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CHAPITRE XII

Olbon est élu évêque de Frisingue; il ré^^énèro son diocèse. Influence de Cîteaux sur les mœurs cléricales.

rvous entendons retentir à chaque instant autour de nous les mots pompeux « d'organisation sociétaire» d'association humanitaire» 1» etc. Or» l'association» dans son acception la plus

(1) Gall. christ., t. 4, p. 656. — Nous ayons trouvé aux nrrhives de la Ïlaiite-Marue plusieurs pièces concernant Belfays : cette maisoii joaissait dp droits considérables sur les terres de Lécourt, deAIalleroy, de Maulain, de Pouilly, etc.; sur une grande partie du plateau.de Montigny, du côté de Langres ; dans la vallée de la Marne : à Hume , Yeseigne « Rolampoôt , etc.

<S) Mangin, Hist, eecléè, et eiv, du diocèse de Langres , 1. 1, p. 168. Il pa-

étendue» la plus commaniste si Von veut, caractérise une réunion volontaire de forces agissant dans une môme direction pour réaliser vta résultat dont les avantages se répartissent sans différenoe et sans distinction à chacune des forces associées.

L'idée d'association suppose donc :

i*" Unité de lois et d'action, ce qui correspond à Tidée

d'ordre;

2*" Unité des cœurs» par la sympathie ou la fraternité ;

3** Le concours volontaire des forces, ou la liberté;

4" La répartition égale des avantages, ou Tégalité. * Il est impossible d'envisager d'un point de vue plus vaste» plus élevé, la théorie de l'association. Eh bien! cette théorie éblouissaute, qui a fasciné tant de nobles intelligences, vous ne Tincarnerez jamais dans une nation : les innombrables divergences des individualités vous échapperont toujours ; vous n'aboutirez qu'à la confusion ; bientôt vous aurez l'anarchie à la place de Tordre » la guerre dvile au lieu de la fraternité » le despotisme le plus hideux pour la liberté, et la spoliation au nom de l'égalité.

L'association complète ne sera jamais réalisée que dans le catholicisme , par quelques ames d'élite , dans des conditions particulières et avec une grâce spéciale de Dieu. L'association cénobitique» une fois constituée» exerce sur toutes les classes de la société la plus salutaire influence ; elle les forme a son image ; par sa puissance d'expansion, elle répand au loin autour d'elle des émanations de sa vie » c'est-à-dire des semences

raît que Belfays avait dans sa dépendance une maison religieuse à Ghézeaux, près de Varennes, qui lui servait coinnie de succursale ; nous n'avons retrouvé anxarchiyesâela 'Hattte-lfanifi qu'Anne seale pièce anithentique oooceroant ce numastdre: c^est Tacte par lequel GaUierioe , abbesse de ce couyeat, se met dans la dépendance de Morimond^ sous Tabbé Aliprand (Voir aux Pièces justificatives).

fécondes de piété» de moralité et de fraierai té; tandis que» par sa puissance assimilairice » elle attire et s'incorpore tous

les éléments doués de quelqu'affînité uycc elle. — C'est ce qui est arriyé à Morimond.

Il y avait à peine vingt-cinq ans que quelques pauvres religieux s'étaient retirés dans une obscure et impénétrable iorét du Bassigny» pour y expier par leurs macérations les crimes de la terre , et déjà celte humble solitude bénie du ciel était devenue uno des métropoles de Tordre monastique. Les abbayes de sa filiation s'étaient multipliées au nombre de plus de cinijuaiitc ; il y eu avait dans Test de hi France , au milieu des forets de la Germanie » aux frontières de la Pologne , de la Suède et de la Norwège ; en Suisse , en Italie et aux portes de FEspagne (i ). Morimond était solidement fonde : un hurizoa immense se déroulait devant lui , et il n'avait plus qu a mar— cher à grands pas à Faccomplissement de ses destinées.

