CHAPITRE XI
Mort de saint Etiouie Hardlng; merTeilleusc fécondité de Morimond; WakiMssen, Sainte-Croix» Beaupré, Belfays, etc.
Pendant que Morimond florissait sous Othon et parvenait au pins haut point de sa ^oire, que saint Bernard marchait à travers l'Italie au secours de la papauté sans autres armes que son génie et sa prière , et que tout Citeaux se mettait en mouvement pour accomplir sa mission proTideniielle, Etienne, le Ténérable père de la grande famille , usé plus par les austérités que par les années « et ayant la vue si affaiblie qu'il ne pouvait plus voir, se démettait en présence du chapitre de sa charge pastorale , désirant tourner paisiblement toutes ses pensées vers Dieu et se préparer à la mort. 11 ne devait pas jouir longtemps de ce repos si bien mérité; quelques mois après, le 28 mars 1134, il expira sans douleur, avec le calme et la sérénité des saints , et alla recevoir au ciel sa récompense, près de saint Robert et de saint Albéric» ses prédécesseurs (1).
Othon , qui avait assisté saint Ëtiemic dans ses derniers moments , était à peine de retour dans son monastère, qu'il fallut songer à de nouveaux établissements. Déjà, l'année précédente, il avait vu avec une douce satisfaction Bittiaine et Qairefon-
(1) Exord. inagn,f 1. 1, c. 87; — Dalgairns, Vie de S, EHeme, p. 309.
taîae, au diocèse de Besançon, grandir pour aiosi dire à Tombre de leur mère. La première de ces abbayes était ainsi appelée du bourg habité gar Marthe et Marie « où Jésus-Christ reçut rhospitalité (i) ; le nom de la seconde était symbolique, et figurait les eaux pures de la vie monastique» qui rejaiUisseut jusque dans Féternité (2).
C'était surtout du côté de la Germanie et de la Suisse que Morimoad s'était développé : aucune de ses colonies n'avait encore franchi les Alpes; mais nulle contrée de TEurope ne devait être étrangère à son influence. Dans le mois d'octobre 1133, douze religieux et un abbé soriu'eat du Bassigny et allèrent s'établir dans une simple grange^ au diocèse de Milan, sur les bords du Tessin, et, pour que réloignement do cette maison ne lui fit jamais oublier sou origine» on lui donna le nom mtoie de la métropole (Mwrinumtedi Mihm) (3),
Ce fut à peu près à cette époque que Gerwic, bénédictin de rabbaye de Sigeberg , vers Cologne, vint à Morimoad deoiaiH der à Olhon des religieux de son ordre pour peupler un monastère qu'il avait bâti au milieu d'une vaste forêt de rAllemagne, dans le diocèse de Ratisboune.
Ce moine était de l'illustre famille de Wolnumdsteîn en Westphalie. La guerre, les plaisirs, les aventures s'étaient
partagés les beaux jours de sa jeunesse ; tout son bonheur était alors de courir de manoir en manoir et de fête en fête. Seirou-
vant un jour en Bavière, il voulut voir Thibaut, marquis de Woiibourg (4), sur le Danube, à une égale distance d'ingob-
(1) AnnnI. i. 1, p. 253. — - Les abbayes de Luxeuii et de Favemey firent de grandes largesses à cette maison.
(2) Ccst aiyourd'hui une fayenccrie qui roule en caillontage (canton d*Arnance, Haute-Sadne, près de Polainoourt). Le bameaa de Glairefontaiae et Kpt oahuit villages et métairies des environs ont été créés par les^moinee.
(3) Jongelin , Notit. Abb. cist. (provinc. Lomb.).
(4) Plittienrs auteurs écrivent : Wohembowrç.
tadt et de Raiisbonne,uii des princes les plus renommés de son
temps pour ses goùls chevaleresques. Comme tous deux étaient dominés par la passion des tournois» gai formaient alors un des exércices favoris de la noblesse , ils se furent bientôt com-. pris, et, après s'être promis de ne se quitter jamais, quoique Thibaut fût marié et eût des enfants (1), ils partirent armés de de pied en cap et dirigèrent leurs pas vers les cours de princes et (le rois où l'on préparait desjoûtes (2).
