‹ Histoire de l'abbaye de MorimondChapitre 29 sur 55 · AD HOSPITES · texte numérisé non relu

AD HOSPITES

Conjugis inoocuœ fusi monumentacnioris Pro culpa pretium, claustra sacrata vides,

et ils croyaient voir planer sur le cloître Tombre ensanglantée de rinnocente Marie de Brabani, mise à mort par Louis-le-> Sévère , roi de Bavière , son époux , sur un &ux soupçon d^a-

dultère (1).

Nos cénobites remplirent la même mission avec encore pios de fruit et d*éclat dans le duché d'Autriche « où ib furent introduits par saint Léopold et ses descendants , ainsi que nous Tavons vu. De Sainte-Croix, près de Vienne, Tinfluence cistercienne rayonne sur ces vallées marécageuses formées par les ramifications du Wienerwald et sur les plaines situées au versant méridional du sombre Boehmerwald. On y remarque bientftt un grand nombre de monastères et de granges aux noms parfumés de piété et de poésie : Wilhering [hilarilas, la joie) (2); la Cour de la Vierge-Marie, ou Schlierbach (3); Zwe-

pertinentes; Olho,filiu8Ludovici, décimas in Dethendorf et Landace^ann. 12S1. Erat situm non procui a Vilso, llumine bavarico. — Ann, cw/., t. 2, p. 48.

(1) Gasp. Jong., in Abb. Austr. et Bmianœ,

(2) Hilaria, ad latos Danubii, inlra Lincium (Untz)^ snb monte et nemore Ghiniberg, sicdictus a oervis... Gastmm eratqood pli ftmdatores in claustmin

permuta vere. — Interpraecipuosbcnefàctoresreferunlur : Albertns, imperator Rudolphi Habsburgici filins; Fredericiis Ht et FerJinandus II, cfçsares. In ecclesia tumulantur comités de Scliaumburg, barones de Polheim, de Traun, de Kurnberg. — Sartor., Cist. liintert., cist. coenob. in archiduc. Austr., p. 1099. (a) Id. ibid., p. 1413, versus Styriaî confinia.

thaï (b bhnche vaDée) (1), Baumgartemberg (le verger de la

montagne) (2), Lilienfeld (le champ des lis) (3), Gott-Tlial (le Val-Dieu) (4), la Sainte-Tiinité (5). Des moines français et allemands se rencontrent sur Tune et l'autre rives du Danube» armésdepacifiques instruments de labourage ; ils s'embrassent, ils chantent les louanges du Seigneur, ils mêlent leur sueur dans les champs de Wagram , d'EssUng et d'Austerlitz» oii quelques siècles plus tard leurs frères de France et d'Allemagne se rencontreront aussi, mais pour se maudire, s' entretuer, mêler leur sang, et ne laisser à la postérité d'autres tra* ces de leur passage que des ossements et des ruines î Ayant franchi les Alpes noriques, ils entrèrent dans la Styrie, la Gamiole et la Garinthie, où ib eurent bientôt des établisse* ments sur la Save et la Drave ; ils descendirent même jusque

(1) GUimxix d'AutHthe, éloigné deKrenu, au nord-esl, «fenviron quatre miUes, à peu de distaofie du Danube. Le fondateur Hadmar, des comtes de Babenberg , ne savait quel tien choisir dans ses domaines pour y bâtir un mo*

nastère.T-a s?iintc Vierge, la nnit avnnt les cakndes de janvier, lui dit de parcourir ses forêts et de donner aux cisterciens le lieu où il verrait un arbre vert avec tout son feuillage, ses fleurs et ses fruits au milieu de la neige et des frimas. Ayant découvert cet arbre sur le bord d^une rivière que l'auteur nomme Campius, il y jeta les fondements dn monastère. — Sartor., CUi. BisUrL, p. 1095; ~~ Beniard link a écrit en deux volumes in-fol. les Annales de cette maison {Viennœ Amfnœ, 1723; bibliotll.de Dijon}.

(2) Sur la rive gauche du Danube et à peu de distance du fleuve, entre Lints et Kr^ms. Voir la carte géogr. cist. de Sartorius. Le premier abbé Alt Frédéric, Tun des quinze compagnons d*Othon d^Autriche.

(3) Sartor., Cist, Bistert,, p. 1100, et Angel. Manriq., Ànn. cist., ann. 1106, c. 6, n. 7; situé à la Source d*ane rivière qui a son embouchure dans le Danube près deKrems.

(4) Infira Ipeium (i^), in ripa deitra Danubii. Fundator aliique e Walsteeana prosapia proceres, atque etiam très fundatoris uxores de Neuhauss, de Dzuebrathin, de Lossentein, hoc loco conquiescunt. — Sartor., Cist. Bistert.t

(5) Hœc domus primitus condita pro ordine praedicatorum, in urbe Neustadt ; d^oiisepe, circa ann. 1480, a Friderico UI, coesare, ad Gisterranm trandata est. In ecdesi» clumssQb magniflco mausolée, qniescit Eleonora, prsfkti Imperat. conjux, de regia fâmilia La8itanoram,cam tribus liberis. —Sartor., Ci$t, Bisteri., p. iiOl.

