‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Bavon et de la crypte de Saint-Jean à GandChapitre 9 sur 31 · BAPTISTÈRE OU CHAPELLE DE S. MACHAIRE · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRE OU CHAPELLE DE S. MACHAIRE

Quoique cet édicule ait subi depuis huit siècles bien des vicissitudes, il est parvenu jusqu’à nous dans son état primitif: l’abbé Guillaume le fit consacrer en 1179, par Everard, évêque de Tournai. Nous ne sommes pas éloigné de croire que cette chapelle est le Sancluarium où l’abbé Betto déposa, en 1171, les reliques de S. Machaire.

Le plan de cet édifice présente un octogone parfait, dont chaque côté est découpé par une porte à plein cintre sur pieds-droits, qui, à l’extérieur, n’ont pour ornement qu’un tailloir, se prolongeant tout autour du bâtiment (a). La chapelle, proprement dite, est couverte d’une coupole et surmontée d’un étage : les murs sont bâtis en retraite et inclinés vers l’intérieur. Dans la salle à l’étage, les fenêtres sont circonscrites dans un arc à plein cintre, retombant sur un pied-droit couronné d’un simple cordon ou abaque. Du côté de la crypte, toujours à l’étage, l’on voit une porte à plein cintre, flanquée de pilastres, dont la destination ne nous est pas démontrée, car on n’aperçoit sur le mur en face aucune trace, qui pourrait faire supposer que l’on pût communiquer par là avec la partie supérieure de la crypte. Toutes les baies des fenêtres sont cintrées, à l’exception de celle en face du préau actuel, l’ancien lavacrum, ou étendoir de l’abbaye; elle représente une trèfle à trois feuilles ou trois bras cintrés; forme d’ouverture fort rare ailleurs et peut-être unique en Belgique. Les cintres sont formés de claveaux sans archivolte; la maçonnerie est en moellons de petite dimension, ainsi que la coupole et ses nervures. Cette coupole forme un plein cintre, arcbouté par huit nervures carrées, se réunissant contre une clef de voûte (pi. 24). Le poids énorme de la coupole et de l’étage, dont sont chargés les pieds-droits latéralement, neutralise la poussée de la voûte et présente une trop grande force de résistance pour que l’emploi d’ancres y fût nécessaire.

Les huit colonnes appendues aux angles obtus, formés par l’intersection des murs et servant d’appui aux nervures, méritent une attention toute particulière. Leur abaque a la même forme que celle qui couronne les chapiteaux de l’entrée de la crypte. Les motifs des ornements employés à la décoration des chapiteaux sont très-variés (V. pl. 24, litt. A, B, C). Le fût est octogone de 64 centimètres de hauteur et suspendu à 1“,60 de terre, et placé sur un mascaron en ronde bosse. Ces têtes sont sculptées avec finesse : celle placée à la droite de l’autel (litt. A), est coiffée d’un béguin et de fleurs. C’est le portrait d’une vierge aux traits agréables et délicats : les Béguines de nos jours portent encore cette coiffure. Une autre tête est affublée d’oreilles d’âne, d’autres ont la bouche grimaçante ou la joue enflée. N’est-ce pas l’expression des vices que le sculpteur a voulu reproduire par cette difformité des physionomies? Au reste, leur travail dénote du talent et un ciseau exercé : ce sont de curieux échantillons de sculpture, dont nous devons la conservation à la bulle qui ordonne la suppression du monastère; car si on l’avait maintenu, il aurait été dévasté, comme tant d’autres monuments, par le marteau des iconoclastes du XVIe siècle, ou sous les coups non moins destructeurs de cet engouement pour le nouveau genre d’architecture, qui naquit dans la suite et que d’immenses richesses pouvaient si facilement satisfaire.

La porte d’entrée de la chapelle était du côté des cloîtres, litt. E de la planche 24 : elle est plus basse et plus large que les autres baies et surmontée de deux arcs en plein cintre, dont l’un repose sur

(a) V. pi. 24, 23 et 28.

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les pieds-droits et l’autre sur des colonnes géminées, à faces prismatiques, et dont les chapiteaux appartiennent évidemment à des constructions élevées du temps de S. Gérard ou de l’abbé Erembold.

Voilà donc, côte à côte, un monument à plein cintre et un autre où l’ogive domine, celui-ci consacré en 1148 et l’autre en 1179. Cette interversion, par elle-même, n’implique pas contradiction; car il est reconnu que le style roman resta ce qu’il était précédemment, lorsque le caractère ogival prit faveur vers le milieu du XIIe siècle. Mainte église élevée à cette époque n’a que des cintres, comme il y en a, et c’est le plus grand nombre, qui présentent des ogives et des cintres, et même des cintres superposés sur celles-ci. Jusque là, disons-nous, il n’y a pas de contradiction; mais les ornements des chapiteaux, si peu homogènes entre eux, formés d’espèces d’accolades et de feuilles de plantes grasses, les abaques de même forme que celle de l’entrée de la crypte de la Vierge et de celle de S. Gérard, ces colonnettes appendues, celles de la porte d’entrée, dont les chapiteaux et les bases sont d’une identité parfaite avec ceux d’une époque antérieure; des traces de construction au revers de la chapelle, du côté des cloîtres; un chapiteau même avec la naissance d’un cintre , sans liaison avec le restant de l’œuvre, font croire à l’existence d’un bâtiment plus ancien. Sans la date de 1179, assignée à la consécration de cette chapelle par les éphémérides de l’abbaye, on ne pourrait hésiter à reculer sa construction d’un siècle au moins.

Cet édicule est le seul monument de la Belgique, à ce que nous sachions, qui soit entièrement couvert d’une coupole; il présente ainsi le seul exemple dans ce pays du type réel de l’art byzantin, l'ampleur d’un dôme central. Car, quoiqu’on puisse en dire, ce style ne se reconnaît pas à ces arcatures bornes, arrangées en frise et répétées à foison depuis les combles jusque dans les caves, mais bien à un cachet qui lui est propre, aux rotondes couvertes de coupoles, imitation de S. Vital, de S. Serge, à Constantinople, et se rattachant par les constructions circulaires et octogones de Constantin aux rotondes païennes (a).

La conséquence que nous croyons pouvoir tirer de ces observations, est que cette chapelle existait longtemps avant sa consécration en 1179, et qu’elle eut une autre destination et servit probablement de baptistère (49). Son plan est pareil à celui de ces espèces des édifices, qu’un capitulaire du roi Pépin nomme Templum baptisterie. Dans les premiers siècles du christianisme, le baptistère était placé en dehors des églises, à gauche sous le Narlliex; les évêques pouvaient seuls conférer le sacrement du baptême, qui ne s’administrait que cinq fois l’an : à la Nativité du Seigneur, à l’Epiphanie, à Pâques, à la Pentecôte et à la S. Jean-Baptiste. Il résultait de là que ce n’était que les cathédrales qui eussent un baptistère; mais quand le nombre des chrétiens se fut augmenté considérablement, les évêques ne purent plus suffire à l’accomplissement de ce devoir; ils s’adjoignirent alors les curés et les diacres; même les ecclésiastiques des ordres inférieurs et des laïcs, en cas d’urgence, pouvaient baptiser d’après les constitutions apostoliques. De ce moment les églises paroissiales furent en droit d’avoir des baptistères, et dans certaines contrées, trop éloignées de ces églises, cette prérogative dut être accordée à des monastères. Ceux fondés par S. Pachome en avaient, et celui de S. Alban, à Mayence, jouissait de la même faveur, selon Eginhard (b). Il existait aussi des fonts baptismaux dans l’église abbatiale de S. Gall; il sont marqués sur le plan original de cette église publié par Mabillon ( c ). L’extrême éloigne-

( a ) V. Revue d’arch. de Paris, t. I, p. 8

(b) V. Ic concile de Tolède, tenu par Gratien, et les Bollandistes, 14 mai, Vie de S. Pachome.

(c) V. Annal, ordinis S. Bcncdicli, t. II, p. 570. L’église de S. Gall fut consacré en 856; il dit ù ce sujet : « Fons seu baptisterium ad altare S. Johannis Baptistae et S. Joliannis Evangelislae exstabat... Similia in aliis monasteriis baptistaria oliin exstitisse, in eiscpic catechumenos cruditos fuisse in superioribus non semel observavimus. »

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ment de l’abbaye de la cathédrale du diocèse, qui resta à Noyon jusqu’au milieu du XIIe siècle, l’absence d’une église paroissiale dans la ville de S. Bavon, jusques vers l’an 1072, nous autorisent à croire qu’il devait exister dans l’abbaye un édicule de cette espèce; c’était là une nécessité réclamée par sa position, dans l’intérêt de la religion. Avant la construction de l’église conventuelle, l’oratoire de l’abbaye, aujourd’hui la crypte de Ste Marie, avait trop peu d’étendue, 'pour qu’on pût y placer des fonts; il fallut donc bâtir un baptistère à cette fin. Que l’on considère maintenant que les annales de l’abbaye ne parlent ni de la pose des fondations, ni de l’achèvement d’une chapelle, mais uniquement de sa consécration à S. Machaire; ne peut-on pas en conclure que cet édicule existait depuis une époque bien antérieure, qu’il avait eu une autre destination et qu’il n’aura été dédié en 1179 à ce saint, que parce que depuis la dédicace de l’église paroissiale de S. Sauveur en 1072, un baptistère séparé devenait superflu.

Sans pouvoir déterminer au juste l’époque de la construction de cet édicule, son caractère pur roman nous fait croire qu’il peut avoir été élevé par l’abbé Erembold, qui fut en fonctions depuis 998 à 1017.

En 163-4, cette chapelle fut rendue au culte à cause d’une maladie pestilentielle ; la ville de Gand paya les frais de cette restauration. Les baies furent garnies de verrières aux armes de cette ville, avec le millésime; la coupole fut crépie et peinte en fresque, avec médaillons et inscriptions à la louange de S. Machaire (50). La chapelle avait une communication avec l’église par une galerie, marquée lett. N, pl. 1. La petite cave que l’on voit à gauche de l’autel, qui est moderne, à ce que nous croyons, ne date que du temps où cette chapelle servait de demeure à un maître d’ecole. Depuis la construction de la Citadelle espagnole, cette chapelle servit encore de lieu de sépulture aux commandants de cette forteresse : on y a découvert plusieurs caveaux qui avaient eu cette destination.

Il existe devant la chapelle un puits, qui jouit encore d’une haute renommée de sainteté; il porte le nom de puits de S. Machaire; l’histoire est muette sur son origine (a); mais il est possible qu’il ait servi de réservoir à l’ancien baptistère (54). On a déterré dans les décombres de la démolition du Château espagnol des fragments de fonts baptismaux, qui ont appartenu à l’ancien baptistère ou à l’église de S. Sauveur (b). Ils proviennent de fonts à pans historiés, portés par une seule tige carrée ou cylindrique. Le diamètre de la cuve a 90 centimètres : son parement supérieur est orné de rinceaux, soutenus par des anges. Les faces verticales représentent Adam et Eve, tentés par le démon et chassés du Paradis; l’Adoration des Mages, etc. L’exécution de ces bas-reliefs dénote l’enfance de l’art ; c’est presqu’un type, dont le caractère barbare est tracé sur bien d’autres monuments du même genre, dans tous les pays, et qui pourront nous servir de terme de comparaison pour déterminer l’âge de celui-ci. Ainsi en Angleterre, on a conservé dans la cathédrale de Winchester une cuve baptismale dont la forme et les ornements se rapportent exactement aux fragments qui ont été découverts ici. « Ces fonts, ditBrighton, dans son Histoire de l’Architecture en Angleterre, p. 184, pl. 1 et n° 5, appendice, sont nommés crux anliquariorum : ils sont de grande dimension et ornés de grossières sculptures, représentant quelque légende. L’époque à laquelle on doit rapporter ceux de Winchester, a donné matière à bien des controverses, qui n’ont pas dissipé les incertitudes. Le bassin est creusé dans une pierre carrée, de marbre noir, dont chaque pan vertical est couvert de groupes sculptés en bas-relief et dont les angles sont ornés de zig-zags : à l’un des coins on a représenté le dessin informe d’une église. » Dans le Hampshire, on voit encore des fonts du même genre : en encomparant les dessins avec les fragments de celui qui

(a) V. Acta SS. Bclg. sel , t. I, p. 895.

(4) V. Messager des Sciences historiques de Belgique, an. 1852, p. 119, et pl. 21, lilt B.

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nous occupe, on ne peut nier qu’il existe entre eux un rapport frappant; pour mieux dire il y a identité quant au style et à l’exécution; on dirait même que l’église, qui forme le fond du bas-relief, dans la cuve de Winchester et dans la nôtre, fut tracée d’après le même dessin; des temples pareils sont représentés sur les fonts de Termonde et de Zedelghem. Brighton pense que l’on doit rapporter ces monuments au temps de la conquête de Guillaume-le-Normand et de la prélatine de l’évêque Walkelyn, vers l’année 1066. C’est donc à l’époque du style roman secondaire qu’on doit faire remonter l’exécution de ces fonts, soit de l’année 1000 à 1090.

On découvrit dans l’un des caveaux de la chapelle de S. Machaire même, le pied et la tige de support d’une autre cuve baptismale; ils sont à faces prismatiques et ornés de filets. Ce seul ornement est trop incomplet, pour qu’il puisse nous mettre sur les traces de l’époque à laquelle ils appartiennent. II y a peu de jours qu’on a déterré un fragment d’un bénitier; il est en pierre blanche et trèsdégradé : on voit cependant qu’il était supporté par des colonncttes, et que des feuilles ornaient sa face verticale.

Henri I". — 1187-1189.

Les annales de S. Bavon et Sanderus ne parlent pas de cet abbé. On a dit généralement qu’Everdée II succéda à Guillaume; mais c’est évidemment une erreur, car l’abbé Henri est mentionné dans une charte de 1189, par laquelle Philippe d’Alsace donna la bruyère de Condeborch à l’abbaye [a). Il signa même en toutes lettres « signurn Heinrici abbatis Sancti Bavonis » un diplôme expédié le 4 mai de la même année par Jean, châtelain de Bruges, par lequel celui-ci fit différentes libéralités au prieuré de Papingloo, où son frère Conon, comte de Soissons, et son fils Jean, avaient été ensevelis (52). Thielrode seul en fait mention; il était natif de Ducnam, il fait connaître le jour de sa mort, sans indiquer l’année, « Henricus primus, dit-il p. 24, nalus de Dacnam, abbas sepultns ante altare S. Andree, obiit tertio nonas novembris (11 novembre). » Il est vrai que l’on a interpollé dans le texte le chiffre de seizième abbé; mais ce fut par ignorance, puisque le seizième abbé de S. Bavon se nommait Eijnkericus et non Henricus, deux noms qu’on ne pouvait confondre.

De nouvelles largesses vinrent encore augmenter la fortune de l’abbaye sous cet abbé : Philippe d’Alsace lui lit don de cent mesures de terre à Cadzant, dans le Sudpolre, sur le Dodinsvliet, du côté du chemin menant à Grootvliel et Binorden Oudenwerve, ainsi que les scorres à Wal, Tarwedic, Husmiet sur le Watervliet, à Ostende, Watervliet, Culant, Kerpoire, Best-hal , et au Sudpolre Borstcnmerke. Ces biens avaient été tenus en fief par Léon De Caiant, qui les avait rétrocédés au comte (53).

Nous n’avons découvert aucun document, qui nous a mis à même de pouvoir fixer avec certitude l’année de son décès.

Everdée II. — 1189-1206.

Nous n’avons pu conserver la date de 1187, assignée à l’élévation de cet abbé. Suivant les annales de S. Bavon, il succéda immédiatement à Henri : nous avons donc fixé sa nomination à la date de la dernière charte dans laquelle l’abbé Henri se trouve cité, et il est possible que ce ne soit pas en-

fa) V. Vin des Bogaebde, Bcscli. van ’t land van IVaes, vol. III, p. 50f>.

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core l’année de son élévation, car Everdée II n’est nommé pour la première fois que dans un diplôme de l’empereur Henri VI, de 1193.

Baudouin IX, qui dès l’année 1192 avait pris le titre de comte de Flandre, quoiqu’il n’eût pas succédé à son père, donna au prieuré de Papingloo une redevance annuelle de 7 livres, qu’il affecta sur des Biens à Berdinsande et le tiers d’une dîme à Willems-kercke et à Sleenlandt. La comtesse Marguerite ne portait pas moins d’affection à ce prieuré, car elle lui légua 40 sols sur ses briefs à Bruges, pour être distribués aux desservants de l’église en quatre pitances extraordinaires. Enfin vers 1200, Geldolph Corf lui céda tous les biens qu’il possédait à Boningrode et qui étaient enclavés dans l’alleu de l’abbaye.

Philippe d’Alsace en 1190, avant son départ pour les croisades, et peut-être par l’un des derniers actes qu’il fit expédier dans son comté, assura de nouveau à l’abbaye la possession temporelle et spirituelle du domaine de Waterlos et s’en constitua le souverain avoué, ainsi que de ses autres biens (54). Raze de Gavre renonça en 1196, en faveur de l’abbaye, au droit de pêche à Everghem, qu’il croyait lui appartenir. Vers 1200, le comte Baudouin intervint, pour la ratifier, dans une convention arrêtée entre l’abbé et Marguerite, châtelaine de Courtrai, touchant le manoir de Lathem-Stc-Marie, dont il lui concéda la jouissance sa vie durante, à condition qu’elle ferait exécuter à ses frais toutes les réparations et les améliorations des bâtiments de ce manoir, et que toutes les terres et les prairies qu’elle y acquerrait dans la suite pour l’entretien du bétail de l’exploitation, resteraient la propriété de l’abbaye, sans aucune indemnité.

Nous avons vu que l’évêque Everard donna en 1183, à l’abbaye le patronage de Zele et de Grimberghe, avec les dîmes et les autres prérogatives qui en dépendaient; mais cette donation avait été faite au détriment de l’abbaye de Werden, en Westphalie, qui en avait obtenu l’investiture de Charlemagne. Sur la demande d’Alcuin, cet empereur offrit à S. Ludger, abbé de Werden, un monastère à Nivelles et un autre dans le Brabant : S. Ludger n’accepta que celui-ci, qui était un couvent d’hommes. C’était un prieuré placé sous l’invocation de S. Pierre et qui fut nommé Luthusen, qui n’est qu’une abréviation de Ludgershusen, demeure ou résidence de Ludger (a). L’erreur d’Everard, qui avait disposé de ce qui ne lui appartenait pas, fut bientôt reconnue, et son successeur Etienne s’empressa d’annuler cette donation le 20 mai 1194. L’abbé de S. Bavon approuva cette restitution, ainsi que le chapitre de Tournai et le pape Innocent III, le 10 mai 1199. Ce prieuré exista jusqu’en 1452 : il fut détruit lors des événements de la guerre de Gavre, et les religieux se retirèrent dans leur abbaye. Le produit des dîmes fut abandonné au curé de la paroisse et les autres biens du prieuré furent donnés en location. L’abbaye de Werden conserva toujours ses droits sur les biens et sur la paroisse, à titre de patron; droits qui furent reconnus par un ari’êt du conseil de Malines du 10 avril 1688, qui déclara l’évêque de Gand non fondé à y nommer un curé.

A chaque avènement au trône ou au pontificat, le chapitre de l’abbaye, par ignorance de ses droits, et dans la crainte que l’incommutabilité de ces propriétés ne fût pas respectée, demandait une nouvelle confirmation de la possession de ses biens et de ses prérogatives. L’empereur Henri VI, pas plus que ses prédécesseurs, ne se refusa à prendre l’abbaye sous sa protection et à lui assurer la possession de scs biens dans l’empire. Il renouvela aussi le privilège de l’exemption des tonlieux, tant par terre que par eau, dans ses états. Le pape Céléstin III, qui lui avait déjà confirmé la possession de ses dîmes à Oostburg et à Rodenbourg, lui renouvela par sa bulle du 12 juillet 1196 l’assurance de sa haute protection et sanctionna par son autorité apostolique tous ses privilèges et immunités, ainsi que

(a) Y. Lindanus, de Tcncramundu, 1. 5, c. 2, p. 64, 6î>.

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tous les biens qu’elle possédait, à quelque titre que ce fût. Il approuva en outre l’arrangement conclu entre l’abbaye et celle de S. Pierre, au mont Blandin, au sujet des enterrements, que son prédécesseur Alexandre III avait déjà validé en H70, et il défendit le 8 août H95, de procéder à la sépulture des paroissiens de S. Bavon, à moins d’avoir égard aux prérogatives de l’abbaye, « nisi salvà justicià monus terii, » ce qui impliquait contradiction avec la transaction prérappelée.

Jusqu’en 1199, la paroisse de Wondelghem se trouva sous la dépendance canonique de l’église de S. Michel, à Gand; mais à cette époque Etienne, évêque de Tournai, l’éleva au rang d’église paroissiale (a).

Avant son départ pour Jérusalem, le comte Baudouin se rendit encore agréable à toutes les institutions ecclésiastiques de son comté, en exemptant toutes les denrées qu’elles faisaient venir du dehors pour leur usage, des tonlieux qu’il percevait à Gand.

Les annales de S. Bavon consignent à l’année 1195 la dédicace d’une chapelle sur le cimetière de l’abbaye, faite par l’évêque Etienne de Tournai, en l’honneur de la Vierge, de l’apôtre Thomas, de S. Etienne et des saintes Agnès, Catherine et Marguerite. Elle était située à la droite du chœur de l’église conventuelle : Meyer la nomme templum curiale. Elle fut démolie lors de la sécularisation de l’abbaye : on en parle dans les comptes de la construction du château de Charles-Quint de manière à faire supposer qu’elle n’était pas voûtée. Cette chapelle dans la suite fut connue sous le nom de chapelle de Jérusalem.

L’abbé Everdée approuva en 1196 les statuts pous les frères et sœurs desservant l’hôpital de S. Jean, à Gand. C’est la plus ancienne maison d’aliénés qui fut érigée en cette ville; elle était communément désignée sous la dénomination de S. Jan-ten-dullen : S. Jean aux enragés. Ce réglement traite de leur tenue et de leur costume, des jeûnes, des pénitences, des jours gras, du vin accordé à l’aumônier, de son costume et de celui des supérieurs, de l’outrage à la morale, de la punition du péché de la chair, etc. On y parle aussi des aliments que l’on devait donner aux idiots et aux pauvres ( imbecilles et puuperes ) : ceux-ci avant leur admission devaient se confesser (55).

En 1202, l’abbé put racheter du chevalier de Berleghem, l’office de l’avouerie à Houthem (fc) : il eut à se féliciter de cette acquisition, qui le mettait à l’abri des vexations du seigneur qui avait cette charge. Il est probable qu’il fit cette cession au prix d’une légère rémunération, attendu que le comte Robert avait décidé que l’abbaye ne devait avoir qu’un seul avoué pour tous ses biens.

Quelques sévères que fussent les punitions (56) que la règle de S. Benoit imposait aux moines délin quants, elles n’avaient pu empêcher que l’indiscipline s’introduisit dans les corporations des Bénédictins. La dépravation des mœurs était arrivée à un tel point dans l’abbaye, qu’Everdée dut prendre son recours au pape. Comme les moines avaient le droit d’interjetter appel des condamnations qui les frappaient et que l’appel était suspensif, les peines étaient illusoires la plupart du temps. Le pape Célestin III tâcha d’arrêter cet abus, en autorisant l’abbé à faire mettre à exécution toutes les peines comminées, nonobstant appel ou opposition : sa bulle porte la date du 19 août 1195. Mais cette mesure resta sans résultats et fut impuissante pour ramener les moines à leurs devoirs. Le pape dut intervenir une seconde fois, et il fit connaître le 7 avril 1197, qu’il avait appris avec la plus profonde douleur, que le désordre s’était introduit dans un monastère, qui s’était toujours distingué par ses mœurs et sa discipline; que les moines s’y étaient révoltés ouvertement et qu’ils ne voulaient plus se soumettre

(a) Il existe un ancien dessin de cette église dans un manuscrit, que 51. Goctghebuer, à Gand, possède actuellement, .liais il est fait avec trop peu d’exactitude, pour qu’il puisse aider à préciser l’cpoque de sa construction.

{b) V. Dl L'Espinoy, Recherches, etc., p. 17 à.

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aux corrections qui leur étaient infligées. 11 prit en conséquence des mesures pour arrêter des désordres, dont l’exemple pouvait devenir pernicieux. L’abbé obtint les pouvoirs nécessaires pour rappeler ses religieux à l’ordre par la voie de la censure ecclésiastique, s’ils ne lui témoignaient pas le respect qu’ils lui devaient et les punir d’après toute la rigueur de la règle pour les scandaleux abus, énormes excessns, dont ils se rendaient coupables (57). Ces mesures purent tenir les moines pendant quelque temps dans les bornes d’une vie régulière, mais elles furent souvent inefficaces; car l’esprit du siècle, ce besoin d’émancipation morale, qui fermentait à cette époque dans toutes les têtes, avait aussi pénétré dans les cellules monacales, et les serments les plus solennels étaient bien souvent impuissants pour contenir sous le joug de l’obéissance des hommes dans toute la vigueur de l’âge et dont les mauvaises liassions et les appétits sensuels étaient sans cesse excités.

Des désordres non moins graves, mais d’une autre nature, désolaient aussi la société civile. La guerre sainte avait entraîné nobles et roturiers dans des dépenses au-dessus de leurs moyens, qui les forcèrent à avoir recours à des emprunts usuraires, mettant le comble à leur ruine. Baudouin IX, prince distingué par ses vertus, avisa au moyen d’arrêter des désordres, qui entraînaient non seulement la perte des églises et la ruine des veuves, des mineurs, des nobles et des bourgeois, mais même celle des seigneurs et des princes. 11 décréta en conséquence en 1199, après avoir pris l’avis de ses conseillers, que dorénavant les préteurs à intérêt n’auraient plus d’action pour se faire rembourser; qu’aucun intérêt n’était plus dû depuis Noël 1198; que tout débiteur pouvait se libérer, à partir de Pâques qui suivait, en trois paiements, à une année d’intervalle. Il chargea deux abbés et deux laïques de fixer ces échéances et de terminer toutes les difficultés auxquelles elles pourraient donner lieu. Ce document nous apprend que les chevaux servaient surtout d’objet de nantissement : les créanciers ne pouvaient exiger qu’une somme raisonnable pour leur entretien, et ils devaient les restituer dans la quinzaine, si le débiteur ne se libérait pas.

Guy, archevêque de Reims, avait été accueilli à l’abbaye après son départ de la métropole; il y mourut en 1206, et fut enterré devant le maître-autel de l’église abbatiale. Thielrode ne fait pas un grand éloge de ce personnage dans ce distique :

Grandis Gandavo debelur honor

Quia Bavo sanctus prostravit ilium quem nullus amavit.

L’abbé Everdée, après une administration difficile de dix-neuf années, mourut le 23 avril 1206. Son nom est inscrit sur la pierre commémorative, dont nous avons parlé. Thielrode indique clairement la situation de son tombeau « in anteriori choro médius antè tabernaculum. » Cette désignation ne peut s’appliquer qu’à l’église abbatiale : nous devons cependant faire observer que les mots in anteriori choro, etc., sont écrits sur rature, et ne forment peut-être qu’une rectification, d’où l’on pourrait conclure que cet abbé et les autres, dont les noms étaient inscrits sur cette dalle commémorative, avaient été enterrés primitivement dans une autre partie de cette église ou même dans un autre oratoire.

Baudouin. — 1206-1208.

îl était natif de Pontraeven, au pays de Waes, et selon d’autres, de Bruges. Il fonda l’hôpital de S" Anne, situé endeça du fossé d’enceinte de la ville de S. Bavon. La porte qui s’y construisit dans la suite, lui emprunta son nom « Spitaelpoorle, » porte de l’hôpital . Cet établissement de bienfaisance était spécialement destiné aux habitants de cette ville; on y admettait des pauvres, et des personnes qui ne 1 étaient pas, à prix d argent ou à condition d’abandonner à l’hôpital tout leur avoir à l 'article

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de la mort (a). L'abbé et son prieur avaient seuls le droit d’y conférer les prébendes : Philippe-le-Bon fut déclaré non recevable, quand il prétendit en 1490 pouvoir y disposer de quelques-unes.

Marguerite, châtelaine de Courtrai, lit don à cet hospice de 40 marcs, qui furent employés à l'acquisition des dîmes à Artevelde : c’est le plus ancien diplôme qui fasse mention de cette institution; il porte la date de 1215. En 1376, Geile Van Arlebeke lui transmit une rente annuelle de 20 escalins parisis, affectée sur une maison sise rue de la Crapaudière, à Gand; dans la suite cet hospice fut généreusement doté par différentes personnes.

A côté de cet hôpital (b) se trouvait une chapelle dédiée à S. Amand, dont elle dépendait. L’époque de sa fondation nous est inconnue; elle est déjà mentionnée en 1375 dans les registres de la ville de Gand : l’abbé la louait à un sacristain, qui donnait caution pour les meubles et les ornements qui s’y trouvaient (c). Elle fut élevée au rang d’église paroissiale en 1571, parce que les travaux que l’on exécutait à la citadelle de Charles V, empêchaient les prêtres de la paroisse de S. Sauveur, établis dans la chapelle des Aveugles, d’aller porter de nuit les secours de la religion aux habitants de ce quartier. Comme il fut ordonné en 1578 de démolir tous les édifices et les maisons, situés dans un rayon de 150 verges des fortifications de la ville, cette église dut être rasée. La chapelle située sur la butte de S. Amand, fut bâtie par l’évêque Van der Noodt. Rien ne prouve qu’elle est élevée sur les ruines d’un bâtiment plus ancien : le souterrain qui lui sert de fondations, n’est pas plus ancien. L’abbaye avait utilisée cette butte, et les autres qui se trouvent en amont et dont l’une se nommait den Ruusbergh ou de Tooveraerdsbergen, en y construisant des moulins pour moudre le blé on pour tordre des graines oléagineuses. Des hermites s’étaient établis sur l’une de ces montagnes, et un d’eux fut écartelé en 1482, le 8 août, sur la place de Sle Pharaïlde, et ses membres exposés devant toutes les portes de la ville. If s’était rendu coupable d’un assassinat suivi de vol, et on l’avait accusé d’avoir mis le feu dans plusieurs quartiers de la ville. Ce misérable se nommait Rogier De Pgl (d).

L’abbé Baudouin résigna ses fonctions au bout de deux ans, et mourut le 12 juillet 1208; on l’ensevelit devant le choeur de l’église abbatiale, du côté de la ville.

Eustache. — 1208-1212.

Il était natif de Gand : il eut pour prieurs les moines Gosuin et Symon et pour aumônier « pvocurator elemoisne, » Baudouin de Honlede; le préposé de Waterlos se nommait Henri.

Théodore de Houtema donna à l’abbaye une rente au revenu de deux marcs, qu’il avait héritée de ses parents et renonça au droit de gîte, qu’il était en droit d’y réclamer (58). Cette rénonciation se fit avec éclat, en présence de l’abbé, de ses prieurs et d’un grand nombre de moines.

Rase de Gavre, du consentement de son épouse et de ses trois fils. Rase, Arnould et Philippe, renonça au mois de juillet 1210, au droit de main-morte qu’il exerçait sur les successions « ab intestat, » ouvertes dans les biens allodiaux de l’abbaye situés dans son comté (59). Il n’excepta de la cession de ces droits à l’abbaye, que les héritages des serfs qu’il avait émancipés, et auxquels il permit de disposer librement de leurs biens et il accorda à leurs héritiers le droit de succéder aux biens qu’ils délaisseraient à leur mort, sans en avoir disposé. Quoique la charte de donation ne désigne pas le comté

(a) Diericx, Mcm. de Gand, II, 417.

{b) V. planche 29.

(c) Diericx, Mcm. de Gand, II, 421.

{d) Il o uc h van Mcm., A. F. O., an. 1482.

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par son nom, on ne peut douter que ce ne fût celui d’Everghem, parce que c’était la seule seigneurie de Rase, où l’abbaye possédât un alleu; d’ailleurs les curés d’Everghem et de Rondslo y intervinrent comme témoins. Rase y prend le titre de Botellier de Flandre ; ces fonctions étaient alors en grand honneur et donnaient la surintendance des cuisines comtales; elles se donnaient à titre de fief. Ces fonclions imposaient au titulaire le devoir de parcourir les domaines que les comtes de Flandre vendaient, pour en contrôler la contenance, et ils avaient droit de ce chef à une certaine redevance. Cela résulte d’un diplôme du 19 août 1240, où il est dit : « Ad legem patrie... sicut butellarius, inlus equitare debemus, et jus nostrum plenarie habuisse confitemur. »

Le marquis de Namur, Philippe, er. sa qualité de tuteur de sa nièce Jeanne, comtesse de Flandre, céda à l’abbaye, le 25 juin 1211, tous les attérissements qui s’étaient formés devant ses métairies à Ossenesse. Il recommanda spécialement aux baillis de veiller à ce qu’elle ne fut pas troublée dans leur possession, ni dans celle des autres alluvions qui s’y formeraient dans la suite, qu’il donna également à l’abbaye, et qu’il mit sous leur juridiction spéciale. Cette pièce établit qu’à cette époque les relais de la mer ou des fleuves n’appartenaient pas aux propriétaires riverains jure accessionis, mais tombaient sous le domaine du comte beneficio regio (60).

Le même marquis assura à l’abbaye le patronage de l’église de Biervliet, avec les prérogatives qui en dépendaient : ce droit lui appartenait, parce que ses ancêtres l’avaient fondée. Cet acte, qui porte la date du 1er octobre 1211, ne peut être regardé que comme une sanction de la donation, qui avait déjà été faite de ce patronage à l’abbaye, par Henri, empereur de Constantinople, et approuvée par Innocent 111 le 28 novembre 1209 (61).

Le comte Ferrand ne fut pas moins empressé à soutenir les intérêts de l’abbaye : dès le 17 novembre 1212, il ordonna à ses baillis de la protéger de tout leur pouvoir, de la soutenir par leurs conseils, de manière à se concilier ses bonnes grâces et à mériter l’approbation des moines. Il attirait surtout leur attention sur les propriétés qu’elle possédait à Assenede, dont il voulait qu’elle pût jouir comme du temps de ses prédécesseurs, les comtes de Flandre (62).

Nous lisons une curieuse annotation dans le vidimus d’une bulle d’Alexandre III, permettant de prendre en nantissement les terres que l’abbaye avait cédées à titre de fief, qui fut délivré par les ûbbés de S. Pierre, à Gand, et de Tronchiennes et par le doyen de la chrétienté; elle caractérise bien les moeurs du temps. Ils en délivrèrent une copie, disent-ils, parce que l’on vivait à l’époque la plus dépravée et que ce n’était qu’avec le plus grand danger qu’on déplaçait les actes ou les privilèges :

« Ad liée quum dies mali sunt, et tempora pessima, et privilégia et indulgentiae ecclesiarum non sine grandi periculo de loco ad locum transferuntur, ad majorera cautelam, présentent cartulam, etc. »

La première mention des fonctionnaires nommés Baillis, du moins à S. Bavon, se rencontre dans les chartes de 1212 que nous venons de rappeler. Leur création est due à la haine que les avoués s’étaient attirée par leurs exactions. Toutes les corporations saisissaient avec empressement les occasions de se soustraire à ces cruels spoliateurs. Les croisades leur vinrent en aide; peu de seigneurs purent éviter cet entraînement général. Leur fortune, souvent ébréchée par les dépenses dans lesquelles les tournois et les rançons les engagaient, ne pouvait suffire à leur équipement, que la vanité rendait très-dispendieux : ils devaient donc chercher les moyens d’y faire face. S’ils n’avaient plus de biens-fonds à vendre ou à donner en fief, ils constituaient au même titre toutes epèces d’olfices et de droits; ils trouvaient surtout des ressources dans la vente des avoueries, qui leur étaient rachetées souvent aux conditions les plus onéreuses. Du moment que l’abbaye put se soustraire au joug de ces fonctionnaires, elle dut songer à les faire remplacer dans leurs fonctions judiciaires. Dans les premiers temps, comme nous l’avons vu,

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l’abbaye avait deux justices distinctes, celle de l’abbé et de son prieur sur les serfs, et celle de l’avoué sur les hommes libres. Mais quand dans la suite, un changement important s’opéra dans la condition des personnes par l’abolition de la servitude, le prévôt fut chargé de l’administration de la justice, mais seul il ne pouvait suffire à cette tâche. On lui adjoignit alors des aides, des officiales, des bajuli ou baillis. L’abbaye en créa à S. Bavon, à Bochaute, à Loochristi, à Moerbeke, à Everghem, etc. Ces fonctionnaires résidaient dans leur baillage et avaient pour mission d’y exercer la justice sur tous les habitants sans distinction. La différence qui existait entre ces officiers de justice et les avoués, était immense. Les uns étaient d’avides dominateurs, tandis que les autres n’étaient que des com mençaux nommés par l’abbé, révocables par lui, ayant des appointements fixes. Et au XIIIe siècle, les abbayes n’avaient plus besoin de la protection militaire des avoués; car, sans s’inquiéter des défenses de l’Eglise, l’on voyait alors bien des abbés endosser la cuirasse et se mettre en campagne à la tête de leurs hommes d’armes pour la défense de leurs domaines ou de leurs prérogatives.

Il fut passé un bail à l’abbaye en 1210, qui est intéressant parce qu’il nous fait connaître la valeur locative des terres et cette époque. Il s’agissait d’un bonnier de prairie à Wondelghem et d’un demibonnier de terre arrable à Cobenghem; les plus forts bonniers pouvaient valoir alors 150 ares, la contenance des terres louées s’élevait donc à 2 hectares et 25 ares, soit 5 journaux ou mesures de Gand, pour lesquels le fermier avait à payer : 1° trois lialsters de froment, en nature; 2° trois chapons, et 3° la moitié des foins de la prairie. En réduisant cette mesure et la valeur du froment et des chapons à un taux normal, on trouvera les résultats suivants : 5 lialsters font 2 hectolitres à 20 francs, soit 60 francs; le chapon à 5 francs, soit 15 francs, et le produit de la prairie évaluée à 175 francs par mesure, soif 87 francs pour la partie louée : ensemble 162 francs pour les 5 mesures, soit 32 francs chacune.

Thielrode fixe la mort d’Eustache au 10 septembre 1212 et non 1213, comme le disent les annales de S. Bavon, puisque son successeur est déjà nommé dans un diplôme du 4 avril 1213. Cet abbé fut enterré sous les gradins de l’autel de S. Benoit, dans l’église conventuelle.

Henri II. — 1212-1223.

Il était natif de Herilenborch ou Ardembourg : il eut pour prieur le moine Gausouin et pour sousprieur Baudouin. Le cellérier de l’abbaye se nommait Amelric et le sacristain Henri.

Béatrix, dame de Massemen et de Laerne, fit don à l’abbaye de quelques dîmes à Laerne, que Giselbert et Gérard De Laerne avaient résignées entre ses mains ( a ). Ce transport fut approuvé par le légat du saint Siège, le cardinal du titre de S. Etienne in monte Celio. L’abbaye eut à soutenir un procès à cette occasion contre Sohier II, châtelain de Gand, qui les revendiquait. La question fut soumise à la décision d’arbitres, qui la maintinrent en possession, parce que le père de celui-ci s’en était déjà dessaisi. Ce document, qui est daté de 1219, nous fait connaître que ces dîmes se trouvaient à Bochout, que jacet juxta Lare. Il nous paraît probable que c’est ce même Bochout, que Thielrode a voulu désigner, quand il dit, en parlant du château de Gand, « quomodo idem Castellum de potestate imperiali in manus comitum redactum est eminens dirute munitionis cumulus secus villam Bochold indicat, memoriamque huius rei posteris représentât. » Est-ce peut-être là qu’il faut chercher l’origine de l’ancienne forteresse de Laerne, que Lindanus (b) n’a pu découvrir et dont les Flamands s’étaient emparés,

(а) Cette pièce, qui porte la date du 4 avril 1213, est signée par Jean, diacre à l’abbaye; il est possible que ce soit la signature de Jean Thielrode, le chroniqueur.

(б) De Teneraemunda, n° 253, p. 92.

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comme point d’appui, dans leurs incursions sur les terres de l’empire? Cela est d’autant moins invraisemblable qu’ils devaient traverser, suivant le même chroniqueur, une épaisse forêt pour attaquer ce château.

La comtesse Jeanne, durant la captivité de son époux, autorisa l’abbaye à défricher les bruyères que celle-ci possédait à Everghem, à entourer de haies et de fossés, une forêt, située entre l’Escaut et la Dorme, qui appartenait aussi à l’abbaye, et y à couper le bois taillis et les herbages. Celle-ci ne pouvait cependant y abattre des arbres de haute futaie que pour les besoins et l’entretien de ses bâtiments. La comtesse lui permit en outre de borner 80 bonniers de bruyères entre les mêmes rivières, pour les convertir à son usage. Cet acte, qui est du 19 novembre 1215, n’est qu’une simple concession, un droit d’usage : comme femme mariée, la comtesse était incapable, en l’absence de son époux, d’aliéner des immeubles; elle y constitue d’ailleurs des cautions qui se portèrent forts pour le comte. En 1217 Robert de Béthune, son fds, approuva cette concession, et par anticipation toutes celles de ce genre qu’elle ferait encore. Après que la comtesse eût engagé spécialement Rase de Gavre à se constituer garant de ces concessions, elle lui ordonna le 16 avril 1218 d’en faire l’inspection et la remise à l’abbaye. Dans un autre acte, qui est aussi de 1215, elle s’est expliquée sur les 80 bonniers, situés entre l’Escaut et la Dorme, qu’elle avait permis à l’abbaye de prendre là où elle voulait; elle avait entendu désigner la paroisse de S. Sauveur, qui à cette époque s’étendait bien au-delà des limites de la ville de S. Bavon.