Cependant la Providence lui réservait, cette année même, une. bien dure épreuve. Othon, sa lumière, sa gloire et sa force , jeune encore et promettant une longue et heureuse ad— muiistration , fut nommé au siège episcopal de Frisingue. Innocent Il avait été heureux de ratifier cette nomination y car il existait toujours au sein de VAUemagne des ferments de discorde : la guerre entre les deux puissances était plutôt assoupie qu'éteinte; enfin» Conrad » de l'aitière maison de Souabe» venait d'être élevé à Tempire; il était frère utérin d'Othon. Innocent sentit combien il niiportait qu'un religieux aussi dévoué au Saini^iége que Tabbé de Morimond , l'égal de l'empereur par sa naissance , son supérieur par l'ascendant de la vertu p de la science et de sa double consécration comme évé-

(i) De tous les auteurs cisterdeus, Jongelin est celui qui a tracé le tableai» le plus complet de la filiation de Morimond dans les diverses parties du «onde.

que et comme moine , lût placé sur les premiers degrés du trône , pour iiaire entendre la vérité au pouYoir et seconder la papauté dans le grand mouvement qu'elle allait imprimer « par CSîteaux, aux nations européennes.

Cette nouvelle» accueillie au-delà du Rhin par de grandes démonstrations de joie» fut un coup de foudre pour Morimond. Quelq[ue douloureux que dût être pour lui 1 instant de la séparation, Othon oSni son sacrifice à Dieu et s'éloigna» Tame pleine de tristesse, au mQieu des soupirs et des sanglots de tous ses irères» disant adieu à la sainte maison où il avait traversé» comme novice» religieux et abbé» toutes les phases de la vie monastique.

A peine eiit-il pris possession de son siège, qu'il s'occupa aussitôt de ùdre restituer les biens usurpés sur son église » de relever les édifices sacrés et les monastères qui tombaient en ruines» de réformer le clergé, remettant en honneur l'étude des saintes Lettres» et» par ses exhortations et par ses exemfdes» rallumant le flambeau de la foi presque éteint dans ces malheureuses contrées (1).

L'état désolant dans lequel il avait trouvé son diocèse était à peu près celui de toute la Germanie et du nord de l'Europe. Le féodalisme avait envahi TËglise et l'avait souillée; TËglise se plongea dans les eaux vives deTascétisme monastique pour se purifier, comme le cygne se plonge dans le lac pour cHiacer la poussière qui ternit la blancheur de ses ailes.

Dans toutes les institutions terrestres , le mal est toujours à côté du bien ; le bien même s'élabore dans le mal , Dieu faisant tourner la dépravation et la perte des uns à la régénération et au salut des autres , opposant , dit saint Augustin» la grftce au péché, la vertu au vice, la vie à la mort, et relevant ainsi , par rantithèse» le drame des siècles

(i) Ann. cist.f 1. 1, p. 377 ; — Radev., lib. 2, De Reb, Prider,^ c. t.

Le hautclergé , asservi depuis longtemps au système ftodal, avait été emporté forcément dans le mouvement du monde. Les évèqùes * comme tous les f eudataires de la couronne » abandon* nés à eux-mêmes sous des rois impuissants , environnés de seigneurs turbulents, avaient été réduits à se défendre par leurs propres armes. On les Toit échanger souvent la lance contre la crosse, le casque contre la mitre, ci la pacifique mule con- , tre le léger destrier ^ déployer un grand luxe i^omme princes séculiersi» faire argent de tout pour se soutenir » et^ au milieu des dis^^ijiaiions et du fracas de cette vie agitée, laisser entrer un autre amour dans leurs cœurs vides de l'amour de Bieu(i).

L'Eglise en péril s'était déjà une première fois réfugiée dans le monacliismu » dans sa partie la plus mystique et la plus sévère. Le moine Hildebrand (Grégoire VU) avait sondé de sa main de fer la plaie du sacerdoce ; plusieurs autres saints pontifes» sortis de la solitude, avaient essayé de la guéhr ; mais €luny 9 la vieille et austère école de la prélature, est arrivé à l'ère de sa décadence , et les cénobites nionteiil avec les vices du cloître sur le trône épiscopal.

Que fera le sacerdoce catholique? U faut» ou qu'il renonce à son rang et à sa mission , c'est-à-dire qu'il se laisse traîner à la remorque des peuples , comme tous les sacerdoces humains » ou qu'il recouvre son autorité et sa force dans Fabstiiiciice et les sacrifices; il ne reprendra le devant de la société européenne qu'en passant par la rude voie du désert, sur les traces des Basile » des Grégoire et des Ghrysostôme.

