CHAPITRE. XVIII
Eieommuoicatioo de Fou^iuc de Ghoiseul ; Galatrava est réuni définitiveroeiit
à Morimond; bataille d'Alarcos. •
.L^influcncc toujours croissante de notre abbaye , son extension territoriale et sa prépondérance dans toutes les afifoire? qui se traitaient autour d'elle , et presque toujours par elle , ameuereut une réaction ; elle vint de ceux-là mêmes à qui Morimond devait son existence et une grande paHie de sa prospéliié tejjiporelle, c'est-à-dire des seigneurs du Bassigny.
Renard de Clioiseul étant mort , son tils Foulque lui avait succédé ; quoiqu'il eût hérité des qualités de son père et même de son respect pour les moines , il ne put voir sans un secret dépit ses terres envalûes de toutes parts» en veiiu des droits d'usage dans les forêts, de pâturage dans les prairies, de pêche dans les étangs , droits accordés au monastère par ses ancêtres et qui avaient établi une sorte de. ûef dans sou iief ; il vit en tremblant cette puissance nouyelle qui s*était élevée subite* ment à côté de la sienne et semblait devoir Feffacer et Fanéan* tir. Ayant essayé vainement de contester la valeur des titres de Tabbaye, il se décida à faire saisir les bestiaux des granges» et envoya ses gens recueillir le blé et les raisins dans les champs et les vignes qui avaient appartenu autrefois à sa famille.
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Les moines étaient possesseurs légitimes, ou à titre d*achat,
ou à titre de donation : on ne pouvait .les dépouiller sans blesser essentiellement la justice et sans introduire dans la société des germes de désordre et de bouleversement; ils se plaîgoirent, ils réclamèrent ; mais sans fruit. L'épiscopat était alors, comme toujours» le refuge des opprimés ; quoique Foulque fût un des plus puissants barons, je ne dirai pas seulement du Bas* signy, mais de la France, et par l'étendue de ses domaines, et par le nombre de sesvassaux, et par ses alliances avec les plus grands seigneurs de son temps, Manassès, évêque de Langres vers la fin de l'an U81 , éleva la voix contre lui, le somma d'avoir à réparer les donunages qu'il avait causés, le menaçant de l'excommunier si dans quinze jours il n'avait pas satisfait. Ce délai expiré et Foulque persistant clans son obstination, Manassès> après avoir employé inutilement toutes les voies de la dou* ceur, rassembla son clergé dans sa cathédrale, puis, à la lueur des flambeau \ ([ue tenaient tous les assistants , il prononça la sentence d'excommunication, et ordonna qu'elle serait publiée chaque dimanche au prône de toutes les paroisses de son diocése ; ensuil-c ou eU'i;^ait les flambeaux et on les jeta à terre.
Il était enjoint à tous les prêtres et autres ecclésiastiques de la baronie de Choiseul d'en sortir aussitôt, à reicention de deux diacres, qui y resteraient pour porter le \iatit|iiL' aux malades et administrer le baptême aux enianls (1) : on devait sonner chaque jour trois glas dans toutes les églises du fief, coniiiic pour un mort ; s'il arrivait que le baron excommunié se réfugiât dans un village, ou seulement le traversât, la célé* bration des saints mystères y cesserait ce jour et le suivant ; en cas de mort dans l'intervalle, on réfugierait la sépulture à son corps. Un finissait par menacer de la même peine tous sesconi-
I) IhuiJivs fivdvm diaconis reiictis, qui viatinum infirmis et baptisma pai^ l'iUis pê'Oviderent,
mensauiy ses adhérents , ceux qui continueraient de le servir ou qui lui donneraient rhospitalité (1).
