CHAPITRE XVI
Une Journée à Morimond à la fin du (fonzîcme siècle; de rinfluence du Génobitisme comparée à l'iulliieace do ^ialumâ*
Le temps est le prix du sang de Jésus-Christ, et chaque mi- -nute du tenips vaut une éternité : aussi dans la communauté
de Morimond L'tait-il distribue avec un ordre et une préeision admirables ; les exercices s'y renouvelaient chaque jour avec rinflexDile uniformité des corps célestes, qui obéissent aux immùables volontés de Dieu.
Je me transporte par la pensée dans le dortoir» au moment où -tous les religieux sont étendus sur leurs dures couches» ran-^ gées en ligne des deux côtés. A la lueur faible et rnourarite d'une lampe, j'aperçois leurs pâles figures qui se détachent dans l'ombre, sous leurs capuces à demi relevés ; ils dorment habillés , semblables au soldat qui repose sous les armes la veille d'une bataille , et leur sommeil est calme et profond comme celui du juste.
Le sacriste seul n'est pas au milieu d'eux, mais à côté de l'église : il a été éveillé par son horloge régulatrice ; il est debout, U sonne la grande doche (1). A l'instant tous les moines se lèvent et fout le signe de la croix , offrant à Dieu leurs ames et
(t) A minuit , à une heure ou à deux hmra du matiUf selon les Joun et la kngiMur de roffice.
la joimiée qui commence. Ensuite tous les eussiez vus glisser
ua à un, sans bruit, à travers le cloître, les yeux inclinés Ycrs la terre, la téte couverte» leurs mains enveloppées dans les. manches de la cucuUe» se rendant à Foratoire.
En entrant , ils rejetaient leui^s capuchons en arrière , s'inclinaient devant chaqae autel (pi'ils trouvaient sur leur passage, et se prosternaient jusqu'à terre devant le grand autel. Arrivés dans leurs stalles , ils s'agenouillaient , croisaient les bras sur leurs poitrines , récitaient la Prière dominicale et le Credo j puis tous se levaient au Deus in adjutûrium, et restaient debout, immobiles comme de blanches statues» pendant presque tout roffîce» qui se chantait en grande partie de mé«^ moire.
Qui dira tout ce qu'U y avait de poésie, sublime » de douco^ mélancolie, de ravissantes harmonies dans cette nuit religieuse que perçaient à peine les pâles reflets de la lumière du sanctuaire, dans le chant de tant de saints cénobites priant pour le
monde enseveli dans le sommeil tout à Tentour de leurs fo-r rêts, dans ces voix de vieillards et de jeunes gens se mêlant dans les ténèbres au bruit du vent et au fracas du torrent (1) \
Les historiens contemporains rapportent que les habitants des campagnes étaient tellement émerveillés de cette symphonie nocturne , qu'ils ne croyaient rien exagérer en la comparant à la mélodie céleste des anges ; et cependant ce n'était que le chant grégorien ; car les cisterciens voulaient que les hommes chantassent le s louanges de Dieu avec leurs voix d'honunes » et non avec des voix de femmes ou d'histrions ; virùê decêt mrili wee eantare, èt non more fcmineo (2) .
La prière des moines marchait avec le temps et le monde :
(i) statut, eût,, aim. 1184 ; — Anfud. eist., t i, p. m, ^) Beaptmtoriis psaimorum, cantu virorum... et parvutorum eontonanSf tundor rm fttigor renUtat. — S. Ambras., 1. 1, c. Hexam.
entre les matioes ou l'office de la nuit , et les laudes ou Tof-*
fice de l'auroie, il y avait, en hiver surtout, un laps de temps assez considérable ; les religieux pouvaient alors ou rester dans leurs stalles en présence de Dieu , ou aller an cloître méditer l'Ecriture sainte, lire , étudier, apprendre le chant, les cérémonies et les rubriques.