Où vont tous ces tiers enfants des ducs, des lîKirifuis, des comtes et des barons? Â l'école de Liteaux, de Clairvaux et de Horimond , apprendre à être évêques, c'est-à-dire à être pau-* ^

(1) Voir dans la Vie de saint Etienne Harding ^ par M. Ddiyairiis, ies c€. Uetl8.

vres , humbles, chastes; à croire, à aimer et à se sacrifier^ EtieDne, Bernard et Uauthler leur serviiout le pain noir du pauvre et les lègues cuits à Thuile» les vêtiront du Iroc de laine crue, abattront les hauteurs de leur orgueil seigneurial S0U3 les emplois les plus vils et les plus roturiers; ils en feront des bêcheurs , des faucheurs, des moissonneurs , des bouYiers, des porchers; et, quaiul ils sauront \ivrc duicnicnt et de peu, supporter une humiliation , dompter une chair rebelle, mêler leurs sueurs et leurs larmes au sang de Jésus^CShrist, alors ils seront digues de passer de la charrue àTautel, de la garde des troupeaux à la garde des peuples « et le vieux sacerdoce des pêcheurs sera régénéré par un sacerdoce de laboureurs et de bergers.

Nul religieux ne pouvait accepter I episcopat sans le double consentement de son abbé et du chapitre général. Les évêques

cisterciens demeuraient astreints aux iLgIes de l'ordre jmur la quantité et la qualité de la nourriture, Tobservance des jeû-' nés, la récitation des heures canoniales» la forme des vêtements, à re\ce])tion qu'ils étaient hhrcs de porter un niaiilcau de ^ ros drap bordé de peau de mouton, un chaperon de même étoffe ou simplement de laine ; encore , lorsqu'ils retournaient an couvent, devaient-ils laisser ce costume à la porte. On leur domiait ordinairement pour leur tenir compagnie et pour les servir deux moines et trois frères convers (1).

Pierre, abbé de La Ferté, choisi pour révêché de Tarentaise vers Tan 1124 , fut le premier prélat qui sortit de Gîteaux ; une foule d^autres furent arrachés depuis à leur douce solitude et traînés à la tète des peuples. Henri, Fun des quinze compagnons d'Othon, est nommé à révêché de Troyes; les quatorze autres furent également élevés aux plus hautes dignités ecclé-

(I) Ex Jrui, eapit. gêner., 1134, c. 63.

siastiques ; omnesque socii ejus in diversas dignùales promoti sunt , dit Conrad le chroniqueur. En 1 14S , Morimond compte déjà dix évéques dans sa filiation ; Clairvaux et Cîteaux plus de trente, trois cardinaux et un pape.

Nonr«eulement les moines se lèvent du fond de leurs cloîtres à la Yoixdu clergé qui les appelle et montent les degrés du palais épiscopal» dans lequel ils entient avec le cortège de leurs vertus austères pour le transformer en un asile mystérieux d'o* raison et de pénitence, mais encore je vois une multitude d'évéques descendre de leurs sièges dans la solitude pour s'y retremper, et reparaître ensuite aux yeux des peuples inclinés de respect , avec l'auréole de Cîteaux sur le front. D'autres , qui n'ont pas ce courage, cherchent au moins à se rattacher à cette sainte maison par les liens d'une fraternité chrétienne, en demandant comme une grâce d*étre admis à participer à ses prières et à ses bonnes œuvres (1). Plusieurs évêques, de Toul, ^e Langres» de Metz, de Cologne, de Saltzhouig, de Passaw» de Prague , de Gnesne, de Cracovie, fuient agrégés de cette ^açon à Morimond (2).

Les moines cisterciens poursuivent partout les prélats mondains de leurs plaintes et de leurs menaces. Les Souverains- Pontifes eux-mêmes somment l'église hautaine, riche et disisipée du «iècle de comparaître devant Téglise du doitre, humble, pauvre, mortifiée, pour être jugée et condamnée. Un archevêque de Besançon, accusé de simonie et d incontinence, sera cité à la barre d'un abbé de Morimond (3)* Enfin Rome

(1) Ann. rist.^ 1. 1, p. 143, et in alils multis iocis.

(2) Nous avons retrouvé qnelques-unes de ces lettres d'agrégation : il y eu a ua modèle dans Touvrage de Julien Paris , Eà-prit primitif de Cîteaux j p. 262.

(3) Hisi. dê$ é)éque8 de Imgres , p. 88 ; — Dea» GaulUierot, Ânast, de Long., p. d76.

En itiS, rarchevéqne de Besançon , Amédée de Tramelai, fils de Guy de Tr^melai, était accusé de simonie, d'ineoniinenee, dUi^nsticea grayes; enfin,

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