‹ Histoire de l'abbaye de MorimondChapitre 28 sur 55 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Schiiiiie à Gililiwii; tUMuiott de la flliatlon ito lloriv9iid tK Alltmagna ; ion inflneiiM sur VéUt reUgienz, «gricola et social des neei lermaiM et

La province de Champagne, déjà considérable dès la iSn du

IX* sièclè , s'était agrandie successivemeut soit par les conquêtes* soit par les alliances de ses comtes; mais Thibaut VI» fils posthume de Thibaut V et de Blanche de Navarre, sur* nommé le Troubadour ù cause de ses goûts poétiques et chansonniers, i'éleva , vers le milieu du XUl* siècle» au plus haut point de grandeur et de gloire. Elle comprenait alors les comtés de Blois et de Chartres (1), ceux dcMcaux et de Troyes, une partie de la Brie et du Sénonois, le Langrois, le Rhetelois, le Rhémois» la principauté de Sedan , etc. Elle était bornée à l'est par la Lorraine; à l'ouest par la Picardie , rile-de-Fraiice et le Gatinois ; au midi par la Bourgogne , au nord par le Luxembourg et le Hainaut. Thibaut, désirant reculer les hmitesdeses états au levant, jusqu'à la Saône et à la Meuse, convoitait depuis longtemps les piaiues iécondes du Bassigny , qui formaient encore à cette époque un comté étendu et puissant « dont les sires de Glémont portaient le titre.

La plupart des seigneurs de la contrée se liguèrent pour résister à renvahissement, et ils réussirent pendant quelques an-

(1) Par lirait de loieraineté seatement

nées ; mais Sanch&>le-Fort , roi de Navarre et oncle maternel

de Thibaut, étant mort sans postérité , son nevea fut couronné roi à sa place, le deuxième dimanche après Pâques 1234. La puissance de ce dernier se trouvant ainsi énormément accrue, la luttene fut plus possible, i tiibaut réunit à son domaine, par force, par ruse, par menace et par argent i les chàtellenies les plus importantes des bords de la Meuse. Les places de Ghoi* seul, de Dammartin, de Montigny, etc., se rendirent les unes après les autres. Glémont tint quelques mois et finit par succomber; Régnier de Nogent, avec son fils, se retrancha dans son château bâti sur un mont escarpé , environné de fortifications, protégé par de triples fossés du côté du plateau de la montagne, et osa résister à toute une armée; mais il fut forcé de poser les armes , et le comté du Bassigny enseveU sous les ruines de sa forteresse démantelée. Le vainqueur, avec les débris de sa conquête, organisa un vaste bailliage, ayant Chaumont pour siège, et dont relevèrent jusqu'à 1,800 fiefs (1).

Cette commotion profonde, produite par un changement aussi radical dans le régime delà contrée, n*ébranla point Tabbaye do Morimond. Les liens les plus doux et les plus anciens la rattachaieut depuis sa fondation à la maison de Champagne : Mathilde de Carinthie, bisaïeule de Thibaut, était la parente de Henri, Tun des quinze compagnons d'Olhon; cette princesse , avec son pieux époux , avait comblé nos rehgieux de bienfaits; Blanche, mère de Thibaut, leur avait accordé éga* lement plusieurs privilèges ; enfin, Thibaut lui-même était roi de Navarre, et n'ignorait pas tout ce que ses nouveaux sujets leur devaient d'amour et de reconnaissance. Aussi s'em* pressa-t-il de les prendre sous sa protection et de leur continuer les faveurs de ses ancêtres.

(1) Math., Hist. d€9 ér. dr Jjingres, p. 105; — Pithon, Mém généal, det comt. héréd. de Champ., in-â» ; — Baugier, Mém, hist, de ia Charnp,, 1. 1.

Ds profitèrent de ce temps de calme et de paix» et poursoi*

virent leurs travaux agricoles avec plus d*ardeur. Les frères qu'ils avaient envoyés sur divers points de la France allaient à leur tour attaquer les déserts^ en procession^ avec la bêche et la croix puur bannières, chantant les louanges de Dieu dans la joie de leurs cœurs. Le soi se métamorphosait sous leurs pas comme par enchantement ; la nature la plus agreste et la plus sauvage semblait aussitôt refléter les couleurs de leurs ames et s'embellir des charmes de leur [)iété. S'ils arrivaient dans une forêt opaque» elle s*éclairait, se transformait en une blanche et radieuse forêt (Sauve-Cane, sylva cana) (1), le Bosquet (2), Sylvaine (3), Saint-Benoît-dans-les-Bois (4)» Haute-Seiiie (o), Sauvelade (6) « Auhie (7) » Gimond (8) ; si c*était un marais

(1) Locus sylvestris, quem Rainmndoft de Bando dédit numachie Morim. — TaM, Mwim., ad ano. 1147.

(t) BoBchetam, sylva diasoee. Olaronumtie, non longe ab oppido S.-Restituti, nbi nunc sunt vicus, et ecclésia, et plures villae. — GaiL Christ», t. 1, 'p. 87S.

^) Voir le Tableau de la Aliation de Morimoud.

(4) Sur les confins de révêché de Verdun. L'historien lorrain Wassebourg (1. 4, fol. CGC) le place dans le diocèse de Metz. Gissé, chariuiae de Metz, dit que cette abbaye fut fondée en 1131, dans la forêt de Richarmënil, quil'ji fut abandonnée. Etienne, évèque de Metz, loi fit de grands biens. ^ D. Galmet, Hist «ccîô. et «v. de Larr,, t. S, p. IIP.

