CHAPITRE XXII
Du chapitre gc'néral f^oCîtcanx ; du rôle qu> jouaient les abbés de Morimond; de l'influence iJoliUque et sociale de cette ioslituttoa; suite de l'histoire et des conquêtes de Caktra^a.
D'après la Charte de charité, lorsque l'abbaye de Cîteaux devenait vacante, c'était à Tabbé de Moriinoud et aux trois autres premiers pères à veiller sur elle et à en prendre soin; c'est pourquoi ils devaient être informés aussitôt de la vacance , et, tlans le délai de quinze jours, procéder conjointement avec les religieux à la nomination du nouvel abbé (i). Or, après la promotion de Guy II au cardinalat, le prieur de Cîteaux n'avait pas cru devoir conv oquer les quatre premici's abbés , et Jacques II avait été élu sans leur participation ; ils réclamèrent donc contre rélection, la déclarant illégale et frappée de nullité; de là une scission malheureuse, qui dura plusieurs années.
Nicolas 1", abbé de Morimond , s'unit à Pbilippe y abbé de Clairvaux« à Teffet d'adresser au pape Urbain IV des plaintes communes. Le Souverain-Pontife leur envoya des lettres d'exemption de la juridiction de Cîteaux et d\issistauce au chapitre général, tant que dureraient les débats. L'année suivante» Jac^ ques ayant cédé à l'orage et s'étaut démis volontairement, Ni-
(1) Stat. 19, Ann. cist., t. 1, p. 111 : Etcwffregatimnomiae DominifiUfbatei H monachi cisterciensem eligant abbatem.
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calas fut appelé avec ses trois coabbcs à rélectîon de son successeur ; mais, pour empêcher autaut que possible que de semblables désordres ne pussent se renouTeler, le pape manda à Pérouse » où il tenait sa cour pontificale , les quatre premiers
abbés et celui de Cîteaux, pour apprendre de leur propre bouche le sujet de leurs différends (1).
Après les avoir entendus » il fixa irrévocablement le sens de Tarticle 19 de la Charte de charité, et décida que les quatre premiers pores u^avaieut que le droit d'assister simplement à Pélection de Tabbé de Oteaux, et d*aider les religieux de leurs conseils (2 . T/ariicle 16 de la môme Chaiie avait clé également la souicc de beaucoup de contestations, car, quelque parfaites que soient les législations humaines » elles se trouvent toujours , mais surtout aux époques de dégénérescence, incomplètes ou impuissantes , tant les faces des choses sont diverses et éblouissantes , tant les passions sont subtiles , tant les générations se ressemblent peu , jusque dans la terre des saints 1
Primitivement , tous les abbés de Tordre avaient voix déUbérative au chapitre général ; dans le cas de partiige des opinions, on devait s'en rapporter au jugement de l'abbé de Cîteaux et de quelques-uns des plus sages et des plus éclairés d^entreles autres abbés ; mais le nombre de ces derniers n'était point arrêté ; souvent ceux que l'on désignait refusaient par humiUté une fonction qui les constituait juges de leurs frères. Des Fan 1134 , le chapitre s'était vu forcé de donner pouvoir à l'abbé de Cîteaux d'en coulraiudre quatre d'accepter cet ofûce , et c'étaient ordinairement les quatre premiers pères. Cette manière de décider les afiaires donna insensible-
(1) Gall. Christ., t. 4, p. 818; — Hél^ot, Hist. desord. relig., t. 5, p. 354.
(2) Bull. CXém. IV, in libro cui titulus : Somastic, cist.; — Traité hUtor. du cfiap. gén.de Cîteaux, in-4«, pp. ÎO, 30, 50, etc.
ment lieu à Férection d*un tnbimal détaché auquel on renvoyait toutes les questions épineuses. Les abbés qui le composaient furent appelés les définiieurs , et leur tribunal le définitoire.
Qément IV sanctionna cette organisation judiciaire et lui
donna sa dernière forme, ordonnant que les déûniteurs seraient tirés par égale portion du sein de chacune des cinq générations qui formaient l'uniTersalité de Tordre. L'abbé de Cîteaux nommera, le premier, quatre définiteurs de sa filintion ; l'abbé de Moriniond et les trois autres lui présenteront chacun cinq ab— bés de leur filiation, et il en choisira quatre parmi eux ; ce qui donnera, y compris les cinq premiers abbés eux-mêmes, vingtcinq déûniteurs. Les définitions passeront à la pluralité des voix ; mais» lorsque les voix se trouveront partagées , celle de l'abbé de Cîteaux sera prépondérante et déterminera le juge^ ment. Les quatre premiers pères apposeront leurs sceaux et signatures à tous les actes du définitoire (1).