Foulque fut foudroyé sous ce coup terrible ; abandonné d*Âalis, sa pieuse et tendre épouse , de ses enfants et de ses serviteurs ; seul sur sa monlagaey au milieu de son manoir désert, en face de sa conscience et sous la main d'un Dieu irrité « il se hâta de secouer cette effroyable malédiction qui le suivait partout et se projetait autour de lui sur un cercle aussi vaste que le monde, promettant de laisser aux moines la jouissance pleine et entière des droits que ses aïeux leura\àient accordés. L'évêque lui donna quinze jours pour remplir ses engagements» faute de quoi il devait retomber sous Texcommunication; mais stîs promesses ayant été ponctuellement exécutées, il fut absous solennellement à Morimond» en présence d^un nombre considérable de seigneurs.
Sans doute nous ne pouvons juger de pareils actes au point de vue de notre époque ; pour les apprécier sainement, il faut nous transporter au XII* siècle» au milieu de ces barons parfois chrétiens très-fervents, mais encore à demi-barbares, n'ayant, humainement parlant, d'autres lois que leurs caprices, sans autre firein que celui de l'autorité de TEglise , qui ordinairement se jetait entre eux et leurs victimes, traçait des limites à leur puissance envahissante et déprédatrice» en lui disant : Tu t'arrêteras là y ou tu seras brisée !
Pierre I" était alors abbé de Morimond. Ce religieux, dans sa jeunesse» avait étudié dans les écoles de Paris ; mais Dieu l'avait si peu favorisé et du côté de Tintelligence et du côfé de la mémoire, qu il était un objet de dérision pour ses condisciples» et passait à leurs yeux pour un idiot (2). Ce pauvre enfant» désespéré , usait les plus beaux jours de sa vie dans la
il) Archiv. deia Haute-Marne, arcul. 4.
Ah omnibus irridebatvr , ab omnibus idiota judicabatur.
tristesse et le deuil ; il en devint même gravement malade, et
il eut une vision dans laquelle il lui sennbla que son amc, détachée de sou corps par la mort, avait été précipitée dans les enfers, ou elle endurait de la part du démon , dans la compagnie des damnés, les plus afireux tourments en punition de ses péchés.
Effrayé de ce songe terrible, il avait mandé un prêtre, avoué
ses fautes avec beaucoup de larmes, et pris la résolution de quitter Paris pour travailler uniquement à son salut ; pensant ne le pouvoir faire nulle part avec plus de fruit et de sûreté que dans la congrépration de Cîteaux, et entre tous les monastères cisterciens que dans celui de Morimond » il y fit profession, et acquit par Poraison des connaissances si relevées et si profondes dans les choses de Dieu, qu il devint, pour sa science autant que pour sa piété, la lumière etTexemple de la conuuunauté.
Ses visions lugubres avaient laissé des traces inelTaçables dans son ame ; il était tellement effrayé des jugements de Dieu, qu*il n'y avait plus da joie et de plaisirs au monde pour lui ; la douleur de son cœur se trahissait à chaque instant par ses soupirs , et le deuil de son ame par une indicible expression de tristesse dans toute sa physionomie; il semblait ne se nourrir que du pain des larmes, et jamais on ne surprit le plus léger sourire sur ses lèvres. Son austérité , ses gémissements , sa pieuse mélancolie s'alliaient admirablement avec le cloître» le désert, les tombeaux et le sombre paysage de Morimond (i).
Sous un chef aussi saint et aussi habile , Morimond n'avait rien à envier aux autres maisons de Tordre ; mais il n'était monté que malgré lui sur le siège abbatial, et, depuis trois ans qu'il l'occupait, il n'avait cessé de soupirer après le moment oii
(t) GiBsar Heisterb., 1. Jhal., c. 33-; Armai, m/., t. 2, ano. 1178, c. 4. ' -.
il lui serait donné d'en descendre pour se confondre avec ses
frères et d(!vcnirle (kiiiier d'entre eux; car les vrais serviteurs du Christ out toujours eu l'ambition d*obéir et d'être comptés pour rien ; c'est là surtout le signe auquel on les a toujours reconnus. Notre abbé put jouir de ce bonhcui- tant désiré à la iin de ilSl , époque a laquelle il céda sa place à Benri, troisième du nom. Ce dernier mourut deux ans après» et eut pour successeur Barthélémy, dont Tadministration fut encore de plus courte durée. Les moines, fatigués delà fréquence de ces changements , et regrettant le gouvernement paternel. quoique sévère, de Pierre , le chofeirent de nouveau et lui firent une sorte de violence pour recharger ses épaules du fardeau qu*il venait à peine de secouer. Dieu fit assez voir qu'il a{)prouYait cette réélection par les abondantes bénédictions qu'il répandit et sur Tabbé et sur Fabbaye (i).