dans les douces et riantes vallées de T Adige et de la Brenta. Ainsi, toute la race germaine fut enveloppée comme d*un ré»

seau inonastii^uc, dont les fils venaieni aboutir de toutes parts à Morimond*

Le berceau des abbayes situées dans les contrées que nous

venons de citer i tait souvent couvert d'ombres mystérieuses, omimc toutes les institutioûs antiques, et ou pouvait en tirer, pour rbistoire comme pour la poésie, les faits les plus précieux, les images les plus gracieuses et les plus touchants souvenirs. Ainri, des moines cisterciens étant venus en 1135 dans le duché de Camiole, à environ quatre milles de Laybacfa, fonder un monastère , avaient entrepris de le construire, contrairement à leurs statuts, dans une vallée cultivée et semée de villages et de hameaux. Mais, malgré tous leurs efforts, ils ne pouvaient seulement réussir à en jeter les fondements : une main invisible semblait détruire pendant la nuit ce qu'ils avaient bâti pendant le jour. Ils allèrent, sur ces entrefaites, couper du bois de construction dans une forêt voisine ; à peine y étaientils entrés, qu'ils crurent entendre un oiseau leur répétant dans son langage : SU hic, sU hie» c'est-àrdire : Qu'U sait tcî/ et ils pensèrent que c^était un avertissement de Dieu qui leur disait : Laissez au peuple les champs défrichés et fécondés ; venez dans ce» lieux txnis créer une terre nouvelle. Voue n'étee pas faits pour le hruit du nwnde; vous êtes, comme les oiseaux du ciel, destinés à être les hôtes des forêts et des déserts ! Ils transportèrent aussitôt leur établissement dans les broussailles, et, en mémoire de ce prodige, ils lui donnèrent le nom de Sitieh. Afin qu'on ne put Toublicr, ils prirent pour armoiries un oiseau dans un champ d'or^ avec cette légende : Sit-Hic (1). Que n'aurions-nous pas à dire de l'abbaye de laFontaine-de-

(i) Sartor., Cist. Bistert,, p. 1107; — Tabul. Mohm., ad ami. 1185.

Marie, située jusqu'aux confins de la Croatie, dans la Carniole

inférieure , sur les rives du Gurka? ensuite de la maison de Stambs, dans le Tyrol, au diocèse de Brixen, si magnifiquement dotée par les empereurs et les impératrices, le mausolée des comtes du Tyrol, des vicomtes de Milan, des archiducs d'Autriche, etc.? de Runa, si célèbre dans toute la Styrie? de Neuberg(i), fondée dans la même contrée par Othon, ducd' Autriche et de Styrie, et Elisabeth de Bavière, son épouse, en reconnaissance de la naissance de leur fils Frédéric ? Enfin, le pèlerin qui arrivait à Viekering (Victoria) , en Carinthie, apprenait bientôt de la bouche des moines l'origine de cette maison f monument élevé par Maynard, comte palatin, en souvenir de son triomphe sur un chevalier français appelé Léon, qui lui avait enlevé son épouse, fille du duc de Carinthie (2).

Morîmond comptait en Bohème plus de vingt abbayes de sa filiation, entourées d^au moins deux cents granges. Parmi ces maisons, on distinguait Zedelitz, Tune des merveilles de la contrée , sous quelque aspect qu'on l'envisageât (3) . L'église le disputait pour la grandeur, la richesse et les beautés artisti« ques aux .plus célèbres cathédrales de l'Europe. Les bâtiments du cloître, avec leurs dépendances, ressemblaient à une ville bien plus qu'à un monastère : ils abritaient six cents cénobites, y compris les frères convers et les frères-donnés (o5{alt). La psalmodie n'y était jamais interrompue, ni l'adoration de

(1) Runa, uno non amplius lapide a Graecio ifiratz) , incœpta d Waldone, comité deRonia^aon. 11 19 (al. 1130), et absolntd a Leopoldo, Ottocari flUo sexto, Sty* fia marchkme. In ea oontannilati quiescunt : Ernestiu, dietus/SrrreiM, archidoz

Atistriae, dux Styriae, Friderici DI imper, parens, cum gemina conjuge Margareta, ducissaStetinensi apudPomeranos, acCymburga, filiaZiemoviti, ducis Massoviaî apud Polonos* — Sartor., Cist, Bistert.f pp. 1105-6; — Am. cist,^ aim. 1130, c. 7.

(2) Sartor., Cist, Bistert.^ Cœnob. Styr. , Garinth., Carniol. et Tyrol,, pp. 1104 et 1111.

(3) Située À peu près entre Caasiaw et Kaniggratz, sur rElbe.

la sainte Eucharistie. Il y avait une confrérie du SaiotrSacrcment qui s'étendait à tout le royaume. Sur le cimetière on a^ait éleyé un Taste ossuaire dans lequel étaient accumulés des monceaux d*ossemcQts sous un grand nombre de cénotaphes. Une lampe y brûlait sans cesse, et à côté un religieux en prière. Les historiens racontent qu*il n'était donné à personne de traverser ces sombres galeries de la mort sans sentir un frisson d*e(Broi courir dans toutes ses veines (1).

Dans les environs du monastère» on était surpris doToir tant de métairies , de hameaux et de villages , que les moines avaient créés par leurs travaux et qui étaient pour eux d*une immense ressource (2) ; mais leurs principaux reyenus provenaient des mines de Kuttcnljerg, dont ils percevaient la dîme parce qu'elles avaient été découvertes vers Tau 1200 par un de leurs moines , comme nous allons le raconter.

Un frère appelé Antoine, étant parti un jour en défricheur, avec sa cognée et sa bêche, vers une forêt voisine, s'était mis à travailler de toutes ses forces. Lorsque vint le moment de réciter son office, il alla s'asseoir à l'ombre, sous un ati)re solitaire. A peine avait-il achevé ses psaumes, que le besoin de repos et la douceur de la température Finvitèrent au sommeil. 11 s'endormit donc sur la verdure pour y faire sa sieste ordinaire. A son réveil , il aperçut à quelque distance un objet qui brillait d'un vif éclat aux rayons du soleil; il s'en approdia, et reconnut dans une roche, à fleur de terre, trois belles veines d*argent. Il s'agenouilla pour remercier Dieu d'avoir découvert ce trésor, 6ta son capuce quHl laissa sur la place pour la marquer et en prendre possession.

(l)"Sartor., Cist. Bisfert., pp. 976-985.

