‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Bavon et de la crypte de Saint-Jean à GandChapitre 7 sur 31 · CRYPTE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

CRYPTE DE LA VIERGE

Anselme, évêque de Tournai, vint consacrer une crypte à l’abbaye de S. Bavon, en 1148. Des parties considérables de cet édifice existent encore.

Tous les détails architectoniques de ce monument offrent les caractères d’une époque de transition. Quelques mots d’explication ajoutés aux planches qui en donnent les vues, le plan, les coupes et la restauration, pourront fournir une idée exacte de son aspect au temps de sa consécration. Son aire forme un carré à peu près parfait. Les deux groupes de colonnes cylindriques (lift, a, b, pl. 10 et pl. 18, litt. A), supportaient trois arcades ogivales (55) en grand appareil à claveaux chanfreinés, que l’appât de quelques vieilles ferrailles a fait jeter bas en 1851. Deux autres colonnes placées au milieu de la crypte, aux lettres c, d, pl. 10, mais isolées, furent abattues à une époque qui nous est inconnue : la base de l’une d’elles existe cependant encore (litt. c). Ces deux rangs de colonnes divisaient la crypte en trois nefs (pl. 22).

Les groupes de colonnes cylindriques encore debout (litt. a, b) sont formés de quatre colonnes : celles de face ont 40 centimètres et les deux autres, placées sur l’intersection, 17 centimètres de diamètre. Ces dernières ne sont pas cylindriques, mais ovoïdes, ou pour mieux dire, elles ont la forme d’un cœur dont la pointe se prolonge vers l’interstice entre les colonnes majeures.

Contre les parois des murs, aux lettres e, /(pl. 10), on a répété le groupe des colonnes géminées, mais en intervertissant leur disposition, et avec cette différence que leurs fûts n’ont que la moitié de la hauteur des autres, parce qu’elles sont placées sur les bancs ou subsellia, qui régnent autour de la crypte. Six groupes de colonnettes à trois tiges et quatre autres à tige unique, placées dans les angles aux coins, servaient de point d’appui aux nervures diagonales, qui se croisaient sous la voûte (n). Les chapiteaux de ces colonnettes ont la forme d’une corbeille évasée : ils sont ornés du développement de trois feuilles, formant une volute à leur extrémité, qui fait saillie sur le tailloir (pl. 14, litt. A). Le tailloir est arrondi, suit le contour des colonnettes, sans surplomb, et dans les coins ses angles sont abattus. Les nervures étaient en pierres blanches et les voûtes en briques. Du côté de l’orient, trois fenêtres donnaient accès à la lumière du jour. Leur forme est fort élégante ; l’ogive en est évasée et gracieuse, elle présente un boudin avec scotie, soutenu par deux sveltes colonnettes placées en retraite aux encoignures; les chapiteaux et les bases sont frustes aujourd’hui (pl. 20) (56).

Le sol était décoré d’un brillant carrelage en terre cuite émaillée, dont la variété de couleurs s’harmonisait avec l’ornementation générale et la complétait. On peut placer la date de son exécution, non sans invraisemblance, au XIIIe siècle, peu après l’année 1224, date du dernier enterrement qui se fit dans la crypte. Son ensemble est formé d’une juxta-position de carreaux placés dans du ciment : la matière employée est de la terre, qui prend à la cuison divers tons, suivant l’emploi des éléments chimiques. Les ornements étaient probablement obtenus au moyen d’un moule, qui imprimait un dessin en creux, qu’on remplissait d’une couche de pâte; on appliquait ensuite la couverte ou l’émail, qui donnait l’éclat et la solidité. La composition de ce travail est conçue avec habilité et présente les combinaisons les plus agréables. Le dessin de ce parquetage en terre n’ofl're pas le même caractère sur tout le sol de la

(a) V. pl. 10, litt. g, h, i, le, l, m, n, o, p, q.

