‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Bavon et de la crypte de Saint-Jean à GandChapitre 6 sur 31 · ÉGLISE DE IIOUTHEM S.-LIÉVIN · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE IIOUTHEM S.-LIÉVIN

Ce village se trouve situé dans le pays d’Alost, à trois lieues de Gand; nous avons déjà fait connaître la description qu’en fit S. Liévin au VIIe siècle. L’abbaye en acquit la propriété de Folgbert, chevalier, et de son épouse Reginsuint, en échange d’un bien-fonds que l’abbaye possédait à Northrewic et à Idingehem, dans la Taxandrie : l’acte porte la date du 19 janvier 976; il fut délivré par l’empereur Otton II. Voici en quels termes cet échange se fit : « Danlibus eis pro hoc mutua vicissiiudine nui juris et hereditatis villatn Holtiiem in pago bragbatinse sitam, cem ecclesia et appendiciis. »

La relation du transport des reliques de S. Liévin à S. Bavon, écrite vers l’an 1007 («), par un religieux de cette abbaye, constate que son corps fut levé de terre par Tierry, évêque de Cambrai de 851 à 865. Cette cérémonie eut lieu le 29 juin 842, date dont l’exactitude a été admise par les Bollandistes [b). Tierry plaça ses reliques et celles de S. Brice dans un endroit plus convenable,» trunsferens in loco celebri collocavit qu'am decenler (c). » Quoique cet hagiographe ne parle pas d’une chapelle ou d’un oratoire, l’existence d’un mausolée ou d’un reliquaire le fait nécessairement supposer; cela est confirmé au reste et mis hors de doute par la charte de l’empereur Qtton II, citée plus haut. Or, depuis cette époque jusqu’à l’année 1769, quand on abattit la partie antérieure de l’église de Houthem, on ne rencontre la mention, ni dans les annales ni dans les chartes de l’abbaye, de la construction ou de la reconstruction d’une église ou d’une chapelle dans ce village.

La planche 7 représente la partie extérieure de l’abside, qui a échappé au remaniement de 1769, et la vue intérieure de la chapelle latérale, et la pl. 6 le plan d’une partie de l’ancien édifice. Nous croyons que cet édicule est un précieux spécimen de l’art carlovingien dans nos contrées, de cet art qui ne survécut pas à son introducteur et qui, après avoir jeté une vive lueur, disparut comme un météore. Ges planches, quelque parlantes qu’elles soient, demandent des explications.

Deux tourelles flanquaient autrefois l’abside : le besoin de matériaux fit abattre celle de gauche, où, selon la tradition, on avait établi autrefois un four banal. Toute l’œuvre est construite en grand appareil, en pierres provenant des carrières des environs. Cinq fenêtres à plein cintre, de forme oblongue, en découpent le chevet, dont le mur est bâti en retraite; leurs cintres sont formés de claveaux assez mal disposés, reposant sur des jambages sans ornements. Les trumeaux entre les fenêtres sont confortés par des appuis engagés d’une épaisseur de 20 centimètres : aucun modillon n’est placé à l’extrémité des chevrons du toit. A sa base la tourelle est carrée et les murs en sont renforcés aux coins, la toiture est à six pans en pierre, placés en encorbellement; quelques lucarnes carrées sont percées dans les murs d’élévation.

Le petit édicule, qui passe aujourd’hui pour l’ancienne sacristie, est placé partiellement sous la tour, sa forme est elliptique; son extrémité est soutenue par un solide contrefort à quatre retraites, qui n’est pas de la construction primitive. Le mur est empâté d’un côté et renforcé au centre par un simple contrefort engagé, ou plutôt une bande étroite à faible saillie. Il est bâti, ainsi que l’église, sur un soubassement, en projecture.

(а) Voir Acta SS. Bclg. sel., t. III, p. 100, n» 8, p. 119, n° 43, et p. 130.

(б) Ib., t. III, p 121, n» 43.

(c) Ib., p. 131, n° 4, et 121, n° 45.

A l’intcrieur, l’église ne présente plus sa forme primitive; on y voit seulement, à la gauche du chœur, derrière les boiseries, les traces de deux colonnes et d’une arcature dont la destination nous échappe. Du côté droit du chœur, après avoir traversé un couloir, on arrive à une salle qui offre le plus vif intérêt (fl). Elle est carrée d’un côté et ovalaire de l’autre, large de 2m,31 et longue de 4m,07, et forme deux places distinctes, une espèce de narthex de forme rectiligne et un chevet ovoïde, percé de trois fenêtres (litt. A, B, C), dont celle de gauche donnait le jour à l’escalier de la tour : aujourd’hui elle est bouchée, ainsi que celle du milieu. Ces fenêtres sont à plein cintre, à pieds droits nus, sans moulures ou colonnettes aux angles : elles sont flanquées de pilastres soutenant l’arcature, qui contourne le cintre des fenêtres (litt. D). Ces pilastres, hauts de lm,56 et larges de 0m,25, sans ornements, sont surmontés d’un simple tailloir, formé d’un cavet et d’une plinthe et reposent sur un boudin ou espèce de tore, formant le couronnement d’un soubassement, haut d’un mètre, régnant au tour de la partie ovalaire, qui est voûtée en cul de four ou en demi-coupole, s’appuyant contre une arcature centrale. A une hauteur de 2m,50 (litt. F), on avait ménagé le trésor. Les autres parties de l’édicule (litt. S et 0) sont voûtées en berceau.

On ne peut se tromper sur la destination de ce petit monument : c’était un martyrium ou confession, le lieu de dépôt des reliques de S. Liévin. Il est probable qu’il est élevé sur le lieu même de la sépulture primitive de ce martyr : un passage de la chronique de Thielrode donne quelque poids à cette supposition; en parlant d’un miracle arrivé en 1360 dans l’église de Houthem, il dit : « Egidius, dictus de Adelen de Herzele intravit capellam B. Livini et horribiliter juravit quod haberet de terra tumuli S. Livini... lune intravit tombam et extendit dextram manum, etc. [b).

Les reliques de S. Liévin étaient placées dans l’hémicycle et les fidèles faisaient leurs dévotions dans la partie carrée ou espèce de parvis qui le précédait.

L’architecture de cette confession si simple, si primitive, remonte-t-elle au XIe siècle, ou faut-il la reculer à une époque antérieure à celle où une charte du Xe siècle en révèle l’existence?

Avant le IXe siècle, on a construit un grand nombre d’églises et d’oratoires, cela est sans contestation; des écrivains contemporains nous en ont laissé des descriptions écrites avec complaisance. Ils nous ont fait connaître leur forme, le nombre de colonnes, de portes, de fenêtres, sans désigner toutefois le moindre détail des ornements de celles-ci. Ce silence nous induit à croire que les parois des portes et fenêtres à cette époque étaient nues; car tel écrivain qui entre dans les détails les plus minutieux pour décrire la forme intérieure des églises, n’aurait certes pas omis de parler du genre d’ornements des pieds-droits des portes et des fenêtres.

Nous avons déjà fait remarquer que Charlemagne imprima une nouvelle direction à l’architecture : il voulait devenir l’émule des Césars, tant par l’éclat des armes que par celui des beaux-arts. Quoique occupé de guerres continuelles il fît élever une quantité prodigieuse de villas, d’églises et de châteaux. Mais de tous les édifices qu’il construisit, il n’en est que peu qui soient parvenus jusqu’à nous. Notre Dame d Aix-la-Chapelle, cette lourde masse que l’empereur signalait comme un exemple à suivre (c), et qui n offre que des pieds-droits surmontés de pleins cintres, avec simples tailloirs, sans ornements, peut servir comme premier terme de comparaison, dans la question qui nous occupe. Nous en trouvons

(a) V. pl. 6.

(b) V. Chron., p. 82.

(c) « Decebat enira, dit-il lui-même, ut idem templum quod cunctis monaslicis aedificis, in rcrj no noslro forma et structura praeesse videlur, in honorem Dei genilricis.... »

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un second, mais beaucoup plus concluant, dans le portique de l’église de Lorsch, située dans la Hesse, à quelques lieues de Heidelberg, et consacrée en présence de Charlemagne, de son épouse Ilildegarde et de ses fils Charles, Pépin et Louis, en l’année 777. Le portique de cette église porte le cachet du caractère de l’architecture de cette époque : il est formé de deux parties distinctes. La partie inférieure offre des arcades soutenues par des piliers, dans lesquels des colonnes sont engagées; la partie supérieure est ornée de pilastres cannelés, liés entre eux avec des frontons triangulaires. Le même genre d’ornements se remarque sur une des faces et sur les grands côtés de l’église de S. lean, à Poitiers, qui est un monument du Ve ou VIe siècle, et sur la partie extérieure du dôme de l’église de Notre Dame, à Aix-la-Chapelle.

L’emploi de ces pilastres est un archaïsme, une réminiscence de l’art antique dont les architectes de ces temps tâchaient de suivre les errements : c’est ce qui est attesté par le fondateur de l’abbaye de Lorsch lui-même, l’abbé Gundeland, qui fait la remarque suivante dans la chronique de ce monastère : « .... An. 777,... anno 13 regni vero Caroli Magni... per indefessam Gundelandi ubbatis diligentiam ei Cancronis comitis impensas maximas, monasterium novum consummatum atque ad ftnem usque production fuit : crics structura more antiquorum satis pulcra, atepte ampla fuit, ligneo tabulata superius cooperta. . . (et) » Du Ve au Xe siècle, dit M. de Caumont (b), les fenêtres n’offraient point de colonnes à l’extérieur et le cintre qui les couronnait reposait presque toujours sur des pilastres. Ce cintre lui-même était d’une grande simplicité et rarement décoré de moulures. M. Ramée est également de cet avis, qui vient de recevoir une nouvelle sanction dans un intéressant ouvrage qu’a récemment publié Mr F. De Yerneil sur l’architecture byzantine en France. « Les pilastres, dit-il (p. 71), presqu’ inconnus à l’architecture du moyenâge, sont fréquemment employés et dominent même à S. Front. C’est un usage emprunté à l’antiquité romaine et qui doit caractériser les constructions antérieures à l’an 1000. »

Il est d’ailleurs à remarquer que d’après le témoignage unanime des légendaires, le tombeau de S. Liévin a échappé aux dévastations des Normands. « ûenique, dit celui qui écrivait en 1007, cutn Northmanni et Dani tolam Gallium igné et ferro depopulati sunt, omnem penè per circuilum villam Holthem usque ad solum consumpserunt, ab illo tam coelesti armario (châsse) perlerriti semper aufugerunt, » circonstance importante, qui est admise par le Bollandiste Ghesquière (c).

Cela établi, il n’est pas difficile de fixer l’époque de la construction du martyrium de Houthem; l’absence de tout ornement, soit à l’arcature, soit aux encoignures des pieds-droits, éloigne sa construction du XIe siècle; tandis que les pilastres, qui le décorent à l’intérieur, font remonter son élévation au Xe et au IX'siècles. C’est un genre d’ornement, qui fait le contrepied de celui en usage postérieurement, ornant les angles des pieds-droits, tandis qu’antérieurement il servait à couvrir la nudité de leurs parois. Et cet édicule ne put être construit après le XIe siècle, pnisqu’en 1007 les reliques de S. Liévin furent transportées à l’abbaye de S. Bavon par l’abbé Erembold, qui craignait, non sans raison, qu’elles ne fussent enlevées par les troupes de l’empereur Henri, qui était alors en guerre avec le comte de Flandre. Depuis la translation de ces reliques, la construction d’un martyrium était inutile.

Nous allons ici au-devant de l’objection que l’on pourrait tirer de l’existence de la voûte dans cet édicule et invalider ainsi la date de la construction que nous croyons pouvoir lui assigner. L’existence d’une voûte ou son absence n’est pas tellement absolue pour fixer l’âge d’un monument, qu’il

(o) V. Citron. Laurishamcnsc, apud Strbviem, Scrip. rer. Gcrrn , t. I, p. 87.

(6) V. Cours d'ant. mon., t. IV, p. 73. — Ramée, Hist. mon., t. II, p. loi.

(c) V. les Acta SS. Uelg. sel., t. III, p. 131 et 156, lit. c.

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suffirait d’une voûte ou d’un lambris pour reculer ou avancer l’époque de sa fondation; non, ce serait une erreur. Car dès les premiers siècles de la période latine, c’est-à-dire depuis l’introduction du christianisme, la voûte a couvert les parties les plus importantes de la basilique, le sanctuaire ou l’abside, et si elle ne s’est étendue de suite au reste de l’édifice, c’est que le savoir-faire manquait aux constructeurs. Or, cette partie voûtée formait une demi-coupole ou voûte en cul de four, assez semblable à celle de l’édicule qui nous occupe. Et encore n’avons-nous pas la conviction que cette voûte ne soit pas d’une date postérieure; car il est certain que les murs extérieurs n’ont pas été disposés de manière à résister à sa puissance centrifuge, et que ce n’est qu’après coup, comme nous l’avons déjà fait observer, qu’on v a placé cet énorme contrefort, pour neutraliser la poussée de la voûte.

