‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Bavon et de la crypte de Saint-Jean à GandChapitre 5 sur 31 · CRYPTE OU MARTYRIUM DE S. GÉRARD · texte numérisé non relu

CRYPTE OU MARTYRIUM DE S. GÉRARD

L’étendue des bâtiments, construits par le comte Arnould et son fils, avait été proportionnée au petit nombre de religieux, qui composait alors la communauté de S. Bavon. Mais dès que leur nombre s’accrut, ces édifices durent être agrandis. Dès 946, S. Gérard, de commun accord avec ses moines, prit la résolution d’en augmenter les proportions. Ces travaux durèrent longtemps : en 958 ils n’étaient pas achevés , Lothaire les considérait comme à peine commencés; « inchoare fecerat, » dit-il dans la charte dont il a déjà été plusieurs fois question. Mais l’abbaye et ses dépendances étaient entièrement terminées quelques années plus tard. C’est encore le même roi qui nous l’apprend, dans une charte du 5 mai 967, « a predicto venerabili (. Arnulpho ) moderno tempore restauratum et in melius exallatum. » De manière que l’abbaye et son oratoire ne furent entièrement relevées de leurs ruines, que plus d’un siècle après que les Normands y mirent le feu.

En entrant dans l’enceinte des ruines de l’abbaye, l’on voit à gauche (a) une arcade en plein cintre, formée de claveaux, partant d’un tailloir, qui est soutenu de chaque côté de la paroi intérieure des murs par de colonnettes géminées, à fût canelé en spirales zigzagées. Les chapiteaux quadrilatères près du tailloir, mais arrondis vers le fût, ne sont formés que d’entrelacs ou d’enroulements faiblement accusés, se réunissant en faisceau pour former des volutes sous les angles des tailloirs. Les bases, espèces d’oves ou de quarts de rond renversé, sont accouplées et présentent à leurs angles une feuille qui se glisse de dessous la nervure (b). Des marches en pierre ont été ménagées sous cette arcade et portent les traces de longs services : d’après leur disposition, elles conduisaient à un étage. Les chapiteaux variées de forme, les bases géminées et même quintuplées, les fûts à spirales, découverts dans les fouilles (c), prouvent qu’un édifice, coordonné dans le style de cette porte, y existait autrefois.

De l’autre côté du mur d’enceinte (d), dans un jardinet, on voit neuf arcades à plein cintre et à pied-droit, dont quelques angles sont encore cantonnés d’une colonnette octogone. Les arcades E, F sont surhaussées, c’est-à-dire qu’elles se prolongent verticalement au-delà de leur diamètre; elles ne sont pas bornes, mais ont servi pour baies de porte ou de fenêtre. A la lettre O, se trouve une salle voûtée en berceau, dont le pavement est à quelques centimètres sous le sol du jardin. On avait accès à cette salle par deux portes à plein cintre, litt. P, Q, avec pied-droit et tailloirs, dont l’une dounait dans le cloître et l’autre menait aux cours intérieures, ou à d’autres bâtiments qui ont disparu. Nous avions

d’abord pensé que ces arcades s’appuyaient sur un stylobate, enfoui sous terre, et formaient l’un des

côtés d’une galerie, à l’instar des cloîtres de Notre Dame à Tongres; cependant, comme le niveau inégal

(a) V. pl. 1, litt. O.

(b) V. pl. 3, litt. A.

(e) V. pl. 5, litt. D, E, F, G, H, 1, K, L, M, N, O, P, Q.

{J) V. pl. 2, litt. A, B, C, E, F, G, II.

ABBAYE DE S. BAVON

du tailloir des colonnettes jetait du doute sur leur destination, nous fîmes faire une tranchée le long du mur; ce travail nous mit sur la trace d’une construction dont nous ne soupçonnions pas l’existence.

