‹ Histoire de l'abbaye de MorimondChapitre 32 sur 55 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Moamux troubles à CalatraTa; Tictoirc dp Tarifa; rachat de Ia|Mntodt Morimond; origine de la place de Morimond à Dyon.

La grande-maitrise de Calairava conférait à celui qui en était revéttt une puissance énorme « Fenvironnait d*un pres^

tige éblouissant , Télevait au niveau des rois ; aussi élait-elle le point de mire de toutes les grandes aiubitions et Toccasion d^one foule d'intrigues tournant toujours au détriment de

Fordre.

Jean Nugnez de Prado, Tauteur des tristes dissensions dont le dernier grandHnattre avait été la victime, était allé le chercher au fond de sa retraite pour lui faire subir de nouvelles humiliations ; il en vint jusqu'à donner le commandement de Zorita à un de ses parents, quoique Garcias Lopez se fût réser* vé cette place ; c'est pourquoi celui-ci, se voyant indignement trompé» avait repris le titre de grand-maître, qu'il conserva toujours. Les chevaliers d'Aragon et quelque»4ms de Castille restèrent dévoués à son parti, même après sa mort , et choisirent Alphonse Ferez pour le remplacer, et pour l'opposer à Jean Nugnez. Les rois eux-mêmes prirent part à cette lutte et furent divisés.

Cette scission déplorable appela 1 attention de 1 abbé de Morimond. Renaud se transporta en Espagne et se rangea du côté

Alphonse , comme le prouve le préambule des statuts qu'il dressa sous ce titre : Nom, D, frire Renaud, par la grâce de Dieu abbé de Morinwnd, viiitant la maison de CahOrava, notre fille, de l'avis du grand-maitre D» Alonzo Ferez, mandons à tous les frères, etc. (1).

La grande-maîtrise d'Alcantara était également disputée depuis quelque icm^s par deux rivaux acharnés. Le roi de Castilley désiraot faire cesser ces discordes , avait appelé, environ vers Tan 1335» Tabbé de Morimond et le giand-maltre de CalaLrava pour visiter cette milice, et avait envoyé des gens de guerre aux euTirons de Placencia , de Cacerès et de TruxiUo^afinde protéger leur route. Le fruit de cette intenrention lut Tabdication de l'un des prétendants et l'élection pacifique de Gonsaive Martinezt qui Cut le sauveur de i'Ëspagoe^ comme nous allons le raconter.

Mahomet» roi de Grenade, se sentant pressé par les armes des chrétiens» et trop faible pour leur résister» alla en Afrique implorer le secours d'Albobacem » roi de Maroc» qui lui promit une armée sous la conduite de son fils Aboumélie. Ces troupes franchirent le détroit de Gibraltar vers Tan 1332» et exercèrent de grands ravages sur les terres des chrétiens pendant plusieurs années ; mais , en 1338, Aboumélie fut attaqué avec tant de vigueur et d'habileté par Gonsaive Martinez, qu'il fut tué» et son armée mise en déroute. Les lauriers de l'infortuné grand-mdtre se changèrent en cyprès. Accusé faussement de trahison près du roi de Gastiiie» ce prince , nonobstant les remontrances et les menaces du pape et des éyéques» le fit décapiter et brûler.

Albohacem» animé par la mort de son fils» excita les peuples du nord de T AMque à prendre les armes pour la défense de

(1) Am. cisL, 1. 1, p. 523 ; — Hades» Hût, Caiatr., ce. 26, 27 et 28.

rislamisme, et assembla soixante - dix mille chevaux, quatre cent raille hommes d'infanterie» aTec une flotte de douze cent cinquante vaisseaux et soixante-dix galères. Les trois rois de Castiile, d'Aragon et de Portugal se liguèrent entre eux pour s'opposer au torrent qui menaçait de tout engloutir.

Alphonse XI, dont les états étaient surtout menacés, envoya deux ciievaliers de Calatrava au pape pour lui deuiaader les privilèges d*une croisade : Benoît Xll les lui accorda pour trois ans» et lui écrivit d*avoir confiance en Dieu. « Considérez» « lui dit-il, combien il importe a un prince allant à la guerre « d avoir la paix chez lui , c est-à-dire dans sa conscience. <c Voyez donc si vous ne sentez point de combat intérieur au <c sujet de cette concuhiuc que vous avez gardée si longtemps, « et si vous n'avez point de remords touchant le grand-maître « de Tordre d'Alcantara» que vous avez fait mourir» quoique « religieux, et au mépris des censures ecclésiastiques; Faites « donc pénitence» pour attirer la bénédiction de Dieu sur vos « armes » (1).