La captivité du comte Ferrand profita singulièrement aux moines de S. Bavon. La comtesse imbne d’une idée, fort répandue alors parmi les laïques, qu’ils pouvaient par des présents et des legs faits aux moines, acheter les prières de ceux-ci et obtenir ainsi de Dieu par leur intercession l’accomplissement de leurs plus chers désirs, tenta cette voie pour obtenir la délivrance de son époux. Le même jour qu’elle concéda les bruyères d’Everghem à l’abbaye, elle lui fit une largesse vraiment royale, en lui donnant, en pleine propriété, 500 bonniers de terres d’alluvion, dites uldic ou hors-digues, gisant au pied de la ferme de l’abbaye nommée Volcartnesse, entre ses courtils de Scoere et Westsoute, dans le Métier de Hulst; l’autorisant au cas où cette contenance n’y fût pas trouvée, à la parfaire dans les autres scorres aboutissant à la ferme susdite (62). Elle fit plus encore, car elle lui donna le droit d’y percevoir les dîmes des terres, qui après l’endiguement seraient mises en culture. Rase de Gavre approuva ces concessions et ces donations, par acte séparé, et la comtesse invita instamment son bailli de Bruges, Wautier de Somerghem, a veiller à ce que l’abbaye ne fût pas troublée dans la jouissance de ces biens.

On trouve la preuve dans plusieurs chartes, autorisant l’abbaye à exercer de simples actes de propriétaire dans leurs biens, qu’il existait dans ce pays, comme ailleurs, des usages établis en faveur du pauvre ou tolérés par humanité : nous en avons déjà parlé; tels étaient le vain-parcours, le droit de ramasser le bois sec, de couper le genêt et les fougères, de prendre de la tourbe. Ainsi en 1213, le comte Ferrand intervint dans la vente de quelques bruyères à Oostdonck, qui appartenaient à l’abbaye, et en 1220 Clarisse de Gavere et sen fils approuvèrent aussi un arrangement concernant une bruyère à Swalme, fait avec des colons partiaires, quoique l’abbaye en fût propriétaire. Ailleurs nous voyons que les acquéreurs de 40 bonniers de terre à Everghem, vendus par l’abbaye, durent encore payer certaines redevances à Rase de Gavre, pour les droits qu’il pouvait encore y exercer, nonobstant la convention arrêtée à cet égard entre l’abbaye et la comtesse Jeanne. Mais ces usages ou ces servitudes étaient révocables au gré du propriétaire, avec l’assentiment de l’autorité supérieure.

Les demandes en bornage, préliminaire obligé du défrichement, établissent dans quelles vastes proposons 1 abbaye propageait son action civilisatrice par le développement qu'elle imprimait à la culture

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ni

de ces vastes landes, improductives jusqu’alors. L’on peut juger de l’importance que d’autres peuples y attachaient, en considérant que les Anglo-Normands dans leurs coutumes consacrèrent onze chapitres traitant des différentes branches de l’agriculture (a). Si l’on considère que les terrains que les comtes et d’autres seigneurs donnaient aux corporations religieuses étaient improductifs entre leurs mains, qu’ils n’y exerçaient qu’un pouvoir politique, on sera moins étonné de ces immenses concessions de terres, puisqu’ils les aliénaient souvent à charge d’une redevance; ils se créaient ainsi des ressources, qu’ils ne pouvaient réaliser en les conservant.

Le prieuré de Papingloo eut aussi sa part de la charité des fidèles : la fiancée de Philippe De Sommerghem, nommée Mathilde, y avait été enterrée dans l’église de S. Martin, sans qu’elle reçut une oblation à cette occasion. Pour réparer cet oubli, Philippe fit don aux frères et sœurs de ce prieuré, d’une rente de trente sols, hypothéquée sur un fief nommé Steps, Wostina, Molhem et Schoudebruch.

Plusieurs autres seigneurs se plurent encore à enrichir l’abbaye; Eustache, camérier de Flandre, assigna à l’abbé, sur ses revenus à Bruges, vingt sols de rente, que ses ancêtres avaient affectés sur des biens à Lampernesse, mais dont le recouvrement se faisait difficilement. Sohier II, châtelain de Gand, lui donna la dîme de 12 bonniers de terre, situés à S. Sauveur; Jeanne de Flandre lui abandonna le droit qui se percevait sur les donations entre vifs à Everghem et nommé Glief-ghereclite; enfin le seigneur de Rhoden, qui avait un tonlieu à Gand, en affranchit toutes les provenances de ses manoirs de Houthem, Vlierzele, Swalme et Ghisenzele.

Le pape Honorius III plaça l’abbaye sous la protection de S. Pierre et de S. Paul et confirma tous les privilèges qu’elle avait obtenus de Philippe d’Alsace, pour la haute et basse justice à Waterlos. La comtesse Jeanne donna son approbation à cette bulle, qui porte la date du 16 juin 1219.

En 1217 l’abbé et son chapitre déclarèrent renoncer au patronage de l’hôpital de Ste Marie, qui était situé à côté de l’église de S. Michel, à Gand, sous la réserve des droits paroissiaux du curé et à condition que cet hôpital lui payerait la somme de quarante sols annuellement, que F. Yan Uutenhove, chanoine à Lille, avait affectée au service d’une chapellenie. Cet hôpital de Ste Marie fut alors transporté sur une terre située hors de la ville et nommée Biloke, pour faire place au couvent des Dominicains et à leur église, dont la construction, commencée vers 12-40, ne fut terminée qu’en 1260.

Baudouin, chef de l’aumônerie de l’abbaye, accorda au mois de mai 1220, à Lismode, veuve de Waslin Bruseh, la jouissance d’un terrain situé entre la vieille Lys et le couvent de S. Bavon. Nous consignons ici cet acte de charité, parce qu’on déjà y fait mention de la vieille Lys, ce qui prouve que le canal nommé Achterleye, derrière la Lys, était déjà creusé à cette époque.

Nous avons dit que les abbayes avaient à leur service des employés ruraux de condition servile, chargés du soin de leurs exploitations agricoles, nommés muiores, mayeurs. Ces employés avaient acquis rapidement leur affranchissement : si l’on compare leur position sous Charlemagne avec celle dont ils jouissaient au XIe et au XIIe siècle, on voit que ce ne sont plus d’humbles tenanciers, mais des personnages établis comme des seigneurs dans les terres commises à leurs soins, s’efforçant continuellement de transmettre leur emploi à leurs enfants à titre héréditaire, quoiqu'ils ne le tinssent qu’à vie. L’abbaye de S. Bavon, qui possédait dans le pays d’Alost des biens considérables, avait placé un mayeur à Ghysenzele. Avant sa nomination, aucune règle n’avait été arrêtée pour déterminer ses rapports avec elle et fixer ses devoirs et ses prérogatives. Fort de cet oubli, il ne tarda pas à pousser ses exigences au point que l’abbaye fut forcée de le faire attraire en justice. Mais une transaction ter-

(a) V. Houard, Coutumes anglo-norm., t. III, chap. 77.

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mina ces difficultés et fixa les droits respectifs des parties. Cet office, qui était donné à titre de fief non partageable, était si important qu’il était placé sous la sauvegarde d’un avoué spécial. Ces mayeurs pouvaient cultiver les terres de l’abbaye à leurs risques et périls et même les défricher, à condition de livrer les semailles, de les assoler, marner et fumer à leurs frais, d’en partager les fruits avec

l’abbaye par parties égales et de faire sécher et engranger la part de celle-ci avant la sienne. Les

terres qu’ils cultivaient étaient exemptes de la dîme, et ils pouvaient employer les serfs de l’abbaye. 11 était néanmoins loisible à l’abbé de disposer des terres eu friche et de leur enlever celles qu’ils cultivaient mal. Quoiqu’ils dussent soigner les prairies, les entourer même de haies et de fossés, en transporter le foin à Gontrode et Ghisenzele, ils n’avaient aucun droit à prétendre sur leurs produits. Le mayeur avait encore d’autres obligations à remplir; il devait engranger le produit des dîmes des villages prénommés; conduire les grains de l’abbaye jusqu’à l’Escaut, avec les chariots de l’abbaye, et le faire à ses frais, s’ils ne se trouvaient pas en état; recevoir les censives de l’abbaye pour la somme

de huit sols l’an, et fournir un servant pour la messe que l’abbé célébrait. Si l’abbaye le logeait gra-

tuitement, c’était à lui d’entretenir la maison qu’il occupait, de soigner les arbres fruitiers et d’entourer l’habitation, le potager et le verger de fossés et de haies. L’entretien de la grange ne lui incombait point, pas plus que les dépenses de l’abbé, quand il trouvait bon d’y aller séjourner. Ces divers points furent arrêtés le 25 juin 1214. Dans la suite, au mois de janvier 1252 et mars 1254, les droits du mayeur de Papenghem furent également réglés, et les différends, qui s’étaient élevés à ce sujet avec ses fils, furent aplanis par l’intervention de l’abbé d’ABlighem, de Guillaume de Grimberghe et de Guillaume de Winthi, seigneur d’Oosterzele (65).

A cette époque l'abbaye n’avait pu trouver le moyen d’affranchir la seigneurie de S. Bavon, proprement dite, de l’office de l’avouerie. Les réclamations de ces officiers donnaient lieu à des difficultés d’autant plus graves, que l’abbaye se trouvait en présence de puissants seigneurs, habitués aux violences des armes et peu portés à céder devant des décisions arbitrales, quand elles n’étaient pas soutenues l’épée ou la lance à la main. En 1216 Mathilde, dame de Termonde, et Solder II, châtelain de Gand, prétendirent élever l’avouerie de S. Bavon sur le même pied que du temps de Philippe-Auguste, quand il porta la guerre jusque sous les murs d’Ypres. Ces débats, qui pouvaient devenir très-sérieux, se terminèrent cependant à l’amiable : les parties convinrent de charger Gérard et Guillaume de Grimberghe de faire des recherches pour établir les droits des avoués à cette époque : Arnould d’Audenarde, Egide le chambellan et Daniel de Courtrai reçurent également la mission de constater les prérogatives dont jouissaient les avoués, avant leur temps, et de produire les arrêts rendus par le Conseil de Flandre en cette matière. Les recherches des arbitres devaient servir de base pour formuler la transaction à intervenir, à laquelle la dame Mathilde et Siger déclarèrent se soumettre d’avance. Quoique la décision dut être prise avant la Pentecôte qui suivait, nous n’avons rencontré aucun document qui la constatât.

La bulle du pape Alexandre III du 15 avril 1171, autorisant l’abbaye de prendre en nantissement les terres données par elle en lief, mit heureusement fin en 1214 à des difficultés qui existaient entre 1 abbaye et Eustache de Masures et ses fils, au sujet d’un fief qu’ils lui avaient rétrocédé à titre de gage. Un arrangement conclu le 15 novembre 1218 entre l’abbaye et le curé de l’église d’Essche, qui voulait mettre à la charge de celle-ci les réparations faites à la grange des dîmes à Munckswalme, prouve qu’a cette époque les dispositions de Charlemagne concernant l’emploi des dîmes étaient encore en usage. II lut décédé dans un plaid général tenu à Assenede, par les échevins des quatre bancs en 1218, que 1 abbaye ne devait pas payer à ses feudataires des Quatre Métiers, la redevance nommée

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Niewerft («) (64). Qu’était-cc donc que cette redevance que les feudataires pouvaient exiger de l’abbaye? Raepsact, dans son Analyse, qui comprend à peu près tout ce qu’on a écrit sur les droits féodaux, n’en parle pas. Si la signification du mot peut jeter quelque clarté sur l’objet soumis à cette redevance, elle ne nous donne aucune explication sur son importance. Littéralement le mot niewerft ou niewert ou niwert, ainsi qu’il est écrit dans un double de cette pièce, signifie nouvelle moisson; sa racine est art en allemand; urdh ou erbde en samskrit; aro en samskrit, croître, produire, terre labourable. En s’en rapportant à cette définition, on peut dire avec vraisemblance que le niewerft était un droit, consacré par l’usage, sur le produit des premières moissons recueillies des scorres ou des terres nouvellement mises en culture, que les feudataires pouvaient réclamer.

En ces temps les communications entre les divers quartiers de la ville de Gand n’étaient pas bien établies, surtout dans ceux qui étaient découpés par des canaux ou des dérivations de la Lys, comme dans le quartier de la Muyde. Les autorités se souciaient alors fort peu d’en faire établir aux frais de la commune; pour relier le quartier du Bride avec celui d'Overreke, où se trouvait l’abbaye, le châtelain de Gand, Solder II, se contenta de permettre à ceux qui le désiraient de construire des ponts sur les eaux de ce quartier, en les assurant de son concours.

L’abbaye possédait vers 1220 trente-six familles de serfs, habitant divers villages ou hameaux : elle avait en outre un nombre considérable de colons partiaires, qui cultivaient les bruyères qu’elle faisait défricher. Dans le pays de Waes, dix-sept employés étaient chargés de la recette des redevances de toute nature qui lui appartenaient. Elle avait adopté une marche uniforme pour la perception des revenus, qui devait se faire à l’abbaye même. Si au jour fixé le débiteur cité faisait défaut de se libérer, il était condamné à une amende de trois sols, et en cas de comparution, il avait droit à un repas et à quatre sols en argent, s’il payait, et à rien s’il ne le faisait pas; dans ce cas l’abbé se réservait le droit de le faire condamner à une amende et à fournir un gage. Ces gages n’étaient gardés, à ce titre, que durant trois jours. Ce délai passé, sans que le débiteur se fût libéré, le gage était transporté à la vierschaere de Bochoutc (près de Laerne?) pour y faire déclarer la saisie bonne et valable, après trois criées de dimanche en dimanche. Si avant l’échéance l’objet engagé n’était pas réclamé contre paiement, il devenait propriété de l’abbaye; s’il l’était avant le troisième dimanche, le débiteur avait à payer l’entretien de l’objet nanti, par exemple quatre sols pour un cheval, deux pour une vache et une obole pour une brebis pendant vingt-quatre heures (63).

Les prébendiers de l’hospice de l’abbaye étaient à cette époque au nombre de vingt; ils avaient droit à du pain ordinaire et à de la bière. Plusieurs rôles de redevances nous font connaître les rentes, dîmes, revenus et prestations de toute nature, les baux à cheptel, gains à demi, qui appartenaient à l’abbaye vers 1220. Ces pièces présentent beaucoup d’intérêt, tant sous le rapport de la nature des redevances et du nom des débiteurs, que par la désignation des prestations et des corvées. Presque tous les noms propres (66) qui y sont consignés, sont encore connus de nos jours; ainsi le nom de Van Loo, descendants, dit-on, des Valois, y est rappelé souvent. Une autre pièce de la même époque, contient des annotations sur un nombre infini de ventes, de mutations et de locations de biens-fonds, faites par l’abbaye. Les rôles de rentes étaient des pièces fort importantes, car ils faisaient foi contre tous par eux-mêmes, quand ils étaient anciens et affirmés par le propriétaire-seigneur et son agent. C’est un point admis par toutes les coutumes et que Philippe de Valois développa dans une ordonnance de juin 1337.

(a) Dans un double de celle charte il est écrit Niewert et Niwert.

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Parmi les documents de l’abbaye on a conservé un acte, écrit vers 1220, qui parle de ses droits sur une forêt et un marais, mais dont la situation n’est pas désignée. Nous croyons, sans aucun doute, qu’on aura voulu parler de la forêt de Loo-christi. Une carte dressée en 1585 (a) porte l’annotation suivante : « Anno 826 Eynhardus... concessit licentiam venandi in stjlva S. Bavonis, que tune Eynliards- Triest, nunc vero Loo nuncupatur; » annotation qui est extraite de la chronique de Thielrode. Sylva Bavonis, nemus ecclesiae, expressions employées dans cet acte ne peuvent, à ce qui nous paraît, que s’appliquer à ce domaine, nommé en flamand Loo, équivalent de Nemus, bois de chêne. L’abbaye possédait cette forêt depuis un temps immémorial : ce fut un des premiers immeubles qu’elle obtint ou dont les fondateurs de l’abbaye se mirent en possession. Elle en céda successivement une grande partie à titre de lîef; elle ne s’en réserva qu’une portion, qu’elle fit enclore de haies et de fossés : elle y bâtit un manoir seigneurial pour le séjour de ses abbés. La propriété de ce domaine ne lui avait jamais été contestée; elle y jouissait de la plénitude des droits féodaux, dîmes, corvées, basse et haute justice.

Le marais, qui est mentionné dans le même acte, était situé entre Loo-christi et S. Bavon, et s’étendait sur les terrains bas, nommés Roosbroucken. Il était entouré de fossés et délimité par des bornes en forme de croix; l’abbaye avait fait construire un chemin, par lequel on y avait accès et qui le traversait probablement (67).

En 1221, au mois de juin, les abbayes de S. Pierre et de S. Bavon et le curé de S. Sauveur, Lambert, soumirent à la décision d’arbitres des questions qui s’étaient élevées entre eux sur les droits paroissiaux et les dîmes à Hodevelde et à Mentocht. Hodevelde, hameau à Saffelaere, fut déclaré dépendance de la paroisse de S. Sauveur, et les dîmes, d’environ douze bonniers d’anciennes terres situées devant le manoir de Hodevelde, furent adjugées à S. Pierre, parce qu’il avait été prouvé que depuis 60 ans l’abbaye de S. Bavon n’y avait pas perçu des dîmes. Quant aux bruyères que l’abbaye de S. Pierre faisait défricher à Mendonck (Mentocht), il fut décidé qu’il lui était loisible d’y bâtir une église à ses frais; qu’en ce cas tous les habitants sur ces novales se trouveraient sous son patronage canonique, à condition de subvenir à tous les frais, à la dotation et à l’entretien du desservant et du sacristain et à se soumettre aux droits épiscopaux. Pour indemniser l’abbaye de S. Bavon de la perte de son droit de patronage, qu’elle croyait pouvoir y exercer à cause des églises voisines, qui lui appartenaient, on lui accorda la troisième gerbe sur toutes les dîmes de ces terres, à l’exception de celles des douze bonniers susdits, et on assura au curé de S. Sauveur une rente annuelle de 60 sols pour les pertes qu’il essuyait de ce chef. Les arbitres déclarèrent qu’ils n’avaient entendu introduire aucune innovation dans les droits des parties ou les privilèges qu’ils pouvaient faire valoir sur les novales.

L’abbé ne négligeait rien pour affranchir ses domaines des charges féodales auxquelles elles pouvaient être assujetties : il obtint de Henri Ier, duc de Brabant, la rénonciation au droit de gîte, qu'il croyait avoir dans le manoir de Sombcke, à Bochaute. Par le même acte, juillet 1225, ce prince s’en constitua l’avoué, et arrêta, dans le cas où cette avouerie serait donnée en fief, que l’avoué n’aurait droit à y loger qu’avec six montures et seulement durant les trois plaids généraux, qui pouvaient s’y tenir.

Dans sa sollicitude, l’abbé eut même soin de prendre d’avance des arrangements avec les autorités pour le cas d’impositions éventuelles; ainsi en 1225 il convint avec les échevins de Courtrai, qu’une

(a) N° 369 de i Inventaire des cartes des archives de la Flandre orientale.

ABBAYE DE S. BAVON

Bt)

propriété de l’abbaye, située en cette ville près de la Lys, ne pourrait être imposée qu’à raison de deux sols.

L’abbé Henri, dont la gestion avait été si utile à son monastère, mourut le 2 novembre 4225 : il fut enterré devant la chapelle de S. Benoit, dans l’église abbatiale, près des cuves baptismales ou piscine « iuxta piscinam, » s’il est permis de prendre ce mot dans ce sens.

Baudouin II. — 1223-1251.

Il était fils de Baudouin Borluut, avoué de S. Bavon : il eut pour prieur un moine nommé Siger.

L’avoué Borluut, abusant de sa position vis-à-vis de son tils, ne voulut pas qu’il imposât ses sujets, pour aider à payer la rançon que le roi de France exigeait du comte Ferrand. Son épouse, la comtesse Jeanne, dut intervenir pour lever cet obstacle en 4226 (a). Hugues II, châtelain de Gand, renonça volontairement à toutes les réclamations qu’il avait élevées au sujet de son avouerie, dans les paroisses de Mendonc, Evergliem, Wondelghem et Ekkerghem : c’est la première mention que nous en ayons rencontrée. Hugues se réserva par la même charte dans ces villages un droit qu’il nomme custodia, « quae vulgo dicitur pratrie. » C’était un office d’un ordre inférieur, dont le titulaire se nommait pratere, scutator, homme armé, et qui était spécialement chargé de la garde des prairies.

Le pape Innocent IV, qui avait permis à l’abbé de S. Pierre, sur la demande de celui de S. Bavon, de modiiier les peines prescrites par la règle de S. Benoit, prit aussi l’abbaye sous sa protection spéciale et lui confirma tous ses biens meubles et immeubles et lui permit d’acquérir des dîmes, dans l’évêché de Tournai, dans les paroisses qui n’étaient pas soumises à son patronage, à condition que les curés y consentissent et qu’elle constituât caution de les rendre au prix coûtant, si ceux-ci venaient à les réclamer.

Hildegonde, dame de Melle et veuve du seigneur de Roden , et son fils Rodolphe, qui avaient exempté quelques-uns des manoirs de l’abbaye, situés au pays d’Alost, du paiement du tonlieu qu’ils percevaient au pont de Brabant à Gand, ne voulurent pas accorder la même faveur à un autre manoir de l’abbaye, sis au même pays. Il intervint une transaction sur ce refus et des arbitres décidèrent que l’abbaye n’était soumise à aucun droit, pour les denrées et autres objets, qui lui étaient envoyés de son courtil de Gontrode; le droit des parties étant réservé pour les provenances des autres courtils de l’abbaye. Réserve assez singulière en présence de l’affranchissement que l’auteur des opposants avait accordé en 1244 à l’abbaye pour quatre de ses manoirs au pays d’Alost, et qui nous ferait croire qu’à cette époque les fils ne se croyaient pas liés par les engagements contractés par leurs pères.

La comtesse Jeanne intercéda pour S. Bavon auprès de l’archevêque de Reims, afin que l’interdit lancé sur le royaume de France, à cause de l’église de Beauvais, ne s’étendît pas jusqu’à cette abbaye, attendu qu’elle était située dans l’empire. L’archevêque ne prit pas de décision à cet égard, mais l’évêque de Tournai annonça au doyen de la chrétienté à Gand, que rien ne s’opposait à ce que l’office divin y fut célébré.

L’abbé Baudouin concourut à la fondation de plusieurs institutions d’utilité publique : il donna son assentiment à la translation de l’hospice de Ste Marie de la paroisse de S. Michel dans celle de S. Martin, à Ekkerghem. L’évêque de Tournai, Wautier, qui approuve ce déplacement, consentit en 4228 aux conditions qui y étaient apposées, ainsi qu’à la fondation d’une communauté de religieuses de l’ordre

(<*)1 V/Diericx, Mém. sur Gand., t. I, p. 259.

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de Liteaux, sous le nom du Port de Marie, pour le service de l’hôpital; ces saintes filles acceptèrent en 1230 ces conditions, quelques rigoureuses qu’elles fussent. Dans la suite l’abbaye leur vendit les dîmes d’environ sept bonniers et demi de terre, nommés Biloke, et de quatre bonniers d’un terrain accidenté, terre montium juxta idem monasterium, au prix d’une redevance annuelle de 20 sols. La chapellenie, fondée dans l’ancien hôpital, fut aussi transférée dans le nouveau.

L’abbé approuva l’érection du grand Béguinage à Gand, tout en s’y réservant son patronage; il permit d’y bâtir une chapelle, avec cimetière pour les béguines, sous réserve des droits du curé de la paroisse. 11 y fonda même une chapellenie avec un revenu de quinze livres, qu’il assigna sur des poldres situés dans le métier d’Assenede entre Hage et Triest, du côté de Mendonck. Les proviseurs, qui devaient payer à l’abbaye, en reconnaissance de ses droits, une somme d’un écu d’or, de la valeur de cinq sols, avaient le pouvoir d’en révoquer le chapelain. La comtesse Jeanne, toujours empressée de seconder la création d’établissements utiles, approuva non seulement la création de cette institution, mais s’occupa elle-même de l’appropriation et de la construction d’une manse à l’usage des béguines, « in manso, dit-elle dans un acte du mois d’août 1242, quem ad opus earum, extra Gandavum, contrui fecimus » (68). Enfin l’abbé lit construire une maladrerie à Rodenbourg, et les échevins de cette ville s’obligèrent à constituer une rente au revenu de quinze livres, pour l’entretien du chapelain, qui y faisait le service.

Nous avons vu que Philippe, marquis de Namur, avait abandonné à l’abbaye en 1211 le droit de patronage qu’il possédait sur l’église de Biervliet; un de ses descendants, Baudouin de Courtenay, empereur de Constantinople, avait perdu de vue cette donation, et sa réclamation ne fut pas jugée fondée par Robert, avoué d’Arras, et Arnould d’Audenarde, à l’arbitrage desquels il s’était référé (mars 1240).

Le curé, qui avait la direction canonique de l’île de Cadzand, n’y résidait pas et bien souvent le mauvais temps l’empêchant d’y aborder, le service divin restait ainsi en souffrance. Les habitants prirent le parti de s’adresser à l’abbé, pour le prier de vouloir nommer un second curé. L’abbé, quoiqu’il fût décimateur dans cette île, tâcha de se soustraire à cette juste réclamation; mais l’évêque de Tournai, Wautier de Marvis, parvint à aplanir la difficulté. Il fut convenu que, sans porter atteinte aux prérogatives de l’abbaye, elle payerait au second desservant, qui y serait nommé, une somme de

huit livres; qu’en outre deux livres lui seraient payées par le curé en fonctions et cinq par la paroisse;

qu’à ces conditions il devait aider le curé ou le suppléer en cas d’absence (1251).

Quelques habitants de Roubaix, de Tourcoing et des environs s’étant jetés sur le village de Waterlos, à main armée, y démolirent la maison d’Olivier Le Ariveil, un des serfs ou liostes de l’abbaye. Plusieurs de ces coupables, ayant été convaincus de ce méfait dans une franche vérité, furent condamnés à constituer caution pour leur conduite future, et il fut déclaré qu’eux et leurs biens seraient mis à la merci de l’abbé, dans le cas où ils se livreraient encore à de pareilles violences. La comtesse

Jeanne, qui avait déjà témoigné en maintes circonstances de son bon vouloir pour l’abbaye, ordonna

aux seigneurs desdites villes de mettre ce jugement à exécution et de contraindre les coupables à indemniser l’abbaye, pour les pertes qu’elle avait essuyées.

Le 6 juillet 1251 l’abbaye paya au comte Ferrand une somme de cent cinquante livres d’Artois, par suite d’un accord conclu entre les habitants de S. Bavon et ceux de Gand : il en remit un tiers à un personnage qu’il nomme Engelram, et les deux autres tiers au seigneur de Gistelles (69). Cette charte ne s’explique pas au sujet du débat qui donna lieu à la conclusion de cet accord.

L’abbaye acquit à litre gratuit, de 1228 à 1259, des dîmes, dont le produit était d'une grande importance, à Wevelswale, à Dackenham, à Lokeren, à Essche, à Deurle, à Rontslo et à Winthi; plusieurs

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de ces dîmes furent affectées spécialement par l’abbé au service de l’aumônerie. Les donations en biens immeubles, durant l’administration de cet abbé, ne furent pas considérables : la comtesse Jeanne lui fil don cependant d’une chapelle, au hameau de Hoilonc, avec quelques bonniers de terre dans le voisinage («) : d’autres personnages lui donnèrent des terres à Ilode et à Erve, celles-ci à charge d’un service anniversaire.

Grâce aux largesses qui avaient été faites à l’abbaye, elle avait acquis une haute position de fortune, qui la mit à même de profiter de l’état embarrassé, dans lequel la guerre sainte avait entraîné maint puissant baron. A partir de cette époque elle fit des acquisitions importantes à Ilelchin; à Bocbout; en Brabant, la bruyère d’Oudenmeersch; à Papingloo, 404 bonniers de bruyères, à charge d’une redevance annuelle de six deniers par bonnier, en sus d’un prix non spécifié. En 1240 elle acheta le Grand et le petit Weert, situés entre Tamise, Bornent, Hamme et Tbielrode, pour une redevance annuelle de 12 livres, aussi longtemps qu’ils ne seraient pas endigués; de 20 livres, si l’un d’eux était mis en culture, et de 40 livres, au cas où tous les deux le fussent, redevance qui fut réduite en 1254, au mois de février, à 16 livres. A cette époque (1240), les Weert formaient une île [b), entourée par l'Escaut et la Dorme, « Scahle et Dorme, aqna undiqne interclusum; » mais aujourd’hui la Donne n’y touche plus, l’Escaut seul les borne au nord et à l’ouest (c). Les vendeurs se nommaient Wautier et Egide Van Coudenborch; ils appartenaient à une ancienne famille, dont la seigneurie de ce nom se trouvait près de Tamise, et s’étendait sur le territoire de Tbielrode, Lokeren et Basele ( d ).

Durant la même année, le comte Thomas et Jeanne de Flandre, son épouse, vendirent à l’abbaye 1152 bonniers de bruyère dans le pays de Waes, entre Terlicht, Coudenborne, Vevorde et le chemin d 'Exaerde et de Raveglicndonc, au prix de 20 sols par bonnier et d’une redevance d’un denier par bonnier. Les vendeurs ne s’y réservèrent que le droit de haute justice, et ils eurent soin de faire renoncer tous les seigneurs aux droits qu’ils avaient à y faire valoir. L’abbé racheta aussi le manoir de Caneghem, qu’il avait donné à titre de fief à Wautier de Courtrai, et fit l’acquisition de la moitié des dîmes de Zcdelghem et de celles des paroisses de Notre Dame, à Terstrep, à Adendijck et à Rondslo, au hameau de Oudewael. 11 prêta même de l’argent sur des dîmes à Assenede et Biggendilve, à Lalhem S. Martin, à Vronendike et à Moerkercke. Nous trouvons dans un dénombrement fait vers 1227 que l’abbaye possédait à Cadsand, outre ses redevances en nature, des biens qui lui rapportaient 150 livres de revenu; à Everghem et environs, 280 livres; à Monecwerve, 47; à Wevelswale et Boutersande, 120; à Lathem, 5, et à Oostburg et Ysendike, 250 livres.

Le comte Thomas, après son mariage avec la comtesse Jeanne, fut forcé de faire des emprunts considérables, afin de remplir les obligations que son épouse avait contractées pour payer la rançon de son premier mari. II eut aussi recours au trésor de l’abbaye, et malgré les ventes considérables qu’il fit à l’abbaye, il lui resta encore redevable d’une somme de 1000 livres d’Artois, pour garantie desquels il engagea le produit des impôts de son espier à Fûmes.

Le pape Innocent III donna à l’abbaye une nouvelle source de richesses, en l’autorisant à reven-

(a) La charte dit Onlendc, Nietland, ce qui n’est pas cultivé, bruyère. Charles-le-Bon explique le mot Wastina dans un diplôme de 1 1 19 : « Duas garbas tolius solitudinis seu deserli, quod teutonieé vocatur Uüand scu Wastina. v

(b) C’est la signification du mot Wcerdt.

(c) Lindanos, de Tencraemunda, p. 110, n° SG, explique ainsi cette dérivation : « Id autem inde vere simile; ad illud usque tempus Scaldum, juxta banc arcem veterem tenuisse alveum : Durmam vero Temseeam eisque lluxisse et ibi demum ubi nunc catharacta est, Scaldi junclum. »

{d) Y. Yan de« Bogaerde, District van S. Nicolaes, vol. 1, Introd., p. 2; vol. III, p. 2G3 et ciOG.

ABBAYE DE S. BAVOtf.

diquér tous les biens meubles et immeubles, à l’exception des fiefs, appartenant à ses religieux qui avaient prononcé leurs vœux, pour les réunir à ses domaines. Cet important privilège porte la date de 1248 (69). Ce fut l’année suivante que commença la série de procès que l’abbaye eut à soutenir et des difficultés de toute nature, qui lui furent suscitées pour un de ses plus riches domaines, la seigneurie de Waterlos. La comtesse Marguerite fut la première qui tenta de porter atteinte à ses prérogatives, en prétextant qu’elle avait le droit d’y exercer la haute et basse justice; mais des arbitres, appelés à décider sur cette grave question, déclarèrent la comtesse non recevable.

Malgré les importantes acquisitions dont l’abbé avait enrichi son monastère, il avait encore trouvé moyen de se ménager des ressources pour augmenter et embellir ses édifices. Les chroniques de S. Bavon disent qu’il fit construire de vastes bâtiments, mais elles n’en ont indiqué ni l’usage, ni la situation : l’ancien réfectoire, qui fut remanié au XVe siècle et transformé aujourd’hui en église; la belle cave en ruine (pi. 27), dont la voûte en berceau s’appuyait sur de fortes colonnes cylindriques, à chapitaux ornés de crochets et reliés entre elles par des arceaux surbaissés, ont probablement été bâtis par lui. Au-dessus de cette cave, qui était l’un des celliers de l’abbaye, se trouvait une vaste salle nonvoûtée, dont les fenêtres à tiers-point sont ornées d’une archivolte à moulure dentelée. Les souterrains sous le réfectoire sont de la même époque, mais ont subi des changements. Leur voûte est aussi en berceau, soutenue par des pieds-droits chanfreinés. Ils ont un tailloir du côté des cintres, mais pas sur leurs autres faces. Ces pieds-droits, qui sont placés longitudinalement, séparaient ces souterrains en deux parties. Une partie des voûtes de ces souterrains fut renouvelée à l’époque de la construction des cloîtres, qui existent encore en partie : cela nous semble hors de doute, car la clef de voûte, où l’on voit sculpté un lion, est semblable à celle de ces cloîtres. La voûte de la cave, où l’on a accès par une belle porte ogivale à crochets, du côté de la plaine, est très-remarquable par son travail. Elle est soutenue par une colonne, qui supporte les nervures croisées ou augives, qui dessinent sur la voussure des compartiments très-compliqués.

Baudouin fut le premier abbé de S. Bavon, qui employa les paroles sacramentelles « permissione divina abbas S. Bavonis, » dans les chartes qu’il fit expédier; après une glorieuse et utile gestion de vingt-sept années, il mourut le 13 juillet 1251 : il fut inhumé dans l’église de l’abbaye, à la droite du mur de l’abside derrière le maître-autel, supra presbiterium.

Théodore. — 1251-1262.

Cet abbé naquit à Maîdeghem, près d’Ardembourg. 11 fut constitué en dignité immédiatement après la mort de son successeur. Son scel existe encore, il est conservé au cabinet d’antiquités de l’Université de Gaud.

La discipline et les mœurs n’avaient pas gagné à l’accroissement des richesses de l’abbaye. Le légat du pape, évêque in partibus de Tusculum, avait dû s’immiscer dans l’administration de l’abbaye et infliger des peines extraordinaires aux moines qui se refusaient à prendre leurs repas en commun ou à se rendre aux réunions générales et à l’église, aux heures des prières. 11 avait puni chaque heure d’absence au chœur et aux réunions capitulaires, par autant des jours de privation de vin. Les moines, qui sans permission, ne venaient pas aux repas en commun, devaient manger dans le réfectoire durant deux jours à terre et sans nappe.

L’abbé, doutant de l’efficacité de ces peines rigoureuses, qui avaient terni la réputation de ses moines au point qu’on n'osait plus exercer l’hospitalité dans son abbaye, porta ses doléances aux pieds du

ABBAYE DE S. B AVON

pape Innocent IV. Celui-ci, après avoir pris des informations, ordonna à Wautier, évêque de Tournai, le 12 avril 1252 (70), de permettre à l’abbé Théodore de n’appliquer ces peines que jusqu’à certain point. Mais cette mitigation ne parut pas suffisante à l’abbé, qui craignant que l’aggravation des peines de la règle de S. Benoit ne fût plutôt nuisible qu’utile à la discipline, s’adressa de nouveau à son successeur, Alexandre IV. Ce pape sut apprécier les raisons qui guidaient l’abbé dans sa demande, et considérant « quocl expedil calamum quassatum non conteri, nec in erasione eruginis vas non frangi, » il l’autorisa en conséquence à exempter ses moines de l’accomplissement des articles de leurs statuts, qui n’étaient pas fondamentaux et dont l’exemption n’était pas défendue par la règle même, et des autres prescriptions des papes et de leurs légats. Cette bulle porte la date du 22 décembre 1255 (71).

Ce pape permit aussi à l’abbaye de prélever les dîmes des novules, dans les paroisses dont elle avait le patronage, dans la même proportion que des anciennes terres et même d’y racheter les dîmes des laies; prérogatives qui furent confirmées dans la suite par Alexandre IV, qui donna même une plus grande extention à ce dernier avantage, puisqu’il lui permit d’en acquérir, sous certaines conditions, dans les villages où le patronage ne lui appartenait pas.

Les grandes dépenses que les évêques, leurs diacres et d’autres dignitaires de l’Eglise se permettaient de faire dans les abbayes qu’ils allaient inspecter, étaient souvent excessives. C’était un abus auquel Innocent IV voulut mettre un frein, en limitant ces dépenses au taux de 4 marcs d’argent et en mettant à leur charge toute dépense supérieure à ce chiffre. Toutefois cette taxation n’était pas rigoureuse, mais subordonnée au plus ou moins de ressources des établissements visités (72).

Le trésorier de l’abbaye rencontrait souvent de grandes difficultés pour recouvrer le paiement des redevances dues par les censitaires et d’autres détenteurs des biens de l’abbaye : elles étaient arrivées au point que l’abbé dut s’adresser à la cour de Rome, pour solliciter son intervention. Alexandre IV s’empressa d’ordonner au doyen de l’église de S. Pierre, à Lille, d’annoncer au prône, que, sous peine d’excommunication, tons les débiteurs de l’abbaye devaient déclarer, dans un certain délai, les sommes dont ils étaient redevables et faire connaître les biens, appartenant à l’abbaye, qu’ils avaient en leur possession. Ce pape fit aussi quelques innovations aux constitutions canoniques en faveur des moines de S. Bavon, en leur permettant de se couvrir durant le service divin et les processions (a), à cause de la rigueur du climat (1259), et de célébrer le sacrifice de la messe dans leurs manoirs et dans leurs granges, quand ils se trouvaient à une trop grande distance des églises paroissiales (1261). Cette dernière bulle ne faisait que confirmer, mais d’une manière générale, l’autorisation qui leur avait été donnée par Gautier, évêque de Tournai, pour leurs manoirs à Courtrai, Wulfsdonc, Broec, Velthem et Wert (1255, 30 mars).

Le pouvoir épiscopal, qui avait sans cesse tenté de s’ingérer dans les affaires intérieures des institutions monacales, reçut un rude échec à propos des nouvelles exigences que Gautier De Croix fit valoir. Dans les premiers siècles du christianisme, quand les monastères se formaient spontanément, ils étaient placés sous la surveillance directe des évêques, comme tous leurs coreligionnaires , et à leur égard les évêques n’étaient investis d’aucun pouvoir spécial. Dans leur état primitif, l’indépendance de ces institutions était semblable à celle des autres laïques, et bien des monastères dans ces temps n’avaient pas même d’églises séparées. Mais quand l’influence de ces corporations vint à s’aug-

(“) Sanderus rapporte que le même pape les avait déjà autorisés dès 1255 à se vêtir d'habits fourres durant le service divin, u Ut pellilis vestibus vicini mari in divinis uti possint. •> Cette charte est datée, dit-il, de Viterbe du 3 des ides d avril, la quatrième année de son pontificat. Nous n’avons pas rencontré cette charte dans les archives de l'abbaye.

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inenter, et que le clergé séculier comprit qu’il avait là des redoutables rivaux, il s’appliqua avec sa sagacité ordinaire, à les contenir. La surveillance morale et religieuse, que les évêques avaient à exercer sur tous les fidèles, leur fournissait mille moyens pour intervenir dans les affaires des monastères : les actes des conciles abondent en canons, qui n’ont pour objet que de les placer sous la jurisdiction des évêques. Et si jusqu’à certaine époque, les monastères avaient pu se fonder par la seule volonté des moines, les conciles finirent par défendre tout nouvel établissement sans l’intervention épiscopale. A chaque concile l’autorité des évêques prit une nouvelle extension, et quoique les canons ne continssent rien de bien précis, l’autorité des évêques sur l’institut monacal se trouva établi. Malgré cela, l’abbaye de S. Bavon n’avait jamais souffert que les évêques s’ingérassent dans l’examen de ses affaires temporelles, point sur lequel ceux-ci n’avaient jamais insisté. Mais Gautier De Croix ne voulut pas faire d’exception à l’égard de l’abbaye de S. Bavon, et demanda à connaître la situation de ses affaires : l’abbé Théodore s’opposa à cette exigence inusitée et s’adressa au pape, pour le prier d’approuver en principe son opposition. Alexandre IV, prenant en considération l’état prospère de cette institution et afin qu’on n’en arguât pas pour lui imposer de nouvelles charges, défendit virtuellement à l’évêque d’exiger que l’abbaye lui fit connaître l’état de sa fortune (73).