{%) Et quidem hccc latifundia magna ex parte ex sylvarum horrore inculta, industria, atque etiam proprio maiiuali labore, post avulsa arbusta, multa firuge foBcmidata, aoeta etîam per viciniam vittis et pagls, etc. —> Sartor., Blm* ckus doftor. monast m Seâleiif pg» MS-SSft.

— Ml —

Les premières fouilles furent si heureuses» que des milliers de mineurs irinrent s'établir dans cet endroit. Leurs huttes devinrent eu peu de temps des maisons» des palais , des hôtels de momiaie , des hancpies de change , etc., et donnèrent naissance à une ville qui fut bientôt une des plus importantes de la Bohè> me, et prit le nom de Kutteaberg» c'estrà-dire la Montagne du capuchon.

Chaque année « le second dimanche après Pâques» les mineurs venaient à Zedelitz en procession, revêtus d*aubes blanches, chantant des hynmes en souvenir et en reconnaissance de cette découverte (1).

Quelques-unes de ces abbayes avaient une origine champêtre, simple et gracieuse comme la nature. Ainsi, le roi Uladislas Ill,s'étaniégaré un jour à la chasse, arriva dans une vallée profonde, environnée de sombres forêts. Epuisé de fatigue, il étendit son manteau sur le gazon, au pied d'un grand tilleul, et s'y coucha pour prendre quelque repos. Il eut un songe dans lequel il croyait entendre des voix de rnoines alternant des chants sacrés. Persuadé que le ciel l'avertissait de la sorte de fonder un monastère cistercien dans ces lieux, il s'en occupa aussitôt, et lui donna, en mémoire de son sommeil mystérieux, le nom de Pkut, qui, en lai^e bohémienne, signifie manUau (2).

D'antres monastères, conrnie Childen-Croon, avaient une origine historique et nationale. Bela, roi de Hongrie, en l'an 1260, ayant appelé à son secours les Russes, les Bulgares et les Valaques, s^était jeté sur la Styrie pour de là entrer dans la Bohème et dansFAutriche. Le roi bohémien Ottokar V, à la

(1) Gasp. Jongel., Notit, abbat. cist., 1. 5, p. 4; — Balbinus, Bohem, sand,, I. 1, pp. 60 et 60 ; — Sartor., Cùt. Bisiert., abb. Bohem., p. 774.

(2) Ce monastère était situé à deux milles de Pilsen, au nord, sur le ruisseau de la Strzela, qui se jette dans la Beraun. Sartorius rapporte assez au long les diverses chartes de fondation , pp. 999 et 1000; il y eut jusqu'à cinq cents re- Ugienz.

tête d'une faible armée , osa marcher contre lui. Il le rencontra aux frontières de l'Autriche et de la Moravie, sur les bords de la Tbeiss, et, avant de livrer bataiUe, il fit vœu de bâtir un monastère de Cîteaux dans ses états , si Dieu bénissait ses armes; c'est ceq[u'il exécuta après avoir remporté la victoire (1).

Que n'aurions-nous pas à dire de Népomatz (2), de Hohenfurt (3) , d'Osseck (4), de Schalitz (o) , de Zara (6) , de Greditz

(!) Â(î Moldavae ripam, medii milliaris intercapedine distante a Crumlovio, adjprtis amplissimis posscssionibus quae occidrntem versns ii^^qur» Prnchaticium (Prfichatiiz), et ad meridiem usque ad metas Teutoniaî sese extendcrint.

(2) Prope oppidum Nepomucense, tribus a Pilsna (Pilsen) milliaribns. — Balbinus, in Hist.SacrO'Mont.f auctar. i, c. 9, et Bohmn^ satict., part. 1, § 60, p. 1S6.

(8) Sartoriiis rafert ehartam flindationis, p. 108S, Cist. Bist, ^ AUnit Alto- Vadnin Moldayaflnviiis margaritarum in ea vicinia genesi celeber, qnibns sa* crœ ecclesiae vestes ornantur. Id. ibid., p. 1049.

On raconte que le fondateur, Wolîon des Ursins de Rosenberg, voulant un jour traverser la Moldaw à cheval, fut entraînt^ par le courant et allait périr, lorsqu'il fit vœu de bâtir ce monastère sur la rive même du fleuve, et qu'il lui donna le nom ^Alto-Vadum, le Gué profond. Rodolphe II, empereur d'Autriche, ayant passé la nuit dans cette maison, Ibt si content de Thospitalité des moines, quHl leur laissa le choix de lui demander qnelle &vear ils voudraient; ceux-ci ne lui demandèrent que du sel pour leur usage. Les princes de Rosenberg y sont inhumés dans un grand cavnan , sons le chœnr de r»'5?1isp; ils sont assis, embaumés, dans des fauteuils de marbre, avec leurs femmes et leurs enfants. — Jongel., Notit. abb. cist., 1. 5, p. 17 ; — Balbinus, Ejjitom, rer. Bohem,, 1. 3, c. 15, p. 285 ; — Sartor., ibid., p. 1048.

(4) Osseck, quVm écrit aussi OxMsifc et Wittsek^ signifie êêsartj déf)ndiemeni, sans doute en souvenir des broussailles ou des forêts qu'il Mut arracher pour le bâtir, quasi condendo Os9^o sylva excisa fuisset. Cette maison est située dans le district de Litomeritz, à environ deux heures de marche de Tœplitz, au pied de cette haute montagne rfa^ hohe geburge, qui st^pare. la Bohême de la Misnie. Les comtes de Bilin passent pour les seconds fondateurs avec ceux de Grebis et de Risenbourg. L,e peuple croyait que S. Procope, vénéré par les religieux, préservait la contrée du fléau de la grêle. Les moines d'Osseck avaient recueilli plusieurs grands ossements (probablement des ossements de mastodontes) quMls avaient découverts dans leurs défrichements ; ossa grandia, qum VUlffUf gignntuin (îkitar. — Sartor., Cist. Bistert., 1007 et 1025.

f5) Cf'ttc abbaye était aussi appelt^e hi Orâce-de-Marie. L'empereur Charles iV passe pour au de ses fondateurs, ayant puissamment aidé dans cette bonne oeuvre Théodoric de Cagelmind, évèque de Minden, puis archevêque de Magdebourg et chancelier de Bohême; elle est située à peu de distance de l*Elbe, au nord de Kaursim. — Gasp. Jongel., Nota, M, eist.^ 1. 5, p. 95^ et Bartor., p. 1065.