Le pape avait promis de retoucher cette constitution, si elle ne pouvait réunir et satisfaire les différents partis; alors, Philippe de Clairvaux et Nicolas de Morimond délibérèrent sur ce qu'ils avaient à faire. Il leur paraissait que, si l'abbé de Cîteaux avait le droit d'exclure arbitrairement Tua des cinq dcliniteur& qui lui étaient présentés par chacun des quatre premiers abbés, cemcrci ne pourraient jamais s'assurer d'avoir dans le définitoire un homme de confiance qui put leur servir de conseiller dans le besoin, l'abbé de Cîteaux pouvant faire tomber Fexclusion sur celui-là. Ils estimaient donc qu*il était nécessaire de suppher le pape de modérer la puissance abbatiale de Cîteaux,
(1) Nous avons entre les mains le sceaa do définitoire de Cîteaux : U représente rassemblée des définiteurs, sur la tête desquels ]r sainte Vierge étend ses deux mains à droite et à gauche, avec cette légende circulaire : SigiUum definitorumcapitu/i gêner. Cistcrc. ordinis.
et de permettre à chacun des (piatre premiers pères de se réserver quelques-uns des ciuq déûoiteurs que Tabbé de Cîteaux ne pourrait exclure^ au moins la première fois qn*ils lui seraient soumis, alin que les cinq grandes fractions cisterciennes pussent se balancer réciproquement.
Clément lY fit droit à une demande aussi l^itime, et stataa que, des cinq définiteurs choisis par chacun des premiers pcrcs, il y en aurait deux que Tabbé de Gtteaux ne pourrait rejeter. Dans le cas où un des premiers pères serait empêché d'assister au chapitre , Tabbé le plus ancien de sa génération choisirait les définiteurs et les présenterait (i).
Nous croyons devoir ajouter, dans Tintérêt de notre histoire, quelques mots sur la tenue du chapitre, à cause du rôle important qu'y jouaient les abbés de Morimond.
Pour qu'une association s'organise et dure, il lui faut, comme au monde, deux forces : une force d'expansion et une force d'attraction. La congrégation de Cîteaux avait eu éminemment, dès le principe , la première de ces deux puissances par Fex- ' tension prodigieuse de sa rdiation^ elle jouit bientôt de la seconde > par l'institution de son chapitre. L'Ëglise cathdique est l'ordre même do Dieu réalisé dans les limiios du temps et de l'humanité ; tout ce qui croît et se développe dans son sein se forme à son image; tout ce qui s'établit en dehors d'elle ou contre elle tend au désordre ci a 1 anarchie.
Ainsi, sans remonter plus haut, qu'est-ce que le socialisme de nos jours? Un amalgame de passions et de doctrines incohérentes , une cohue d'hommes réunis ou plutôt rapprochés momentanément par leur haine contre toute religion et toute société ; ouvriers de destruction , impuissants à rien fonder» auxquels il ne faudrait qu'une chose pour se perdie à jamais :
(1) Nous n'avons fait qu'analyser le Traité histor. du chap, génér. de Cîteaux, et la BuUe de Clément iV, in Nomasticon cisL, p. 4G6.
réussir. Que leur rnanque-t-il donc ? Cette force que nous aTOûs signalée» qui va du centre a la circoniérence et de la circonférence au centre ; il leur manque ce qui fait la grandeur et la gloire de nos pauvres coniiiiunautés de IVères capucins, de frères ignorautins et de frères gardes-fous 1
D'après la Charte de charité « le chapitre général devait se tenir chaque année , et tous les abbés étaient obligés d'y aller rendre compte de leur conduite» de Tétat de leur monastère» et traiter de6 affaires de Tordre entier ; mais, par la suite, Gîteaux s*ctant dilaté jusqu'aux extrémités de l'Europe et même audelà» il eût été impossible aux abbés les plus éloignés de s'y transporter au^ souvent ; ceux de Norwége , de Livonie» de Hongrie n'y venaient que de trois ans en trois ans j ceux d'Irlande» d'Ecosse» de Sicile chaque quatrième année» et ceux de Syrie et de Palestine tous les sept ans ( i ) .