Casimir 11« le Juste, roi de Pologne, sur la renommée de sa sainteté, lui écrivit de sa propre main pour lui proposer la fondation d'un nouveau monastère de son ordre et de sa filiation dans ses États, témoignant surtout le désir d'avoir des moines formés par lui ; c'est pourquoi douze cénobites avec un abbé partirent de Morimond, et, après avoh* traversé rAllemagne, vinrent à la cour de ce prince, qui les accueillit avec la joie la plus vive et le plus profond respect , leur assignant pour dot une partie du bourg de Copruuitz avec les terres em iromiantes, couvertes de forêts et de marais infects , ce qui rendait ce dimat meurtrier et inhabitable (2).
(1) Seriez abbat. Morim., m Gall. christ., t. 4, et Séries eorumd, abbat., ap. Ang. Manr., t. l, p. 520.
(S) KàsimiruSf dux Poloniat, pmdamt numasterium Cùpnumkense, et ineo îoatuU fratres OC ^ ex Morimtmdo sumptos, ad oppidum Coprvmicense pro dote rontulit et libertates plures concessit; enclesiam quoqttc de quadro lapide cedificavif . Doinde Nicolaus Boyarius cornes, cœten'quc uobilcs de nrmîs Boqoriœ et Uabdanrk, villrn et prœdia contulerunt. — . Joaun. Pist., Histor. Polon, coliect., l. 6 ad iinem.
Que de fois, en travaillant sous le ciel briimeHx du nord» ces enfants du Bassigny durent se rappeler les champs de lear
pays aux moissons dorées, nos riantes matinées de mai, les feux brûlants du soleil de juillet, nos douces soirées d'automne ! Abandonnés sans appui au milieu des déserts, ils furent presque tous massacrés par les Tatiares, et ils sont véacrés dans Tordre de Citeaux comme martyrs (i). Puissent leurs prières être exaucées près du trône de la miséricorde , et attirer de nouvelles bénédictions sur la terre qui a porté leurs berceaux !
De la Polc^e , l'attention de Tabbé Pierre se reporta sur
FEspagne ; les che\ aiiers n'étaient pas rentrés complètement dans Tesprit primitif de leur institution, et rien ne les rattachait à Giteaux que la foyeur qui leur avait été accordée d'être admis a la pai ticipation dos prières , sulli ages et bonnes œuvres des moines; ils ressemblaient à un rameau séparé du tronc et qui n*en reçoit plus la sève vitale. Cependant c'était par Torgane de Cîteaux qu'ils avaient voué à Dieu leurs sueurs et leur sang ; ni Féclat ni la rapidité de leurs conquêtes ne purent leur faire oublier leurs serments.
En l'an 1187» le grand-maître se rendit en Bourgogne , au moment de la convocation du chapitre général , et parut au milieu des évéqœs et des abbés avec des lettres du roi de CastiUe et de plusieurs grands d'Espagne, suppliant cette auguste ass»fmblée de recevoir les chevaliei s non-seulement comme des alliés et des amis, mais comme des frères. Le roi, dans sa lettre, témoignait le désir de voir la milice rattachée non à Fitero
OU à r Echelle-Dieu, mais à l'abbaye de Morimond, mère de l'une et de l'autre, dont le nom et les vertus étaient si célèbres que c'était une gloire pour les plus &meuses congrégations
(1) Jlfeno/o»0r. tA9i.i die S junii.