Le luudi 30 octobre 1340, le combat s'engagea près de Tarifa : les deux rois de Castiile et de Portugal , dès Faube du jour, se confessèrent et communièrent; tous les chevaliers en firent autant, et leur exemple fut suivi d'une grande partie de l'armée. Les ordres militaires marchaient chacun à la suite de sa bannière» sur laquelle étaient inscrits les deux noms français de Ctteaux et de Morimond ; c*était un chevalier français qui portait le guidon de la croisade , par ordre du pape : les hommes se battirent et Dieu vainquit ; la croix brisa encore une fois le croissant ; Tislamisme fut terrassé et laissa plus de vingt mille morts sur le champ de bataille » avec un butin et des richesses immenses (2).

(i) Mar.,J7ûf.(r£4p.,c.7,1.16; — Rain., lSS9,n«77;-- J.ViU.»li» c. 119. (S) Fleory , Hist w:lés., t. SO, p. 13, in-lS.

tl

Les chevaliers avaient deux ennemis beaucoup plus redoutables que les Maures : le despotisme royal auquel ik faisaient

ombrage, et le repos au milieu de l'abondance qu'ameiiait la victoire* Pierre-le-Cruel avait succédé » en 1350 , à son père Alphonse, et répudié Blanche de Bourdon, son épouse légitime, pour vivre publiquement en concubinage avec Marie de PadiUa. Le grand-maître de Calatrava, d'après les conseils de l'abbé de Morimond, osa Ten reprendre et provoqua sa colère, dont il ne put éviter les suites terribles qu en se sauvant en Aragon. Cette démarche le fit accuser de haute trahison, comme s'il eût Toulu se liguer avec le roi d'Aragon contre la Castille. Cependant Pierre crut devoir dissimuler son ressentiment pendant quelque temps, au point de l'engager à revenir, lui promettant sur sa pàrole royale de lui rendre ses bonnes grâces.

Jean Nugnez, trompé par ces fausses démonstrations , rentra en Gasàle , et il fut reçu ayec tous les honneurs dus à sa

dignité ; mais quelques jours après on le condaisit au fort d'Almagro, où il fut égorgé (1). Pierre-le-Cruel convoqua les chevaliers et fit donner la grande-mattrise à Diégo Garcias de Padilla, le frère de sa concubine. Ces déplorables événements et les dissensions intestines qui en furent les conséquences empêchèrent les abbés de Morimond de visiter Calatrava par eux-mêmes : ils déléguèrent alors des abbés de leur filiation en Espagne, avec pleins pouvoirs. De cette façon , Morimond eut une action incessante sur la Péninsule, jusqu'à Tentière expulsion des Maures (2).

Notre abbaye n'était pas moins entravée en-deçà qu'au-delà des Pyrénées. Après 1a bataille de Poitiers, les Anglais, ayant à

(1) Uél"yol, Hist.desord. relig. etmilit., t. 1, p. 45.

(2) Manriq., Séries prœfect. milU. Calati-,, l. 3; — Frauc. Caro de Torez , HisU de las orden. milit. Santiag., Coiotr, y Aleant,^ tt. I et «, io-l*.