(5) GAmté de Blâment» sur la petite rivière de Vesouse, dans un lieu couvert de hantes Ibrèts, d'où lui vient son nom {alta sylva). Les comtes de Salm reçurent les moines, dit rhistorien, comme des anges de Dieu, et leur laissèrent ces forêts avecles ruine? de l' uicien village de Tanconvillc. Les comtes de Bar leur donnèr» Ht autant de terres à défricher que deux charrues en pourraient labourer, avec le droit de pâturage et d'affouage dans les bois de &amberya-> 1ers et de Nossoncourt. — Galm., Hist. de Xorr., t, S» pp. Si et 44S, et

ealL Christ., t. IS, p. lS7t.

(6) Gaslo, vice-comesBeamensis, cum uxore ejus Talesa, et filio ejus Centullo, cum in Hispaniam intrare vr 11 t contra Saracenos, in s-ylva quae dicit>jr Fayet dédit locum manachj.s inhabitanduin. — Diplom, Gast, Beatn,, in Hist.

Bearn., 1. 5, c. 21.

(7) Non longe ab oppido Mureti, in valle nemorosa, duabusleucîs ab urbe Tolosa versus meridiem. Plures nobîles eo loci vota feeerant, interipioB comités TolosiB et Fuxi. — Gtdi. Christ,, 1. 19, p. 124.

(8) Fnndatores donaverunt monachis de Berdonis centum concadas de terra inncmore quod dicitur de PlaïuhSylva, ad «diôcandum monasteriom; etc. — G^a, Christ, t.l, p. 1025.

infect, impraticable, ils rappelaient des noms gracieux et parfumés de Beaupré, de Rosières (1) , de Verger- Fleuri (2) , de Floran (3). S'ils trouvaient un ruisseau boueux sans cours et sans issue, l'eau en devenait plus limpide , plus pure dès qu'ils y aTaient trempé leurs lèvres virginales : ils le nomaient Aiguë- Belle, Belle-Aigue, Claire -Fontaine, Bonnefont (4),Bolbonne (5). Les solitudes les plus tristes, les plus obscures s'illuminaient à leur aspect et devenaient bientôt des lieux de délices : Bellevaux, Lieu -Dieu (6), Lieu -Croissant ou les Trois-Kois (7), Clairlieu (8), Celle-de-Lumière (9), Portde-Gloire ( 1 0) ; un fourré de ronces et d'épines au-delà de Bonr»

(1) A côté du grand autel de ce monastère, il ^ avait une inscription portant : Gauthier, seigneur de Salins et de Braeonf fondateur de eeUe église, Goaiiies et Mont'Ste'Marie , et toutes trois les fimda en un Jour, te mattUf il fimda céam; à mi-jour^ Gottilles,et le soir Mont^e^Marie, — Baudouin Moreaux, abb-l de Rosières, mort à Rome en 1622, a composé une Histoire de Ci* teaux et plusieurs autres ouvr. — Ann. rf\f. t. 1, p. 247; — Archiv. de Ve^oul.

{%) Baum gnrten blùhend, cg qui sigmlie en français, Jorcim d'arbres fleuris,

(3) Voir au Tableau de filiation.

(4) Primi mouachi de Boaofoiite domtim ex virgaltto et sannenUs eoiii'> troxemnt, et vizerunt diu radidbus herbaram et foliie arborom ; eonim tognfia ^ ad statàram hominis in altitudine porrigebantur. Bogérius, epiacop.

Convenarum, hortatus est vicinos milites et alios nobiles ut pauperibus Christi conferrent necessaria, sive ad .Tedificandum, sive ad vescendum; primusabbas erat Basinus bassigniat < n^ s. — Gall. Christ., t. 1 , p. 1023.

(5) In comitatu Fuiiensi , sic dicta a nemore Boibonnensi. — Taùui. Morim., adann. 1150. .

(6) Lieu-Dieu, même que Thenley (7%eo lœus),

(7) LieihGroiaaant, fondé dans le comté de Bourgogne, dans la terre de Vangeaans. Cette maison prit plus tard le nom d'abbaye des Trois -Rois,

parce que, dit-on, les reliques des trois rois Mages, lrir<; fie leur translation de Milan à Cologne, y restèrent longtemps déposées. (Communiqué par M. TArchiviste du Doubs.)

(8) Clairlieu , à une heure de marche de Nancy, dans un vallon qui s'appe- Udt auparavant Ame^Uu on Àmer-Ueu {amarus /oci»), « vallon sauvage, dit Pierre, évéque de Tonl/et chargé d^épînes, dans les bois de Heys, rendu propre à la demeure et nourriture des honimes ; en sorte qu'en cet endroit où Ton n*en« tendait auparavant que les cris et les hurlements des bètes féroces, on a commencé h nuïr retentir les louanges de Dieu et le chant des anges incamés. » — D. Calmet, Hist ecdés. et civ. de htrr., t. 2, p. 11.

(9) Celle-de-Lumière, même que LuccUc (Lucw cella).

(10) Arnaldus de Bolhas dédit monachis locum in nemore suc Portaglonii et

bonne-les-Bains» près de La Ferté-eur-Amancet Vaux-h-Dou-

ce (1); des rayins al)aiidonnés, des coupe-gorges bordes de rochers, repaires de voleurs et d'assassins : La Charité (2), Val-Honnète (3) , Vaux-Sainte (4) , La Grâce-Dieu (5) , le Port-da-Salut, Bénissons-Dieu [benedictio Dei) {Q) ; le désert, selon 1 expression d'Isaïe, m réjouit, il tressaille d'alUgrMe et s'épanouit eanme la fUur du lis (7).

in aquis mortuis. Dominus de Castelar et uxor 8iia dederuat (iao((Q6 aemus sunm. — Gall. christ., t. 1. p. 1024.