(6) Dans le district de Gsaslaw et dans le voisinage de la ville de Zara ( eiv»-

(ou Gtraditz) (1), et surtout de Kœnigsaai (aula regia) (2). Cette dernière, sur les rives de la Moldaw, près de Prague, surpassait peut-être encore toutes les autres en mairnificence. Le roi Winceslas lavait fondée pour en faire une sépulture royale, et dotée de yinglpcinq hameaux ou villages environnants (3), afin que les moines, affranchis des soins temporels» pussent sans obstacles prier nuit et jour près de la cendre des rois.

iGneas Sylvius , qui Tavait visitée * en raconte une merveille qui semblerait incroyable si elle n*élait attestée par un écrivain aussi grave et par plusieurs autres historiens. Il y avait autour du monastère un vaste jardin^ où Ton avait figuré avec un art infini les principales contrées du monde, les montagnes, les fleuves et les mers, et rassemblé des arbustes et des plantes des diverses parties de la terre ; sur les murs claustraux » revêtus de tablettes polies, on avait écrit toute la Bible, de la Genèse à T Apocalypse : les le lires croissant à proportion de la hauteur^ on pouvait lire facilement depuis le bas jusqu'au sommet. Celte immense inscription était comme un grand livre toujours ouvert sous les yeux des moines ; c'était une

tas Zarensis, in ipsis Momviœ Bohemiœqvp conteiminiis , riruJo interférante utmmque jxdriam, itaut pars cœnobii pertinent ad Bohemiam^ altéra pars ad Moraviam). — Sartor., p. 1042.

(1) Medio ittnere inter Novam Boleslaviam et Tunioviam. NobUissimam diBcipIina et institatis optimis, mmieroœdificationibiu splendidissimis, augustissima basilica monastcrium in Gredis appellabant. Balbinus, Bohem* sanct., 1. 1, p. iSS. — Hodie locus hqjusce abbatiœ destractae dicitnr vulgo

ri) Au confluent de la Béraun et de la Moldaw. Le roi Winceslas IV en posa la première pierre le lendemain de son couronnement, et y fit venir de Sedelitz 70 religieux.

(8) Oatre ces villages et hameaux eavironnants, qui étaient comme les granges, le roi en avait donné beaucoup d'antres plus loin: Casinm landsberg^eum quâtuùr oppidis forensibus, eum qvinquaffinta et jduribus villis, cttmdecem^ octo ecclesiis parochialibus , cttm sylvis et agrîs, nquii^ pluribus. — Sart43r., Ci st. Bistert., p. 1060,— Jeandd Luxembourg, roi de Bohème, passe pour sou second fondateur.

prédication criée par les pierres eUes* mêmes; c'était le symbole du Verbe de Dieu , source et exemplaire de tous les êtres ,

qui enveloppe la nature entière pour lui donner la fécondité et la vie (1).

Les moines firanchîssent le Riesen-Gebirge et s'établissent

dans les plaines ingrates et sablonneuses de la Silcsie , où ils bâtissent six monastères : Lubens (2)y Rauda (3), Kamentz (4)»

(î) Amp]i<:simus ambitus est, in rnjns lateribus Vêtus Novumque Testamentuoif ab mitio Genesis usque ad Apocaiypsin Joannis, litterismajuscuUs in tabulis scriptum continebatur, notis, quo altius iront, paulatim crescentibus, ita ut a BQmmo naqae deorsum fiicUis lectio prseberetar. — JExl, Sylv., Hist. Bohiem.t e. 86; — longel., 1. 6, p. 39 ; — Balbiims, Bohem, âonet., h 1, tit. SS, el auctor Phonieis eût* Bohem.^ istins domus pietalem commendant.

(î) Liihciis, m Luha, le premier monastère cistorcioade laSilésîe, fondé vers Tan 1050 par Casimir, roi dePolog-ne, moine dp Climy, pour des reliiiirux Bénédictins; restauré par Boleskis-le-Haut, duc de Silésie, et donné par lui en li50 aux moines de Porta en Saxe. Cette abbaye est située sur TOder, entre Glogaw et Breslaw. Ste-Hedwige, duchesse de Silésie et de Pologne, avait les cénobites de Lobens en grande vénération i die payait seciètement deux pauvres femmes pour aUer chaque semaine à la porte du monastère recevoir les restes de fromage et de pain recueillis an réfectoire, et les lui rapporter dans son palais, où elle les mangeait avec délices, après les avoir baisés comme la nourriture des anges. L\ibens était appelé vulgairement le mausolée d'^s princes : de Boleslas-le-Haut ; de Boleslas, marquis de Moravie, tué à la bataiiic df» Liegnitz contre les Tartares, en 1243 ; de Boleslas III, fils de Henri V, duc de Liegiuu ; de Henri ni, duc de Glogaw, élu roi de Pologne ; de Conrad IV, prince et duc de Steînaw; etc., etc.; de dix éyècfnes, la plupart religieux profto de la maison. Le fameux peintre Michel Willmann était moine de Lubens. — Jongel., tit. ahb. cist., Provinc. Silesiae ; — Sartor., Cist. Bistert., p. 1111.

