Annales d'Aiguebelle, t. il, pp. 35 et
2. On peut en voir une esquisse d'après les documents authentiques, dans les Annales souvent citées, t. u, pp. 36-58.
3. Bref d’Urbain VIII, 10 sept. 1632. ( Privilèges de l'ordre de Citeaux, édit, déjà citée, p. 210.)
et, en dépit des efforts de la partie adverse, en dépit de ses appels au pouvoir civil, l’ordre fut maintenu dans la possession régulière d’une situation juridiquement inattaquable L Les abbés de l’étroite observance osèrent protester contre la sentence pontificale et contre les autres dispositions du bref qui réglait l’organisation de l’ordre de Citeaux et la manière de vivre au sein de l’observance commune. Chose triste à dire ! ce fut le saint réformateur de la Trappe qui fit entendre le premier cette protestation au sein du chapitre général de 1667, ce qui attira sur lui un blâme sévère de la part du chef de l'Église 1 2. Tant il est vrai que les préoccupations de parti sont capables d’aveugler les esprits les plus droits et d’égarer les plus saintes âmes !
Attachés à leurs idées et à leur forme de vie, ces hommes ne comprenaient point que l’on pût être bon religieux autrement qu’à leur manière. Tout ce qui s’écartait de leur conception et de leur idéal était un désordre, un dérèglement affreux. Ils ne voyaient de salut que dans le retour pur et simple à l’ancienne discipline de l’ordre. Mais, eux-mêmes, l’observaient-ils en entier ? Pour ne parler que d’un seul point, jeûnaient-ils comme aux temps de saint Bernard, de saint Etienne et de saint Benoît ? Dans ces temps antiques, on ne mangeait qu’après none ou après vêpres, vers trois heures ou vers le soir, selon que c’était jeûne de règle ou jeûne d’Eglise. Où cette pratique est-elle encore en vigueur? Ceux qui ont voulu la faire revivre au XVIe, au XVIIe et au XIXe siècle se sont vus forcés bientôt d’y renoncer. Si donc ils se relâchent sur un point de cette importance, pourquoi une dispense régulière, modifiant une observance à coup sûr moins pénible, serait-elle considérée comme portant une atteinte essentielle à la sainte rigidité de la vie monastique? On peut se mortifier en usant d’aliments gras, pourvu que l’on éloigne toute recherche de sensualité. Au contraire, il est possible que l’esprit d’immortification se glisse dans un monastère où la viande est inconnue. Témoins les reli-
1. Brefs d’Alexandre "VU. In Supremi A postolatus, de 1652; Nuper pro parte , de 1661; et In Suprema, de 1666. (Privilèges, pp. 228, 230, 234).
2. Bref du 26 janvier 1669. — V. les Annales d’Aigucbelle, t. n, pp. 96-99, où cet incident, pénible pour un enfant de Rancé, est rapporté impartialement et apprécié avec justesse.
gieux de Cluny dont saint Bernard blâme si énergiquement et la table abondante et les raffinements culinaires l. Or, les réformés du XVIIe siècle n’étaient point des Trappistes : ils étaient assez peu austères sur l’article de la nourriture.
L’observance commune eut de beaux jours quand la paix lui fut rendue 2. Un écrivain qui, comme témoin oculaire et désin-