ABBAYE DE S. BAVON

es

crypte : du côté des colonnes accouplées (pl. 10, litt. a, b) jusque vers le milieu, la marqueterie, si on peut le dire, était varice à l’infini et formée de carreaux de diverses grandeurs, en couleur jaune, brune et verte. Chaque compartiment était encadré par une bordure de huit carreaux d’une couleur tranchante et sévère; à partir du milieu jusque contre l’entrée, tous les carreaux étaient d’une dimension uniforme (environ 12 sur 12 centimètres sur 4 d’épaisseur), émaillés sur toutes leurs faces et incrustrés de dessins, en couleur jaune sur fond rouge, très-disparates, des fleurs, des zig-zags, des cavaliers montés, des animaux fantastiques, des signes du zodiaque et des fleurs de lis (a) en grand nombre, en commémoration peut-être du roi Dagobert, qui avait puissamment concouru à la fondation de l’abbaye. Ils étaient aussi divisés en compartiments carrés, dont la bordure ne se distinguait que par une teinte plus foncée. Nous n’avons jamais pu nous rendre compte de l’usage ou de la destination de ces six rangées de pierres blanches, armées de petits tronçons en fer, marquées au plan 10 par la lettre x.

Dans les anciennes églises, l’autel « memoria, testimonium ou sacrificatorium » occupait toujours le milieu du monument : à la droite de l’abside se trouvait une salle, qui servait de diaconicum ou sacristie, et même quelquefois une crypte. Dans les églises primitives, on ne voyait jamais qu’un seul autel, presque toujours formé d’une table de marbre, placée au-dessus du sarcophage d’un martyr; dans la suite le nombre des autels augmenta, et ils furent toujours disposés de manière à ce qu’on put tourner tout autour. Généralement les nefs étaient terminées par un mur parallèle à la façade, élevé en avant du sanctuaire et percé d’arcades, dont celle du centre était nommée l’arc triomphal. Dans l’hémicycle qui terminait les basiliques se trouvait le siège épiscopal, élevé sur trois marches, et des subsellia pour les prêtres; l’ensemble de cet abside formait ce qu’on appelle le presbyterium. Enfin les reliques des saints étaient déposées près des portes pour servir de mémento aux fidèles.

Cette disposition intérieure des anciennes basiliques s’applique de point en point à la crypte qui nous occupe. En la considérant avec attention, on peut se convaincre que c’est le plan d’ensemble d’un monument de cette espèce qui a été pris pour guide dans cette construction. Par la disposition des colonnes elle était divisée en trois parties ou nefs, terminées par trois arcades ogivales, dont celle du milieu formait l’arc triomphal [b). Les autels se trouvaient sous ces arcades, ils étaient dédiés à la Vierge, à S. Pierre et à S. Paul, et à S. André. L’abbé, pendant les cérémonies religieuses, se tenait assis derrière l’autel de S. Pierre et de S. Paul, et les moines à droite et à gauche, sur la double rangée de bancs ménagée autour de l’église. Les reliques des saints étaient déposées sous les autels, peut-être même à gauche de la porte d’entrée, entre celle-ci et la fenêtre. A droite se trouvait une crypte latérale (litt. B, pl. 10), qui peut avoir servi de diaconicum , et à gauche une salle voûtée pour le dépôt des vases sacrés (pl. 1, litt. H).

Un mur de refend, dont les fondations existent encore, séparait la crypte latérale (pl. 10, litt. z) du reste de l’édifice; on y a trouvé la naissance de colonnes en faisceau, aux lettres p) qf. Le pavement en était semblable à celui qui se trouvait à l’entrée de la grande crypte : les traces d’un autel ou peutêtre d’un sarcophage étaient visibles à la lettre w. Plusieurs débris d’ornements, teints d’azur, de cinabre et d’or trouvés dans les décombres, des traces de ces mêmes couleurs sur les rinceaux et sur les volutes des chapiteaux encore existants, prouvent que ce monument était décoré et peint dans le même genre que tous ceux de cette époque.