(3) A quelque distance de l'Oder, et environ à trois milles au nord de Ratibor {pone aqmm Rudamaqua nomen liau-sit). Praeter fundatorem principe m Wladislaum, Oppoliensium ducem (alias filium Casimiri, régis Polon.) [iiùi.). Sarturius (p. 1122) numerat etiam iuter praecipuos benefactores : Gasimirum, dneem Oppol., filium fundatoris; Valentinnm, ducem Silesias, Oppaviensis et Rattiboriensis dominum ; Joannem, princtpem Silesiae (1 525), et Ferdinandum I, Bohem. regem, 1534. — Gasp. Jongel., abb. cisL^ L-S, p. 55.

(4) C'était d'abord une forteresse bâtie sur la Neiss, pour protéger le pays contre les invasions des Tartares ; elle fut cMée h des chanoines réguliers de St-Augustin, qui Thabilerent quelque temps, et i'aî)aiiduanèrent en 1222 aux cisterciens do Lubens, par Tinspiration de Thomas, é t^èque de Gracovie. Les bàtimeats, par leur niasse et leur solidité, semblaient awnr été constmits pour durer éternellement; non leo^wrt, teâ teternitati œdifieahan, Balbinus» DtV. Wart., C..6, § 4.

Gemielnick (1), Gi issaw (2) et Ilenrichaw (3). La Moravie les voit avec admiration prier, travailler daas ses hois et ses ma-* rais» à Wisovitz (4), appelé aussi la Raie dê Marie: Wellehrad (5), Belgrade (6 , < le. Ils descendent da.nsla Hongrie jusqu'au confluent de laDrave, de la Theiss et du Danube (7). On les retrouye sur tous les points du territoire polonais» sur les bords de la Vislule et de la Warta, dans les diocèses de Cracovie^ de Varsovie, de Posen et de Gnesen : c'est là leur pays chéri , leur Ëden ; dans la joie de leur coeur, ils appellerait du

(1) Entre les rivières de la Weida et de la Malapane , à peu de distance de la frontière de Pologne. Sartorius lui donne pour fondateurs illustrissimus siœ duces Oppolien^e^, in quorum terris sifum est. — P. 1123.

(2"! Ex Sartono, p. 1123 : Bolco, seu Boleslao, dux Suidnicensis {Schweidnitz), et duiinnus de Furstenberg, banc domum primum occupatain a benedictinis ex Opatovicensi Bohem. oœoobio cûtercieiisibiu translnlit, 1989.

(S) Dans le duché de Mtmsterberg, à peu de dietaoce de la Neise. Sartorius, qui nous semble mieux informé que Jongelin {Notit, M. cist., 1. 5, p. $3), Ini donne pour fondateur Nicolas, chanoine de Breslaw, secrétaire et chancelier de Henri-le-Barbn , duc deSiltîsie, qui Tnida si puissamment dans cette bonne œuvre qu'il passe aussi pour son fondateur. C'était le foyer de l'association de la Sainte-Trinité, répandue dans toute la Silésie. — Cist. liistert., p. 1117.

(4) Voir Sartorius, Cist Bistert., Caenobia ap, Moravos, p. 10S9.

(5) On dit que cette abbaye est bfttie sur remplacement de Tancienne capilaie de la Maroomanie, et que c^est de là qu*elle a tiré son nom. — Pessina, in Jfor/. Mcrao.fh 2, ce. 5 et 6, p. 153; — Jongelin, Notit. abb. cist., 1. 5, p. 44, lui donne pour fondateur le roi Oltokar II, qui n'a été qn'tm de ses bienfaiteurs. Son rihbt" prnnnit In titrf^ fin prfm>^r prélat de Mornvtp. Elle fut détruite par les irruptions successives des Turcs, des Valaqnes et des Hongrois. Ses religieux défrichèrent de vastes broussailles. — Balbinus, Bohem. sanct., 1. 1, § 39» p. SO.

(6) Dubraw {Bistar, Bohem,, 1. iS ) parle assez longuement de cette abbaye et de son fondateur Uladislas, marquis de Moravie, qui y fot inhumé.

(7) On comptait trente -huit établissements cisterciens en Hongrie, d'après le catalogue qu'en fit dresser Pierre Pazman, archevêque de Strigonie, en 1629. I/historien 1{ sr ijihal ajoute que les noms de plusieurs ont été ensevelis avec eux dans la poussière. Les pages écrites par l'historien que nous venons de Citer, sur 1<» fléaux qui ont ravagé la Hongrie après la destruction des monaftt^m, sont la plus belle apologie que Ton puisse faire de Tétat monastique (Yoir aux Pièces justificatives). De tous les monastères de la flUation de Hori* mond en Hongrie, qui s'élevaient environ au nombre de quinze, nous n'avons pu en déterminer que quatre : Cikador, Casa-Nova, Marienberg, £rchi. Voirj pour les autres, à la ûn du Tableau de la iiliatioo.

nom de Paradis (1) une de leurs priacipales maisons de cette contrée. Leurs abbés» par le fait même de lear dignité abbatiale, verront s'ouvrir devant eux les portes du sénat de Pologne/Useront secrétaires royaux, et destinés à remplir les fonc^ tiens d'ambassadeurs à la cour des princes et des rois (2) .

Les conquêtes de Chaiiemagne et l'influence clirùtieime de son empire n'avaient guère dépassé TElbe, et plusieurs tribus slaves du nord-est, au douzième siècle, étaient encore amm dans les ombres de la mort. Les apôtres ont toujours laissé bien loin derrière eux les conquérants ; les moines de Morimond^ arrivés en Pologne » tmtirerU en euoMnémes hur esprit ému, comme saint Paul , en voyant a leur porte des peuples idolâtres; n'écoutant que leur zèle, après avoir enllanimé par leurs discours plusieurs de leurs frères, ils sortirent du cloître et s*en allèrent porter le ilanibeau de la foi au sein de ia grande tribu des Prussiens et dans la Lithuanie (3). Jusqu'alors les travaux et les courses de Tapostolat avaient semblé incompatibles avec la vie solitaire et concentrée des cisterciens ; de même que la nécessité, en Espagne, les avait transformés en chevaliers pour repousser les Maures, ainsi, en Pologne, les besoins de FEglise en firent des missionnaires pour la conversion des iniideies. Mais ^ remarquons -le bien, ici comme ailleurs c'est

(1) Brqnistus, etiam cornes, genteVienavius,ci]|jii8 insigne est caput Bisontis

in pago suo, jure hereditario, Goscicovoin Posnaniensi diaecesi iisdem cisterc. monasterium condidit, quod Paradisi nomine tuuc (Ju i cœptuni, cti:im mmc appel lationem oam retinet. — Mart. Croinerus, Hist. Polon., î 8, uidc nièdium.