^Une foule considérable de barons se réunissaient de toutes les contrées environnantes au château d'un seigneur du voisinage pour une grande fètc ; Gerwic et Thibaut ne manquèrent pas de s'y rendre. Les chevaUers joûteurs avaient tous un masque de fer qui leur couvrait le visage , à rexceplion des yeux. Chacun pouvait voir son adversaire» Tattaquer» parer ses coups ét le terrasser sans le connaître. Les tournois n'étaient que des jeux ^^uerriers; cependant les armes dont on se servait étaient si meurtrières , on joutait quelquefois avec tant d achamement et de désordre » que souvent plusieurs y perdaient la vie.
Or» dans celui dont nous parions, il j eut une mêlée terrible : deux des plus ardents champions se ruèrent l'un sur l'autre, et cherchèrent longtemps à se mettre iiors de combat. L'un d'eux ayant pointé sa lance de toutes ses forces , .elle vint frapper si rudement son antagoniste à la jointure du casque et de la cuirasse, que le fer, perçant d outre en outre, s'enfonça profondément dans la gorge : le chevalier fut renversé sous le choc. Les spectateurs s'empressèrent autour de lui, on leva la visière de son casque, et chacun cria ; « Thibaut de Woh-
boui^! I»
(1) n avait été marié à Adélaïde, duchesse de Pologne, et leur fille Adélaïde éponsa Frédéric Barbenmsse.
(f ) Mer sejuvenes ihescum ftedus ineimt,*,,.^ morgue atf omnium prineipum \
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Mais d'où était parti le coup ? De cette main auiie que Thibaut avait serrée et pressée amicalemenl sur son cœur au sor^ tir du manoir de Wohlioui L . Gerwic, sans le vouloir, et sans le savoir, avait Irappé à mort celui qull avait juré de suivre et de défendre jusqu'à son dernier soupir. Aucune expression ne peut rendre sa douleur et son désespoir.
Cependant la blessure, quoique trèfr-dangereuse, n'était pas mortelle : Thibaut revint peu à peu à lui-même ; ses premières pensées furent pour Dieu, dont le nnalheur nous rapproche presque toujours, pour «on épouse si cruellement délaissée, et pour ses enfants, orphelins même du vivant de leur père. Gerwic ne se livrait pas à des réflexions moins sérieuses; le qoup de lance avait été pour lui le coup de tonnerre qui terrassa saint Pbul, et il avait pris le parti de renoncer au mondo. Enfin, les forces de Thibaut s'étant rétablies , les deux chevaliers s'embrassèrent en chrétiens et se séparèrent ; le premier regagna son manoir, le second alla s'ensevelir dans le couvent de Sigeberg, et fut choisi, après sa profession, pour hospitalier, à cause de sa politesse , de sa douceur et de sa charité;
Il arriva quelque temps après que Conon , abbé de ce monastère , fut nonuné à Févèché de Katisbonne. 11 avait été si édilié de la Tie exemplaire de Gerwic , qu'il le demanda pour en faire son syncelle , c'est-à-dire le témoin de sa vie et son second ange gardien. Mais le palais épiscopal n'offrait pas une retraite assez profonde à notre pieux solitaire; il soupirait, au milieu des distractions inévitables de sa nouvelle position, après les , délices du désert, et, à force d'instances, il obtint la permission de se retirer.