(1) « C'est aujourd'hui un vaiion ties-agréable, entouré de prés, de bois, de vigiles et de tenes trës-ferliles, fécondées par les travanz des moines. Ceux-ci, réunissant les fontaines qui descendaient des cAteanx voisins, en fonndrent un ruisseau assez considérable, qui donne de Teau en abondance par différents canaux, tant dans b's jardins que dans la maison ; les jardins potagers et fruitiers y sont dessinés avec art : de petites loges, placées de distance on dist-înce, entremêlées de cabinets de verdure avec de petits parterres ornés de fleurs, forment un conp-d*œil charmant pour le voyageur; les bosquets ensuite et les promenades en bois de haute futaie achèvent le paysage. Le dortoir des religieux était orné de lis tableaux travaillés avec art, représentant autant de person* nages illustres de Tordre de Qteaux. L'église était très-remarquable par sa belle arohiteeture. » — Uangin, Hùi.eiv, et ecelés. du diocèse de Langretf 1. 1,

(2) La Charité fut donnée vers l'an lîî5 ]nr fondateurs, que nous avons cités, aux chanoines de St-Panl R»:^sançon. En 1133, les chanoines là cédèrent à l'abbé de Bellevaux, qui y envoya des religieux. En 1148, le pape Eugène III bénit son église, sépulture de plusieurs comtes et comtesses de Bourgogne , entre autres d*Etienne n et de sa fille Béatrix de Uamay. — Voir Atm* de ia ilbule-Sadne, par Louis Suchanx, art. Newvelie^èg'La'CharUi).

(8) Voy. Feniers, Tableau de la filiation, année 1169.

(4) Abbaye fondée au diocèse d'Apt, dans des terres incultes, entre Carmuols, Vachères et Oppede. — Boucti., Bist. de Prov,, t. S, p. 169, et GalL Christ., t. 1, p. 382.

(5) La Grâce- Dieu, à quelques lieues de Besançon, dans un vallon sauvage fertilisé par la sueur des moines sortis primitivement de La Charité sous la conduite de Tabbé Gauthier* Outre ses fondateurs, les seigneurs de Yercel, d*Orsans et de Montfaucon (tarent ses bienfaiteurs. Cette maison est occupée par. des tnppistes depuis 1844.

(6) Voir au Tableau df^ln filiation, ann. 1184.

(7) Que d'autres noms sy mlioliques et poétiques ne pourrions-nous pas ajouter àceux-l^>, sin?; sortir de l'ordre de Cîteaux en France? L'Amoifr-Dieu (Soissons), Belle-Branche (Mans), Belle-Perche (Montauban); Beauvoir, Belltts-Visus , (Bourges); Bonrepos (Quimper), Bonport (Evreux), Gherlieu ( Besançon }, Ghercamp( Amiens), La Colombe (Limoges), La Goui^Dien (Orléans), l*An-

Ces pacifiques asiles étaient semés comme autant d'oas^ sur le sol âpre et abrupt de la féodalité ; leurs noms y d'une harmonie si douce, d'un symbolisme si touchant, cuiitiasteioat avec ceux des forteresses, souveoi. si durs et si barbares; la terre se renooyelleraaTec la langue des saints, les sites les plus ingrats ûniront par se parer de toute la grâce des mots nouveaux.

Morimond continuait également en Espagne sa charitable mission. AJa mort du grand-maltre Diego Lopez de Saint-Soles»

en 1297, deux compétiteurs, Garcias Lopez de Padiglia et D« Gutières Ferez, se partagèrent tellement les suffrages des che^ers ^ que Tordre se trouva divisé en denx fractions, dont chacune s'efforçait de faire trioin plier son élu. Ce schisme malheureux dura environ quatre ans, jusqu'en Tan 1300, époque à laquelle il fut convenu, de part et d*autre, que les deux prétendants abdiqueraient spontanément et mettraient en séquestre entre les mains du grand-maitre d'Aicantara les places et châteaux dont ils étaient Tun et Tautre en possession, en atténdant que la question litigieuse fût décidée par les juges compétents (1)'.

Ces tristes discordes, cette longue et terrible tempête avaient

porté à l'autorité les glus graves atteintes et fait de l u p:es br(> ches à la discipline ; il fallait une main habile , forte et douce pourfermer et cicatriser ces plaies. Guillaume 1" de Morimond, qui avait succédé à Gérard en \ 303, et venait de visitef* au-delà du Rhin les monastères de sa ûliation , se hâta de franchir les Pyrénées et de voler à Calatrava, oii il convoqua un chapitre

mosne (Chartres), La Garde-Dieu (Cahors), Le Jardinet (Namur), le Lis (Sens), La Merci-Dieu ; — Orval, Vallis-Aurea (Trêves); Pré-Bénit (Limoges), Saute- Bénite (Le Piiy ); le Sauvoir, Salvnforivm (Laon); Val-Benoiste, Vailis-Bene» dicta (Toul et Lyon); Lavalroy, VtUlis-Begia (Reims) ; Meilieraie, MelUs-Roi-

dius (Nantes).

(1) Rades, Hist Colatr.^c 16;— .Manr., Ser. prœfect. Calatr., t. », p. 16.

de f mit l'ordre, et publia dans la langue du pays une série d'ordonnances très-sages^ en rapport avec les besoins du moment, sous ce titre : Nim, frère Jean-GuiUmme, abbé de Morimand, fmittmilamaiemde Caïatraoa, noire fille, en Vannée 1304, le dernier jour de décembre, mandons -à tous les chevaliers et ehc^fdains dudit iiet» de garder fidèlement et toujours les jiré» senis statuts : eic. (1).