— Pro dote contuUt etiam villas Videlzliam, Clcniewane, Gurzicham et Poieacz.

— Pistor. Bibliokh., Hist. Polon., 1. 8, c 8S. ' (S) Sartor., Cùt Bisiert.^ p. 654.

(S) Anno iSi^ Innoc. m dato ad capitul. gêner. Brevi apostolico, cistercieih

sibus viam aperuit^'per Pnissîam et Lubaviam. — Eodem anno, idem pontifex scripsit alias epistolas ad abbates et monachos ut munus apostolicum obirent per Moraviam, Pomemniam et Prussiam. — Angel. Manriq., Ann. d.ft., ad annum iiii, c. 7; Sartoi*., op. citât. ^ p. 293. — Monachis cisterc. regni Polonûe pnBdieaiioliAm iiHer Prathou» oommisit. — Abrah. 6zovius»'ad hune ann. iSlS;— Am. ciêt, t. S, p. 571.

toujours Morimond qui fait fléchir Ctteaux , le force de s'harmoniser avec les temps et les lieux ^ et de se prêter aux aspects divers du catholicisme et de rhumanité.

Us s'élancent dans la Poméranie, à la suite de saint Othon

do Bambcr^% le Psautier dans une iiiain, la bêche dans Tautre; ils eâaceut les derniers restes du paganisme par leurs prédicatiônsy tandis qu'ils opèrent des merveilles à Stolpe» Pelplin» Boch et Clooster-Camp, par leurs travaux agricoles à travers les lacs et les marais (1). Les rochers qui environnent i'ile de Rugen et en rendent l'accès si difficile ne sont pas capables de ks arrêter (2). Dès l'an 1186, Maynard, chanoine de Sigcbcrg, était entré avec des marchands dans la Livonie, encore païenne» pour y gagner des ames à Jésus-Christ ; il y fut suivi de Berthold, abbé de Luques, en Saxe (filiation de Morimond) , qui se lit admirer et aimer des infidèles pour ses grandes austérités, son humilité et sa douceur» et en convertit un nombre prodigieux (3).Lescistercien3eurentbient6tplttsieursétabIissements

(1) s. Othon pénétra en Poméranie Fan 1124, à la prière de Boleslas, duc de Pologne. Ce saint évèque aimait à dire à ceux qui lui reprochaient de bâtir trop de monastères , qu'o;< ne peut fonder trop d'hôtelierie:, pour ceux qui se regardent comme voyageurs en ce monde. Dès l'an 1140, des moines de Porta, appelés par Ratibor, prmce des Poméraniens et des Vandales, vienaentà Stolpe, en Pomériinief bfttîr une maison, en mémoire et en eipiation du meurtre de ftère du roi tué par des voleors. — Joogel., Nùtit. abb, eUt, m Pomeran*; — Fleury, Bùt. ecclés., U 14, 1. 67, §§ 38 et 39.

(2) Les Rugiens furent convertis en 1 168 ; or, dès Tan 1190 , Jarimare , prince de Rugen, qui avait embrai^sé la foi du Christ, appelait des moines de Dobran à Bergen, du consentement de Hiitegarde, son épouse. Me de Gauut, roi du Danemarck. — Jongel., opère citato; — Helmold., 1. 2, c. 12; — Saxon., 1. 14, p.SS7.

(S) Parmi les apôtres de laLivonie, on en remarque surtout trois de Tordre de Clteaux et de la filiation de Morimond : 1^ Berthold, qui, après avoir converti des milliers de Livoniens, fut enûn martyrisé; S^Pabbé de Lanckeymm

Franconie (1206), qui osa aller racheter les nombreux apôtres cisterciens que Berthold avait emmenés avec lui et qui avaient été incarcérés : il produisit des fruits si abondants, qu'Innocent III le nomma Apôtre de la Prusse et de lu Uvonie; 3» le prieur de i'uiibaye de Ridderhausen, loué par Grégoire iX comme Pun des principaux missionnaires de la Uvonie. — Sartorius en cijoute un

cousidérables dans ce pays, entre autres Padis, Walkena et le Portrde-SaintrKicolas, aux environs de Riga et de Revel. Us s'é» tendaient de la sorte tout le long des côtes de la Baltique, depuis le Holstein jusqu'au golfe de Finlande; toutefois ils ne dépassèrent pas le lac Peypus à Test. De la Hongrie ils s*aYancèi ent dans la Servie , jusqu*au versant septentrional de ces montagnes qui divisent les continents et séparent les races» pendant qu'au versaùt mâridional, sous un autre ciel, sur une autre terre, leurs frères^ sortis primitivement comme eux du Bassigny, mais par un chemin opposé, livraient au schisme grec et à la barbarie musulmane d'autres combats non moins utiles, non moins glorieux. Les colonies cisterciennes, venant, les unes du nord, les autres du midi , se rencontrent, se croisent aux dernières lr<mtières de TEurope, et se donnent la main par-dessus les monts Dinariques et les Balkans (1).