leur tête le prince de Galles , envahirent la Champagne et la Bourgogne. La noblesse de ces deux provinces, réunie à Châiillon-sur-Seine, Toulut s'opposera là marche des vainqueurs ; mais elle fut écrasée sous le nombre dans la plaine de Brionsur-Ource. L'ennemi, ayant occupé tout l'Auxois, étendit ses ravages jusqu'à Moutier-Saint-Jean, Molesme, leVal-des- Choux et Lugny. Les religieux se SMuvcrent avec les reliques et les vases sacrés du côté de Langres et de la Saône. Châtillon fut livré aux flammes. Les états de Bourgogne, redoutant pour Dijon un semblable sort, conclurent une trêve pour trois ans, moyennant une somme de deux mille moutons d'or. Le Bassigny lui-même fut bientôt en proie à toutes les horreurs de la guerre, et Morimond pris d'assaut et pille. Le traité de Brctigny, qui aurait dû ramener l'ordre et la paix, ne lit que mettre le comble à Tanarchie. D*ttu côté , les hordes des Tard^Venui et des Grandes-Compagnies, composées d'Anglais, de Gascons, de Navarrais, de Bretons et de Français, conduits par quelques misérables aventuriers, tels que Arnaud deCervoleSt le sire de Neufchâteau et le lorrain Brocard de Fenestrangc, se mirent à parcourir la France, portant partout le pillage, l'incendie, la désolation et la mort ; les abbayes étaient leur proie privilégiée ; ik s'y précipitaient de toutes parte, les ruinaient , après avoir chassé ou massacré les mouies ; Morimond ne leur échappa point (1). De Tautre , les seigneurs français , dont les coflDres étaient vides après tant de guerres désastreuses , n^avaient point d'autres moyens de réparer les brèches laites à leur fortune, que d'imposer les monastères déjà épuisés par les sacrifices qu'ils avaient faite pour échapper aux Anglais ou pour payer la rançon du roi Jean. Le notre s'était cotisé pour cent moutons d'or» somme énorme à cette époque. U fallait, pour

(1) Ganltherot signale surtout les ravages exercés dans le Bassigny ; ^Àtuu^ tase d$ £aii^rer,in-4«, p. 405.

gouverner cette maison dans des circonstances si difficiles^ un homme d'énergie, de prudence et d'une grande capacité ; tel était Thomas de Romain-sur-Meuse, élu en 1355. L'un des actes les plus importants de son administration fut celui par lequel il s'affranchit de la servitude des seigneurs de ChoiseuL

Dans ces temps de troubles et de discordes civiles, les couvents, sans cesse menacés» ne pouvaient se défendre par eux<mèmes; il leur fallait le secours des armes laïques. Un baron s'engageait à protéger au besoin une abbaye, et Tabbaye s'engageait à lui payer une redevance annuelle.

La garde d'un monastère important représentait la yaleur d'un grand fief : les comtes de Champagne, rois de Navarre en même temps » plaçaient la garde de Ciairvaux et de Molesme au nombre des plus beaux apanages de leur couronne. En 1321, Guillaume, comte de Tonnerre, avait donné pour dot principale à ssL Me Jeanne de Chàlons la garde de Pontigny. On conçoit que ce devait être l'objet des plus ardentes conyoitises : aussi vit-on Charles-lc-Bcl menacer le duc de Bourgogne de lui disputer les armes à la main la garde de Moutier* SainWean(l).

s Le fondateur d'une maison religieuse en était le gardien-né, lui et ses successeurs. Or, les sires de Choiseul, dont les aïeux avaient fondé Morimond, les plus puissants de la contrée et les plus rapprochés, durent a tous ces Utres avoir \c droit de garde , droit qu'ils exercèrent longtemps comme de généreux et nobles patrons» mais qui dégénéra ensuite en vexations et en

tyrannie .

Ainsi, au XIV" siècle, après la mort de chaque abbé, ils venaient, en dépit des réclamations et des plaintes des moines»

(1) MaUiieu, Hist. des év. de Langres , pp. 134, 135, etc.

8'instaUer au monastère » sous prétexte de protéger Télection.

Quelquefois , sans qu'il y eût Fombre même de danger, ils arrivaient suivis de leurs soldats et de leurs chevaux, s imposant de force et menaçant de briser toute résistance, s^obstinant à rester tant qu'ils trouvaient des TÎTres, troublant à chaque instant le calme et la paix du cloître , mêlant le bruit des évolutions militaires aux chants des religieux» jetant les vices hideux d^une misérable soldatesque à la face des anges de la terre.