Pendant ce temps-là , notre abbaye^ semblable à un grand arbre dont le tronc a atteint sa grosseur naturelle et qui déploie toute sa force végétale dans ses branches et ses rameaux, ne cessait de s'étendre sur le nord-est de l'Europe par sa féconde, filiation. Après avoir peuplé de cénobites les bois et les vallons fimgeax du comté de Bourgogne , de la Lorraine et de l'Alsace, et disposé ses établissements comme autant de relais et d étapes de la Meuse au Rhin, elle avait ordonné à ses colo* nies d'outrepasser ce dernier fleuve, et de se fixer au milieu de ces tribus d'origine germaine, qui avaient été arrêtées dans leurs incessantes pérégrinations par la parole évangélique , et immobilisées avec leurs tentes parle charme de* la croix. Quoi* que converties depuis plusieurs siècles , elles n'avaient point encore renoncé à la plupart de leurs habitudes barbares ; on leur reprochait toujours des goûts sauvages, des mœurs grossièrement dépravées, le mépris de Tagriculture, la passion des armes et du brigandage portée jusqu'à la fureur, la soif païenne de la vengeance et du sang. Il faMt mettre sous leurs yeux Texemple le plus frappant qui fftt au monde de la vie chrétienne , douce , calme et pacilique au milieu des champs ; leur apprendre à aimer Dieu et leurs frères , à défricher et à cultiver la terre qae leurs pères.avaient achetée et fécondée de leur sang (2).

(1) Manr., Ser. nbbnt. Mor.. t. 1, Àmucist, (i) Voir aux Pièces jusUûcatives.

Au milieu du XII* siëde» les beaux-arts et les lettres étaient avilis, méprisés parmi nous, dit un historien allemand; les

muses captives n'osaient relever leurs fronts flétris; les cisterciens ouvrirent des écoles» y rappelèrent la vertu et la science^ et firent de leurs couvents autant d^asiles de pieuses études (1).

Il était urgent de rapprocher et de rallier ces peuplades éparses et morcelées , isolées par des forêts et des montagnes jusque là infranchissables, avec leurs langues y leurs mœurs et leurs usages propres , et d'en former un grand peuple.

11 n'y avait de sûreté nulle part pour les pauvres étrangers» conrnie on peut en juger par le dwit de rançomitr U$ voyageurs , droit que tous les seigneurs, depuis le Mein et le Weser jusqu'au pays des Slaves, comptaient parmi les prérogatives féodales.

La corporation cistercienne, affiliée de nation à nation, réunissant à des époques fixes» dans toutes les maisons-mères, les abbés de chaque couvent secondaire et ceux de tout Tordre à Cîteaux , ayant dans toutes les directions des religieux qui allaient et revenaient sans cesse , offrant un asile et du pain à tous les voyageurs, affranchie généralement de tout tribut de péage et de gabelle , exportant au loin les produits de ses métairies pour les vendre ou les échanger, aimée et respectée des grands et des petits, répondait admirablement au besoin de communication et d^association des peuplades germaines entre

elles.

(Test à Tabbaye-mire de Horimond que la Providence a réservé cette sublime mission. Les colonies qui s'étaient établies dans la Franche-Comté avaient pénétré de bonne heure en

(1) Gistarciensfis, anno 1150, onm bon» artes Utterœque jaoerent, despecta- <iae coUa Hum levare non ponant, apertis scIioUb^ id oonseenti sont nt qoot csnobia illis excitabantur, totidem praMÎdiadocta^fltaliscenserentnr.— Balbin, mu dwa Wart., o. S, § S.

Suisse; elles s'y sentaient attirées par tout ce qui peut faire icibas les délices delà iriecénobitique : par la profonde politude de ces Tallées, où la nature a pris plaisir à réunir les extrêmes les plus frappants, et à déployer avec un luxe majestueux ses beautés et ses horreurs ; par les teintes mystérieuses et mélancoliques de ce sol irrégulier, tourmenté^ et empreint partout des traces de grands bouleversements. Les abbayes de Lucelle (1), Paris, Saiut-lirbain, Aurore^ Thela^ etc.» paraissent successivement avec leurs chalets aux pieds de ces montagnes escarpées dont les pics, semblables à des géants, se dressent vers les cieux, sous les glaces éternelles, près ^^s lacs aux bords romantiques. Le son des cloches et le roulement lointain des cataractes, la psalmodie et le fracas des torrents et des avalanches, toutes ces voix réunies forment comme une hymne grandiose à la louange du Créateur.

La vieille Souabe du XIP siècle {Schwaben) ne ressemblait guère aux riches et belles contrées du duché de Bade et du royaume de Wurtemberg, qui la remplacent aujourd'hui. On n*y trouvait point encore ces massifs de pins et de sapins qui couronnent ses montagnes ; ces prairies pittoresques arrosées par un si grand nombre de ruisseaux au cours sinueux et au doux murmure , couvertes de troupeaux et surtout de cheyaux si renommés ; ni ces vallées si fertiles en blé, maïs, lin , chanvre, houblon, tabac, etc. ; ni ces coteaux plantés de vignes et d'arbres fruitiers ; mais partout des eaux obstruées et stagnantes, ou coulant à travers des déserts non frayés, des bruyères stériles, des ravins profonds et sans issue, servant de repaire aux bétes féroces et aux voleurs.

On voit bientôt paraître sur la lisière de la Forêt -Noire

(1) Voir sur cette abbaye et sur celles de la Suisse Touvrage de dom Bernavdiii, intitulé : Epitome fasiw. LueeiL, in*8^ (BUiUotii. de Dijon).

plusieurs monastères et environ quarante granges. Une partie considérable de ce triste pays se découvre aux rayons du so* leil, s'illumine t se fertilise ^ prend l'aspect le plus riant et les noms les plus poétiques et les plus gracieux. Ici on rencontre la yilla césarienne (wUa cœsarea) , Keysersbeim (1) ; plus loin la iritta SahnnimU , Salem , jouissant de revenus annuels pour donner rhospitalite peiidaiil une nuit aux voyageurs, tant cavaliers que piétons (2). D^un côté , la Porte-du-Ciel {porta eali), ou Tennenbach, est fondée dans le Brisgav^ par les landgraves de Stubliiigen et les comtes de Furstenberg (3) ; de Tautre» rEtoile-de-la-Mer (sleUamaris)^ en langue vulgaire Weitingen, non loin de Baden, brille comme un astre de miséricorde sur cette sombre région (4). Nos cénobites s'efforcent, autant qu'il est en eux» de changer cette terre maudite en une terre de bénédiction, et on les y entend chanter dans l'allégresse les cantiques de Sion.

