertes, des avanies et des outrages qu’elles ont eus à subir pendant cette guerre et dont le Roi de France leur doit avant tout réparation. Ce triste tableau, dont les traits sont plutôt indiqués que développés, confirme sur tous les points le récit de Gilles Li Muisis 2.

Nous ne voyons pas que l’abbaye de Flines ait été forcée de payer cette contribution, soit que le Saint-Siège lui ait donné droit, soit que l'appel fût encore en suspens quand la guerre éclata de nouveau en l’année 1300. La campagne ne fut pas

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