Aucun indice ne nous a révélé l’usage des arcades A, B, C et D; mais les excavations ont clairement établi la destination de celles aux lettres E et F (pl. 2); elles servaient à éclairer une crypte. Quoiqu’on n’aît pu pousser les travaux aussi loin que nous l’eussions désiré, à cause d’un mur d’enceinte, traversant les tranchées et qui menaçait ruine, il nous fut facile de nous rendre compte de la partie que l’on ne put dégager des terres; nous l’avons marqué au plan par un pointillage. Cette crypte (litt. MM) se trouve à 75 centimètres seulement sous le sol actuel; tout indice de pavement avait disparu : au bas du mur E et F on découvrit les bases de huit colonnes; ce système doit se répéter du côté opposé. Le bâtiment, qui présentait une aire de 13 mètres sur 16, formait un parallélogramme irrégulier, plus large d’un côté que de l’autre. Deux groupes de colonnes, placées au centre, à environ 3 mètres de distance, la divisaient en deux nefs : ces groupes étaient formés de huit colonnes, adossées à un pied-droit; cette disposition se trouvait indiquée sur les pierres qui leur servaient de base. Les mêmes traces de colonnes géminées se remarquaient au pied des murs latéraux.

Ces colonnes ne portaient que des portiques en arcades, servant d’appui à un simple comble en bois. On montait à l’étage au-dessus de ce bâtiment, par l’escalier ménagé sous l’arcade à la lettre O de la planche 1, et on y arrivait par la porte H de la planche n° 2. On entrait dans la crypte de plein-pied du côté du cloître par le point G, par un corridor dont les murs existent encore sous terre : la porte d’entrée se trouvait à la lettre I, la baie y est ménagée. Aux lettres M et N on voit des tronçons de mur, à parement droit, dont les fondations existent encore à deux pieds sous terre. Dans l’encognure intérieure des murs au-dessus des bases des colonnes, on n’aperçoit aucune saillie en maçonnerie, ni aucun arrachement, qui pourraient faire croire à la préexistence d’une voûte, tandis qu’aux lettres A, B, C et D il existe des marques évidentes d’une construction de cette nature. Mais nous avons remarqué, 1° au-dessous du tailloir du pied-droit de la lettre E, à droite, une assise inclinée de briques, qui formait la naissance d’une arcade dans la direction des groupes des colonnes centrales, et 2° des marques d’une entaille dans le mur au-dessus des arcades E, F, à la lettre P’, pour servir de point d’appui aux solives d’un comble en bois. D’où l’on peut conclure que ce bâtiment n’était pas voûté, et que ses portiques en arcades portaient un simple plafond lambrissé. Cette circonstance doit avoir une influence décisive pour fixer l’époque de la construction de cet édicule qui était, à ce que nous croyons, la confession primitive ou le martyrium de l’abbaye, le lieu de dépôt des reliques. A cet égard, il est nécessaire d’entrer dans quelques explications.

Il a paru depuis quelque temps dans la Revue archéologique, publiée à Paris («), plusieurs articles sur l’architecture ogivale et romane, écrits par Mr J. Quicherat avec une lucidité remarquable; ils jettent beaucoup de jour sur l’avénement de cette dernière architecture. L’auteur a pris pour point de départ, dans l’article qu’il a publié le 15 mai dernier, un passage de l’historien Raoul Glaber, dont nous n’avions pas compris toute la portée (b). Avant la remarque de cet écrivain, on n’avait vu dans l’amé-

(а) Année 1830, p. 67; an. 1831-32, p. 143, et an. 1833, p. 63.

(б) Nous transcrivons ici ce passage : « Igitur infra supradictum millesimum tertio jam fere imminente anno, contigit in universo pene tcrrarum orbe, praecipue tamen in Italia et in Gallis, innovari ecclesiarum basilicas, lieet pleraeque decenter locatae, minime indignissent. Aemulabatur tamen quaeque gens christicolarum adversus alteram decentiore frui. Erat enim instar ac si mundus ipse excutiendo semet, rejecta vetustate, passim candidam ecclesiarum vestem induerat Tune denique episcopalium sedium ecclesias pene universas, ac caetera quaeque diversorum sanctorum monasteria seu minora villarum oratoria, m mcliora quique permutavere fidèles. » Hist., 1. 3, c. 4, de innovalione ecclesiarum in loto orbe, dans YHist. Francorum Scriptores, t. IV, p. 23.

ABBAYE I)E S. BAVON

lioration opérée dans la construction des édifices religieux, que la manifestation d’un sentiment de gratitude envers l’Être suprême, qui n’avait pas entraîné le monde dans un cataclysme universel, comme on l’avait fait craindre généralement. Mais le texte de Glaber va plus loin, il donne à entendre que les générations de l’an 1000 firent mieux que les générations précédentes, in meliora quique permutavere fideles : Glaber constate donc un progrès. En quoi consiste ce progrès? C’est là la question. M. Quicherat pense que Raoul Glaber ne peut avoir fait allusion qu’à un mode nouveau introduit dans l’art de la construction : innovation qu’on ne peut trouver, selon lui, qu’en comparant les édifices religieux antérieurs à l’an 1000, avec ceux qui les ont suivis.