Un peu plus au nord et à Touest surgissent çà et là Uerren-

(1) Cssarea, in ducatu Neuburgeusi et comitâiu Graifspacensi, monasterium magnificum ac pulcherrimum, situm in sylvis Suevids ubi Lycus Danubio miscetur, quasi dioas os Lyd, Tel Lioostoma. Fandatoros ^us, Henricns, cornes de Lectasmtmd et Graipeipach, et ijjoeooi^ux Lntgardis, comitiaea de Abenaberg, ibi eepnltl simt in eodem tumulo, aim. 1148. — Mart. Grusius, Suevor. Annal,, 1. 9, p. 2; — Gasp. Brasch., Chron. monnst. Germ., ann. 1133.

(2) Salomonis villa, omnium in Germanui facile pulcherrimum atqup opnlentissimum, milliari uno ab Uberlinga,imperiali oppido, ûistRl {trois lieues nordest de Constance, cercle de Lac et Danube y duché de Bade). Nomen hoc illi inditum Yolunt quod ad templi Hierosolymitani similitudiDem sit conditum. Alii a Salomone qoodam pastore deriirant, qui primem ibi cellam strnxerit. llolta eicontalere comités Montisfortis, et inter estera fnndayemntreditos annocs, ut omnibus ibidem equitibas et viatoribas gratuiter pateret per unam noctem hospitium. Intcr prcBcipuos ejns benefactores annnmerantnr : imperatoresConradus-Snpvus, an. 1142; Frcdericus-Barbarossa, an. 1145 ; et Burchardus, Salisburgensis episc, et rom. sedis iegatus. — Gasp. Brusch., in Chron, monast. Germ., ann. 1138.

(3) Tennenbacb, prope Friburgam Brisgoiœ, in Nigra sylva. — Jongel., No- Ht. abbat, dst, prov, Suev.

(4) Non procul a thermis Vocetii montis, ad ripas Llcomagl» supra oppidum BaHanftin. ». Ja6. MoHm^ ad hune ami. iUi.

Alb (1), Maulbrun {%), EiisserthaU L'Angle (angubu). Kœnigsbnin (3) , avec de nombreuses métairies monastiques. La Franconie, jusqu alors si inculte et si sauvage, possède en peu de temps six grands foyers d'exploitation industrielle et agricole, et plus de cinquante granges, dans les diocèses de Wurtzbourg et de Bamberg. Nous y retrouvons Ebrach, castel enleyé aux voleurs par les moines de Morimond» comme nous Favons raconté; Wildhausen, la maison sauvage et silvestre ; Schonthal (la belle vallée)^ près de Mockmuhl (4) ; Lanckenbeim» à trois milles de Kulmbach, où tous les voyageurs à pied et à cheval recevaient gratuitement la plus cordiale hospitalité (5) ; Brumbach , si magnifiquement doté dans le même but par les seigneurs de Wertheim et de Lowenstein; Bitthausen {aratumU domus), asile de prière et d*espérattce au milieu

(1) Alba Dommomm. •^Mart.Grns. refert chartam fundationîs (Annal. Suev., 1. io, p. 4). Situm ad Albae scaturiginem (PAlb, qui se jette dans le Rhin audesfM>ii8 de Durl ;?ch, duché de Bade) ; ce qui détermine la place d*Herren-Alb sur la lisière de la Forèt-Noire, au sud-est de Garlsruhe et dTttliogen. — Gasp. Jongel., Nota. abb. cist. prov. Suev. ■

(2) Mulbruuum, inducatu Wirtambergensi , pene medio itinere iDter Pfor- Bhelmiani, Marcbionum Badensium et Brettam Palatinoram dvitates. Unusde itaiidatorilMis, Oimtheras, de cdebri génère comitumLyikingeii, episcop. Spiren* sis, septtUus fuit in illo ; alter, Waltherus, baro de Laromersheiiiit induit ha« bitum monachalem. Primusabbas Dietherus, assumptus cutn GOnteDtll de Novo-Gastro» prope Haganoam sito. — Ann. cist., t. 1, p. 359.

(S) Kœnif?sbrun,in Brentinriri valle paradisiaca; sic dictus a quatuor fontibus eircumstatitibus : pnnius Breuiu amuis, a monaslerio 200 passibuo ; secundus Pfefferii , 100 passibus ; tertius Gochios , ex quo naecitur flttvins ^ludem nominis; quartassine nomine. — Jongel., NoHt, abhot, cist,, 1. % p. 77, Ducat. Wortemb.

(4) Scheinlhal, et Schonthal, nioiiast. in Ottonicasyîva, ad ripam Laxti fluvii, situm. Intcr benefàctores ^us nobilesde Perlichingea nameraatar.— .inn. cist^ t. 2, p. 343.

(5) Lankenheimium, in Sndetis montibus, terrae Nariscorum vicinis, non procul a Meno (leMcin), tribus a Culmbachio milliaribus, versus Babembergam Bitum ; (c omnium quse vidi, ait BruMhioa, ncn lolnm magniûcentisstmum, eedet mnnifieeDtîanmum; nam omnibus ibi pnetereuntibus viatoribus, tam equitibu quam peditibos, gratuitum patet idemque longe humanissimum hospitium. » » On y voyait les tombeaux des princes de liéranie, ses ièndateurs.

des bois et des déserts (1) ; ensuite Heilsbruii,sur le Schwambacht près de Nuremberg, fondé dans un lieu si marécageux et si malsain qu*il s'en exhalait durant les grandes chaleurs de noires vapeurs changées bientôt, dans les laboratoires de l'atmosphère^ en orages désastreux « ce qui avait fait donner à ce lieu le nom de Hagekbrun ( source de la grêle ) , que les moines changèrent en celui de Heilsbruii [source du salut et de la bénédiction). Plus de cent cinquante convers» répandus au milieu des joncs et des roseaux d^alentour, y créèrent une dixainede granges, et, par d'iniiuenscs travaux d'assainissement et de défrichement, réussirent à transformer ce climat meurtrier. Ce fut sans doute en reconnaissance de ce service que les barons du voisinage kur accordcrcui le privilège de délivrer un certain nombre de coupables condamnés à mort, à condi« tion qu'ils les recevraient chez eux pour les convertir, comme si, après avoir assaini la terre et purifié Tair, ils avaient dû encore renouveler les ames les plus criminelles elles plusmauvais coeurs (2).