A l’occasion probablement d’un nouvel avantage accordé à l’abbaye par l’affranchissement du droit de tonlieu, qui se percevait au passage de la ville d’Anvers sur les vins et autres denrées (74), les échevins de Gand s’adressèrent à la comtesse Marguerite , pour lui demander qu’elle voulût bien défendre à l’abbaye de faire le commerce des vins, commerce qu’elle était à même de faire avec un immense avantage, à cause de l’exemption de tonlieux dont elle jouissait tant dans l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Mais ce fut en vain : après avoir entendu les parties, la comtesse décida que non seulement S. Bavon, mais aussi S. Pierre, à Gand, étaient en droit de vendre du vin (a).

L’ordonnance politique de Marguerite et de son fils Gui de Dampierre, par laquelle ils réduisirent à une simple redevance et au meilleur meuble, le droit régalien dont ils avaient toujours joui de dépouiller leurs serfs de la moitié de leur avoir en cas de mort, n’eut aucune influence sur le sort des serfs de l’abbaye, parce que cette ordonnance ne concernait que les serfs de leurs propres domaines. Mais si un individu encore en servitude venait à mourir à S. Bavon, ses héritiers étaient en droit de réclamer les bénéfices de cette disposition, s’il était attaché aux domaines propres de la comtesse.

G’est à l’année 1232 que nous rencontrons la première mention d’un officier de l’abbaye, nommé écoutète, schoul, scultetus. Les colons serviles d’une exploitation agricole de peu d’étendue étaient justiciables par le maieur ou villicvs, préposé aux travaux, qui était encore chargé de l’exécution des jugement et du recouvrement des amendes, avec les serviteurs du domaine. Mais dans une vaste exploitation le mayeur était remplacé par un écoutète, qui remplissait les fonctions de juge : c’était l’officier du seigneur à 1 égard de ses tenanciers en villenage, comme le châtelain était son officier vis-à-vis des hommes libres et des nobles (b). Quoique les fonctions de l’écoutête devinssent presque sans objet, du moment que le bailli succéda aux avoués et fut préposé aux tribunaux, dont la compétence s’étendait sans distinction sur les personnes libres et serves, elles furent maintenues et subordonnées aux baillis, qui eurent l’ensemble du pouvoir exécutif dans leur ressort. Philippe d’Alsace, qui arrêta les attributions des baillis de Flandre par une ordonnance de 1178, n’avait rien décidé sur les prérogatives des écoutêtes. Aussi les exigences de ces officiers donnèrent-elles lieu à bien des difficultés :

(а) V. Diericx, I, 302, note 2.

(б) II ist. de la Flandre, par M. Warnkoemg, t. Il, p. J 08.

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l'officier qui remplissait ces fonctions en 1252 à S. Bavon, se nommait Gilise. 11 désira que ses fonctions et ses prérogatives fussent déterminées : pour arriver à cette fin, l’abbé et lui chargèrent des arbitres de les établir. Ce furent les seigneurs Guillaume de Maldegem, Hugues de Steeland et Volcoûts Meyer, de S. Bavon. Leur décision porte la date du 5 mai 1252 : les droits et prérogatives de cet écoutéte, qui s’intitule écoulêle de S. Bavon, y sont longuement énumérés; il percevait même un tantième sur le droit de meilleur catel et sur le produit du balfaert. En 1288, le même Gilise, ou peut-être son fils, tenait en fief Vécoutétat de Houtliem S. Liévin : cet office s’étendait sur trois villages, Houtliem , Vlierzeele et Bavegliem. Dans l’arrangement qui fut arrêté à cet égard, on ne fait aucune mention des affaires qu’il avait à poursuivre; mais on détermina le droit qu’il pouvait percevoir pour les divers actes judiciaires qui tombaient dans ses attributions, tels que les saisies, les bornages, les vues de lieux, la visite des cours d’eau, des ponts, etc. Sa quote-part dans les amendes prononcées s’élevait au tiers. 11 avait aussi à soigner pour l’entretien des personnes incarcérées, qui de ce chef lui payaient trois sols par jour (75). L’abbé avait eu occasion de racheter cette avouerie, cédée à titre de fief par Gérard, seigneur de Rode, au chevalier Gérard, seigneur de Berleghem (1252, 25 octobre), et une autre à Bochoute, près d’Anvers, qui se trouvait entre les mains du chevalier Gérard De Butslaer, qui le tenait lui-même en fief de son frère. La vente de l’avouerie de Houtliem fut précédée de l’acte d’approbation de la part du seigneur de Rode. Le même seigneur vendit aussi à l’abbaye l’alleu nommé Bursebeke, situé à Paulhouthem, avec la haute et basse justice et quelques redevances en nature et en argent. En outre dans le même acte, il se reconnut débiteur, ainsi que son épouse, d’une somme de 175 livres de Flandre, pour sûreté de laquelle il constitua des cautions, et Baudouin de Rode y affecta tous scs biens, renonçant d’avance à tous les droits qu’ils pourraient exercer sur cet alleu du chef de donation anti-nuptiale. Le prix de la vente de cette avouerie et de l’alleu de Bursebeke fut évalué en 1252, par l’abbé de S. André, à Bruges, et par le seigneur de Maldeghem, en qualité d’arbitres, à la somme de 590 livres de Flandre, plus 10 livres pour les menus-plaisirs ou les joyaux de la dame Béatrix, épouse du vendeur (7G).

L’abbé avait toujours vu avec chagrin que les dépouilles mortelles du premier abbé du monastère, Florbert, étaient foulées aux pieds depuis près de six siècles, sans qu’on eût jamais songé à les placer dans un sarcophage. Le chroniqueur Thielrode s’exprime ainsi à cet égard : « Jacens sub pedibus omnium transeuntium ante locum ubi solet aqua benedicti recipi, qui locus primitus fuit antè magnum altare S. Pétri... » C’était dans l’église primitive, construite par S. Amand, probablement à l’endroit où l’on voit maintenant la crypte de la Vierge, que se trouvait cet autel de S. Pierre et que Florbert avait été enterré. L’abbé, après avoir pris l’avis de ses moines, fit lever la pierre sépulcrale qui couvrait les restes de cet apôtre; on trouva que sa tète reposait sur un carreau de marbre blanc, avec cette inscription : « Hic requiescil Florbertus abbas Garni, coenobii. Ob 8V0 idus oclobris. » Ces restes vénérables furent levées de terre et placées sous la paroi d’un des murs, où l’on scella la pierre trouvée sous sa tête. Cette cérémonie eut lieu en 1258, en présence de la communauté de S. Bavon et du prieur de l’abbaye de S. Pierre à Gand, Hugues De Hoestborch, et de trois moines du même monastère.

Gomme Florbert avait été abbé en même temps de ces deux institutions, elles prétendirent toutes les deux posséder le tombeau de leur premier prélat; des difficultés interminables en surgirent, on accusa même les moines de S. Bavon de fraude et de supercherie. Mais c’est un point qui est victorieusement réfuté par la simplicité du récit de Thielrode. Les chroniqueurs de S. Pierre ont avancé un fait, dont la fausseté peut être constatée tous les jours : n’ont-ils pas écrit que les moines de S. Bavon mirent sous la tète de Florbert une pierre portant le millésime de 6-42, avec le restant de l’in-

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scription rappelée plus haut? Or cette pierre existe encore : conservée d’abord aux archives de la cathédrale, elle est maintenant au cabinet d’antiquités de l’université de Gand; elle ne porte aucune trace de ce millésime, qui du reste n’est pas exact. En comparant le récit du chroniqueur de S. Pierre avec celui si simple de Thielrode, qui assista peut-être à la cérémonie, et qui tout au moins rapporte un fait arrivé de son temps (et il eut été bien hardi de l’avancer, s’il avait été faux), il devient évident que l’abbé Florbert fut enterré à l’abbaye de S. Bavon et non à celle de S. Pierre (a]. Cette pierre réduite au tiers de sa grandeur, est représentée sur la planche 4, lettre A. Elle porte encore les traces, assez compactes, du ciment qui servit à la sceller dans le mur, et au revers l’entaille d’une rainure. Sur le mot hic, qui est abrévié, on remarque des traces de cinabre; ce qui fait supposer que les autres lettres de l’inscription étaient aussi incrustrées de couleurs.

L’abbé Théodore était un homme fort instruit et d’un commerce agréable; il mourut le 12 août 1262. On l’ensevelit devant l’autel de la chapelle de S. Benoit, qu’il avait fait restaurer et embellir.

Jean. — 1262-1295.

Il était fds d’un des fermiers de l’abbaye, son nom de famille était Vromand. Thielrode parle de ce prélat avec éloges : c’était un homme doux et d’une moralité exemplaire. Le chapitre l’éleva en dignité au mois de mai 1262 « infra octavas assumptionis S. Mariae. » Il fit dans son abbaye d’utiles constructions; il plaça de nouvelles voûtes sur le côté droit de l’église abbatiale, novas lapideas woutas construxit; expression qui présuppose l’existence de voûtes antérieures, mais l’emploi du mot lapidea peut aussi faire croire que la couverture de l’église n’était qu’un simple lambris. Il bâtit aussi le manoir de Ghisenzele, et une grande partie de celui de Loochristi; d’autres manoirs enfin de l’abbaye lui sont redevables d’importantes améliorations [h).

L’un des abbés de S. Bavon réduisit au meilleur meuble les redevances foncières dues par les serfs de l’abbaye, qui exploitaient des terres mises en jachère : « Eer daht aile sine dienstliede selle ten hcsten hooftstoele (c), » dit la charte du 5 mai 1252 (d). C’était un avantage si l’on considère les redevances dont ils étaient accablés avant cette époque, mais moins grand que celui que le châtelain de Zélande, le seigneur de Yrome, accorda aux habitants de ses domaines payant un cens à l’abbaye, en les affranchissant de l’impôt du meilleur meuble en cas d’obit (1275).

L’abbé avait songé à occuper ses religieux, dans leurs moments de loisir, d’une manière utile, en les instruisant. Il n’ignorait pas que le concile de Latran, tenu en 1179, enjoignit aux chapitres, tant des cathédrales que des monastères, de nommer des théologiens, pour enseigner l’Écriture sainte et tout ce qui concernait les intérêts spirituels. L’abbé désira mettre à exécution cette sage mesure, qui n’obtint cependant pas l’approbation de tous ses religieux. 11 s’adressa néanmoins au pape Urbain IV,' qui lui permit de nommer un docteur en théologie pour professer le droit canon dans son monastère, à condition de le rétribuer convenablement sa vie durante, sur sa manse particulière (an. 1262).

Des personnes charitables fondèrent vers 1279 un hospice, sous l’invocation de S. Jacques, dans la seigneurie de Nieuland, situé dans le quartier de la Muyde, à Gand. La chapelle n’était pas achevée à cette époque, puisque le pape Nicolas Iü accorda des indulgences en faveur des personnes qui contri-

(a) V. Meyer, Annal., année 1258, et Messager des Sciences et des Arts, année 1829-1830, p. 1.

(b) Thielrode, p. 25.

(e) V Kiliaey, verbo hooftstoele, p. 246.

{d) Y. Diericx, Chartcrboehje, p. 6 in fine.

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hueraient à son achèvement par des aumônes, et que le 20 mai 1280 l’évêque de Tournai permit de l'aire une quête à cette fin. Elle fut assez productive pour qu’on pût l’achever quelques mois après : car dès le 18 septembre suivant, le même évêque permit d’y célébrer l'office divin et autorisa les proviseurs de l’hospice à y fonder une chapellenie, dont le titulaire était à la nomination de l'abbé, comme patron du lieu. On n’attachait pas alors la même signification qu’au j ou rd’h ui au mot hospice; dans ces temps un hospice était formé de quelques habitations séparées et occupées chacune par un prébendier; la vie en commun y était inconnue. L’hospice de S. Jacques, ainsi que plusieurs autres petits hospices de la ville de Gand, est encore ce qu’il était il y a six siècles, une réunion de masures, qu’on est à la veille de reconstruire. On ne voit plus de traces des constructions primitives de cet hospice.

Les religieuses de Sle Claire avaient jeté les fondements, en 1280, d’une chapelle et d’une maison conventuelle sur un alleu (a) de l’abbaye, situé à Gentbrugge. L’abbesse n’obtint Yexequalur de l’abbé de S. Bavon, qui avait le patronage de ce village, qu’à des conditions plus rigoureuses qu’à l’ordinaire. Elle devait payer annuellement un denier, une obole d’or ou malge et quarante sols de monnaie légale; il lui était défendu d’acquérir des biens-fonds, dîmes et redevances foncières, dans les villages dont l’abbé était le patron, sans la permission de celui-ci, à l’exception de biens provenant de succession de père ou de mère, échues aux religieuses. Dans ce cas, elle devait désigner une personne ( homme mort ou vivant, comme on le disait alors), qui répondît des impôts et redevances dus par ces biens, et du trentième denier de leur valeur, à l’envoi en possession. En compensation de ce dernier droit, l’abbé lui permit de prélever à son profit celui de mutation, si on vendait ces biens. Il était stipulé en outre qu’au cas où la nouvelle maison conventuelle fût déplacée, la redevance des quarante sols n’en serait pas moins due, et que si on la transférait hors des limites de la paroisse de Gentbrugge, l’abbé aurait droit non seulement aux redevances stipulées, mais aussi au trentième denier de tous les biens de la corporation, à l’exception de ceux acquis par succession. Ce n’était pas tout : l’abbé s’était en outre réservé la nomination des titulaires des chapellenies qui y seraient fondées, et le curé de la paroisse pouvait demander, pour ses droits paroissiaux, une somme de vingt sols tournois par an. L’abbesse ne se soumit à ces dures conditions qu’en J 288, et quelqu’exhorbitantes qu’elles fussent, elles furent approuvées par Guillaume, évêque de Cambrai, et par le pape Nicolas IV.

Le hameau de Seven-Eecken n’avait pas de chapelle en 1281 : ce fut dans le courant de cette année (26 juillet) que Guy, comte de Flandre, donna à quelques habitants de Lokeren et d’Exaerde un demi-bonnier de terre dans ce village, pour en élever une. En 1288 cette chapelle était bâtie, puisque l’abbé approuva alors la donation qui lui avait été faite de plusieurs immeubles situés dans la seigneurie de Meerhoute et ailleurs, pour l’élever au rang d’église paroissiale, dont la fondation avait été approuvée l’année précédente par Michel de Warenghien, évêque de Tournai.

Un document, qui se trouve aux archives de l’administration des hospices de la ville de Gand, peut faire croire qu’il existait déjà en 1215 une communauté de femmes, dans l’enclos dit Poortackere. Cette pièce concerne la vente de 40 bonniers de bruyères à Waerschoot, faite à une femme nommée Marguerite, par la comtesse Jeanne, et qu’elle qualifie de puellae meae (“7). On nommait alors Poortackere, tout le quartier situé hors de la porte de Thorholt, huuten torren, quartier qui s’étendait assez loin, puisque le fief nommé Spiegelhoven, se trouvait dans sa circonscription. Quoique l’acte de fondation de l’hospice du Poortackere ne soit pas parvenu jusqu’à nous, nous croyons qu’il doit son origine à l'inépuisable bienfaisance de la comtesse Jeanne, qui y érigea un hôpital pour ces malheureuses filles de familles réduites à la misère, par les folles dépenses où les guerres saintes avaient entraîné leurs

(a) Dans l’octroi, le mot allodium est traduit par eygendom.

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pères. Dans un rapport adressé en 1787 aux. vicaires de l’évêché de Gand, les administrateurs de cet hospice, Antoine De Draek Van der Camer et le comte Charles Joseph de Lichlervelde, disent que les Béguines de la Vierge d e ter Moyen, à Gand, avaient acquis en 1260 un terrain situé au Poortackere et qu’elles y construisirent une maison ou une infirmerie pour les Béguines pauvres et infirmes. Il est possible que cela soit, mais nous n’avons rencontré aucune pièce qui le constatât; toutefois, c’est sous le titre de Béguinage que cette communauté est désignée dans un acte de 1264, mois de mai, par lequel les curés de l’église de S. Jean, à Gand, donnent aux directrices Gertrude et Avesoete un terrain, qu’ils possédaient au Poortackere, pour y élever les bâtiments nécessaires à l’usage de leurs sœurs, et en outre une rente de 8 sols de revenu (78). Elles y construisirent une infirmerie et la comtesse Marguerite y fit transporter les malades et infirmes des béguinages de Ste Elisabeth et de Notre Dame de Terhoyen, qui faute de pouvoir y être soignées, avaient été forcées de chercher un asile en ville (1278, juin). Le mois suivant, cette résolution fut confirmée par le comte Guy. L’abbé de S. Bavon vendit à cette institution le tiers d’un bonnier de terre, sous condition de payer certaines redevances pour son droit de patronage et le rachat des dîmes : il leur céda en outre quelques parcelles de terre, situées hors de l’enclos, mais elles ne pouvaient bâtir ou acquérir d’autres biens sans son autorisation. L’abbé se réserva par le même acte la faculté de décider sur l’opportunité d’admettre dans cet hospice d’autres prébendiers que des béguines malades ou infirmes. La chapelle de cet établissement est dédiée à S. Aubert, et l’hospice est désigné quelquefois sous cette dénomination. La chapelle que nous y voyons aujourd’hui, est celle qui fut construite à la fin du XIIIe siècle; elle a subi depuis beaucoup de changements, mais les fenêtres, cantonnées de colonnettes surmontées d’arcs en ogive en briques, appartiennent à cette époque. Il existait dans cette église deux chapellenies, dont la dernière fut fondée par Everard De Grutere en 1539. La première donna lieu à des difficultés entre le titulaire et les directeurs de la maison, et que Louis de Crécy fit aplanir par son chapelain, Martin de Ilosdine, l’un des administrateurs de cette maison en 1534.

Philippe Mouskes, évêque de Tournai, approuva l’érection, autorisée par l’abbé de S. Bavon, d’un oratoire dans la paroisse de S. Michel par les Frères de l’ordre de Notre Dame du Mont Carmel, à la condition assez singulière de n’employer pour appeler les fidèles au service divin qu’une cloche de la même dimension que celle des Dominicains ou des Frères Mineurs, et sous les autres clauses de redevances généralement imposées à ces concessions. Il leur était défendu en outre de prêcher ou d’entendre la confession sans une permission spéciale. Cette autorisation n’était que précaire : elle était subordonnée au strict accomplissement des obligations imposées, parce que « prout alias visum est, quosdam in pedis fixatione mansuetos et humiles, postmodum pede jam fixo, insolentes fieri et rebellos » (octob. 1282). Ils avaient élevé leur chapelle sur un terrain qu’ils n’occupaient qu’à titre de bail : l’abbaye de Cambron en était propriétaire, elle l’avait acquis d’un Giselbert Bouck; Hugues, châtelain de Gand, cousin de 1 abbé Siger, lui en avait confirmé la possession en 1150. Ce ne fut qu’en 1287 que l'abbaye de Cambron donna ce terrain, qui ne lui était d'aucune utilité, aux Carmélites, qui y construisirent alors leur couvent (a). Leur église, dédiée à la Vierge du Mont Carmel, existe encore rue Longue des Pierres : il nous semble que c’est l’église primitive commencée en 1282. Elle est bâtie en briques; la iaçade est ornée de deux rangs de fenêtres, qui sont bornes, sauf celle du centre. Elles sont entourées d un bourrelet ou tore qui les encadre; au coin de l’édifice, audessus de la porte d’entrée, on trouve une tourelle octogone, ornée d’une moulure aux intersections des angles. A l’intérieur l’église présente trois nefs, qui ne sont pas voûtées, sauf celle de droite, qui est d’un ouvrage postérieur :

(a) V. Sanderus, Fland. illust. I, 133, éd. de Cologne.

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deux rangs de piliers octogones supportaient les arcades. Lors de la construction de la voûte latérale, les arcs furent divisées en deux arcatures, dont la retombée ne porte pas sur une colonne, mais se termine à la naissance de l’arc par un cul de lampe historié, suspendu isolément à environ 4 mètres du sol; ce remaniement, d’une construction peu commune, n’est pas ancien. L’église des Carmes était riche en boiseries sculptées, portes et retables d’une très-belle exécution. La porte d’entrée du chœur, véritable chef-d’œuvre de ménuiserie, fut enlevée par un brocanteur anglais, et six des huit confessionnaux, en style renaissance, à frises historiées, ainsi que la chaire de vérité, ornent maintenant l’église des Augustins en cette ville (Y. pi. 29;.

L’abbé consentit à ce que les dames Elisabeth et Adelize, supérieures du Béguinage à Ardembourg, y construisissent une nouvelle église : l’évéque Philippe Mouskes alla la consacrer en 1281, à la demande des curés de cette ville.

En dépit des ordonnances des empereurs, des rois et des papes, qui avaient confirmé l’abbaye dans la possession de ses biens et de ses revenus, les débiteurs de l’abbaye n’en étaient pas plus exacts à se libérer. L’édit de l'empereur Henri de 1193 et la bulle du pape Alexandre IV durent être publiées de nouveau en 1262; mais cette publication resta sans résultats. On se trouva donc dans la nécessité de réclamer l’intervention du pape Martin IV dans les affaires temporelles de l’abbaye : il ordonna à l’abbé de Tronchiennes de forcer, au moyen de la censure ecclésiastique, les laïcs, les personnes en religion, les nobles, les barons des diocèses de Tournai et d’Utrecht, de payer à l’abbaye ce qu’ils lui devaient pour l’usage de maisons, de vignes, de fermes, de moulins, etc., qui lui appartenaient.

Quelques donations en numéraire, des désistements de biens immeubles en sa faveur à Calf, à Sleydinghen, le don du manoir de Gothem, avec les terres et les redevances, qu’en dépendaient, l’acquisition à titre onéreux de l’écoutétat de Wondelghem en 1284, celle de la seigneurie de Meerholt, enclavée dans la commune d’Oostacker, vinrent augmenter les richesses territoriales de l’abbaye. Par la défense que la comtesse Marguerite intima en 1266 à Hugues, seigneur de Roubaix, d’acquérir des immeubles dans le rayon d’une lieue du manoir de l’abbaye à Waterlos, et par le désistement de celui-ci des prétentions qu’il faisait valoir sur l’exercice de la haute justice et des autres droits seigneuriaux audit village, l’abbaye put jouir paisiblement pendant quelque temps de cette seigneurie.

Dans le désir de terminer avec l’abbaye les difficultés sur la juridiction et les droits qu’ils avaient à exercer encore à Everghem, R.ase de Gavere et son épouse Béatrix chargèrent le chevalier Laurent de Semmerzake, maître Symon Talboom, Justaes de Ghentbrugghe, Gilles Yan der Hulst et Philippe Van Dale, d’arrêter les bases d’une transaction, et le 8 février 1275 ils fixèrent les droits respectifs des parties. Quelques années plus tard (1282, 7 septembre), les mêmes seigneurs vendirent à l’abbaye, pour la somme de 1200 liv. de Flandre, la haute justice, le droit d’échevinage, les hommages, les rentes, les deniers con claime deniers de pourcheaus, les hommes de fief, hostes et tous les droits féodaux quelconques qu’ils possédaient tant dans ce village qu’à Wondelghem, Sleydinghe, Meren, Everghem, S. Sauveur et Spoisbrouc, et l’écluse qu’ils avaient construite sur un alleu de l’abbaye, le tout comme ils le tenaient en fief de l’abbaye et de Robert, fils aîné du comte de Flandre, qui approuvèrent ce transport.

L’abbaye vers la fin du XIIIe siècle, avait encore des avoués dans quelques-unes de ses propriétés : elle eut même des difficultés à aplanir avec les héritiers de Woetin Baens, qui remplissait ces fonctions à Synghem : le doyen de Ste Pharailde à Gaud et le chevalier Siger De Woestwincle, bailli d’Alost, furent appelés à les terminer (79).

Les châtelains de Gand exerçaient à Everghem des fonctions à la fois judiciaires et politiques, ils y jouissaient de certains avantages qui firent l’objet d’un arbitrage en 1293. Jusqu’au moment où cette

iOC

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seigneurie passa dans la possession de l’abbaye, les devoirs el les prérogatives de ce châtelain n’avaient pas été fixés. L’esprit d’ordre, qui présidait à l’administration des affaires de l’abbaye, ne pouvait se prêter au vague et à l’arbitrage, qui régnaient dans l’exercice de ces fonctions. Trois arbitres furent donc chargés de rechercher et de fixer les droits et les devoirs du châtelain, et ils arrêtèrent les points suivants : il pouvait prélever le troisième denier sur toutes les condamnations; il devait être présent à chaque séance, ou au moins s’y faire représenter, et assister à tous les actes judiciaires où son intervention était de droit, sans que toutefois son absence pût entraver le cours de la justice. Le châtelain devait aussi se présenter aux élections des échevins, pour aider l’abbé de ses conseils dans le choix de ces fonctionnaires; au jour fixé pour l’élection, l’abbé pouvait procéder à leur choix, quoiqu’il fût absent. En cas de guerre l’écoutête devait, sur l’ordre du bailli, réunir le contingent en hommes, que ce dernier conduisait jusqu’à S. Bavon, où le châtelain prenait leur commandement, pour les mener jusqu’aux limites de son ressort (80). Cette dernière disposition nous rappelle l’organisation militaire du pays; l’armée se composait, comme du temps des Germains, des centuries de chaque pagus; l’ordre de se mettre en campagne était-il arrivé, le centenier rassemblait ses cent hommes, pour rejoindre les autres centuries de la châtellenie, lesquelles réunies allaient se placer sous le commandement du comte. Suivant des réglements de 1420 et 1422, pour la ville de Bruxelles, cette organisation y existait encore à cette époque : le doyen du voisinage devait au premier coup de tocsin, réunir ses dix hommes sous les armes et les joindre aux neuf autres voisinages sous le commandement du centenier, pour se rendre ensemble devant l’hôtel échevinal. C’était le système suivi pour la guerre défensive; mais il n’en était pas de même quand le comte voulait porter la guerre hors du pays; dans ce cas, personne ne pouvait être forcé à marcher, on ne devait le suivre que volontairement. Les expéditions de guerre étaient nommées généralement herevaert ou heirvaert : ce n’étaient pas seulement les guerres agressives que Ton indiquait par ce mot, mais aussi les guerres défensives du pays; car dans le documents dont nous venons de parler, il ne s’agit que d’une guerre défensive.

L’habitude de s’en rapporter dans toutes les affaires, sujettes à contestation, à des arbitres, finit par donner naissance à ces petits tribunaux, institués dans la suite par la sagesse de nos pères, pour terminer à l’amiable les discussions entre voisins, sans distraire les échevins des affaires importantes. Ces juges se nommaient vinders : dans le document dont nous venons de parler, les arbitres s’intitulent ainsi et nomment leur décision vinderscheep. La signification propre de ces mots en flamand est inventor, invenlio, signification qui au premier moment n’a aucune analogie avec son objet. Mais en remontant jusqu’à l’origine du mot vinder, au mot latin fmdere, séparer, au mot allemand finden (racine vunl, en samskrit), discerner, reconnaître, trouver, découvrir, on se rend compte de la valeur du mot vinders, qu’une ordonnance de 1261, publiée à Gand, traduit par arbitratores; c’étaient littéralement des inventeurs d’un arrangement ou des conciliateurs (a).

(a) Dans le dénombrement du 2 juin 1510, concernant le fief de la vicomté de Gand, il n'est pas parlé des droits et prérogatives du châtelain de Gand, dans toute l’étendue d'Everghem, mais bien dans deux dépendances de ce village, à Wippclghcm et à Dorissele-tcr-donc : « Den voornoemde burchgrave van Ghendt behoort.... twee eerlicheden, die men eedt laelscliepen, ligghende binnen der prochie van Everghem, deene gheheeten de eerlichede van Wippelghem ende dander gheheeten te Dorissele-ter-donc, daer de voornoemde borchgrave oft zyn bailliu in zynen name, verroach te slellene eenen bailliu, ende heell de voornaemde burchgrave aldaer diversche vrye laeten, die hem jaerlyex sculdigh zyn in pcnnincrenten 40 1. par., ende hehhen de voornoemde bailliu ende vrye laten, elc in zyn eerlicheden de hennisse ende tberecht van de justicie.... te vvetene van ecrfvene ende onterfvene van de eerfve ghehauden van den voornoemden burchgrave, ende de voornoemde burchgrave heeft, alsmen de eerfve vcrcoopt den 13de penninc ende ter doodt dobble rente. »

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Nous avons eu occasion de faire remarquer que sans les difficultés qui s’élevaient entre les institutions monastiques, ou entre celles-ci et des seigneurs laïques, bien des usages, des prérogatives, des détails sur les mœurs d’alors, auraient passé inaperçus. C’est encore la perception de dîmes, qui nous fait connaître que l'abbaye de S. Bavon fît défricher les terres situées à l’est, entre la digue d’Exaerde et de Moerbeke et les biens de l’abbaye de Baudeloo. Une transaction arrêtée en 1290 nomme ces terres saines ou sènes : mot qui signifie proprement enceinte, lieu fermé; d’où l’on peut inférer que ces terres avaient été entourées de digues (b). Et un procès intenté par un grand nombre de paroissiens de S. Sauveur contre un prêtre, nommé Jean Volcout, curé peut-être de cette paroisse, nous apprend que si les prairies et les terres en jachère étaient exemptes de corvées et d’autres redevances féodales, elles avaient cependant à payer 38 deniers l’an par bonnier. Le paiement de celte redevance avait donné lieu à des procès, et les parties arrivèrent à une solution en l’abolissant et en rétablissant les corvées et les droits seigneuriaux : la transaction fut arrêtée par l’intermédiaire d’amiables compositeurs, le 10 janvier 1288. Nous avons traduit le mot wedeland, employé dans cette transaction, par prairie, c’est sa signification; mais pour ce qui concerne le mot maendachland, il n’est donné aucune explication à cet égard dans cette pièce. Nous croyons que c’est l’équivalent de terre en jachère, remise en culture après un laps plus ou moins long : terres reposées, dont on prenait le labourage le lundi, après le jour de repos, c’est-à-dire après le dimanche, consacré au Seigneur.

L’abbaye avait acquis en 1240 du chevalier Wautier Van den Coudenborch, de son épouse et de son fils aîné Egide, le domaine du grand et du petit Weert; ils ne s’y réservèrent que la haute justice sur les étrangers, des deux côtés de la digue, tnm infra quant extra dicum, mais l’abbaye pouvait y connaître des crimes et délits commis par ses serfs, même à l’égard des étrangers. Après trente-cinq années de paisible jouissance, Philippe Van den Coudenborch, fils ou descendant des vendeurs, éleva quelques prétentions sur cette juridiction , dont le produit ne valait pas 20 escalins parisis l’an, si on avait tenté de la donner en location. Sans avoir égard à ces réclamations, l’abbaye lui fît connaître les prérogatives qu’elle se croyait en droit d’y faire valoir : la haute et basse justice sur les habitants et les étrangers, la succession des bâtards, le droit exclusif de chasse, lui appartenaient; son agent comptable pouvait prendre connaissance de tous les actes de vente de biens immeubles ou de maisons; son bailli et ses hommes de fief avaient seuls le droit de juger les crimes et délits qui s’y commettaient et de tenir des franches vérités; enfin les habitants des Weert n’étaient pas obligés de se rendre à d’autres assemblées de cette nature. Nous n’avons pas trouvé que Philippe Van den Coudenborch contesta cette déclaration de droits. A cette époque le Weert était encore en friche, car l'abbaye n’avait donné jusquelà que vingt-deux parcelles de terre avec maison, à titre de cens.

Nous nous sommes rendu difficilement compte du sens d’une phrase employée par le pape Martin IV, dans une bulle qu’il adressa à l’abbaye en 1284 et par laquelle il défendit d’arrêter ses religieux, de s’emparer de son bétail ou de ses meubles, sous le prétexte, dit-il, « cujusdatn pravae consuetudinis... ac tamdiu detincre presumunt, donec sit eis... iuxla ipsorum bonum placilum satisfactum, quamquam iurisdictionem quâ hoc possint, in vos non habeant »(81). A la fin du XIIIe siècle, le jus spolii, le droit de dépouille, était-il donc encore en usage en Flandre? On se refuse d’abord à y croire, mais on ne peut s’expliquer autrement l’expression de prava consuetudo. Un diplôme de l’an 1105, du roi Philippe I, donne quelques éclaircissements sur ce droit exorbitant, qui permettait au roi ou au comte de s’empa-

(6) Nous devons dire cependant que ces terres peuvent avoir reçu celte dénomination, parce qu'elles étaient voisines de la Durmc, qui portait anciennement le nom de Neder-Seine. V. Van den Bogaerde, District var. S. Aicolacs, t. I, p. 21.

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ver, à la mort d’un évêque ou d’un abbé, de tout le fer, plomb, bois, meubles de ménage, ustensiles des exploitations agricoles, des provisions de bouche, vins, fourrages, bétail et même de mettre sous séquestre les bois et forêts, qui leur appartenaient. A l’exemple du souverain, le peuple pillait le presbytère au décès du curé, et celui-ci, à son tour, levait sur les mourants les tiers de la succession mobiliaire, à titre d’application en œuvres pies. Les ecclésiastiques se prévalaient même autrefois de ce droit vis-à-vis de leur évêque; car le concile général de Chalcédoine, tenu en 451, leur défend de piller sa maison à son décès. Philippe Ier abolit, par la charte que nous venons de citer, ce jus spolii comme un abus; le pape Pascal II confirma cette abolition, en comminant la peine de l’excommunication contre ceux qui en feraient encore usage. Mais en Flandre cette abolition rencontra de l’opposition : Robert-le-Frison, comme nous l’avons déjà vu, ne céda que sui la menace du concile de Reims de le mettre au ban de l’Église. Et quoique l’empereur Otton IV l’abolit entièrement dans l’empire, par conséquent dans le Brabant et le Hainaut, cet abus, cette mauvaise coutume, existait encore en Flandre un siècle plus tard! (a).

A en croire les dispositions d’une ordonnance de Robert, comte de Flandre, l’affluence des malfaiteurs sur le territoire de l’abbaye était devenue si considérable, qu’il autorisa l’abbé à les bannir pour le fait seul de résidence sur ses terres. C’étaient, à ce que nous supposons, des condamnés par des jurisdictions voisines, qui venaient y chercher un asile et s’y livraient à toutes leurs mauvaises passions.

A l’occasion d’une vente faite à l’abbaye par Arnould Van Lokeren de 16 bonniers et une mesure de terre au hameau de Hoedvelt, près d’Exaerde (1285), il est fait mention des droits féodaux dont un tenancier pouvait être accablé. Ces redevances, qu’on évalue à une somme de 10 livres de Flandre, consistaient dans le Balfart, les corvées, les tailles ( omnesque exacliones seu tallia, omniaque munera sordida non sordida, ordinaria, extraordinaria, indictum ), le cens, le droit de gîte, la capitation, le droit d’étape, le transport sur les grandes voies ( angaria ), et le même service par les chemins qu’on ne considérait pas comme tels, service qui pouvait s’étendre jusqu’à une distance de cinquante lieues; enfin « ceteraque omnia servitia et jura , onera ad quae dicta terra vel possessor ejusdem, nomine terrae, hactenus erant, poterant vel debebant esse obligali » (82). S’il est vrai, comme le prétendent des savants juristes, que tous les droits féodaux dérivent du droit de propriété légitime, et qu’aussi longtemps que le numéraire fut rare, le propriétaire foncier n’eut d’autre moyen de faire valoir ses fonds, il faut avouer qu’il a poussé son droit hors des limites des choses raisonnables, et que si les redevances seigneuriales ne sont pas l’abus de la puissance seigneuriale, elles sont au moins l’abus de la propriété.

Nous lisons dans un livre de cens de l’abbaye, rédigé vers 1280, des détails curieux sur ce que la fille du chef de cuisine, qui remplissait la charge de marmiton, pouvait prélever du menu de la table, et sur les devoirs qu’elle avait à remplir. On y renseigne quelques avantages accordés au chef, parce que, y dit-on, il était le cuisinier de l’abbé : on y donne le détail des mets servis au réfectoire de l’abbaye et ailleurs, soit aux moines, soit aux prieurs ou bien à l’abbé, qui pouvait admettre ses parents à sa table (85).

En 1283 le bailli de Gand arrêta sur le cimetière de l’abbaye un misérable, qui voulait se faire passer pour cet imposteur qui avait usurpé le nom de l’empereur Frédéric et qui pour ce fait avait été brûlé vif près de Mayence, en alléguant qu’il était ressuscité le troisième jour après son supplice. Après avoir échappé aux mains du bailli, il finit par être pendu à Utrecht [b).

(а) V. Raepsaet, Analyse et Supplément, p. 31.

(б) Van de Pütte, Annales abb. S. Pétri, p. 21.

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La comtesse Marguerite, à la suite d’une enquête, arrêta le 4 mai 1271 le tarif des divers tonlieux qu’il était permis de percevoir sur l’Escaut et la Scarpe, depuis Douai jusqu’à Rupelmoude et de celle dernière ville jusqu’à Valenciennes. L’abbaye (a), d’après cette ordonnance, avait droit de percevoir à S. Bavon un impôt sur une foule d’articles, sur le vin, les céréales, les pommes, les poires, les épices, la laine, les drogues, les souliers, les fromages, le beurre, le cuir, le duvet, les pierres, l’étain, le plomb, l’acier, le fer, les cordes, le bois, la garance, les draps, les figues, les raisins secs, les amandes, etc. La perception se faisait par navire, par charge d’homme, de voiture ou de bête de somme, au mille, au tonneau, à la masse, par poise ou pesée de 180 livres, par bottes, fardeau, muids, liasses, cuvelle (tine), panniers, sacs, corbeilles, marcs, cabas ( friel ), paquets, muids et quintal ( centeniere ). Les bâteaux étaient imposés suivant qu’ils étaient chargés ou sur lest, qu’ils allaient en amont ou en aval. Ce document désigne diverses espèces de bâteaux : le Coken ou Coge, encore connu sous le même nom aujourd’hui; VEscarpoise, bâteau de la Scarpe; le bâteau de Meuse; le Dormschip, bâteau de la Dorme; l 'Escarpoise de Gand; VEscute Louveingnouse, barque ( schuyt ) de Louvain; le Floscliip, peut-être un radeau; la Graide Neisplate, bâteau plat, nommé encore PIcyte, Gentsche Pleyte; le Berch , barque, et le Gienner, dont nous ignorons la signification.

Pour que rien n’échappât à la rapacité des seigneurs, qui étaient en possession des tonlieux, on avait inventé un mot générique, applicable à toutes les marchandises non spécifiées; pourvu qu’elles eussent du poids, elles étaient soumises à certains droits. Ils percevaient donc une redevance sur des avoir de poids: un arrêt interlocutoire du 9 juillet 1575 et un autre définitif du 24 mars 1587 de la cour de Malines, rendus en cause de la douairière du seigneur de Pamele et des francs-bateliers à Gand, constatent que par ces mots on doit comprendre toutes les denrées et les marchandises, s’achetant et se vendant au poids (b).

Dans le parcours de Douai à Rupelmonde et de là à Valenciennes, la plupart des objets imposés, dont on trouvera un détail dans les éclaircissements au n° 84 des notes, payaient des droits dans

vingt-deux localités. Ainsi un bâteau chargé de blé, contenant 24 muids, environ 502 hectolitres,

avait à payer 55 sols 7 deniers, impôt considérable si on tient compte de la valeur de l’argent à cette

époque. Or du temps du roi Louis V, Louis VI et Philippe-Auguste, 50 sols valaient alors autant que

150 francs de nos jours : 55 sols représentaient donc une valeur de fr. 275, ou 76 centièmes par hectolitre.

La première charte écrite en français, que nous rencontrions dans les archives de l’abbaye, est de l’année 1270 : elle est relative à une contestation entre elle et les échevins de Gand, au sujet de la jurisdiction sur des attérissements ou relais, qui s’étaient formés dans le lit de la Lys, entre le pont de S. Bavon, la vieille Lys d’un côté, et l’Escaut et le nouveau cours de la Lys de l’autre, et contre la digue qui les traversait. Les parties contendantes prirent leur recours vers la comtesse Marguerite, pour la prier de vouloir y mettre une fin, s’obligeant d’avance à se soumettre à sa décision, sous peine d’une amende de mille livres de Flandre. La comtesse, après avoir pris l’avis de ses prud’hommes, fit connaître « son dire en tel manière que toutes les choses dessus escrites, comme elles sont en termes devant » dit, toute la vieze Lis jusques au piet du pont de S. Bavon au Leis devers la ville de Gand, sont et

(o) L’abbaye de S. Bavon, qui avait obtenu ses terres sans réserves, c’est-ù-dire avec tous les droits souverains, avait établi des péages, des octrois depuis une époque inconnue; mais en général, en Flandre, tous ces péages furent créés soit à l'occasion de quelque fête ou de quelque marché, soit pour l'entretien des chemins ou la construction d'ouvrages d'utilité publique.

