‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 95 sur 264 · FLINES S’Y ASSOCIE. — LES ARTICLES DE · texte numérisé non relu

FLINES S’Y ASSOCIE. — LES ARTICLES DE

Au temps où la discipline était ainsi déchue, les monastères des Pays-Bas échappaient en partie à cette langueur, à ce dépérissement qui faisaient sentir plus ou moins partout leurs mortelles atteintes. Là sans doute comme ailleurs et en vertu des mêmes causes, la vie religieuse avait subi sinon une éclipse, du moins un obscurcissement partiel, mais il restait une puissance vitale qui se révèle à l’observateur par deux catégories de faits : les fondations et les réformes.

Pendant tout le XVe siècle, l’ordre de Cîteaux n’ouvre plus une seule nouvelle maison en France, plus une seule en Angleterre, plus une seule en Italie. En Espagne, une fécondité relative se déployé au sein de la congrégation réformée de Martin de Yargas. Ailleurs, si l’on trouve encore un peu de force d’expansion, c’est dans les Pays-Bas, où l’on voit éclore les abbayes et prieurés de Warmond, de Zibekelo, de Donk, de Waerschoot, de Saint-Sauveur d’Anvers, de Nizelles, d’Heemstede, de Monikendam, de Ziriczee et de Bethléem L

Là, du moins, l’ordre de Citeaux conservait sa bonne renommée, car on ne donne pas son bien pour établir, sous les apparences d’une maison de Dieu, un foyer de relâchement et de mœurs mondaines. Il y avait pourtant des abus, et même des abus très graves. Dans le pays de Namur, quelques abbayes de religieuses eurent considérablement à souffrir des malheurs de la guerre : les édifices tombaient en ruines, les revenus étaient aliénés ou perdus, et l’état spirituel laissait autant ou plus à désirer que l’état matériel. Les abbés de Clairvaux, de Châlis,

1. Chrcmologia Monasleriorum Ord. Cisterciensis, à la fin de la Bibliotheca Script. S. Ord. Cist. de C. de Visch.

de Villers et d’Aulne lurent députés par le chapitre général de 1413 pour visiter ces monastères, avec plein pouvoir de prendre les mesures exigées par leur situation. Les commissaires ne crurent pas devoir déférer à la demande du comte de Namur, qui voulait que l’on supprimât les quatre abbayes de Moulins, d’Argenton, du Jardinet et de Soleilmont, pour y substituer une seule abbaye d’hommes. Moulins seulement fut donné à des religieux : les trois autres maisons furent maintenues comme abbayes de femmes, à condition qu’une réforme sérieuse y serait introduite b

Elle le fut à Soleilmont par l’abbesse Marie de Senzeille, appelée de Marche-les-Dames 1 2, près Namur, où Marie de Bervier avait établi une discipline exacte. Grâce a cet heureux changement, Soleilmont redevint une pépinière de vertus, un foyer de vie religieuse dont le rayonnement se fit sentir au loin 3. L’abbaye d’Argenton refleurit sous la direction de Marie

1. Les documents relatifs à cette affaire sont édités dans Miræus, Op. diplom., t. iii, p. 174; Martène, Thés. Anecd., t. iv, col. 1560; Analectes pour servir à l’hist. eccl. de la Belgique, t. vin, pp. 5 et suiv. Le texte de Miræus et celui de Martène portent à tort le nom de Boneffe ajouté aux quatre autres. V. les Anulcctes, loc. cit . , et t. vin, p. 257, où il est prouvé que l'abbaye de Boneffe fut réformée en 1461 seulement.

2. Il résulte de documents publiés dans les Analectes, t. ni. pp. 418 et suiv., que l’abbaye de Marche-les-Dames, située alors à Tillier, appartenait dès le XIII" siècle à l’ordre de Cîteaux. Elle figure à cette époque parmi les abbayes de religieuses bernardines dans le testament de la comtesse Marguerite. ( Cartu laire de F Unes, p. 198.) Il faut rectifier d’après cela les assertions du Gallia christiana et celles de Galliot, Histoire de Namur, t. iv, p. 293. Selon eux, Marche-les-Dames aurait appartenu à l’ordre de Saint-Benoît jusqu’en 1440.

3. On me permettra une courte citation que l’origine de Soleilmont et ses liens avec Flines rattachent assez à mon sujet. « Cette abbaye de Soleilmont, dit son historien, dom Bruno Maréchal, depuis ladite réforme, a été et est jusques à présent fort célèbre et renommée par la régularité particulière, par la grande simplicité des vêtements des Dames religieuses, par leur grande humilité, en un mot, par leur vie toute exemplaire, qui persévère jusqu’aujourd’hui, à Dieu en soit la gloire. Nous remarquons que de ladite abbaye sont sorties ou plutôt appelées plusieurs très vertueuses Dames religieuses d’un mérite distingué, issues même des maisons nobles et des familles des plus illustres de nos Pays-Bas, sans oublier une de la maison royale d’Autriche, et cela à dessein de les établir abbesses dans différentes abbayes du même ordre, et d’y rétablir par elles la première ferveur, je dis le premier esprit de l’ordre de Cîteaux, qui étoit, pour ainsi parler, péri par la corruption des siècles passés. » ( Histoire de Soleilmont, par D. Bruno Maréchal, mss. déjà cité, folio 19.) Plus loin, l’auteur cite plusieurs de ces religieuses distinguées, qui furent appelées de Soleilmont dans d’autres monastères en qualité d’abbesses et de réformatrices. Il nomme avec une courte notice sur chacune d’elles : Béatrix, abbesse de Moulins; Jeanne de Warluseille, abbesse de l’Olive ; Nicaise de Harby et Anne de Bieuwe de Rubempré, abbesses d’Argenton ; Jeanne de Senzeille (sœur de Marie', abbesse de Salzinne ; Marguerite d’Autriche, issue du sang royal d’Espagne, abbesse d’Orienten ; Marie de Botte, abbesse de Boneffe. (Ibid., fos 20-38.)

de Gentinne, et, après elle, de Nicaise de Harby, professe de Soleilmont. Celle du Jardinet ne se releva point. Il fallut un peu plus tard en exclure les religieuses et leur substituer des moines.