11 n'était pas rare alors de voir des malfaiteurs destinés à être pendus» brûlés ou décapités, obtenir leur grâce en promettant d'aller passer le reste de leurs jours dans quelques couvents cisterciens, pour y expier leurs crimes dans les larmes et la pénitence. Cela se faisait sans doute en souvenir et à limitation de saint Bernard, qui, se trouvant un jour dans une

(1) Brumbach, alias Burnesbach, non longe ab oppido Wertheim; aujourd*hiii TiUe du doidié de Bade, à six lieues ouest de Wurtsbourg. Ann, eUi,, 1. 1, ad ann. 1155,

(2) Heilsbnm,magniâcentissimum, opulentissimum ccenobium, ad Schwambacbium amnem, medio fere itinere inter Norimberû'fim ot Onolfiisbachium. In eo Burgabriorum, Noreinlierppnsium ac Marchionum Brandernburgensium magniflca mausolea, cum appeiideuubus Irûphdeis militaribiis, vexillis, armis, videbantur. Ejus fralres, cotiversi laici, quos a barbis qiias gerebaiit luU viciuia bartlingos vocabat, quosvis Buspendio toUendi (quod aliquid mali iciebani) jus ac potestatem plenam habuerant. — Qasp. Bruscfa., in Catat, monastu fferman,, ann. UtS.

bourgade de la Champagne , au moment où on allait exécuter un assassin fameux, nommé ConstantiD, s'approcha des boiu^ reaux et leur dit : Abandannn^mai ce maire; j$ veux h pendre

de mes propres mains î Goiiiine tous les assistants , et Thibaut, comte de Champagne» lui-même plus que tous les autres » paraissaient étonnésde cette démarche» il répéta : « Oui, je veux le pendre ; non comme vous, pour un instant, mais pour toute sa vie, à l'arbre de la croix l ï^ Et aussitôt, se dépouillant de sa tunique^il l'en revêtît, lui passa au coa la courroie avec laquelle il devait ctre étranglé, et remmena de la sorte à Clairvaux, où ce malheureux, se crucifiant chaque jour par une expiation volontaire, mérita de devenir bientôt pieux comme un ange et doux comme un agneau (1).

Nous devons rendre cette justice aux hommes d'Etat, aux magistrats criminalistes de notre patrie, qu'ils se sont beaucoup occupés depuis vingt aus du régime pénitentiaire. llsFont envisagé sous toutes ses faces : au point de vue colonial, cellulaire, patibulaire, etc. ; ils n^ont omis que le point de vue monastique; et c'est pour cela qu'ils ont jeté en vain leur papier et leurs paroles au vent ; et il en sera ainsi, nous Iqs en avertie sons, jusqu'à ce qu'ik aient compris qu*il serait peut-être po»sible de remplacer souvent la prison par le couvent, les galères par le cloître, et la guillotine par la croix I

Nous voyons également cette génération de moines, issue primitivemt nt de Morimond, entrer eu Thuringe et ceindre de tous côtés celte vaste et sombre foret appelée Thuringer-Wald, allant du sud au nord, et formant le Wester^Wald et l'Harz- Wald (forêts de l'Ouest et Hercinienne ) ; ils prient, ils essartent, ils cultivent, ils font Taumône dans leurs monastères et

(1) Ânn. cistf 1. 1, p. 406; — li)id., ann. liil, c. 6; — Sartorius, Cist, Bistert.f p. 665.

leurs granges. Walckenrede (i), Volkenrode (2)» Sichem (3),

Jorisberg (4), Riffenslein sont ouverts nuit et jour à tous les malheureux; leurs premiers abbés , comme les bienheureux Wulkin et Evrard , Tont visiter les hôpitaux et les malades» frapper à la porte de la veuve et des orphelins , pour les consoler et les secourir^ et, à Texemple de Jésus-Christ» lavent humblement les pieds des voyageurs que le ciel leur envoie.

Nos moines, appelés dans la Westphalîe par les seigneurs du pays, y entrent sous la chaste et pacilique bannière de la Vierge-Mère ; ils donnent son nom béni à leurs abbayes et aux terres qui en dépendent. La Vigne de Marie (Kleîn-Burloe), ïe Jardin de Marie (Gross-Burloe ), le Champ de Marie (Marienfeld), la Maison de Marie (Marien-Haus, ou Harden-Hausscn) , et Breidlacr, redisent les louanges de la reine des cieux aux échos des montagnes et aux rives de r£ms, de la Lippe» . de la Werre et de la Lenne (S).

La Saxe supérieure et inférieure n'était point encore alors cette province aussi puissante que polie , séjour brillant des arts et des sciences» que les étrangers vont admirer de nos jours; mais bien une terre qu'une multitude de petits seigneurs avaient transformée en une vaste arène , où ils se faisaient la guerre la plus vive et la plus acharnée. Nos cénobites y parurent dès Taa 1 132, le Psautier dans une main et la hou-

(1) Aiib. Mirseos [Chron.cist., in ann. 1129} scribitGonstructam fuisse jmU iUrtliovm. Multae ecclesiae diaeces. Moguntinae et Alberstadensis illi uniebantur : graves causae ejus abbatibosa poniiûcibus Tariis commisseeAifiraat.— Ann. cist., t. 1, p. 192.