(4) V. WinSKOEKic, I/isl. de la Flandre, II, p. 2G4, note t.

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» doivent être en votre justisse et en votre seigneurie et de l’héritaige et des esehevinage et dou juge- » ment de nos eskevins de Gand. » La Lys y formait un assez vaste bassin; car les attérissements commençaient aux murs du parc de l’abbaye, situé là où se trouve le bastion, démoli maintenant, du côté de la porte d’Anvers et s’étendaient jusqu’à une tour nommée Darain tour [a) et à un endroit dit Hul. Cette Darain tour ou dernière tour est indiquée sur le plan à vue d’oiseau de l’abbaye de S. Bavon, exécuté en 1534 : elle était située au fond de la rue den liant.

Jusque vers le XIIe siècle, la Lys formait dans ce quartier une limite très-précise entre les deux villes; mais depuis que l’on dirigea les eaux de cette rivière dans un nouveau lit vers l’Escaut, la ligne de démarcation entre elles était devenue incertaine. Avant ce redressement, pas de doute que le pouvoir judiciaire des échevins de Gand ne s’étendit jusqu’aux bords de l’ancienne Lys; et la comtesse estima avec raison, que cet ouvrage n’avait pu porter aucune atteinte aux droits de la ville de Gand. L’abbaye fut néanmoins autorisée à faire approfondir le cours de la vieille Lys, pour la rendre navigable. Marguerite défendit d’entraver son cours, dont l’usage était réservé à l’abbaye, et d’employer le terrain situé entre les divers embranchements de cette rivière, soit pour la vaine pâture, soit pour y élever des maisons ou même pour y prendre de l’argile. En outre, elle mit à la charge de la ville de Gand l’entretien du chemin pratiqué sur le Dam, ou digue traversant ces attérissements, qu’elle pouvait rendre impraticable en temps de guerre, à condition de la rétablir à la paix.

Il paraît assez singulier de prime abord, que la comtesse fasse mention de cette décision, arrêtée le 31 mai 1270, dans un acte du mois de mars 1269, par lequel elle transporte à la ville de Gand tous, les attérissements situés le long et en deçà la vieille Lys, depuis le pont de S. Bavon jusqu’à celui de la Muide, et en outre tout le quartier entre le canal dit Schipgraclit et la Bachterleye. Mais les termes employés dans ce dernier acte font disparaître toutes suppositions : « Selon toute notre ordenanche,; » dit-elle, ki fait est par notre dit dou débat ki estait entre l’abes... d’une part et les échevins... » d’autre part, si avons corne il est plainement contenu en lettre de notre dit, ki nous en avons rendu... » Cette dernière phrase établit qu’il y a faute de copiste et substitution d’une date pour une autre.

Le seigneur de Maldeghem, à ce qu’il paraît, ne suivait pas à la lettre le précepte, d’ordre public alors, qu’on n’était justiciable que de ses concitoyens et de ses pairs, puisqu’en 1266 il demande à l’abbé de vouloir adjoindre à son écuyer, Jçan Van der Woestyne, quelques-uns de ses hommes de fief, pour l’aider à administrer la justice dans sa seigneurie.

Thielrode représenta l’abbaye de S. Bavon au conseil provincial, qui eut lieu à Compiègne le 20 janvier 1291, sur l’ordre du pape Nicolas IV : ce chroniqueur s’y rendit avec l’archevêque Pierre. Ce pape, qu’on avait accusé d’une coupable indilférence, après la prise de Ptolémaïs, adressa une bulle à tous les fidèles, dans laquelle il déplora en termes pathétiques les derniers désastres des chrétiens; il accorda une indulgence de cent jours à ceux qui assisteraient aux sermons des prédicateurs de la croisade. Thielrode consigna dans sa chronique les divers points qui furent arrêtés dans ce concile (h).

Les infirmités et la faiblesse de sa vue forcèrent l’abbé Jean De Vromand à donner sa démission.

(a) Il nous parait que Diericx dans ses Mcm. sur la ville de Gand, I, 592, a mal interprété le mot darain tour, qu’il a lu pour daeram tor : tour, dit-il, en forme de boyau, espèce de fanal qui correspondait, selon lui, avec d’autres tours semblables pour annoncer le débarquement des Normands, supposition dénuée de toute vraisemblance. Nous avons devant nous le cartulaire de S. Bavon, page 113; on y lit très-distinctement : « et tout ensi les cis (ces) reges se traverre oullre vers le darain tour du muret de le warande..,. » L’f de darain est marqué d’un point, ce qui donne au mot la signification de dernier.

[b) Page C i.

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Le 10 août 1295, en présence de tous ses moines, qu’il avait réunis dans sa résidence, il déposa ses pouvoirs entre les mains de Jean de Vasonne, évêque de Tournai. On lui assura une pension viagère de 50 livres tournois, et il lui fut accordé une demeure hors de l’enceinte de l’abbaye; mais il préféra y rester, sed elecjit domum Sl‘ Amandi, suivant Tbielrode. Jean De Vromand mourut le 12 août 1296 et fut enterré dans l’église abbatiale, devant l’autel de S. Etienne.

Wautier. — 1295-1306.

Le choix d’un successeur à l’abbé Jean fut débattu pendant six semaines dans le chapitre : toutes les combinaisons avaient échoué. Enlin Jean de Vasonne s’y rendit : sur sa proposition, il fut arrêté que l’élection de l’abbé se ferait par six moines, choisis par le chapitre, à la majorité de cinq voix sur six. Le 22 juin 1295, Wautier de Erdenboreh fut élu et son élection confirmée le lendemain, le 24 on le sacra, et le 26 il fut installé processionnellement. Ce choix surprit tout le monde, personne n’avait songé à lui : c’était un religieux d’une conduite sans reproche, « sic ut credimus, » dit Thielrode, mais peu au courant des affaires temporelles : il était âgé de 51 ans.

Les richesses des abbayes avaient atteint des proportions si vastes, que les intérêts des états en souffraient . les exemptions et les privilèges les plaçaient d’ailleurs hors du droit commun. Le comte Guy se vit donc forcé de décréter en 1293, que dorénavant aucun immeuble ne pouvait plus être cédé à quelque titre que ce fut à des abbayes ou à d’autres corporations de main-morte. En 1301, 10 septembre, Pbilippe-le-Bel porta la même défense, en y ajoutant que le vendeur ou ses héritiers avaient la faculté de racheter les immeubles vendus au prix stipulé dans l’acte de vente : défense que fut renouvelée par Jean, duc de Brabant, en 1312, et par Charles-Quint le 26 avril 1515. Mais à la demande du clergé, ce dernier décret ne fut pas promulgué et ne reçut de sanction que par l’édit perpétuel du 19 octobre 1520, qui déclara de nul effet toute transmission d’immeubles à une institution de main-morte, à quelque titre que ce fût, et qui défendit à toute autorité et à tous officiers de justice de prêter leur ministère à de pareilles transactions. Mais les corporations trouvèrent toujours le moyen d’éluder ou d’enfreindre ces dispositions d’ordre public, soit par le concours coupable de personnes interposées, soit par l’abandon volontaire des biens, qui rentraient alors dans les domaines des abbayes par droit de déshérence.

La loi qui avait été promulguée par Philippe d’Alsace sur l’assiette des tailles avait élevé la question importante de savoir, si un ecclésiastique, nonobstant les privilèges de son ordre, pouvait être imposé par les échevins d’une commune où il exerçait le commerce. Le clergé de Gand soutenait la négative; les échevins, pour éviter l’excommunication, prirent leur recours vers Philippe-le-Bel, qui s’empressa d’intervenir dans la discussion. Mais dans le cours des débats, le clergé s’adressa à la cour de Borne et il obtint gain de cause du pape Nicolas, qui défendit à l’autorité civile d’imposer des personnes ecclésiastiques sous aucun prétexte.

Le comte Guy de Dampierre n’eut pas le même respect que le souverain Pontife pour les droits seigneuriaux des abbayes. Jusqu’alors l’abbaye de S. Bavon, comme seigneurie indépendante, ne relevant que de Dieu et du soleil, avait joui de la prérogative de donner à ses sujets les lois et les ordonnances qui lui semblaient utiles; mais en 1296, les Gantois surent obtenir du comte une ordonnance générale, suivant laquelle tous les arrêtés sur les accises publiés à Gand, seraient exécutoires quinze jours après leur publication, dans toutes les seigneuries des environs de leur ville : ce délai expiré, le bailli de Gand pouvait les y faire exécuter. L'abbé de S. Bavon réclama contre cet excès de pouvoir, mais ce fut en

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vain. Après onze années de sérieux débats, il fut forcé de se soumettre le 11 mars 1307, il autorisa les échevins de Gand de venir mettre à exécution sur son territoire toutes les ordonnances qu’ils publieraient en matière d’accises, s’il restait en défaut de le faire.

Dans une autre circonstance, le comte Guy porta une nouvelle atteinte aux droits de l’abbaye; il lui contesta la juridiction qu’elle exerçait depuis un temps immémorial sur les terres dépendantes de son manoir de Loo-christi et de Heindrichlaer. Après une enquête il détermina lui -même les amendes que l’abbaye pouvait y prélever et se réserva celles dépassant la somme de 60 sols, dans les questions de propriété et de voierie (. landzakes ), ainsi que la justice de mort et de sang et toutes les autres. Ce décret porte la date du 31 janvier 1297; quoique rendu dans le but de restreindre le pouvoir temporel des corporations religieuses, il ne constituait pas moins une spoliation des prérogatives inhérentes à ce bien allodial.

Malgré la sujétion de l’abbé aux publications forcées des ordonnances sur les accises, il conserva l’initiative pour prendre des arrêtés sur toute autre matière, pourvu toutefois qu’ils ne fussent pas contraires à ceux des Gantois. On lui permit aussi de revendre les céréales et les autres denrées, qu’il se procurait pour l’usage de sa maison, sans devoir les entreposer, comme c’était la coutume.

L’abbé s’entendit en 1296 avec le prieur et les frères Ermites de S. Augustin, pour l’érection d’un couvent et d’une église dans la paroisse de S. Michel et d’Ekkerghem, aux clauses ordinaires, en reconnaissance de ses droits de patronage; mais l’évêque Jean de Yassonne ne sanctionna cet arrangement que conditionnellement et se réserva le droit de leur retirer son autorisation, s’ils ne se conformaient pas au pied de la lettre aux conditions qui leur étaient imposées, en employant les mêmes termes que ceux dont son prédécesseur, Philippe Mouskes, s’était servi dans un cas analogue. Des prélats, qu’on ne peut taxer de partialité, ont dépeint le caractère des moines de cette époque, d’une manière péremptoire : ils étaient humbles, disent-ils, dans le principe, mais insolents et insubordonnés, du moment qu’ils avaient obtenu l’objet de leur demande.

Jean de Yassonne fut délégué en 1296 par le pape, pour instituer avec l’abbé un collège de chanoines titulaires et de chanoines honoraires dans l’église de Notre Dame, à Ardembourg. L’abbé permit aussi à une congrégation d’ascètes, nommée Bigard, de faire célébrer la messe dans l’intérieur de leur demeure, managium, située sur les remparts près de la porte nommée Zand-poort, à Gand : cette permission n’était valable que jusqu’à révocation. Du temps de cet abbé, plusieurs chapellenies furent fondées et dotées à Biervliet, à Ardembourg, à Gand dans l’église de S. Michel, et à S. Bavon dans celle de S. Sauveur.

Vers la fin de juin 1301, une violente querelle s’éleva entre des habitants de Gand, qui avaient accompagné la châsse de S. Liévin à Houthem et des paysans de ce village. Dans ces débats, suscités sans doute par les déprédations de toute nature, qui se commettaient durant ces scandaleuses processions, les Gantois n’eurent pas le dessus : beaucoup d’entre eux furent maltraités et blessés. A cette nouvelle la commune de Gand se mit sous les armes et se rendit à Houthem bannière déployée; les suites de cette expédition étaient à prévoir. Elle vengea l’aggression de ses membres par le fer et par le feu; les propriétés de l’abbaye ne furent pas ménagées, et son manoir fut livré aux flammes et détruit.

Si le commencement du XIVe siècle est une époque désastreuse pour le pays, il est en même temps une des plus glorieuses de nos annales. L’abbaye de S. Bavon et celle de S. Pierre, au mont Blandin, signèrent en tête de l’adresse que tout le clergé de la Belgique envoya au pape Boniface VIII, pour le supplier de ne point accorder au roi Philippe-le-Bcl ce qu’il pourrait lui demander contre le comte de Flandre, ni se laisser prévenir contre lui (1297). Le roi répondit aux ouvertures que lui fit le pape,

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de rendre au comte Gui sa fille et les villes dont il s’était rendu maître, en décrétant la réunion du comté de Flandre aux domaines de sa couronne. « Cette réunion paraissait un acte légal, régulièrement accompli. Partout la magistrature l’avait reconnu; les communes elles-mêmes, qui n’avaient pas pris garde aux suites d’un pareil changement, s’étaient d’abord montrées satisfaites de la déchéance du vieux comte Gui de Dampierre, contre lequel de fréquents démêlés les avaient aigris »(a). Non seulement les communes avaient témoigné leur satisfaction de cette réunion à la France, mais un document reposant; aux archives de la ville de Gand prouve que les bonnes gens de cette ville et ceux de S. Pierre et de S. Bavon se placèrent alors « du haut et du bas en le volonté du roi Philippe en le fourme et en la manière qu’il est contenu es lettres pendans scelécs du seil de la ville de Gant. » Ces lettres avaient été dépêchées à Jacques de Chastillon, sire de Leuze et de Condé, lieutenant du roi, comme il le dit, en sa terre de Flandre. Cette soumission toutefois ne fut faite qu’à la condition que le roi sauvegarderait leurs corps et biens, maintiendrait leurs franchises, privilèges, us et coutumes, et le droit de fortifier leur ville; qu’il s’obligerait à ne plus élever aux fonctions dechevins, ceux qui avaient rétabli la maltôte qu’il avait abolie, à bannir à perpétuité le nommé Wetins Delemere et à déclarer la liberté du commerce en leur ville (85). Mais les exactions du lieutenant du roi, Jacques de Chatillon, qui avait réputé la Flandre corvéable et taillable à merci et miséricorde, firent ouvrir les yeux aux Flamands et les ramenèrent à leurs princes légitimes Le soulèvement de toute la Flandre flamingante amena la célèbre bataille des Éperons d’or, où les Flamands anéantirent l’armée de Philippe et la lleur de la chevalerie française.

Cette lutte gigantesque avait épuisé les finances du comte : dès 1299 l’abbaye dut lui prêter 4500 livres de Flandre. L’abbaye elle-même avait eu recours à un emprunt pour parfaire cette somme, qui était considérable pour l’époque; car nous trouvons que peu de temps avant, Hugues de Oostburch transféra aux collecteurs des dons pour la guerre sainte, une créance de 660 liv. par. qu’il avait prêtée à l’abbaye.

Les agents français, qui considéraient les domaines du comte Guy comme pays conquis, ne se firent pas faute de dépouiller l’abbaye de S. Bavon et de fouler aux pieds ses droits seigneuriaux. Nous voyons dans un rapport adressé le 11 novembre 1502 au gouverneur des villes de Douai, Orchies et de leurs châtellenies, que la France tenait alors en engagement, qu’une saisie fut opérée à Waterlos par un sergent d’armes de la gouvernance de Lille, malgré l’opposition des officiers de l’abbaye. Ce ne fut qu’à prix d’argent qu’elle rentra dans ses prérogatives, car elle paya quarante livres pour la levée du séquestre dont cette seigneurie avait été frappée, main-levée que le roi Philippe voulut bien regarder comme des grâces faites à l’abbaye (1506, 8 mai). Quand le comte Bobert refusa péremptoirement de céder la Flandre gallicante à la France, Philippe-le-Bel ne se contenta pas de confisquer le comté de Flandre, il s’empara même des propriétés appartenant à des seigneurs particuliers. Le domaine de Waterlos n’échappa pas à sa rapacité : il fut saisi de nouveau, et tous les droits qui en relevaient, passèrent à l’administration royale. Quoique les droits de l’abbaye fussent établis par des titres incontestables, elle dut racheter son bien de Baudouin Crépin, d’Arras, argentier du roi, pour la somme de 4970 livres de Paris, payable par annuités fixées dans l’acte de rétrocession, qui porte la date du 16 novembre 1514. Mais le décès de Philippe-le-Bel vint arrêter l’accomplissement de cette spoliation, et peu de mois après cet événement, l’abbaye rentra dans la jouissance de cette seigneurie.

(a) V. Mémoire sur la bataille de Courtrai, présenté ù l'Académie royale de Belgique, par M. le professeur Moke. — 7 mai 1845.

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11 s’établit dans ces temps de calamités, entre diverses abbayes, des associations de confraternité et de participation aux bonnes œuvres pratiquées dans chacune d’elles : en 1296 il s’en forma une entre l’abbaye et celle de Syberghen, en Westphalie, et en 1304 avec celle de S. Arnaud en Pevcle.

L’abbé Wautier résigna ses fonctions en 1306.

Henri HL — 1 506-1 308.

il se nommait De Visschere ( Piscator ); il n’est guère connu que par deux documents : dans le premier il donna la permission au comte de Flandre de confier à son cher et foiaule chapellain, Monseigneur Michiel Masière de Courtray, la direction sa vie durante des écoles établies à Sluus; c’est la première fois que nous trouvons la mention de ces écoles, mais la charte ne s’explique pas sur l’étendue ou la nature des fonctions concédées. Par le second il fît l’acquisition de Michel de Barbenchon, seigneur de Heerchelines, des droits seigneuriaux qu’il possédait dans les paroisses d’Everghem, Sleydinge et Wondelghem, de la moitié de la haute justice, d’un manoir et de ses dépendances, situé dans ces paroisses, et du hameau de Sprendonck, avec seigneurie et jurisdiction et neuf serfs. Le comte approuva cette vente peu de temps après (1306, le dimanche après la demi-carême). Cette pièce établit que la mise en possession de certains biens se faisait aux pieds du mur du Château des Comtes à Gand : elle s’exprime ainsi : « De che fumes nous desheriteit et li abbes et li couvens dessus dit adhiretet par un vendredi » en l’an dessus dit, devant le piere ou le castiel du conte de Flandre, en le vile de Gant, présens adonc » plusieurs hommes dudit comte. »

Nous avons trouvé dans le char trier de l’abbaye un document qui constate que la seigneurie de Waterlos ne pouvait être regardée comme un bénéfice ecclésiastique, soumis au droit d’anuate en faveur du roi de France.

L’abbé Henri donna sa démission ou mourut la même année que celle de son élection.

Wautier IL — 1506-1511.

Dans une charte du 29 avril 1307 il prit le nom de Wautier De Rodes : il est possible que ce soit un rejeton de la noble famille de ce nom, dont nous avons parlé antérieurement (86).

La chancellerie de S. Bavon n’eut à expédier que peu d’actes durant l’administration de ce prélat : il confirma la fondation et la dotation de quelques chapellenies à Gand, à Cobbeghem, à Ardembourg et la nomination du titulaire de celle de l’église de Notre-Dame à Biervliet.

Le duc Jean de Brabant et de Lothier, en approuvant les immunités accordées à la cure de Sombeke, prit le courtil de Betteghem sous sa protection et affranchit les biens-fonds, qui en dépendaient, des corvées et autres services féodaux auxquels ils étaient soumis, ne se réservant que la faculté d’y envoyer une fois l’an ses veneurs avec leurs meutes, pour y loger (11 novembre 1507). Le duc accorda cet affranchissement à l’abbaye pour les loyaux services qu’elle lui avait rendus, « ob devota et grata servitia ac bénéficia nobis diutius impensa. »

Dans le courant de la même année, toute une famille vint se mettre en servage à l’abbaye, en s’obligeant à lui payer une certaine redevance. Le mot de servage implique souvent encore aujourd’hui l’idée de la servitude, qui chez les peuples de l’antiquité, comme dans beaucoup d’états du nouveau monde, laisait considérer le serf non comme un homme, mais comme un meuble. Le capitulaire de villis, de Charlemagne, avait déjà apporté de grands adoucissements à la condition des serfs en général : il

leur avait accordé des droits; leur travail était limité; ils étaient entretenus aux frais de leur seigneur, et s’ils avaient à se plaindre de lui, ils pouvaient même s’adresser à l’empereur. Les serfs de l’Église n’étaient, comme les serfs germaniques, que des colons établis dans leurs terres pour les exploiter, des familiers, comme le dit le pape Pascal dans la lettre qu’il adressa en 1113 à l’évêque et au chapitre de Paris, « ecclesiae famuli, qui apud vos servi vulgo impropriè nuncupanlur . » Les personnes se mettant au servage d’une abbaye, n’étaient que ses tributaires, et l’abbaye en avait un nombre considérable de cette catégorie, lui payant un cens capital, qui les^pfaçait sous la protection de leur seigneur, avec certains avantages, et vis-à-vis duquel ils étaient dans une espèce de servitude, mais dans un état libre vis-à-vis de tout autre.

11 résulte d’une charte du comte Robert que l’abbaye s’était obligée, depuis un temps immémorial, à lui offrir annuellement un manteau doublé de fourrures, pellicia, qu’elle pouvait racheter par une redevance de 21 sols. En 1507 l’abbé se trouvant en retard de la payer, il le somma d’acquitter cette somme à sa chancellerie de Flandre, ce qu’il s’empressa de faire le 6 décembre suivant (87).

Quelque brillant que fût l’état de fortune de l’abbaye, il semble cependant que les circonstances difficiles, dans lesquelles les événements politiques avaient entraîné le pays, l’avaient forcé à avoir recours à des emprunts considérables, pour combler le vide de ses finances, qui peuvaient avoir souffert un grand échec par la ruine de ses exploitations à la suite de la guerre, par la saisie de ses biens dans le baillage de Lille, peut-être même avait-elle eu besoin de recourir à ce moyen pour payer le prix de rachat de sa seigneurie de Waterlos. Elle avait ainsi emprunté au comte d’Arras, Baudouin Crispin, une somme de 10,000 livres parisis, monnaie faible, monetae debilis. Nous n’avons pas trouvé dans les archives de S. Bavon une copie de cet acte de prêt, qui aurait pu nous en faire connaître le motif; nous n’en avons eu connaissance que par une décision du roi Philippe-le-Bel du 8 décembre 1307, qui défend à ses baillis et officiers de justice de forcer l’abbaye à payer au susdit comte, ainsi qu’il le demandait contrairement à son ordonnance sur les monnaies, les termes échus de cet emprunt en argent fort, monetae fortis (a).

L’abbé Wautier mourut le 1er février 1511.

Nicolas. — 1511-1520.

Il se nommait De Jonghe : nom qui fut latinisé suivant l’habitude du temps.

Le comte Robert fit ouvrir une enquête sur le débat qui existait entre l’abbaye et la ville de Gand au sujet du tonlieu d’Everghem, qui se percevait à Langerbrugghe [b). Le comte laissa la question de propriété indécise; mais il maintint l’abbaye en possession du péage et chargea le bailli de Gand, Riquard Standart, de l’exécution de sa décision.

On avait créé au moment où les reliques de S. Liévin avaient été transférées à l’abbaye en 1007, des confréries en l’honneur de ce saint : tous les ans, à sa fête, elles se rendaient processionnellement à Houthem avec ses reliques. L’une, instituée dans ce village, était nommée « van buuten, » du dehors; l’autre à S. Bavon, était connue sous le nom de « van binnen, » de l’intérieur. Une troisième s’érigea à Cand sous le titre de Confrérie des aumônes de S. Liévin : celle de S. Bavon ayant voulu se mêler

(а) Mone ta fortis, par opposition à mono ta debilis : bonne monnaie, de meilleur alliage, denarii inforciatorum. C'est là peut-être l’origine de la monnaie courante et de la monnaie de change.

(б) V. Diekicx, Mém., I, 613.

ABBAYE DE S. B AVON

de la distribution de ces aumônes, les échevins de la ville de Gand prirent, en 1454, la résolution de les réunir (a). On n’était, admis dans ces confréries qu’en s’obligeant à faire une donation à cause de mort à l’abbaye, qui en donnait le produit éventuel en location. La direction « proviseerscepe » de ces confréries appartenait à la corporation des tisserands.

On tenait en grand honneur l’avantage de porter les reliques de S. Liévin, que l’on n’obtenait souvent qu’au prix de grands sacrifices : en 1227 ce droit avait été concédé à Sicjer Ribel et à ses héritiers. Ces pèlerinages étaient toujours signalés par les désordres les plus révoltants, qui d’année en année devenaient de plus en plus intolérables. On avait pensé pouvoir y mettre un frein, en en confiant la direction à deux échevins de la ville de Gand; mais la présence de ces magistrats était impuissante pour contenir les scandaleux débordements de la populace, qui se ruait à la suite de la fierte de ce saint. Souvent l’intervention du bailli d’Alost avec ses hommes d’armes était requise pour protéger les habitants et maintenir un semblant d’ordre dans des processions entreprises moins par dévotion, que par dévergondage, et qui donnaient toujours lieu aux violences les plus déplorables. L’abbaye devait dédommager le bailli d’Alost, quand elle demandait son intervention; mais quand il croyait devoir agir d’office, il n’avait droit à aucune indemnité : cet arrangement fut arrêté par le comte Piobert le 30 novembre 1516. Les mêmes désordres se commettaient à la kermesse de Vlierzecle : la présence du bailli d’Alost n’y était pas moins nécessaire (88).

Ces mesures de police n’ayant obtenu aucun résultat, on fit courir le bruit que tous ceux qui s’y rendraient encoureraient la peine de l’excommunication. Dans la crainte que ce bruit portât atteinte à la vénération due aux reliques de S. Liévin, l’évêque in parlibus de Sarepte, Nicolas, l’expliqua en 1442 au prône dans l’église de S. Jean, en ce sens qu’on pourrait excommunier les personnes qui s’y rendraient l’avant-veille de la fête de S. Pierre et de S. Paul, si elles se laissaient entraîner à des excès condamnables. Mais rien ne pût y faire; bien souvent la ville de Gand devint victime des débordements populaires, qui en étaient la suite. Ainsi en 1466 au retour de Houlhem, le 29 juin, les confrères excités par plusieurs jours de débauche, et soutenus par la populace se rendirent avec la châsse de S. Liévin au Marché du Vendredi et en présence des reliques, auxquelles on semblait porter tant de vénération, y détruisirent le bureau où les droits de ville étaient perçus. Quelque criminelle qui fût cette conduite, nous ne voyons pas qu’on lançât l’interdit ecclésiastique contre les instigateurs des ces coupables désordres. On défendit en 1469 de porter la châsse de S. Liévin à bras et de pousser des vociférations, qui jetaient la terreur dans les campages. Quoiqu’il paraisse d’après un arrangement arrêté par les échevins de la ville de Gand en 1505 sur le rang que devaient y tenir les fonctionnaires de l’abbaye et les doyens de ces confréries, qu’on était parvenu à y introduire une apparence d’ordre, Charles- Quint les supprima par sa sentence du 30 avril 1540. Il existe aux archives de Gand (n° 983 de l’Inventaire) un procès-verbal de la remise faite par les échevins de la ville de Gand à l’abbé de S. Bavon, des papiers et joyaux, ayant appartenu à ces confréries, sous la date du 10 mai 1542. Ces documents ne présentent aucun intérêt historique : la confrérie du dehors avait une maison à Houthem, peut-être celle en bois, connue sous le nom de Calf et démolie depuis peu d’années; quant aux joyaux ils étaient de peu d’importance.

En 1512, Elisabeth Beukel fonda une chapellenie dans l’église de Notre-Dame à Biervliet; son fils Guillaume et son épouse renoncèrent quelques jours plus tard au droit qu’ils avaient à la nomination du titulaire. Ce Guillaume Beukel passe pour l’inventeur de l’art d’encaquer le hareng, art qui devint une

(a) V. Dicnicx, Mcm., I, 596.

ABBAYE DE S. BAYON

mine d’or pour la Hollande. On voit encore aujourd’hui dans la même église une verrière érigée en son honneur (a). S’il n’est pas l’inventeur d’un procédé qui enrichit sa patrie, il fut au moins le premier qui le mit en pratique comme opération industrielle : longtemps avant lui la salaison du hareng était connue. Le Liber Floridus, MS. du XIIe siècle, dit à la page 63 : « Allée , pisciculiis ad usum salsamentorum idoneus, longo servatur tempore. » Cette dernière phrase indique que du temps de Lambert, compilateur de cette histoire universelle, le caquage était connu [b).

C’est en 1315, 9 mars, que l’on rencontre, à ce que nous sachions, la première mention d’un hospice établi près de la « Walpoort » à Gand, sous l’invocation de S. Jean l’Evangéliste. Des habitants de cette ville le fondèrent avec l’autorisation des échevins, à la condition que tout l’avoir des personnes, qui y étaient admises, deviendrait propriété de l’établissement à leur décès, et que dans le cas où elles se retireraient avant, elles ne pourraient en réclamer aucun secours. Cette fondation obtint une nouvelle sanction des échevins en 1332, sous la dénomination de S. Jean et de S. Paul.

L’abbaye ou ses agents ayant empiété sur les droits seigneuriaux du comte de Flandre et de son vicomte à Gand, au village de Heusden-Iez-Gand, Louis de Crécy ne tarda pas d’ordonner à son bailli de se mettre en possession de tous ses droits et d’y exercer la haute et basse justice, à l’exclusion de l’abbaye. Nous ne voyons pas que celle-ci s’opposa à cette mesure, elle n’avait d’ailleurs aucun titre à invoquer en sa faveur. Heusden ou Heusdonck était le chef-lieu de la vicomté de Gand; elle y possédait quatorze arrière-fiefs, qui en relevaient. La seigneurie de Ten-durpe, qui y avait droit de moyenne et basse justice, ressortissait à la cour féodale du Vieux-Bourg.

L’abbaye se trouvait souvent importunée par des fainéants, qui venaient lui demander des secours au nom du comte de Flandre; mais ce n’était qu’une permission d’emprunt, que le comte fut forcé de prohiber, en ordonnant à son bailli de Gand de mettre l’abbaye à l'abri de ces sollicitations non autorisées.

L’abbaye vendit à la directrice de la Léproserie à Gand les dîmes de 220 verges de terre, sises près de cette maladrerie, pour une redevance annuelle de 22 sols, et renonça en sa faveur à tous ses droits seigneuriaux, tant sur cette partie que sur une autre pièce de terre de la même contenance, pour la somme de 44 sols par. à titre de droit de mutation.

En 1313 l’abbé approuva la construction d’une nouvelle église à clocher, que les Bigurd venaient d’élever à Gand, près de la poterne nommée Zandporte, à la condition de payer annuellement à l’abbaye un denier d'or, pour son droit de patronage (c).

Hugues, seigneur de Sotteghem, châtelain de Gand, et son épouse Béatrix vendirent à l’abbaye les droits seigneuriaux qu’ils possédaient encore dans les villages d'Everghem, Sleydinghe, Wondelghem et Ekkerghem ( d ), droits allodiaux suivant eux, qui ne relevaient que de Dieu seul; dans cette cession était comprise la haute et basse justice au hameau de Wippelghem. Ils ne se réservèrent que les droits qu’ils pouvaient exercer sur le canal depuis le pont du Châtelain jusqu’au pont dit Scabrugghe à Gand,

(a) V. Messager des Sciences, an. 1829-50, p. 411.

(b) V. Catalogue méthodique et raisonné des MSS. de la Bibliothèque de la ville et de l'Université de Gand, par M. le baron Joles de Saint-Génois, p. 14 et 25.

(c) 11 est possible que cette corporation doit son origine à un membre de l'ancienne famille seigneuriale de Bigard, qui tirait son nom d'un petit village situé sur l'ancien chemin de Bruxelles à Alost. V. Histoire des environs de Bruxelles, par A. Wauters, p. 552.

(d) Y. Diericx, Mém. de Gand, ï, 601, donne la délimitation de cette paroisse d'après le cartulaire de l'abbaye de S. Bavon, n° 15, p. 221.

ABBAYE DE S. RAYON

ainsi qne d’autres redevances du côté d'Oesterdonck, la pêche dans toutes les eaux de ces paroisses et enfin le droit d’adhéritence et de déshéritence sur leurs hôtes à Wippelghem (1319) (89). 11 résulte de cet acte que l’avoué de S. Bavon percevait dans ces villages la taille réelle, nommé Balfard, consistant en une redevance de 12 deniers imposée sur les maisons (a).

On peut se faire une idée de l’importance de la seigneurie de Waterlos par un bail passé en 1315 : l’abbé loua ce manoir avec les redevances féodales qui en dépendaient, à l’exception de la justice et du droit de patronage, pour la somme annuelle de 3800 livres par., somme très-considérable pour l’époque !

L’abbé Nicolas De Jonghe mourut le 9 décembre 1320.

G eue lm. — 1320-1338.

Il était fds de Jean Borluut et de Heilzoeta; il avait pour prieur Baudouin Borluut.

A la demande de cet abbé, Guidon, évêque de Tournai, nomma un quatrième curé portionnaire dans l’église de S. Michel à Gand : l’un d’eux était spécialement chargé de l’administration du spirituel dans la paroisse d’Ekkerghem, dont l’église n était plus considérée que comme une simple chapelle. L’église de Wondelghem, simple annexe de S. Martin à Ekkerghem, au XIIe siècle, avait été élevée au rang d’église paroissiale. Ces quatre curés portionnaires restèrent attachés à l’église de S. Michel jusqu’à l’avénement de Jansenius à l’épiscopat de Gand, lequel rétablit S. Martin dans son ancien rang.

L’abbé Gerelm approuva la fondation de plusieurs chapellenies, à Cobbeghem, à Ardembourg, à Biervliet, à Sluus, à Gand, dans l’hospice de S. Jean et de S. Paul et dans l’église de S. Michel, qui sous ce rapport fut la plus richement rétribuée. Les évêques n’approuvaient ordinairement ces chapellenies, que pour autant qu’elles fussent dotées d’un revenu annuel de 15 livres par., constitué sur des immeubles. La première nomination du titulaire revenait au fondateur : dans un document de 1320, concernant une chapellenie à Cobbeghem, la même prérogative lui fut réservée, quoiqu’en général dans le Brabant, les titulaires de ces fondations fussent à la collation des chanoines de l’église de Cambrai.

En 1333, l’abbaye vit encore accroître le nombre des prérogatives dont elle jouissait déjà à Everghem : une dame, Catherine Van Maldeghem, se désista en sa faveur de tous les droits qu’elle avait à faire valoir sur la charge de l’écoutétat héréditaire dans ces villages. Elle y obtint en outre un droit nommé gevegerste en 1323; le comte Jean de Namur lui adressa même une missive à ce sujet; cette pièce n’existant plus aux archives, nous ne pouvons dire en quoi consistait ce droit, et nous n’en avons pas trouvé l’explication dans les écrivains que nous avons été à même de consulter.

L’abbaye devait faire une consommation considérable de tourbes, car elle acquit 25 bonniers de terre tourbifère à Moerbeke, à raison de 46 sols par bonnier. Ce n’était à proprement parler qu’une concession, qui ne donnait que le droit d’effondrer le marais, le fond devant retourneur au vendeur,

« ... en manière que le dis abbés... feront fouir le dit mour tant et si longement que li dis mour durra et pouiront prendre profit ou dit mour et quant li dis mour sera tout hors, li treffons [h) des dis 25 bonnirs de mour, demeure et demoura nous dessus disfreres... »

On a vu que dans bien des circonstances les seigneurs, à bout de leur fortune, vendaient à titre de

(a) V. Histoire de la Flandre, par M. Warnkoenig, t. II, p. 61 et 459. • — V. sur le Balfard, le Questionnaire du Messager des Sciences, an. 1851, p. 507, et an. 1852, p. 73.

(4) Trejfon, signifie le fond de la terre, terrac fans.

ABBAYE DE S. BAVON

lût

iief toutes espèces de redevances : dans une position désespérée, ces cessions se comprennent; mais ou conçoit plus difficilement qu’une riche et puissante abbaye ait eu recours à des expédients de ccttc nature. C’est un fait cependant qu’on ne peut nier, car l’abbaye racheta de la veuve d’un ancien échevin de S. Bavon, nommé Chrétien Clerc, un fief consistant 1° en quatre deniers pour les schepenen-penningen (jetons de présence), 2° en 32 deniers parisis sur le pond-geld, et 3° en 48 mesures de seigle. Le pond-geld était une taxe sur tout ce qui se vendait à la livre et qui fut perçue jusqu’au XVIIIe siècle.

Nous avons rencontré plus d’une fois dans les chartes de l’abbaye, la mention de faits, de dons ou de restitutions d’argent, dont la raison n’apparaissait pas clairement; ainsi encore à l’année 1351, nous voyons qu’Eudes, duc de Bourgogne, ordonne à sa chambre des comptes de restituer à l’abbé certains deniers, sans autre explication. Cette restitution donne lieu à bien des suppositions, plus ou moins vraisemblables, mais qui par cela même sont oiseuses; quelqu’équitables toutes fois que ces restitutions pussent être, elles ne se faisaient jamais gratuitement; dans le cas actuel, Eudes réclama pour un acte peut-être de justice, qu’on célébrât après l’octave de Noël une messe solennelle dans le haut chœur de l’église conventuelle, pour le repos de son âme et de celles de ses héritiers. Sous l’administration de l’abbé précédent, il s’était également présenté un fait dont nous n’avons pu nous rendre compte exact, attendu que le document qui en fait mention, n’existe plus : c’est la main-levée de (a saisie faite par le comte de Flandre, Robert de Béthune, sur la justice de S. Bavon, en la ville de Gand. Il est possible que le mot justice soit ici employé improprement; car l’abbaye n’avait qu’une juridiction ecclésiastique, par suite du droit de patronage qu’elle possédait sur certaines parties du territoire de la ville de Gand, le Marien-land et le Torf-briel, deux quartiers qui furent cédés à la ville de Gand au XIIIe siècle. Quant à la saisie en elle-même, l’abbaye par excès de précaution a peut-être demandé au comte qu’il annulât la confiscation du comté de Flandre, en tant qu’elle put la concerner, décrétée par Philippe-le-Bel en 1513, quand Robert refusa de lui faire foi et hommage, aussi longtemps qu’on ne lui rendrait pas Lille, Douai et Orehies.

Le 10 juin 1537, l’abbaye conclut avec celle des Dunes à Bruges, un arrangement au sujet de quelques travaux à exécuter dans les poldres d’Ossenesse. Les termes employés dans cet acte sont assez obscurs : « Wie sculdigh xvare, y est-il dit, die coste te doene als van den dykage van de schelveringhen, liggende in Ossenesse, » et plus loin . « Dat die van S. Baefs ende hare hulpers, die in ghebreke svn van der vorseider scelveringhen upte rechtene, sullen up maken en up rechten ghelyc also vele, also lanc en also groot als die van den Dune ghemaect ende upgherecht vander voorseider scelveringhen, ende dat sullen doen die van S. Baefs up hare tselves aerve, also wel van den aerchsten, als van den besten, lialf een, half ander up hare tselves cost, met hare hulpers. » Que signi lie donc ce mot scelveringhen ? Kiliaen n’en parle pas. Le mot schelfer, auquel on a ajouté la désinence inghen, très-commune dans les patois flamands, signifie parcelle : dans ce sens, scelveringhen pourrait signifier les dégâts causés aux digues par les flots de la mer, les parcelles de terre entraînées par les vagues. Mais il est parlé de l’eudiguement de ces scelveringhen; d’élever des scelveringhen, de les achever. Dans le premier cas, on aurait voulu désigner des scorres, qui en grec signifie terre délaissée; dans le second cas, au contraire, ce mot est employé dans le sens de digues. Il s’agit peut-être de la crête de la digue : schelf, dans nos campagnes signifie las, meule, monceau ( hoei-schelf. ', schelf in de schuer). Scelvering pourrait très-bien signifier par conséquent le sommet des digues. Au reste, ce mot n’offre qu’un simple intérêt philologique, que d’autres plus savants que nous parviendront à déchiffrer facilement.

L’usage de se constituer en servitude ne cessa point en 1307, comme le pense Diericx (a), puis-

(«) V. Diericx, Slcm. de Gand, I, 230.

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qu’en 1353 le nommé Nicolas De Gryze déclara, par acte authentique, se placer lui et sa descendance sous le tutelle de l’abbaye comme serfs, en s’obligeant à lui payer 6 deniers en cas d’obit; c’était toutefois un adoucissement aux charges de la servitude, puisqu’antérieurement, en pareil cas, on en payait 12.