Aussitôt que les premières lueurs du crépuscule , ceignant l'horizon d un large bandeau de pourpre nuancé de mille teintes diverses , venaient frapper les vitraux de l'oratoire et les colorer; au moment où la nature semble se réveiller au contact électrique de la lumière, et laisse échapper de son sein un murmure de vie qui s'accroît par degrés du chant matinal de Foiseau, du mugissement des troupeaux, du bruissement de la feuiUe sous le souffle de ces vents alisés qui accompagnent presque toujours dans le Bassigny le lever du soleil , en un mot de ces mille voix que la Providence a données à tous les êtres deFunivers et qui forment comme Téterael Te Deum de la création ; à cet instant la règle cistercienne disait au moine de Horimond : a Lève-toi une seconde fois, homme de Dieu ; imite ces petits oiseaux de la forêt qui célèbrent les louanges de leur créateur ; entre pour ta part dans cet immense concert» qui sans toi serait incomplet et indigne de TÉtre suprême, et que ta voix fosse monter cette harmonie de la terre jusqu'au ciel !» (1)
Après le chant des laudes » il y avait un intervalle pendant lequel plusieurs frères montaient au dortoir pour s*y laver et
changer d'habit ; d'autres , transis de froid dans la saison rigoureuse» se rendaient au caUfactoire pour s'y réchauffer un instant et graisser*leurs sandales.
(1) Imitare minutissimas aves, manaetvespencreatori grattas referemdo, et n u devotior, imitait luseùiùm , cui qmmam ad dUxndoê taudes dies soh non ti^kii, nodwma tptdia perttigUi eaiilenademrrit, — S. Ambros», Serm. in
Les austérités , les macérations , la multiplicité des prières
sans l'humilité ne peuvent qu'enorgueillir Thomme et Téloigner de sa fin. « Dieu est le plus élevé de tous les êtres , dit « saint Augustin , et cependant , chose étonnante 1 ce n*est « qu'en nous abaissant que nous nous rapprochons de lui ! ï» Aussi tout dans le cloître tendait à faire prédominercette vertu Jaus le cœur des frères. Le chapitre, qui se tenait immédiatement après les laudes, était une école d'hunûlité* Lorsque tous les moines avaient pris place, selon leur rang , à droite et à gauche, l'abbé paraissait au milieu, sur un siège ])lus élevé. On commençait par la lecture du Martyrologe; ou récitait ensuite les prières pour les trépassés^ et on lisait une partie de la Règle de saint Benoît. 11 se faisait ensuite un profond silence, et là, sous les yeux de la communauté» en présence des saints, du ciel que Ton avait conviés à ce spectacle digne d^eux , en face de la mort elle-même , le religieux qui s'était rendu coupable de la plus légère infraction se levait et confessait à haute voix sa faute ; puis il se prosternait de tout son corps, recevait sa pénitence et retournait à sa place, dans l'espérance que Dieuagréerait cette confusion momentanée en présence de quelques frères, et lui épargnerait celle du jour des vengeances en face de l'univers entier.
Au sortir du chapitre» ils allaient travailler aux champs» ar-* més de bêches , de râteaux et de sarcloirs ; ils rentraient à rheure de tierce pour chanter cet office et assister à la sainte messe.
Les religieux qui n^étaient pas prêtres communiaient tous les dimanches et les principales fêtes. Voici l'ordre qu ils tenaient en communiant : ils recevaient d'abord la paix du prêtre par les ministres de Tautel ; ce qui se faisait de la sorte : le premier de ceux qui devaient communier se présentait au milieu du àegré du preibyteritm et y recevait la paix du sous-
Digiiized by
diacre; ensuite ii la donnait lui-même au second « celui-ci au troisième, etc., pero$isulumet amplexum, s'embrassant et s'en** tredomiant la joue gauche, avec modestie et gravité ; le dernier des proies la portait au premier des novices, et le dernier des novices au premier des frères convers ; puis, se joignant deux à deux, ils récitaient le Confiteor et le Misereatur, s'agcnouiUaient en se prosternant, recevaient la sainte hostie» et allaient ensuite prendre le précieux sang dans le calice , au moyen d'ua chalumeau d'or. Lorsqu'ils étaient rentrés au chœur, le saoriste leur présentait du vin dans une coupe d^ar-» gent(l).
Après la messe , ils se retiraient de nouveau dans le cloître pour ; lire et y méditer. A onze heures et demie, la cloche annonçait sexte et ensuite le diner , qu'accompagnait le plus rigoureux silence et la lecture de quelque livre de piété. Au sortir du réfectoire ils allaient à Toratoire, deux à deux, en disant le Miserere ; après quoi, en étd surtout, ou leur sommeil était si court, ils pouvaient faire une sieste d'envirou une heure.