(2) Vide. Jongel., Notit. abbat. ciat.prov, Thuringiœ.

(3) B. Vulchinus la Sichem pauperumet infirmorum xenodochia, vinctorum oeUas, viduarum et pupUioruni tuguriola visitabat... peiegrinosqaoqiie ei ad*venas libenter suscipiebat, eorumque pcdes, Christi eiemplo, huioilis et âe?otusabluebat.— Ph. Seguinus, l. 3. S. S. Cist., c. 53; ^ Am. cist., t. l,p. 417.

Henriq., mMenolog.^ martii 20, et Annal, cist., 1. 1, p. 418. (5J ISous renvoyons pour toutes les maisons de Westphalie à Gasp. Jongelin, eovrage déjà cité, età Aub. Mirœus, Chron, cist., in-8« (bii^iiotù. de Dijon).

lette dam l'autre, prêtres et pasteurs comme dans Fantique

orient, enfants de la race douce et tranquille de Sem jetés au 6^ de b race audacieuse et guerroyante de Japhet. Parmi leurs principaux établissements, on distinguait : Porta (1) (Peurt), abbaye si fameuse par sa propagande agricole; Amelongesbome (2), Lucka (3), Zinna (4), Hiida, Michelstein (5), Marienrode (6), Marientbal, Sitichembach (7), etc.

Morimond s'étend par ses colonies jusqu'à la mer du Nord et à la mer Baltique, en descendant les bassins du Weser» de FElbe et de l'Oder, fondant par lui-même ou par ses filles : dans la Hesse , Ileyna ou Hegena (8) ; dans la Misiiie , Alt-Cell, Grunbaim et Boch (9) ; dans la Lusace» Dobberluck et New- Gell (10) ; dans le duché de Brunswick, Ridderhausen (li) ; dans la marche de Brandebourg, Lenyn (12), Choryn et

(1) Monast. Portense, primum juxta Smollem fuit locatum, sed mox transla* tum propeSalam, non ionge a Mauburgo. — Ann. cixt., t. 1, p. 247. — Qqos in Lubens Silesise misit monRchos , delicatorurn malorum genus asportaverunt per universam Poiomam propagata. — Pistorius, in CoUect. Hist, Polon,, t. 3, I. 7, p. SIS.

(S) Vide Jimo/. ct^., 1. 1, p. 8M.

(S) GaB8. Heisterbacensis narrât yaria et stapenda nûracula op. B. M. Virginis in cœnob. de Lucka patrata (I. l^Mirac, cJiT), et Kranuus ^ns fonda* tionem fusius refert (I. 6, Metropol., c. 42).

(4) Voir Joiigelin, Notit.abbat. on} . cist,, inprov» Saxon,

(5) Ann. cist., t. 2, ad ann. H 4 G, p. 48.

(6) Jongel., Abùat. cist, ord. m Hajuan. infer.

(7) Id., ibld.

(S) Menasière illostré par l^in de ses religieux nommé Conrad, toat & la foii médecin, grammairien, thaumaturge, célébra dans toute cette partie de i*Al-

lemaprne par sa charité envers les pauvres et les pèlerins, et le don surnaturel, qu'il semblait avoir, de ^érir toutes les maladies. — Sartor., Cist. BisterL, p. 176; Miraeus, in Chron. eisf., 1140 ; — Annal, cist., 1. 1, p. 400.

(9) Vide Gasp. Jongel., Abôat, Misn., p. 155.

(10) Id., in Ahb. iMsai.

(11) In Wagria etiam et in regione Megalopolensium, Gonradus, secundns abbas Rlddagsliusaous, apud Bmnswicenses , subinde Lnbecensia eecundus autistes, cum germauo fratre suo Geraldo ad eos populos digressus, idolis primum

tnincisque deastris féliciter excisi??. pulchf^rrimfi ?anctae religionis seminagen< tilium animis implantnvit. — Sartor., Cist. Bi^tcrt.,CÀ'>t. viri apostol., p. 301 .

(12) Leninum, prope urbemBrandeburgum,coiididitûtho,primus marcbio et

Himmek-Poort. Voici les cisterciens sur les rivages de la Baitique, dans les bas^fonds marécageux, au bord des grands lacs y au milieu des forêts aquatiques et parmi des peuplades

farouches encore à deiiu -païennes. Leurs leçons éclairent l'esprit» leurs exemples touchent le cœur de ces barbares. Par leurs travaux « les eaux s*écouient , le sol s*affennit et se convertit en terres labourables ou en pâturages. Ils s installent dans un lieu inhabitable du Holstein » et ils lui donnent le nom de Reinveldt ( le champ purifié ou assaini ) .

Les environs de Schwcrin et de Meckleuibuurg étaient continuellement infestés par les hordes des bouches de TOder, qui se jetaient principalement sur les églises » insultaient les pré^ très, les traînaient la corde au cou jusqu'aux aulels de leurs idoles. Le vénérable Bernon, évêque de Mecklembourg, ancien religieux d*Amelongesbome, surnommé F Apôtre des Vandales , ne crut pouvoir achever leur conversion qu'en leur envoyant des colonies cisterciennes p de l'assentiment de Pribislas II, dernier roi des Hérules» sur les côtes méridionales de la Baltique. — Les moines \ont aussitôt soumettre ces peuples par la douceur et la patience de la charité ; ils portent la hache et la houe dans les forêts sacrées de Genedract^ vieilles comme le monde, qui h ur tenaient lieu de maisons , de temples et de Dieu; ils les abattent , et montrent enfin cette terre au ciel. Après avoir fondé les monastères de Dobran (1) , de

elector, et in eo sepultus cura uxore Agnete, ducissa Saxoni»^. Kst hic locus ordinarium sepulcrum marchionum Brandcbur^ensium: Othouisll, 1206; — Albert! II, 1221; — Othonis Longi, 1288 ; — Ilermani I.ongi, 1308; — Joannio VI, 1312; — othonis Parvi, qui, mortua uxore Hedwige, ûlia Rudolphi I imperatoris, in eodem monasterio factas monachus, obiit aon. 1804; — Alberti I, ducis Qtrii]S4iue Saxon!» ; — atque alionim plurium Germani» principum. — Jongel., 1. S; — Annal, cist^ t. 8, p. 189.

