‹ Histoire de l'abbaye de MorimondChapitre 9 sur 55 · SI · texte numérisé non relu

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grande famille ; celui-ci en réiéra au chapitre général qui devait se tenir cette année. U y fut statué que si, dans un délai fixé , les rebeDes n*étaient pas rentrés dans la maison dont ils étaient profes , ils seraient excommuniés ; on pria saint Bernard de leur notifier cette décision capitulaire et d'essayer en^ core ane fois de les ramener par la douceur (1) . Le saint abbé, sachant que le retour d'Adam , s'il pouvait Tomenir , serait bientôt sni^ de celui de tous les autres» adressa à ce religieux une seconde lettre très-détaillée, dans laquelle il semble avoir épuisé toutes les ressources de sa charité et de son génie.

« Par votre départ scandaleux vous avez , lui dit-il , blessé « la charité, troublé la paix, brisé Tunité ; or, si quelqu'un « est en dehors de la charité^ de la paix et de l'unité, que lui « reste-t-il dans le royaume du Christ et de Dieu? Mais vous « me répondez : — Notre abbé nous a enuiienus, nous ordoQ- « nant de le suivre; devions-nous désobéir? — Soit : enfants» < vous ayez dû accompagner votre père ; disciples, votre matu tre; soldats, votre chef ; mais son autorité sur vous n'a pu « durer plus que sa vie. Maintenant que vous êtes assurés de « sa mort , qui vous empêche de prêter Foreille, je ne^lirai « pas à ma voix, uiais à celle de notre Dieu vous disant par la « bouche de Jérémie : Celui qui est tombé ne se relèvera-t-il « plus? ou : Celui qui était égaré ne se retrùuveràrê-il jamais î « Est-il encore nécessaire d'obéir i un uiort? Vous ne croyez <( pas que les liens qui attachent les moines à leur abbé soient <K plus forts et plus indissolubles que ceux qui unissent les « époux entre eux; or, cependant, l'Apôtre affirme que la (il femme est dégagée de ses serments par la mort de sou mari ; « et vous» vous penseriez être liés envers un abbé qui a cessé

de vivre!

(1) Annal» eist^ 1. 1, p. 165.

a Je vous ai parlé de la sorte , non que je pense que vous « ayez jamais dû loi obéir ou que voire soumission aveugle « ait été une véritable obéissance, car nous ne devons pas obéir « à ceux qui nous commandent le mal, parce que ce serait défi sobéir à Dieu qui nous défend toute action mauvaise. Quoi ! « Dieu m'interdit ce que l'homme me prescrit, et j'écouterais «A Fhomme f sourd à la voix de Dieu ! Les apôlres n'ont point <K agi ainsi ; ils nous crient du fond de leurs tombeaux : Il . a vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes / . . .

« D'après les maximes des anciens , dans le conflit de deux « autorités» c'est à la plus élevée qu'il faut se soumettre ; or, « Fabbé de Cîteaux était le supérieur d'Arnould , < oui me le « père est le supérieur de son flls, le maître de son disciple et

Fabbé d'un simple moine» et vous avez foulé aux pieds sa ju- « ridicUon, ainsi qu'il s'en plaint avec raison. Vous avez mé- «i prisé Févéque de Langres» dont vous n'avez pas attendu le « consentement. Peut-être m^opposerez-vous Faiitorité du (c pontife romain, dont vous auriez obtenu, dit-ou, Tapproba- «c tion. Quoi qu'il en soit, le prêtre éternel» celui qui est entré «( seul et une ^eule fois dans le saint des saints pour y consoma mer, par son propre sang, la rédemption du rnoiidej iiieua- <& ce d une voix terrible quiconque scandalisera ufi des plus c< petits enfants. Or» il est certain que vous av^ scandalisé « une grande multitude d'ames, en préférant le conuuande- « ment de Fhonune au commandement de Dieu. Le pape luia même» quelque grande que soit son autorité» ne peut faire tt que ce qui est mal de soi cesse de l'être et se chan^z^e en m bien ; je ne croirai jamais que le successeur de Pierre ait « donné les mains à votre projet» à moins que vous ne l'ayez tt surpris par vos mensonges ou vaincu par votre iiiiportuiiité; « autrement » il faudrait dire qu'il vous aurait accordé » je ne « dirai pas la permission, mais la licence de semer partout le

« scandale, de susciter des schismes , de contrister vos amn,

m de troubler la paix de l'Eglise , de rompre runité , et paroc dessus tout de mépriser votre évéque.