Outre que de pareils abus étaient incompatibles avec le régime claustral , ils faisaient peser des charges intolérables sur Id maison, que Ton ruinait sous prétexte de la déieudre. L'abbé Thomas fut heureux de profiter d'une occasion favorable que la Providence sembla lui offrir pour rompre ces liens honteux. Guy de Choiseul avait épousé Jeanne de Joigiiy , lille de Jean de Joigny et de Jeanne de Joinville; or» le seigneur de Joinville ayant été fait prisonnier dans la guerre de Lorraine , en 1362» Guy, son parent par alliance, sétait rendu pleige pour la forteresse de Joinville, et livré comme otage dans la ville de Metz. U écrivit au roi Jean, le priant de trouver bon qu*il vendit, pour se libérer, à l'abbé et aux religieux de Morinioud , les droits de ' garde, de justice et autres qu'ilavait spécialement sur leur terre de Grignoncourt, moyennant 2,000 florins d*or au comptant, avec les clause et réserve qu'ils le tiendraient quitte , lui et sa femme, de certaines donations que Jean et Henri, ses frères , successivement seigneurs de Choiseul, leur avaient faites (1).

Les religieux ayant accepté ces condilions et soldé la somme, le roi confirma ce traité par deux chartes, Tnne datée de Troyes, au mois de septembre 1364, Fautre de Talant, près

(\) Archiv. de rÉvêché de Lances, Recueils de M. ïabbé Mathieu; — Ang. Mannq., Séries abbat. Morim., ad fin. t. l ; — Mangin, Hist, evclés, et civ. du diocèse de Langres^ t. 8 ad fin.

de Dijon , au mois de juin de l'année soivante, et plaça notre

abbaye sous sa garde immédiate et celle de ses successeurs, à perpétuité» en reconnaissance des nombreux services qu^elle ayait rendus à la royauté ; ce qui nous explique pourquoi» dans

les armes de Morimond, 1 ecu est surmonté de la couronne de France.

L'abbé Thomas ne put visiter les ordres militaires d*Espa*

gne , à cause des guerres civiles qui remplissaient la Péninsule de sang et de larmes et excitaient parmi les cheyaliers de déplorables dissensions. Le gouvernement de Garcias de Padilla n*étaitpas plus tranquille que celui de son prédécesseur. Henri, comte de Transtamare, et d autres grands seigneurs révoltés lui avaient donné pour concurrent D. Pedro Estavagnez Carpenteyro , qui avait aussitôt pris les armes contre Pierre-le-Cruel et s^était emparé de la ville de Toro, où il avait perdu la vie.

Le comte Henri ayant été proclamé souverain par la plupart des villes de Castille , Garcias alla le trouver et lui prêta serment de fidélité. Pierre-le-Cruel, l'ayant su, avait conçu un secret désir d'en tirer vengeance ; mais il prit le parti de la dissimulation, qui lui nvait réussi vis-à-vis de Jean xNugnez de Prado ; il lui écrivit donc une lettre très-flatteuse» pour lui rappeler qu*il avait été un des témoins de son mariage avec sa sœur Marie de Padilla, dont les enfants étaient ses neveux et les héritiers légitimes de la couronne , lui promettant, s'il quittait le drapeau de Henri , la propriété de la ville d*Andujar avec Talavcra et Mlla-Réal. Cette lettre jeta le grand-maître dans le plus grand embarras; mais la bataille qui se livra et où Pierre resta vainqueur le tira dMncertitude ; il s'empressa de lui oiïnr le secours de sa cavalerie, comme sMl eût ignoré de quel côté avait penché la victoire ; le roi accepta son offre et rengagea à venir à sa cour; il y fut arrêté et conduit au fort d*Alcala, où il mourut en 1365.

Tandis que les partisans du comte Henri proclamaient Pierre Mugnez de Godoy en Aragon , Martin Lopez était élu à Calatrava par la protection du roi de Castille, qui ajouta au titre de grand-inn ilœ celui de vice-roi de Cordoue ; mais ce prince n'était constant que dans ses passions haineuses et sa soif du sàng. Ayant ordonné à Lopez de condamner à mort les chevaliers partisans de son rival , il le soupçonna non-st ulcment d'avoir agi (ail)li nient dans cette circonstance , mais encore d'avoir facilité Tévasion des principaux coupables; c'est pourquoi il le fit prendre et incarcérer.