(1) Doberanum, abbat. celeberr. seconde lapide a Rostochio, ad mare Balticum olim sita (Aub. Miraeus, in Chron. mf.. ad ann. 1170% — Zelo catholicae ûdei propagande provectus Pribisiaus, monast. in Dobram exsediûcavit....

ts

Dargiin , de Marienweerdt (i)/ûn frandiireiit la mer et pénétrèrent jusque dans la Norwège (2).

Morimond» aurdelà du Rhin, ébrécha le fief germain comme il avait ébréché le fief franc en--dcçà , s'agrandit à ses dépens , et substitua Tinflueuce monastique , c^est-à-dire Tesprit de paix et de liberté » Tamour du travail et des champs, à l'esprit despotique , aventureux et turbulent de la féodalité. Ses maisons abritaient la cendre et les mausolées de toute la noblesse d'Allemagne; les enfants venaient en foule s'y vouer à la vie religieuse et prier près des tombeaux de leurs pères. Le pauvre peuple, encore plus opprimé dans ces contrées qu*en France, se réfugiait dans ces innombrables granges que Ton rencontrait partout alentour du cloître cistercien, et bravait de là, comme d'un asile inviolable, la iLircur brutale de ses tyrans.

La longue vacance de Tempire, depuis la déposition de Frédéric 11, avait amené Tanarchie, et avec elle les plus affreux désordres dans Féglise et le clergé allemands, comme nous le voyons par les canons du concile de Wurtzbourg en 1287 ; les cisterciens, qui avaient encore conservé à cette époque leur austérité , poursuiviront partout de leurs prières et de leurs menaces les prêtres et les évêques indignes , et eurent le bonbeur d'en convertir un grand nombre : Fétole fut relevée et puriliee cette fois encore parle froc.

Nos moines, ayant pénétré dans le bassin du Danube dès Pan 1 i 30 , s'étaient échelonnés sur ses rives et sur celles de ses affluents, le Lech, Tlsar, l'Inn, la Regen, la Salza, etc. Les

coopérante et pliuimum stimulante Tener. Bernone, qui ordinis et doinus sue

de Amelongeborne fratres advocavit, cultur îs daemonum eliminavit, lucos succidit... fidcm non solum servavit, sedminiicc in populo barbare ampliavil (Alb. Kranz, Wamlui.. 1. 6, c. 36). — Quare, inter Gistercii triuniphos scribeoda est Waudaiia purgala ab idolis, etc. (bartor., CUt. Bistei t.^ p. aoO).

(1) Gaft|».iongel., Abbeâ. Pomerm,; — Aniald Lub., 1. 4, c. 24.

(S) Us y fondèieat Falcâna ei Gradicesium*

évâquea et les ducs de Bavière les avaient appelés dans les bois

qui environnaient cette coiilrco et en rendaient les abords dangereux et impraticables. On leur céda des forêts entières, de vieux manoirs à demirfuinés , des landes et des marais. Wal* dsassen, Raitenhaslacli (i) , Alderspach (2) , Furstencell se dressèrent çà et là avec leurs groupes de métairies , comme autant d'avant-postes chargés d'éclairer les routes, de faciliter et de protéger les communications.

Mais il Y avait encore à la fin du XllP siècle , sur les frontières de la Bohême, de l'Autriche et de la Bavière, d*immenses broussailles , des ravins profonds, des coupe-gorges affreux, où ceux qui se rendaient d^Everdingen à Passa w étaient exposés à s'égarer et à perdre la vie. Bernard de Prambach, évéque de cette dernière ville , fit construire sur la rive droite du Danube une maison de la filiation de Morimond , à laquelle il abandonna tous ses biens, à condition que les religieux abriteraient et nourriraient tous les voyageurs , et leur serviraient d'anges gardiens dans ces affreux déserts : c'est pourquoi il donna à cet asile le nom de Gelle-des* Anges (Ingeh^ cell) (3).

Henri de Pfollingen et Melcthide , son épouse, avaient fondé quelques années auparavant, dans le même but, au diocèse de Ratisbonne, une autre maison appelée la Gelle^e-Dieu {Got"

Uscell), toujours de la même filiation (4).

(1) Wiguleiis-Hundius trudil hanc domum primura fuisse aedificatam a Wolfero, dlias Wolfranode Tegerabanck, cum uxore ejus Hemma ; in praedio suo Schuring; deinde iranslatara a Conrado, SiUizbiirgensi episcupu, in antiqua ecclesia dicta iiciteaiiaslacb, in Noricoet agro Burchusiano, juxta Sai/.am iluvmm.

Sont ibi in templo multonun principum, comitum et baronam sepultur». — Afm, ci8t.f t* 1, p. 467.

(2) Id., ibid.

(3) Tribus a Passavio millîaribus, ad ripain Danubii. — Sartor., Cist. Bistert.. \>. !10^. — Ut pauperes vidiorcs per loca parumtuta ex Everdingo Pataviam ascondijutt h, liuspilio exciperentur. — Gasp. Joagel., Afo^i. Bava/:

(4) Huic niouusteriû iradidii Ludovicus dux décimas ad castrum Fraimarin

Parmi ces abbayes» les unes deiraient leurorigine à raccom-

pUssement d'un vœu fait en temps de peste ou en temps de guerre , les autres à la piété ûliâle , à la douleur xnatemelie ou à rexpiation d*un grand crime. Ainsi, quand les pauvres et les

voyageurs arrivaient à t urslcnleld , ils lisaient au frontispice

de la porterie ces deux vers latins traduits en langue vulgaire :

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