d être dans sa dépendance et de se mouvoir dans son orbite. Cette demande» si légitime en dle-même et appuyée de si puissantes rcconuiiandalions , fut accueillie avec empressement par le chapitre ; Calatrava fut de nouveau agrégé à Cîteaux» et l'abbé général chargé d'en rédiger l'acte testunonial avec les clauses et condiiiuiis. Cuiiimc cVst un des titres les plus glorieux deMorimond, nous allons le transcrire entièrement :
u Guy, humble a56é de CiUaux, avec ks évéquei et /es abbés du « chapitre, à tous les frères de Calaîram et m vénérabh « Nugno, graud-maUre, salut et fraternité,
a Nous ne pouvons qu'approuver le projet que vous avez « formé de passer des rangs de la milice du inoudedans ceux « de la milice du Christ, pour combattie les ennemis de la ibi ; « nous en rendons grâce au Dieu tout-puissant qui attire à lui « ceux qu'il veut et comme il veut, et nous le con jurons de vous « faire croître de plus en plus en nombre et en mérites. Quant « a la demande, que vous nous adressez humblement» de vous « admettre à la participation des privilèges de notre ordre, non « comme des alliés» mais comme de vrais frères , nous Tac* <t cueillons avec plaisir. Vous voulez que nous vous tracions « uiie règle de vie ; voici ce que nous croyons devoir vous pres- « crire, et pour votre vêtement» et pour votre nourriture : vous « porterez un costume modeste, commode pour votre profes- « sion, tel qu'il sera réglé par l'abbé de Morimond, de coii- « cert avec votre grand-mattre ; le scapulaire sera votre habit «i de religion. Vous garderez un silence continuel à l'oratoire»
au reiecloire , au dortoir pt à la cuisine. Vous dormirez ha- « bUlés et les reins ceints; vous userez d'aliments gras trois ^ jours de la semaine : les mardis , jeudis et dimanches , vou» « contentant d'un seul mets à chaque repas.
tt Que celui qui aura frappé son frère ne s'approche , six « mois duirant, ni de son cheval, ni de ses anne!^» et mange à « ferre trois jours de suite. Qinbonque désobéira au grand-maî- <c tre subira la même peine. Lorsqu'un chevalier aura été con- « vaincu pubUquement du crime de fornication, il mangera à a terre pendant un an, sera réduit au pain et à Feau trois jours « chaque semaine, et recevra la discipline le vendredi depuis a TExaitation de la sainte Croix jusqu'à Pâques ; ceux qui ne « seront point en campagne jeûneront trois jours de chaque
semaine.
« Nous vous enjoignons à tous d'obéir au grand*maitre et a de faire profession dans ses mains , comme s^il était votre
« abbé. Si vous voulez fonder des iibbayes, vous en remettrez « rétablissement à Tabbé de Morimond, qui les aura dans sa « filiation et sera tenu de les visiter une fois cbaque année par
« lui-même ou par un délégué ))(!).
Quand on lit les Annales cistercienaes , on est accoutumé
bientôt aux prodiges ; mais rien ne nous paraît plus étrange et plus admirable que ce règlement , provoqué par les chevaliers et accepté par eux avec reconnaissance. Refouler Torgueil militai r(î sous les pratiques les plus humiliantes en apparence, le briser de mille façons, s'en jouer en quelque sorte ; donner un scapulaire à des soldats, un Psautier à des gens d'armes ; amener des guerriers superbes à rougir d'un péché véniel comme de timides et innocentes noues , à tendre sans mot dire leurs épaules nues aux coups de la discipline , à manger par terre en pénitence comme de petits enfants ; faire entrer le clottre dans la caserne ; voilà la grande merveille et la gloire incomparable de Citeaux et de Morimond.
(1) Rades, Hist. Calatr,, c. 13 ; — Afutal, cist., t. 2, pp. 187 et sq.
Comment s'opéraient tant de prodiges incroyables? Par la puissance de la charité. Lorsque nùos lisons les oinrrages de Fourier, de Cabet, de Victor Considérant, de Louis Blanc, etc., nous y Yoyons <jue le dernier mot de ces puissants génies^ c*est quVn ne pourra jamais associer les hommes qu'autour d'une table bien servie : ils n'ont découvert jusqu ici que la fraternité de Testomac.