En résumé, il nous semble que l’édicule de l’église de Houthem est le locus celeber, dont parle le narrateur de la translation des reliques de S. Liévin, lorsqu’il rapporte que ce fut l’évêque Tierry, qui exhuma ces reliques en 842, et que c’est encore cet édicule que le même écrivain veut désigner lorsqu’il dit : « Exeuntes oratorium et oratorii atrium (a). »

A l’entrée du chœur de l’église actuelle s’élève un lourd mausolée (pl. 8), construit en mémoire de S. Liévin au XVe siècle, par l’abbé de S. Bavon, Jacques Van Brussel : ce n’est qu’un monument commémoratif où les reliques de ce saint n’ont jamais été déposées. Ce tombeau communiquait, à ce qu’on rapporte, avec la crypte où ce saint et ses compagnons de martyre avaient été inhumés. Nous avons visité minutieusement ce tombeau à l’intérieur; nous y sommes entrés, mais nous n’y avons rencontré aucune trace d’une communication avec un caveau ou d’un couloir quelconque menant à une crypte. A l’intérieur, ce tombeau ne présente que quatre murs, à parois lisses, descendant à 2 mètres sous terre : le fond, qui n’est point dallé, a une surface de lm,50 sur 60 centimètres. 11 se peut aussi que ce tombeau ait été placé à l’endroit où le corps de ce saint fut enterré après son martyre, que c’est là le locus sepulcralis [b), visité en 842 par l’évêque Tierry. Yan Gestel affirme, je ne sais sur quelle tradition, que l’église de Houthem est bâtie sur une crypte; la disposition du chœur, où l’on arrive par cinq marches et de celle du maître-autel, élevé sur trois gradins, autorisent à croire qu’il y existe une substruction, quoiqu’à l’extérieur on ne remarque aucune issue ou aucune baie de fenêtre. Mais on voit à l’intérieur à la lettre M, pl. 6, une porte murée maintenant, qui peut y avoir donné accès.

L’édicule de S. Liévin, tel que nous le voyons aujourd’hui, est tronqué : les murs aux lettres N et P, pl. 6, ne sont pas anciens, l’un et l’autre sont en briques, mais seulement dans leur partie supérieure. Le cordon, qui règne sur les parties latérales des murs, ne fait pas retour sur celui à la lettre N : il est visible qu’il se prolongeait au-delà, avant la reconstruction de l’église en 1769.

Nous avons dit plus haut que cet édicule était placé au revers de l’église. Nous nous demandons maintenant s’il est d’une construction plus ancienne que celle-ci?

Si cet édicule existait avant l’église, rien n’empêchait de la reculer, lors de sa construction, du côté gauche, pour éviter le sanctuaire du saint, et faire une œuvre complète. La position respective des deux bâtiments (Y. pl. 6) ne peut laisssr de doute sur la préexistence de l’église, et l’inspection des lieux vient la confirmer. Et en effet à la lettre Q, on voit que le mur, qui servait autrefois de base à la tourelle, a été percé, les traces d’arrachement y sont encore très-visibles. Le mur échancré, à la lettre R, formant l’un des côtés du couloir, conduisant de l’église vers l’édicule, fut construit après coup; il en est ainsi des marches à la lettre T. L’usage adopté de placer les reliques à la droite du chœur, et la décli-

(а) V. Acta SS. Belg. sel., t. III, p. 133, n° 11.

(б) V. Ib., p. 130, n° 2.

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vite du sol en cet endroit, auront forcé le constructeur à entamer le mur de la tour et à le percer pour ménager le terrain et établir une communication avec l’église. Il nous semble donc qu’il résulte de la position de l’église et de l’édicule, enchêvretrés l’un dans l’autre, et des remaniements qui y furent opérés, que la préexistence de l’église ne peut être mise en doute.

A une petite distance de Houthem se trouve le village de Lettelhouthem : son église était aussi fort ancienne; elle est démolie depuis que nous fûmes la visiter en 1843. De nombreuses reprises avaient détruit toutes les traces de la façade primitive; il nous a paru qu’on avait même changé la position de l’entrée principale; que la tour, de construction moderne, placée au-dessus du chœur actuel, se trouvait autrefois sur le nartliex : ce changement de position était confirmé par deux contreforts existant dans le choeur, qui ne peuvent avoir eu d’autre destination, que de soutenir l ancienne tour. L’église avait trois nefs, formées par deux rangées de pieds-droits carrés, au nombre de quatre de chaque côté, surmontés d’arcades à plein cintre, sans ornements, élevées de 3 mètres. Les bas-côtés n’avaient guère que 3m,50 de hauteur. La nef centrale était éclairée par quatre petites fenêtres, ébrasées à l’intérieur, placées audessus du toit des bas-côtés, où l’on avait ménagé des fenêtres carrées, mais qui n’étaient pas anciennes. Le plafond n’était formé que d’un lambris. Sans aucun doute cette église pouvait invoquer autant de siècles d’existence que sa voisine; elle portait le même caractère de haute antiquité que celles d’Afsné et de S. Denis-lez-Gand.

ABBAYE DE S. EAVOiY.

Wido. — 982-982.

Il était neveu de S. Gérard et avait été promu en 947 au rang d’abbé de S. Bertin, après la mort d’Agilon, du temps que S. Gérard était occupé de la réforme des monastères et principalement de celui de S. Bavon : il avait été nommé à la demande de son oncle. Mais il fut révoqué de ses fonctions par le comte, à cause de sa conduite légère où la fougue de son âge l’avait entraîné, « post, isdem abbas Wido, qui nimis vanae juventutis gaudia sectabatur , apud comitem incusatur, abbatia est fraudatus (a). » Le comte tout en le révoquant, le destina cependant pour la prélature de S. Bavon, « et S. Bavonis monasterio abbas est destinalus. » Ainsi, en dépit du privilège que le roi Lothaire et ses prédécesseurs avaient accordé aux moines de cette abbaye, le comte ne continua pas moins à peser sur leur volonté.

Malgré sa conduite antérieure, les chroniques de l’abbaye le nomment Wido le lévite. Aucun acte de son administration ne nous est connu : il ne resta en fonction que quelques mois et donna sa démission l’année même de sa promotion. Wido mourut le 11 décembre suivant.

Odwin. — 982-998.

Nous ne connaissons aucun document dans lequel il soit intervenu. L’abbé Othelbold nous fait connaître dans le mémoire qu’il adressa à la comtesse de Flandre, Otgive [b), que cet abbé se rendit auprès de l’empereur Otton II, pour lui demander la restitution de quelques biens de l’abbaye, dont des seigneurs et même des évêques s’étaient emparés durant l’expatriation de plusieurs de ses prédécesseurs. Du temps d’Odwin, le moine Erembold, qui lui succéda dans la prélature, se rendit à Borne en 985 et en rapporta les reliques de S. Pancrace et de Ste Barbe.

En 985, cet abbé commença la construction de l’abside ou du chœur de l’église conventuelle, « inchoatum^est in majori excellentia majus aedificium ecclesiae et chori gandensis coenobii, die bal. aprilis (c). » Ainsi ce fut le 1er avril 985, que la grande œuvre de l’église abbatiale et de son abside fut entamée : œuvre capitale qui fut construite avec toute la magnificence des basiliques romanes, « in majoris excellentiâ, » et probablement sur les plans de l’abbé Odwin.

Le mur extérieur des ruines de l’abbaye (pi. I, litt. G) faisait partie de cette église : la naissance des voûtes en plein cintre, que l’on y remarque, reposant sur de simples pieds-droits, n’ayant qu’un tailloir pour tout ornement, l’emploi du tuf dans la maçonnerie (21) dénotent une construction de cette époque. On a découvert au pied de ce mur les débris d’un pavement formé de carreaux à dessins et une base de colonne romane (pi. 3, litt. F). Les cloîtres de l’abbaye communiquaient avec cette église par une porte qui existe encore. Les profondes voussures à tores en retraite, retombant sur des colonnettes à chapiteaux avec crochets, présentent un type élégant et parfait du style ogival primaire (pi. 26, litt. À).

Le plan de cette église (d) présente la forme ordinaire d’une basilique, divisée en trois nefs, par deux rangs de colonnes. Cette disposition est constatée par les comptes des dépenses faites pour la construction du château de Charles-Quint, où l’on a émargé les sommes payées pour leur démolition. On ne s’y est pas écarté du type généralement adopté par les Bénédictins dans la construction de leurs églises : une

(a) V. Chartul. Sithicme, p. 144.

(h) V. Thielrode, p. 126 in fine.

(c) V. Citron, belg. inédites, t. I, p. 445 et 523.

{dj V. Messager des Sciences historiques, 1848, p. 1.

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tour à l’occident, une autre à l’intersection des nefs et du transept et deux tourelles flanquant le chœur. L’abside à l’intérieur était formée en simple retour d’équerre, et donnait au plan la configuration du T majuscule, l’antique tau, la véritable forme de la croix, symbole du salut. Cette disposition rectiligne du chevet de cette église nous semble constatée par une partie des murs qui existent encore et marquée à la lettre D de la planche lrc. Ce mur ne fait pas corps avec les autres; il est posé, dans toute sa hauteur, contre celui de la crypte, sans aucune liaison (litt. E). Cette partie des murs n’est appareillée que de blocage ordinaire et fut remaniée à diverses époques. La preuve que ce retour de mur faisait partie de l’église conventuelle primitive, se trouve indiquée par la maçonnerie régulière, formée de pierres blanches équarries , placée au-dessus de l’ancien ouvrage , et qui s’étend même uniformément sur le retour (litt. E). Les pierres sont placées au-dessus d’un cordon ou grosse moulure, qui règne le long de ces mêmes murs. L’église prenait le jour par de petites fenêtres ou lucarnes, donnant sur le lavacrum (a) ou sur Yatrium se trouvant devant la crypte de la Vierge. Ces lucarnes, fort ébrasées à l’intérieur de l’cglise, sont à plein cintre, sans archivolte et ornements, reposant sur les parois du mur (22). Nous avons profité des travaux qu’on exécute maintenant pour la construction d’un abatoir, à côté de l’ancienne abbaye, pour lever minutieusement le tracé des anciens murs que l’on y a découverts; mais cela n’a jeté aucun jour sur la disposition intérieure de l’église.

L’abbé Odwin mena à bonne fin l’ouvrage qu’il avait commencé. 11 mourut le 17 juin 998.

Erembold. — 998-1017.

Les annales de S. Bavon fixent son élévation à l’année 998 et Mabillon à l’année 1003. Les documents nous ont manqué pour prendre une décision sur ces deux dates : toutefois ce n’est que dans une charte du 5 février 1003 que l’abbé Erembold est cité pour la première fois. Cette pièce, qui émane de l’empereur Henri II, confirme l’abbaye dans la possession de plusieurs domaines situés dans l’empire. Nous ne désignerons que ceux dont il n’a pas été question précédemment ; dans le Brabant, le village de Sivalme, avec ses deux églises et tout ce qui en dépendait; Meresliem avec son église et les hameaux de Meren, Lietbelcc, Selleke et Crainliam, qui en relevaient : ces biens avaient été enlevés à l’abbaye à la suite d’une invasion « hostili predatione injuste abrepias. » Dans le pays de Rien, le village de Frimethe, son église, la forêt de Bunniggerotlie et l’église de Wilrick avec ses dépendances; dans le district de l’Escaut, les domaines de Crika et de Papingalant, leurs églises et les redevances auxquelles elles avaient droit et un bien sur VOdrosvliet, capable de nourrir cinq cents moutons. Dans le Beveland toutes les redevances que l’abbaye y avait possédées, les terres sur la Depena et à Hostliolt, cette dernière était assez étendue pour pouvoir suffire à l’entretien de mille moutons. Ce diplôme confirme en outre les privilèges que l’abbaye avait obtenus antérieurement.

Le 26 avril 1003, l’abbé Erembold plaça la première pierre de l’aile de l’ouest de l’abbaye. Il fait aidé dans ses travaux par un seigneur nommé Adelbert ou Ascelin, que les annalistes intitulent « fundator sancti coenobii Gandensis [b). » Ce seigneur était le fils naturel du comte Baudouin-le-Jeune : après avoir occupé le siège épiscopal de Paris, il devint abbé de Tronchiennes-lez-Gand, qui était placée sous l’invocation de la Vierge (c). Le surnom de fondateur de l’abbaye de S. Bavon lui fut donné, parce que sa position princière lui permettait de venir en aide à l’abbé Erembold.