En 1337, Louis de Crécy donna aux Chartreux 4 bonniers de terre, situés à Royengliem, près de Gand, pour y élever leur couvent. Deux années après, ils s’adressèrent à l’abbé, qui était patron de ce hameau, pour obtenir de lui l’autorisation de continuer leurs travaux. 11 fut loin de s’y opposer, il leur permit « ut claustrum, ecclesiam, domos et alia quaecumque ad habitandum pro se et suis in loco jam pro ipsis incepto et determinato... liber! faciant, » à la condition de payer tous les ans une malge d’or, de la valeur de 8 sols forts de Paris, avec un cierge et un denier, et en outre 12 sols de la même monnaie pour le rachat des dîmes de 4 bonniers de terre, sur lesquels le couvent se construisait et qui prit la dénomination du lieu domus quae Vallis regalis dicetur; traduction très-inexacte du mot Royengliem, dont la racine est roeyen, royen, extirpare, delere, extirper ou abattre; la signification de ce mot serait donc plutôt lieu dérodé, que vallée royale.

Le même prince, dans une ordonnance qu’il publia au sujet du réglement pour le Béguinage de Notre Dame de Tcrhoyen, dont l’administration lui appartenait, attendu que les Béguinages en général avaient été fondés par les comtesses Jeanne et Marguerite, donne des détails très-précis sur le motif de leur création. Nous en avons déjà dit un mot antérieurement : voici le mobile louable qui les guida. À cette époque, l’on trouvait en Flandre beaucoup de femmes nobles et roturières, qui ne pouvaient contracter d’union assortie à leur condition, ou entrer en religion, faute de ressources pécuniaires, ou par manque de places dans les couvents; il en résultait qu’elles vivaient aux dépens de leurs parents ou du produit d’aumônes. Pour obvier autant que possible à cette fâcheuse position, les comtesses prénommées créèrent des établissements pour des jeunes femmes nobles et des filles de bonne famille, afin d’y vivre en commun et se procurer ainsi des moyens d’existence, sans compromettre l’honneur de leurs familles. Elles étaient admises dans ces établissements, sans qu’elles fussent tenues de faire des vœux, « hy helove en sonder belof. »

A peine la paroisse de Seven-eecken était-elle instituée qu’un procès s’éleva entre les nouveaux paroissiens et le curé de Loo-christi, pour le paiement d’une rente de 40 sols : la solution de la difficulté fut soumise à l’abbé Gerelm, qui condamna les paroissiens à la payer (1327). Cette somme avait été réclamée pour le rachat des droits d’inhumation et de célébration d’obits.

Les échevins de la ville de Gand arrêtèrent en 1539 les droits de place que l’abbaye pouvait percevoir à Houthem, sur la vente de chevaux, vaches et moutons, sur les étoffes de laine, les vieux habits, la faïence et les peaux tannées. Ce recours à des échevins supérieurs, au chief de sens, fait supposer que les échevins de Houthem n’avaient su trancher les difficultés, auxquelles cette taxe avait donné ouverture. Les échoppes et les boutiques étaient frappées d’une taxe uniforme, mais plus élevée; espèce de droit de patente qui affranchissait de tout autre impôt, les objets qui y étaient offerts en vente.

Les comtes de Flandre, comme seigneurs suzerains, ne laissaient l’exercice de la haute justice entre les mains de leurs grands vassaux, que pour autant qu’ils n’eussent à leur reprocher aucun acte de négligence. C’est ainsi que l’abbaye fut privée de sa juridiction dans le village d’Everghem et les villages qui en dépendaient, parce que ses agents avaient laissé échapper deux assassins, qu’ils ne purent reprendre : Louis de Nevers ne la réintégra dans cette prérogative qu’après qu’elle eut payé une amende de 200 livres parisis, qui sont renseignés de ce chef dans les comptes de la seigneurie d’Everghem (1355, 20 août).

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Si l’abbaye se trouva dans la nécessité de faire des emprunts d’argent à Baudouin Crépin, argentier de Philippe-le-Bel, auquel le monarque avait fait don du domaine de Waterlos, elle fit elle-même plusieurs prêts à la ville de Gand : des documents de ses archives en font foi. Cela ne l’empêcha pas de rendre en 1537, au fils de ce même Baudouin Crépin, qui était seigneur de la Brayelle, les sommes qu’il lui avait avancées, et de prêter en outre au comte Louis de Crécy 1200 livres par., dont celui-ci assura le paiement sur ses briefs de Wooyze.

Charles de Valois, roi de France, voulant faire usage d’un droit régalien, ordonna au bailli de Lille de saisir tous les biens de l’abbaye situés dans le ressort de son baillage, pour la contraindre d’admettre comme moine, le nommé Michel Rouge. L’abbé s’étant plaint de cette injuste rigueur, le roi vint à résipiscence et ordonna à son agent de suspendre toute poursuite ultérieure, attendu que le monastère de S. Bavon n’était ni de fondation royale, ni situé sur les terres du royaume, ou placé sous la sauvegarde de ses rois, qui n’y jouissaient d’aucune prérogative. Malgré cette injonction le bailli, qui semble avoir été le moteur de cette poursuite, ne l’abandonna pas; l’abbé dut le sommer d’exécuter l’ordonnance de son maître. Il exigea alors la production des pièces sur lesquelles l’abbaye avait fondé sa réclamation : le procureur de l’abbaye communiqua, en séance solennelle, les pièces suivantes : une charte de l’empereur Henri VI de 1193, constatant que l’abbaye était située dans l’empire et placée sous la sauvegarde des empereurs d’Allemagne; une bulle d’Alexandre IV, confirmant cet acte; un diplôme de la comtesse Jeanne, par lequel elle annonçait à l’archevêque de Reims, que ce monastère se trouvait sur les terres de l’empire, preuve qu’elle avait acquise par des pièces authentiques. En outre on entendit plusieurs témoins qui confirmèrent ces pièces; le bailli se vit alors contraint d’ordonner l’exéquatur du décret de son maître.

Un document de 1356 nous fait connaître avec quels monastères l’abbaye avait contracté des associations de confraternité, afin de faire célébrer des messes pour le repos des âmes des moines décédés dans les abbayes affiliées. Voici leurs noms : S. Pierre, au Mont Blandin, à Gand, S. Bertin , S. Amand, en Pévèle, S. Pierre, à Afflighem, S. Sauveur, à Eenaeme, S. Landelin, à Crespin, S. Jean l’Évangéliste, à Nesle, le monastère de Brühl, près de Cologne, et celui de Metines dans le Cambrésis.

On eut occasion du temps de cet abbé de constater les ravages causés par l’ophthalmie : on rencontre au sujet de cette cruelle maladie un rapport dressé en 1350 par maître Thiebaud Malengliier, médecin de l’abbé de S. Bavon, chargé du service sanitaire dans l’hôpital de Ste Anne. C’est une charte qui peut offrir un grand intérêt pour l’histoire de l’ophthalmologie; mais nous n’avons pas eu occasion de la voir. Elle se trouve aux archives de l’évêché.

Après le décès de l’abbé Gérelm (16 juin 1358), et avant l’élection de son successeur, le prieur de l’abbaye s’était trouvé dans la nécessité de se rendre à Rome, probablement pour cette nomination. Le sous-prieur, nommé par l’abbé Gérelm, prit alors la direction de l’abbaye; mais le prieur avant son départ, prévoyant que cette charge serait trop pesante pour un seul homme, lui adjoignit deux autres sous-prieurs.

Cette nomination paraissant irrégulière à la communauté, celle-ci s’adressa aux vicaires de l’évêché de Tournai, pour savoir si elle leur devait obéissance. Ces dignitaires s’empressèrent de confirmer ces nominations et d’engager la communauté à obéir à ces prieurs et à continuer de vivre sous la discipline de la règle, dans la réclusion et la continence. Et pour donner plus d’autorité au sous-prieur, ils lui conférèrent le pouvoir de donner l’absolution comme l’abbé, et aussi longtemps qu’on n’aurait pas pourvu à son remplacement (90).

to

ABBAYE DE S. BÀYON.

Pierre. — 1541-1345.

Quoique l’abbé Gérelm mourût le 16 juin 1338 (91), le chapitre ne songea point à pourvoir à son remplacement. La tendance politique de l’époque avait-elle influé sur la direction intérieure des affaires de l’abbaye, au point qu’elle eût abandonné l’une de ses plus chères prérogatives, qui lui avait été assurée par Louis-le-Débonnaire, celle d’élire ses abbés? Ses annales sont muettes à cet égard; mais nous la voyons, elle si fière de ses droits, admettre un abbé qu’on lui imposa, sans qu’elle se permît la moindre opposition. Le pape Benoit XII éleva à la dignité abbatiale Pierre , moine de S. Bertin et docteur en théologie; c’était un abbé commendataire.

Comme il arrivait parfois qu’il était impossible de nommer de suite un remplaçant à un abbé décédé, l’administration du monastère était confiée en ce cas à un ecclésiastique, chargé d’expédier les affaires spirituelles et temporelles : c’étaient des fonctions temporaires, de simples mandataires. Mais cet usage, qui avait été introduit dans l’intérêt des institutions monastiques, ne tarda pas à dégénérer en abus; de simples mandataires à temps, ils devinrent commendataires à vie et cela dans leur propre intérêt. Les personnages nobles qui étaient investis de cette dignité par le pouvoir royal, portaient le titre de comtes-abbés, abba-comites : ils remettaient les soins spirituels de l’abbaye à des prieurs et ne s’occupaient que des biens temporels pour les dissiper en de frivoles plaisirs.

Dès l’an 844 les évêques avaient porté leurs doléances aux pieds des souverains, pour leur faire connaître combien ces nominations étaient préjudiciables à la religion et aux abbayes, dont les abbés commendataires, insatiables dans leurs dépenses privées, laissaient dépérir les édifices; ils les prièrent de ne conférer ces dignités qu’à des ecclésiastiques. Malgré ces réclamations et celles des synodes, les rois ne se dessaisirent pas de cette usurpation; l’on cite même des exemples de transmissions d’abbayes à titre héréditaire. Cet état de choses dura jusqu’au temps de Hugues Capet, qui rendit enfin aux églises et aux abbayes leurs anciennes prérogatives. Néanmoins beaucoup d’évêques se réservèrent encore bien des abbayes au même titre. Quand, à la suite des guerres saintes, la discipline ecclésiastique fut foulée aux pieds et que les abbés vivaient non comme des moines, mais comme des laïques, trafiquant des biens de leurs monastères, enrichissant leurs neveux et leurs familles, les cardinaux et les évêques surent profiter de ces désordres, pour solliciter la direction de ces institutions, sous le faux prétexte d’en soigner les intérêts. Mais on put se convaincre bientôt que ces demandes étaient loin d’être désintéressées , « mox apparuil reformandi atque restaurandi studium, non fuisse nisi mcrum pretextum cleglutiendi monasteriorum proventus. » Le pape Clément V prit la résolution de casser et d’annuler toutes les concessions de cette nature. Mais quoiqu’il fit, on n’eut égard à aucune de ses décisions, et la coutume de donner les abbayes à des commendataires ne fit qu’augmenter au XIVe siècle, durant le schisme, depuis Urbain VI jusqu’à Martin V (a).

Ce fut à la suite de cette coutume invétérée et pernicieuse, à laquelle l’abbaye de S. Bavon dut aussi se soumettre, et à l’époque où tous les pouvoirs étaient bouleversés par les commotions politiques, que le pape se crut autorisé à donner de son propre mouvement la dignité abbatiale à un étranger.

Les annales de l’abbaye ne font pas mention de la domination de Jacques Van Artevelde : le monastère de S. Bavon n’était cependant pas du parti du comte, puisqu’il accorda asile à la reine

(a) Van Espen, Jus eccksiasticum, t. î, p. 321, u° 1 ù 30.

ABBAYE DE S. BAVON

d'Angleterre, Philippine, épouse d’Edouard III, le puissant allié du Ruwart. Ce fut à l’instigation de celui-ci, dit-on, qu’il prit le titre de roi de France et qu’il écartela ses armes de lys français et de léopards anglais; Edouard publia même à Gand deux proclamations, où il exposa ses droits au trône de France. Afin de se mettre à même de soutenir la guerre contre son antagoniste, le roi Philippe, il retourna en Angleterre pour solliciter des aides de son parlement. Il laissa la reine à Gand, comme gage de son prompt retour. Edouard après la célèbre bataille navale de l’Écluse, où il détruisit la flotte française, revint à Gand pour visiter la reine. Elle fit un long séjour à l’abbaye et y mit au monde un fils, dans le courant du mois de décembre 1341. Il fut surnommé Jean de Gand et devint dans la suite duc de Lancastre (a). Le roi Edouard avait choisi de préférence l’abbaye de S. Bavon pour la résidence de son épouse, parce qu’elle se trouvait sur les terres de l’empire, dont il avait été nommé le vicaire par l’empereur.

La nomination des abbés commendataires ne s’expédiait pas gratuitement à Rome : l’abbaye eut à payer, pour celle de l’abbé actuel, à la chambre apostolique, la somme de 1000 florins d’or, et de plus 200 florins pour les employés. Ces sommes furent payées à la demande de l’abbaye par Bartholomée Vegius et Benoit, marchands de Gènes, le 23 juin 1343 (92).

L’abbé Pierre résigna ses fonctions entre les mains du pape Clément VI, dans le courant de cette année : il fut chargé alors de la direction de l’abbaye de S. Riquier, dans le Pontbieu; c’est la pièce prérappelée qui nous l’apprend. Cet abbé se nommait Pierre d 'Alvenges : il fit partie du conseil des états du Pontbieu, probablement en 1358, et mourut à Paris en 1360, au collège du cardinal Lemoine; il y fut inhumé dans l’église.

Jean II. — 1343-1349.

Cet abbé, qui se nommait Van den Moere (De Moro), eut aussi à payer pour son élévation à la chambre apostolique une certaine somme d’argent, dont nous ne connaissons par la quotité, circonstance qui fait croire qu’elle se fit par l’entremise du pape. L’évêque in partibus de Frascati lui délivra de ce chef le 21 décembre 1343, une quittance de 500 florins d’or et lui accorda un nouveau délai pour en solder le restant.

Le 1er octobre 1344, cet abbé fit expédier en faveur de Guillaume Van Arievelde, fils de Jean Van Artevelde, des lettres rémunératoires pour les services qu’il avait rendus à son abbaye, dans les termes suivants :

« Aile den ghene die dese lettren zullen zien of horen lezen, why Jlian, bi den ghedoghe van Gode, abt van S. Baefs bi Ghend, salut in onse Ileere, met kennesse der waerhede wete aile dat wy hebben ghegheven ende geve onsen harden lieven ende ghetrouwen Willemme Van Artevelde, ser Jans sone Van Artevelde was, onnne meneghen orborlike ende profiteliken dienst, die hii ons ende onser kerken ghedaen heeft, ende noch doen mach, also langhe als wy leven zullen en hy leven sal, onse sériante cleederen also zulke als wy gheven zullen, zyn invaren ende huutvaren binnen onsen cloostere van S. Baefs vorseid, ende binnen onser kercken goedinghen, zo waer sy ghestaen zyn. Ende vyftigh pond par. sjaers in gherechten pensioene te gheldene ende te betaelne den voorseide Willemme ten twien terminen van den jare.... ende also voort.... also langhe als wy leven zullen ende de voorseide Willem leven sal. Voort wart so dat wy den voornoemden Willemme yewer ( quelque part)

(a) L’Espinoy, Rcchcr., p. 437. Histoire d’Angleterre, par J. LmcAiiD, t. IV, p. 40.

ABBAYE DE S. BAVON

senden wilden ofte sendcn, dat sal mocten zyu up de coste cnde facte van ons ende van onzer vorseiden kerken, omme zoo wat zaken het zyn mochte, ons ofte onzer kerken toucherende.... »

II est regrettable que l’abbé ait été si peu explicite au sujet des services que le neveu de l’illustre Ruwart avait rendus à son monastère dans les messages dont il avait été chargé. Les missions politiques, qui lui furent confiées, auraient pu jeter quelque lueur sur une époque, encore si peu connue.

L’abbaye prêta à cette époque (4 août 1345) à la ville de Gand 2000 écus d’or, goudine scilde. Les finances de la ville étaient épuisées; « gheleent in den openbaren noot van ons en van der vorseider slede van Ghend, » dit l’acte qui affecta au paiement de cet emprunt les accises sur le blé, la bière, la tourbe et les toiles. Les échevins, faisant abnégation de tout intérêt propre, se constituèrent solidairement caution pour cette somme, si le remboursement ne s’en effectuait pas annuellement à la fête de l’Assomption, jusqu’à concurrence des accises perçues, qui étaient déjà engagées à l’abbaye de Dunes pour un prêt de 50 liv. de gros tournois.

Nous croyons que ce fut sous cet abbé qu’on publia des ordonnances de police à S. Bavon, à S. Liévin-Houthem et à Everghem : elles avaient trait à la pêche, à la chasse aux filets, aux jeux, à la destruction d’arbres sur la voie publique , au logement accordé à des femmes de mauvaise vie , à leurs tenanciers et à des bannis, au port d’armes défendues, aux poids et mesures, aux étoffes mal confectionnées, à la perception des droits, à la vente de viandes malsaines, à la défense de faire du feu dans les places publiques ou d’y abattre des porcs. Le tavernier, qui à Everghem, ne débitait pas ses boissons d’après les mesures de Gand ou qui livrait des vivres de mauvaise qualité, encourait une amende, ainsi que le boulanger qui mettait en vente des pains n’ayant pas le poids du pain de Gand,

« rninder dont tvoetbroet te Ghend (95). »

Nous avons trouvé mentionnées dans un des cartulaires de l’abbaye (le n° 15, p. 18) les questions qui devaient être faites dans les enquêtes judiciaires ouvertes annuellement à Everghem : elles sont de la teneur suivante :

« Eerst, ofte yemene berucht es ofte ghedaen heeft eeneghe moert, roef, brant, diefte, vrouwen vercraht ofte verdre ghebreken wettelike ofte anders.

» Item, omme die onnutte siin int lieerscep ende bet daer ute dan daerin.

» Item, om wie den lieden haer simel (?) pleeght toncocmen.

» Item, ofte yemene derlieder païen pleeght te versettene.

» Item, wie den lieden haer eere pleeght te nemmene metter tonghe.

b Item, ofte yemene der lieder kenden, ofte mane ofte wiife pleegt tontspoenene.

» Item, ofte yemene acker scade pleegt te doene met sine beesten ende dat bii costuume.

» Item, ofte eenich twist es die omberecht bleven es.

» Item, ofte yemene ccnege bien vonden heeft, die ten heere waert niet brocht en heeft.

» Item, ofte yemene eenige vlasche (s/c) hecde ghedaen heeft om huere, ofte om miede ofte vlasche (s/c) oercontscip gheseit heeft. »

Get interrogatoire comprenait probablement toutes les matières, soumises aux dispositions du code pénal de cette époque; il établit d’ailleurs que les ruches des abeilles sauvages appartenaient de droit aux seigneurs territoriaux. Eginhard, de son temps, en regardait le produit comme un de ses principaux émoluments.

Philippe, roi de France, leva le 1er octobre 1547 la saisie dont il avait frappé les biens ecclésiastiques en général, qui se trouvaient dans le pouvoir de ses ennemis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son royaume, dans le Cambrésis. Cette saisie avait été faite, comme il le dit lui-même « pour certaines causes, qui à ce nous murent, » sans toutefois les faire connaître.

Hormis les faits que nous venons de signaler, rien de bien intéressant ne se passa à l’abbaye durant les six années que l’abbé Jean resta en fonctions. Quelques dotations de chapellenies, l’élévation d’une chapelle au rang d’église paroissiale à Rysberghe, dont les actes avaient été déposés dans la collégiale de Notre-Dame à Anvers, pour être remis à l’abbaye après la mort d’Arnould Van Goala, curé de la dite paroisse; la conversion en redevances en argent, de quelques prestations en nature; l’arrangement d’anciennes contestations au sujet de biens-fonds à Ardembourg; la réunion de la paroisse de Rombauds-Dorpe-Wulpen, dont l’église et une grande partie de son territoire avaient été englouties dans les terribles inondations, qui désolèrent alors les côtes de la Flandre, à celle de Westende; le renouvellement de l’association de confraternité et de participation réciproque aux bonnes œuvres, contractée avec l’abbaye de Syberghen; une convention conclue entre Jean Zoeteric, prévôt de l’abbaye de S. Bavon, et Eustache Van Ghendtbrugghe, prévôt de S. Pierre, à Gand, au nom de leurs institutions respectives, sur les successions des enfants naturels, sont les seuls actes que nous ayons à signaler. Le transport de domicile d’un bâtard du territoire d’une de ces abbayes sur celui de l’autre, ne faisait pas perdre aux prévôts le droit de prélever le meilleur lot sur sa succession.

L’abbé coupa court aux réclamations de son écoutête Daniel, lesquelles étaient sans fondement, en arrêtant capitulairement le 19 juin 1347, qu’il n’avait aucun tantième à prélever sur les biens des bannis, des condamnés par d’autres juges que ceux de S. Bavon, ni sur ceux des bâtards, des étrangers et des personnes, faisant défaut de comparoir, dans le cas même où celles-ci étaient condamnées à une amende par les échevins de S. Bavon. Il lui défendit de s’immiscer dans les transactions des parties et de s’attribuer une part des bénéfices qui pouvaient en résulter, à moins qu’il n’y eût condamnation. Le troisième denier des amendes encourues lui était alloué, sans qu’il pût faire valoir des réclamations dans le cas où le prévôt trouverait bon de ne pas les exiger (ci). La phrase suivante de cette décision est remarquable : « Ontkennen \vy ende ontsegghen hem vetde te makene tussehen partien ende aile bâte die daer af commen mochte. » Les mots vetde te makene nous rappellent l’ancien usage franc, qui permettait à un chacun de venger une injure ou même un crime en exigeant une rançon, nommée faida, freda ou fredum. Il est évident que vetde trouve sa racine dans f aida ou freda (h), capitales inimicitiae : il en résulte qu’à cette époque le droit de transiger au criminel n’était pas tombé en désuétude et que les magistrats conciliateurs, nommés Raeden ende Paysierders, n’étaient pas encore parvenus à abolir ou à extirper des mœurs nationales, ce droit public de vengeance privée, qui permettait de racheter à prix d’argent des crimes et des délits de toute nature.

L’abbé Jean, qui obtint du pape Clément VI, en 1345, des indulgences, que les fidèles pouvaient mériter dans l’abbaye aux fêtes de SS. Bavon, Liévin, Machaire et Landoald, mourut le 15 mars 1349.

Baudouin III. — 1550-1552.

Il était un des descendants de l’illustre famille des Borluut et remplissait les fonctions de prieur sous l’abbé précédent. Son sacre fut célébré le deuxième dimanche après les Pâques de l’année 1350 ( c ).

De son temps la chapelle d’Oostacker (capella campestris ), dédiée à S. Laurent, dépendante de l’église paroissiale de S. Sauveur, avait été abandonnée à cause de sa vétusté. Jean de Zuderics, moine de S. Bavon et prévôt à Papinglo, songea à la rendre au culte : les vicaires-généraux de

(a) Cetle pièce est publiée dans le Chartcrboekje de Diehicx, p. 12; elle est du 19 juin 1547.

(b) V. Tek Catte, Anleidinghe, etc., au mot mjd ou vye, p. 480.

(c) V. Coll, des chroniques belges inédites, annales de S. Bavon, t. I, p. 451, in fine.

ABBAYE DE S. BAVOiV.

l’évêché de Tournai donnèrent l’autorisation nécessaire, et un évêque que nous trouvons sous le nom de Episcopus Hardimensis, en fit la consécration le 17 octobre 1350 et bénit son cimetière, en présence de Liévin Timmerman, curé de Postele, Hugues Claeuwaert, Oger Tsuul, prêtres, Pierre de Boendale, ehapellain de cette chapelle, et de Baudouin de Molcele et Arnould Bâte, témoins laïcs du diocèse de Tournai à ce requis. À cette occasion plusieurs immeubles lui furent donnés pour son entretien (9-4).

Quand les légats du pape parvinrent, quelque temps après la bataille de Poitiers, à conclure la paix de Brétigny, le roi Jean, dont la rançon coûtait à la France la somme énorme de 3 millions d’écus d’or (166 millions de francs) et la souveraineté de la Guyenne et de plusieurs autres provinces, dut songer à ramasser la somme promise. Il inventa toutes espèces de nouvelles contributions; l’altération des monnaies, trop habituelle dans ces temps, fut un des moyens qu’il employa; il vendit même l’une de ses filles à Jean Galéas Visconli, pour la somme de 60,000 florins d’or. Le pape lui accorda les dîmes sur le clergé. En vertu de cette concession, qui avait été approuvée par les évêques de France, réunis en assemblée générale à Paris, et qui arrêtèrent que la moitié du dixième des revenus des évêchés devait être donnée aux fonctionnaires appelés au concile général de Rome et l’autre moitié aux besoins du royaume de France, pour venir en aide à son roi; en vertu de cette concession, disons-nous, le roi demanda à l’abbaye un à-compte de 100 florins d’or, « pour soutenir, » dit-il dans une charte délivrée le 8 avril, sans indication d’année, « les importables charges que nous avons de présent pour la deffence » de notre royaume et les églises dicellui et résister à îentreprise de nos adversaires, ennemis et rebelles, » qui de jour en jour sefforcent de nous grever en plusieurs maniérés et commettent plus de cruels et » inhumains maulx qu’ils n’avoient fait par avant » Néanmoins le 25 juin 1350, l’abbaye, à la de-

mande du comte de Flandre, obtint du duc de Normandie et de Guyenne, collecteur des dîmes au diocèse de Tournai, remise d’une somme de 400 livres par. sur celle qu’elle devait de ce chef.

La mention de plusieurs quittances, délivrées par Hugues Sagwin et Jacquemart Delabauresse, receveurs du comte de Flandre, de ses briefs, nous apprennent que l’abbaye devait à ce titre pour les biens qu’elle possédait à Wulfsdonc, la somme de 4 livres 15 sols et 10 deniers. Cet impôt foncier n’était que la conversion en espèces de l’ancien espier, speicherrenten ou ’s graven-lijfneere, payable anciennement en blé et qui formait le plus ancien moyen financier des comtes (a). Ces redevances étaient imprescriptibles et inhérentes au fonds, les acquéreurs en étaient passibles de plein droit, sans qu’on dût en faire mention dans les actes de transmission d,e propriété. Que les impôts dussent se payer en nature anciennement, il n’y a rien qui doive nous surprendre, si l’on considère que même jusqu’au Xe siècle la pénurie de l’argent était si grande, que le commerce ne se faisait que par échange, et que pour faciliter les transactions, les comtes durent établir des foires et des marchés. Les fermiers et les tenanciers des immeubles se trouvaient alors dans la même impossibilité de payer en numéraire. De là résulta la nécessité de bâtir des scuria, des cjrania, granges, schuren en flamand, dépôts ou magasins connus plus généralement sous la dénomination de spyker, spicarium. L’agence de recouvrement de ces redevances foncières se nommait des briefs , en flamand brieven, brévia, breve en latin. Cette dénomination était empruntée aux lettres même d’investiture, auxquelles on ajoutait, soit le nom de celui qui les délivrait, soit le nom de la situation des biens, par exemple les briefs d’Assenede et ceux de Bisel, au Métier d’Ardembourg, vendus par Thierry d’Alsace et dont certain De Bisel avait été le premier percepteur. Nous ferons remarquer que presque toutes les terres soumises à cet impôt, se trouvaient situées le long de la côte maritime de la Flandre, dans le pays de Waes, aux quatre Métiers, à Ysen-

(œ) V. Placards de Flandre, 1. 1, p. 255.

ABBAYE DE S. BAVON

dycke, Biervliet, Ardembourg, Oostbourg, dans les îles de Cadzand et de Wulpen, dans le franeonat de Bruges et la châtellenie d’Ypres et de Fûmes. Cette situation nous fait croire que ces terres ne formaient autrefois que des alluvions, des scorres et même des terres tourbifères, qui appartenaient au comte par droit régalien, et dont ils ne faisaient la concession que sous la clause d’une redevance irrédîmable. A toutes les époques le recouvrement en avait été poursuivi avec tant de rigueur, que les fonds qui en étaient grevés, trouvaient difficilement des acquéreurs ; le respectable Baepsaet atteste, même que souvent il entendit dire, qu’il ne pouvait y avoir de salut pour l’âme de celui qui avait rédigé l’inique placard qui les concernait.

En 1351 le seigneur de Moerzeke et son frère, de commun accord avec les habitants de Cadzand et de Wulpen, reconnurent qu’ils devaient engranger les grains provenant des dîmes et des terres de l’abbaye dans ces villages et s’obligèrent de faire trois fois la semaine, une distribution de paille, de balles et de pain à tous les pauvres qui viendraient en demander.

Quoique les religieux de S. Bavon protestassent le 15 novembre 1352 contre la subvention réclamée par l’évêque de Cambrai, à titre de procuration, c’est-à-dire de soutien ou d’alimentation, ou peut-être pour rachat de droit de gîte, l’abbé fit payer trois jours après cette date, la somme de 15 écus, pour la même cause, au doyen provincial d’Alost, et ce en vertu des lettres pontificales qui lui avaient été dépêchées. L’abbé Baudouin est resté inconnu à Sanderus, quoique les annales de S. Bavon fassent mention de lui; il est aussi cité dans une charte de l’année 1350, 28 juin, par laquelle il annonce à l’évêque de Tournai qu’il a autorisé la consécration de la chapelle d’Oostacker. Nous ignorons toutefois l’époque de son décès.

Jean III. — 1552-1594.

D’après l’un des registres des cens de l’abbaye il aurait été nommé le 1er avril 1350 : quoiqu’il ne soit entré en fonctions qn’après le décès de Baudouin Borluut, il est très-possible qu’il fût nommé à cette date, car c’était un abbé commendataire. Mais il n’entra en fonctions que vers la fin de l’année 1352, puisque ce ne fut que le 23 mai 1353 qu’il paya au sacré collège, pour l’expédition de sa nomination, la somme de 200 fl. d’or, en à-compte d’une somme plus forte, exigible en divers termes.

Il était natif du village de S. Amand et se nommait Defayta; dans une charte du 15 juin 1366 il est intitulé Jean De Pittbem. Savant docteur en droit canon (a), l’université de Paris le dépêcha à la cour de Rome pour prêcher contre la secte des Flagellants, que Clément VI condamna à la suite de ses sermons, en 1349. Le pape lui confia plusieurs missions importantes, qu’il sut mener à bonne fin, et pour le récompenser il lui confia l’administration de l’abbaye de S. Bavon. Il resta en dignité pendant quarante-deux années : il eut plusieurs prieurs, Baudouin Borluut, Jean Van den Leene et Michel. Celui-ci, docteur également en théologie, l’aida puissamment dans ses fonctions.

Peu après sa nomination il se rendit à Avignon près du pape Innocent VI, à l’occasion de l’interdit lancé contre la partie du comté de Flandre qui relevait du royaume de France, par suite de la rébellion des Flamands contre l’autorité royale : il lui fit connaître que son abbaye était située dans l’empire et lui demanda la permission de pouvoir y continuer la célébration du service divin, « quiquidem vivae vocis oraculo, dixit quod sic. » C’est une circonstance qu’il annota lui -même dans un des cartulaires de son abbaye; ce fut le mercredi après la Pentecôte de l’année 1354 que cette entrevue eût lieu (b).

(a) V. Sandebos, De Gand. erudilis, Claris, etc., 1. 5, p. 69, et Bibl. Belg. Sanderi, p. 49.

(b) Y. cart. n» 12, p. 75 v°, sur la marge au bas de la page.

ABBAYE DE S. BAVON

En grande faveur auprès du saint Siège, il en obtint des marques nombreuses de confiance, et toutes les demandes qu’il lui adressa, lui furent accordées. Innocent VI le chargea de percevoir les annates de tous les bénéfices ecclésiastiques dans la partie de la Flandre relevant de la France, et il fit annuler les aliénations de biens faites sans son autorisation; Grégoire XI lui permit d’ériger une église à Weert; Urbain VI abolit en faveur de son abbaye et de toutes celles de l’ordre de S. Benoit, l’usage de faire des présents aux archevêques de Rbeims et de Sens, lors de leur consécration, et les dispensa de fréquenter en personne les synodes tenus hors de leurs diocèses et de leur payer aucun droit de mutation pour les biens qu’elle devrait aliéner. Le même pape accorda à l’abbaye une faveur dont elle devait être fière, en lui permettant de porter la mitre et l’anneau pastoral et de donner la bénédiction solennelle. Les églises de S. Michel, à Gand, de S. Bavon et de Notre Dame, à Ardembourg, celles à Cadzand et à Everghem, furent exemptées de l’impôt, dont les biens ecclésiastiques avaient été frappés à cette époque.

Boniface VIII avait institué à Ardembourg, en 1296, un collège de chanoines, mais il n’avait pas érigé l’église de cette ville en collégiale : ce fut le pape Innocent VI qui l’éleva à ce rang en 1557, le 4 septembre, sur la demande du comte Louis de Male. Mais cette bulle ne sortit son entier effet qu’une année après, quand l’évêque de Tournai, Philippe, se fut assuré que les biens de cette église étaient suffisants pour pourvoir à l’entretien des chanoines, qui étaient au nombre de douze. Il se réserva la nomination de huit titulaires, sur la présentation de l’abbé, qui nommait les quatre autres (95). Louis de Male prit ce chapitre sous sa sauvegarde et lui assura une rente de 1200 livres parisis, sur quatre poldres, nommés Vorintenkereede, Van Micliem, Gillis Everaerd-polder et Lapscure.

Les échevins de la ville de Gand furent appelés en 1353 à vider une question de droit fort importante pour l’abbaye : il s’agissait de savoir si une convention munie seulement du scel de l’abbé pouvait lier son abbaye. Il était question dans l’espèce d’un bail accordé par l’abbé Jean II : à sa mort l’abbaye ne voulut pas respecter les droits du fermier et rentrer dans la jouissance des biens loués, en soutenant qu’un bail scellé seulement par un abbé n’était valable que durant sa vie. Les échevins adoptèrent ce système et annullèrent le bail (96). Nous ferons la remarque en passant, que les échevins de Gand n’étaient intervenus dans cette cause que comme chefs-juges, les juges de S. Bavon avaient fait un appel à leurs lumières, pour se mettre à l’abri de toute suspicion de partialité.

Le bailli et les hommes de fief de l’abbé à Everghem rendirent en \ 561, le 29 juillet, un jugement solennel (a), à la demande de Iloste De Baetsleet, sur l’étendue et les dépendances d’un fief, qu’il tenait de l’abbaye en ce village, et qu’ils fixèrent d’après la déposition des voisins du tenancier et des personnes qui demeuraient dans les environs. Cette enquête se nommait Wettelycke Serkemenage, mot dérivé, à ce que nous semble, de qui circumrnanebant.

Il résulte de cette enquête, que Hoste De Baetsleet tenait en fief de l’abbaye l’avouerie d’Everghem, et que l’office d’écoutête et de gardien des prés ( praterie ) dans ce village et dans ceux de Wondelghem, de Sleydinghe et d’Ekkerghem en dépendaient. Cette pièce, qui comporte quatorze articles, fixe en matière civile ses droits, ses devoirs et ses émoluments; ce qu’il avait à faire lorsque l’échevinage venait à vaquer; ses fonctions en temps de guerre; il portait la bannière, devait poursuivre les retardataires et déterminer la taxe qu’avaient à payer les personnes qui étaient exemptées du service militaire à cause de leur âge, de maladies et d’infirmités ou pour autres raisons.

(a' Diericx a publié ce document dans son Charterboekje, p. 19. L’original se trouve aux Archives de la Flandre orientale, mais sans indication de case, dans la boîte n° 5.

Une autre enquête, mais purement administrative, fut ouverte par le même bailli, l’écoutête et les échevins d’Everghem, sur le canal du Sas, depuis Langerbrugge jusqu’au moulin nommé le Clusentnolen, appartenant au châtelain de Gand (1368). Cette enquête rappelle le réglement arrêté dans le temps par le prieur de l’abbaye, Baudouin Borluut, et établit quelques points qui ne sont pas sans intérêt; le canal n’avait alors qu’une largeur de 21 pieds et les francs bords 7 pieds, sur lesquels on pouvait déposer les terres du dévasement. Le châtelain avait le droit de faire redresser les empiétements; depuis Langerbrugge jusqu’à la ferme de Guillaume Van den Walle, le chemin de hallage s’étendait du côté de l’est. A cet endroit on traversait le canal, pour continuer du côté ouest jusqu’à Coudenbrouck, où l’on passait de nouveau le canal, pour se rendre au pont de Arent Boulins (97).

Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que l’administration de S. Bavon était indépendante de celle de la ville de Gand; jusqu’au XVe siècle, à l’exception des accises, les octrois et les tonlieux des deux villes différaient essentiellement. Ainsi l’impôt sur les céréales ( maelrecht ), qui se percevait à Gand, n’était pas exigible à S. Bavon. G’est un point qui est établi par les échevins de la Keure dans le procès que l’abbé intenta à Guillaume De Grutere, fermier de ce droit, qui l’avait exigé pour un bâteau, qui était venu chercher des céréales dans les magasins de l’abbaye («). L’abbé obtint gain de cause le 30 mars 1363, et le receveur fut déclaré non recevable.

Au XIVe siècle le droit d’asile, accordé aux plus grands criminels dans les églises et les cimetières, donnait lieu à de si scandaleux abus, que souvent le repos public en était troublé; dans les églises même ils se livraient aux excès les plus déboutés et en sortaient la nuit pour braver l’autorité ou pour se livrer à des actes de vengeance. L’official de Tournai, pour faire droit aux plaintes que lui avaient adressées les échevins de Gand, retira la protection de l’Église à tous ceux qui s’en seraient rendus indignes par leur conduite et les lit chasser des églises et des cimetières, après un avertissement préalable de trois jours (22 octobre 1568).

L’abbé s’opposa en 1571 à l’exécution de la décision des commissaires du roi de France, qui voulaient faire contribuer cette abbaye à l’impôt que le pape Urbain V avait permis de lever sur les biens ecclésiastiques dans l’étendue du royaume de France; il allégua qu’elle était située dans l’empire. Il est évident que l’abbé avait raison à l’égard des propriétés de son abbaye situées dans l’empire; mais par cela seul que le siège de son monastère y était établi, ses biens en France ne pouvaient en être exemptés. Nous ignorons le résultat de cette opposition.

Parmi les innombrables droits féodaux dont l’abbaye avait la jouissance, elle avait le droit de Grutc, dans la baronnie de Nevele, qu’elle acquit en 1353 de Liévin Van Abbersvoordc, droit important dont nous avons eu occasion de parler ailleurs (98). Elle y avait aussi celui d 'udhéritence et de déshéritence de tous les biens qu’elle y donnait en fief. C’était un droit de mutation qui se percevait lorsqu’un bien changeait de propriétaire; il lui fut cédé en 1387 par le seigneur de ce pays, Jean de Fosseux. Elle donnait aussi en location, au prix de 25 livres par., le « hooft-gavel van der canterien van S. Bacfs. »

L’abbaye voulut échanger vers 1371 la justice dans le village de Lathem-S. -Martin contre les dîmes que le comte de Flandre avait droit d’y percevoir : cet échange n’était pas sans importance, puisque la cour de Rome s’en mêla et que Grégoire X chargea spécialement l’évêque Philippe d’Arbois d’en prendre connaissance.

L’abbé défendit toujours avec énergie les prérogatives de sa seigneurie : il s’opposa à ce que le bailli de Termonde y portât la verge haute et qu’il vint y faire des actes de justice, l’autorité supérieure dut

(a) u De weleke de coopman dede draghen in zyn scliip, hi dacr brocht hadde, binnen de cîoosler liggende inl water. »

ABBAYE DE S. BAVON

nécessairement lui donner gain de cause; et pour que les ducs de Bourgogne ne pussent se prévaloir d’une prérogative très-contestable (qu’ils faisaient découler d’une habitude de leurs prédécesseurs de faire retraite soit à l’abbaye de S. Bavon, soit à celle de S. Pierre), d’y placer certains personnages, qu’ils désignaient par des briefs, brevets ou prébendes, pains d’abbé , l’abbé trouva le moyen de faire renoncer Jean Van Aelst aux avantages qu’un duc de Bourgogne lui avait accordés par un rescrit de cette nature.

On trouve dans les archives de l’abbaye (a) une pièce sans importance pour ses intérêts, mais qui est très-remarquable sous le rapport des coutumes et de la forme légale des dispositions de dernière volonté : c’est le testament de Salomon Borluut, ancien premier échevin de la Keure, sous la date du 20 mai 1363. Cet acte n’est pas signé par le testateur, il est simplement muni de son sceau et de ceux d’un assez grand nombre de personnes notables ou propriétaires fonciers, pour confirmer son contenu et concourir à son exécution, selon la forme et teneur reçues. Ce Salomon Borluut fut enterré, à sa demande, dans la crypte de S. Jean, dans le tombeau de son père; il avait spécialement recommandé de placer, lors de son service funèbre, sur le catafalque [serine), un drap de toile blanche, recouvert d’une serge de laine noire, ornée d’une croix rouge de la même étoffe, entouré de quatre flambeaux de cire. Cette pièce supplée en quelque sorte, dit Diericx, à une lacune de l’ancienne législation des Gantois sur les legs et les testaments.

