‹ Histoire de l'abbaye de MorimondChapitre 15 sur 55 · AUTEUIL · texte numérisé non relu

AUTEUIL

elle-même n^est plus à Rome : elle est au désert; la papauté

puise aux sources cachées du monachisme la force dont elle sent le besoin pour remonter au faîte des choses humaines,, et de là diriger les conseils des rois et les progrès des peuples.

Elle s'identifiera compU tcment avecCîteaux, et, après la mort de Lucius II , on verra les cardinaux se jeter tout-à-coup, sur an pauvre moine cistercien de Saint-Anastase» près le» Eaux-Salvienues, lai arracher des mains la bêche et la hache,, le traîner au palais et le porter sur la chaire de saint Pierre; irmere in hominem rustieamm, et, eseeusna e manibu» seciiri cL asciavel ligone, inpalatium traJiere, levai t in calhedram (1).

Des sommets de la hiérarchie, rinflaenee eistercienne des^

cend de proche en proche jusqu'aux derniers deprrés (2) ; car la source de la vie sacerdotale est dans l'ame de l'évèque ; c'est de là qu'elle découle dans Tame du simple prêtre etdu dernier clerc. Aussi, dans l'Eglise de Dieu, on a toujours vu à l'en*'

on lui reprochait d'avoir fait promeltre à tous ceux qu'il avait ordonnés, de ne jamais le contrarier dans la eoUation des bénéfices, en appelant en cour de Rome ou à tout autre tribunal. Innocent m écrivit & Guy, abbé de Morimond, d'avoir à s*enqaérir de tous ces faits et de lui adresser le rÊBultat de son enquéle.

Sur les trois premiers chefs d'accusation , les preuves ne parurent pas suffisantes pour •'tablir la culpabilité au for extérieur ; mais , sur le quatrième , les dépositions d'un ^':rand nombre de témoins furent accablantes et péremptoires. A cette nouvelle , le pape écrivit en ces termes à l'abbé de Morinioiid ; « Puisque notre vénérable frère, l'archevêque de Besançon, s'est conduit indignement envers ceux qu'il a ordonnés , nous hii défendons à revenir de conférer les ordres sacrés à qui que ce soit : un de ses suflfragants en sera cbargé. Quant aux faits de simonie, dUncontinence, etc., ou il Êiut qu'il 8''en justifie pleinement et par serment dans l'espace de trois mois, et alors vous proclamerez son innocence^ ou, si vous le trouvez coupable, vous le déclarerez déchu de toutes s»^? fonctions et vous en mettrez un autre à sa place. » — Atm, cist., U 4, pp. 81-82.

(1) Epht. S. Bem., 237.

(2) Cette régénération de tout le corps ecclésiastique entreprise par l'ordre de Qteauxse révèle dans trofe écrits femeux de S. Bernard : De Considerattonef ad Pap. Eugen. III; — * !• 2>e Ofjfido episcoporum ; — 9» Of Cmverêione, ad deficos.

iour d'un prélat saiot et savant se grouper un clergé formé à

son iniap:e.

Chaque abbaye , dans un rayon plus ou moins étendu , exerçait la plus puissante action sur le clergé paroissial^ la conduite des mauvais prêtres, comparée par le peuple à celle des religieux, n'en ressortait que davantage, et les couvrait de honte. L'abbé les attirait dans le monastère pour converser avec eux» les impressionner parle spectacle des macérations claustiales, et leur laiie goûter les délices de la vie cachée en Dieu.

Une foule de curés , ne pouvant résister à d*aussi touchants exemples, regardaient comme le plus grand bonheur d'être affiliés à Tordre, se faisaient raser la téte, prenaient le costume monastique, et vivaient en cisterciens dans leurs presby-*

tères.