La cloche sonnait pour les éveiller, et, en attendant none , ou ils restaient assis dans le cloître, ou ils entraient à Voratoirc. A deux heures et demie on chantait noue, et, au sortir de cet offîce, il leur était permis de prendre un verre d'eau dans le réfectoire, avant de se rendre aux travaux des champs. Au retour, ils chantaient les vêpres, puis ils partageaient un léger repas composé du reste de leur pain du dîner, de quelques fruits crus, tels que radis, laitues, pommes ou poires que fournissait le jardin de Tahhaye (2).
La jouraée se terminait par la lecture des Collations ou Gon-
(1) Jul. Pâris, De r Esprit primitif de Citeatix, p. 134.
(2) L'ordre des repas variait selon les temps et les saisons. A partir du 14 septembre, Tunique repas n'avait lieu qu'à deux heures et demie; il était reculé jusqu'à quatre heures pendant le carême, et seulement jusqu'à trois les autres jours de jeûne.
férences de Cassien et par les complies » dont l'heure yariaii smTaot celle où ib allaient se coucher, qui était sept heures en
hiver et huit en été.
Après les complies, Tabbé se levait et aspergeait d'eau bénite les frères un à un , à mesure qu'ils sortaient de l'oratoire à la file. Ils ramenaient alors leur capuce sur leur tète et se rendaient au dortoir» où, après s*étre recommandés à Dieu, à la Vierge et à leur ange gardien , ils se jetaient sur leurs paillasses, se couvraient de leurs couvertures de laine, croisaient les bras sur leur poitrine et s'endormaient dans la sainte pensée de lamortet du ciel ; et leur sommeil était encore une prière, selon Texpression de saint Jérôme : Sanelis ipse sommis oratio {i).
Le spectacle d*une vie si sainte , si pauvre, si dure et si crucifiée devait impressionner proiond émeut les pécheurs et produire des fruits de salut parmi les peuples. Car Thomme est ainsi constitué : la voie qui le ramène au bien est longue par le discours et courte par les exemples. Mais ce qu'il y avait de plus édifiant et de plus touchant dans notre abbaye , c'était la mort des religieux.
Lorsque l'un d'eux était scrieuseinent indisposé , rinllrmier, mandé par l'abbé, le conduisait à Tinfirmerie et s'empressait de lui servir tout ce qui semblait nécessaire à son soulagement et à sa guérison.
On lui donnait une couche plus douce que celle du dortoir, du feu , du pain blanc , du vin , et de la viande , que la règle de Citeaux ne tolérait que dans ce seul cas. Au reste , point de médecin ni de remèdes , si Von excepte des herbes et des raci-
(1) C'est bien là encore la vie de nos trappistes. Voir : \° Notice sur la trappe de Meilleraie, in-18, Nantes, 1851; — 2« Sept fons ^ ouïes Trappistes, in-8<»t Moulins, 1846 ; — a» L'ouvrage de M. G«illardin smles Trappistes du XiX* siècle f 2 vol. in-S».
nés recueillies dans les champs par les moines au temps de la moisson et de la fauchaison , et que Ton s^occupait à faire sécher et à réduire en poudre dans les soirées d'hiver» au calélac ioire.
Saint Bernard s'élève avec force contre ces frères qui sont trop attachés à la santé d'une chair qui doit mourir et servir de pâture aux vers. c( User, dit-il , de quelques décoctions de « racines sauvages, comme il convient au}L pauvres de Jésus- « Christ, c'est ce qu'on tolère et ce qui se fait quelquefois « parmi nous; mais acheter des spécifiques, appeler des mé- « decins, prendre des potions pharmaceutiques, c'est une a graye inconvenance que ne comporte point la pureté angé< « liquc de lioiic ordre. Aux hommes spirituels il laui des re- « mèdes de même nature » (1).
L'état d^enfance dans lequel se trouvait alors Fart médical, les pratiques superstitieuses , les préjugés astrologiques qui en accompagnaient l'exercice autorisaient en quelque sorte les invectives du saint abbé ; sa conduite ne démentit point ses paroles; il fallut toute l'autorité de Guillaume de Gliauipeaux pour le décider à se soumettre au traitement d'un méde* cin, dans une maladie (jui l'avait conduit aux portes du tuoibeau.