Le cours de la vieille Lys, qui avait donné lieu à de longues controverses du temps de la comtesse Marguerite, fit naître de nouvelles difficultés à cette époque-ci. Par les travaux que la ville de Gand avait fait exécuter pour détourner les eaux de la Lys et pour la mettre en communication directe avec l’Escaut, et empêcher ainsi que ses eaux ne s’échappassent par ses anciens embranchements, l’abbaye fut privée des avantages que lui offraient les cours d’eau, qui baignaient les murs de ses édifices et lui facilitaient son commerce de vins et le transport des céréales. Sur ses réclamations, les échevins de Gand lui permirent de placer une écluse dans la digue du nouveau lit de la Lys au Cherche [b), pour lui procurer les eaux dont elle avait, besoin et les diriger vers l’abbaye par les prairies du Ham. Toutefois cette autorisation ne lui fut accordée qu’à condition d’intercepter le cours des eaux en aval du mur de clôture de l’abbaye, d’élever des digues pour empêcher les inondations; mais elle avait la faculté d’établir des fossés d’irrigation pour les dépendances de son territoire (23 juin 1366). Si depuis l’année 1253, il avait été arrêté un arrangement entre la comtesse Marguerite et l’abbaye de S. Pierre, à Gand, au sujet de la construction des fortifications à frais communs, l’abbaye de S. Bavon ne pouvait avoir contracté aucun engagement de cette nature, puisque les échevins de Gand défendirent en 1369, aux percepteurs de l’impôt établi pour ces travaux [onghelden vanden Lammerins werken), de ne rien exiger d’elle de ce chef.

Durant la longue administration de cet abbé, il se trouva dans le cas de donner son autorisation à la création ou à la reconstitution de plusieurs institutions. Il permit d’abord la fondation d’une confrérie de la Vierge dans l’église de S. Sauveur, à condition de payer quelques prestations en argent au directeur des écoles de S. Bavon et aux desservants de cette église, qui étaient au nombre de sept. Ce grand nombre de prêtres dans une seule église paroissiale doit nous donner une idée de l’étendue de la paroisse, qui avait dans sa circonscription tout le village d’Oostacker. En 1355, il autorisa la maîtrise des tailleurs à Gand à ériger une chapelle dans leur hospice de S. Maure, situé près de la

(a) Ai'ch. Fland. orient., case 5, n° 2, n0 112. Publiée par Diericx, M cm . sur les loix, etc., I, 514.

(4) Celte écluse fut nommé Rundelgat ou Grundelgat. En vieux flamand Grun, grundcl, signifie goujon, gobius fluvialis.

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place nommée Groenen Briele. Cette chapelle existe encore; la grande fenêtre ogivale de la façade est de cette époque. Le cartulaire de cette abbaye (n° 12, p. 158 v.) fait mention de plusieurs pièces sans date, qui concernent l’abbaye de Stc Marguerite in Viridi Brilio ou Groenen Briele, à Gand. C’était une institution de l’ordre des Victorines, qui acquit en 1575, du chevalier Jean Vilain et de son épouse Marguerite Briseteste, la maison nommée huus van den Briele, au prix de 52 livres et d’une redevance de 54 chapons. L’abbé de S. Bavon, qui avait le patronage de ce quartier, ne leur accorda la permission de s’y établir que sous la condition de lui payer quelques redevances en argent et une certaine part dans les fondations et les oblations, faites et offertes dans son oratoire : elles ne pouvaient inhumer dans le cimetière de leur église, sans l’autorisation de l’abbé de S. Bavon, qui s’était encore réservé les dîmes des terres qu’elles exploiteraient.

Quelques personnes charitables s’adressèrent à l’abbé pour relever de ses cendres l’église et l’hermitage de Ghendbrugge, qui avaient été incendiés par des bannis : c’étaient Théodore Slcedsaert, Jean Crickersteen, Bartholomé Zoete et Jean de Carrembrouck, frère de Catherine, qui avait eu la direction de cet hermitage. L’abbé, qui était patron de ce village et collecteur des redevances de l’ancienne chapelle, s’empressa d’accéder à leur demande sous les conditions ordinaires, en exigeant que les sœurs, qui occuperaient le reclusagium, se soumissent à une règle et que le chœur de la nouvelle église fût construit de manière à pouvoir entendre le service divin du refuge. Cette autorisation fut approuvée en 1579, au nom de l’évêque de Cambrai, par Josse de Beka, official et administrateur des affaires de ce diocèse, auquel ressortissait une partie du comté de Flandre : en 1502, cet hermitage fut transformé en presbytère.

Le chevalier Simon De Halle avait légué jadis à la ville de Gand, pour l’usage des Bonifants, une maison dont la situation nous est inconnue, et un certain Hugues Dullaert y avait fondé une chapellenie. Après la mort de Simon De Halle, ses héritiers se remirent de fait, vi et facto, en possession de cette maison; quoiqu’elle fut rachetée depuis, on l’employa à d’autres usages et la chapellenie fut desservie dans l’église de S. Michel. Le chapitre de Ste Pharailde, chargé par le chevalier De Halle, de la direction des Bonifants et de leurs biens, avec le titre de gouverneur, acquit depuis pour cette institution une maison, nommée Naeldekens-covent, située rue du Bourg ou de Bruges ( Borch-strate ), paroisse d’Ekkerghem, entre la maison de Guillaume Hutsebaert et celle de Pierre Bosch, où se trouvait une chapelle convenable et qu’ils firent réparer à grands frais. A la demande du chapitre, l’abbé de S. Bavon approuva la destination donnée à cette maison, et permit de placer une cloche dans la tourelle de la chapelle, d’y donner la bénédiction et d’y desservir la chapellenie jadis fondée par Hugues Dullaert, à condition que la collation des titulaires des chapellenies, qui y seraient fondées dans la suite, lui reviendrait, et que les Bonifants, en reconnaissance de son droit de patronage, lui feraient annuellement une offrande d’un cierge en cire (1576). Cette institution des Bonifants, boni pueri, bons enfants, n’était autre qu’une école d’enfants pauvres, une école communale ou primaire, en un mot : pauperes scholares, comme le dit Ducange, qui cite une charte publiée par Miræus (t. I, p. 785), charte qui ne peut laisser de doute à cet égard : « Post varias considerationes habui specialem devotionem ad opus pium, et ut spero fructuosum faciendum, videlicet unam domum pauperum puerorum scolarium, qui in aliis locis boni pueri et vulgariter bons enfants nuncupantur. » Il existait une institution pareille à Tournai.

L’abbé fit expédier durant son administration quarante-six actes de fondation de chapellenies et d’augmentation de dotation dans diverses églises à Ardembourg, Zinghem, Overmeire, Papeghem; à Gand, dans la chapelle de S. Maure, dans l’hospice de S. Jacques, dans l’église de S. Michel, chez les

ABBAYE DE S. B A VON

Filles-Dleusen, dans la crypte de S. Jean, au palais de Ten Walle; à S. Baron, dans l’église de S. Sauveur, et dans la chapelle de la Vierge, la chapellenie de Jérusalem. Comme déjà vers cette époque des difficultés s’étaient élevées sur la collation de ces bénéfices, attendu que l’ahbaye n’avait dans quelques chapellenies qu’un simple droit de présentation, tandis que dans d’autres la nomination des titulaires appartenait à elle seule, Philippe d’Arbois, évêque de Tournai, y mit fin le 16 février 1377, en déterminant les chapellenies où la nomination des desservants appartenait directement à l’abbaye.

Si à l’exception de quelques biens-fonds de peu de valeur, de quelques droits de pêche à Everghem et de redevances à Waterlos, aucune donation d’une importance réelle n’augmenta la fortune de l’abbaye sous l’abbé Jean III, ses propres resssources suffirent pour l’accroître dans une proportion remarquable par l’acquisition à titre onéreux de biens immeubles, de rentes, de dîmes, de redevances féodales, de juridictions, d’offices d’écoutête, de ruisseaux poissonneux et des routes sujettes à des droits de barrière (a). Ces acquisitions se faisaient directement, ou par personnes interposées, les receveurs par exemple de l’abbaye, par l’intermédiaire des prieurs, qui les confondaient avec les biens qu’ils géraient; par renonciation volontaire des propriétaires à leurs droits en faveur de l’abbaye; par déshérence, par expropriation ou par rachat. A cette époque elle n’avait pas à craindre qu’en demandât contre elle l’application des lois prohibitives, puisque le comte Louis de Male, lui-même, lui céda des tourbières à Moerbeke, et que l’official de Tournai approuva les acquisitions d’immeubles qu’elle fit à Ardembourg et à Oostbourg, par l’intervention d’un de ses agents.

En 1364, Marguerite de Brabant, comtesse de Flandre, reçut en prêt de l’abbaye 200 francs de Flandres, et nous rencontrons la même énonciation dans une quittance, délivrée en 1370, le 15 novembre, d’une somme de 843 florins d’or, nommés francs de France, de la valeur de 10 sols et 8 deniers de Paris, en à-compte de la soixante-dixième partie des revenus de l’abbaye, réclamée par le pape Urbain V, de tous les établissements bénédictins, pour pourvoir aux frais que devait entraîner la réparation de l’église et du célèbre monastère du Mont-Cassin (99).

Il paraît qu’à cette époque les abbayes rencontraient encore des obstacles au défrichement de leurs bruyères, même de la part des officiers de justice du rang le plus élevé, car le duc Philippe-le-Hardi se trouva, en 1392, dans la nécessité de défendre au bailli de Gand et aux officiers de justice de toute la Flandre d’empêcher l’abbaye de mettre ses terres en culture ou de les donner à titre de cens. La culture de la garance dans le Métier d’Ardemhourg avait déjà atteint à une si grande prospérité que l’abbé exigeait deux deniers pour la dîme d’une verge de terre plantée de ces rubiacées.

L’abbaye put jouir pendant un assez grand nombre d’années de ses biens, sans être troublée dans leur possession d’une manière sérieuse. Une plainte adressée au comte Louis de Male suffit pour faire cesser les empiétements du bailli de Gand sur la haute justice qu’elle avait à Ledeghem (an. 1357), et une difficulté que lui suscita l’abbaye d’Afflighem, en la troublant dans sa possession de son domaine de Weert, fut vidée par transaction.

C’est dans une pièce de l’année 1362 qu’il est parlé pour la première fois, du moins dans les chartes de S. Bavon, de l’office de bourgmestre : Nos, y est-il dit, Burgimagistros, scabinos et consules villae Ardenburgensis, etc. Il est question dans cette charte de la nomination de proviseurs ou fabriciens de l’église de cette ville, qui devaient être au nombre de cinq, suivant une ordonnance des comtes de Flandre.

(a) Dans une charte de 1385 on parle de routes dans le pays de Waes, appartenant à la ville de Gand. C’est la seule mention de routes de celte espèce que nous connaissions. Yan den Bocaerde, dans son District de S. Nicolas, n’en fait aucune mention.

En 1372, le 20 avril, Jean De Brune, secrétaire du comte de Flandre, vint faire foi et hommage devant les hommes de fief de l’abbaye, au nom de son maître, pour le châtean de Wondelghem et la moitié du siège du tribunal, qui était enceint de fossés. Nous ne mentionnons ici la location faite à Guillaume Van Artevelde et à son tils Guillaume, qui était dans les ordres, des dîmes de l’abbaye à Ekkerghem, au prix de 60 livres par. l’an, que parce qu’on a inséré dans le contrat une clause digne de remarque : « Ende waert so, i> y est-il dit, « dat onze voorseide pachters scadc ontfinghen up eenich »jaer... by ghemeen orlogh sprincen van den lande, of bi ghemeene tcmpesten, die naer redite gliemeene » tempcste heeten mochte, die scade hcbben \vy ghelooft hem lieden up te rechtenc en te gbeldene. »

L’abbé usa avec modération des droits, que lui accordaient les lois féodales sur les biens délaissés par les bâtards, décédant sans enfants : ainsi il abandonna à la sœur d’Ottelin Machet tous les biens de sa succession (100). Il résulte d’une décision qui intervint sur des difficultés qui s’élevèrent à l’égard de la perception d’un impôt sur le vin à Houthem, que l’abbaye y avait droit à deux lots par aime de vin, transporté dans ce village, pour y être débité durant la kermesse : jusqu’ici il n’avait pas été fait mention de cet impôt.

Le 20 juin, un mardi de l’année 1369, on célébra à l’abbaye avec une grande pompe le mariage de la princesse Marguerite, fille de Louis de Male, avec Philippe, duc de Bourgogne et frère de Gharles V, roi de France. Le mariage qui fut célébré par Philippe d’Arbois, évêque de Tournai, donna lieu à des fêtes splendides, quoique cette alliance fût contraire aux vrais intérêts commerciaux du pays; mais un cadeau de 200,000 écus d’or, la rétrocession de Lille, de Douai, d’Orchies, de S. Orner, d’Hesdin, de Béthune et d’Aire, de riches présents aux familles patriciennes, fit sacrifier ces intérêts, et la plus riche héritière de la chrétienté, avec le beau comté qui constituait sa dot, fut livrée à une dynastie, ennemie acharnée de son pays.

Par l’incurie des Dijkmeesters, fonctionnaires commis à l’entretien des digues, qui négligèrent de fermer les écluses à Biervliet, une terrible inondation vint engloutir dix-sept villages aux environs de cette ville, à Oost-Vrye et près de Bouchaute dans les Quatre Métiers. On compte parmi les villages submergés Yzendike, Tenhamere, Ellemare, Roeselaere, Oumans-kerke, Piete, Sle Catherine, près d’Oostburg, S. Jean-in-IIeremo, Scondike, Hughervliet, Notre Dame à Biervliet, S. Nicolas-Wulpen, Bouchaute et, le monastère de S. Guillaume, situé sur un alleu de S. Bavon : ce terrible événement eut lieu le 6 novembre 1377. Nous voyons que quelques années plus tard, en 1386, on arrêta un réglement sur l’écoulement des eaux dans l’île de Cadzand : les devoirs des éclusiers des digues, aujourd’hui Dykgraven, y sont indiqués.

Si les annales monastiques font quelquefois mention de personnages historiques, qui ont joué un rôle important dans les fastes de leur pays, ce n’est presque jamais que pour rappeler une transaction civile dans laquelle ils sont intervenus. A peine Thielrode mentionne-t-il l’ébranlement social, qui donna lieu à l’établissement de nos communes flamandes; nos chroniqueurs avaient-ils donc pour mission de faire oublier le nom des hommes généreux, qui se sacrifiaient à l’émancipation de leurs concitoyens? Les documents de l’abbaye ne prononcent le nom de Philippe Van Artevelde que parce qu’il renonça à quelques parcelles de terre, situées, à ce que nous croyons, dans les prairies des Moines, derrière sa résidence, et que son père Jacques avait achetées et mises en culture. Il résulte de cet acte de cession, que le bras de l’Escaut, qui traverse ces prairies, y changea de direction et qu’à cette époque le sol de ces prairies était si bas, qu’on devait les entourer de diguettes, pour les soustraire aux inondations et en former des îlots, nommées Weerdt. Il est probable que ce bras de l’Escaut, nommé' maintenant petit Escaut, fut creusé pour faire dériver le trop plein de ce fleuve, retenu par l’écluse établie en

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amont de la ville, au-delà de l’abbaye de S. Pierre et nommée le Blanctrou. Philippe Van Artevelde et sa sœur Catherine renoncèrent aussi en faveur de l’abbaye, à quelques bonniers de terre qu’ils possédaient dans les Weerdt, près de Tamise.

Le règne de Louis de Male, qui avait été signalé par une suite de troubles politiques, et les guerres qui désolèrent celui de sa fdle, avaient jeté dans le plat pays une foule de gens sans aveu, augmentée encore par suite de l’établissement des archers et des arbalétriers dans les villes. Ces vagabonds rançonnaient les habitants de la campagne à merci; l’abbé fut obligé de s’adresser au comte, afin de lui demander l’autorisation de pouvoir organiser une police dans le plat-pays pour veiller à la sûreté publique et arrêter ces malfaiteurs dans les paroisses de Loo-christi, Seven-Eecken, Mendonck et à S. Bavon (a).

Des désordres d’un autre genre, mais plus graves, vinrent encore augmenter l’état de désolation du pays et jeter le trouble et la désunion parmi le clergé. Le schisme qui s’était élevé dans le monde, à la suite de la nomination des papes de Rome et d’Avignon, donna lieu à la nomination de trois évêques à Tournai. La France reconnaissait pour pape Clément VII, qui confirma Pierre d’Auxi dans la dignité épiscopale de Tournai (1370); Urbain VI, le pape de Rome, nomma au même évêché l’archevêque de Ravennes. Les Flamands, de leur côté, de concert avec Urbain VI, qui avait révoqué sa première décision, élurent le doyen du chapitre de Tournai, le savant docteur Jean Van West : il exerçait son ministère à Bruges et à Gand. Il jouissait de la confiance de Philippe Van Artevelde, qui lui donna une mission importante en Angleterre; mais ses efforts pour réconcilier les communes flamandes avec leur comte, lui aliénèrent l’esprit de nos fougueux ancêtres, qui finirent par mettre le feu à son château d’Helchin. Après sa mort (1380), le roi Charles VI approuva l’élection de Louis De la Trémouille, qui fut aussi sanctionnée par le pape d’Avignon et par Philippe-le-Hardi; mais il ne fut pas reconnu par les Flamands, qui étaient restés fidèles à Urbain. Le duc, qui voulait qu’ils reconnussent l’autorité de son antagoniste, rencontra partout la plus vive résistance. Quelques amis trop zélés de l’orthodoxie, payèrent de leur tête les soulèvements qu’ils excitèrent parmi le peuple contre Clément. Les Gantois surtout étaient du parti urbaniste; on se rendait de tous côtés dans leur ville, pour y fréquenter le service divin, célébré par des prêtres de ce parti. Quoique le duc eût reçu 60,000 écus pour ne pas troubler le peuple dans sa foi, il voulut contraindre le clergé à se soumettre à celui qu’ils regardaient comme anti-pape et fut cause que beaucoup d’institutions monastiques, entre autres presque tous les Chartreux, abandonnèrent le pays. Cependant l’abbaye de S. Bavon et les autres monastères de la ville de Gand ne s’éloignèrent pas et restèrent fidèles au pape de Rome (b).

Depuis 1371, l’abbé Defayta, paralysé par les infirmités de son âge, ne s’occupait plus des affaires de son monastère; les troubles politiques et la guerre l’avaient forcé de se retirer à Malines. Depuis lors l’un des prieurs, Jean Van den Leene, intervint en son nom dans toutes les transactions concernant l’abbaye. Après une longue et glorieuse administration, il se démit de sa dignité au mois de septembre 1394, et il mourut le 7 février de l’année suivante : ses dépouilles mortelles furent inhumées dans la chapelle de S. Amand de l’église conventuelle de S. Bavon.

(a) Cela se trouve consigné dans une farde relative au procès en matière de jurisdiction , aux Archives de la Flandre orientale.

(b) V. Ann. Meyer, 1578, 1393, 1398.

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Wautier III. — 1394-1405.

C’était le troisième abbé de ce nom, il se nommait De Sanzelles : il fut élu le B septembre 1394, par le chapitre de l’abbaye. Guidé par des sentiments d’équité, il lit scrupuleusement rechercher le rapport existant entre les mesures de capacité de Damme, d’Anvers et de S. Bavon. Il s’occupa également du soutirage des vins et de la quantité de lie que chaque pièce pouvait contenir. Après avoir vérifié lui-même le résultat des recherches qu’il avait ordonnées, il fit confectionner un lot, une mesure, un quart, un tiers, une pinte, une clincke (?) et une demi-pinte pour servir d’étalons, et il les exposa publiquement. Quand il eût acquis la conviction, comme il le dit lui-même, que chacun aurait le sien, il publia le 20 février 1595 une ordonnance sur les mesures de capacité pour les vins, ordonnance qu’il commence par ces mots : « Hebbe cjliedaen ondervinden ende hebbe ondervonden de verghieringen («) ende maten hier naer verclaert. » D’après ce document le tonneau de Damme contenait 23 zusters ou sisters, et celui-ci 4 screven (lignes), qui valaient 4 lots. D’après des tables de réduction des anciens poids et mesures du département de l’Escaut, dressées par Aubert, ingénieur en chef des ponts et chaussées, le sister, si tant est que cette mesure, après un laps de quatre siècles, présentât encore la même capacité, était égal à 46 litres et une fraction, et le lot à 2 litres. Le sister est encore usité à Bruxelles et environs; il est divisé en 4 veertels. A Damme, on déduisait de la contenance du tonneau un sister pour la lie, et un tonneau mesurait 552 lots. A S. Bavon le lot était moins grand, puisqu’on tirait 560 lots du même tonneau. L’aime de Gand, d’après ces mêmes tables, équivalait à 60 lots, soit J 38 litres et un tiers. A Anvers elle était égale à 24 lignes, et 1 ligne à 2 gheltes; enfin 6 aimes de cette ville faisaient 6 aimes 7 lots et 1 mesure de S. Bavon (101).

Le trésorier paya le 30 mars 1394 au duc de Bourgogne deux cents nobles pour la part de l’abbaye dans le présent qui lui avait été octroyé pour cette année par les prélats et les abbés : don forcé plutôt que volontaire de la part surtout du clergé de Gand, qui avait refusé de reconnaître le pape d’Avignon, que le duc voulait lui imposer.

Le bailli du Vieux-Bourg publia, le 20 février 1399, un arrêté de police concernant le débit de

boisson, la qualité des comestibles, la chasse, la pêche, les jeux de hasard et la morale publique,

la voierie, la propreté des rues et la construction d’usines nuisibles à la salubrité. Cette ordonnance

défendait de donner asile ou secours aux bannis, de porter des armes défendues, de planter à une

distance du moins de deux pieds du bord d’un courant d’eau et de trois pieds des maisons. En 1404 on ajouta à cette ordonnance quelques nouvelles dispositions pour empêcher la dégradation des routes pavées, défendre l’usage des couteaux nommés haghemessen et ordonner le curage des ruisseaux. On pouvait se servir de ces couteaux comme outil ou ustensile, mais non comme arme. Ces ordonnances de police étaient exécutoires dans les seigneuries de l’abbaye, relevant de la châtellenie du Vieux- Bourg; cela est conforme à un arrêt du Conseil de Flandre du 28 octobre 1599 , lequel intime aux échevins d’Everghem de diriger l’enquête de leur franche vérité annullc dans le sens de ces ordonnances, qu’ils devaient faire exécuter (102).

En 1395 les échevins de la Keure de Gand, comme chefs-juges, décidèrent que l’abbaye avait droit d’ adhéritence et de déshéritence sur les biens qu’elle possédait comme seigneur de fief à Ekkerghem, c’est-à-dire qu’à chaque mutation de ses fiefs, elle pouvait exiger une certaine redevance. A Ghysenzele,

(a) Ce mol à pour racine geren, gicren, in foccum converti, changer en lie. V. T en Catte, Acnleidiiiglic, etc., verbo gucr.

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les biens vacants et ceux des bâtards lui appartenaient : à Everghem elle jouissait du même droit, mais mitigé, car elle n’y exigeait que le meilleur meuble si le bâtard laissait en mourant des enfants issus de légitime mariage, et tout son avoir dans le cas contraire. Ce fut dans ce sens qu’intervint une décision arbitrale le 16 mai 1105, rendue après l’audition de seize témoins. L’abbaye jouissait du même droit à Houthem; elle s’immisça de ce chef dans la liquidation de la succession du curé de ce village, Olivier Van Busseghem, dont les biens immeubles ne furent dévolus à ses enfants naturels, qu’à la condition qu’ils seraient rendus à l’abbaye, s’ils venaient à mourir sans descendants légitimes (103).

Guillaume Van den Ackere, curé à Ardembourg et administrateur des biens de l’abbaye dans ce quartier, y avait fait des acquisitions importantes tant à titre onéreux que gratuit. En dépit des ordonnances, ces biens passèrent dans le patrimoine de l’abbaye, et voici de quelle manière : en 1395 il légua à l’abbaye toute sa fortune, et à son décès ses héritiers renoncèrent à tous les droits qu’ils pouvaient faire valoir pour la revendiquer, l’abbaye réclamait alors par droit de déshérence les biens qui dépendaient de la succession vacante. Au reste ces subterfuges étaient inutiles, puisque Philippele-Hardi approuva lui-même la cession faite à l’abbaye des fiefs de Sprendonck et de plusieurs autres à Everghem, Sleydinghe et Wondelghem. L’hôpital de Ste Anne eut aussi part aux dons de la charité publique, et Laurent De Keyster constitua une rente au revenu de quatre escalins l’an, pour entretenir une lampe à l’entrée de l’église conventuelle de l’abbaye.

Cet abbé ne dut soutenir aucun procès important : sur une simple réclamation de sa part, on lui restitua des dîmes à Boucle-S. -Denis, ainsi qu’un fief à Willemskercke que Cornille Van den Ileeckhoute, sous-bailli de Gand, et son épouse, Catherine Van Vlaenderen, fille naturelle de Louis de Male, avaient revendiqué. L’official de Cambrai, à titre d’arbitre, adjugea à l’abbaye de S. Bavon et à celle de S. Pierre à Gand, la moitié du produit des dîmes de 17 bonniers de terre à Zelliek. Dans une contestation qui s’était élevée entre des fermiers de l’abbaye à Assenede, dans le Woutersambacht ou Waterghanc, les échevins fixèrent la quantité de terre en exploitation, revenant à chacun d’eux. A Singhem l’official de Tournai lui adjugea le prélèvement de la dîme sur les navets. Une sentence fut rendue le 18 décembre 1404 par les échevins de S. Bavon, comme juges supérieurs, sur une question de propriété, que les échevins d’Asper et de Singhem leur avaient soumise. Cet arrêt consacre un principe admis par la coutume de S. Bavon, mais qui présente une difficulté linguistique, dont nous n’avons pas saisi le sens (104).

L'abbaye acquit au profit de son aumônerie, à la suite d’une expropriation, une partie de terre à Meerlebeke, près de Soykens -cruyce; elle acheta quelques parties de prairie situées dans le l\oordt-meersch voer Slootenstraetkin et d’autres nommées Bassevelsmeersch, qu’elle appliqua à la même institution. Jean Vrient et sa femme léguèrent à hôpital de S. Bavon quelques terres situées à Beoosten-bleye, et Laurent D’Hondt et sa femme donnèrent à son aumônerie leur maison et dépendances, nommées de Duyve, situées à S. Bavon dans la rue nommée Modaelstraete. L’abbé acquit encore plusieurs immeubles à Wulfsdonck et à Ardembourg, dans le poldre de Ste Catherine et dans le nordpoldre ou Dierkensteene.

A l’exception du produit des dîmes de quelques fruits, de la garance par exemple, qui était considérable, celui des productions agricoles ordinaires ne l’était pas, car en 1401 l’abbaye loua les dîmes de mille arpents de terre dans l’ile de Cadzand, seulement au prix de 11 livres tournois l’an. Dans des circonstances extraordinaires, en cas d’inondation par exemple, l’abbaye renonçait à leur paiement pour engager les propriétaires à réparer les digues : c’est ce qu’elle fit en 1400, pour les scorres qui avaient été endigués l’année précédente.

L’abbé n’eut à confirmer durant son administration la création d’aucune nouvelle corporation reli-

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gieuse : il autorisa seulement les Sœurs noires, de l’ordre des Augustines, dont la maison conventuelle existait déjà à Gand dès 1396, à construire une chapelle à clocher, sous la charge des prestations ordinaires et de la célébration d’une messe d’obit au décès de chaque abbé de S. Bavon.

Nous avons trouvé dans les chartes de S. Bavon un rouleau intitulé ; « Copie inhoudende tvermoghen van de heerelichede van Muncxswalme. » Cette pièce ne porte pas de date, son écriture me semble se rapporter au commencement du XVe siècle; mais ce n’est qu’une copie, l’original est peut-être plus ancien, nous ne savons rien de certain à cet égard. Cette ordonnance est rappelée dans un jugement de l’année 1431 (a). Sans être une heure, elle n’en est pas moins fort importante : ses dispositions ne sont pas seulement pénales, mais aussi politiques. La compétence des échevins y est déterminée, ainsi que l’étendue du pouvoir judiciaire de l’abbaye; personne n’avait le droit d’y exiger des impositions ou des corvées des habitants, sans le concours du comte de Flandre. Le bailli nommait et révoquait les échevins; il devait les accompagner à S. Bavon, quand ils allaient soumettre aux échevins de cette ville, comme à leurs chefs-juges, une question qu’ils n’avaient pu résoudre. On détermine aussi les impôts que l’abbaye pouvait y percevoir, sa part dans les amendes et ses droits sur les biens de bâtards mourant ab intestat, et sur ceux de ses serfs. Nous publions celte pièce in extenso au n° 105. Suivant un registre de rentes de l’abbaye, de 1227, les dépendances de la seigneurie de Munekzwalm étaient Coekelberge, Borch, Rekenghem, Wede, Boucle, Hovorst, Hoesborg, Wildernael, Ravenghem, Wasne et Herberg.

Si nous n’avons pas retrouvé aux archives du chapitre de S. Bavon, les documents qui concernaient les reliquaires et joyaux de l’abbaye, que le sacristain Nicolas Van Roeselaere remit à son successeur Boudin Hoste en 1394, et ceux qui furent inventoriés en 1396, lors de la nomination de Baudouin Uutendale aux mêmes fonctions, nous y avons vu l’inventaire des reliques et joyaux de la Trésorerie de l’abbaye, dressé en 1482. Cet inventaire n’est probablement que la répétition, en grande partie du moius, du premier : la Trésorerie possédait 165 fiertés et joyaux à reliques d’une haute valeur, nous en publions une description sommaire à la page 237. La pièce d’orfèvrerie la plus remarquable était un reliquaire, exécuté par S. Eloi.

L’abbaye comptait au nombre de ses feudataires le comte de Flandre, pour le château de Wondelghem, dont la situation est indiquée sur une carte des archives de la ville de Gand, et Robert, due de Bar, pour le fief de Heienlant, à Baveghem.

L’abbé, pour récompenser son prieur Jean des services qu’il lui avait rendus, lui assura en 1403, le 12 mars, une pension viagère de 12 livres par., sur des biens situés dans le pays d’Alost.

Wautier mourut le 28 octobre 1405 : on l’ensevelit dans la chapelle de S. Benoit, à l’église de l’abbaye, où on lui érigea un tombeau sous une arcature.

Georges. — 1405-1418.

Il fut élu le 29 octobre 1405; le procès-verbal de son élection est parvenu jusqu’à nous, c’est un curieux document et le seul de cette nature que nous avons rencontré dans les archives de l’abbaye. Il nous fait connaître les formalités, les cérémonies et le mode de l’élection, et quelques conditions de l’éligibilité (106). L’abbé Georges, avant sa promotion, remplissait les fonctions de prieur à l’abbaye; il était fils de Simon Van der Zichelen, seigneur de Nazereth et de Welden ( b ), à Zeeverghem. Le duc Jean l’éleva au rang de Conseiller detat et confirma l’abbaye dans la paisible possession de ses domaines

(а) V. cart. 15, p. 240, aux Archives de la province de la Flandre orientale.

(б) V. Saisderus, t. II, Auct. ad tom. I, p. 61.

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à Waterlos. Le nom <le plusieurs de ses prieurs est parvenu jusqu’à nous, entre autres Gilbert Ruebs, Ghiselbrecht Van Munte et Martin Van Everbout. Un des premiers soins de l’abbé Georges fut de renouveler l’acte d’association de participation mutuelle aux bonnes œuvres avec les abbayes de S. Pierre, à Gand, de S. Bertin, d’Afflighem, de S. Michel, à Syherghen, et de S. Amand, en Pévèle. Il fît aussi faire le recolement des joyaux et ornements de la Trésorerie de l’abbaye, par Jean De Vos et Henri De Hooge, qui en étaient les conservateurs, en présence du prieur, du sous-prieur et de deux moines.

On se rappelle les causes qui donnèrent lieu au célèbre concile de Constance, ouvert le 5 novembre 1414. Le pape Jean XXIII fit connaître dans la bulle, par laquelle toute la chrétienté y fut conviée, que son prédécesseur Alexandre V n’était point parvenu dans le concile de Pise, à mettre fin au schisme occasionné par Benoit XIII et Grégoire XII, deux concurrents à la papauté. Ce concile, qui dura trois ans et demi, jeta l’inquiétude dans toute la chrétienté : des actes de la plus grande importance signalèrent toutes ses sessions. Entre la première et la deuxième, Jean Huss s’était rendu à Constance avec un sauf-conduit de l’empereur. Il avait soutenu qu’il était contraire à l’Évangile que les ecclésiastiques possédassent des biens en propre; que les moines mendiants étaient inutiles; que le pape n’était pas le vicaire immédiat de Jésus-Christ, etc. Cette doctrine, empreinte du cachet d’une réforme radicale, ne tarda pas à être condamnée et il en devint la victime. Le concile avait commencé par précipiter Jean XXIII du trône pontifical, comme convaincu de rapine, d’inceste, d’empoisonnement, de simonie. La grave question de la réforme de l’Église avait été entamée. On proposa un décret sur les annates, les réserves du saint Siège, les bénéfices, les affaires à soumettre à la cour de Rome, les cas pour lesquels un pape pouvait être déposé, l’extirpation de la simonie, les indulgences, etc. Ces diverses propositions ne furent pas toutes adoptées; on restreignit cependant les exemptions et les dispenses; la simonie fut condamnée, l’humilité des ecclésiastiques dans leur costume fut ordonnée de nouveau; mais on ne toucha pas aux autres points. Ces graves débats inquiétaient d’autant plus les corporations religieuses de l’évêché de Tournai, qu’elles n’y étaient pas représentées : les cardinaux-vicaires du saint Siège et les autres évêques, pour les tranquilliser, annoncèrent à l’abbaye de S. Bavon qu’ils espéraient mettre bientôt fin au schisme et qu’ils travaillaient activement à la réforme de l’Église (1416, 50 mai).

Il avait été arrêté plusieurs années avant cette époque, dans un concile tenu à Paris par les prélats de l’Eglise gallicane, que le clergé aurait fait abandon de la moitié du produit des dîmes, pour l’employer à l’extirpation de ce déplorable schisme, qui avait jeté le trouble dans le pays. En 1407, le 4 mai, Henri Gorren, maître ès-arts, qui était chargé d’en faire le recouvrement, ne put obtenir de l’abbaye de S. Bavon, pour sa part contributive, que la somme de 5 écus d’or, qu’il ne reçut que sous protestation, par les motifs suivants : « Cum a tempore scismatis ecclesiae dolorosè vigentis, citra asserat se décimas seu subventionis aliquas non solvisse ex eo quod ipsum monasterium inter schismaticos constitutum, bonis suis contra scismaticos et eorum oppositiones continuas habeat se, suis permaximis laboribus continuis et cxpensis tueri, et quod ipsum monasterium per et propter schisma guerrasque et inundationem maris, maximum partem bonorum suorum amiserit — » Plaintes qui étaient pour le moins exagérées, puisque malgré ces malheurs et la perte de la plus grande partie de ses biens, l’abbaye n’avait cessé, ni ne cessait de faire des acquisitions de biens-fonds. Ainsi l’aumônerie et les pitances achetèrent des biens à S. Lievens-Houthem, des maisons à S. Bavon, dans la Paepestraete; l’hôpital de S. Bavon, une prairie bachten Meerliem l’eynden Berouw, à Gand; elle acquit encore d’autres biens à Liederghem, sous Moerbeke, et à Loochristi, et une maison dite Schultershuys, à Ardembourg. Il est probable qu’elle ne mettait ces doléances en avant que pour se soustraire au paiement des subventions que l’on réclamait de sa caisse à toutes occasions et pour des motifs de toute nature. Dans une autre circonstance, elle dut aussi céder le dixième du revenu de tous

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ses bénéfices pour faciliter l’incursion en France, qu’on intitulait de voyage du duc de Charolois, « in viagio per ipsum fiendo in regno Franciae pro utilitate et bona publico eiusdem regni, » que le clergé de Flandre dans le diocèse de Tournai et dans les Quatre Métiers, dépendant de celui d’Utrecht, avait gracieusement accordé au duc Philippe.

L’office de portier de l’abbaye était tenu en fief : à en juger par les redevances auxquelles il donnait droit, c’était un emploi important. Dans les grandes occasions, aux festins qui se donnaient les jours de fête de S. Machaire, de S. Landoald, de S. Bavon et de S. Liévin, il devait se trouver à la porte du réfectoire. Si le comte ou la comtesse de Flandre, un archevêque ou un évêque honoraient l’abbaye de leur présence, il avait à garder l’entrée du logement d’honneur (107).

La ville de Gand, dans l’intérêt de sa défense, arrêta de commun accord avec l’abbaye de faire construire une nouvelle écluse sur la vieille Lys, devant le pont de S. Bavon. Cette construction était devenue indispensable pour y maintenir les eaux et pouvoir y submerger les attérissements ( and werpe) et les prairies, en cas de besoin. La dépense était évaluée à la somme de 200 livres tournois; l’abbaye, sur le terrain de laquelle elle devait être élevée, y contribua pour la moitié. Elle conserva l’usage des eaux de cette rivière; elle pouvait les diriger vers l’intérieur de l’abbaye et ouvrir les écluses pour la navigation. En temps de guerre seulement, la ville de Gand s’était réservé le droit de les fermer, d’inonder les abords de la ville, pour en faciliter la défense. Cet arrangement fut conclu le 14 juillet 1415.

Plusieurs dispositions papales et épiscopales nous fournissent des exemples de la licence des mœurs des moines et du peuple qui fréquentait les églises : en 1415, Ziger Salaert fut absous par le pape pour crime de meurtre commis sur Alard De Feyns; ils étaient tous les deux moines de S. Bavon. Les excès les plus révoltants se commettaient dans l’église abbatiale lors des fêtes de S. Bavon, de S. Machaire et de S. Liévin, pour lesquels le peuple avait cependant une grande vénération : Jean de Thoisy, évêque de Tournai, fut forcé de prescrire des cérémonies pour bénir l’église dans le cas où elle était polluée, effusione sanguinis aut emissione seminis! (1414). Tous les ans, au Jeudi saint, l’abbé faisait publier, pour l’ordre intérieur de sa maison, une ordonnance dont les dispositions précisent les habitudes des moines : il leur était défendu de s’ameuter, de jouer aux dés, au noir ou blanc, à Yennebec; de sortir de l’abbaye sans permission; de prêter de l’argent au-delà d’une valeur de 28 gros, de porter des armes dans l’abbaye. Enfin il était ordonné aux moines de déclarer à l’abbé dans le confessionnal, au jour de Pâques, avant d’approcher de la sainte Table, ce qu’ils possédaient en argent et en joyaux ( jocalia ), le montant de leurs dettes et ce qu’on leur devait.

La corporation des Digard dut encore avoir recours à l’abbé pour la construction d’une chapelle à clocher, qu’ils désiraient élever dans leur communauté : demande qui leur fut accordée moyennant une redevance d’un denier d’or.

Le duc de Bourgogne, Jean, confirma les prétentions que l’abbaye formait sur le prélèvement du meilleur meuble des successions ouvertes dans les paroisses de Seven-Eecken, Mendonck, Sprendonck, Desseldonck, Everghem, Wondelghem, Sleydingen, Lathem et S. Sauveur, enclavées dans la châtellenie du Vieux-Bourg, mais dont la jurisdiction appartenait à l’abbaye. Son fils Philippe lui reconnut aussi ce droit.

A Ghysenzele l’abbaye pouvait se mettre en possession des biens des étrangers qui y décédaient ; un arrêt du Conseil de Flandre, du 3 janvier 1410, lui confirma ce droit.

Il est arrivé parfois que les institutions religieuses, qui auraient dû donner l’exemple de l’humilité chrétienne, s’affichaient jusqu’au scandale pour des sottes questions de prééminence. En 1410, le

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16 septembre, lors d’une réunion générale du clergé pour se rendre à l’abbaye de la Riloke, afin d’y invoquer l’intercession divine en faveur du comte de Flandre contre ses ennemis, il s’éleva une violente dispute entre l’abbé et le chapitre de Stc Pharaïlde sur la préséance; querelle qui ne prit fin qu’à la suite des lettres monitoriales, envoyées au chapitre de Stc Pharaïlde le 11 septembre 1412. Cette querelle provenait de ce que le chapitre ne s’était pas placé parmi le clergé des églises soumises au patronage de l’abbaye de S. Bavon, mais s’était, joint à l’abbé et aux moines de ce monastère, en se mettant à leur droite.

L’abbaye avait l’habitude de traiter loyalement les hôtes qui lui étaient adressés; mais quand ils n’avaient pas le droit d’y être hébergés, elle ne manquait jamais de demander des lettres de nonpréjudice, pour que dans la suite on ne se prévalût pas de son bon vouloir comme d’un droit; c’est j

ce qu’elle fit, lorsqu’à la demande du duc de Charolois, elle accueillit Albert, bâtard de Hollande, j

Si parfois les abbayes témoignaient encore quelque velléité de dissimiler les acquisitions qu’elles faisaient contrairement aux lois, par l’entremise de certaines personnes, par l’abandon volontaire de successions, qui tombaient par droit de déshérence dans le domaine de l’abbaye , les comtes les violaient ouvertement en amortissant les biens acquis illégalement. Ainsi le duc Jean, après que la chambre des comptes à Lille se fut enquis des acquisitions de l’abbaye, amortit toutes celles qu’elle avait faites depuis quarante ans. L’abbaye parvint aussi à s’affranchir de la taxe, dont les biens du clergé avaient été frappés dans le duché du Brabant pour le douaire de la duchesse d’Antoine de Bourgogne.