11 y avait à quelque distance de Ratisbonne une forêt som-* bre et sauvage , qui n'était traversée de loin en loin que par de
muUts in quUms équestres htdos seu twnetanenla institui mU exhiberi ^-ciebant. seetmfervnt. ^Afm. citt^ 1. 1, p. «7.
hardis chasseurs. Gerwic y alla avec plssiem compagnoas. Après utie mardie longue et pénible à travers des f&méê de
ronces et d'épines , lorsqu'ils furent arrivés à Fendi-oit le plus reculé et le plus iutrouyabie, pour ainsi parler, lis se mirent à défricher et à constmire des cabanes.
L'ouvrage marchait avec assez de rapidité. Mais un jour il prit envie au maître de la forêt d'y faire une partie de chasse y et il fut entraîné par hasard» avec sa suite , vers le Ueu idioist pour remplacement du nouveau monastère. Quelle ne fut pas sa surprise, quand il aperçut un abattis considérable de grands arbres, quelques huttes s*élevant à pdne au-dessus ia sol, et d'autres presque entièrement achevées ; des hoiiinies occupés sur différents points à creuser, à équarrir» à bâtir, à essarter?
Ce seigneur était Thibatit de Wdaboarg lui-même. Furieux de ce qu'on avait osé exploiter ainsi sa forci sans même l'avoir prévenu, il lança son cheval du côté des travailleurs , la menace sur les lèvres et les armes à la main. Gerwic alla à. sa rencontre, lui présenta une lettre de révèque de Ratisbonne, et lui dit son nom, son origine et son dessein. Thibaut, Tayaut regardé attentivement, reconnut aussitôt le fidèle ami de sa jeunesse, et, s'élançaut h. terre, se jeta ikius ses bras, l'embrassa tendrement et lui montra la cicatrice de sa blessure (1). Non-Seulement il l'autorisa à continuer, mais il lui donna autiuitiic terre qu'il en pourrait parcourir en un jour de marche, lui promettant de lui envoyer ses gens avec des provisions et des Toitures pour hàéer les travaiix. Cette forêt, naguère le re^ paire des bêtes féroces, fut bientôt sillonnée en tous sens, et ne retentit plus que du bruit de la scie , du marteau, de la hache, des chants des ouvriers et des cantiques des moines (2).
(1) Gerwiclimamoliitrctmpleseitf, mUneris abeo <t(i olùn inftkti cictUricem ostendit. — Am. cist., t. 1, p. 457.
(2) Posteajuxta sylvtm, ad ripùs fluvioli Wundrebif inchoata œdificioia Mmstui€rwU, — M., ibid.
La maison étant construite, Gcnvic, qui tenait à y faire fleurir la règle de saint Benoît dans tonte sa pureté , avait cru
devoir s'adresser à Othoii, dont le nom et les vertus étîÛLul célèbres dans toute rAUemagne, L'abbé de Morimond FaccueilUt, non point comme un étranger* mais comme un compatriote, un frère et un saint. Toule la comiiiniKuilc ayant ouï le récit de sa conversion, il devint bientôt pour tous un objet . de respect « d'édification et d'admiration. Cependant ie monastère était épuise de religieux par la fondation de (piaU e abbayes dans la seule année 1133 ; Othon était encore lié par d'autres engagements : il eut donc la douleur de ne pouvoir accéder à son désir, et l'adressa à saint Bernard , qui, pour les mêmes raisons , le renvoya plus loin.
Le pieux Gerwic, sans se décourager, revint à Morimond conjurer Otbon , au nom de Jésus-Christ , d'avoir pitié de sa maison naissante et de ne pas le laisser repartk avec le regret d'avoir entrepris en vain un si long et si pénible voyage. Othon, louché de tant de foi, d'humilité et de patience, voulut rattacher à Morimond un honune animé si évidemment de l'esprit de Dieu, et un établissement qui lui semblait être une ceuvre merveilleuse de la Providence; il lui donna six religieux, et lui remit une lettre par laquelle ii priait l'abbé de Wolkenrode,. de sa filiation, au diocèse de Mayence, d'ajouter sept autres religieux pour compléter le nombre de treize fixé par la règle, et de prendre le nouveau monastère sous sa dépendance immédiate (1).