Sous la pieuse influence des prières et des austérités des moines , les vocations à Tétat ecclésiastique et religieux se multiplièrent dans toute la province d'une manière si prodigieuse, que Ton put craindre un instant que plusieurs villagés ne devinssent déserts. Sans doute cet élan clérical et monastique, dont le centre était à Moriniuud , alla s'aflaiblissant dans la suite des âges; mais Claude Picquet, dans ses belles pages à la louange du Bassigny, l'a encore constaté au'XVlI* siècle (1). De nos jours, après tant de révolutions, il n'est point entièrement perdu, et il n'existe aucune contrée en France qui , depuis cinquante ans, ait donné plus de prêtres à l'Eglise,

( 1 ) Vix enim est aliquia viens rusticus e quo singulis annis non prodeeU unus, interdttm plures, quipûstmodum melioribus litteris imbuti, fruetus uberrimos in ifomtitîco agro plerumque colligunt. Hodie ettamnum ex pirili possem recensere ex solo mei ortus jmgo Colombeiano ( Colombey - lès - Ghoiseul , près Morimond), non admodum grandi^ undecim religiosos sub itistituto D. Francisci militantes, prœter cœteros monachos vel etiam presbyteros^ etc. ( Ex provinc, Bui*"» l^nd. Ordin. frat. min., pp. 12â et 123.)

Il arrive friqaemaieiii que les pasteurs des campagnes isolées, après avoir passé leur Tie au chevet des malades, sont abandonnés à eux-mêmes à leur dernière heure , et réduits à leurs propres forces en face de la mort, ûti sera digne d'exhorter l'ambassadeur du Très-Haut à retoumeravec confiance vers le grand roi qui l'a député ? Qui osera , k ce momeut suprême, faire la leçon à Toint du Christ? Le moine, c'estnà^ dire l'homme par excellence de la perfection évangélique. Quand les tintements de la cloche du hameau annonçaient l'agonie du pasteur, Vabbé prenait sa croix d'une main et son bâton de voyage deFautre; puis, accompagné d'un frère con-vers, il gravissait le coteau , entiait au presbytère comme renvoyé de Dieu, s'entretenait avec le moribond de l'éternité,, du jugement si terrible pour les dépositaires du pouvoir, déroulant sous ses yeux la longue chaîne des grâces reçues , des sacrements administrés, toute une vie teinte du sang de Jésus^ Christ; excitant tour-à-tbur dans son cœur des sentiments de repentir, d'aniour, de crainte et d'espérance. Plus Finslaat dernier s'approchait, plus Tange du cloître s'efforçait d'encourager l'ange de l'autel à se lever de la terre et à prendre son essor vers les cieux. Lorsque ragonisant avait rendu le dernier soupir, l'abbé s'en retournait au monastère le recommander aux prières des moines (i).

Ainsi toute l'Eglise se trouvait enveloppée d'un réseau vivant dont les iils aboutissaient au foyer mystique de Cîteaux ; de ce foyer j aillissait, comme de la profondeur du cœur, le sang qui restaure les organes et renouvelle tout le corps.

C'est un fait digne d'une profonde attention, que la Providence n'a jamais permis, même aux époques les plus désas^

(1) CTétait rasage dans Tordre de Glteaux ; on en retrouve un grand nombrfrd^ezemples dans ses annales.

treuses de notre histoire» que le clergé caiiiolique pût oublier sa Toeation, et qu'elle lui a toujours fourni l'occasion et les

moyens de se retremper et de se relever à la haute ui' de sa mission et de ses cDSvoirs.

Les socialistes» qui ont essayé d'amonceler sur notre ministère tUip;List(; t;uit de calomnies etd'opprol>rcs, ont yoiiIu mieux faire que Jésus-Christ et son Ëghse, et ils se sont mis à créer des sacerdoces. La mission du prêtre dans le saint-sunonisme était de sentir également les deux natures, les appétits setisuels et les appétits charnels; de reeomuUtre tous les charmes de la déeenee et delà pudeur p mais aussi toute la grâce de Vàbandm et de la volupté (1). Dans le fouriérisme, le prêtre n*est qu'un sybarite railiné, qui va alternativement» comme les autres» de la favorite à la génitrice. En Icarie» Gabet le consacre en lui disant : Vous n* avez aucun pouvoir, même spirituel , jouissez et prêchez la morale. Ën vérité » les païens avaient donné à leur Vénus et à leur Jupiter des prêtres plus dignes. Si c'est ainsi que Ton prétend nous faire progresser , alors le progrès de nos réformateurs est de haut en bas» jusqu'au-^ssous de la boue!

(1) Reyb., Etud, sur les Réfof^at.f p. 138 ; — Cabet, Voyage en leariet p. 17S; — Phalange, tt. 1 , 2, i» série ; — H. Doherty, De la (pmtim rdir gieutef artt. 1, 8, S, 4, 5«

Page 1