Les abbés capitulaires se réglaient pour leur départ sur la fétedeTExaliationde la sainte Croix» et se rendaientavec deux serviteurs et deux ou trois chevaux » selon qu'ils étaient français ou étrangers, jusqu'aux quatre premières maisons de Tordre : La Ferté » Pontigny» Gbiirvaux et Morimond. Cette dernière abbaye, se trouvant au passage de TAHemagne et de la Lorraine» était alors encombrée d'hommes et d'équipages. En 1280» on y reçut quatre-vingts abbés, deux cent quarante chevaux et plus de cent soixante serviteurs. Il n'y avait que les quatre premiers pères qui eussent le droit d'entrer à Citeaux avec quatre chevaux.
Les abbés des quatre premières maisons, ayant réuni la plupart des abbés de leur filiation» partaient avec eux pour Dijon» lieu du rendez-vous général. La règle leur prescrivait de se conduire dans cette ville avec décence et gravité» de ne point
(1) Hélyot, Hist, desord. reltg., t. 5, p. 366.
se montrer dans les rues sans nécessité , et de ne pas s'y faire servir de poisson (1).
Ils sortaient de Dijon au point du jour» afin d*arriTer à Citcaux pour l'office de tierce , qiii était suivi d'une messe solennelle du Saint-Esprit, après laquelle le bourdon sonnait Touyerture du chapitre , où tous les abbés se rendaient en. coule blanche. La place d'honneur était réservée à l'ahbé de Ctteaui ; puis venaient les quatre premiers pères, selon le rang de leur filiation , et tous les autres abbés. A droite et à gauche étaient les sièges des évêques et des rois. Le chantre ayant achevé le Veni Creator, le président prononçait un discours ; on lisait ensuite quelques chapitres des anciens statuts; enfin» les quatre premiers pères avec l'abbé de Gîteaux se retiraient pour nommer les définiteurs. L'abbo de Gîteaux, en sa qualité de prtsidenty avait le droit d'ouvrir, de suspendre ou de clore les séances, de recueillir les voix, de prononcer les sentences ; mais il était ton jours accompagné soit de l'abbé de Morimond, soit de Fun des trois autres premiers pères» appelés par Benoit Xll les prélats présidents » prœhui prassidmteê , eoàbbates ptmidm^ tes (2).
Chaque monastère éli^t son abbé, chaque abbé était com- . me le député de sa- communauté au chapitre , qui de cette iaçon représentait tout Tordre : congregalio ahbatum totum ordinem reprœsentans . C'était à lui qu'appartenaient la puissance législative et exécutive, le vote du budget et toute la police disciplinaire de la société cistercienne. Nulle loi n'était obligatoire, si elle n'avait été consentie pai* la majorité des abbes ; nul impôt ne pouvait être levé , s'il n'avait été préalablement
(i) In vUla THmonensi qtumdo ventunt ad atpUulumf vei redeuni, tam abbaies ^ptean aliœ personœ ordini'iy honeéte et mature se haheant, nec per vi'oot sine eeria necessitaie incedant. Ibidem commorando nuilus abàas vel conversus pit^ eilms nfntur. — Bnll. Bcned. XH.
(S) Bull. Beaed. XU, an 1335, Nomastic. cist.t p. 586, in-fol.
ordonnancé par le chapitre; c'était une maxime de droit consacrée par im grand nombre de statuts, qu'un fardeau dontehacmi doit porter sa part doit être approuTé d'un chacun : anus quod imnes tangitàb imnibus dehet apprcbari.
Ce foruiu monacal avait sa tribune, ses débats parlementaires, ses séibices tantôt calmes et tantôt orageuses, mais toujours dignes et graves. C'était une école de haute conyenance et de respect mutuel. Lorsqu'un orateur abusait évidemment de la liberté de discussion , le président ne se contentait pas de le rappeler à Tordre, mais rassemblée réprimait sévèrement ses fougueuses saillies, et, au besoin, brisait son orgueil sous les pénitences les plus humiliantes. Ainsi, en i 199, l'abbé de Morimondy ayant parlé avec trop peu de mesure, fut condamné à rester quarante jours hors de sa stalle dans son monastère, à être trois jours à Cîteaux en coulpe légère, et, Tun d'eux, au painetàTeau (1).