(а) Nous avons remarqué au Musée de Ninive, à Paris, plusieurs briques provenant des ruines de cette ville, portant le dessin incrusté d’une fleur de lis. Les mêmes fleurs sont sculptées sur les casques des personnages des bas-reliefs.

(б) Pl. 10, litt. a, b, e, f., et pl. 18 et 22.

ABBAYE DE S. BAVON

On ne peut contester qu’il n’existât une église à l’endroit où Everdée en fit bâtir une nouvelle : nous avons vu que dès le X° siècle les chroniques parlent déjà d’une crypte de la Vierge, et des abbés qui y furent inhumés. Or les tombeaux de ces prélats y existent encore de nos jours, et ils furent creusés dans le sol avant le constructions d’Everdée, puisque plusieurs se trouvent sous les fondations des murs et même sous celles des colonnes (a). Un autre bâtiment consacré au culte y existait donc avant celui d’Everdée : c’est un point que d’autres circonstances viennent corroborer. Nous ferons remarquer d’abord que le mur de refend du côté du cloître date probablement des temps de S. Amand : on y voit trois rangs de fenêtres, placées à différentes hauteurs. Les deux rangs inférieurs servaient à éclairer un rez-de-chaussée et un étage : elles sont à plein cintre, fort étroites, sans aucun ornement, ébrasées à l’intérieur et accusent une date bien plus ancienne que celle de la construction de la crypte consacrée en 1148.

L’irrégularité du plan de la crypte vient corroborer ce que nous venons de dire. Et en effet, s’il n’avait pas fallu adapter un ancien ouvrage à une nouvelle conception, n’aurait-on pas placé la porte d’entrée de manière à ménager d’un côté autant d’espace que de l’autre? Aurait-on fait loucher l’ouvrage en l’acculant à gauche au tore principal de la porte d’entrée, tandis qu’elle s'en écarte à un mètre et demi vers la droite? Rien ne justifie cette disposition vicieuse que la nécessité de mettre à profit des constructions déjà existantes. 11 en résulte que la porte d’entrée et les fenêtres latérales (pi. 13), sont antérieures au monument consacré en 1148 et que probablement elles faisaient partie des constructions élevées du temps de S. Gérard ou de l’abbé Erembold; à l’exception cependant du cintre principal à listel, surmontant la porte du côté de la crypte, et l’archivolte, à pans découpés, dans *e cloître; forme toute exceptionnelle qu’il a fallu employer, parce que des ouvrages empêchaient de la relever (pi. 12). Nous trouvons une autre preuve de cette antériorité dans la forme et les ornements de cette porte et de ces fenêtres : elles présentent en effet des arcatures géminées, s’appuyant sur deux colonnes centrales, comprises sous un arc à plein cintre commun, dont le tympan est plein. Les colonnes massives et trapues des fenêtres, celles plus élancées de la porte, forment un parallélogramme arrondi et sont engagées d’un demi-rayon dans le pied-droit, qui est cantonné de colonnettes isolées; les chapiteaux quadrilataires sous le tailloir et arrondis sur le fût, ornés de feuilles de plantes grasses, la forme carrée des abaques (un simple cavet surmonté d’une plate-bande) de forte proportion en saillie sur le chapiteau, la forme des bases à tore très-aplati avec une profonde scotie et débordant le socle carré, diffèrent essentiellement des autres colonnes de la crypte (b). Quelle analogie existe-t-il en effet entre l’abaque arrondi et les bases cylindriques des colonnettes à trois tiges, et l’abaque carré et les bases de même forme, à tore aplati, de cette porte et de ces fenêtres? Pas la moindre; à notre avis elles diffèrent essentiellement dans tous leurs détails et la forme des chapiteaux, ainsi que celle des colonnes géminées (c), n’est pas moins dissemblable. Il est inutile de s’étendre plus longuement suice point : l’examen des planches 13, 14, 19, en complétera la démonstration.