Lorsque les plus anciens historiens et les hagiographes de l’époque mérovingienne parlent des églises de leur temps, ils nous donnent l’idée de basiliques élevées en pierre et couvertes en bois. A l’époque carlovingienne, les arts aussi bien que le gouvernement furent réformés par le génie de Charlemagne; M. Quieherat ne connaît que quatre échantillons certains, portant une date, du savoir-faire des premiers architectes carlovingiens : 1° les ruines de l’église de Lorsch, dans le duché de Hesse-Darmstadt (an. 776); 2° celle de S. Martin d’Angers (818); 5° la vue de S. Riquier (779), dessinée au Xe siècle; 4° le plan de S. Gall (850). L’intérieur de ces quatre églises est couvert d’un comble en bois ( a ) : il en conclut qu’à l’Est et au Nord, la pratique est la même sous Charlemagne et Louis-le-Débonnaire, et que les architectes continuent à se conformer aux règles tracées par leurs devanciers. Si quatre exemples sont insuffisants pour s’autoriser à déclarer que toutes les églises de l’époque carlovingienne n’ont eu que des plafonds en bois, il dit que l’histoire fournit d’autres preuves pour arriver à une semblable conclusion : c’est l’universel feu de joie que les Normands firent des temples élevés à si grands frais par les rois francs. Si les Normands avaient eu à faire à des édifices voûtés, ils auraient eu beau y mettre le feu, la construction n’aurait éprouvé que des dégâts partiels; tandis qu’en s’attaquant à des vaisseaux plafonnés, ils leur suffisait de mettre le feu aux menuiseries pour ruiner tout le bâtiment. Cependant, ajoute-t-il, malgré ces désastres, les constructeurs ne voûtaient pas encore les basiliques sous les derniers carlovingiens, et il cite plusieurs exemples d’églises de premier ordre, toujours couvertes de la même façon, à Sens, à Auxerre, à Lobbes, à Beauvais. Ainsi, conclue-t-il, puisque le même procédé était mis en pratique au Nord et au Midi, il devait être le même dans toute l’étendue de la France.

Mais en l’an 1000, une transformation complète se manifeste partout; tous les édifices sont voûtés ou préparés pour l’être. Partout des murs épais garnis de contreforts, partout des supports massifs, empruntant un surcroit de force à leur rapprochement. On voûte alors les vaisseaux qu’on s’était contenté de lambrisser auparavant : il en trouve des exemples en Aquitaine, en Bourgogne, en France, sur les bords du Rhin. Nous y ajouterons que c’est peut-être là qu’il faut chercher la différence qui existait entre le gothicus mos et le mos romanus de bâtir; que la méthode romaine consistait à couvrir les monuments en pierres, tandis que les Goihs se contentaient d’y placer un simple lambris, usage dont on rencontre un autre exemple dans la basilique de S. Pierre et de S. Paul à Tours, reconstruite par l’évêque Perpétue et consacrée en 460; ce prélat replaça dans sa nouvelle église la voûte en bois de la première basilique de S. Martin.

Eclairé par ces observations, nous disons avec M. Quieherat que le texte de Raoul Glaber devient

(a) Voici ce qu’on lit dans la Chronicon Laurishamense ( apud Struvium Scrip. rer. Germ., t. I, p. 87), de l’abbaye de Lorsch, située non loin de Heidelberg : « An. igitur Dom. incar. 777 ab exordio seu fundatione prima ipsius monasterii anno 15 regno vero Caroli Magni... per indefessam Gundelandi abbatis diligentiam et Cancrouis comitis impensas maximas, monasterium novum consummatum atque ad linem usque perductum fuit; cuius slructurae more antiquorum satis pulcra, atque ampla fuit, lignio tabulatu superius cooperla, etc. »