C'était lion-seulement une assemblée délibérante, mais une cour judiciaire , un tribunal suprême appelé à prononcer sur tous ks délits publics et toutes les affaires contentieuses de Tordre, ayant ses huissiers, ses greffiers , ses juges d'instruction, ses procureurs et ses avocats-généraux. Le coupable s'accusait lui-même, et, dans le cas où il n'en avait pas le courage et la . volonté, un autre abbé l'interpellait. En 1205 , rab])é de Pontigny fut interpellé par Guy de Morimond pour avoir permis à la reine de France et à quelques dames de sa suite rentrée de son monastère, contrairement aux statuts ; il aurait été déposé à l'instant même, si Tarchevêque de Reims et plusieurs autres prélats n*«u8sent intercédé pour lui.
(1) Abbas Aiorimundi, qui inilis'!i}<linnti' lonitus est in capiiuio {Hdd).
quadraginta diebus extra stallum suum sit in MoHmundo; tribus diebus sit in levi culpa apud Cistereium, uno eorum in pane et aqua. -"Jk la manière de 99 comporter au ckap, génér., iQ-A», pp. 4S 6t 46.
On distinguait deux sortes d*audience , ceUe da chapitre et
celle du défiiiitoire ; tout ce qui a\aiL été jugé à l'une on à l'autre, rétait irrévocabiemeut. On pouvait cependant en appeler au pape dans certains cas prévus parles règlements.
Voyez comme la justice avait été graïuienicnt et libéralement organisée par les aïoines 1 Chaque abbé était juge dans son monastère ; ce tribunal local était dominé par une sorte de tribunal de première instance, celui du preiiiit i pei c dans toute sa ûiiation ; puis venaient la cour royale et les assises du chapitre. Ce n'était pas tout : l'innocence condamnée pouvait encore crier vers Rome et se sauver dans la barque de Pierre, ce dernier et suprême asile de la justice ici-bas (1).
La langue latine était la seule en usage dans le chapitre ; voilà pourquoi Félection d*ttn abbé illettré était annulée par le fait même.
Ce tribunal s'était acquis une si grande réputation d'équité» de haute impartialité » de discernement , qu'il fut bientôt reconnu de l'Europe y et que les pruices venaient de toutes les parties du monde lui confier leurs différends » s*en rapportant à ses décisions. Plusieurs d'entre eux avaient pourvu à ses dépenses ; Richard, roi d'Angleterre, avait donne, pour couvrir les frais des trois premiers jours » les revenus de l'église de Schardebourg ; Alexandre II, roi d'Écosse, vingt livres sterling pour le quatrième jour ; Bela IV, roi de Hongrie, s'était chargé du cinquième et dernier jour.
L'époque de la tenue du chapitre varia comme l'esprit cistercien : d'annuel qu'il etail , il devint bisannuel , puis quadriennal ; il y eut même des lacunes de quinze, vingt et quarante ans, durant les périodes les plus orageuses de notre histoire. Sous Louis XIV, Alexandre Vil ordonna qu'il serait trien-
(1) Innoc. Vm, BiiU.^f»^, ann. 148».
nal et que» dans rinterralle des sessions , les quatre premiers
pères se réuniraient en petit chapitre pour préparer les matières(l).
De quelque côté que l'on envisage cette magnifique institiH tiout on ne peut qu'être frappé d'admiration : au point de Yue monastique» rienn'était plus propre à réunir lesdiyers membres de la corporation cistercienne épars sur un espace immense, à y conserver la vie primitive et à la maintenir dans l'uniformité des mêmes observances.
Au point de yuc social, rien n'a contribué plus puissamment à relier les différentes nations et à les faire progresser vers l'unité 9 que ces assemblées périodiques formées d*une grande multitude d'abbés venant de toutes les parties de la terre, parlant pendant cinq jours la même langue» comme une vaste lamille de frères, emportant les mêmes idées sur tous les points du globe.
Sous le rapport politique, nous retrouvons dans le cbapitre»
à l'aurore du XII* siècle, la vérité du gouvernement représentatif dont les peuples européens n'ont encore pu saisir que l'ombre, après tant d'années d'efforts et d'expériences désastreuses, à travers tant de sang et de ruines, et cette république fédérative rêvée par Franklin et Washington au sein des forêts du Nouveau-Monde, réalisée, en 1119, par onze pauvres moines dans une misérable cabane au milieu d'un marais de la
rgogne.