« Maintenant, j'en appelle à votre conscience : Êtes -vous « parti de votre propre mouvement, ou malgré vous? Dans le a premier cas , ce n'est donc pas par obéissance ; dans le sert cond , vous deviez avoir pour suspect un commandement a auijuel il vous répugnait de vous soumettre. Comment n'a- « TOUS pas été épouvanté de cette menace tombant du ciel « comme la foudre : Malheur à celui par qui le scandale arec rheî Cette parole si forte » si puissante » qui a fait lever les « morts de leurs sépulcres , tiré les ames des enfers , uni la « terre au ciel ; qui a retenti dans tout l'univers, n'a pu péné- « trer jusqu'à votre cœur endurci , ni réveiller votre ame ena doi mic ! C'est le sang de Jésus-Christ même, 6 frère Adam ! a qui élève sa voix eu faveur des moines pieusement rassem- « blés dans le cloître, contre les impies perturbateurs ! Si vous « êtes insensible à ses gémissements, il n'en sera pas de même «( de celui qui Ta laissé couler de son sein entr'ouvert ; car « comment n*entendrait*il pas la voix de son propre sang, lui « qui a entendu la voix du sang d Abel !

tt Ne m'objectez plus que, simple disciple, vous étiez là pour « apprendre et non pour enseigner, pour suivre et non pour <i précéder votre maître ! 0 le plus obéissant de tous les moi- «c nés ! qui ne laisse pas perdre un seul iota de tout ce qui tom- « be des lèvres de son supcricur I qui ne fait attenUon qu'au a commandement et non à la chose commandée 1 dites - moi, <( je vous prie, 8*il eût armé votre main d'un glaive et vous eût

ordonné de Fenfoncer dans sa gorge, est-ce que vous y au- « riez consenti? S^il vous eût enjoint de le précipiter dans le « feu ou dans Feau , est-ce que vous auriez obéi? Non , évite demment ; vous auriez recule devant un pareil crime. Eh

c( bien î en favorisant sa tuiie scandaleuse, en raccompagnant, a VOUS VOUS êtes rendu plus coupable : votxe obéissance a été « pire qu'un homicide!...

a Je n'en dirai pas plus, car vous n'avez pas besoin de longs a discours, vous qui avez T esprit si prompt à saisir et la voce lonté si ardente à choisir. Quoique cette lettre vous soit « adressée spécialement, je ne Tai point écrite pour vous seul, i( mais encore pour ceux auxquels Dieu a prévu qu'elle était « nécessaire. Je finis, en vous priant de songer au danger af- « freux qui vous menace , et de ne pas tenir plus longtemps «i dans une si cruelle incertitude tant d'ames qui vous regret- « tent et vous désirent. Vous avez dansv4Kre main le sort de « ceux qui sont avec vous : je pense qu'ils feront tout ce que vous a ferez ou tout ce que vous voudrez ; autrement, dénoncez-leur « ouvertement la sentence redoutable prononcée contre eux « par le chapitre de tous nos abbés : A ceux qui reviendront, « la vie; à ceux qui resterarU, la mort! » (1).

Cette lettre, dont nous avons reproduit seulement les parties les plus saillantes, est une des plus longues, des plus éloquentes, des plus pathétiques et en même temps des plus logiques de celles qui sont sorties de Famé et de la plume de saint Bernard; elle brisa l'obstination des fugitifs. La chronique de Morimond raconte qu Adam et ses compagnons , tremblant de voir la foudre dont on les avait menacés éclater sur leurs tètes et de nouveaux abîmes s'ouvrir sous leurs pas, reprirent le chemin de la soUtude qu'ils avaient désertée (2). Ainsi Amould, qui aurait dû les précéder dans leur retour» comme il les avait précédés dans leur fuitts fut le seul qui ait persisté dans son opiniâtreté et qui s(Ht mort sur une terre étiangère , hors de son ordre et de sa profession ; nul de ses religieux ne resta pour

(1) EpisL 7.

(a) Tabul. Morim,, p. 13.

pher et pleurer sur sa tombe. Sans doute on doit lui pardon* ner beaucoup ^ à cause de ses qualités et de ses grands semées ; mais jamais sa mémoire n'a brillé pure, ni dans TEglise, ai dans le cloître, et son buste» dans la galerie de Morimond, a toujours paru couvert d'un voile funèbre (1 ) .

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