ABBAYE DE S. BAVON

précis; que la phrase « tune denique episcopalium sedium ecclesias poene universas... in meliora permutavere fidèles, » signifie que les églises, les oratoires furent améliorés par la construction de voûtes, que l’on substitua aux lambris; que les églises encore en bon état, que l’on sacrifia de toutes parts après l’an 1000, étaient couvertes en bois, et que celles qu’on leur substitua furent au contraire des édifices voûtés et par conséquent améliorés. Or, nous avons constaté que la crypte que nous avons découverte, n’avait pour plafond qu’un simple lambris, qu’aucune trace de voûte ne s’y remarquait : fait d’où on doit tirer la conséquence que la construction de cette crypte est antérieure à l’an 1000. Comme à cette époque nous ne rencontrons d’autre mention de constructions que celles élevées par S. Gérard et le comte Arnould , c’est donc à ces personnages qu’il faut attribuer la fondation de cette crypte ou martyrium. Si l’on objectait que l’ornementation des colonnes (pl. 3 et 5) est semblable à celle du siècle suivant cela ne contrarierait en rien la conclusion que nous avons tirée du fait principal. Dès que l’an 1000 prit son cours ordinaire, que la crainte chimérique, déjà accréditée au VIIe siècle, de la fin du monde se fut évanouie, les arts subirent une réforme complète; c’était une espèce de renaissance dans les arts. Un nouvel élément s’y introduisit. Le mélange de l’ancien style latin avec le néo-grec ou byzantin, comme on l’a nommé. La sculpture vint se mêler à l’ornementation, en s’appropriant avec des modifications les motifs de l’art antique et en utilisant les produits du règne végétal et animal. Mais cette transformation aussi subite que radicale, n’a pu prendi’e précisément naissance à l’an 1000. Comme en toutes choses, ce nouveau genre aura commencé par quelques essais, là où la peur n’avait pas engourdi les bras. Peut-on le supposer autrement, quand dès le début du XIe siècle l’on voit s’élever des basiliques et des abbayes, ruisselantes d’ornementations du nouveau style, plus ou moins riche, suivant le génie des hommes du Midi ou de race septentrionale. On est donc forcé de dire que quelques années d’études et de tâtonnements ont précédé ce revirement général. C’est ce que M. de Caumont (a) reconnaît aussi, quand il dit : « Bien antérieurement au XIe siècle lè style byzantin avait paru sur quelques points de l’Europe occidentale... Dans les arts, comme dans le monde moral, il y a des révolutions qui ont besoin d’être préparées, qui ont leurs époques et qui ne peuvent éclater que lorsque les esprits sont mûrs pour les changements qu’elles apportent dans le goût et dans les idées. Ce ne fut donc qu’à partir du XIe siècle que l’association du style byzantin avec l’architecture romane ou latine devint générale.... » Probablement, dit-il ailleurs, on avait commencé plus anciennement à grouper; mais c’est au XIe siècle surtout que cette combinaison est devenue ordinaire.

On peut donc tenir pour certain que dès le Xe siècle on avait adopté les éléments d’un art, non pas nouveau, mais modifié et qu’ainsi on peut, sans commettre d’anachronisme, rapporter cette crypte, ainsi que l’arcade à l’entrée des ruines de l’abbaye et tous les débris d’architecture qui s’y voient, à la seconde moitié du Xe siècle, avec d’autant plus de fondement, que ce siècle, si stérile partout ailleurs, le fut moins en Belgique pour l’art monumental [b).

Pour compléter cette démonstration, nous dirons quelques mots du caractère distinctif de l’ornementation de cette époque. Consultons les ouvrages de MM. de Caumont et Batissier (c) : la forme générale, disent-ils, des chapiteaux était quadrilatère sous le tailloir et arrondie sur le fût, d’où résultait l’emploi presque général d’un enroulement en volute sous les angles des tailloirs; les ornements des corbeilles des. chapiteaux étaient formés d’entailles, de hachures parallèles, de feuilles plates, découpées, linéai-

( а ) Cours d’ant. monum., t. IV, p. 118 et 137.

(б) V. Sciuyes, Hist. de l’archit. en Belgique, t. III, p. 29.

(c) Cours d’antiq. monum., t. IV, p. 111, et Hist. de l’art monumental, p. 468, 477 et 478.