Au point de vue national , cette assemblée , qui fut pendant
si longtemps Tarbitre des empereurs et des rois , le conseil de l'épiscopat, l'appui et l'asile de la papauté dans les tempêtes du
(1) Traité hist. du chap, génér. de l'ordre de Cîteaux, pp. 353 et suiv. ; — De la manière de se comporter au rhap. génér, , pp. 45 et 46; — Hélyot, Hist. des ordr. relig,, L 5, pp. 36&, 866 et 367 ; — In Nomastic. dst,, lib. ant. deÛoit., p. 484.
moyen âge; qui parlait et voyait les peuples s'incliner sous le souffle de ses lèvres ; cette assemblée se tenait dans une proyince et sous la protection de la France , sons la présidence et la haute direction de cinq abbes irançais, parmi lesquels étai^ celui de Morimond. On conçoit que par elle notre patrie devait avoir une inilueiice prépondérante sur les destinées de TEurope, et donner le branle au monde par les douze cents monastères étrangers qui relevaient de Cîteaux.
Clément rV, ayant organisé le définitoire et réglé plusieurs autres points de discipline» s'occupa des chevaliers de Galatrava. Les dercs attachés à cette milice lui avaient député l'un d'eux pour se plaindie de ce qu'un simple laïque recevait leurs vœux, au préjudice du prieur venu de Morimond, que les chevaliers repoussaient à cause de sa profession et de son habit. Le pape, par un bref daté de Pérouse, au mois d'août 1265, renvoya toute cette affaûre au chapitre général de Citeaux, conmie au tribunal auquel eUe ressortissait naturellement. Les abbés c^pituiaires rendirent une sentence constatant irrévocablement le droit de Morimond.
Cette décision ne pacifia pas entièrement les esprits : Jean I", ayant été élu abbé en 1272, se hâta de se rendre en Espagne , et alla droit à Calatrava , ou Jean Gondisalvi faisait les fonctions de grand-maitre. La milice était parvenue au plus haut point de sa puissance et de sa gloire ; les destinées de la péninsule semblaient être dans ses mains. Une grave dissension s'étant élevée entre Alphonse-le-Sage d un coté, et. son frère Philippe avec la plupart des grands du royaume de Tautre, ce dernier parti allait se réunir aux Maures, et l'Espagne touchait à sa ruine» si Gondisalvi ne se fût interposé et n'eût , par son habileté et son ascendant, réussi à calmer les esprits (1).
(1) Ângel. Manr., Séries praf. Calatr,, t. 8, p. 24.
L*abbé Jean, à son arrivée, convoqua Tordre entier, et formula une série de statuts empreints de la plus haute sagesse et gi*oupéâ sous douze titres commençant par ces mots : Nom ^ean, par la gréée de Dim abbé de Morimond, visitant personnellement la vénérable congrégation des ordre et milice de Ciidatrava, noire illmtre fille, ordonnons de notre autorité et au nom de Vobéiseanee, à'tom les membre desdits ordre et milice, d'observer» chacun en ce qui le concerne, les présents règlements, etc. (i).
Les chevaliers reçurent ces lois avec respect , comme émanant du chef suprême de Tordre, et jurèrent d'y obéir ; aussi le Dieu des batailles, en récompense , continua-t-il de bénir leurs armes et de guider leur drapeau dans les sentiers de la victoire. Ils marchèrent, avec Sanche-le-Hardi , jusqu'au centre de Tislamisme , à la pointe la plus méridionale de l'Espagne, assiégèrent et prirent Tarifa ; et, conome le roi voulait raser cette ville , le boulevard des infidèles sur le détroit de Gibraltar, ils se chargèrent de la défendre et d'y tenir bonne garnison, afin de couper les communications des ennemis avec la mer et TAfrique , et de les cerner de toutes parts sur le continent.
Après la mort du roi Sanche, la tutelle de Ferdinand IV fut
confiée au grand-maître D. Roderic Pérez , qui , ayant réuni ses forces à celles de son royal pupille, alla fièrement dresser sa tente sous les murs de Grenade. Attaquée près d'Aznallos, l'armée catholique remporta la victoire ; mais ce no fut qu'après un combat aussi sanglant qu'opiniâtre. La milice cistercienne fut décimée^ et le grand-maître, criblé de coups, mourut de ses blessures à Arcos (2).
(!) Séries abbût. Morim., apud Ang. Manriq., t. 1, ad fin. 1%) Rades Andrad., Hist, Caiotr., c. 18.