(a) Locus in quo parmi eluunlur. Ducange.

(b) V. Gloria posthuma S. Bavonis. Acta SS. Belg. sel., t. II, p. 564, n°s 80, 85, 87 et 88.

(c) Y. Corpus Chron. Fland., t. I, p. 592, an. 606.

ABBAYE DE S. BAVON

Si les arguments que nous avons déduits plus haut n’étaient pas suffisants, pour prouver que la crypte que nous avons découverte, fut fondée par S. Gérard, il faudrait en attribuer la fondation à Erembold, puisqu’elle se trouve à l’ouest, au milieu des travaux qu’il fit commencer; car par le mot opus, le chroniqueur a voulu désigner un ensemble de travaux, dont cette crypte pouvait faire partie. Malheureusement tous les bâtiments qui se trouvaient de ce côté furent démolis, lors de la construction du château de Charles-Quint.

L’abbé Erembold, qui craignait que les reliques de S. Liévin ne fussent enlevées par les troupes de l’empereur Henri, qui avait déclaré la guerre au comte de Flandre, les fit transporter, avec celles de S. Brice, à son abbaye en l’année 1007, le 29 juin. Le comte Baudouin fut présent à cette pieuse cérémonie, et à cette occasion et sur la demande de son épouse, il rendit à l’abbaye les biens qui lui avaient été enlevés pour fournir aux besoins de la guerre. Ce fut à la suite de cette translation, et à cause d’un miracle, arrivé à Houthem, et qui se renouvella à Gand sur la butte de S. Pancrace, qu’il fut arrêté que les reliques de S. Liévin seraient transportées processionnellement tous les ans à Houthem, la vigile de S. Pierre et de S. Paul. C’est là qu’il faut chercher l’origine de ces scandaleuses processions, que Charles-Quint dut supprimer (a).

On répandit vers ce temps le bruit que le corps de S. Bavon avait disparu : pour le dissiper, Erembold fut forcé en 1010 d’ouvrir la châsse de ce saint. Il le fit en présence de l’abbé Adelbert, de Fastrade, avoué de S. Bavon et d’un certain Landbert, chargé d’un commandement militaire, « qui curae praesidiali tune pracerat (b), » et les reliques de ce saint furent exposées aux yeux du peuple sur la hutte de Slc Croix, « Berge-cruys, » située dans le voisinage de l’abbaye (23).

Un saint personnage arriva à Gand en l’an 1011, qui dans la suite jeta beaucoup d’éclat sur l’abbaye: il se nommait Machaire. Son père, archevêque d’Antioche, parvenu à un âge avancé, convoqua le clergé et le peuple de sa métropole pour les engager à confier à son fils des fonctions qu’il n’était plus capable de remplir. Machaire fut alors élevé à l’archiépiscopat, dont il confia l’administration bientôt après à Eleuthère, pour aller parcourir le monde en pèlerin, avec quatre de ses compagnons. Après un long voyage, il arriva à Tournai, où il parvint à apaiser par ses conseils une sédition, que le comte Baudouin n’avait pu étouffer par les armes. I! partit alors pour Gand, il n’y fut pas accueilli à l’abbaye de S. Pierre; mais on s’empressa de lui accorder l’hospitalité dans celle de S. Bavon. L’abbé de S. Pierre regrettant dans la suite le mauvais accueil qu’il lui avait fait, se concerta avec Lambert, châtelain de Gand, pour l’enlever de force; mais il n’osa mettre ce projet à exécution, s’étant assuré, par l’intermédiaire d’un interprète, que Machaire ne voulait pas quitter ses hôtes.

S. Machaire séjourna cinq mois à l’abbaye ; pendant ce temps une maladie pestilentielle sévissait à Gand; il en fut atteint et emporté au bout de quelques jours de souffrance. L’usage de la parole lui revint avant de mourir et il confia à l’un de ses amis, qui l’avaient suivi, la triste mission de porter à sa mère, en Arménie, une partie de sa barbe, comme souvenir suprême de son affection. 11 mourut

(a) « In itinere juxta quamdam arborera malura... tanti ponderis factus est ibi martyr Dei mirabilis, quo ferentes eura sustinere non possent in ulnis... propter lioc igitur voeatum est nomen loci illius Malus S. Livini... inspiratus Dei gratiâ abbas sanctorum particulas reliquiarum ad salutem civium ibi recolavit, et taie paetum eum S. Livino composuit, quod etiara eum monachis et laïcis publicè confirraavit juramenti sacramento, ad memoriam sepulturae ejus cum omni reverentia reducere eum omni anno. Diem vero liujus annalis processionis statuit in vigiliis SS. apostolorum Pétri et Pauli, quando lacta est tara gloriosa translatio sancti. » — Y. Acta Iranslationis S. Livini, dans les Acta SS. Bclg. sel., t. III, p. 155, n>s H et 12.

{b) V. Acta SS. Bclg. sel., t. II, p, 564, n» 80.

ABBAYE DE S. BAVON

le 10 avril 1012; on l’ensevelit dans la crypte de Stc Marie, à l’endroit qu’il avait désigné lui-même.

L’abbé Erembold, qui avait pu se convaincre de la sainteté de l’existence de son hôte, chargea l’un de ses moines, dont le nom n’est pas parvenu jusqu’à nous, de rechercher tous les actes de sa vie (a). Après douze années de travail, vers 1014, ce moine donna à l’ahbé le résultat de ses recherches. L’autographe de cette relation, qui se trouve à la bibliothèque de l’université en cette ville (24), ne contient que le narré de ce qu’il fit à S. Bavon, de son décès et de son enterrement. S. Machaire ne tarda pas à être levé de terre et à être béatifié par l’acclamation du clergé et du peuple. On lit son épitaphe dans une de ses légendes, publiées par les Bollandistes, et nous avons été assez heureux pour pouvoir sauver une pierre tumulaire, érigée en son honneur en 1635, à l’occasion d’une maladie, qui ravageait la ville de Gand.

L’abbé Erembold mourut en 1017, le 24 juillet [b) : on l’ensevelit dans la crypte de la Vierge, devant l’autel de S. André, où on lui érigea un mausolée.

Othelbold. — 1019-1054.

Cet abbé n’est connu que par la lettre qu’il adressa à la comtesse Otgive, épouse de Baudouin IV, pour lui faire connaître les reliques des saints déposées dans son monastère et lui donner le détail de ses possessions et de celles qui lui furent enlevées par ses familiers ou par des étrangers, lors des invasions des Normands. Il y expose que, malgré les nombreuses restitutions des biens-fonds, qui furent faites à l’abbaye par Arnould-le-Vieux, l’évêque de Liège détenait encore sans titre les fiefs de Calmund et de Melracle; le comte de Soissons Reinhold, celui de Wasleia; la comtesse Ude, celui de Warminia; le comte Reinier, ceux de Letha et de Sconarde; enfin Robert, le fief de Grendberghe. Il énumère ensuite les biens que l’abbaye possédait encore; outre ceux dont il est question dans les chartes que nous avons déjà citées, elle avait encore des terres à Baltresliande, Lappescure, Veltliem et Guddenghem. Othelbord nous apprend que le comte Baudouin IV lui avait donné deux cents mesures de terre, pour le paccage des moutons, situées à Ruga dans la Flandre, sept manses à Sloten, le fief de Sedleca et son église et dix manses, ainsi que sept autres à Waterlos.

Othelbold finit son épître en invoquant la commisération de la comtesse, pour l’apitoyer sur le sort de son monastère, qui avait à peine deux cents manses, pour les besoins de ses religieux. Or, Charlesle-Chauve avait arrêté que chaque manse devait contenir au moins douze bonniers : qu’on juge d’après cela des besoins de l’abbaye.

A cette époque Othelbold considérait la ville de Gand comme la plus considérable de tout le pays,

« est enim caput regionis primatum ceterarum tenens civitatum. s> Et elle n’était fondée que depuis soixante et treize années.

Cet abbé se rendit en 1030 à l’assemblée nationale, convoquée à Audenarde par le comte de Flandre, dans le but d’aplanir des discordes de famille et de rétablir la paix entre lui et son fils, Baudouin de Lille. Il y assista avec les saintes reliques de son monastère à la procession solennelle. Baudouin pardonna à son fils, qui s’était révolté contre lui en 1028, et la paix et la concorde y furent cimentées par un serment solennel fait sur les corps des saints et en présence du haut clergé.

Othelbold mourut le 5 décembre 1034 et fut enseveli devant l’autel de S. Benoit, dans l’église abbatiale (25).

(«) V. Chron. de Thielrode, p. 158, chap. XV.

(6) V. ib . , p. 21 in fine.

ABBAYE DE S. BAVON

Lidwin. — 1 054-1056.

Cet abbé était natif d’Arras : il n’administra le monastère que pendant deux ans. Il fut déposé ou il résigna ses fonctions en 1056; aucun de ses actes n’est parvenu jusqu’à nous.

Rumold. — 1036-1038.

Il était né à Bergues-Sl-Winoc. Adèle, épouse du comte Baudouin de Lille, lui donna des biens considérables en 1057 (a); mais la charte de donation n’est pas parvenue jusqu’à nous. Rumold s’adressa à l’empereur Henri III, pour le prier de vouloir maintenir son abbaye en possession de ses biens et confirmer les privilèges que son père lui avait conférés. Sa demande lui fut accordée, mais les lettres d’octroi ne furent expédiées que deux ans après qu’il eut donné sa démission. Nous ne connaissons pas les motifs de cette résolution. Thielrode ne les fait pas connaître, il fait observer seulement qu’on ne célèbre pas d’offices pour lui, ainsi que pour plusieurs autres abbés, parce qu’ils ont été destitués ou qu’à cause de la destruction du monastère et des nouveaux édifices qui furent construits, on ignore le lieu de leur sépulture.

Folbeiit. — 1039-1066.

L'abbaye resta sans chef pendant une année, Folbert ne fut élu qu'en 1059. Cet abbé remit en pratique l’usage, tombé en désuétude, de transporter tous les ans à Houthem les reliques de S. Liévin : depuis lors cette procession eut lieu régulièrement jusqu’au moment de sa suppression : les confréries qui accompagnaient les reliques, étaient composées d’hommes et de femmes (b).

L’empereur Henri III, auquel l’abbé Rumold s’était adressé, confirma l’abbaye dans la possession de tous les biens, que son père lui avait assurés le 5 février 1005. Cette charte, qui porte la date du 58 mai 1010, renouvelle en faveur de l’abbaye le privilège de l’exemption des tonlieux et de l’immunité civile : elle rappelle que l’empereur Henri III y avait participé à l’association des bonnes œuvres réciproques.

Le bruit s’était répandu de nouveau de la disparution des reliques de S. Bavon : était-ce par calcul ou un efiet de l’envie des autres établissements monastiques, que cette rumeur se renouvelait à tout instant? Nous 1 ignorons, mais il était de l’intérêt de l’abbaye, de quelque côté qu’elle vint, de la dissiper. L abbé Folbert, après avoir pris l’avis de ses religieux et de ses amis, résolut donc d’ouvrir de nouveau lâchasse de ces reliques en présence du peuple : on fixa le jour de cette cérémonie au 10 mai 1058. Le comte Baudouin refusa d’y assister, parce qu’il était convaincu de la fausseté de ce bruit et qu’il avait été présent à la solennité célébrée en 1010; mais d’autres seigneurs \ vinrent, entre autres Raingot, seigneur de Termonde (c), avoué de S. Bavon, et Folcard, châtelain de Gand. La châsse, qui était une œuvre d art, fut ouverte par Baudouin, évêque de Tournai et de Noyon : le corps de S. Bavon fut exposé aux yeux de tous sur la butte de Stc Croix ou de S. Pancrace, où il avait déjà été placé, pour qu on put se convaincre de la fausseté du bruit qu’on s’était plu à répandre.

(a) V. Ann. Meyer, an. 1037.

(b) V. Chron. de Thielrode, p. 14-9, 3e alinéa.

(c) V. Lindamjs, De Tenaercmunda, p. 18, S8, 103.

ABBAYE DE S. BAVON

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Vers cette époque, un personnage nommé Bruno, fit cadeau à l’abbaye de cent quatorze onces et un quart d’or et de quatorze livres de monnaie, pour la confection d’une nouvelle châsse pour les reliques de S. Bavon. Sa générosité ne s’arrêta pas à un don déjà si important, il y ajouta encore une croix, le tout du poids de quatre onces, deux ciboires avec patènes pesant quarante onces en or, deux chasubles, deux chapes et deux manteaux.