Il existait dans le voisinage de l’abbaye deux vains parcours nommés Heirnesse, littéralement prairies \) du seigneur, dont l’administration appartenait à des employés nommés Heirnes-meesters. On ne pouvait en disposer sans l’autorisation du bailli et des échevins de S. Bavon [a). L’un de ces prés, situé aux abords de cette ville, se nommait Casselbunt; l’autre s’étendant vers Gentbrugge, n’avait pas de nom spécial. Les échevins fixaient le nombre d’animaux que les habitants pouvaient y envoyer paître. Ces I prés étaient exempts de contributions foncières; les agents du fisc le reconnurent dans une sentence qu’ils prononcèrent le 14 janvier 1519. L’abbaye s’était cependant réservé le droit de louer au profit de l’hôpital de Ste Anne deux mesures de ces prairies, qui étaient enclavées dans la grande Heirnesse ou Casselbant, vers le béguinage de Notre Dame de Ter Hoyen, mais seulement de deux en deux années. Dans les années intermédiaires ces deux mesures étaient à l’usage des habitants (b). Cet arrangement fut changé dans la suite.

On peut juger de l’importance des celliers de l’abbaye, par le soin qu’elle apportait dans le choix des fonctionnaires, qui étaient préposés à ce service; ils devaient promettre par acte authentique de la servir avec fidélité et de lui rendre compte de leur gestion à tout instant. Elle se défiait même à cet égard de ses propres officiers, car en 1413 un de ces préposés, qui était prêtre, dut faire ces promesses par acte passé devant les échevins de la ville de Gand.

En 1417 nous avons rencontré le brevet de nomination du bailli de Lathem; on avait soin d’y relater les fonctions de sa charge, sous la réserve des droits de l’abbaye.

On prononça, du temps de cet abbé, une sentence de bannissement, remarquable sous ce rapport qu’elle condamnait le banni à faire peindre pour l’église de Waterlos, l’image de S. Bavon, devant laquelle on devait le représenter agenouillé et tenant un cartouche, avec l’inscription que ce tableau avait été exécuté pour amende honorable, parce que le coupable avait délivré de prison son fils, convaincu d’offences envers le bailli de Waterlos et ses officiers.

(a) V. Diericx, Mcm. de Gand, II, 423. (4) IL. Il, 435.

ABBAYE DE S. BaVON.

Cet abbé souscrivit plusieurs baux, qui sont intéressants sous le rapport de la valeur locative des terres à cette époque : ainsi le 18 janvier 1-407 il loua 58 bonniers de terre à Waterlos, à raison de 13 livres de gros et demi par an, en sus de 20 rasières de froment; et le manoir de Beaulieu, au même village, d’une contenance de 5-4 bonniers, fut donné au même titre et au même prix, plus 5 rasières d’épcautre, 1 d’avoine, 1 de mélisse et 50 chapons.

L’abbaye eut à soutenir plusieurs procès d’une assez grande importance : en 1411 elle intenta une action au bailli de Bornhem, parce qu’il s’était permis de faire obstruer le chemin, qui de temps immémorial servait de voie de communication pour les habitants du pays de Waes se rendant à Tamise et à Malines. La même année l’abbé obtint une prise de corps contre les fermiers du tonlieu de Rupelmonde, qui s’opposaient au passage des navires, chargés de vin, en destination de son monastère, quoiqu’ils eussent acquitté l’impôt de 15 deniers, fixé de commun accord avec le duc Jean. En 1412 il avait été pris une mesure très-sévère contre la seigneurie de Houthem-S.-Liévin, que l’on avait confisquée, parce que les échevins avaient mis à la question un habitant de Wichelen, sans l’autorisation du bailli d’Alost. Mais le Conseil de Flandre en ordonna la main-levée. Le duc de Bar, qui était seigneur banneret de Ghysenzele, y avait fait élever un gibet pour l’exécution d’un homme condamné à mort par son bailli; quoique seigneur du lieu, il n’y avait pas droit de haute justice, ce droit appartenait à l’abbaye. Le même conseil le fit démolir et condamna le bailli aux frais.

A l’année 1412 on rencontre dans les pièces de l’abbaye le compte rendu par Pierre De Vlencke, chancelier de l’évêché de Tournai, de la recette du dixième de tous les bénéfices ecclésiastiques, accordé à Philippe de Bourgogne par le clergé de Flandre dans cet évêché et les Quatre Métiers, pour les frais de l’expédition du duc de Charolois, en France.

L’abbaye, de commun accord avec celle d’Afllighem, endigua en 1412 à Ossenesse les scorres nommées Calfsteert, dont celle-ci lui céda quelques mesures, moyennant une redevance d’un gros l’an par mesure, pendant vingt ans seulement.

A cette époque (1417) il existait un désordre contre lequel les autorités civiles ne cessèrent de s’élever : par un abus de pouvoir flagrant, on admettait dans l’état ecclésiastique des clercs, clerici, clercken, lesquels sans avoir reçu la tonsure, s’ils renonçaient à leur bourgeoisie, obtenaient de la cour ecclésiastique des lettres d 'inhibition, c’est-à-dire des lettres par lesquelles elle informait les échevins d’une commune, qu’un individu s’était soustrait à la juridiction civile pour se soumettre à la juridiction ecclésiastique. L’évêque de Tournai, Michel de Warenghien, reconnut le fondement de ces ■ réclamations , il admit même que ces individus n’étaient en général que des misérables, qui ne se mettaient sous l’égide de l’Église, que pour se soustraire à la vindicte laïque; mais il ne prit cependant aucune mesure efficace pour arrêter le mal. La conduite partiale de cet évêque mit les échevins de Gand dans la nécessité de défendre, sous peine d’un bannissement de dix années, d’accorder dorénavant à ces clercs, onclerlike abijt draghende ende onclerkelike levende, gîte ou secours. Mais l’évêque / Jean de Thoisy leur remontra, que cette décision était contraire aux lois de l’Eglise; dans la crainte qu’il ne lançât une excommunication contre eux, et sur la gracieuse invitation du duc de Charolois et de son conseil, les échevins révoquèrent leur ordonnance (a). En 4523, l’évêque d’Utrecht, dont le diocèse s’étendait sur une partie de la Flandre, agit d’une manière plus conforme à la raison et plus impartiale à la fois, en permettant à tous les baillis de s’emparer des prêtres qui, foulant aux j pieds leurs serments, se permettaient de fréquenter les tavernes, pour s’y livrer à tous les excès, et

(a) V. Mém. sur les lois, etc., par Diericx, I, 93, et n° 318 de l'Inventaire des chartes de Gand.

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quod dolentes referimus, usque ad sanguinis effusionem et membrorum mutilalionem bella commitlunt et interdum homicidia, pour les livrer à la justice séculière; mesure rationnelle et juste, qui n’a été mise à exécution dans la ville de Gand que du temps de Charles-Quint.

Le pape Jean XXÎÜ accorda à l’abbé Georges plusieurs privilèges personnels; il lui permit de bénir les ornements d’églises, nécessaires au culte; il lui donna l’absolution à l’article de la mort et l’autorisa à célébrer la messe même avant le jour et sur un autel portatif, ce qui était contraire à l’ordonnance du pape Sylvestre, qui avait interdit au commencement du IVe siècle, l’usage des autels en bois.

L’abbé Georges décéda en 1-418; on l’ensevelit dans le chœur de l’église abbatiale.

Guillaume IL — 1418-1454.

Guillaume Van Bossuyt, c’était son nom patronymique, pendant les trente-six ans durant lesquels il administra l’abbaye de S. Bavon, ne cessa de travailler avec une sollicitude pastorale à sa prospérité. 11 trouva des ressources pour augmenter sa richesse territoriale dans une proportion considérable; il acquit des biens, tant à titre gratuit qu’onéreux, au hameau de Vindeglioetbrouc, à Ardembourg; une maison, et plusieurs pièces de terre, connues sous nom de Kanonincsland, au même village; à Ileyle, au métier de ce nom; à Beoostenbleye; à Gand, une maison dans la Cammerslraete et une autre dans le Hingelandgat; à Leneke, les rentes nommées de Lydckercke; à Zellich, op de Steenbeke; à Ekkerghem, le iief de Jean de Neufville; à Bertenbroeck, au hameau Vrouwemere ; à Maldeghem; à Assenede, au hameau te Mukeem; à Ossenesse, à Duffele, à Zeericzee, à Zillebeke; à Belceele, la ferme dite Tendaeken et le domaine de Bystervelt ou Aerderike; à S. Laurent; à Contich, au hameau Linth; à Ysendyke, à Wyneghem, à Duffel; à Cruysvelderstappe, dans le Brabant; à Badelghem, la ferme nommée te Bottele.

Il fonda l’autel dédié à Ste Vineienne et Stc Landrade : il était placé sous les orgues; Guillaume, évêque de Sarepte, le consacra au nom de celui de Tournai : l’abbé lui assura une dotation suffisante

pour qu’une messe quotidienne put y être célébrée.

' Les papes, qui témoignèrent toujours la bienveillance la plus soutenue pour l’abbaye de S. Bavon, en donnèrent de nouvelles marques à l’abbé Guillaume. Le pape Eugène IV lui octroya le pouvoir d’absoudre ses moines, même dans des cas réservés, et Nicolas V lui accorda, ainsi qu’à ses moines, l’absolution à l’article de la mort. Sur les ordres qu’il reçut de Martin V en 1420, il sacra Godefroid comme abbé d’Eenaeme. Le bon vouloir de saint Siège pour l’abbaye, ne pouvait cependant prendre sa source dans la conduite de ses moines, puisqu’une bulle de la pénitencerie de Rome, de l’année 1419, contient des particularités très-peu édifiantes sur les excès et les abus pour lesquels l’abbé pouvait donner l’absolution à ses religieux. La violence entre eux, nous l’avons déjà dit, était souvent poussée jusqu’à l’effusion du sang; ils se permettaient les jeux de hasard et toute espèce d’autres jeux défendus, fréquentaient les tavernes, les jardins publics, couraient les champs et les prairies en habits laïques. Le désobéissance à leurs chefs spirituels était chose habituelle, ils sortaient du monastère sans leur permission, souvent 1 même pour administrer les saints sacrements dans des paroisses où ils n’avaient pas le droit d’officier et pour des interdits et des excommuniés. Ils se permettaient aussi de ne pas verser à la trésorerie de l’abbaye les produits des tailles, des dîmes ou d’autres redevances qu’ils avaient reçus, et de transgresser toutes les prescriptions des cours féodales et des autorités ecclésiastiques. Cette pièce, que Diericx a I publiée dans ses Mémoires sur la ville de Gand, t. Il, p. 586, note 2, contient le détail de beaucoup ! d’autres faits de la vie privée des moines de l’abbaye à cette époque, qu’il est inutile de reproduire ici.

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On peut s’y -former une idée précise de la conduite de ces religieux, qu’on se plait si souvent à citer comme des exemples de modération, de vertu, de chasteté et d’abnégation personnelle.

Si l’abondance de l’or eut toujours une influence directe sur le prix du blé, sa rareté ne pesa pas moins sur les transactions de la vie humaine. Sous Charles-le-Bel, le marc d’argent ne valait que fr. 3,57; sous Philippe de Valois, de 1326 à 1350, il monta fr. 6,72, pour tomber à fr. 2,20 sous Jean 1er, et se relever à fr. 15,48 sous le règne de Charles V, 1364 à 1378. Cette valeur retomba à fr. 9,31 du temps de Charles VI, et se maintint aux taux de fr. 8,42, 8,97 et 10,87 depuis 1422 à 1488. Depuis cette époque, la valeur du marc d’argent prit une marche ascensionnelle constante et s’éleva successivement de fr. 10,86 à fr. 52,67 depuis Charles VIII à Louis XV. Le commencement de cette hausse coïncide avec la découverte du Nouveau Monde, elle était peu marquée toutefois malgré la masse énorme d’or et d’argent, que le pillage des immenses richesses métalliques accumulées pendant des siècles dans ces contrées nouvelles, avait jetée dans la circulation. Mais la hausse véritablement marquante, dit un savant professeur de l’école industrielle de Gand (a), celle qui suivit 1574, coïncida avec l’application de procédés nouveaux au travail des mines, qui réduisit considérablement les frais de production. L’influence que ce surcroît métallique eut sur la valeur des céréales, réagit également sur la valeur du marc d’argent, qui, sous Charles IX (1565 à 1573), n’équivalait qu’à fr. 15,73 et s’éleva depuis lors jusqu’au règne de Louis XIII à fr. 24,27. Un document, qui porte la date du 5 juin 1423, prouve que la rareté de l’or eut, comme nous le disions, une influence directe sur les transactions civiles : l’abbaye avait pris à rente viagère sur plusieurs tètes une somme de 200 écus d’or, à raison d’un intérêt de 42 gros par écu. Les crédi-rentiers s’étaient contentés jusqu’alors de cet intérêt, mais ils firent connaître à cette époque que dorénavant ils ne s’en contenteraient plus « veu que l’or est monté et monte journellement à si hault prix. » C’est la marche ordinaire de l’escompte. Cette pièce prouve en outre qu’alors encore, un acte ne faisait pas foi par lui-même de son contenu, quoiqu’il fût signé par les parties et par des témoins sans reproches, car le duc Philippe ordonna, sur la contestation qui s’éleva au sujet de la demande en augmentation d’intérêt, que les témoins signataires de cet acte fussent entendus devant son conseil à Gand et affirmassent son contenu sous serment, afin de valoir là où il appartiendrait (108).

L’abbé Guillaume trouva le moyen de faire exempter son abbaye des droits que l’on percevait à Gand sur le combustible, tregt van berninghe, pour la tourbe qu’elle faisait extraire à Moerbeke : les percepteurs de cet impôt furent déclarés non recevables dans une poursuite qu’ils intentèrent^de ce chef à l’abbé et condamnés à une amende par sentence des échevins de Gand le 12 septembre 1448. Il parvint aussi à terminer par transaction le différend, qui existait depuis longtemps sur la perception des dîmes à Caneghem et à Ruyslede, et un autre procès au sujet du droit de mutation à S. Bavon même. On arrêta dans cette dernière affaire, qu’il serait perçu six pour cent sur la valeur de toutes les terres vendues et que pour la perception de l’impôt, la valeur d’une verge de terre ne pouvait être estimée à plus de six deniers de gros. Aucun droit n’était dû, si les biens mis en vente étaient chargés d’hypothèque. Nous voyons par une transaction arrêtée le 1er décembre 1442, que l’abbaye pouvait confisquer à Ekkerghem, les biens des criminels condamnés à mort et exécutés à Gand (109); et des arrêts du Conseil de Flandre décidèrent qu’elle avait droit au meilleur meuble à Aerzeele, Gavre et Munckzwalm. Il existait depuis fort longtemps entre l’abbaye et la ville de Gand sur le débit des vins une contestation, qui avait donné lieu à une instance devant le Conseil de Flandre. Les parties prirent la résolution

(a) V. Discours prononcé ù la distribution des prix de celte école, le IG octobre 1853.

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d’en remettre la décision à des arbitres, lesquels, après examen de cette difficulté inextricable, déclarèrent qu’il leur était impossible de la terminer et renvoyèrent l’affaire devant le conseil. Il paraît toutefois qu’en 1153 (a), l’abbaye de S. Bavon et celle de S. Pierre s’obligèrent à payer à la ville de Gand, chacune 40 livres de gros l’an, pour mettre celle-ci à même de concourir avec elles, dans le débit des vins et des denrées, soumis aux accises et aux impositions. Mais elle n’exécutèrent pas cette convention et les débats donnèrent lieu à tant d’animosité, que les échevins de Gand défendirent, sous peine d’amende, d’aller acheter du vin dans les quartiers où il entrait en franchise de droits. Des arbitres décidèrent aussi en 1434, que l’abbaye de S. Bertin avait droit aux dîmes des terres, situées à l’est de Caneghem et Ruysselede, et l’abbaye de S. Bavon à celles des terres du côté de l’ouest de l’ancienne motte, nommée den Ouden Wal, jusqu’au hameau de Jan-Ploetsaerts-Straetkin. L’abbaye prit son recours en 1435 vers l’autorité ecclésiastique supérieure contre le curé d’Everghem, qui s’obstinait à ne pas payer la somme de 4 livres parisis, qui lui revenait pour son patronage : des lettres monitoriales furent en conséquence lancées contre lui. Dans une contestation entre l’abbé et les habitants de sa seigneurie, qui avait été déférée par ses échevins à ceux de la ville de Gand, comme chefs-juges, pour éviter toute suspicion de partialité, il fut décidé qu’une mare d’eau, à S. Bavon , sise près de la porte tusschen Païen, et nommée Prostvivere, devait être assimilée aux terrains vagues connus sous la dénomination de Upstallen, dont l’usage était réservé au public ( b ).

Si l’abbaye était souvent troublée dans la jouissance de ses biens et de ses droits, il arrivait parfois qu’elle suivait la même marche vis-à-vis d’autres propriétaires; car elle fut sommée un jour de ne plus troubler la comtesse de Laval, dans la possession du tonlieu qu’elle percevait sur un chemin à Westbeke, dépendant de Waerschoot. On était déjà loin à cette époque des temps où pour forcer l’indolence ou le mauvais vouloir des échevins, dans l’exercice leurs fonctions judiciaires on les enfermait dans l’enceinte du lieu de leurs séances jusqu’à ce qu’ils eussent expédié les affaires, qui leur étaient soumises. Quand il arrivait à cette époque-ci qu’il y eût déni de justice, l’affaire était déférée au Conseil de Flandre, qui appelait les juges devant lui, pour qu’ils s’y expliquassent : c’est ainsi que les éehevins de Houthem-S.-Liévin durent y comparaître, sur la sommation de Guillaume Van Iioomberghe, bailli de ce village, parce qu’ils avaient refusé de siéger pour rendre justice, le 4 novembre 1436, qui était un dimanche.

Ce fut durant le règne de Guy de Dampierre que l’ancienne organisation judiciaire fut renversée dans la Flandre. Jusqu’alors les échevins avaient jugé en dernier ressort toutes les affaires ressortissant à leur compétence; mais depuis l’avénement de ce comte, la partialité révoltante de ses officiers de justice, les changements permanents qu’il voulait introduire dans les pactes communaux, forcèrent quelques plaideurs à appeler au Parlement de Paris de sentences portées contre eux; parlement auquel les justices des grands vassaux de la couronne étaient soumises, suivant l’avis de quelques légistes. Quand Philippe-le-Bel fixa son Parlement à Paris en 1287, ces appels devinrent plus nombreux; ce monarque astucieux, prévoyant les avantages qui pourraient en résulter, les accueillit avec faveur et engagea même, par ses agents, des personnes à intenter directement des actions devant cette cour. 11 voulait provoquer par là des réclamations, pour en tirer profit et se créer ainsi une suprématie judiciaire sur le comté. Ceux de Flandre ne tardèrent pas à tomber dans le piège, et le 9 décembre 1288, il s’empressa de défendre à tous ses justiciers d’exercer en Flandre un acte judiciaire quelconque, si non

(a) V. cartulaire n» 17, Archives de la Flandre orientale.

(Q Cet étang est indiqué sur une carte reposant aux Archives de la ville de Gand.

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en matière d'appel ou de ressort. Ainsi tout en faisant semblant de redresser un grief patent, il s’arrogea un droit qu’il n’avait jamais eu, contraire aux prérogatives des communes et même du comte, droit qu’il sut maintenir en fomentant des troubles dans le pays.

Cet état précaire de l’ordre judiciaire dura jusqu’en 1385, quand Philippe-le-Hardi institua le Conseil de Flandre, dont il fixa le premier siège à Lille. Le duc compléta ainsi ce que son suzerain avait commencé, en admettant comme principe fondamental, qu’à l’avenir tout jugement était sujet à appel, principe subversif de nos antiques institutions. Le duc ne soutint pas que la création de ce tribunal fût légal; mais aidé par les circonstances du temps et par les abus qui étaient palpables, il parvint par des moyens de douceur et de persuasion à engager ses compatriotes à soumettre leurs différends à ses conseillers, non comme à des juges, mais plutôt comme à des arbitres, auxquels il leur était loisible d’adjoindre des jurisconsultes ou d’autres personnes de confiance. Le Conseil de Flandre, tel qu’il était constitué, formait un corps politique, ayant sous sa juridiction tous les tribunaux de la Flandre; il devint assez prépondérant dans la suite pour faire passer dans les mains des comtes, certains droits, dont ils avaient besoin pour gouverner le pays.

Malgré l’omnipotence de ce conseil, le Parlement de Paris exerçait encore un certain pouvoir judiciaire dans ce pays. Car le 7 janvier 1-420, il évoqua, à la demande de l’abbaye, une cause pendante devant ce conseil, pour trouble de fait apporté par le bailli de Lille aux droits seigneuriaux de celle-ci à Waterlos. Quand les gens du Conseil de Flandre reçurent le mandement du Parlement (8 février 4420), ils répondirent au sergent du roi au baillage d’Amiens, qu’ils n’étaient point accoutumés à recevoir des ordres du roi de France ou de son parlement.

Depuis longtemps le duc Philippe-le-Bon dans ses débats avec Charles "VII, s’était plaint de ce qu’il continuait à recevoir les appels contre les jugements prononcés en Flandre. En 1445 son épouse, la duchesse Isabelle, se rendit même à Chàlons, pour demander au roi de faire surseoir à tous les appels portés devant son Parlement. Quoique celui-ci consentît à sa demande, le Parlement maintenait sa compétence, le roi ne lui en savait pas mauvais gré, puisque les intérêts de la juridiction de son Parlement étaient intimement liés à ceux de sa suzeraineté. Après de longs débats, le roi consentit cependant à mettre tous les appels en surséance (28 janvier 1448).

Vers le même temps le duc se laissa entraîner envers l’abbaye à une violence dont on ne s’explique pas les motifs. Il fit saisir, et son grand conseil se joignit à lui, toutes les rentes seigneuriales de l’abbaye à Waterlos et les plaça sous la direction d’un curateur, nommé Guillaume Gauthier; il en agit de même pour ses seigneuries de Houthem, Baveghem, Ylierzele, Ghysenzele et Munckzwalm. Avait-il des raisons politiques pour se permettre cette spoliation? Dans les sanglants démêlés qu’il soutint contre la commune de Gand et dont celle-ci aurait pu sortir victorieuse, sans la lâche trahison du commandant de la citadelle de Gavre, Arnould Van der Speeten (a), il n’avait pas eu à se plaindre de la conduite de l’abbaye. S’il avait éprouvé du mécontentement de ce que son abbé, avec ceux de S. Pierre et de Baudeloo, furent dépêchés vers lui, pour lui soumettre les plaintes des Gantois, ou parce que le prieur de l’abbaye de S. Bavoir et un des moines, nommé Baudouin de Fosseux, beau-frère de Jean de Montmorency, grand chambellan de France, se rendirent près de sa personne avec les députés des négociants étrangers, résidant dans le pays, pour l’engager à faire la paix, il n’aurait pas exempté l’abbaye de sa quotepart dans l’amende à laquelle il avait condamné tout le pays, ainsi qu’il le lit. 11 est probable que l’épuisement de son trésor ait été l’unique cause de la saisie de ces riches domaines; nous lisons

(a) Histoire de la Flandre, par SI. Kervyn de Lettekhove, t. IY, p. 478.

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dans l’acte de main-levée ordonnée par le duc eu 1455, des saisies des seigneuries de Houthem et autres, ([u’elles avaient été faites, pour aucunes causes, et que l’abbé avait été entendu en ses excusalions, sans que l’on s’explique ni sur les causes ni sur les excuses. Dans la suite l’abbé fut forcé d’intenter une action en reddition de compte contre Jean Desquarte, qui avait été chargé de l’administration des biens saisis.

Nous avons vu que l’empereur Otton II restitua en 974 à l’abbé Womare le village de Sethela, Zcllick, avec son eglise et ses dépendances. L’abbaye n’en garda cependant pas la paisible possession, puisque Baudouin IV lui restitua la villa Selleca ou Zellick. Depuis elle n’y fut plus troublée dans ses possessions; plusieurs avantages et exemptions de droits seigneuriaux lui furent même accordés en faveur de Betteghem, immense exploitation agricole, qui en dépendait. La plus grande partie du territoire de Zellick appartenait à l’abbaye; elle avait le patronage de la chapelle, qui ne pouvait être mise au rang d’église, pas plus que celle de Cobbegem, ainsi qu’il est établi par une sentence arbitrale portée par plusieurs abbés en 1174, sous l’abbé Betto. La chapelle de Zellick fut reconstruite à cause de sa vétusté, sous l’abbé Guillaume, et consacrée le 20 décembre 1432, par Nicolas, suffragant de l’évêque de Cambrai : elle était dédiée à S. Quirin.

Les eaux de source dans ce village, eaux minérales peut-être, y attiraient un grand concours de monde : elles devenaient surtout salutaires par l’intercession de S. Quirin, au grand avantage de l’abbaye. Le sacristain, très à même de juger de l'importance des bénéfices qui en résultaient et dont il n’avait aucune part, tâcha de se les approprier. Il enleva donc l’image de ce saint, source de tant d’avantages, pour le placer dans sa demeure et recevoir ainsi sans partage les oblations. Il tenta d’en vivifier le produit en exorcisant les malades et en augmentant la vertu des eaux par des sortilèges. Malheureusement pour lui, cet abus de la crédulité du peuple ne put durer longtemps : Jean Coreman, doyen de l’église de S. Pierre, à Anderlecht, vint l’arrêter dans cette voie, en le condamnant à une amende de soixante couronnes de France et à rétablir les choses dans leur ancien état.

L’abbaye avait à Zellick et à Cobbeghem une cour censale; elle n’avait pas de sceau, elle devait employer celui de l’échevinage de Jette, qui recevait la somme de 8 sols à chaque accomplissement de celte formalité. Mais en 1549, le 28 septembre, Charles-Quint permit aux tenanciers-jurés de faire graver un sceau avec la légende « Sigillum juslicie abbatis sancti Bavonis in Zelleke, » et les autorisa à prélever un droit de scel de 4 sous par acte la).

L’abbé, à ce qu’il semble, n’était pas sans inquiétude sur les importantes acquisitions de biens-fonds qu’il avait faites depuis plusieurs années : il demanda donc au duc Philippe des lettres d’amortissement. Ge prince se rendit à ses sollicitations et lui permit d’acquérir des immeubles dans le comté de Flandre jusqu’à concurrence de 50 livres de gros de revenu. En 1445, d’après un compte arrêté par l’abbé, il avait déjà acquis à cette époque des biens qui donnaient un revenu de 54 livres, 10 sols, 9 deniers et G myten, de manière qu’il pouvait encore en acheter pour un revenu de 15 livres, 8 sols, 9 deniers et 18 mylen; annotation qui n’est pas sans intérêt quant à la subdivision de la livre à cette époque.

Nous avons lu dans les chartes qui furent expédiées sous la longue administration de l’abbé Guillaume, plusieurs faits et conventions qui ne sont pas sans intérêt : ainsi à l’année 1424, l’abbaye avait à payer pour l’écoulement des eaux dans les poldres d’Ossenesse la somme de 12 sols par mesure; et pour constater la date du passage de la fierte de S. Liévin par l’écluse de la porte de la Tour Rouge, où l'on avait placé l’année précédente un nouveau lit, fait de pierres blanches et de pierres tumulaires (b),

(a) V. Histoire des environs de Bruxelles, par A. Wauters, p. 575.

(t) V. Bouck van Mcmorien, an. 1421, Archives de la Flandre orientale.

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un poëte, probablement moine de l’abbaye, en fit la relation en vers : cela arriva le 28 juin 1422.

En 1454 on établit, à frais communs, une nouvelle communication entre la ville de Gand et celle de i S. Bavon, en jetant un pont en bois sur l’Escaut, vis-à-vis du quartier nommé Crommenessche. Ce pont \ porta le nom de Koey-brug, auquel une place voisine emprunta le sien. En 1429, il existait déjà un pont, aussi en bois, sur la Lys, attenant au Minnemeersch; il était proche d’un pont en pierre, par lequel on entrait dans l’hospice de S. Jacques. A l’année 1450 et 1431, nous trouvons la mention des moyens proposés pour parer aux ruptures de digues du poldre de Groede et du Soete-Polder, et de la déclaration des administrateurs, chargés de la direction des eaux dans ces poldres, qu’ils avaient pris des mesures pour prévenir les inondations. Gomme ce n’est qu’une simple annotation, nous ne pouvons donner des explications à l’égard des moyens mis en œuvre. Nous voyons par l’abandon que l’abbaye fit aux directeurs des pauvres de la paroisse de S. Sauveur du capital d’une rente, qu’en 1453, le nombre des pauvres y était très-considérable. Vers le milieu de ce siècle on percevait à Gand sur tous les objets, entrant ou sortant de la ville, une légère redevance, sous le titre de Kelchiedeghelde, pour l’entretien du pavage : les fruits que les habitants de S. Bavon récoltaient des terres qu’ils cultivaient hors la ville de Gand, en étaient exemptés, mais non les denrées et autres objets dont ils faisaient l’achat.

Le pape Martin V pour s’ingérer plus directement, à ce que nous croyons, dans les affaires temporelles des abbayes, chargea Pierre Herman, dit Woude, de la perception des revenus des bénéfices ecclésiastiques et séculiers dans les diocèses de Tournai et de Cambrai, dont la collation ou la présentation appartenait aux abbés de S. Bavon et de S. Pierre, à Gand.

Nous ne faisons mention ici d’un acte de vente, consigné dans le Reg. B, fol. 349 des Archives de la ville de Gand, que pour expliquer le sens et la portée de la convention, qu’on y arrête. Il s’agissait de la vente de quelques terres, faite à la ville de Gand par Robert Portier, Philippe Van Mullem et Pierre Holleberch, dont la situation est désignée de cette manière « gheel den erven van der vesten te sente Baefs, tusschen de dendermontscher poorten ende der Schelden, lancx der vesten also verre als haer de veste Street; « c’est-à-dire qu’ils vendirent à la ville de Gand, non pas le terrain des remparts, mais les terres situées le long de ces remparts et à partir du pied de ces mêmes remparts.

Une solennité funèbre fut célébrée avec pompe à l’abbaye dans le courant de l’année 1422 : Michelle de France, première femme de Philippe-le-Bon, morte à Gand le 8 juillet de cette année, empoisonnée, dit-on, par une de ses dames d’honneur, y fut inhumée dans l’église conventuelle; on lui fit de magnifiques obsèques. Ses dépouilles mortelles y reposèrent jusque vers le milieu du XVIe siècle, car on j trouve dans les comptes des dépenses de la construction du château de Charles-Quint, la mention d’une certaine somme pour avoir osté la tombe et sépulture de défuncte princesse Madame Michelle, jadis comtesse de Flandre, hors la nef de l’église et icelle remis devant le grand autel.

Les guerres et les révoltes qui désolaient le pays depuis tant d’années, avaient épuisé les ressources de l’abbaye; pour surcroît de malheur, les eaux de la mer avaient envahi en 1450 plusieurs de ses poldres, qu’elle dut faire réendiguer. Elle se trouva forcée d’avoir recours à l’expédient des emprunts; mais l’abbé, avant d’en venir à ce moyen extrême, songea à un expédient moins onéreux, pour faire face aux besoins urgents de son abbaye. Elle possédait d’immenses bruyères à Laethem, S. Sauveur, Seven-Eecken, Mendonck, Desteldonck, Everghem, Sleydinghe, Ste Croix à Ardembourg, à Bouchaute, Wilryck, Vremde, Cobhenghem, Houthem-S.-Liévin , Ghysenzele, Caneghem, Poesele, Waterlos, Vlierzele, Wondelghem, Maldeghem, Moerzeke, Uytberghe, Peteghem, S. Laurent-ten-Hove, Munczwalm, Heyle, Annelinckxwerve et Ekkerghem, immenses lati-fondia, dont elle ne tirait aucun produit et abandonnés à la vaine pâture. L’abbé crut qu’il était plus utile de les vendre que de les conserver,

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il s’adressa donc au pape Martin V, pour solliciter l’autorisation de les vendre à titre de fief; autorisation qui lui était nécessaire, puisqu’il s’agissait d’aliéner des biens en main-morte. Les raisons de l’abbé furent appréciées à Rome, et on lui expédia les ordres nécessaires vers 1420. Ces terres ne furent cependant pas aliénées en totalité, car dans les lettres d'exequatur délivrées sur cette bulle par Jean de Evelsbrouck, prévôt du chapitre de Ste Pharaïlde, l’abbaye ne fut autorisée qu’à vendre 512 bonniers, dont 500 à Maldeghem.

L’abbé Guillaume, qui obtint de plusieurs papes des marques de confiance toute spéciale, entre autres les pouvoirs nécessaires pour conférer les ordres à ses moines, l’absolution à l’article de la mort, la permission de célébrer la messe sur un autel portatif, éprouva dans son administration de graves contrariétés, qui le forcèrent à prendre une résolution extrême.

Sanderus rapporte (a) qu’il fut éprouvé par toutes sortes de tribulations, qu’il supporta avec patience; qu’il défendit avec persévérance les libertés et les prérogatives de son abbaye, mais qu’il finit cependant par succomber sous le faix. Cet écrivain n’entre pas dans d’autres explications, et nous n’avons rencontré aucun document, qui fasse connaître les raisons qui donnèrent lieu à ces menées. Le procès-verbal d’une séance capitulaire, tenue le 3 avril 1447, jette cependant une faible lueur sur la sourde machination dont il finit par devenir la victime. Le prieur Olivier De Langhe y fait connaître ( b ) qu’à diverses reprises on avait engagé l’abbé Guillaume à résigner ses fonctions, pour les lui confier; que le chapitre, qui avait été consulté naguère à cet égard, n’avait pas trouvé que la conduite de l’abbé fût repréhensible sous aucun rapport, que rien n’avait pu l’engager alors à accepter sa résignation ou à songer à le remplacer; qu’au contraire l’abbé Guillaume s’était toujours conduit d’une manière exemplaire et qu’il avait toujours agi dans l’intérêt de l’abbaye, « dictus eorum abbas hucusque semper fuit et adliuc est, vir castae vitae, probatae religionis ac conversationis honestissimae; qui ipsis et eorum prefato monasterio diu prefuit ac eorum regimen et administrationem, prout experientiâ testatur, utililer et laudabiliter gessit, ac adliuc potens et ydoneus.... et sensum suorum adeo compos existit quod regimen et administrationem huius monasterii mullo adhuc tempore continuare poterit. » Sur cet exposé le chapitre déclara de nouveau qu’il était fermement résolu à maintenir l’autorité de l’abbé Guillaume, à rejeter toute proposition de résignation et de transmission de la dignité abbatiale sur la tête d’un autre, et lui jura derechef solennellement soumission et obéissance.

Ap rès cette séance le prieur se rendit avec quelques autres moines auprès de l’abbé, et ils lui firent connaître l’objet de leur visite, en le priant de vouloir continuer sa gestion aussi longtemps que Dieu lui prêterait vie. Guillaume, ému de la spontanéité de la résolution du chapitre, répondit qu’il se rendait à leurs vœux, a promisit... se ad eorum vota et requesta in suis abbatiali dignitate, cura et administratione libenter... continuare velle, nec intentione esse dictam suam abbatialem dignitatem ad alicujus inslantiam resignandi... sed potins cum eisdem sua vocatione usque in fine perseverandi... » Réponse qui cadre assez mal avec les paroles du prieur et qui peut faire soupçonner que ces menées étaient ourdies par le prieur Olivier De Langhe.

(а) V. Gand. rer., Lib. VI, p. 367.

(б) Ce chapitre se tint dans la demeure de ce prieur : il était composé de Nicaise Waclpuyt, Jean Van der Merye, Baudouin Van Languevisch, Philippe Van der Moere, Pierre Van der Doyen, Luc Zoetangs, Joos Van der Meulene, Baudouin Van Fasseux, Jean Drochmont, Vincent Tsul, Laurent Lennoot, Gérard Van Nielandt, Colard Van Haudion, Jean Van don Kerckhove, Pierre Witocn, Daniel Alaerts, Gérard Van Munte, Baudouin Van der Scaghe, Josse de Mota, Ghelnot Van Hembize, Adrien Malins, Jean Van Sycleer, Pierre Utenhove, prêtres, Laurent Alatruye, Arnould Deheelt, diacres, et Arnould Van Sehoresse, clerc, tous moines proies de l’abbaye.

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L’abbé Guillaume, aidé du concours de son chapitre, continua donc sa gestion pendant huit années, jusque vers le mois de juin 1455. A cette époque il fit savoir à la communauté, que son grand âge le forçait de déclarer qu’il se trouvait dans l’impossibilité de continuer à vaquer à l’administration des affaires de l’abbaye. Après cette manifestation, il abandonna l’abbaye secrètement, même de nuit, avec deux de ses moines, lesquels, suivant la rumeur publique, l’avaient tenu en charte privée, « die den selven abt gehouden hadden en hilden in gouvernemente, alsoe men secht. #

A cette nouvelle le duc de Bourgogne dépêcha vers l’abbaye quelques-uns de ses conseillers pour annoncer au chapitre, qu’en vertu de ses prérogatives, comme successeur des comtes de Flandre, fondateurs de l’abbaye de S. Bavon, et de l’autorisation que le pape lui avait accordée, il avait destiné à la prélature de l’abbaye Jacques Van Brucele, prieur de l’abbaye de S. Pierre, à Gand. Le chapitre entra entièrement dans les vues du duc et le supplia même de prendre une prompte décision pour porter remède à une situation nuisible aux intérêts spirituels et temporels de l’abbaye. Assuré de cet assentiment, le duc s’adressa à l’évêque de Tournai pour l’engager à élever son candidat au rang de coadjuteur de l’abbé Guillaume. Ce prélat, avant de prendre une résolution, se rendit à l’abbaye pour s’assurer de l’état des choses et s’informer des intentions du chapitre. Il y apprit que l’abbé avait quitté l’abbaye depuis deux jours : cette nouvelle l’engagea alors à nommer incontinent, en présence du prieur et des moines, Jacques Van Brucele, comme coadjuteur de Guillaume. Le duc ne tarda pas à confirmer cette promotion, et ordonna à tous ses officiers de prêter aide et protection au nouveau titulaire. Le duc exigea cependant que toutes les' obligations contractées vis-à-vis de l’abbé Guillaume fussent remplies, et il ordonna spécialement que tous les bâtiments de l’abbaye furent tenus en bon état de réparation. Ces faits sont consignés dans une charte du duc Philippe, portant la date du 16 juin 1455.

Si le départ précipité de l’abbé Guillaume n’est pas à l’abri de la critique, la faute doit en être imputée à ceux qui le dominèrent. Les tracasseries, dont il devint la victime, avaient peut-être été suscitées par l’un de ses prieurs, qui convoitait sa dignité, et il est possible que ce fût pour épargner à son successeur les suites de l’amour-propre blessé par des espérances déçues, que le choix du duc tomba sur un moine étranger pour lui conférer la survivance de Guillaume. A cette époque l’abbaye avait trois prieurs, dont les noms nous sont connus : Daniel Alaert, Gilbert Ruebs et Olivier De Langhe, en faveur duquel l’abbé Guillaume avait voulu résigner ses fonctions, offre qui n’est toutefois connue que par son propre témoignage et démentie par la réponse de l’abbé même.

Une bulle de Calliste III (28 janvier 1456) nous fait conjecturer que l’évêque de Tournai n’était pas étranger aux difficultés, qui étaient suscitées à l’abbé Guillaume : car ce fut sur les plaintes de celui-ci, qu’il était en butte aux poursuites incessantes de ce dignitaire, qui avait voulu le forcer par toutes espèces de moyens à résigner ses fonctions et avait tâché de soustraire ses religieux à son autorité, que ce pape plaça l’abbaye de S. Bavon sous la juridiction du saint Siège. Quoique Calliste révoquât cette exemption, sous le vain prétexte qu’il avait été induit en erreur, il n’est guère probable qu’il prît une détermination aussi grave sans informations préliminaires; ce sont plutôt les mêmes influences, hostiles à l’abbé, qui auront poussé ce pape à revenir sur l’infaillibité de ses décrets.

Le pape avant d’avoir recours à des moyens extrêmes, ordonna à un agent de l’officialité de sommer l’abbé et ses moines de rentrer au monastère et de restituer les objets qu’ils s’étaient permis d’emporter pour pourvoir à leurs besoins. Cet acte, purement comminatoire, étant resté sans résultats, Calliste, après avoir consulté le chapitre de S. Bavon, destitua l’abbé Guillaume comme schismatique et détracteur des ordres du saint Siège. Mais cette mesure n’eut aucune influence sur lui; il persista dans la voie dans laquelle il était entré. Dans la suite Pie II, qui ne pouvait tolérer cette conduite blâmable,

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le lit excommunier de son propre mouvement, lui et ses adhérents. La bulle d’excommunication fut publiée dans toutes les églises de France, et le pape donna les ordres les plus péremptoires de faire arrêter l’abbé Guillaume et ses moines et de les mettre en jugement comme hérétiques.