En troisième lieu, nous ferons remarquer qu’en examinant le mur placé au-dessus de l’entree (pi. 10, litt. a), on pourra s’assurer que la porte et les fenêtres y furent placées en sous-œuvre. Ce mur fut bâti sur des cintres de décharge, qui ont été coupés pour y ménager le nouvel ouvrage, cela est visible; du côté du cloître l’ajustement incomplet de pierres du pourtour des cintres, le refouillement qui en suit la

(a) V. pl. 10, litt. t, v, u, et pl. 20.

[b) V. pl. 15 et 14, litt, B.

(e) V. pl. 19, litt. A.

ABBAYE DE S. BÀVOFÎ.

courbure, prouvent que ce mur a été remanié après coup : dans l’intérieur de la crypte on en voit une autre preuve, c’est le revêtement en briques et en moellon, nécessité par la dimension transversale plus forte de la porte et des fenêtres, placé contre le mur primitif, qui présente des traces de la maçonnerie à feuilles de fougères.

En résumé, il résulte de ces faits, qui sont constatés, d’abord qu’il y eût une crypte ou une église là où l’abbé Everdée en fit consacrer une autre en 11-48; que la porte d’entrée et les fenêtres (pl. 10, litt. s, et pl. 15) sont plus anciennes que cette crypte et qu’elles ont été placées en sous-œuvre sous le mur de refend, dont la construction nous paraît remonter au temps de S. Amand; toutefois sans que nous puissions assurer si elles proviennent d’un autre bâtiment ou si elles faisaient partie d’un édifice qui fut remplacé par la crypte d’Everdée.

Il existait au-dessus de la crypte une salle, dont nous ne connaissons pas la destination. Elle était ornée de colonnes cylindriques, placées au-dessus de celles massées du rez-de-chaussée; les chapiteaux étaient ornés de feuilles de Nénuphar blanc (Nymphæa alba), plantes très-abondantes à la surface des étangs et que les anciens préconisaient comme antiphrosidiaques : le diamètre des colonnes n’est pas moins de 65 centimètres. Elles supportaient des arcades en plein -cintre , qui retombaient sur des pilastres, placés aux parois des murs et surmontés d’un simple tailloir (pl. 18, litt. R., et pl. 19, litt. B). 11 est vraisemblable que cette salle servait d’oratoire, car nous voyons par une requête adressée dans le temps à l’empereur Charles V, qu’il existait dans l’abbaye trois chapelles intérieures, dont deux se trouvaient dans le pourpris de l’abbaye.

Quand les voûtes de cette crypte s’écroulèrent, nous ignorons à quelle époque, une rangée de huit pilliers carrés de pierres blanches (pl. 10, litt. ij ) remplaça les colonnes centrales pour soutenir la charpente du plafond. Le pavement émaillé, qui avait été recouvert d’une couche de terre et de briques, posées à plat, probablement à l’époque où cette crypte et les cloîtres furent transformées en magasins, ne fut remis à nu qu’en 1854, quand on enleva les décombres provenant de la chute des grands arcs ogivaux et du plafond. En 1845 on plaça dans la chapelle de S. Machaire, les débris de ce pavement exposés aux intempéries de l’air depuis plusieurs années. On est parvenu à en former tous les dessins qui se remarquaient autrefois dans le pavement; il n’y a que le carré représentant un damier qui fut renouvelé (a). Après ce déplacement on résolut de faire fouiller le terrain de la crypte; les premières recherches restèrent sans résultats. Un jour cependant, en creusant le sol pour y enfouir du gravier, la pioche mit à découvert un squelette à lm,20 sous terre; il était placé à gauche, en face

de la porte d’entrée. Piien ne peut faire croire qu’il ait été placé dans un cercueil ou une bière :