Après une longue administration, Folbert mourut en 1060, le 8 mars; il fut enseveli devant l’autel de S. Benoit. Thielrode ne désigne pas l’église; mais il est probable que cette inhumation eut lieu dans la nouvelle église abbatiale, puisque dans la crypte de la Vierge, il n’y avait pas d’autel dédié à S. Benoit.

Siger. — 10GG-1073.

Il avait rempli les fonctions de prieur sous l’abbé précédent. A sa demande les évêques de Noyon et de Cambrai, Baudouin et Litbert, vinrent présider à la béatification de S. Machaire. Cette cérémonie publique, qui suppléait alors à la canonisation papale, fut célébrée le 9 mai 1067, en présence de Philippe, Dauphin de France, du comte Baudouin de Lille, de sou épouse Adèle, de leur fils Baudouin de Hainaut, et d’un grand nombre de princes, de hauts barons, de prélats et de gens en religion. Pour lui donner plus d’éclat, on avait exposé dans la crypte de la Vierge, où S. Machaire avait été inhumé, toutes les reliques appartenant aux monastères, dont les abbés avaient assisté à cette pieuse cérémonie.

Le lendemain, les mêmes personnages procédèrent à la dédicace et à la consécration de la nouvelle église abbatiale, que l’on mit sous l’invocation du Tout-Puissant et de tous ses saints. Les premières fondations de ce temple avaient été jetées en 985, par l'abbé Odwiu; on mit donc quatre-vingt-deux années à le construire, et même alors la tour n’était pas tout-à-fait achevée. En parlant de cette dédicace, le chroniqueur Olivier De Lange, qui vivait au XVe siècle, s’exprime ainsi : a Dedicntio huius ecclesiae, antiquo opéré dejecto et in meliorem slatum reedificate (a). » Ces mots doivent peut-être s’appliquer au chœur qu’Odwin avait commencé.

L’abbé Siger se rendit à l’abbaye de Ilasnon, sur la Scarpe, avec ses reliques, pour concourir à la consécration de la nouvelle église de ce monastère, qui avait été bâtie aux frais du comte Baudouin de Mons. L’ancienne église avait été saccagée par les Normands.

Quoique l’abbé Othelbold dépeignit à la comtesse Otgive le sort de l’abbaye de S. Bavon sous des couleurs assez sombres, elle était cependant assez riche pour pouvoir bâtir en même temps deux églises : son oratoire abbatial et l’église paroissiale de S. Bavon même, qui jusque là n’en avait pas eu. Celle-ci fut consacrée en 1072, à la demande de l’abbé et en présence de toute sa communauté, par Radbode, évêque de Tournai et de Noyon, sous l’invocation de la Sainte-Croix et de S. Bavon. Cette église est plus connue sous la dénomination de l’église du Sauveur, que le peuple se plut à lui donner : heijlig Kerst ou Christikerke, ainsi que les légendes de l’abbaye le disent.

L’année suivante cet évêque, assisté de l’abbé Siger et de Folcard, abbé de S. Pierre, transporta processionnellement à l’église palatine dédiée à Ste Pharaïlde et à S. Bavon, quelques parcelles des reliques de ces deux saints, qui avaient été promises depuis longtemps au comte Arnould-le-Vieux (26).

La position sociale des associations religieuses vis-à-vis des seigneurs séculiers et des évêques, à une époque où la ligne de séparation entre les corporations monacales et le clergé séculier existait dans toute sa vigueur, était d’autant plus difficile que l’Église leur défendait de verser le sang humain par les armes,

(a) V Cliron. de Thielrode, p 199.

ABBAYE DE S. BAVON

comme par le glaive de justice. Celles qui jouissaient du privilège d’immunité civile se trouvèrent donc placées dans la nécessité d’avoir recours au pouvoir séculier. Cette nécessité fut considérée comme un droit par Charlemagne, car il dit dans un de ses capitulaires de l’année 801, « defensores ecclesiarum advenus potentiam secularium et divitum ab imper atoribus poscendi sunt. » Dès le VIL siècle, ces défenseurs étaient connus sous la dénomination d 'advocati.

Il y en eut de deux espèces dans les premiers temps de leur création; les uns étaient chargés de la juridiction criminelle et les autres du commandemant du contingent des hommes d’armes, que les abbayes, qui étaient considérées comme hommes libres grands propriétaires, avaient à fournir dans l’intérêt de la défense du pays ou de la leur. Depuis Charlemagne le même seigneur fut investi de ces deux devoirs : dès lors ces fonctions acquirent une grande importance. Ceux qui en étaient chargés avaient la juridiction criminelle sur les hommes libres demeurant sur les terres des abbayes, les moines exceptés : ils étaient aidés dans cet exercice par des hommes libres, nommés Rachimburgi , échevins, d’après la maxime : « nemo nisi a paribus jiulicetur. » Ils devaient être au nombre de sept d’après la loi salique; en matière civile ils n’avaient aucune attribution, elle appartenait aux abbés, qui la déléguaient à des officiers nommés prévôts.

En compensation de leurs services, on leur avait accordé la jouissance de plusieurs prérogatives : leur personne était inviolable, ils n’étaient justiciables que d’une cour souveraine. Ils avaient droit en général au tiers des amendes et des compositions, intervenues à la suite d’un crime ou d’un délit; ils pouvaient nommer des sous-avoués, subadvocati, pour les aider dans leurs fonctions (a). Quand leurs services étaient réclamés par la communauté qu’ils devaient défendre, ils étaient dispensés de se rendre à la guerre : enfin leur entretien et celui de leur suite tombaient à la charge de l’abbaye qui avait besoin de leurs services.

Ces défenseurs-avoués abusèrent bientôt de la position où se trouvaient les institutions religieuses. Quoique les souverains les eussent rendus responsables de leur gestion, en exigeant qu’ils possédassent un château sur les terres où ils exerçaient leurs fonctions, ils se permirent des abus de pouvoir si révoltants, que de protecteurs ils devinrent les spoliateurs des abbayes, crudelissimi vaslutores (b). Les difficultés sérieuses qui s’élevèrent à chaque instant entre eux et les abbayes, ne cessèrent qu’à la fin du XVe siècle.

Les immenses biens-fonds, dont la plupart n’étaient que de vastes bruyères, que possédaient les abbayes, avaient été divisés par elles en quartiers ou districts, comprenant une étendue de terrain plus ou moins grande et désignés sous le nom d’avoueries, de majorats, de comtés. Elles avaient aussi des employés chargés spécialement de la régie des prairies; on les nommait praters en flamand et leurs fonctions pratiserie. Les personnes mises à la tête de ces quartiers devaient soigner, les unes l’administration de la police et les autres l’agriculture. Ces dernières étaient connues sous la dénomination de maïeurs, majores. Afin de les intéresser aux succès du défrichement des terres, qui leur étaient confiées, elles avaient droit à une partie de leurs produits. Une charte de 121-4, délivrée par l’abbaye de S. Bavon au maïeur de Ghizenzele, est l’un des documents les plus anciens, qui détermine leurs fonctions et leurs droits. La charge de maïeur était communément donnée à titre de fief héréditaire, pour en éviter le partage au décès du titulaire; mais comme on ne pouvait empêcher que des femmes ne vinssent à en hériter, on dut les autoriser à se faire remplacer. On a lieu de croire que les censitaires étaient

(а) On les trouve mentionés dans une charte de Godefroi III, de l'année liai.

(б) V. Hist. des avoueries en Belgique, par Mr J. de Saint-Génois.

ABBAYE DE S. BAVOPt.

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soumis à des corvées plus dures dans les terres administrées par les maïeurs, que dans celles louées directement par les abbayes.

Quand le nombre des terres à défricher commença à diminuer, les maïeurs tombèrent à la charge des institutions que les avaient employés : on songea dès ce moment à changer le mode de concession de ces emplois et on ne les donna plus qu’à titre de cens, partageable à la mort du titulaire entre les héritiers. De cette manière on était certain de pouvoir rentrer dans la jouissance des terres défrichées, après un laps de temps assez court.

La condition des habitants des domaines des institutions monacales était la même que celle des autres habitants. Ils étaient généralement divisés en trois catégories : les personnes de condition libre, celles en servage et les tenanciers.

La caste des personnes libres se composait de la noblesse, du clergé et des familles notables, commerçants et fabricants.

Celle des personnes en servage se subdivisait en serfs et en tributaires. Les premiers étaient de véritables esclaves, vendus ou donnés individuellement, même encore au XIIe siècle, avec ou sans le domaine auquel ils étaient attachés. Ils ne pouvaient acquérir que des meubles, qui à leur décès échéaient à leurs maîtres par droit de main -morte, droit qui dans la suite subit de grandes modifications. La classe des tributaires jouissait de quelques libertés, à la charge de payer un cens annuel, nommé Cavegier ou Cavagium, et un autre à leur mariage et à leur décès. L’abbaye possédait un grand nombre de ces tributaires; nous aurons même occasion de citer dans la suite des actes par lesquels elle devint propriétaire de serfs, et d’autres actes constatant que des personnes, nées libres, venaient se soumettre, avec leur postérité, à la servitude tributaire.

La classe des tenanciers était très-nombreuse : c’était une espèce de servitude personnelle, à laquelle toute personne pouvait être assujettie. Tels étaient d’abord les ministeriales, les servientes, qui remplissaient les besognes de la domesticité et desservaient aussi auprès des abbés des petits emplois; ils étaient leurs messagers, nuncii ou praecones, qui allaient surveiller la tenue des plaids et la manière dont la justice y était rendue : c’étaient des tenanciers à titre d’office.

On mettait au même rang tous les vassaux, que l’on désignait aussi sous le nom de tenanciersféodaux, sujets, hostes ou manans, et laten, en flamand. Ils avaient à payer pour les biens-fonds qu’ils occupaient des redevances convenues, à jour fixe, sous des pénalités souvent très-sévères; en outre ils devaient fournir des corvées, entretenir les chemins et les cours d’eau et marcher avec armes et bagages, sur la première réquisition, à la défense du pays ou du seigneur. Ceux des tenanciers qui étaient impotents et les femmes tenancières qui ne pouvaient se rendre à la guerre, étaient tenus de ce chef à un supplément de redevance.

Beaucoup de biens-fonds, des emplois, des tonlieux, des redevances de toute espèce étaient aliénés à titre de cens; les tenanciers pouvaient les vendre avec les charges auxquelles ils étaient soumis, en payant au seigneur un droit de mutation : à leur décès, leurs héritiers payaient une redevance double.

Ces tenanciers étaient soumis, eux et leurs biens, à la juridiction d’un collège de sept échevins, censitaires comme eux, et présidés par le seigneur, l’avoué, le maïeur, l’écoutête et dans la suite par le bailli.: ils participaient de ce chef à une partie des amendes encourues. Ils étaient nommés par le seigneur et révocables à sa volonté : le seigneur nommait le premier échevin, le maïeur ou l’écoutête le deuxième, et ces deux fonctionnaires le troisième. Après leur installation, ils devaient indiquer les quatre censitaires de l’arrondissement, qu’ils jugeaient dignes de compléter leur collège. Ce mode d’élection, quoique généralement suivi, ne l’a pas toujours été dans la seigneurie d’Everghem, qui appartenait à l’abbaye de S. Bavon.

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La ville de S. Bavon, ni aucun des villages qui dépendaient de l’abbaye, n’a obtenu de heure, à l’exception de Munck-Zwalm, qui, vers le commencement du XVe siècle, reçut une ordonnance de cette espèce. S. Bavon avait une coutume écrite, on en parle dans maintes pièces, mais nous n’en avons pas rencontré de copie. Au reste on ne trouve pas de documents antérieurs à l’année 1200, qui concernent l’exercice de la justice. Dans quelques-unes de ses autres seigneuries on avait promulgué des ordonnances de police sur le port d’armes défendues, l’entretien des chemins, les poids et mesures, etc. S'il se présentait une question que les échevins ne pouvaient décider suivant les coutumes ou les lois existantes, ils consultaient, après certains délais, un collège supérieur, « hooft-scliepenen, » dont ils devaient suivre l’avis. Ainsi les échevins de Gand étaient les juges supérieurs par rapport à ceux de S. Bavon, comme ceux-ci l’étaient à l’égard des échevins d’Asper ou de Singhem. Si le collège supérieur ne pouvait résoudre la question, l’affaire était soumise à trois jurisconsultes, qui jugeaient en dernier ressort. Mais comme nous le verrons dans la suite, presque toutes les contestations, de quelque nature qu’elles fussent d’ailleurs, étaient déférées à la décision d’arbitres.