Morimond , la mère féconde de tant de générations diverses » ne cessait de veiller sur elles avec la plus tendre soUicitude : Tabbé Guillaume , Tan 1307 , voulut retourner en Espagne pour s'assurer par lui-même de l'état de Calatrava et de la fidélité des chevaliers à accomplir les règlements qu'il leur avait donnés; il eut la douce consolation, à son arrivée, de trouver Tinstitut caliiie et florissant dans la piété et l'observance rigoureuse de la discipUne , ayant ses bataillons éche-

quatrième, Slawcon, troisième abbéd'Osseck.— Ex Âmold. Lub.,CAron., 8, c. 8; — Angel. Maor.t'iim. dst, ad aon.liOS, c. S, n. 5, et ad ann. 12S5, c. 4, nn. 1 elS; — Sartor., Cist. vm apost. {CisL Bistert,, p. S96). — Pour les prédications des dsterdens en Suède et en Norwège, voir Sartorius, pp. S99 et 300, où il cite un moine de Clteanx, appelé Nicolae , qui omnes pene Nomegiœ incolas ad C/u'Lsti fidem convertit.

(1) Jongei., in op. ciiaX.Abbat Huagar.; — Sartorius, Cist. Bisteri., Monast. cister. in Hangar., p. 1129. — Dans la carte géographique cistercienne de Sartorius, nous n^avons retrouvé que deux monastères au-delà de la Theiss ; Trùis'Ffmtt et Egres; mais Vaelion et VlnfluenGe des dsterdens s^étenâireat bien plus loin, par k» diverses missioiis qu'ils eurent à remplir dans la Servie et dans la Bulgarie.

lonnés dam plus de vingt-cinq places , snr toute la firontière

du royaume de Grenade , le dernier asile de l'islamisme dans la Péninsule : tantôt se tenant sur la défensire, tantôt prenant roffensive et se précipitant à Timproviste sur le pays ennemi. Guillaume se contenta de jouir des ii uits de sa première visite* sans faire de nouveaux statuts.

Cet heureux état de choses eng igea le roi d*Aragon et de Valence à ioiider une nouvelle religion militait e qui se rattacherait à celle de Calatrava, dont les chevaliers avaient si puissanunent aidé ses prédécesseurs » et spécialement Jacques-le- Victorieux, à conquérir l'île Majorque et le royauaic de Valence. 11 envoya donc à Rome le chevalier de Villa-Nova en demander la permission au pape Jean XXII , qui assigna à cette inilice Moiitesa pour résidence, et une portion considérable des biens des Templiers pour dot. Plusieurs chevahers de Calatrava y entrèrent, afin de donner l'impulsion première» et deux d'entre eux , Alvarès de Livri et Mendoza, en dressèrent les statuts à la prière du roi d'Aragon ; c est pourquoi Monlesa a toujours été dans la dépendance de Calatrava et soumis à la juridiction du grand-mattre de cet ordre (1).

Denis , roi de Portugal , de son côté avait député au même pape Jean-Pedro Pérez» chanoine de Conimhre, et un gentilhomme nonuné Jean Laurent « afin de solliciter Tinstitution d'une nouvelle chevaiciic monastique : le pape la lui accorda sous le nom de miUce du Christ, pour la défense de la foi chrétienne contre les Sarrazins , avec tous les biens qui avaient appartenu aux Tenq>liers dans les royaumes de Portugal et d'Algarve, mais à condition qu*elle suivrait la règle deCiteaux , selon les constitutions de Calatrava. Nous verrons comment cet ordre, d'abord soumis à la visite et correction de

. (1) Hélyot, ffûf . des ard» reiig,, t. 6, p. 79.

Tabbé d'Aicobaça, au diocèse de Lisboime , fut rattaché à MorixDond (i).

Le grand-maître de Caktrava jouifisait du droit de Tisiter et

réformer Alcantai a. Ayant cru devoir déposer le chef de cette milice , celui-ci en appela au chapitre cistercien, qui renvoya Taffaire à Tabbé de Morimond, comme au juge naturel. Goillaunie coiiUrma la sentence de déposition ; ce fut un des derniers actes de son administration , car il mourut peu de temps a(Hnè8 (2). Gauthier III, qui lui succéda, n^ouhlia pas FEspague ; mais, ^PP^^^ ^ ^^^^ plusieurs points de TEurope par les besoins de Timmense filiation de son abbaye» il ne put s*y rendre aussi promptement qu'il l'aurait désiré ; oo chargea de cette mission Jean» abbé de Palazaelos, qui la remplit au nom et de l'autorité de l'abbé de Morimond, en l'an 1325 (por aiuiaridad e mandtamenta del honrado padre dom VaUero, àl>badd€Mùrimwdo){3).

Trois ans après , notre abbé fut forcé d'aller à Calatrava pour y rétablir Tordre profondément troublé. Garcias Lopes, malgré son grand âge , ayant touIu organiser une expéditimi contre les Maures, s'était avancé imprudemment jusquau cœur du pays ennemi, et avait été vaincu avec sa petite troupe après un combat acharné dans lequel périrent un grand nombre de chevaliers. Le clavier J. Nugnez de Prado l'avait accusé d'avoir fui au fort de la bataille avec Tétendard de l'ordre, et l'avait fait traduire pardevant le roi de Gastille , pour avoir à se justifier. Garcias ayant déclaré qu'il n'avait à rendre compte de sa conduite qu'à Cîteaux et au vicaire de Jésus- Christ, le roi réunit un conventicule de chevaliers , le fit dépo-

(1) Baluz., 1. 1, p. 741; — Rain., 1318, n. 60-

(2) Séries prœfect. Alcant^ Am. eût,, t. 4, p. 573; — Hélyot, Hist des ord, relig, êimUit, t. 6, p. 57.

(S) Uaor., Àtm, cist.^ Série» abhat jlfortm., 1. 1, et Ser, prœf* Caiair,, i. 8, p*SOadflneiii.

ser» et mettre son accusateur à sa place. Garcias se rendit en Bourgogne » au chapitre général» pour y porter ses plaintes : rassemblée , en ayant délibéré , cbai gea, en Tabsence de l'abbé de Morimond , Tabbé du Mont-de-Salut d'instruire et de juger cette affîiire : Jean Nugnez fut déposé « et Tanden grand-maître réintégré ; mais le roi Alphonse en avait appelé en cour de Rome, et le pape avait renvoyé les parties à l'abbé de Morimond pour qu*il eût à statuer définitivement.