Quoique les cisterciens rejetassent en général ia médecine, ils n'en avaient pas moins conservé un des grands moyens de la thérapeutique, la saignée. On saignait en cas de maladie; ou saignait même dans l'état de santé parfaite; ce qui se prati* quait quatre fois l'année : aux mois de février, d^avril, de septembre et vers ia fête de saint Jean- Baptiste. Cette opératioo s'appelait minutio, ceux qui la subissaient minuti ou minum* di, le religieux qui la pratiquait mimUar. Pour que les exer-
(1) s. Bern., ^jpiff.S45, adfrat. de S. Anast.
cîces et les travaux de la communauté ne fussent pas interrompus , on ne saignait pas tous les religieux à la fois » mais par dÎTÎsioDS et successivement.
La règle ne prescrivait ces observances insolites que dans un but inoral et expiatoire ; elle voulait diminuer le corps pour grandir l'ame, appauvrir la chair pour enrichir Tesprit. C'était à l'époque de la saignée que les religieux étaient plus spécialement invités à rentrer en eux-mêmes, à pénétrer dans les profondeurs de leur conscience; c'était un temps de pénitence et b jubUé du sang, mlon l'expression de Nicolas de Claii^ vaux (1).
Lorsque le malade était en danger de mort, on lui admimstraii Textréme^onction et le saint viatique en présence de
la communauté qui fondait en larmes , surtout quand il portait l'humilité jusqu'à faire publiquement Taveu des fautes de toute sa TÎe. Au moment où il entrait en agonie , on répandait sur la terre de la cendre en forme de croix , on la couvrait d'un linceul et on l'y déposait; ensuite on frappait la crécelle à coups redoublés et on tintait quatre fois la cloche pour appeler tous les religieux à ce ^and et saisissant specUicle; tous, prosternés à l'entour de leur frère expirant, récitaient les sept Psaumes de la pénitence» et, quand l'agonisant avait rendu le der^ nier soupir, ils entonnaient l'antienne Subvenile, par laquelle ils appelaient les an^^es et les saints à venir prendre , au sortir du corps» l'ame de l'athlète de Jésus-Christ, et à la transporter dans le sein d'Abraham.
On lavait le cadavre et on le transportait à la cliapelle revêtu du costame monastique, le visage découvert. Deux religieux 86 relevaient sucoessivem^t pour prier près de lui. Lorsque le
(1) Annal, ctst., 1. 1, p. 59 : Tacere namque etjacere prœciptmur ; omnia in
refectorio siccn. ,<!trut heri f.t rnidim tertius; non Inhornrp po^'^nmu^ ; ?'?? Ao" spa-^ tio, spirituales viri secretissimos conscientiwrum suanm recessus investigant^
moment de rinhumation était arrivé , on chantait l'office des trépassés^ puis on couvrait le visage du défunt avec son capuce, et quatre religieux le portaient au cimetière et le descendaient dans la fosse, sans autre enveloppe que son froc, qui lui tenait lieu de suaire et de cercueil (1).
La terre étant rendue à la terre» les moines se retiraient absorbés par les grandes pensées de Féternité ; tous allaient s^agenouiller à F oratoire dans un profond silence : c'était le silence de la mort et du tombeau (2).
Qui dura toutes les bénédictions que les prières et les bonnes œuvres des cénobites devaient attirer sur le Bassigny ! Que de pécheurs conyertis par d*aussi touchants exemples 1 que d ames chancelantes raffermies dans le bieni quel mouvement régè* ncratcur imprimé à toutes les classes de la société, aux laboureurs 9 aux artisans vivant dans les granges sous la haute direction des moines, aux comtes et aux barons admis dans rintérieur du cloître à voir de leurs propres yeux tant d'effrayantes austérités, dont le souvenir impérissable réveillait sans cesse en eux les plus salutaires pensées I
Renard I", seigneur de Choiseul dès Tan 1149, et qui avait épousé Hedwise de Yaudémont, fille apparemment de Hugues de Vaudémont» et sœur d*£udes ou d'Odon» évêque de Toul, fut une des premières conquêtes des prières et des exempies des bons religieux (3) . Il avait été si édifié de cette vie angelique, qu'il voulut mourir moine de Morimond. Voici en quoi
(1) Dans certains couvents cisterciens, le droit de propriété individuelle était tellement réprouvé, que, lorsqu'on trourait sur on rdigietix, après sa mort, quelques pièces de monnaie, on les jetait dans la fosse, et tons les assistants disaient : Pecunia tua team abeat in perditiowm I — Am. cist., t. 4, p. iSS,
ann. 1223
(2) Liber usuum, pns^im,et pni'sertim ce. 90 et 94 ; — Lih.mtiq,, deff., dist.S, 4, 5, 6, ce. 3 et 4; — Jules Pàris, Somadicon cistcr., p. 205, c. 94, Quomodo ag^turcirca defunctum, et Dalgairns, Vie de aaint Etienne ^ c. la.