Au jour du plaid ordinaire, sur les citations faites au nom de l’abbé, on faisait l’appel des affaires. Si le plaignant se présentait en personne, les échevins prononçaient même en matière pénale; s’il était absent, les conclusions du prévôt, du bailli ou d’un autre mandataire de l’abbé devaient précéder la prononciation du jugement.

Les procès-verbaux (records ou rôles) des anciennes procédures contiennent des renseignements précieux sur l’instruction criminelle aux XIII1' et XIVe siècles. Ainsi un rapport fait par les échevins de la seigneurie d’Everghem adressé au Conseil de Flandre, au sujet d’une poursuite en matière de viol, nous fait connaître de quelle manière le jour de la session judiciaire était proclamé et comment on constatait la régularité de l’ajournement, et de quelle manière le bailli prenait ses conclusions et requérait les échevins de faire droit. On y voit aussi qu’il était d’usage d’accorder aux accusés un défenseur et même un conseil d’amis, et un délai pour conférer sur ses moyens de défense, après avoir entendu le réquisitoire du bailli. On y trouve également la marche qu’il fallait suivre pour délibérer, avant de prononcer le jugement. Il était accordé aux échevins trois délais, de trois jours chacun, pour porter leur décision ou pour renvoyer l’affaire à un tribunal supérieur (a).

Il était admis anciennement comme un principe de droit, qu’à défaut d’une disposition légale positive, on pouvait juger par analogie d’après sa conscience. La reine Mehault consacra ce principe dans sa charte de 1192, par l’art 32, où il est dit : « Si forte causa accident, quae in presenti scripto non continetur, scabini, secundum conscientiam suam, juste et ratio Habiliter ind'e judicabunt, nec alicui super sententiam scabinorum, sententiam aliam ferre licebit. » On tira deux conséquences de ce principe : la première que la solution donnée à une question servait de règle pour la suite, ce fut ainsi que la jurisprudence des usages et des coutumes s’établit; la deuxième, qu’il n’y avait pas lieu à interjetter appel de ces sentences, ni matière à appel par défaut de droit, puisque la grande charte de 1296 statue qu’en cas de déni de justice ou de retard dans l’expédition des affaires par la faute des échevins, on devait enfermer ceux-ci dans leur vierschaere, jusqu’à ce qu’ils se fussent acquittés de leurs devoirs (b).

Il était d’usage à S. Bavon, comme dans toutes les seigneuries, d’ouvrir de temps à autre des enquêtes générales ( generaele waerheden), dans le but de découvrir les crimes et les délits. Elles étaient suivies de placita generalia ( gaudingen ou gaughedingc ), présidées par l’abbé, son prieur ou le bailli. Tous

(a) Ce rôle est publié par Diericx, Mém. sur les lots, etc., des Gantois, t. Il, p. 500, n° 5.

(i) Y. ib. , l. I, p. 150, art. 32.

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les habitants devaient y assister sous peine d’amende. Rien n’échappait à la compétence de ces plaids généraux, si, d’après les usages, les contraventions n’étaient passibles que d’une amende. On annonçait au prône le jour fixé par le seigneur pour la tenue de ces enquêtes. Ces réunions étaient plus prolitables aux intérêts financiers des seigneurs qu’à la vindicte publique; elles donnèrent lieu à de graves abus, dans des siècles où la haine entre familles et les vengeances particulières fomentaient tant de désordres.

A cette époque les amendes et leur partage entre le seigneur, ses officiers et le plaignant ou sa famille, formait un point de droit public. Quoique l’abbé de S. Bavon eût le droit de faire grâce, et de réduire les peines comminées à de simples amendes, il devait en ce cas les partager; en thèse générale, les lettres de grâce n’avaient de l’effet que pour autant que l’amende fût payée et partagée entre ceux qui pouvaient y participer (a). Diericx nous fait connaître qu’il existait une ancienne coutume, qui permettait de remettre un débiteur condamné entre les mains de son créancier, dont il devenait le serf aussi longtemps qu’il ne s’était point acquitté par son travail; nous n’avons trouvé aucune trace de cet usage barbare dans les documents de l’abbaye.

Dans presque toutes les chartes de donation ou de restitution de biens, que nous avons invoquées jusqu’ici, il n’est question que de la continuation de la jouissance de biens et non de la validation des titres, qui pouvaient être détruits ou égarés : quelle était donc la nature du droit de propriété que ces actes transmettaient aux donataires?

Certains écrivains ont avancé que la transmission des propriétés ne se faisait qu’à titre précaire, du Ve au Xe siècle. Mais n’ont-ils pas pris le fait pour le droit? Car aucun document ne prouve une instabilité, qui répugne à la nature des relations humaines, tandis que bien des textes établissent que la possession d’un bénéfice ou d’un fief était incommutable du moment que les obligations imposées étaient remplies. Dans une ordonnance de Clotaire, il est arrêté que tout ce qui est donné à l’église ou à d’autres personnes par des princes, leur demeure fermement. Le même principe est consacré par le traité d’Andelot, conclu en 587. Eginhard rapporte que Charlemagne ne permettait pas qu’un seigneur retirât ses bénéfices à un vassal sans motifs, et Charles-le-Chauve arrêta en 844, comme règle invariable, que désormais personne ne pouvait être dépouillé de ses bénéfices, sans un jugement basé sur la raison et sur l’équité [b).

S’il est vrai qu’avant l’invasion des Gaules, la concession de bénéfices n’était que viagère, parce que les relations entre les chefs et leurs compagnons d’armes étaient purement personnelles, il n’est pas moins constaté que dès la fin du IXe siècle, l’hérédité était leur état normal et leur condition dominante. Mais l’idée de cette instabilité, de cette condition viagère, qui avait été générale durant le \Ie et le VIIe siècle, était si profondément gravée dans les esprits, que chaque fois que le donateur venait à mourir, le possesseur croyait avoir besoin d’être confirmé dans sa possession. Les chartes de 1 abbaye présentent bien des exemples de cette réminiscence, même à l’époque de la féodalité, quand personne ne révoquait plus en doute l’hérédité des fiefs.

L abbaye était donc propriétaire de tous les biens qu’on lui avait donnés ou légués, à titre incommutable; elle ne put jamais en être dépouillée que de fait et jamais de droit. Si dans la suite quelques conditions tacites étaient attachées à des transmissions de propriété, elles étaient justifiées par les malheurs du temps ou n’étaient que les conséquences d’usages généralement reconnus.

(a) V. V\ arnkoekig, Hist. de la Flandre , II, 55, et Gendseh Chartcrhoekje, p. 5.

{b) V. Baluze, t, I, col. i, 8, 15; t. II, col. 5. Vie de Charlemagne, par Eginhard.

ABBAYE DE S. BAVON

Quand le régime municipal romain fut tombé en désuétude, la transcription des actes civils dans les registres de la municipalité vint à cesser. Dès lors l’autorité des actes reposa sur le témoignage des écrivains et des personnes qui étaient appelées à les signer : il n’y eut plus d’actes authentiques, faisant foi par eux-mêmes, jusqu’à l’institution des officiaux ecclésiastiques et des notaires au XIIIe siècle. Il était donc de l’intérêt des parties de faire intervenir dans les actes des témoins jeunes, afin qu’ils pussent attester pendant longtemps ce qui s’était passé sous leurs yeux. Dans le but de fortifier leur mémoire on leur donnait des pièces de monnaie, et des écrivains rapportent, chose presqu’incroyable, qu’on leur donnait des tapes sur la joue, ou qu’on leur tirait l’oreille, comme moyen mnémotechnique. Dans bien des cas les témoins se constituaient garants de la convention arrêtée en leur présence. Quoique les servientes fussent dans la dépendance des abbayes, ils pouvaient intervenir comme témoins dans les actes qui concernaient celles-ci. Pour contrebalancer l’état d’incertitude, qui planait continuellement sur les actes, de quelque nature qu’ils fussent, les abbés eurent toujours soin à chaque avènement d’un pape, d’un monarque ou d’un comte, de leur demander la confirmation de la possession de leurs biens et de leurs privilèges. Comme il arrivait assez souvent que les actes étaient argués de faux, on devait alors recourir au témoignage des témoins signataires : si on les accusait de mensonge, ils étaient pris à partie; dans ce cas on avait recours au duel ou aux épreuves judiciaires.

Dans les actes de donation et de vente, on demandait toujours l’intervention et l’approbation de ceux qui auraient pu un jour hériter des biens cédés ou donnés, parce qu’ils étaient censés appartenir à toute la famille, c’est-à-dire non seulement au possesseur actuel, mais même à ses héritiers futurs. La transmission de la propriété n’était accomplie que par l’investiture, qui s’opérait par la remise d’un objet quelconque à l’acquéreur, ou par l’énonciation d’une simple formule dans l’acte même; par ce symbole le cédant déguerpissait sa propriété au nouvel acquéreur.

Cette digression, trop longue peut-être, était nécessaire cependant pour l’intelligence des documents que nous aurons à invoquer dans la suite, et sans laquelle il aurait fallu s’arrêter à chaque pas.

Le plus ancien acte concernant une transaction civile, arrêtée dans l’intérêt de l’abbaye, qui soit parvenu jusqu’à nous, porte la date de l’an 1070. L’abbé Siger eut la satisfaction de pouvoir arriver à un arrangement avec l’avoué de son abbaye, au sujet des ses prérogatives, que l'on n’était pas encore parvenu à déterminer. L’abbaye de S. Bavon se trouvait en butte depuis longtemps aux violences et aux vexations de ces défenseurs indispensables. Ses motifs de plainte étaient bien graves, pour que l’on osât mettre en tête d’un arrangement conclu avec l’un de ces seigneurs, les expressions de blâme aussi sévères que celles que l’on inséra dans le document que nous venons de mentionner, « nolum volumus fuisse intolerabile retroactis diebus litigium propter injusticiam erg a abbatiam inter liujus loci abbatem et advocatum, quod nulla unquam potuit sedari sugcjestione procerum... » Cette transaction fut conclue en présence du comte Robert et fixa les points suivants : l’avoué ne pouvait tenir que trois plaids dans les seigneuries de l’abbaye, avec jouissance des droits y afférents : il devait connaître avec l’abbé des affaires de vol, de rapines et de voies de fait, il n’avait droit qu’au tiers des amendes encourues. En cas de guerre, il ne pouvait exiger que deux palefrois, qui étaient estimés à leur départ; il devait les rendre à la fin de l’expédition et les payer au prix d’estimation s’ils avaient été tués. Il lui était défendu (le faire pi us d une quête par année sur les terres de l’abbaye et de molester les habitants qui ne pouvaient rien lui donner. Ni lui ni les siens ne pouvaient venir loger à l’abbaye sans la permission de 1 abbé, y exiger quoi que ce soit ou se permettre un acte quelconque dans une de ses propriétés, ou s emparer de ses serfs. Cette convention, qui fut arrêtée à Gand en présence d’un grand nombre de seigneurs, n est signée ni par l’abbé ni par Raingot, qui remplissait à cette époque les fonctions

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d’avoué : c’est le même qui en 1058 assista à l’exposition publique de la châsse de S. Bavon. Le premier avoué que l’on trouve mentionné dans les chartes de l’abbaye est Fastrate : en 1010, nous le voyons également figurer dans une solennité religieuse. Si c’cst le même dont il est fait mention dans un manuscrit de la bibliothèque de Cambrai, intitulé : « lluec sunl nornina malefactorum qui ecclesias misere cum comité Rainero succenilerent, » les paroles de blâme que l’on adresse à ces fonctionnaires dans la pièce citée plus haut, ne doivent pas nous surprendre (a). L’abbé Siger se démit de ses fonctions en 1075 et mourut le 24 novembre de la même année; on l’ensevelit dans l’église abbatiale, devant l’autel de S. Benoit.

Etienne D’Ecmund. — 1 075-1 07G.