Les chevaliers» indignés de tant de vexations, abandonnés à eux -mêmes 9 sans boussole au milieu de cet épouvantable chaos, s'adressèrent à Tahbé de Morimond^ le conjurant de venir à leur secours. Thomas , de Romain-sur-Meuse , parcourut une partie de la France pour exciter les seigneurs à délivrer rEsptgne écrasée sous le joug sanglant d'un hideux despote ; il s'adressa même au roi €harles-le-Sage, et ses démarches furent couronnées de succès.

Henri de Transtamare, assisté des troupes françaises conduites psr Bertrand du Guesclin, vainquit le tyran en 1368, le tua de sa propre main^ et s'assura ainsi la couronne de Léonet deCastille (1).

Martin lopez , contre toute attente, refusa de recoiunître le nouveau soiverain et alla s^enfermer dans la ville de Carmona ; mais, forcé (ans ses retranchements par D. Mugnez de Godoy» il eut la tôte tanchée. Ainsi finit ce long et terrible drame.

Il y aurait me grave injustice à faire peser la responsabilité de ces désordes sur la milice cistercienne ; c'était le contrecoup des guerDs civiles qui désolaient l'Espagne. Les rois divisés cherchaieit à diviser Tordre et à l'attirer chacun dans

(1) Uanr., Séries r<»fM, Caiair,, t. S; — Mariaaa, BUt. Bkp*, 1. 16 et 17; — 7a6t(/. MorUn, ad ann. 1867.

son parti; mais la masse des cheTaliers était toajours à son poste, ne cessant d'inquiéter les Maures, de leur enleyer plusieurs places importantes et de défendre le sol chrétien au prix de son sang.

Nous avons admiré nos moines cisterciens dans les champs

et les bois, dans les granges et les étables; il ne sera pas moins curieux de constater leur influence sur ^agrandissement et la décoration des cités. Chaque abb iye avait, en cas de guerre, un asile dans la ville la plus voisine. Dès Tau 1 170, Gautiiier de Bourgogne, évéque de Langres, iils du duc Hugues II , avait obtenu pour les religieux de Clairvaux la permission de bâtir des maisons de refuge à Dijon. Ceux de Morimond jouirent de la même laveur, et» ayant acheté dans ce but des granges et des écuries, à Textrémité de la ville» du côté de la rivière d'Ouche , ils firent construire plusieurs corps de logis à Tentour d'un terrain abandonné qu'ils transformèrent ea une grande place publique, qui a conservé jusqu'à ce jour lé nom de Monmond (1). La place du même nom , i lieaune, n a pas une autre origine (2). Les villes de Langres (3), de Ileufchâteau (4), de Toul (5), de Metz (6), de Trêves et de Gaogne (7)

(1) Voir aux notes justificatives les pièces concernant la place le Morimond à Dijon.

(8) Les cinq prenùers abbés se retiraient souTent à Beaunè, dais leurs bôtels» apiÀ le chapitre général {ad matenas Belnœ Urminandaa). C#>. gêner, 4494. (8) La maison de Morimond, à Langres, occupait presque to<t un côté de (a

me de V Homme-Sauvage.

(M I.es revenus des maisons dn Ncufchâteau formaient la dr ^tion la chapelle de S. Jean-Baptiste, dont la collation appartenait à Va/hé de MorinKmd dans Téglise paroissiale de la ville.

(5) Hnit maisons dans diverses rues.

(6) VlricuSj amonicus TtdîenaU, dédit in dvitaie Metensidomum ei euriam cttm winibm appenditiis suis et usteusilibus, ut omnee abbces Cisterdensea ad

capttulum }'e/iip/ites- hnhmnt ibi générale diversonum et'^osiiUium (rue des Clercs). Us avaient des rentes sur plus de douze autres aaisons de la même ville.

(7) Il est que<^tion des maisons de ces villes dans- les Ulles des souverainspontifes que nous avons citées.

leur doiyent plusieurs de leurs plus beaux h^teb et des rues

entières.