il était replié sur lui-même, soit par suite d’efforts pour se défendre, soit par suite de violentes commotions nerveuses, et la tête appuyée sur l’épaule gauche et la bouche contractée et béante. Au côté droit de ce squelette on trouva un peigne de forme oblongue , découpé sur les extrémités , travaillé

en guillochis et à deux rangées de dents. Du même côté, près de la jambe et du bras, on trouva

un anneau attaché à deux chaînes fortement oxidées. On a prétendu que cette chaîne avait servi à descendre le cercueil dans la fosse; mais alors elle se serait trouvée non pas le long du squelette, mais bien transversalement sous le cadavre. Quoique le bras et la jambe ne fussent plus pris dans les anneaux, qui au reste peuvent s’en être séparés par la disjonction des articulations, on doit croire que le cadavre était enchaîné lorsqu’il fut déposé en terre; la contraction du squelette et la position de la chaîne rend cette supposition au moins vraisemblable. Il est encore à remarquer qu’un morceau de corne de cerf était placé sur la partie antérieure de l’abdomen.

(«) V. pl. 21. Cette planche représente une partie du pavement, tel qu’il se voyait dans la crypte.

ABBAYE DE S. BAVON

Cette découverte fit pousser les fouilles avec activité; on arriva bientôt sur les traces d’un second squelette, inhumé également sans bière; il était enfoui à la même profondeur, vers la droite de la porte d’entrée. La tête était séparée du tronc et placée entre les jambes. Des sépultures plus importantes ne tardèrent pas à être découvertes. On déterra successivement douze tombeaux, maçonnés en briques et enduits d’un ciment rougeâtre encore en bon état; un seul était endommagé. La forme de ces cercueils, assez semblable à celle d’une momie, n’a de remarquable que la partie où la tête se trouvait placée. Cette partie suivait exactement le contour des épaules et de la tête. Ces cercueils ont en moyenne 1 mètre 50 à 88 centimètres de longueur et 25 à 35 centimètres de profondeur : ils se trouvaient à 30 centimètres environ sous le carrelage émaillé et placés sans ordre, mais tous avec les pieds vers l'orient. Les rebords de quelques-uns de ces tombeaux ont une rainure, propre à fixer une dalle tumulaire, dont on ne découvrit aucun débris. Les parois intérieures en sont crépies : une croix est creusée sur le fond et on a ménagé à l’intersection de ses branches une petite ouverture pour faciliter l'écoulement des matières visqueuses. Ces cercueils étaient remplis de terre et d’une substance terreuse à moitié cuite, qui forme le lit des fours à briques, et contenaient chacun un squelette, dont les os, remarquables par leurs dimensions, se trouvaient dans un état de décomposition très-avancée.

La forme des bières n’a pas varié depuis les temps les plus reculés; elle était semblable à celle des tombeaux qui nous occupent, des coffres en tuf ou en pierre, des espèces d’auges moins larges aux pieds qu’à la tête. Avant le pontificat de Nicolas Ier, élu pape en 858, on ne pouvait enterrer dans les églises que les évêques et les abbés, et parfois d’autres personnages recommandables par leurs vertus. Mais ce pape accorda cette faveur à tous les fidèles indistinctement.

Plusieurs des tombeaux de la crypte remontent à une antiquité assez reculée et y furent placés avant la consécration de la crypte en H 58. Voici les noms des personnages qui y furent ensevelis, suivant la chronique de Thielrode :

Eynkeric, mort en 852, devant l’autel de S. André;

Columban, » 959, devant le même autel, « sub areu lapideo, parum remolius; »

S. Machaire, » 1012, devant l’autel de S. Pierre et de S. Paul;

Erembold, b 1017, devant l’autel de S. André, « in eminenli tombà; b

Wulfric, b 1131, devant le même autel, « sub lapide proximo Everdei; »

Everdée, b 1151, enseveli devant l’autel de S. André, « juxta Wulfricum ex pane gastriae; b

Betto, b 1177, devant l’autel de la Vierge;

Wilhelm, b 1189, à côté de Wulfric;

Heinric, b 1224, devant l’autel de S. André.