Les débats entre Robert-le-Frison et Richilde, pour la succession au comté de Flandre, replongèrent le pays dans le cahos de la barbarie. La somme énorme de 10,000 marcs d’argent, payée en une seule année pour compositions du chef des meurtres commis dans le seul quartier de Bruges, prouve que les querelles entre particuliers n’étaient pas moins violentes qu’entre les chefs des partis. Ces nombreux traités de sang établissent en outre que l’usage des peuples du Nord, ne permettant pas de poursuivre d’office les auteurs d’assassinats, était encore en pleine vigueur au XIe siècle! La haute opinion qu’ils professaient sur la dignité et la liberté individuelle de l’homme, et qui avait exclu de leurs lois la peine de mort, survivait donc à tout ce que le catholicisme avait ordonné pour faire renoncer à la vengeance privée! En 779, Charlemagne ordonna d’arrêter les meurtriers qui se refusaient à toute composition : c’était une innovation, qui préluda au capitulaire de 789, par lequel il soumit à des juges la connaissance des crimes d’homicide; loi qui ne fut plus observée sous ses faibles successeurs et qui ne put prévaloir sur l’idée enracinée chez nos ancêtres de leur importance personnelle. Philippe d’Alsace rétablit la peine de mort pour crime d’homicide, « caput pro capite dabit; » mais il l’abolit pour les infracteurs des trêves. Ce qui donna lieu à de graves désordres et compromit même l’autorité des magistrats. Ce ne fut qu’en 1270 que la comtesse Marguerite rétablit cette peine pour infraction à une trêve légale par blessure ou mutilation [b).

Le comte Robert dans ses violences ne se lit pas faute de fouler aux pieds les privilèges des institutions monastiques. Pour s’ingérer dans l’administration des biens de l’abbaye et s’en approprier les revenus, il plaça à la tête de l’abbaye un abbé de son choix, qu’il y introduisit de force, en dépit de l’opposition des moines. Cet intrus se nommait Stéphan ou Étienne D’Ecmund : il assista à la consécration du maître-autel de l’église d’Ekkerghem et transféra les reliques de quelques saints dans la nouvelle église paroissiale de S. Sauveur. Ce sont les seuls actes que l’on connaisse de lui. Malgré la puissante protection qui le soutenait, il fut révoqué de ses fonctions trois années après son installation (27).

Wichmàn. — 1076-1092.

Il ne se passa rien de remarquable à l’abbaye durant la gestion de ce dignitaire : le 1er août 1080, il déposa les reliques d’un grand nombre de saints dans de nouveaux reliquaires, et en 1085, assisté de Radbode, évêque de Noyon, il déplaça le corps de S. Liévin, qui jusque là avait reposé dans la châsse avec laquelle on l’avait transporté de Houthem à Gand.

(a) Ce MS. est coté 309, écriture du X<= siècle. V. Chron. de Balderic, par M. Le Glay, p. 472.

[b) V. Invent, des chartes de Gand, n» 93.

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Si les annales de l’abbaye ne nous parlent d’aucune nouvelle infraction à ses droits par le comte Robert, il ne tenta pas moins de mettre à exécution la mesure la plus arbitraire contre le clergé en général. Il voulut encore renchérir sur ce droit régalien, qui s’était établi on ne sait à quel titre, qui permettait au souverain de s’emparer du mobilier délaissé par les évêques, les abbés et les prêtres, comme bien à eux dévolu; car, dans le but de satisfaire sa soif dévorante des richesses, et de commun accord avec son fils, il se constitua l’héritier universel des ecclésiastiques et leur défendit de tester. Il prit cette résolution en 1091 (a). Le pape Urbain II s’opposa à l’exécution de cette mesure inique; mais son injonction restant sans effet, le clergé s’adressa au concile de Reims, qui lui dépêcha plusieurs dignitaires pour l’engager à révoquer cette ordonnance et à rendre les biens dont il setait emparé. Il annulla alors sa résolution, dans la crainte detre excommunié : il rendit en 1092 les biens qu’il avait usurpés.

C’est dans le courant de cette année que l’abbé Wicbman fut révoqué de ses fonctions : cette coïncidence nous fait croire qu’il dut son élévation à l’influence qu’un prince aussi omnipotent que le comte Robert, exerçait sur les institutions monastiques, et qu’on le révoqua lorsque son protecteur dut venir à résipiscence.

âdelard. — 1092-1099.

Radbode II, évêque de Tournai, donna à l’abbaye, le 14 septembre 1096, à la demande d’Adelard, l’immunité à l’autel de l’église de Rodenburg et les chapelles dans l’ile de Wulpen, et approuva la concession qui lui en avait été faite par le saint Siège. Ce jus libertatis, comme le dit cette charte, était le droit d’y conférer le bénéfice, droit que l’évêque avait conservé jusqu’alors, quoique le roi Lothaire eût confirmé, en faveur de l’abbaye, dès l’année 967, la possession de cette église, avec toutes ses annexes, c’est-à-dire les dîmes et les offrandes. Cette église fut consacrée en 960 : cette charte la désigne sous le nom de mater ecclesia, c’est-à-dire d’église primitive. A ce titre, elle avait droit à quelques prérogatives sur celles qui y étaient fondées dans la suite [b). Ce privilège ne fut accordé à l’abbaye que sous certaines conditions : elle devait payer à l’évêque, à titre de redevance, une somme de dix sols, et pareille somme à chaque mutation du titulaire. Celui-ci était obligé de fréquenter les séances de la cour synodale, tenues tous les quatre ans dans ce village et présidées par son archidiacre et durant lesquelles celui-ci devait être entretenu aux frais de l’abbaye. Voici quelques mots d’explication sur ces cours synodales. Dans les premiers temps de l’Église, les réunions des évêques avec leurs curés étaient très-fréquentes; cette espèce d’aréopage se nommait presbyterium ou synode. Dans la suite le nombre de ces réunions fut réduit à deux et même à une seule par an. D’après les conciles tous les ecclésiastiques chargés avec l’évêque du régime spirituel des églises devaient assister a ees assemblées; le canon 4 du concile de Chalcédoine exigeait même que les abbés et leurs prieurs s y rendissent. Mais ces prélats, qui vivaient souvent en mésintelligence avec les évêques, ne se soumettant pas à ces obligations, ou alléguant des motifs d’exemption souvent très-peu justifiés, les constitutions apostoliques finirent par ordonner que toute institution religieuse était soumise à la juridiction des synodes, à moins qu’elle ne justifiât péremptoirement de son privilège d’exemption, et que même en ce cas les synodes pouvaient connaître des questions de mœurs et d’abus. Comme on le voit,

(a) V. n° 16 du Catalogue imprimé des MSS. de la Bibliothèque de l'Université de Gand. Le Liber Floridus rapporte ce fait

(É Van Espen, t. I, p. 026, n°* 23, U.

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le but de ces assemblées était entièrement transformé : de simples conférences, elles s’étaient érigées en tribunaux de justice, qui jugeaient sommairement, mais sans éclat, des affaires ecclésiastiques et même laïques, et réformaient les mœurs. Les évêques avaient des subordonnés chargés de la surveillance des églises et des monastères, lesquels avaient pour mission spéciale de leur signaler les abus qu’ils y avaient remarqués. Les vicaires forains, aujourd’hui les doyens ruraux, étaient chargés de ce soin.

Quelque positives que fussent les décrétales au sujet de la fréquentation des synodes, les évêques ne pouvaient souvent en obtenir l’exécution, qu’en accordant des faveurs, ou en ne les faisant que sous cette condition.

L'abbé Adélard mourut le 10 mars 1099 : il fut inhumé dans l’avant-chœur de l’église conventuelle, du côté de l’abbaye (28).

Wulfiuc. — 1099-1131.

Cet abbé obtint le patronage d’un grand nombre d’églises et d’autels; avant de les désigner, il est utile d’entrer dans quelques explications à ce sujet.

Dans les premiers siècles du christianisme, c’était le fondateur de l’église qui en était le patron; à ce titre, on lui accordait des prérogatives, mais purement honorifiques. Ainsi son nom, son éloge même, étaient inscrits au frontispice de l’église, et il avait le droit de présenter les administrateurs et les titulaires à la nomination de l’évêque (a). Dans la suite ce droit devint transmissible par succession et donna lieu à de grandes difficultés, puisqu’une église, considérée comme un bénéfice ou un fief séculier, se divisait à la mort du patron, en autant de parts qu’il y avait d’héritiers. Il en résultait que chacun d’eux y établissait un prêtre, à raison de sa part héréditaire, ou qu’il l’exposait en vente au gré de sa convenance. Mais les conciles décidèrent dans la suite que le patronage d’une église appartiendrait à l’évêque, si son fondateur ne l’avait pas dotée en même temps; dans ce cas le patron, s’il tombait dans le besoin, avait droit d’exiger des secours de l’église.

On introduisit aussi une distinction dans le patronage. Il était laïque quand il appartenait à un individu, sans acception de personnes, et ecclésiastique quand il était affecté à une institution religieuse. S’il avait été donné à une abbaye, on admettait toujours qu’il était donné ad subsidia fratrum.

En ce cas le service de l’autel se faisait par un desservant proposé par l’abbé, et nommé par l’évêque sous certaines conditions, et tous les profits qui résultaient soit de l’administration des sacrements, soit des oblations, revenaient de droit à l’abbé.

L’abbaye, qui avait obtenu à titre gratuit plusieurs églises, où elle n’exerçait pas le droit de patronage, par la raison qu’elle ne les avait pas fondées, était trop soigneuse de ses intérêts, pour qu’elle ne mît pas en œuvre les moyens de se procurer les avantages qui découlaient de cette prérogative. L’abbé Wulfric s’adressa donc à divers évêques, qui tous s’empressèrent d’accéder à sa demande, parce qu’ils trouvaient par là le moyen de faire reconnaître leur suprématie, qui dans bien des cas leur était contestée par ces puissantes institutions.

L’évêque de Tournai Balderic, lui accorda en 1105, le patronage des églises de S. Sauveur, à S. Bavon, de S. Martin, à Ekkerghem, et des chapelles de S. Michel, à Gand, d’Everghem et de j Rondslo. En ce qui touche le patronage de S. Sauveur, l’évêque ne put que confirmer les droits de

(a) V. Cod. lex &6, de Sacras eccles., et Novella 57, cap. 2, et Nov. 123, cap. 18.

GO

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l’abbaye, puisque c’était elle qui l’avait fondée. Ode, évêque de Cambrai, lui concéda trois années plus tard, celui des églises de Bochoute, de Wilryck, de Zcllich, avec le hameau de Nederzellich, près de Bruxelles, de Houtliem, de Vlierzele, avec ses dépendances Baveghem et Papenghem, de Munckzwalm, avec les hameau de Bocle et de Tenberghe, qui en ressortissaient, et de Gontrode ou Rothen. Lambert, évêque de Tournai, et Robert, son archidiacre, lui accordèrent la même faveur à Aspre, Synghem, Lathem, Deurle, Yinderhoute, Caneghem, Grimmene et Poesele, en 1121; et son successeur Simon, à Waterlos et Moerseke, en 1121 et 1125 : et en 1125 et 1129, le patronage des églises de S. Liévin- Essche et de Cobbeghem lui fut donné par Burchard, évêque de Cambrai. Ces évêques apposèrent tous la même condition à l’abandon de leur droit en faveur de l’abbaye, c’est-à-dire respect à leur personne; nomination des titulaires, sur la présentation des abbés; fréquentation des synodes et paiement des droits pontificaux, qui leur revenaient.

Le Liber Floridus de l’abbaye (p. 106 v°) fait mention de la prérogative accordée par le pape Pascal II, le 22 février 1104, à l’empereur Henri Y, de donner l’investiture virgae et anuli à tous les abbés de l’empire, légalement élus, avant qu’ils pussent être consacrés par les évêques compétents. Le pape y défend virtuellement à ces dignitaires de consacrer les prélats non investis par ce monarque (29). Suivant cette bulle, ses prédécesseurs avaient obtenu la même faveur du saint Siège : nous n’avons trouvé dans les chartes de l’abbaye aucune trace d’une investiture de cette espèce. L’histoire nous apprend que ce pape, désirant terminer la contestation scandaleuse que provoqua ce droit, convoqua un concile à Troyes; mais l’empereur ne permit point que cette importante question y fût traitée. Il passa les Alpes et le pape lui promit alors de rendre à la couronne les fiefs concédés par les rois aux ecclésiastiques, s’il renonçait aux investitures. Quoique le pape lui eût donné sa promesse par écrit, l’empereur refusa de souscrire à la condition, avant qu’elle ne fut remplie. Une lutte à main armée s’ensuivit, à la suite de laquelle le pape et des cardinaux furent pris en otages et retenus prisonniers pendant soixante-dix jours. Enfin le pape découragé se détermina à souscrire un nouveau privilège, par lequel il fut convenu que les évêques et les abbés seraient élus librement et sans simonie, mais du consentement du roi, qui leur donnerait l’investiture avec l’anneau et la crosse; après quoi ils seraient consacrés. Cela se passa le 8 avril 1141; mais cette nouvelle concession fut loin de terminer ces violents débats.