Us avaient fait des acquisitions considérables de champs et de vigoes aux euTirons de Dijon» et spécialement sur les coteaux de Talant, de Chenôve, de Brochoa et dans le vallon de Plombières. Lorsque Philippe -le -Hardi et Marguerite de Flandre, son épouse» jetèrent les fondements de la fameuse Chartreuse destinée à leur servir de tombeau, ils s'empressèrent de leur abaudouner une de leurs terres dont ils avaient besoin pour asseoir leurs constructions; et pour ee que, dit le duc, nos WafHitmez les religieux, abbé et couvent deMori^ mond» de V ordre de Citeaulz, à nostre requesle et prière nout ont délaiesé pour la fondcUion des Chartreux de Champmol, emprès notre mile de Dijon, quatre jônois et demi de terre assiz au territoire de Dijon... nous à iceux religieux avons consmti et ottroyé gm en notre duché de Borgongne ils puissent dcquérir jusques à la value de dix livres tomois de rente partout où il leur plaira et pourront trouver à acquérir en notre dit pays, ensemble ou par partie (1 )

C*est à cette transaction qu^il faut probablement rapporter Torigine des relations intimes qui existèrent si longtemps entre Morimond et la Chartreuse dijonnaise, et de la bienveillance que les ducs de Bourgogne ne cessèrent de témoigner à nos religieux , jusqu'à Textinction du duché , à la mort de Charles-le-Téméraire.

En 1208, sous Tabbesse Hodaiart, Tabbaye de Belfays avait été soumise pour la discipline à celle de Tart, près de Dijon, comme à la maison mère dont relevaient toutes les conununautés de femmes de Perdre de Ctteaux dans le royaume de France; mais» à la hn du XIY'' siècle, ce monastère» pillé»

(1) Archiv. de la Haute'Mamef liasses concernant les propriétés de Monmood aux environs de D^on» *

bràlét ravagé coup sar coup par des bandes ennemies» avait

éLc abandonné. Coiame on ne pouvait, dans ces temps mal^ heureux, conserver aucun espoir» même pour Favenir le plus éloigné y de le relever jamais» un décret du chapitre général de Cîteaux, de Tan 1393, en ordonna la suppression, et la réunion de tous ses biens à la mense commune de Morimond; ce qui fut approuvé de Charles VI» et confirmé par une sentence de roriicialité de Langres.

Ainsi finit cette abbaye, qui avait abrité jusqu'à soixante religieuses» quarante sœnrs converses, avec un nombre considérable de manœuvres qui exploitaient une grande partie de ce plateau qui s^étend de Montigny jusqu'aux sources de la Marne (i).

Morimond avait dans sa dépendance immédiate plus de cent cinquante autres monastères de filles» tant en France qu'en Espagne et en Allemagne. Les travaux agricoles étaient un élément si essentiel de la vie cistercienne , que souvent les religieuses, malgré la faiblesse de leur sexe» laissant de coté au besoin Taiguille et le fuseau» coupaient on arrachaient les arbustes avec la serpe et le boyau , déracinaient les buissons et les broussailles» bêchaient» plantaient» épanchaient sur les champs les plus sales engrais. Cette boue» ce fumier qu'elles remuaient» ornaient mieux leurs mains que les pierreries et les diamants; leur robe de grosse laine était une robe d'honneur» leur ceinture de corde une ceinture de pureté et d'innocence (2). Au lieu d*aUer» comme il arrive si souvent de nos

(1) Gall. clu-ist., t. 4, p. 216, int. Inst.

(2) Consultez les Annales de Citeaux sur les travaux agricoles des religieuses de cet ordre dans les enclos du monastère, surtout par les sœurs converses. Elles iies*OGcapaieatpas seulemeiit à oondre et à filer, dit Hennaa de Laon (Ub. de Mimeul. S. JV., c. 7), mais eUes allaient dans la fi»rét pour défricher les ronces et les épines» travaillaient continnellement, gardaient un grand silence, et imitaient en tout les religieux. — Hélyot» Hist, desord, relig,, t. ft» p. 876.

jours, demander à la prostitation on pain vil et amer, elles le tiraient de la terre à la sueur de leurs fronts, le mangeaient, Tame en paix* avec un légitime orgueil : c'était le pain de la Yertu.

Cette vie était non -seulement un objet d'édification dans l'Eglise de Dieu» mais encore un enseignement social de la plus haute portée pour le monde. Ces jeunes femmes » ces tendres vierges qui avaient embrassé volontairement la sainte pauvreté de Jésus-Christ , conviaient par leurs exemples les châtelaines à descendre de leurs tourelles « à quitter leur cour d'amour pour aller jouir près du peuple des plaisirs purs de la nature, à laisser le palefroi pour la houlette ; tantôt enlevant anx agneaux leur blanche toison; tantôt faisant jaillir sous leurs mains le lait écumant, s'efforçant, autant qu'il était en elles» de ramener à la simplicité patriarcale et aux mœurs antiques une génération de soldats éclose et grandie.sur les champs de bataille , aussi dure que le fer contre lequel s^usaient vainement son courage et ses forces.