Jean De Platea ( Verstraete ), official de Cambrai, chargé de l’exécution de cette bulle, crut pendant quelque temps qu’il suffirait, pour ramener ces délinquants au sentiment de leurs devoirs, de publier la sentence d’excommunication, de la faire afficher aux portes des églises, de la leur notifier et de sommer l’abbé Guillaume de renoncer à sa dignité, et qu’il ne fallait le poursuivre judiciairement qu’en cas de refus. Mais ce fonctionnaire, ayant acquis la certitude que Guillaume, après cette notification , avait de nouveau insulté le saint Siège tant par gestes que par paroles et méconnu son autorité, lança contre lui un mandat d’arrêt le 23 février 1438, et ordonna de le faire transporter à Bruxelles, pour y être jugé par l’officialité. Cet ordre, que tous les officiers de justice devaient exécuter sous peine d’excommunication, resta néanmoins sans effet. Dans le cours de ces poursuites, Guillaume mourut à Paris, dans sa retraite, le 10 décembre 1460, et fut inhumé dans l’église de SS. Corne et Damien, où on lui érigea un tombeau.

Le 19 janvier 1461, le chapitre dépêcha aux moines qui lui avaient survécu, les religieux Jean 1 de Sycleers, Philippe Sersanders, Pierre de Trecliere, Louis Stauvlieghe et François Braemlataer, pour réclamer l’argent, les joyaux d’or et d’argent qu’ils avaient emportés et pour les sommer d’abandonner les vanités du monde et de rentrer à l’abbaye. Le chapitre leur avait donné le pouvoir d’invoquer le bras séculier pour faire exécuter leur mandat et de faire poursuivre devant le parlement ( de Paris au Châtelet, ou devant tout autre tribunal ecclésiastique, Baudouin de Fousseux, Nicolas j Audeon, Jean Uutenhove, Adrien Malvis et Jean Waelput, moines, qui avaient suivi les destinées de \ leur ancien abbé.

C’est le dernier acte que nous ayons rencontré, concernant cet abbé, qui administra son abbaye avec prudence et sagesse pendant une longue suite d’années, à une époque de graves conflits politiques, et qui fut en lutte continuelle avec les usurpateurs des prérogatives et des finances de son abbaye et qui eut à se roidir contre le relâchement des mœurs, suite inévitable du schisme qui désolait l’Eglise. Sanderus lui a rendu justice, en déclarant : « Abbas Guillelmus multa patienter sustinuit pro libertate eiusdem ecclesiae conservandà, tandem multis laboribus fatigatus Parisios se transtulit. »

Le prieur Olivier De Langhe ( Magister Oliverus Longus) était un théologien instruit, qui écrivit plu- \ sieurs ouvrages, restés pour la plupart inédits et dont la Bibliothèque de l’Université de Gand possède | nue grande partie. 11 composa non seulement des traités ascétiques et théologiques, mais il s’occupa aussi d’histoire; on a de lui une relation de la procession de S. Liévin-IIouthem et une chronique abrégée de son monastère et de ses saints, qu’il compila en 1437. Il dressa encore un catalogue de la i bibliothèque de son monastère , laquelle passait autrefois , au dire de Sanderus , pour une des plus riches et des plus intéressantes du pays. Cet écrivain s’en est occupé spécialement dans sa Bibliotheca manuscripta, et M. Jules de Saint-Génois en a donné des détails étendus dans un article publié dans j le Messager des Sciences historiques, année 1857, p. 477.

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Jacques. — 1457-1470.

Jacques Van Brucele entra en fonctions avec le titre de coadjuteur; le pape Callixtc III avait approuvé cette nomination le 5 février 1456, en lui annonçant qu’il lui réservait la dignité abbatiale; et en effet il l’éleva à cette dignité le 26 mai 1457. Jacques avait chargé l’archevêque de Reims de soutenir sa candidature auprès du saint Siège; ces démarches lui coûtèrent la somme de 108 livres et 4 sols de gros, qu’il emprunta à la maison de banque de Lucas Papès et Cambi, à Bruges. L’abbé de S. Bernard reçut la mission de l’installer et d’absoudre à cette occasion les moines qui avaient été frappés de l’excommunication : cette peine n’avait atteint que ceux d’entre eux qui avaient suivi l’abbé Guillaume et qui à cette époque n’étaient pas encore rentrés à l’abbaye.

Le pape Pie II (Aeneas Sylvius Picolomini), un des hommes les plus savants de son siècle, fut préoccupé durant tout le temps de son règne de l’idée de porter de nouveau la guerre en Orient et d’aviser aux moyens d’y parvenir. C’est dans cette intention qu’il frappa les biens ecclésiastiques d’une contribution de guerre, le 14 octobre 1458. Il prit aussi de nouvelles mesures contre les abus, qui ne faisaient qu’accroître, résultant de la nomination d’abbés commandataires. 11 déclara ces nominations virtuellement nulles et ordonna de nouveau que les élections des abbés devaient avoir lieu par les moines eux-mêmes. Cette résolution fut approuvée en 1464 par le duc Charles de Bourgogne, en ce qui concernait l’ahbaye de S. Bavon.

Un procès plus violent que jamais s’était élevé entre la ville de Gand et les abbayes de S. Bavon et de S. Pierre, au sujet du commerce du vin : on eut encore recours à des arbitres, qui renvoyèrent de nouveau les parties devant les tribunaux. Trois années plus tard, en 1463, le Conseil de Flandre ordonna à ees deux abbayes de consigner au greffe la somme de 2800 couronnes d’or, qu’elles avaient promis de payer à la ville de Gand pour terminer toutes les difficultés qui leur avaient été suscitées , pour ce commerce. Ce fut le préliminaire d’un arrangement définitif, car peu de temps après la, ville de Gand renonça à toutes les poursuites qu’elle avait intentées, pour faire frapper de droits d’accises j les vins que l’abbaye débitait, moyennant la cession des 1400 couronnes qu’elle avait déposées et la renonciation de celle-ci à tout droit de main-morte, qu’elle pouvait réclamer des successions de bourgeois de Gand, décédant à S. Bavon.

L’abbé porta plainte devant le Conseil de Flandre contre Pierre Bladelin, chambellan maître d’hôtel du duc de Bourgogne et trésorier de la Toison d’or, parce qu’il s’était permis de faire construire sous son autorisation une église à Ileyle, dans le Métier d’Ardembourg , dont le patronage lui appartenait (28 octobre 1460). Ce seigneur y avait jeté les fondations d’une nouvelle ville, qu’il désirait élever au milieu des terres d’une métairie, qu’il avait acquise en 1440 de l’abhaye de Middelbourg.

Il donna ce nom à son nouveau bourg, parce qu’il était seigneur de Middelbourg en Zélande.

Le Conseil de Flandre reconnut les droits de l’abbaye sur la seigneurie de Ghysenzele, dans la haronie de Rodes, avec la justice à tous les degrés et les redevances et les prééminences qui en dépendaient. En 1464, le seigneur de Nevele, Jean de Montmorency, reconnut aussi que l’abbaye avait le droit d’exercer la basse justice sur les terres qu’elle possédait dans sa seigneurie, à condition d’y faire la publication des bans.

Les religieuses, établies à Biervliet, portèrent atteinte au droit de patronage, qui revenait à l’abhaye en ce village, en y faisant construire une église sans en avoir obtenu une permission préalable : des lettres monitoires leur furent adressées par le conservateur des privilèges de l’abbaye, pour leur défendre de continuer les travaux qu’elles y avaient fait commencer.

ABBAYE DE S. BAYON

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En 1465, le 25 juillet, l’abbé Jacques publia un nouveau réglement (l’ordre intérieur pour l'hôpital de Slc Anne : il ne s’y trouvait alors que douze prébendiers; à l’occasion de cette promulgation, il augmenta leur provende d’un tonneau de bierre, contenant quarante-huit lots. L’abbé et son prieur, Daniel Alarts, étaient les gouverneurs de cet hospice; ils appellèrent à la rédaction de ce réglement un assez grand nombre de personnes notables. Ils disent dans cette pièce que ce fut l’abbé Baudouin (1202-1208) qui en fut le fondateur, qu’il donna le terrain sur lequel on l’éleva, et le produit des dîmes, nommées les dîmes à Wulphem, pour les employer en œuvres de charité; qu’en 1361, l’abbé Jean ÏIÎ fit un autre réglement, et enfin que l’abbé Guillaume Yan Bossuut en élabora un troisième vers 1427.

Ce nouveau réglement n’est probablement que la reproduction des anciennes ordonnances , dont voici les principales dispositions : à leur entrée les prébendiers, riches ou pauvres, devaient renoncer devant notaire et témoins, à tout droit de bourgeoisie et à tous les privilèges dont il pouvait jouir dans une commune étrangère; ils devaient aussi faire abandon en faveur de l’hospice de tous les biens qu’ils déiaisseraient à leur mort, et faire serment qu’avant leur entrée ils n’avaient pas aliéné des biens à son détriment. Avant d’être admis dans l’hospice, leurs héritiers devaient renoncer par acte authentique aux droits qu’ils auraient pu faire valoir sur leurs successions. A l’entrée à l’hôpital, ils avaient à donner, pour pitance, 6 gros à chaque pensionnaire, 12 au receveur et 12 à la maîtresse générale, et remettre au prieur l’état de leurs biens. Dès ce moment ils ne pouvaient plus rien prêter, sous peine d’encourir la retenue de dix jours de provende. Les autres dispositions concernent le régime intérieur de la maison et la conduite des prébendiers (110).

L’abbé mena à bonne fin les débats qui s’étaient élevés de nouveau entre les fermiers de la taxe pour l’entretien des routes pavées à Gand et les habitants de S. Bavon, qui ne voulaient pas la payer, parce qu’ils y étaient déjà soumis au droit de ceuillote. Les échevins de Gand maintinrent leur première résotion, qui était d’exempter les habitants de S. Bavon pour le transport des récoltes provenant des terres qu’ils cultivaient hors de la ville, mais de les soumettre à cette taxe pour les denrées achetées, sortant ou rentrant en ville.

L’abbaye, à laquelle le pape Callixte III avait retiré la permission d’aliéner ses immeubles, dut avoir recours à d’autres moyens pour faire face aux pertes qu’elle avait essuyées dans le cours des dernières guerres. A sa demande l’évêque de Tournai lui permit de lever de l’argent, à titre de rente : cet état de gêne dura pendant plusieurs années, puisque le pape Sixte IV dut encore lui permettre, en novembre 1472, de constituer des rentes, jusqu’à concurrence de 26 livres de gros d’intérêts.

Aucun des abbés de S. Bavon ne put se soustraire aux difficultés, suscitées par les autorités du grand baillage de Lille : en 1468 et 1469, l’abbé avait été forcé de porter plainte contre eux, pour empiétement sur ses droits seigneuriaux à Waterlos, et en 1471, il dut de nouveau avoir recours à la justice, pour leur faire lever les emprises et saisine qu’elles avaient fait pratiquer au même village. Celte persistance, malgré les arrêts de la justice, a vouloir s’emparer de biens auxquels ils n’avaient aucun droit, prouve que le pays était toujours en proie à l’anarchie et qu'aucune autorité judiciaire n’y était respectée. Quoique l’ordre et la paix y régnassent depuis le traité de Gavre, les biens enlevés aux corporations religieuses ne leur étaient pas encore restitués, et tous les jours même elles étaient exposées à de nouvelles spoliations. Les biens de l’abbaye à Ilouthem, Vlierzele, Baveghem, Ghysenzele et Munckzwalm, saisis pour aucunes causes, ne furent rendus qu’en 1458, et ce ne fut qu’en 1467 que le duc Charles fit lever définitivement la saisie pesant sur tous les biens de l’abbaye. Sur un nouvel appel, Sixte IV dut même fulminer en 1472 une bulle contre les détenteurs des biens et juridictions

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de l'abbaye; niais ces menaces d'excommunication n’étant que comminatoires, ne produisaient ordinairement aucun effet, puisqu’on les voit se renouveler à peu près sous tous les abbés.

Le duc autorisa en 1461, l’assiette d’une imposition de 40 livres de gros sur les habitants de Loochristi, pour réparer le clocher de l’église de ce village, qui menaçait ruine. La restauration de la chapelle de S. Bavon à Mendonck, au hameau Velde, coûta moins à ses habitants, puisqu’ils purent se procurer les fonds nécessaires par le produit des indulgences accordées aux fidèles, qui voulaient y contribuer par des aumônes. L’abbé consacra en 1469 cette chapelle et y fonda une chapellenie et deux messes hebdomadaires; le pape Paul II lui en accorda le patronage. L’abbé autorisa la prieure du ' couvent de Stc Agnès, à Gand, situé au-delà de la porte dite de Cuupen, à y bâtir une église et les bâtiments nécessaires pour sa corporation, et cela sous les conditions ordinaires de redevances (1462); il autorisa également en 1465 la fondation et la construction du couvent et de la chapelle à clocher des Chartreux au Meerhem.

En 1461 l’abbaye obtint une nouvelle voie de communication par eau avec ses seigneuries de Wondelghem et d’Everghem, par l’approfondissement du Riet-gracht, depuis Meulestede jusqu’à la j porte de l’Hôpital, ordonné par les échevins de Gand. Cette voie devait lui être très-utile pour le j transport de grains, provenant des grandes propriétés qu’elle possédait dans ces quartiers.

Ce fut l’abbé Jacques qui éleva dans l’église de Houthem, en l’honneur de S. Liévin, le lourd tombeau, que l’on y voit encore aujourd’hui (pl. 8). Sa forme est carrée; il est flanqué aux quatre coins de colonnettes, et ses côtés sont ornés de pilastres de forme carrée. Les panneaux des entre-colonnements sont probablement couverts d’arabesques, dans le style du temps; ils sont marqués aujourd’hui par des tableaux d’aucune importance, représentant les miracles des saints qu’on vénère en ces lieux. Nous avions demandé dans le temps la permission de pouvoir en ôter un, pour voir l’ornementation qu’ils couvraient; mais nous n’avons pu l’obtenir, quoique nous eussions offert de nantir une certaine somme d’argent, pour répondre des dégâts qu’on aurait pu causer par ce déplacement. Les vers inscrits sur les banderoles, qui entourent la pierre de recouvrement, où est placée l’image de S. Liévin, sont énigmatiques (a) : le seul renseignement qu’ils nous fournissent, est que ce tombeau en remplaça un autre qui fut renversé dans une guerre, à une époque désignée d’une manière incompréhensible :

« Quem mala guerra dédit eversum funditus unno » Milleno domini, sic ciphra ( jcl 3) peracla. »

Les armoiries de l’abbé Jacques Van Brucele (champ d’azur à trois cœurs d’or) sont sculptées sur la plinthe de ce tombeau.

Lors de la réception que les Gantois firent en 1459 au Dauphin de France, que le duc Philippe avait accueilli dans ses états (ce qui fit dire au roi son père : « Cousin Philippe, vous hébergez le loup qui dévorera vos brebis [b], » ) l’abbé de S. Bavon, à la tête de plusieurs prélats, lui adressa un discours ainsi qu’au duc, dont la copie est consignée dans le 12e volume manuscrit des Analectes des Archives de la Flandre orientale, page 3. C’est une paraphrase semblable à toutes celles débitées en pareille circonstance.

Le duc accorda à l’abbaye une marque de confiance signalée, en le nommant commissaire avec les seigneurs Josse de Halewin, bailli de Flandre, Pierre Bladelin, maître d’hôtel et trésorier du duc, pour

(а) Van Gestel, qui a publié ces vers, dit qu'ils étaient inscrits dans une crypte; c’est une erreur, car ils sont sculptés suides banderoles, entourant l’image de S. Liévin. V. aussi Acta SS. Belg. sel., t. III, p. 120.

(б) Bouck van Mémorial, an. 14-59, Archives de la Flandre orientale.

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lai

renouveler les échevins de la ville de Gand en 4464. L’année suivante, le 13 mai, en vertu du mandat qu’il en avait reçu du saint Siège, il mit à exécution la bulle de Pie II, du 5 juin 1464, qui autorisait le seigneur Louis de Gruuthuuse, prince de Steenhuuse, et son épouse Marguerite, à ériger un couvent, de l’ordre de Slc Glaire, avec église et cimetière, à Bruges ou ailleurs. D’après les termes de cette bulle, Boniface VIII (1294 à 1303) se serait opposé à la création de cet ordre (a). Il parait que l’usage s’était établi que les abbés devaient se rendre au moins tous les deux ans à Rome; l’abbé Jacques ne s’y était pas conformé. Le pape Paul II le lui rappella, en lui accordant un nouveau répit de deux ans pour s’y rendre.

Charles de Bourgogne permit à l’abbé d’ouvrir le poldre de Zwartegat, pour amender et réparer le havre de l’abbaye : cette autorisation avait été accordée sur l’avis des États de Flandre. N’ayant pas eu occasion de voir cette pièce, nous ne pouvons dire de quel havre il est question. S’agit-il de celui de Hulst, l’ancien Saxi-portus, le Saxliaven , ou de celui de Haven-Scliorre, connu aujourd’hui, à ce que l’on croit, sous le nom de Havenpolder ? Nous ne saurions en dire l ien de positif.

L’abbé fut forcé de faire un appel à la justice contre ses fermiers du Nyspolder, ou poldre de S. Denis, parce qu’ils prétendaient mettre en culture une plus grande étendue de terre que celle qu’ils avaient en location. Ce poldre, situé dans les Quatre Métiers et contenant 222 mesures, faisait partie de celui d’Ossenesse; depuis quelques années il a été abandonné aux eaux de l'Escaut.

En 1272, le pape intervint dans un arrangement qui avait été arrêté entre l’abbé et l’un des sousprieurs de l’abbaye, nommé Jean Waelput, concernant la dignité abbatiale et le régime intérieur de l’abbaye. Ce Jean Waelput était l’un des moines, qui suivirent l’abbé Guillaume à Paris. On peut inférer de cette pièce que tous les moines fugitifs étaient rentrés dans le devoir et avaient profité de l’absolution que le saint Siège leur avait accordée : c’est un pacte de paix et d’oubli, dont le texte doit offrir un grand intérêt, mais qu’il ne nous a pas été donné de voir; il se trouve aux archives de l’évêché.

En 1462, on publia dans toutes les églises du diocèse de Tournai une bulle, par laquelle il était accordé une indulgence de dix jours, aux personnes allant visiter la basilique de S. Pierre du Vatican, à Rome, ou les églises paroissiales d’autres localités. Le troisième jour de la fête de S. Pierre et de S. Paul, et le 13 juin de l’année suivante, l’abbaye donna à l'église de Ziericksee une partie du bras de S. Liévin, relique qui attira dans cette église un grand concours de fidèles.

Nous ne pouvons passer sous silence une donation faite à l’abbave en 1467, d’une partie de maison située à Sinus, non à cause de son importance, mais parce que le donateur, Antoine Bay, était un des quarante courtiers de cette place maritime; nombre prodigieux, qui nous permet de juger de l’extension des transactions commerciales, dont elle était le centre à cette époque.

Le 19 juin 1467, se termina la série des contestations, qui régnait depuis des siècles entre plusieurs abbayes de Bénédictins et les évêques diocésains aux sujet des visites. L’abbé de S. Bavon, qui était représenté en cette affaire par un maître Egide, et ceux d’Oudembourg et de S. André, près de Bruges, soutenaient que d’après les bulles des papes Grégoire, Honoré et Benoit XII, les chapitres provinciaux de leur ordre devaient être convoqués à certaines époques et présidés par des abbés désignés par le saint Siège; que ces chapitres seuls avaient le droit de déléguer des visiteurs pour inspecter leurs monastères; qu’il en résultait que leurs abbayes étaient exemptes de la visite de l’évêque diocésain, qui en effet depuis quarante ans ne les avait plus inspectées. Et en effet, ces chapitres ne s’étaient plus réunis depuis la même époque, à cause des guerres qui désolaient la France.

(«) Vol. 12 des Anulecles, aux Archives de la Flandre orientale.

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loi»

Ces abbés s’adressèrent en conséquence à l’évêque de Tournai, Guillaume Fillaslre, qui était en même temps abbé de S. Bertin («), pour le prier de demander au pape de vouloir consacrer ces principes. Quoique cet évêque fût blessé de leur manière d’agir, il déclara néanmoins qu’il admettrait leurs propositions, si elles étaient approuvées par le pape; ces abbés déclarèrent alors se soumettre à la décision qui interviendrait de la part du saint Siège.

Le chapitre avait adjoint à l’abbé Jacques, à titre de coadjuteur, son neveu Jean Yan Sycleers, dont la nomination avait été approuvée par le légat du pape, l’évêque Honorius. En 1470, l’abbé donna à connaître à sa communauté que les infirmités de son âge l’empêchaient de continuer à vaquer aux soins que réclamait l’administration spirituelle et temporelle de l’abbaye, dont les intérêts avaient si profondément souffert par les guerres et les inondations. Il arrêta le 2 avril de la même année, avec son coadjuteur Jean Van Sycleers, Pierre Utenhove, prieur, Jean Drooehmont, sous-prieur et plusieurs autres religieux, tous mandataires du chapitre, qu’il résignerait ses fonctions d’abbé entre les mains du pape aux conditions, que l’abbaye lui payerait une pension viagère de 1000 couronnes de France; que la maison abbatiale, dans l’intérieur de l’abbaye, ainsi que le manoir de Loochristi, resteraient à sa disposition, et qu’on attacherait à son service personnel deux moines, de son choix, à titre d’aumôniers, qui seraient dispensés, ainsi que lui, de l’observance de la règle. Par le même acte le chapitre nomma pour son successeur à la dignité abbatiale le coadjuteur Jean Van Sycleer, sous l’agréation toutefois du souverain pontife. En 1475 la convention relative à la pension qu’il s’était réservée fut renouvelée avec son successeur.

L’abbé Jacques ne profita pas de tous les avantages que son chapitre lui avait accordés, car il se retira à Louvain, sa ville natale, où il décéda en 1474, vers le mois de mai. Le prieur du couvent des Dominicains, en cette ville, prit l’engagement de faire célébrer hebdomadairement une messe pour le repos de son âme dans l’église de son couvent.

Jean IV. - 1470-1478.

Le chapitre l’élut comme abbé le 2 avril 1470; mais sa nomination ne fut approuvée que deux années plus tard par le pape, dans le courant de 1472; car il ne paya que le 23 janvier de cette année, ce qu’il devait à la chambre apostolique pour l’acte qui lui en fut expédié : « ratione profectionis suae ad dictum monasterium auctoritate apostolica fuctae, » dit la quittance que l’évêque de Frascati, Latinus, lui en délivra, et ce ne fut que le 1er mai suivant qu’il approuva l’accord conclu avec son prédécesseur, relatif à la pension viagère que le chapitre avait alloué à celui-ci.

Tous les domaines de l’abbaye ne lui suscitaient pas tant de tracasseries que celui de Waterlos : à peine un empiétement était-il redressé, qu’un autre le suivait. Le 15 octobre 1474, le duc fit annuler une nouvelle saisie, que le bailli de Lille se permit de faire pratiquer sur le meilleur meuble de la succession d’une femme qui y était décédée. Le lendemain, les commissaires du duc firent exécuter son ordonnance. Néanmoins cette décision ne mit pas l’abbaye à l’abri de nouvelles vexations, carie 3 juillet 1475, le Conseil de Malines était déjà saisi d’une nouvelle plainte contre le gouverneur du souverain baillage de Lille, parce qu’il avait envoyé à Waterlos un exempt et quatre sergents pour y opérer des arrestations, lesquels se permirent de maltraiter le bailli, qui s’était opposé à leur mission.

(a) Cet évêque résida à Gand jusqu’à la mort de Charles VIII, qui n’avait pas voulu le reconnaître. 11 mourut dans la même ville, le 21 août 1473.

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Cette nouvelle violation des droits de l’abbaye avait été occasionnée par une querelle, suivie de voies de fait, qui s’éleva à la ducasse de Waterlos entre des habitants de ce village et ceux de Hersiaux.

Si l’official du diocèse de Tournai maintint l’abbaye en possession du droit de recueillir la succession des bâtards non légitimés, décédant à Waterlos, les échevins de Vlierzele et de Baveghem la déclarèrent non fondée dans ses prétentions de prélever une certaine taxe sur le produit de la vente des terres à Baveghem, à titre de droit de mutation.

L’abbé Jean établit une association mutuelle de bonnes œuvres entre son abbaye et celle de S. Martin à Tournai, et obtint du légat du pape des indulgences plénières en sa faveur. Ce fut le 5 février 1-476 qu’on rendit à la circulation la porte de l’Hôpital à S. Bavon ( Spitael-poorte ), ainsi que celles de Courtrai et de S. Liévin, à Gand, fermées depuis la paix de Gavre.

L’abbé fut nommé, par l’archiduc Maximilien, commissaire pour le renouvellement de l’échevinage de la ville de Gand, qui devait se faire vers la fin de l’année 1-478.

L’abbé Jean Van Sycleers résigna ses fonctions en 1478, en faveur de Raphaël de Mercatel : il décéda le 31 mai 1488 et fut enseveli dans la grande nef de l’église abbatiale, vis-à-vis de l’autel de S. Jean.

Raphaël. — 1478-1508.

Il était fils naturel de Philippe, duc de Bourgogne, et porta le nom du mari de sa mère (a); ce nom s’écrivait de diverses manières, tantôt De Marchatelles, d’autres fois Marcandelles et Mercatel.

Après avoir obtenu le grade de docteur en théologie à l’université de Paris, il vint à Gand, où il prit l’habit de Bénédictin dans l’abbaye de S. Pierre. En 1463, il fut élevé au rang d’abbé d’Oudenbourg, fonctions qu’il résigna, après quinze années d’administration, pour passer dans l’abbaye de S. Bavon, dont la prélature lui fut déférée en 1478; le 18 mai il y fut son entrée solennelle. Il eut pour prieurs Pierre Utenhove, Adrien De Hase et Gilles Boele; pour sous-prieurs, Jean Waelput, Adrien Melun, Jean Clocmans et De Vos, et pour prévôt, George Van Sycleers.

En 1478 il fut désigné avec plusieurs autres personnages, par l’archiduc Maximilien, pour le renouvellement de l’échevinage de la ville de Gand, et dix années après, ce même prince, élevé au trône impérial, le nomma conseiller d’état, avec les honneurs, droits, prérogatives, libertés et franchises qui en dépendaient. Maximilien, qui lui emprunta eu 1479 une somme de 1200 livres, monnaie de Flandre, du poids de quarante gros, lui accorda une faveur précieuse dans un temps où une armée n’était qu’une bande de pillards : il fit défendre à ses troupes de se loger dans les propriétés de l’abbaye, de fourrager et de marauder sur ses terres.

Raphaël, pour attirer des habitants dans le domaine des Weerdt, et pour y étendre ainsi les défrichements, accorda aux étrangers qui viendraient s’y établir, les mêmes franchises et libertés que celles dont ils jouissaient ailleurs. L’abbé devait avoir un puissant motif pour agir ainsi, car dans toutes circonstances, quand un étranger obtenait un emploi de l’abbaye, il devait renoncer préalablement à tout droit de bourgeoisie, afin qu’il ne put se soustraire à la juridiction de l’abbaye.

Un des premiers soins de Raphaël après son avènement, fut de faire constater le poids des joyaux

(a) « Mariti matris suae cognomentum retinuit, » dit la chronique du monastère d’Oudenburg, publiée par M. l’abbé J -B. Maloit, p. 66. On lit ce qui suit de la famille Mercatel dans le Dictionnaire de la noblesse • Mercatel , ancienne noblesse, originaire d’Angleterre, qui s’établit il y a six cents ans à Mcrcaslel, où elle fit bâtir le vieux château et donna son nom à cet endroit, situé dans la paroisse de Villers-Vermont, au vidame de Gerberoy, baillage d’Amiens, en Picardie (Pas-de-Calais). Jean de Mercastel épousa, en 1449, N.... de Belleval, dame de Bon ville; il fut père de Jean, comte de Mercastel, deuxième du nom. 11 épousa, en 1474, demoiselle N d'Abancourt.

de la trésorerie de l’abbaye, confiée à la garde du sacristain. Cette opération se fit par l’orfèvre Liévin Dullart, en présence d’un des prieurs, du chantre Guillaume Van Embize, de deux sous-prieurs, de Pierre Heye, ancien sacristain, et de Mathieu De Suttere, doyen de l’abbaye. Il se fit aussi rendre compte des reliquaires déposés à la trésorerie; et dans la suite il donna quelques parties des reliques de S. Bavon au prévôt de la cathédrale de Tournai.

L’abbé Raphaël fit partie de l’ambassade nommée par Maximilien, à la demande des États, pour traiter de la paix avec Louis XI; paix qui fut conclue le 23 décembre 1482 (a).

Dès le milieu de l’année 1480, il avait commencé la construction d’un manoir à Bruges, sur un terrain que les frères Mineurs lui vendirent; ce n’était pas la seule maison de refuge que l’abbaye possédât, elle en avait aussi à Anvers et à Bruxelles.

L’église paroissiale de Sle Marguerite à Ardembourg, avait été dévastée à plusieurs reprises par des inondations, ses ressources pécuniaires en avaient beaucoup souffert. Un généreux habitant de Bruges, nommé Jean Deplaet, fit reconstruire à ses frais cette église et réendiguer plusieurs poldres dans ce métier. L’abbaye lui vint en aide, en lui assurant deux livres de gros de revenu sur les dîmes qu’elle y possédait; cette somme était assez considérable, si l’on a égard à la valeur de l’or à cette époque.

Le fief de Spiegelhove, surnommé Twalleken, situé à Gand au qu a iherjjc Poortacker, appartenant à Philippe Van Maldeghem, fut confisqué au profit de l’abbaye, parce que le relief n’en avait pas été fait depuis plusieurs années. L’abbaye crut qu’il était utile à ses intérêts de vendre en 1485 plusieurs maisons, sises au Marché du Vendredi, à Gand, et une autre à Audenarde, avec cette clause, assez justifiée par les temps de trouble où l’on vivait, qu’une partie du prix de vente ne serait due que pour autant qu’elle ne fût pas incendiée à la suite des événements de la guerre.

Au commencement de sa gestion Raphaël s’était mis en possession, de concert avec d’autres personnes, des biens de Guillaume Defailly, seigneur de Bermissars; mais par arrêt du grand Conseil de Malines, ce seigneur y fut réintégré (23 novembre 1479). Guillaume Defailly avait obtenu pour dommages-intérêts, une rente de 40 livres de gros de revenu; l’abbé contesta ce point et l’incident fut joint au principal. Nous n’avons rencontré aucune pièce constatant qu’il soit intervenu un arrêt définitif dans cette cause, qui était d’une importance majeure. L’abbaye eut à soutenir une foule d’autres procès, pour le maintien de ses prérogatives, qui souvent furent attaquées avec une persévérance calculée. La seigneurie de Waterlos était un joyau, convoité en tout temps par le gouverneur du grand baillage de Lille. Il ne tenait aucun compte des arrêts du Conseil de Flandre; il se laissait condamner par défaut et continuait ses empiétements. L’abbé fut même contraint d’interjeter appel, comme d’abus, contre certaines insinuations de ce Conseil, pour l’obliger à permettre qu’il plaidât contre le comte au sujet de la haute justice à Waterlos. L’archiduc Maximilien défendit alors au gouverneur d’y exercer aucun acte de justice, jusqu’à ce que l’affaire fut vidée en son grand conseil; elle y fut appelée le 30 avril 1487, mais nous ne connaissons pas l’arrêt qui intervint; toutefois il ne put être défavorable à l’abbaye, car nous voyons qu’en 1496 le lieutenant du bailli de Lille révoqua de son propre mouvement, un exploit de saisie faite sur des biens de l’abbaye, situés à Gasquière, dépendance de Waterlos, parce que les tenanciers n’avaient pas entretenu les routes. Et que d’autres procès ! Elle eut à plaider, pour le maintien de son droit de meilleur meuble à S. Sauveur et à Moerseke, pour la possession de la

(a) M. Kervyn de Lettenhove n'en fait pas mention (t. V, p. 531). Mais nous avons découvert aux Archives de la Flandre orienlale des lettres de sauve-garde, délivrées le 9 mai 1482 par Louis XI à cet abbé, ainsi qu'au seigneur de Paumes, Daniel Oultreman et Eustache, écbevins de la ville de Gand, à deux éehevins de Bruges et à un échcvin d’Ypres, tous députés vers lui pour traiter de la paix.

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bruyère de Demie et de Lathem, pour la chasse aux perdrix ( parstrijserie ) et au furet dans ce village, pour des dîmes que l’abbaye d’Alïlighem lui contestait, procès qui eut assez de retentissement pour attirer l’attention de Maximilien, qui ordonna au Conseil de Flandre d’y mettre fin : injonction qui resta sans résultat. Le bailli du Vieux-Bourg porta aussi atteinte à ses droits, que les échevins d’Aerzeele ne respectèrent pas plus dans la seigneurie qu’elle y possédait. Elle-même soutint devant le Conseil de Flandre que dans toutes ses seigneuries elle avait droit au meilleur meuble; probablement parce qu’elle soutenait que le droit d'aubaine, celui d 'épaves, de meilleur catel ou morte main étaient des droits dérivant du droit de propriété, et s’exerçant par conséquent, comme tous les droits successifs, sur tous les biens, quelle qu’en fût d’ailleurs la situation. A l’occasion de la vente de terres, situées à Poucques et exploitées par le fermier d’une métairie nommée ten Bronche, à Caneghem, il s’éleva un procès où maints arrêts intervinrent.

Les échevins de Gand décidèrent en 1486 que les intéressés dans le pré banal nommé Groenehoye, pouvaient le louer, quoiqu’il n’eût été d’usage jusqu’alors que d’y laisser paître vingt-huit vaches et un veau. Le Conseil de Brabant décida en 1493 une question dont les intérêts de l’abbaye eurent à souffrir dans la suite; d’après cet arrêt elle n’avait aucune action contre les receveurs de ses rentes seigneuriales; s’ils restaient eu retard de les payer, elle ne pouvait agir que sur les biens hypothéqués ou sur les deniers donnés en nantissement. Deux arrêts du Conseil de Flandre ordonnèrent aux échevins et hommes de fief de Munckzwalm d’envoyer annuellement à Gand deux d’entre eux, pour aller s’y informer du prix des grains, afin de servir de base à la fixation des contributions foncières; mesure trèssage, qui mettait l’impôt en relation avec le produit.

De nouvelles contestations avec la ville de Gand s’y joignirent encore. A leur point de vue, les échevins de cette ville avaient raison d’entraver autant qu’il était en leur pouvoir le négoce de vins de concurrents, qui jouissaient de trop d’avantages pour que les marchands de leur cité pussent concourir avec eux. Enfin en 1482, l’abbé conclut un nouvel engagement, par lequel il s’obligea à payer une somme de 150 livres de gros, pour pouvoir continuer son négoce pendant huit ans : on ne porta pas cette somme en décharge des droits d’accises, mais elle fut employée pour la construction de l'hôtel de la Heure (hôtel-de-ville), qui venait d’être décrétée. En dépit de tous ces procès, l’abbé avait encore ouvert une enquête, pour constater que les comtes de Flandre n’avaient pas le droit de prébende dans l’abbaye et que personne n’y avait été admis à ce titre. Il y eut aussi une contestation au sujet du droit que l’abbaye percevait à Langerbrugge sur le poisson de mer, et dont la perception avait été suspendue par les échevins de Gand à la demande des marchands poissonniers.

C’est vers ce temps que fut creusé le canal passant par Ursele, Everghem, Saffelare, Desteldonk, Mendonk, Sprendonk, Lokeren, Dacknam, Exaerde , Sinay, Ivemseke, Moerbeke, Wachtebeke et S. Paul au pays de Waes. Les échevins de Gand ordonnèrent la construction de ce canal, nommé Lysdonc, le 18 mars 1482.

En 1487, le 15 septembre, un terrible incendie réduisit plus de cent maisons en cendres à S. Bavon; d’autres incendies y avaient déjà causé des ravages en 1365 et 1366.

Parmi les redevances de toute nature, qui faisaient partie du patrimoine de S. Bavon, elle comptait le droit sur le gruau, grueteghelt, qu’elle- percevait dans la seigneurie de Nevele, droit qui consistait en 6 deniers par. par brassin de bierre et en 1 denier par tonneau débité dans les tavernes. Ce document contrarie l’opinion de M. Raepsaet sur cette redevance, qu’il considère comme un droit privé de chaque propriétaire dans sa villa, inhérente à la propriété allodiale et au droit bannal de brasser, et non comme un droit souverain. Il est certain que le droit de gruute est pris ici dans cette dernière acception.

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Le directeur et les sœurs de l’hospice de S. Jean, dit ten Dulle, à Gand, s’obligèrent en 1488 à payer, pendant douze années, à l’abbaye, la somme de 2 sols de gros, à titre de rachat du droit d’aunage, réclamé par l’abbaye, sur les toiles vendues le 9 mai, dit le Marché de S. Bavon. L’abbaye percevait aussi une taxe de 12 deniers par cheval exposé en vente, le 12 mai, au marché qui se tenait à S. Bavon près de la porte nommée Tusschen Païen.

Le droit de faire grâce était du domaine des prévôts de l’abbaye; George Van Sycleers accorda rémission de leur peine à Jean Sagherman et à Liévin Kimpe, accusés de meurtre, moyennant une amende. Sagherman avait rendu de grands services au comte, au siège d’Emmerich, en Gueldre.

Nous avons déjà vu que l’abbaye avait dans la personne d’autres prélats des défenseurs officieux, qui avaient pour mission de sauvegarder ses droits et de la maintenir en possession de ses biens et de contraindre ses fermiers à payer ce qu’ils lui devaient. Les premières traces de ce mandat se rencontrent dans une bulle du pape Alexandre III, du 10 février 1159; à Gand, c’était le prévôt de Slc Pharaïlde auquel on avait confié ce soin; l’abbé d’Eeckhoute avait la même mission à Bruges, et dans le Brabant, l’abbé de Ste Gertrude, à Louvain. Jusqu'ici nous n’avions rencontré aucune disposition qui autorisât ces défenseurs à rendre des jugements; mais un arrêt du Conseil de Flandre, du 4 avril 14§0, leur en donna le droit. Sur la plainte d’un débiteur de l’abbaye, sommé de comparaître devant un de ces conservateurs, cette cour le renvoya devant lui, pour qu’il lui fît droit : ce fut en vertu de cet arrêt que Philippe, abbé d’Eeckhoute, condamna un fermier à Maldeghem, à payer à S. Bavon les dîmes de quelques parties de terre (1er février 1496).

Le dimanche de Quasimodo 1487, il arriva un grand malheur à S. Bavon; le pont tournant jeté sur le bas Escaut, se rompit et beaucoup de personnes trouvèrent la mort dans cette rivière.

Quoique le roi de France et le duc de Bourgogne se fussent récriés contre l’élection de Jean Monissart au siège épiscopal de Tournai sans leur intervention, ils finirent par l’approuver, sur la promesse du saint Siège de ne plus faire d’autres nominations. Mais le pape Innocent VIII, au mépris de la promesse de Sixte IV, nomma en 1484 à cet évêché Anloniotlus Palavicini, cardinal et évêque de Pampelune, qui présenta l’exemple le plus scandaleux de l’abus du cumul. 11 fut tour à tour évêque de dix sièges, moins par intérêt pour les diocésains que pour les avantages que ces évêchés offraient.

Cette nomination provoqua de violentes réclamations de la part de ces deux princes : Palavicini ne fut pas reconnu. Le roi de France nomma Louis Pot évêque de Tournai et des pays gallicans, et le duc éleva au même rang Pierre Kuick, pour ses états et la Flandre. Louis Pot fut sacré par l’archevêque de Paris, mais il ne reçut pas l’institution canonique du pape. Pierre Kuick, natif de Gand, fut consacré à Bruges par l’archevêque de Cambrai; ce fut lui qui tint Charles V sur les fonds baptismaux. Il n’y avait que troubles et dissensions depuis que le diocèse était divisé en trois partis. Un quatrième ne tarda pas à s’y former, celui des Gantois, qui allèrent brûler le château de l’évêque Pot, à Ilelchin. Us élurent alors l’abbé Raphaël de Mercatel, sous le titre d'évêque in partihus de Rosence : il fut sacré en 1478. Il conféra trois fois les ordres sacrés : à Gand, dans l’église de S. Jean et dans l’église de son monastère (a). Nous trouvons dans les archives de S. Bavon un acte des archiducs Maximilien et Philippe d’Autriche, par lequel ils mettent le séquestre sur l’évêché de Tournai, vacant par la mort du cardinal Palavacini et confirment l’abbé Raphaël dans les fonctions d’évêque in partihus de Rosence, et nomment Pierre de Ligne, prévôt de la collégiale de Renaix, gardien du séquestre. Ce fut à la suite de cette mesure que les receveurs du temporel et du spirituel de ce

(a) Sasderus, lier. Gan t., 1. VI, p. 3C8.

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