Suivant un passage du cartulaire de S. Bertin, de grands désordres s’étaient, glissés dans plusieurs monastères de la Flandre, surtout à S. Pierre, au mont Blandin et à S. Bavon, et ce ne fut que grâce à l’intervention du comte Baudouin et de sa mère en 1117, laquelle avait été réclamée par Lambert, abbé de S. Bertin, que la discipline put y être rétablie. Et encore n’y parvint-on à S. Bavon qu’en employant des moyens de rigueur (30).

Vers 1120 l’abbaye obtint de Godebold, évêque d’Utrecht, dont la juridiction diocésaine s’étendait sur ce lieu, la permission de bâtir une église sur un immeuble qu’elle possédait au village de Pahindrecht et à laquelle Jo, seigneur de ce lieu, avait donné deux manses et demie. Dans les premiers siècles de l’Église une pareille permission était superflue, car tout propriétaire avait le droit d’ériger des chapelles ou des églises sur ses biens; c’était alors un droit inhérent à son titre, un droit foncier, comme le droit de chasse ou de pêche. Mais dans la suite, au fur et à mesure que les défrichements prenaient du développement, la construction d’églises devint une spéculation, donnant souvent lieu à de graves abus, à cause des avantages qui y étaient attachés. Pour y mettre un terme, on commença en 789, par enjoindre aux propriétaires de manoirs de se rendre les jours fériés aux églises paroissiales. En 803 on ordonna de démolir les églises inutiles et on défendit d’en élever de nouvelles avant que l’évêque n en eût constaté la nécessité, en plantant une croix sur la place qu’il jugerait convenable, et que les

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droits des desservants n’eussent été déterminés par lui. Enfin, par mesure complémentaire on ne permit plus de célébrer les offices divins dans des oratoires privés ou d’y attacher des prêtres sans la permission de l’évêque. Avant Charlemagne, la circonscription des nouvelles églises dépendait de la volonté de leurs propriétaires; tout était abandonné à leur gré, ils pouvaient en étendre le ressort spirituel sur plusieurs villas et ne pas assujettir les habitants à la prestation des dîmes, quand le titulaire avait d’ailleurs des moyens d’existence suffisants. Quand le propriétaire n’avait pas les moyens de bâtir une église, on voyait même les habitants d’une villa s’adresser à l’église voisine, pour en réclamer les secours spirituels, à condition de payer la dîme. Mais ce monarque fixa le ressort des églises, en ordonnant qu’il ne pouvait s’étendre que sur les terres dont elle percevait les dîmes (a). En 816 un capitulaire détermina les revenus des nouvelles églises, en leur donnant droit aux dîmes des biens-fonds, d’une étendue assez grande pour en former une nouvelle villa. Cette disposition, qui n’avait au reste rien de très-précis, fut rectifiée en 867, en ne permettant plus l’érection d’églises, à moins qu’on n’eût défriché quinque milliaria de landes, dont l’étendue pouvait être augmentée et qui dans ce cas étaient réunies aux anciennes terres cultivées, sous le nom de novales, et soumises aux dîmes en faveur de la nouvelle église.

Ces dispositions nous font croire que les terres de Pahindrecht, aujourd’hui Puyendrecht, dans l’île de Nord-Bevelandt, n’ont été mises en culture qu’au commencement du XIIe siècle; car la construction d’une église suivait, mais ne précédait jamais les défrichements.

Wulfric parvint à aplanir, par l’intermédiaire du même évêque Godebold, un différend qui s’était élevé entre lui et l’abbé de S. Paul, à Utrecht, au sujet d’une métairie dont celui-ci s’était emparé sans titre ni droit et qu’il lui restitua. Sur ses réclamations le comte Baudouin VII lui rendit les dîmes, tant des anciennes terres que des nouvelles, à Wulpen, Cadzand, Rodenburg et Moerland, dont il s’était emparé parce qu’elles avaient appartenu à ses ancêtres; pour donner plus de poids à cette renonciation, l’abbé parvint à engager le comte à faire amende honorable dans sa chapelle palatine de Ste Pharaïlde, en présence de plusieurs seigneurs, « relraxi me a scrupulo periculose temeritatis. » Cette charte ne porte pas de date, mais elle fut délivrée de U 12 à 1119; c’est la première de celles de S. Bavon qui fasse mention de dîmes. Leur produit n’était pas spécialement affecté aux besoins des seuls desservants des églises, car il était admis qu’il devait se partager en quatre lots, dont le premier revenait à l’évêque, le deuxième au curé, le troisième aux pauvres vagabonds, et le quatrième à l’entretien de l’église. Les décimateurs tentaient toute espèce de moyens pour se soustraire au paiement de cette dernière part, ne voulant tantôt entretenir les cloches que jusqu’à 15 pieds au-dessus du faîte des églises et d’autres fois se refusant à réparer l’église même, ou n’en restaurant qu’une partie, sous prétexte qu’elle était trop grande, eu égard à sa population. Mais un Capitulaire de 805 coupa court à ces parcimonies égoïstes, en ordonnant les réparations d’une manière péremptoire et en exigeant qu’elles fussent bien et convenablement exécutées (b).

Ce fut du temps de cet abbé qu’un terrible incendie, alimenté par des maisons construites en bois et couvertes en chaume, détruisit une partie de la ville de Gand, bâtie par Arnould-le-Vieux : les églises de S. Nicolas, de S. Jacques et de S. Jean, échappèrent seules à ce désastre. Ce malheur est rapporté par Guillaume, archevêque de Reims, dans une charte qu’il adressa en 1179 au chapitre de

(а) Baluze, Cap., lib. 1, c. 149.

(б) Le Capitulaire de 804, c. 5, parle d'un signum, nommé klockum, qui servait à appeler les fidèles à l’église. Les Gesta Alderici fait même mention d'un clocarium, avec douze cloches, qui formaient peut-être un carillon. V. Baluze, Cap., lib. G, c. 171.

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S‘" Pharaïde ; il y dit : « Infortunio miserabili praefato oppido penitus igné consumpto , etiam dicta ccclesia (Ste Pharaïldis) in pulverem redacta. »

L’église de Landeghem doit son origine à l’abbaye de S. Bavon : elle fut consacrée en 1121 par l’abbé Wulfric, en l’honneur de S. Liévin, de S. Biaise et de Ste Marguerite. Cet abbé assista au sacre de l’archevêque Simon, qui fut célébré à Reims, et il accorda un généreux asile à Rodolphe, qui avait été révoqué en 1121 de la dignité abbatiale du monastère de S. T rond. Godefroid, duc de Brabant, lui accorda l’exemption, en faveur du domaine de Bettinghem, qui appartenait à son abbaye, des tonlieux perçus dans ses états, et le chevalier N. d’Utkercke et son épouse Ileilewyf lui donnèrent un alleu, qu’ils possédaient à Caneghem.

Malgré les termes de la transaction de 1070 sur les avoueries de S. Bavon, des difficultés sans nom-

bre n’avaient cessé d’exister entre les abbés et leurs avoués. Déjà à plusieurs reprises l’abbé Wulfric s’était plaint à Charles-le-Bon des vexations de Daniel, seigneur de Termonde, qui remplissait ces fonctions à cette époque. Entîn en 1122, le comte prit le parti d’appeler les deux parties devant lui en son château de Bruges : après avoir consulté ses barons, il approuva l’ordonnance du comte Robert sur les avoueries et en décréta le maintien. Cet acte est signé par un nombre considérable de témoins, qui vinrent donner du poids à la décision du comte, confirmée ensuite en 1123 par Rodolphe, archevêque de Reims.

Ce fut après la mort de Charles-le-Bon que l’ancienne organisation du pays en pagus vint à disparaître :1a dernière mention d’un pagus dans les chartes de S. Bavon, se trouve à l’année 1120. Depuis lors la division féodale du pays devint dominante et donna lieu à sa division en châtellenies. L’assassinat de cet excellent prince est attribué à une mesure de rigueur qu’il fut forcée de prendre dans un moment de disette, dans l’intérêt du peuple, contre de vils accapareurs de grains, le chevalier Vander Straeten et son fils Bocard. Ils avaient acheté des abbayes de S. Bavon et de S. Pierre, et d’autres encore, tous les grains qu’elles avaient en magasin, ainsi que quelques cargaisons de céréales, arrivées dans le pays. Cette spéculation fit monter les grains à un prix exhorbitant et provoqua une famine. Le comte, informé de la cause du mal, n’hésita pas à y porter remède, en s’emparant de ces blés et en les faisant vendre à prix réduit, dont le montant était remis aux accapareurs, qui refusèrent de l’accepter. Ils résolurent alors de se venger et tramèrent un complot, dont le comte devint la victime.

L’abbé Wulfric reçut en 1125 une députation de la part de Pétronille, comtesse de Hollande, et d’André, évêque d’Utrecht pour le prier de vouloir désigner l’un de ses religieux, qui fût en état de prendre la direction de Yabbaye d’Egmond. Cette mission de confiance fut donnée par le chapitre à Wautier, prieur de l’abbaye, dont l’intelligence et les vertus lui étaient connues. Ce digne religieux dirigea ce monastère pendant trente et une années; il y ramena l’ordre et la discipline et fit restaurer l’église, les cloitres et leurs dépendances.

Le comte Thierry d’Alsace donna à l’abbaye une preuve non équivoque de sa vénération pour les reliques de S. Bavon, en lui cédant en son honneur plusieurs familles de serfs. 11 les avait exemptés de toutes redevances et corvées envers l’avoué et soumis à une simple prestation au profit de l’abbaye. Ils ne pouvaient se marier qu’avec le consentement de l’abbé et avec l’une de ses serves, à moins qu’ils n’épousassent une personne libre, voulant suivre leur condition.

L’abbé Wulfric, qui mérita par sa sage administration, le surnom de vénérable, mourut le 22 juin 1131. Il fut inhumé dans la crypte de Stc Marie, sous une dalle sépulcrale, près du tombeau où l’abbé Everdée fut enseveli dans la suite.

ABBAYE DE S. BAV03.

ÉGLISE DE GONTRODE.

Ce hameau est nommé par les habitants du pays : Roo et Reu, mots qui se rapportent bien à son ancienne dénomination, Rothen. Rot est un appellatif, que l’on rencontre assez souvent; ainsi Schelderode, Mérode, Rooghem, etc. Les mots de Gont et de Rode trouvent leur racine dans Guun, gun, gaun ( gunnen ), donner, et dans roeyen, royen, extirpare, delere, déroder; Gont est aussi le nom d’un ruisseau qui passe à Gontrode.

Quoique le hameau de Rothen n’ait pas été mentionné dans les chartes de 864 et 976, où l’on parle de Ghisenzele, qui se trouve dans son voisinage, il nous paraît certain qu’il existait déjà. Car ce hameau, de peu d’importance, n’était qu’une dépendance de Ghisenzele, compris dans ses annexes, comme le dit Charles-le-Chauve, « villa Gisingasule cum cunctis appendentiis suis. » Il est nommé pour la première fois dans la lettre de l’abbé Othelbold à la comtesse Otgive, écrite entre les années 1019 et 1030, « inter Rothen et Gisensela rnansi 6 cum ecclesia et dimidia. » Ce dimidia ne peut s’appliquer qu’à ecclesia; nous avons encore rencontré la mention de la vente de la moitié ou du quart d’une église, mais jamais d’une église et demie. Il est possible que cet abbé ait voulu désigner par là une église et une chapelle et partant la chapelle de Rothen, dont Ghisenzele était la mater ecclesia.

En 1108, son existence est certaine, car Ode, évêque de Cambrai, donna son patronage à l’abbaye de S. Bavon : il est donc possible que l’on puisse fixer l’époque de sa fondation entre les années 1019 et 1108 (V. pl. 9).

Cette église, remaniée dans plusieurs de ses parties, est dédiée à S. Bavon : les transepts, et surtout la tour, sont modernes. Son plan présente un parallélogramme oblong, dont la couverture fut exhaussée. Les murs en sont bâtis en grand appareil avec des pierres équarries, provenant des carrières des environs. Les fenêtres primitives, dont quelques-unes sont bouchées, sont à plein cintre, sans ornements et archivolte, placées sur des jambages carrés. A diverses époques, on a pratiqué dans les murs des fenêtres, dont la forme précise l’âge. La façade, qui ne présente qu’une surface plane, est découpée par une fenêtre en tiers point.

A l’intérieur on ne trouve aucun ornement distinctif •. l’ancien vaisseau n’était pas voûté; un simple lambris, posé horizontalement, en cachait les combles. Le chœur est surmonté d’un plafond en ogive, fait en crépi, et les transepts sont voûtés; mais, nous l’avons déjà fait remarquer, ils ont été ajoutés postérieurement à l’œuvre.

Ces détails confirment la date que nous avons assignée à la construction de cette église.