(1) Les Tables de Morimond rapportent f ut tel que nous l'avons raconté. Dans les Annales de Gîteaux, il est dit que ïnhhé Othon donna seulement à Gerwic une lettre pour 1 abbé de Wolkenrode, et que ce dernier ne lui conllii <loe trois religieux : très suœ professianis monacfios.
On voyait dansPéglise de Waldsassen plus de cinquante mausolées des barons et des comtes de Liechtemberg, de Sulzbach, de Wirzburg, deSparrenheit, de* Veiaenstein et aiionm cum in Nariseontm tum^^rœtoriam ten*a halniantiunu
Telle fut 1 origine de Waldsassen (V fiahitation , i'établùât' mmt des hoh). Le premier abbé s'appelait Henri et le premier prieur Wiggard. Ce fut sous ces maîtres que Thumble Gerwic fit l'apprentissage de robservauce de Citeaux, renonçant aux honneurs du doitre conmie il avait renoncé aux honneurs du monde , pour s'enfoncer tout entier dans sa chère solitude et se livrer sans obstacle à la contemplation de réternelle beauté qu'il avait si longtemps méconnue (1).
Voilà comment, dans ces beaux siècles , on réparait les égarements et les scandales de sa jeunesse , en donnant son cœur à Dieu » la sueur de son front à la terre , l'exemple du travail et de la patience au monde, des champs nouveaux a sua pays, raumône aux pauvres ! Aujourd'hui , qu'arrive-tril? Voyez ce jeune honune qui a usé dans la débauche les prémices de sa vie et rhéritage de ses aïeux , et qui , à la place du bonheur qu'il cherchait, n'a trouvé que le remords et le désespoir. Au lieu de se retirer dans la solitude des paisibles campagnes , il court à la grande ville; il ne prend ni la bècbe, ni le râteau, mais de l'encre et du papier ; il ne se cache pas dans la cellule d'un monastère, mais dans une mansarde : de là, comme Achille boudeur, il jette un regard dédaigneux sur le peuple et sur l'armée 9 il cite à sa barre la société entière , il l'accuse de ses foutes et de ses malheurs, il la juge, il la condamne à mort; il proclame une ère nouvelle de communauté de biens, parce qu*il a perdu les siens ; de communauté de femmes , parce qu'il est repoussé de toutes celles qui sont chastes et pures; d'égalité et de fraternité , parce que tout ce qui se respecte s'éloigne de lui. Il crée un monde idéal qu'il sème de perles, qu'il illumine de tout l'éclat de l'or et des pierreries , qu'il embaume de tous les pariums, ou l'homme est destiné à se promener de voluptés
(1) Gasp. BruBCh,, in Walds.; — Armi* eist^f t. 1, p, 257; ^ TaXml, Morim,, »nn. 1234.
en voluptés, comme un sultan blasé à travers des salles de fçsiin et des harems fantastiques (1). il jette ses visions eu pâture à tous les ambitieux déçus, à tous les corrompus, à tous les mécontents ; il leur inspire la haine de toute supériorité, le dégoût du présent et du passé, la fureur des jouissances, lin jour la foule descend en armes dans la rue : Tutopie devient de ranarchie, le rêve s'achève dans les ruines, le romaii iiuit dans le sang 1
Léopold d'Autriche et son épouse continuaient de vivre en
saints et ne contribuaient pas peu , par leurs bonnes œuvres , à attirer sur Othon et sur Morimond les bénédictions du ciel. Us lisaient ensemble TEcriture-Sainte, se levaient la nuit pour vaquer à la prière et à la méditation : ils auraient désiré l'un et l'autre pouvoir chanter continuellement les louanges du Seigneur et faire une oraison perpétuelle aux pieds des autels; mais , comme les obligations de leur état les retenaient dans le monde, ils fondèrent deux monastères dont les religieux pussent à leur place remplir nuit et jour ces fonctions angélîques : l'un de chanoines réguliers, dont nous avons déjà parlé, et Tautre de l'ordre de Gîteaux, à quelques milles de Vienne, prèsdu château de Kalnpori^, où ils faisaient leur résidence (2).