Ainsi, dans ces temps de prétendue barbarie » dans ces sociétés limbiques , pour me servir d'une expression socialiste, il y avait un grand nombre d'asiles où la femme pouvait se retirer librement avec sa chasteté » pour se soustraire aux tentations de la misère et à la brutalité de la passion. La vierge chréiieime n'avait qu'à jeter un voile bénit sur sa tête, et elle était affranchie , sacrée ; elle retrouvait partout un foyer, des amis, des sœurs et une mère.

Qu*ont fait les réformateurs modernes, après avoir tant déclamé contre l'antique dégradation de la femme? Owen la poussée dans le cloaque de la promiscuité ; Proudhon et Cabet sont arrivés au même résultat, en admettant que ruiiioa des sexes ne devait avoir d^autre loi que celle de la sympathie. Au phalanstère, la femme ne peut que choisir entre le chcsur des

bayadères et des bacchantes et celui des génitrices; elle doit même passer alternatÎYement de l'un à L'autre^ c'estnà-dire se faire, selon les goûts et les caprices de Thomme, un instrument de plaisir ou un instrument de génération. Non! disent les socialistes, il n'y aura point de prostitution en harmonie. Merci, ô profonds penseurs! merci de votre découverte! Non, il est vrai, il n'y aura plus de prostitution, quand toutes les femmes ne seront que des prostituées (1).

La milice de Calatrava , ayec les autres ordres qui en rele* vaient, ne recevant plus , depuis bien des aiuices , la vie et le mouvement deMorimond, ressemblait à un grand corps sans téte. Les chevaliers, voyant les guerres civiles apaisées et la paix rétablie au sein de l'ordre , se crurent obligés de renouer avec la maison mère des relations que la force seule des circonstances avait interrompues momentanément. Gonzalez Nugnoz de Gusman , quoique promu depuis douze ans à la grande-maîtrise, n'avait pas été généralement reconnu, parce que son élection, n'ayant point été approuvée par Fabbé de Morimond, était regardée par plusieurs coiaine nulle, ou au moins entachée d'irrégularité. Tous s accordèrent à choisir pour arbitre Tabbé Jean de Blartîgny, et lui écrivirent une lettre tres-prcssanic pour l'engager à venir au milieu d'eux. Ce nouvel abbé était proCès de Morimond , docteur en théologie, et avait enseigné avec éclat au collège de Paris; il passait pour un religieux du plus rare mérite, et semblait destiné par la Providence à devenir une colonne de Tordre de Gîteaux, la 4umière de TEglise et la gloire du Bassigny (1).

(1) Lises : Traité de iaSeietiee de t Homme , par Gabet, S vol. in-S^ ; — Théor. d99 Quatre Mùiwem,f par Four., p. 170 ; — LetAmwrs m Phalanstère ^ in-dS,

par V. H. ; — Owen, The new. moral World ; etc.

fî) Ang. Manriq., Séries abbat. Morim., p. 544, l. 1 ; Séries ahbat. Cfamvai^f p. SIS , et Séries abbat, Cist,, p. 484. — Gistercii sepuitus est sub hoc

Notre abbaye , florissante sous un administrateur si sage et si éclairé» espérait jouir longtemps encore du bonhieur de le posséder, lorsque ses vertus et ses talents , déjà connus dans tout Tordre, le firent appeler au siège abbatial de Clairvaux, puis » peu de temps après , à celui de Citeaux. Ce Cut en qualité d'abbé de Giteaux qu'il parut au concile de Constance, avec Jean de ôrelagne de Morimond , Mathieu de Clair vaux, Louis de Charlieu et Guillaume de FontrDaniel. Ce fut de Citeaux que les souyerains-pontifes le tirèrent, malgré sa profonde humilité t pour l'employer dans les négociations les plus diffîdles et le mettre en face des empereurs et des rois.

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