Gauthier convoqua un chapitre à Calatrava, et, après y avoir discuté et examiné consciencieusement les raisons de part et d'autre» il confirma la décision de Tabbé du Monl-de^Salut, et prononça Parrêt de réhabilitation de Garcias, menaçant des censures ecclésiastiques les rebelles « leurs fauteurs et Alphonse lui-même » s'ils ne revenaient à résipiscence. Le roi et les chevaliers se soumirent à cette sentence ; mais Garcias , accablé d*ainiées et d'infirmités , content d'avoir sauvé les principes» fatigué d'une lutte si longue » se démit volontairement»* ponr le bien de la paix » en faveur de son coropétiteuTt ne se réservant que la torteresse de Zorita, Alcagniz et quelques places d'Aragon.

A cette époque vivait» dans la solitude et la pauvreté du dottre, Jean, fils de Simon, sire de Clémont, aussi recommandable par ses vertus et sa science qu'illustre par sa naissance. Ce jeune seigneur avait porté les armes et fréquenté les écoles avec la plus grande distinctioii. Au moment de contracter un brillant mariage , la veille même de ses noces , tous les vassaux de son père et les principaux barons de la contrée étant réunis pour cette cérémonie , il s'était enfui pendant la nuit et avait tourné ses pas du coté de Morimond , protestant que c'était là qu'il voulait consacrer à Dieu le reste de sa vie ; et il n'avait cessé depuis d*édifier la communauté par sa charité et son humilité. 11 ne voulut jamais accepter que les mo-

destes fonctions de sons^prieur. En cette qualité, il était chargé de la sunreîllance des troupeaux et de la direction des travaux agricoles. Tantôt on le rencontrait dans les écuries des granges, inspectant les bœufs et les Taches, comptant les brebis et les agneaux ; tantôt, la hache ou la bêche à la main , il donnait aux moines et aux cultivateurs de la contrée Texemple du travail patient et résigné en Jésufr^hrist. Dans sa dernière vieillesse , affaiUi par les ans et les austérités, il traînait encore chaque jour son corps débile jusqu'aux plus prochains sillons, désirant mourir laboureur. Lorsque, courbé sur la terre, le front ruisselant de sueur sous le soleil de juillet, il entendait le bruit des fêtes gucn ières des châtelains du voisinage ; ou bien quand , allant avec sa faucille sur son épaule , il voyait se lever au sommet des monts le manoir de ses aïeux , avec quel bonheur il devait répéter les paroles du saint roi David : Ik ont mis leur espérance dans leurs chars , leurs cheioaux et Uiwts gens d'armes ; pour nous , notre emfmeeest dans le Seigneur, qui nous restituera au centuple dans le ciel notre portion d'héritage! Après trente ans de profession, il rendit son ame à son créateur, et longtemps encore après sa mort il fîit en vénération parmi les populations du Bassigny, sous le nom de Jean-de-Cleniont (1).

Ën écrivant ces lignes, nous avons aimé à nous rappeler Alain de Lille, Fémule et, aux yeux de ses contemporains, presque l'égal de S. Thomas d'Aquin » linguiste , poète , orateur, philosophe, théologien, le docteur universel, Tidole de FEurope savante au XIU* siècle , dont on disait : Suffleiat vo~ bis vidisse Alanum, Un jour, comme il devait prêcher sur la sainte Trinité, dans une grande église de Paris, il se promenait rêveur le long de la Seine, s*efforçant de comprendre ce

(1) Ann. cist., Ser. aOOat. Morim.j i. 1, p. 528; — Tabul. MoHm., ad aou.

isso.

mystère. Il trouva sur le rivage un petit enfant qui essayait

avec sa cuiller (d'autres disent avec un coquillage), de mettre reau du fleuve dans un trou creusé dans le sable. La vanité de ce labeur enfantin Tavait iait sourire ; puis, après un retour sur lui-même , il avait compris i^ii il n'était pas moins puéril de vouloir faire entrer Tocéan de la Trinité dans Tétroite iur telligence de rhomme. Frappé de Timpuissance de la science dans les choses de Dieu et en même temps du néant des honneurs de ce monde» il forma et exécuta le projet de se retirer à Gtteaux, oii il mourut berger (1).

Les liens déjà si étroits qui rattachaient Li maison de Clémont à Morimond se resserrèrent encore dans la circonstance dont nous avons parlé plus baut.

Le château de Choiseul continuait , d'un autre côté , d'être pour nos moines une source inépuisable de libéralités ; il ne semblait pas possible de rien ajouter à toutes les marques de bienveillance et d*amitié que Jean III leur avait données ; cependant Aaiisde Grancey, sa pieuse épouse , étant sur le point de mourir, et voulant couronner les dons de sa famille» leur légua toutes ses pierreries et tous ses bijoux» à condition qu'elle serait inhumée au milieu d'eux. Son époux , qui tenait à conserver ces objets comme autant de précieux et tendres souvenirs» les racheta en cédant les droits quil avait sur une partie des dimes de Brevannes. Etant mort lui-même quelques années plus tard» on plaça son tombeau dans le chapitre, à côté de celui d'Aalis » pour que les deux époux fussent unis jusque dans les bras du trépas, et confondus à jamais dans la mémoire et les prières des cénobites (2).

(1) Qui duo, gin septem, gui totum mbilc scivii^ Intra coiwersQs gregibus comynissus alendis.

(Voir dux Pièces justificatives.)

(2) Archiv. de la Haute-Marne, arcul. Brev.; — Dictionn, de la Nobl., t. 4, p. 476.

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