La terre et seigneurie de Rode, formant un des cinq membres du pays d’Alost, est connue pour une ancienne baronnie de Flandre.

Le plus ancien seigneur de Rode, mentionné dans les chartes de S. Bavon, est Gérard, qui avait épousé une dame nommée Hildegarde : ils affranchirent en 1214 des tonlieux qu’ils percevaient dans la seigneurie de ce nom, tout ce qui provenait des courtils de l’abbaye dans le Brabant.

Radulfe, un de leurs fils, échangea avec Jeanne, comtesse de Flandre, les terres de Nieuive-kerke et de Merlebeke, contre les redevances seigneuriales et les dîmes qu’elle possédait à Gontrode, Melle, Lantsrode (ou Landscouter), Botelaere, Munte, Melsene, Schelderode et Gentbrugge, par acte qui porte la date du 27 octobre 1216. Dans la suite cette seigneurie est passée dans la famille de seigneurs de Ghislelles, et par l’alliance d’une des filles de ce seigneur, elle fut transmise dans la maison de

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Luxembourg et de Bourbon. Henri IV, roi de France, la vendit au chevalier Simon Rodiguez, Espagnol, demeurant à Anvers, qui eut à soutenir de graves procès contre divers seigneurs, qui la réclamaient. Les anciens seigneurs de Rode portaient leur bannière « armoyée d’or, à la bende endentée de gueulle, au lion de sable, compassé de gueulle (a). »

Philippe II, par octroi du lRr juin 1581, avait distrait cette seigneurie, het land van Rode, qui s’étendait jusqu’aux abords de la ville de Gand et sur Gendbrugge, de la justice du pays d’Alost et de Grammont, pour la réunir à celle de Gand : il autorisa en conséquence le grand bailli de cette ville à y exercer ses fonctions.

Everdée. — 1151-1151.

Cet abbé fit mettre la main à l’œuvre le lor mars 1158, pour achever la tour de l’église abbatiale, située à l’ouest. Nous ne pouvons traduire d’une autre manière les termes employés par les annales de S. Bavon, qui parlent de ce fait : « Inchoatum est occidentale opus majoris turris Gandavensis coenobii. » La grande tour de cette église se trouvait en effet du côté de l’ouest, au-dessus du porche, près de l’ancien cours de la Lys (51).

L’abbaye ayant conçu l’idée de faire défricher les bruyères qu’elle possédait depuis un temps immémorial au hameau de Hoclaer, dépendance d’Everghem, s’adressa au comte Thierry d’Alsace, pour lui demander la permission de les entourer de haies et de fossés, depuis Hoclaer jusqu’à Everghem, d’y bâtir un manoir et de prolonger le fossé de Wondelghem ( Gundinisgrabt ) jusqu’au nouveau manoir (l>).

Par quels motifs l’abbaye, qui possédait ces biens au même titre incommutable que ses autres propriétés, devait-elle s’adresser au comte pour obtenir la permission d’y exercer un simple acte de propriété? On peut résoudre cette question, croyons-nous, en examinant la situation politique dans laquelle le pays se trouvait alors. La guerre et les déprédations des seigneurs, pour faire face à leurs dépenses, avaient placé les serfs et les colons dans une position désespérée : les terribles inondations de 1129 à 1155 achevèrent leur ruine. De ce moment ils résolurent d’abandonner le pays et d’émigrer vers le nord de l’Allemagne et dans la Thuringe, où ils furent accueillis à bras ouverts. Ils y repeuplèrent les terres que l’extirpation des Slaves et Vaudois avaient rendues désertes (c). Ces émigrations, devenues nécessaires par une situation désespérée, dessillèrent les yeux aux comtes et les engagèrent à améliorer le sort de la population, pour l’engager à ne pas abandonner le pays et à reprendre ses travaux agricoles.

L’abolition des redevances serviles, des punitions arbitraires; la libre disposition d’une grande partie des héritages et des récoltes; le droit de pâture dans les domaines seigneuriaux, sur les chemins publics et les terres en friche; la permission de glaner et de ramasser le bois mort dans les bois; les lois d’affranchissement, les heure, ces pactes politiques, devaient en effet engager les habitants à ne plus émigrer dans l’espoir d’un meilleur avenir, garanti par un pacte social, et attirer dans le pays, par ces avantages, une population étrangère. Le comte Thierry, qui se trouvait en 1144 dans une position difficile, aura suivi la même voie et accordé des avantages aux habitants, ou toléré même des vains par-

fa) V. L’Espinov, Recher, des antiquités, etc., p. 107.

(6) V. Sanderus, t. I, p. 172; le château y est représenté.

(c) V. Raepsaet, Analyse, etc., Suppl., p. 287 : note sur les rapports de la langue flamande avec celle qui se parle encore dans ces contrées.

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cours, dont ils étaient privés du moment que les propriétés étaient bornées et entourées de fossés et de haies. C’est donc à cause de ces concessions, établies tacitement et simplement tolérées, que l’abbaye dut demander au comte la permission d’aménager une de ses propriétés selon ses convenances; permission qu’il n’accorda qu’après en avoir conféré avec scs barons, ses veneurs et un forestier, nommé Jo (32).

Les conventions arrêtées par les comtes de Flandre au sujet de l’avouerie de S. Bavon, n’avaient pas empêché qu’un désaccord profond ne continuât à régner entre l’abbé et les seigneurs remplissant ces fonctions. Le comte Thierry dut aussi intervenir dans ces débats; il fit comparaître devant lui à Bruges, l’abbé de S. Bavon et Gautier de Termonde, à cette époque avoué de l’abbaye. Ces difficultés lui semblaient d’une si haute importance, qu’il exigea que ses barons et ses conseillers lui prêtassent serment de fidélité, avant de se prononcer sur les questions qui leur seraient soumises. La première, sur laquelle ils eurent à délibérer, fut de savoir si l’abbaye devait avoir plus d’un avoué? La solution ne leur ensembla pas difficile; attendu que l’abbaye avec ses biens et ses prérogatives ne formait qu’un seul et même corps, ils décidèrent que l’abbaye 11e devait avoir qu’un seul avoué, jouissant des mêmes prérogatives dans tous ses domaines. Le comte déclara alors que c’était dans ce sens qu’il entendait confirmer les ordonnances des comtes Robert et Charles-le-Bon et arrêta en outre que l’avoué de S. Bavon n’avait plus dorénavant le droit de gîte sur les biens de l’abbaye, ni celui d’y exiger plus d’une levée sur les pourceaux par an.

Au grand étonnement du comte, Gautier approuva cette décision, et comme preuve de son assentiment, il la porta lui-même à l’abbaye et la déposa sur un autel, en abjurant tout sentiment de haine contre elle, et lui promettant aide et secours en toute occasion. Cette démarche spontanée causa tant de satisfaction à l’abbé Everdée, qu’il lui fit un don de 44 marcs d’argent et d’un cheval de bataille; ce point est consigné dans une charte, expédiée à Ypres en 1143. Cette pièce établit en outre qu’à cette époque l’administration des biens de l’abbaye était divisée en deux parties, dont l’une était confiée à certain Ecgabert et l’autre à Gozuin, tous deux prieurs; à proprement parler, c’étaient des surintendants généraux, qui surveillaient l’administration des agents subalternes.

Vers 1130, le comte Thierry et l’évêque de Térouane arrêtèrent une convention sur la juridiction ecclésiastique, d’un intérêt trop général pour ne pas en parler. On y convint que les bans de mariage publiés d’après la coutume, trois dimanches avant la célébration, seraient abolis, à cause des abus qui en résultaient; que dorénavant le mariage se contracterait ad antiquam et canonicam consuetudinem; qu’en matière réelle, la compétence des tribunaux ecclésiastiques ne pouvait s’établir pour cause de cléricature, de veuvage ou de minorité, à moins qu’il n’y eût déni de justice; que les donations de biens immeubles en faveur des églises n’étaient valables, que pour autant qu’elles fussent revêtues du consentement du seigneur et des échevins; que toutes les redevances étaient exigibles, quoique les débiteurs se constituassent serfs pour se libérer; que pour autoriser les poursuites en fait d’adultère, ou ordonner des ordalies (épreuves par le fer, le feu, etc.), il fallait une décision préliminaire de la cour synodale; que les laïcs ne pouvaient être poursuivis devant une cour épiscopale , s’ils ne récusaient pas les juges civils; que les églises seraient rétablies dans la jouissance des droits, etc., dont elles avaient été dépouillées per burgensium conventiones et per libertates quas sibi vindicaverunt; enfin que les créanciers d’un excommunié pour an et jour, pouvaient se faire payer sur ses biens, dont le surplus appartiendrait à l’église.

Ce concordat est conçu avec une intention très-libérale et contient des concessions mutuelles, réclamées par l’époque de l’émancipation des communes; nous ne croyons pas qu’une convention aussi large et aussi conciliante ait été arrêtée dans aucun autre évêché.

CG

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En 11-47, Anselme, le premier évêque titulaire de Tournai depuis S. Eleuthère (35), vint consacrer à Gand la chapelle des Lépreux, bâtie sur un alleu de l’abbaye, situé au-delà de la Lys, hors de la porte de Thorolt. Il autorisa l’abbé à y installer un desservant, si le curé d’Ekkerghem ne pouvait y administrer le service divin. On ne pouvait ensevelir dans le cimetière de la chapelle, que les malades et les infirmiers décédant dans l’hospice. 11 était interdit aux lépreux d’appeler les passants au moyen de clochettes ou de crécelles, pour les apitoyer sur leur sort. Le terrain où cette chapelle était bâtie, n’avait été donné qu’à titre de iief, moyennant une redevance que l’abbaye pouvait exiger.

La même année, E. Van Utenhove et un personnage désigné par l’initiale G., éehevins de la ville de Gand, et Erlebold, en leur qualité d’administrateurs de cet hospice, acquérirent pour son usage, de Baudouin Dodekin, une pièce de terre payant annuellement à l’abbaye une redevance de 5 sols, à condition de nommer un homme mort et vivant, pour payer le droit de mutation, attendu qu’elle n’était point placée en main-morte (54).

Nous reproduisons ici un passage de la préface du cartulaire de S. Bertin, publiée par M. Guérard, concernant l’un des abbés de ce monastère, qui passa douze années à l’abbaye de S. Bavon. « La deuxième partie de la chronique de S. Bertin, renferme le cartulaire de Simon... Il était né à Gand. Il embrassa fort jeune la règle de S. Benoit dans l’abbaye de S. Bertin, où il fut élevé par un moine nommé Lambert, alors chargé des fonctions d’écolâtre et qui enseignait aux jeunes religieux la grammaire, l’Écriture sainte et la musique. Promu à la dignité d’abbé en 1095, Lambert accorda toute sa confiance à son ancien élève et l’envoya dans divers monastères de Flandre, pour y rétablir la règle. L’an 1123 l’abbé Lambert étant subitement tombé en paralysie, les religieux, d’accord avec l’évêque de Térouane, conlièrent provisoirement à Simon l’administration de l'abbaye... Enfin Jean II, abbé de S. Bertin, qui s’était rangé dans le parti du pape Anaclet, ayant été déposé par Innocent II, Simon fut élu abbé à sa place, et consacré par Milon, évêque de Térouane, en 1151. Mais cinq années après, à l’instigation des moines de Cluni, qui prétendaient avoir la suprématie sur l’abbaye de S. Bertin, le pape Innocent cassa l’élection de Simon, parce qu’elle avait été faite sans l’avis de la cour romaine, lorsque la contestation entre S. Bertin et Cluni était pendante devant cette cour. Il ordonna aux moines de S. Berlin de déposer leur abbé et d’en élire un autre avec l’avis et le consentement des religieux de Cluni. A la lecture des lettres pontificales, Simon quitta son abbaye, où il revint mourir en 1148, après avoir passé douze années dans un couvent de sa ville natale. »

Ce fut à l’abbaye de S. Bavon qu’il passa ces douze années, et en reconnaissance de la généreuse hospitalité qu’il y avait reçue, il lui fit don du précieux manuscrit, intitulé : Liber Floridus, compilé par l’abbé Lambert, son ami et son ancien maître. Il existe encore et se trouve à la Bibliothèque de l’Université à Gand; nous en avons déjà parlé.

L’abbé Everdée, après vingt années d’une glorieuse administration, durant lesquels il avait enrichi son abbaye de plusieurs monuments remarquables, résigna ses fonctions en 1151. Il mourut le 12 mars de la même année, et fut enseveli dans la crypte qu’il avait élevée et fait consacrer, à côté de son prédécesseur, l’abbé Wulfric, « ex parte gastriae, » vers le quartier des étrangers.

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