Le pieux marquis, ne pouvant aller à Morimond, voulut, autant que possible, transporter Morimond près de lui, et de* manda à son (ils des religieux formés par ses leçons et ses exemples, et au niveau de leur vocation sublime. Ainsi commença la célèbre abbaye de Sainte-Croix, mère de beaucoup d'autres en Autriche, en Boliéme et en Ilon{^rie. Conrad, l'un des fils de saint Léopold, y entra comme sûnple religieux et en devint
(i) Four., Théor, des quatre mouvem,, pp. 61-67 Voy, en learie, !'« partie, Gc. 4 et 5; — Rob. Owen, Thebookofthe new mor, world., (ortie.
(S) Sainte-Groiz n'était qu'à trois milles au midi de Vienne, t'» nemore Viennemi. — Voir la carto g-éo!?raphiqne des établissements cisterciens en Autriche, Sartor*, CiH, Bistert,, inter pp. 970 et 971.
abbé; nous le \erroiis plus tard promu successivement au siège épiscopal de Passaw et à Tarchevéché de Saltzbourg (1). \
La parole de saint Bernard , plus pénétrante qwe le glaire, aussi retentissante que U) toiuicrrc, irrésistible comme la foudre, s'était fait entendre à la cour des ducs de Lorraine et y avait produit des fruits admiralih s de saint (2). La duchesse Adélaïde lui écrivit pour lui offrir une terre propre à la construction d'un monastère; mais , soit qn^elie eût été contrariée dans ses vues par le duc Simon, son époux, uni à Othon par les liens du sang, soit que saint Bernard, retenu alors en Italie, ne pût en prendre possession comme il Tavait promis , on s'adressa à l'abbé de ]\Iorimond , qui accepta la donation et envoya des religieux fonder cette nouvelle maison, qui prit le nom de Beaupré, au diocèse de Toul, sur la Meurthe, à peu de distance de Lunéville. Ses autres principaux bienfaiteurs furent : Folmare, comte de Metz; Henri comte de Salm ; etc.
On voyait dans son église les mausolées magnifiques d*un grand nombre de ducs et duciu sses tle Lorraine : do Simon I*% d'Agnès de Bar; de Frédéric II, le Chauve , et de Marguerite de Navarre; de Thierry, de Frédéric 111 et d'Elisabeth d'Autriche ; de Raoul , tué par les Anglais à la bataille de Crécy (3),
(1) Godescard, Vie des saints, 15 nov. ; — Amat. eisî,, t. 1, p. 254. % SpistL 119 et 120.
(8) Jongel, jNbltY. Àbbat»eisi. per orh. unie. (prov. Lothar.); Tépitaphede Raoul porte Creequy ; — Ami. cist,, 1. 1, p. 285; D. Galmet, IHst, ecdés, et civil, de Lon^aine, t. 2, p. 79.
I.es autres /-t iblissements cisterciens du duché de Lorraine dans la âiiatioa de Morimond ciaient r
1» Fi eystroff, à peu de distance de Metz, fondé par les sires de Valcourt et avec le secours du duc Simon et d'Adélaïde son épouse. Le duc Mathieu remplaça en 1147 les religieux par des religieuses ; mais, les premiers y rentrèrent en 1800, et se mirent dans la dépendance de Horiroond.— Benoit, Hiat^ de Lorr., p. 220; — D. Calmet, Hist. de Lorr., t. 2, p. 5 ; — GalLchnst.^ 1. 18, p. 94S.
