‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 94 sur 264 · Apologia ad. Guill. abb., c. ix · texte numérisé non relu

Apologia ad. Guill. abb., c. ix

2. V. les preuves dans les ouvrages cités ci-dessus : La Trappe , pp. 75 et suiv.; Les Moines , par l'abbé Martin, pp. 257 ss.; Annales d'Aigaebelle , t. n, pp. 58 ss. On trouve dans ce dernier ouvrage des extraits intéressants d’un voyage à Cîteaux que je conseillerai volontiers à ceux qui l’ont sous la main, de lire en entier dans sa langue originale : c’est VI ter Cisterciense , auctore Fr. Jos. Meglinger, relig. sac. mon. B. Mariæ de Maris-Stella. 16G7. Ils seront grandement édifiés en pénétrant à la suite du bon moine dans Clairvaux et dans Cîteaux. Il existe un ouvrage semblable, mais un peu plus ancien, qui a pour auteur un des compatriotes de Méglinger, obligé de chercher un refuge en France à l’époque de la guerre de Trente ans. L 'Itinerariam oder Raisbüchlin de Conrad Burger, écrit en langue allemande, a été publié récemment dans le Freiburger diœcesan- A reine., t. v, pp. 249-358, et t. vi, pp. 75-157. L’auteur, moine de Tennenbach, prés de Fribourg-en-Brisgau, commence sa relation par quelques détails sur les dramatiques péripéties de son enfance et sur son entrée au couvent. Profès en 1631, il est obligé l’année suivante de prendre le chemin de l’exil. Les abbayes de Wettingen et d’Hauterive, en Suisse, l’hébergent tour à tour ; puis, vers l’avent de l’année 1633, son abbé l'envoie à Morimond. Sur la route, il est reçu dans un bon nombre d'abbayes. Ce qui le frappe d’abord, c’est la commende avec son triste cortège de désordres et de ruines, la commende que l'Allemagne, heureusement pour elle, ne connaissait pas. Les bâtiments sont négligés ; les églises, somptueuses parfois, sont mal tenues ; les moines, réduits à un petit nombre, six, par exemple, dans la grande abbaye de Bellevaux (t. v, p. 268J, ne sont pas des modèles de régularité et de ferveur religieuse, mais pourtant notre voyageur ne signale nulle part de désordres proprement dits. Il se plaint beaucoup de l’hospitalité française, qu’il ne trouve ni empressée, ni généreuse. Il est probable que le grand nombre des émigrants et le peu de garanties offert par quelques-uns d’entre eux avaient refroidi le zèle de nos compatriotes. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que les monastères, privés de leurs revenus, se trouvaient pour la plupart dans une très grande gêne : les religieux n’y étaient pas toujours à l’abri de la faim, c’est notre auteur qui le constate (t. v, p. 286). A l’abbaye de la Charité, où il y a peu de discipline et où la vie commune n’est pas en vigueur, il trouve parmi les quelques moines composant la communauté une âme admirable, le P. Marmet, qui jouit de la réputation d'un saint dans tout le pays, et qui, effectivement, entoure le voyageur de toutes les attentions de la charité la plus délicate et la plus empressée (pp. 270, 271). Bon-Lieu a le bonheur de posséder encore un véritable abbé et point de commendataire. Le monastère est petit, presque comme un couvent de capucins ; c’est pour cela sans doute qu'on Ta dédaigné, mais l’état spirituel est des plus satisfaisants (p. 271). Morimond laisse davantage à désirer. Cependant la vie est dure : le logement, le lit, le régime alimentaire, tout est fort pauvre ; l’office du chœur est long, et le nouvel arrivé, après un pénible voyage dans la neige, harassé de fatigue, les pieds gelés et tout meurtris, est obligé de se rendre dès la première nuit à matines. Les moindres fautes dans le chant et dans la lecture sont punies avec une rigidité qui n’est point selon la règle. Aussi notre moine allemand ne put se faire à Morimond. Il se rendit à Clairvaux. Burger se montre très reconnaissant des soins dont il fut l’objet dans cette maison, et très édifié de Tordre et de la régu-

