‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 10 sur 69 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

lâche et sans se lasser à l'œuvre de leur salut. Tout en défrichant les landes de leurs forêts, ils défrichent aussi leur ame, dont ils extirpent impitoyablement les vices et les faiblesses , pour y semer, à pleines mains, l'humilité, la bienfaisance fraternelle , le fervent amour de Dieu.

Les monuments du zèle et de la charité des moines se reproduisent partout dans l'histoire. L'Eglise n'oubliera pas qu'à l'époque de la féodalité , par leurs communications entre eux, par leurs voyages, ils ont été le lien d'unité qui rattachait les membres divers de l'Eglise catholique. Qu'on se rappelle les longues luttes qu'ils ont soutenues, au moyen-âge, pour la liberté des peuples. Notre civilisation n'est-elle pas fille et héritière du christianisme? Nos lois, dans ce qu'elles renferment de plus sage, n'ont-elles pas été prises dans la règle des moines, dans les décrets des conciles et dans les Capitulaires de Charlemagneî II faut apprendre au grand nombre, qui l'ignore, ce que la civilisation doit à l'Eglise et ce qu'elle a à craindre en se séparant d'elle ; ce que les hommes d'Etat , qui sont si avares de liberté envers le clergé, doivent à ceux qui ont créé cette liberté elle-même.

Le monde entier connaît les aumônes des moines. Il n'est pas jusqu'à l'architecture qui ne se soit inspirée à la vue de leurs établissements, qui résumaient toute la magnificence des institutions catholiques. Ils ont aussi été les gardiens des sciences et des arts. L'Eglise leur doit , en grande partie , sa liturgie , la

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conservation des ouvrages des Pères ; car le cloilre a été et sera toujours la demeure la plus propre pour acquérir , à la fois , beaucoup de connaissances et beaucoup de vertus.

Les moines ont recueilli les matériaux les plus précieux de notre histoire. Sans leurs veilles laborieuses, des siècles entiers seraient ensevelis dans l'oubli ; ils ont été acteurs et historiens du grand drame qu'ils écrivent. Ils ont laissé sur l'Eglise et sur les couvents de vastes recueils, où les esprits studieux vont puiser aujourd'hui de précieux renseignements. Trouveront-ils, à leur tour, ces historiens des siècles passés, des lecteurs bienveillants et sympathiques qui aimeront à méditer sur les ruines de leurs établissements, qui mettront de côté les questions de politique et de spéculations commerciales, pour contempler ce qu'il y a de grave et d'élevé dans une existence religieuse et territoriale de quatorze siècles?

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