Les tombeaux placés sous les colonnes, aux lett. t, u de la planche 10, s’y trouvaient déjà avant l’élévation de celles-ci en 1148; ceux des litt. v, r et z'sont peut-être moins anciens, attendu qu’on avait l’habitude de ménager dans les murs une arcature au-dessus dn tombeau, pour y placer une inscription; arcature nommée cubiculum arcuatum ou arcus lapidens, comme Thielrode le dit.

La disparution des pierres tumulaires de ces cercueils, l’absence de toute parcelle de costume pontifical, qui servait de linceul aux abbés, nous fait supposer qu’on les a comblés par mesure hygiénique, ainsi qu’on l’avait fait dans d’autres églises, à l’exemple de Théodulphe, évêque d’Orléans de 788 à 821, qui publia la résolution suivante : « Corpora quae antiquitus in ecclesia sepulta sunt ne quaquam projicianlur, sed tumuli qui apparent, profondius in terrain mittantur et pavimento superfacto, nullo tumulorum fastigio apparente, ecclesiae reverentia conservatur. b Nous pensons qu’on aura pris cette mesure au commencement du XIIIe siècle, quand on plaça dans la crypte le carrelage émaillé.

ABBAYE DE S. BAVON

Quand on se fut assuré que l’on avait découvert tous les tombeaux dans la crypte principale, on songea à continuer les fouilles dans la crypte latérale (pl. 10, litt. B). A 20 centimètres sous un pavement en carreaux rouges, la pioche mit à jour des carreaux verts et jaunes, disposés en losange et encadrés dans des rangées longitudinales, représentant des lis, des cerfs et d’autres dessins. Sous ce carrelage, dont une partie est conservée dans la chapelle de S. Machaire, on découvrit huit tombeaux, orientés comme les autres, de même forme, sans couvercles, remplis de terre et contenant aussi un squelette. La dimension de deux de ces tombeaux était plus grande que les autres : celui appuyé contre le mur (litt. a, pl. 20) avait 2 mètres à l’intérieur, et celui à gauche (litt. a’, b’) avait 65 centimètres de largeur aux épaules. Les parois de ces deux tombeaux sont maçonnées en moellons; la configuration de l’un est aussi différent, car la place des épaules n’y est pas marquée, et au fond on voit deux petits mamelons, servant de soutien à la tête. Au pied du mur, litt. c, se trouve la tombe d’un adolescent; la dimension des os ne pouvait laisser de doute à cet égard. Dans le tombeau à la litt. d’, on trouva quelques ossements incinérés, mêlés à des os qui ne l’étaient pas.

On n’y a découvert aucune inscription, qui put nous mettre sur la voie pour découvrir le nom des personnages auxquels ces tombeaux ont appartenu; et nous n’avons aucune raison pour croire qu’ils soient plus anciens ou plus modernes que ceux de la crypte principale.

On continua les fouilles dans toutes les parties du cloître et du préau; mais on ne découvrit que des fragments de poterie romaine et quelques médailles, dont nous avons déjà parlé. On souleva des dalles, placées sous les contreforts du cloître : c’étaient d’anciennes pierres tumulaires, dont l’une portait l’empreinte d’un ciboire en marbre blanc, marque certaine qu’elle avait appartenu à un membre du clergé, et une autre, des traces d’une inscription en caractères du XIIIe siècle, qui ne présentent aucun sens.

La pioche des niveleurs du château de Charles-Quint et de Philippe II vient de déterrer la seule pierre tumulaire, de deux des abbés de S. Bavon qui soit parvenue jusqu’à nous : elle est en pierre de Tournai polie, oblongue de 40 sur 60 centimètres, et porte l’inscription suivante en lettres onciales du XIIIe siècle :

KIC JACET ADELARD ABB. GANDN.

53tius qjjj OBIIT VI NONAS MARTII

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