Cartulaire , p. 363. V. ci-dessus, p
d’une partie des observances et autorisées à suivre un régime un peu moins austère que celui de la communauté 1.
Jeanne d’Avesnes fit bâtir le chapitre, où elle fut inhumée en 1304. Après l’église, le chapitre est la partie la plus importante d’un monastère. Chaque .jour les sœurs s’y rendent à la fin de l'office de prime pour entendre la lecture du martyrologe et de la règle ; là encore on s’accuse des fautes commises contre les observances extérieures, on recommande les défûnts, on proclame chaque samedi les noms de celles qui doivent remplir quelque office la. semaine suivante. Enfin, toutes les fois que les religieuses sont convoquées pour une délibération ayant trait aux intérêts communs ou pour une élection, c’est au chapitre que l’assemblée se tient. Aussi possède-t-il une cloche pour servir de signal en ces diverses circonstances.
A Flines, et en général dans les monastères cisterciens, le chapitre, attenant au côté est du cloître, avait la même orientation que l’église. C’était une salle de forme quadrangulaire, afin que l’on pût entendre facilement de tous les points, et comme, dans notre abbaye, à cause des dimensions du local, la voûte se trouvait avoir une portée considérable, elle était soutenue au centre par deux colonnes.
Gertrude de la Thieuloie, qui occupait le siège abbatial de 1309 à 1323, fit bâtir le dortoir et le réfectoire. On plaçait ordinairement le réfectoire et ses annexes au côté sud du carré formé par le cloître, afin que les émanations des cuisines ne pénétrassent pas dans l’église, qui longeait à l’opposé la galerie septentrionale. Cette disposition fut adoptée à Flines.
Quant aux dortoirs des converses et des religieuses, ils occupaient l’étage supérieur des bâtiments claustraux. On ne permettait point à cette époque les cellules séparées par des cloisons. Dans sa bulle pour la réforme de l’ordre de Cîteaux, en 1335, le pape Benoit XII ordonna, sous les peines les plus sévères, de détruire celles qui existaient dans quelques abbayes où cet usage commençait à s’introduire 2. Bien qu’il parle des
1. La princesse Marie, vers la fin du XTlIe siècle, habitait un de ces quartiers, auquel Jeanne d'Avesnes fit ajouter une cuisine. ( Cartulaire , p. 395.) Il est possible que cette faveur lui eût été accordée, non pas comme ancienne, mais à. raison de sa haute naissance et de sa position particulière dans la maison. En 1343, nous trouvons un exemple analogue pour une religieuse nommée Marie de Lesdain. ( Cartulaire, p. 585.)
■2. Nomasticnn Cisterciense, p. 603.
religieux seulement, il est certain que la discipline était la même chez les religieuses. Plus tard, quand les cellules furent autorisées i, le feu demeura interdit, même sous le régime de la mitigation. Dans les bâtiments du cloître, les salles de travail étaient seules chauffées. L’infirmerie et les quartiers d’anciennes n’étaient pas soumis à cette loi, assurément bien rigoureuse sous un climat comme le nôtre et pour des personnes habituées dès leur enfance à toutes les aises de la vie.
Enfin, la construction du cloître sous Gilles de Lalaing, vers le milieu du XIVe siècle, vint compléter l’ensemble des bâtiments conventuels et les relier entre eux. Le cloître jouait autrefois un rôle important dans la vie religieuse. C’est là que se déroulaient les processions, là que se faisait la lecture aux heures marquées par la règle, là qu’on se livrait aux travaux d’aiguille et autres occupations sédentaires, là qu’on permettait dans un but de récréation de modestes et pieux entretiens. Le silence était gardé perpétuellement dans les deux galeries contiguës à l’église et au chapitre. La première s’appelait le cloître bénit ; l’autre était le cloître de collation, ainsi désigné parce qu’on y faisait la lecture qui précède complies 2. Toutes deux servaient aussi de lieu de sépulture.
Autour des bâtiments qui composaient le corps du monastère, de nombreuses dépendances se groupèrent peu à peu. Les frères convers avaient leur habitation à l’extérieur du cloître : ceux d’entre eux qui résidaient à l’abbaye, et non dans quelqu’une des cours ou censes plus ou moins éloignées dont ils avaient la direction, logeaient au nord de l’église avec les moines, confesseurs et chapelains. A quelque distance en avançant vers l’est, on rencontrait le quartier abbatial 3 et le quartier des hôtes. A l’entrée de l'enclos était la basse-cour, qui dans son vaste développement comprenait, outre les logements des serviteurs, toutes les dépendances nécessaires à une exploitation agricole, comme granges, étables, écuries, et de plus des ateliers pour les artisans attachés au service de
1 . En 1530, Jeanne de Boubais en fit établir dans le dortoir des converses ( Cartulaire , p. 933), ce qui suppose que les dames en avaient déjà auparavant.
2. Cette lecture s’appelait collation, parce qu’on y lisait d’ordinaire les conférences de Cassien, Collationes Patrum.
3. Au moins depuis le XVe siècle. Il est mentionné en 1490. (Cartulaire, p. 866.)
l’abbaye, tels que cordonnier, charron, bourrelier, forgeron, tonnelier, charpentier, couvreur, boucher, etc. b Tous les métiers usuels étaient là représentés, afin que la maison pût se suffire dans cette situation isolée en pleine campagne, où il n’était pas facile d’appeler du dehors les ouvriers dont on pouvait avoir à chaque instant besoin.
Parmi les dépendances figuraient aussi deux moulins, l’un à vent, l’autre à eau, un tordoir 1 2 et une brasserie. On pense bien que ces usines fonctionnaient aussi pour le dehors : les moulins spécialement étaient une source de revenus, car les paysans qui vivaient aux alentours sous la juridiction seigneuriale de l’abbaye, étaient tenus d’y faire moudre leur grain, conformément aux usages féodaux.
Le monastère avec ses cours, jardins et dépendances recouvrait une superficie de quatorze hectares. Les auteurs comparent cette vaste agglomération d’édifices à une ville au milieu des champs 3. Si l’on ajoute que le site était agréable et pittoresque, on aura quelque idée de ce que pouvait être l’abbaye de Flines au temps de sa splendeur, et l’on comprendra cette description d’un vieil historien :
« La grandeur et la variété des bastimens font monstre d’une ville ; le beau nombre des religieuses représente la cité de Dieu ; la forest fertile, les prairies émaillées, les champs bien labourés mettent au devant des yeux un paradis terrestre dont le fleuve Ecarpe (la Scarpe) baigne le costé ; plusieurs canaux larges et féconds en poissons environnent le tout, ou entrecoupant le terroir ils y épandent plus au dedans les sources de leur beau cristal 4. »
L’un de ces canaux, créé par la comtesse Marguerite pour l'exploitation des bois, et depuis prolongé jusqu’à la porte du monastère, mettait celui-ci en communication avec la Scarpe par une voie navigable 5. La chose était d’autant plus utile que, pendant la plus grande partie de l’année, les routes de terre étaient impraticables et par conséquent les provisions ne pou-