ABBAYE DE S. BAVOiV.

res, souvent ornées de tètes humaines ou d’animaux fantastiques; les bases présentent dans beaneoup de cas une imitation grossière de la base antique; les fûts de petites dimensions, sont aussi variés que les chapiteaux et les bases, qui se couvrent de ciselures, de dessins géométriques, de perles, etc.; enfin les fûts sont chevronnés tantôt verticalement, tantôt horizontalement ou en spirales. Que l’on veuille bien comparer ces données avec les fragments d’architectures dessinés sur les planches 3 et 4, et il sera facile de s’assurer de la connexité qui existe entre ces fragments et les rudiments que nous venons de rappeler. Les feuilles qui ornent la base des colonnes ne contredisent pas ce point : on est loin d’avoir démontré jusqu’à ce jour que l’emploi des feuilles, qui empâtent le tore inférieur, ne remonte pas au-delà du XL siècle. Mr L. Yitet, dans sa Monographie de Notre Dame de Noyon, dit au contraire : « Cet ornement, à peine en usage dans les premières époques du style à plein-cintre, devint d’un emploi presque universel au XIe siècle. » Or les premiers siècles du style à plein-cintre vont bien au-delà du Xe siècle : et il est très-vraisemblable que ce genre d'ornementation trouve son origine dans les appendices des hases en ove , que l’on remarque dans l’église de S. Corbinien (pl. 4, lit. A, B), dans celle de Spire et dans la crypte de Strasbourg, et dont on fait remonter l’usage au moins au VIIIe siècle. Parmi les débris antiques à Aix-la-Chapelle, on voit des socles de bases, remontant à Charlemagne, dont les angles supérieurs sont déprimés, pour mettre à nu des tores richement ornés. Mais cette dépression étant peu agréable à la vue, on dut lui substituer alors des ornements en saillie. Ces oves représentent une des formes les plus élémentaires de ce nouveau système, qui donna naissance dans la suite à ces feuilles qui descendent des tores (a).

L’existence de cet ornement sur les bases de ces colonnes ne peut donc infirmer en rien la réalité de date que nous croyons pouvoir assigner à cet édicule.

Nous ne pouvons rien préciser à l’égard de l’invocation sous laquelle cette chapelle était consacrée. Avant qu’elle fut découverte, la crypte, indiquée à la planche ire, litt. F, était regardée comme dédiée à la Vierge; aujourd’hui cela est moins certain. Les chroniques de S. Bavon parlent déjà d’une crypte consacrée à la Vierge dès 939, à l’occasion de l’inhumation d’un abbé irlandais, nommé Colomban (20) : or, comme elles ne font mention d’aucun autre oratoire que de celui bâti par le comte Arnould, on pouvait en inférer que la crypte consacrée en 1148 par l’abbé Everdée, qui conserve des traces manifestes d’un travail antérieur, avait succédé à celle d’Arnould. Aujourd’hui que l’existence de deux oratoire ne peut être mise en doute, nous ne pouvons dire avec la même certitude laquelle, était dédiée à la Vierge. Nous savons bien qu’une chronique de S. Bavon du XVe siècle, parle d’une crypte de la Vierge, ainsi que Thielrode, à l’occasion des reliques de S. Landoald, qui s'y trouvaient de son temps; mais ces mentions ne lèvent pas la difficulté. Quand S. Gérard déposa les reliques de S. Bavon, en 940 ou 942, dans un martyrium ou crypte, les chroniques ne la désignent pas par son nom; elles se contentent de dire qu’elles furent placées dans un oratoire nouvellement construit, qui ne pouvait être autre que la crypte que nous avons découverte. Cependant ce qui nous fait croire que l’on désignait par crypte de la Vierge, celle dont les ruines existent encore , ce sont les tombeaux que l’on y a découverts et qui appartiennent, à ne pas en douter, à d’anciens abbés, qui tous, suivant Thielrode, furent enterrés dans une crypte de ce nom.

La planche 5 représente la restauration du Martyrium, où les reliques de S. Bavon furent placées à leur retour de Laon, tel qu’il peut avoir été dans ce temps : les fûts des colonnes, les chapiteaux et les bases sont la reproduction de ceux qu’on a trouvés dans les fouilles, ou qui sont encore en place.

(a) V. Antiquités delà cathédrale de Frisingue, dans les Mélanges d'archéologie , d’histoire et de littérature , etc., par Charles Calsier et Arthur Martin. Paris, vol. 111, p, 63 et suiv.

ABBAYE DE S. BAVON

Page 1