C’est de quoi fut chargé Jean Eustache, que l’on y envoya de Moulins comme premier abbé, en 1441. Depuis, par commission des supérieurs, il reforma un grand nombre de monastères, parmi lesquels on cite l’Olive, Beaupré l, Wauthier-Braine et Marquette. Dans cette dernière abbaye pourtant, il ne put faire accepter la clôture. Oubliant les liens sacrés qui les unissaient à l'ordre et l’excommunication qui tombait sur elles par le fait même, les religieuses de Marquette ne craignirent point de recourir à la juridiction séculière, en appelant comme d’abus des ordonnances du saint réformateur devant le Parlement de Paris, qui leur donna gain de cause 2.

La clôture était le point important de ces réformes. C’était aussi le plus difficile : les religieuses ne l’aimaient guère; leurs familles, puissantes pour la plupart, mettaient leur crédit, leur influence et leurs efforts au service de ces antipathies qu’elles partageaient elles-mêmes.

Après avoir beaucoup travaillé et beaucoup combattu, Jean Eustache mourut en 1481. L’esprit de réforme ne s’éteignit point avec lui. Il prend même au commencement du XVIe siècle une extension nouvelle : Florival, la Cambre, Aywiers, la Ramée, entrent dans ce mouvement qui se généralise et finit par embrasser peu à peu presque tous les monastères 3.

Guillaume de Bruxelles, moine de Clairvaux, était alors

1. Situé près de Grammont en Belgique. Ne pas confondre avec une autre abbaye du même nom située près de La Gorgue.

2. Y. la vie de Jean Eustache dans Henriquez, Fasciculus SS. Ord. Cit., 1. I, dist. XVI ; en français dans le Cabinet de Cysteau, de Jean d’Assignies, pp. 840 etsuiv. — Description de Los. par J. Delfosse, t. ni, pp. 385 et suiv. — Hist. de l’abbaye de N.-D. du Repos à Marquette , par D. Gouselaire, p. 136. Ces deux derniers ouvrages existent en manuscrit dans la Bibliothèque de la ville de Lille.

Au commencement du XVIe siècle, les religieuses de Marquette, se voyant de nouveau pressées au sujet de la clôture, appelèrent au Saint-Siège. Par un bref du 7 mars 1508 (Archives du Nord, fonds de Marquette), Jules II chargea les doyens de Saint-Jacques de Louvain et de Saint-Pierre de Lille, avec l’official de Tournai, d’examiner leurs griefs et de juger la chose en son nom. Nous ignorons si cette affaire eut une suite. Plus tard, on retrouve constamment Marquette à la tête de l’opposition contre la clôture.

3. V. dans le Gallia ckristiana, t. m et v. Il y a quelques erreurs dans les indications que fournit cet ouvrage.

chargé de la direction spirituelle des Dames de Flines. C’était un homme actif, intelligent, savant même dans les choses de sa profession et plein de l’esprit de Dieu. L’abbé de Clairvaux, son supérieur, qui professait pour lui la plus haute estime, n’eut pas de peine à entrer dans ses vues quand il lui proposa de réformer l’abbaye. Le concours direct de ce prélat était indispensable : à l’exemple de ses prédécesseurs, il s’était réservé la direction immédiate de notre monastère, sans la confier à l’un des abbés du pays, comme cela se pratiquait pour les maisons moins importantes. Quoique la discipline se fût assez bien conservée à Flines, il y avait cependant des abus à détruire, et en outre Guillaume de Bruxelles désirait y établir la clôture, comme dans les monastères nouvellement réformés 1 .

Jean Foucault, qui occupait alors le siège de saint Bernard, commença par faire lui-même la visite régulière, et, après s’être rendu compte de la situation, après avoir indiqué plusieurs mesures à prendre, il se déchargea sur Guillaume de Bruxelles du soin d’achever l’œuvre. Il lui adjoignit comme commissaire l’abbé de Nizelles, petit monastère fondé depuis un demi-siècle dans le Brabant, qui avait eu pour premier abbé Jean Eustache, et où la vie religieuse était depuis lors restée florissante. Ce prélat était en rapports constants avec l’abbaye de Flines, à laquelle sa maison fournissait des chapelains et où lui-même accomplissait souvent les fonctions pontificales. C’était un très saint homme, d’une grande austérité et d’une simplicité non moins admirable, qui allait travailler aux champs avec ses religieux, couvert d’un vêtement grossier et portant ses instruments aratoires sur l’épaule 2.

Les commissaires se mirent immédiatement à l’œuvre. Le 15 décembre 1506, ils promulguèrent un décret de réformation qui débute en ces termes 3 :

« A Donneur de la saincte Trinité, de la glorieuse Vierge Marie, de notre dévôt père monsieur sainct Bernard, et de toute la court céleste, nous, frère Nicole, humble abbé de Nizelle,

1 . Toutes les pièces relatives à cette réforme ont été publiées dans les A nalectes pour servir à L'histoire ecclésiastique de Belgique, t. IX, pp. 210-261, et t. x, pp. 433-447.

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