Si donc nous désirons avoir, aujourd'hui encore ^ la fraternité des cœurs et des ames en Dieu , la seule digne de Fhorame, il faudra la demander au Christ , qui a dit : Àim^&'Wm fes uns les ouires; vous êtes b$ mfanti é^un même père; vous êtes uns, car vos frères c'est vous et votis c'est vos frères. Eh Ixien I cette doctrine a réalisé au Xll'' siècle ce qu'elle réalise«rait au XIX*, si on le youlait franchment, le réve de rassocia»tion universelle : le soldat donnait la main au moine , le moine an laboureur, le laboureur à l'artisan, l'artisan au ridie» le riche au pauvre : tous s'embrassaient sur le sein de Celui qui est mort pour tous 1
D. Nugno Pérez» désirant asseoir les nouyeatix statuts sur des bases solides , se rendit à Rome , accompagné d'un religieux deMorimond, ailn d'en solliciter la conûrmation près de la cour pontificale. Tous deux allèrent ensemble se jeter aux pieds de Grégoire VllI, qui i atifiri les décisions du chapitre et leur donna cette sanction romaine sans laquelle rien ne se fonde et ne prospère dans l'Eglise de Dieu.
Ces deux pèlerins de pays si éloignés , de professions si diverses, sortis l'un d'un humble couvent du Bassigny, l'autre d^une forteresse guerrière de la Castille, cheminant de compagnie vers ia ville éternelle, s' inclinant en même temps sous la main du vicaire de Jésus-Christ, et confondant leurs vœux dans son sein paternel, nous retracent une des phases les plus merveilleuses de l'unité de la société chrétienne au moyen âge.
It
Doux années aupîiravant , l'ordre avait porté ses armes du côté d'Aodujar» d'où il avait ramené beaucoup de captifs et un riche butin. Attaqué an refour par le frère de la reine de Gor^ doue, le grand-maître 1 avait fait prisonnier, après avoir tué ou dispersé ses gens. Ce jeune prince donna pour sa rançon une grande somme d'argent, cinquante chrétiens, parmi lesquels il y avait quatre chevaliers, et le vêtement qu il portait, tout étincelant d'or et de pierreries.
Les Maures se trouTèrent tellement pressés de toutes parts, qu'ils appelèrent à leur secours Témir Almoumenin , chef des Almohadest résidant à Maroc. U passa en Espagne avec une armée immense, surprit Alphonse avec ses troupes près d'Alarcos, le 18' de juillet 1195, et les mit en déroute. Le roi» ne voulant pas survivre à sa défaite , cherchait la mort sur le 'champ de bataille, et c'en était fait de l'Espagne si les chevaliers, lui formant un rempart de leurs corps, ne T eussent tiré de la mêlée et conduit dans une forteresse voisine. Gala- 4rava fut pris d'assaut , et deux mille hommes, tant chevaliers que moines et chapelains, furent égorges sous ses murs. Les débris de Tordre se retirèrent à Cirvelos, près du tombeau de saint Raymond, pour ranimer leur courage et y puiser uae nouvelle vie (1).
Les chevaliers d* Aragon , croyant que D. Nugno Pérez avait cté enseveli avec sa milice sous les ruines de Calatrava, élurent un autre grand-maitre ; mais cette élection n'eut pas de suites. Semblables au lion que la flèche du chasseur a rendu plus furieux et plus terrible , nos intrépides champions attendaient en frémissant rinstant de la vengeance. En 1198, ils descendirent avec 400 chevaux et 600 hommes d'infonterie dans la plaine où iuniait encore le sang de leurs frères. S'étaul emparés de la
(1) Bades, Hist. Calatr., ce. 12 et i^;-^ Annal. ct>^. Séries prsefect. miiit. Calatr., t. 3, p. 20.
place de Salvaterra, ils s'y fixèrent : d'où vint à Tordre le nom deSalyaterra, qu'il conserva quatorze ans; c'est de là que» renaissant en quelque sorte de sa cendre , la mUice s'élancera
à de nouveaux combats et a de aouvellcs victoires (1).