2p VIsie-en-BartviSy fondée par Ulric de Lisle dans sa terre d'Anglecourt, pour des chanoines régr'ilinrs de Moustier-en-Argonne. Ceux-ci Payant abandonnée, elle passa aux cisterciens vers Tan UoO, du consentement de Keynier
etc. C'était au milieu de la poussièi'e de toutes ces grandeurs , de toutes ces altesses humiliées » ouéanties jusque daus Forg^eil de lefors tombeaux » que les moines y les yen et les maîm levés au ciel , pouvaient répéter en toute vérité et avec un àpropos sublime : Tu wiusaUûsimml.,.
Jusqu'alors Morimond semble doué droite aussi prodigieuse fécondité que Cldirvaux, et Othon paraît rivaliser avec saiut Bernard comme fondateur de monastères. Les novices arrivaient de toutes parts en si grande quantité , et Othon savait si bien préparer et disposer toutes choses à l'avance , que dans Tespace de six mois, en i 137 » il fit partir quatre colomes dans le midi de la France et jusqu'aux pieds des Pyrénées, pour que ces avant-postes de Tannée cistercienne pussent , au premier signal et à Theure fixée par la Providence, franchir les monts et livrer au mahométisme ces combats terribles qui ont fait triompher pour toujours la foi chrétienne dans cette partie de l'Europe.
La preuiiéie se rendit , au uiois de juilloi, près de Saint- Paul-Trois-Ghâteaux 9 dans une vallée inculte» entourée de trois collines couvertes d^foréts et de roches naes, où God- (ard de Loup, sdgneur de Rochefort, avaiL lait construire quelques cabanes pour la recervoir. Cette valléepritd'abordlenom de VaUUkoneslk; mais ses nouveaux habitants lui donnèrent ensuite celui d^Aiguebelle^ nom gracieux qui lui conveiiaitad-
d'Aprémont et de sa femi^e Helvide. Elle a conservé le nom de son fondateur, — ; D. Calm., p. 3, t. 8. .
Taux-enrOrnois. Getter fondation desâres de Joinville fût confirmée en 1140 par Henri de Loirainet évéqne deToul.Ebal de Montfort, neveu du comte de Champagne, donnîi 500 écus pour les bâtiments (Ardddiaooné de Ligny). — Gall. christ., t. 13,- p. 1113.
4» E^rwrrey, sur la petite ri vièrecftSauix, ent re Morley et Moustier-snr-SriuLx, frontière de Ghampacrne , en Barrois, fondée par les <5ires de Joinville, sous le sceau de Guy,évéque de Cliàloiis.— O. Calm., Hist. de U>n\, t. ^, ad caicem 323* "
Nous parlerons ailleurs de Clairlieu et de Haute-Seille.
mirabiement, car de tous côtés on entendait le bruit des eaux
qui descendaient des rochers , et on voyait leurs flots limpides baigner Tenclos du monastère. Là, après tant d'orages et tant d*années, Morimond se survit à lui-même; là» à cette heure» sont réunis sous robscrvauce primitive de Cîteaux (leux cents religieux connus sous le nom de trappistes : chrétiens i'er- ▼ents qui, au sein- d'un siècle sensuel et sceptique, nous retracent duiis leur vie les mœurs austères et pures de Fancieuue Thébaïde (i).
- La seconde, au mois d'octobre , descendit jusqu'aux sources
de VAdour, et s'installa dans une grange qui avait été donnée à Gauthier, deuxième abbé de Morimond, par un seigneur nommé Forton , du consentement de Pierre, comte de Bigorre,. et de Béatrix son épouse. Elle avait pour abbé frère Bertrand» religieux d*un esprit vif, énergique, infatigable à la peine. Au moment de son départ, Othon avait pris sur Tautel et lui avait remis la croix de buis qui devait faire pâlir le croissant et le remplacer au haut des minarets deGrenade et de Cordoue (2). Cette maison fut appelée TEchelle-Dieu , sans doute par un pressentiment de ses glorieuses déclinées ; car ce fut véi itablement Téchelle divine avec laquéile Tislamisme a été escaladé et pris d'assaut.