(3) Recueils de M. Math^ Evéeh. de Lang., Ghàt. de Giiois., p. S15.
consistait cette cérémonie , dont nous aurons encore plusieurs
fois occasion de nous occuper.
Le baron malade était étendu sur son Ut et revêtu de son plus beau costume; Tabbé, arrivé au castel avec son cellerier et son frère convers, entrait vers lui, le bénissait, mettait sous ses yeux le iroc monastique, avec un rasoir et des ciseaux, et récitait les diverses formules et interrogations* Le baron ayant répondu a toutes affîrmativtM rient, on lui coupait les cheveux en forme de couronne , puis on lui enlevait un à un tous ses ornements mondains, et on les remplaçait par les différentes pièces de Fhabit cistercien , qu'il ne devait plus quitter. On lui lisait ensuite son acte d'agrégation, <]ui l'associait à jamais à toutes les prières» suffrages et bonnes ceuvres do couvent (1).
La cérémonie finissait par la réparation des injustices» d^abondantes aumônes faites aux pauvres et quelques dona*
lions à l'abbaye, à la charge de nourrir et d'abriter les mal*
heureux.
Ainsi réquilibre social tendait à se rétablir sous Vinfluence
cénobitîq[ue ; Tégalité chrétienne pénétrait dans le monde par les voies les plus inattendues et les plus mystérieuses.
A toutes les époques de Thistoire, lorsque les passions égoïstes et subversives ont envahi les sodétés , la Providence a suscité des législateurs , des sages austères , qui se sont efforcés de refouler les instincts pervers de 1 humanité et de la faire rentrer dans la voie des principes et du devoir. Tels furent, dans les temps antiques, les Confucius, les Zoroastre, les Numa» les Lycurgue.
Dans les siècles chrétiens, au moment des grandes crises sociales, quand les nations, duniinées par Torgueil et le sen^
(1) Jul. Pâris, Esprit primit» de Ciimucf pp. t6t «itSS^
Digilized by Coogle
sualisme, marchaient à pas précipités à leur ruine. Dieu leur â envoyé des ordres religieux qui , par leurs leçons , ont remis en honneur les saintes lois de la religion et de la yertu, et, par Texemple de leurs austérités, ont sauvé le monde, en ramenant le triomphe de Tame sur le corps, le règne de l'esprit sur la chair. Voilà conunent les peuples ont été régénérés jusqu'à cette heure. Les réformateurs modernes ont trouvé d'antres moyens : ce serait de donner un aliment à toutes les passions» de saturer tous nos sens de jouissances et de plaisirs. Â les entendre, les honunes ne seront réhabilités que quand, groupés mathématiquement selon leurs âges , leurs goûts et leurs talents, ils 9e lèveront chaque matin au son des instruments de musique, pour Rasseoir à une taible commune, sur laqudle on servit a six sortes dépotages, vingt espèces de vin, seize variétés de fromage, force volailles, force rôtis, force ragoûts, et des petits pâtés à satiété. L'épicuréisme a toujours été le précurseur de la chute des cni[>i['es : les races sensualistes et amollies ont constamment subi la loi des races dures et laborieuses ; les Asiatiques ont été subjugués par les Grecs, les Grecs par les Romains , et les Romains par les Barbares. iSous le disons franchement, si jamais un peuple pouvait descendre jusqu'à ce degré d'abrutissement et vivre d'une vie aussi animale , sa dernière heure serait sonnée ; il n'y aurait plus qu'à appeler un fossoyeur pour creuser son tombeau (1).
(1) Voir Four., Traité dtÂuoc*, t. 2, pp. 486 et sq., Guerre gastrosophique sur les bords de TEuphrate. — Le point d'appui de Cabet est également dans la puissance gastrique de Thumanité ; lisez surtout, drins le Voy. en Icarie, 1*° c. 7, De la Nourriture; — G. Harel, Ménag. sociét., ou Moyens (T augmenter son bien-être en diminuant sa dépense; in-8<}; — M°*" Gatti de Gamond , Réalisation <f me conm*sociét., in-8o; — etc*