téressé, offre toute garantie, Hélyot, assure que les supérieurs firent observer les prescriptions du bref d’Alexandre YII avec beaucoup d’exactitude, « ce qui, ajoute-t-il, a rétabli cet ordre dans sa splendeur, en sorte que ses religieux sont redevenus la bonne odeur de Jésus-Christ, édifiant autant les peuples par leur vie réglée et exemplaire, que leurs prédécesseurs avaient causé de scandale par le relâchement où ils étaient tombés h » L’histoire de l’abbaye de Flines, dont nous allons reprendre le fil un peu interrompu par ces développements nécessaires à notre sujet, cette histoire, dis-je, nous montrera ce que pouvait

larité qui y régnaient. Citeaux, qu'il visita ensuite, lui plut moins. C'était au fort de la querelle entre l’étroite et la commune observance : les esprits étaient vivement excités, l'esprit de soumission n’était pas à l'ordre du jour. Burger se plaint du prieur, qu'il trouve dur, et se loue au contraire beaucoup de l'abbé Xivelle, dont il vante la bonté, le zèle et la sainteté (pp. 284, 286).

Après avoir encore voyagé en France, Burger, qui voulait se rendre à Saint- Sauveur d’Anvers pour y attendre des temps plus calmes, renonça à ce projet sur les observations de Claude Vaussin, depuis abbé de Citeaux, et alors étudiant au collège de Saint-Bernard à Paris, où il reçut fraternellement le pauvre exilé. Celui-ci rentra en Suisse, séjourna deux années encore à Hauterive, et fut obligé d’en sortir parce que sa santé ne lui permettait plus l'abstinence continue, toujours en usage dans cette abbaye. Une mission que lui confia son prélat lui fit entreprendre de nouveaux et périlleux voyages qui le menèrent jusqu’à l'abbaye de Rain en Styrie. D’après sa relation, les monastères d'Autriche paraissent avoir été moins bien réglés que ceux du reste de l’Allemagne, où régnait une exacte discipline. A Rain (pp. 335-337), les religieux vivaient dans le luxe et dans l'abondance. A Vienne, Burger vit l’abbé de Lilienfeld accompagnant l’empereur parmi les prélats et les grands de la cour, avec une suite de trente personnes (pp. 331-332). C’était à coup sûr un faste peu monastique.

On me pardonnera d’avoir inséré ici, d’après la relation de Burger, ces détails qui jettent un jour intéressant sur la situation des monastères cisterciens pendant la première moitié du XVIIe siècle.

1. Hélyot, Histoire des Ordres monastiques , t. y, p. 435. Gervaise lui-même, en dépit de la passion qui l’aveugle, parle avec admiration des abbés de Citeaux Jean Petit et Edme Perrot. (Histoire generale de la reforme de l'ordre de Citeaux, pp. 423-429 . ) Claude Vaussin, qui obtint de Rome le fameux bref de 1666, est, comme on devait s'y attendre, fort mal arrangé par ce fougueux pamphlétaire. L'histoire véritable et impartiale rend de lui un tout autre témoignage. V. les Annales d’Aiguebelle, t. il, pp. 50 et suiv., surtout p. 59. Voir aussi la belle dissertation de M. Marchesi sur la liturgie cistercienne. De legimitale Hrev. et Missatis ordinis Ciste rciensis, Rome 1868, p. 61. Le savant prêtre de la Mission s'en rapporte un peu trop pour l’histoire générale de l’ordre à M. Gaillardin (Histoire île la Trappe <, écho lui-même de Gervaise. Mais ici il a étudié lui-même : il a vu Vaussin à l’œuvre pour la réforme des livres liturgiques de Citeaux, et, appréciant son action à un point de vue plus général, il lui rend une complète justice. Les livres réformés par Vaussin furent revêtus de l’approbation du Saint-Siège, renouvelée, à la suite d’une récente controverse, par décret de la S. C. des Rites du 5 décembre 1868. Ce sont ceux dont on se sert encore actuellement dans l’ordre de Citeaux. Le calendrier seulement a été révisé, augmenté de quelques nouvelles fêtes, et approuvé sous cette forme le 3 juillet 1869. Ces décrets ont été confirmés par bref apostolique du 7 février 1871.

être une communauté sous le régime un peu adouci, mais toujours austère, de la commune observance. Car, et c’est là une dernière observation, la vie cistercienne conservait encore bien des aspérités : les couches dures, les veilles de la nuit, les longs offices, les jeûnes fréquents, les abstinences prolongées, le silence et le travail continuels, l’usage de la laine au lieu du linge. Certes, la plupart des instituts modernes, même ceux qui passent pour les plus rigides, sont loin d’avoir un tel ensemble de pratiques crucifiantes pour la nature.

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