Au mois de novembre suivant, Morimond i»#ésenta un spectacle peut-être unique dans Tordre ûe Ctteauxcc vingt-six religieux partirent en même temps , la veille, de » Saini-M$lrtin,. et allèrent fonder Le Berdouës, au diocèse d'Auch , et i^i^e-
(1) Ah urhe TricasHnerui duaibus dislft leueis, non ImqtHa, vico dicto^al^urie ; inter prœeipuos efus benefiictores domim de Grigna» ftumerandi md.
Gall. christ., t. 1, p. 787. *
(2) Ex labiilis eccl. Morim., anno 1137, éib.'^Apud locutà de Cabadur^ id est
caput Aturi fluvii ^ invalîe qunm .9C^af Atunt^ a yffmmis IMjrcnœis ftvens , qitte (Iflsinit nd nmnicipium carajmnrnn famomm ob butyri copiumj dsitideod locum rtcinum translata §st. — huit, christ»^ 1. 1, p. 1257.
foat , au diocèse de Cominiages (1 ) . Lorsque les moines , réunis à Torafoire selon Tusage , virent cette troupe de frères si ten* drement aimés quitter leurs stalles , ils fondirent en larmes , et la voix des chantres fut étouffée par les sanglots. On les accompagna jusqu'à la porte , dans un silence lugubre : ils sortirent deux à deux ; la porte s'étant refermée , la communauté
retourna à Foratoire, et les pèlerins du Christ et de la civilisa* tien, plus forts que la nature» continuèrent le chant d'adieu
en gravissant le versant du vallon (2).
Parmi ces hommes qui s'en allaient» avec la croix seule» prier , pleurer et travailler sur les bords des fleuves , dans les marais, les forêts et les déserts, plusieurs avaient été maries et s'étaient séparés de leurs épouses par un consentement mutuel. L'Eglise, dans sa sagesse , n'admettait l'homme dans le cloître qu'autant que la femme embrassait l'état religieux dans une autre communauté. Or» l'ahbé Arnould» ayant reçu du vicomte de Cîéinont une terre non loin du cluileau de Montigny, sur le versant oriental de la montagne , avait eu l'heureuse idée d'y faire bâtir une maison destinée à servir d'asile aux femmes dont les maris entreraient à Morimond , leur donnaul la règle de Cîteaux » aûn de conserver entre les époux séparés ime conununauté d'observances, de prières et de vie mystique. Cet établissement naissant avait beaucoup souiîert de la fuite d'Amould ; mais Othon le releva » l'agrandit» et y fit entrer plus de trente nobles dames de France et d'Allemagne (3) .
Ce monastère, à trois-Ueues seulement au sud-rouest de Morimond » situé dans un beau vallon coupé d'un ruisseau» dé-
(1) Il paraît que le terrain et les granges avaient été donnés dès le temps de ral)bé Gauthier. — Vo^ez GalL chrULy t. 1 , iat. Inst., p. 192, col. 3; — id., p. 179, col. î.
(î) Tahul. Morim., ad ann. 1137.
(3) Archiv . de la Haute-Marne, Arcul. Belfays, alias Bel faïl, vel Beaufaëtî.
bouchant sur la Meuse, s'appelait Belfays {Belîus fagus) (1). 11 avait été doté splendidement par les sires de Mogent, qui lui cédèrent honvUle ; par Foulque de Ghoiseul , qui lui abandonna sur le territoire de Chézeaux autant de terrain que les convers et les mercenaires pourraient en cultiver ; par Gérard de Dammartin ; par Baudouin et Aalis de Harnay ; etc. (2).
Ainsi, peiidiiit que les époux feront retentir les forêts deMorimond des graves accents de leur ^psalmodie» les épouses» comme d'innocentes colombes» soupireront doucement les louanges du Seigueur Ix Tombic de> yiancls hêtres de Belfays, et rbarmonie de toutes ces voix montera jusqu'aux cieuxet retombera sur le Bassigny en bénédictions.