LOTHAIRE DE FRANCE
Le roi Charles avait placé son fils Lothaire dans l'abbaye de Saint-Germain pour y faire son éducation. Ce prince , né d'Ermentrude , première femme du monarque, vers Tan 8*8, était boiteux. Son père, qui le destinait au service des autels, le fit abbé de ce monastère à l'âge de treize ans; il lui donna en même temps celui de Moutier- Saint-Jean , où il fut ordonné clerc en 861 . Sa dévotion
(1) Caiful. de S.-G., f. 50, 32, 53 cl 33; Lel>., mcm., 1. 1, pr. p. 3.
pour saint Germain était très-grande : c'est pourquoi il fit mettre son corps dans une châsse d'or ornée de pierres précieuses, et fit une fondation pour qu'une lampe brillât continuellement auprès. Il chargea lui-même Héric, son précepteur, de mettre sa vie en vers latins. Lothaire était devenu abbé de Saint-Germain par la cession que lui en avait faite Hugues-l'Abbé, son cousin, vers l'an 860. Cinq ans après , le roi son père passa à Auxerre avec une suite nombreuse , et logea au monastère. Il était accompagné de Loup de Ferrière. Us furent reçus avec tant de marques d'honneur et tant de bienveillance, que Loup de Ferrière envoya , depuis , une lettre aux moines, dans laquelle il les remercie de l'accueil plein de tendresse dont il avait été en particulier l'objet. Cette lettre a été publiée dans ses œuvres.
Charles-le-Chauvc , dans sa sollicitude pour les moines de Saint-Germain , qui lui étaient chers à plus d'un titre , accorda, en 864, une charte dans laquelle il fait rénumération des biens attachés à leur mense, qu'il range sous sa protection royale. Les religieux la firent approuver ensuite dans un concile assemblé à Pistes-sur-Andelle. Voici quelques-unes de ces propriétés qui nous rappellent l'ancienneté des lieux où elles étaient situées. Nous omettons beaucoup de noms que la faute des copistes et les changements survenus dans la localité à la suite des siècles, rendent difficiles à reconnaître. Le roi déclare l'abbaye propriétaire dHéry, d'Hauterive en entier, de la moitié d'Aucep avec l'église. 11 la reconnaît aussi revêtue de la propriété de diverses métairies situées à Orgy , à Poilly et surtout à Montelon, à Lucy et à Magny, où se trouvent jusqu'à vingt-quatre métairies destinées, par la volonté des rois, à l'usage des moines. Le monarque parle de celle de Mélédrat, attachée au monastère par la libéralité royale; de la terre de Quincy, de celle de Coucy, dont les religieux
réservaient les revenus pour le portier et les domestiques de l'abbaye. 11 met ensuite au nombre de leurs propriétés une métairie à Seignelay, avec des vignes , et une aux Baudières. Dans la même charte , il fait mention d'autres biens donnés , par différentes personnes, en aumônes , et pour obtenir les honneurs de la sépulture à Saint-Germain. Il y ajoute les terres de Néron, de Lignorelles, données par llérimare, homme noble, et celle de Venouse avec sesdépendances, destinées à nourrir les pauvres. 11 cite encore une métairie avec des vignes à Bassou , et beaucoup d'autres. Le prince veut qu'à certaines fêtes des saints, le prévôt ou le doyen préparc un festin aux moines; qu'on fasse, sur le revenu du monastère , une part pour les hôtes riches ou pauvres, comme on le pratiquait autrefois ; qu'on prenne aussi sur ces revenus pour les réparations du monastère. Il défend aux abbés d'employer le reste à d'autres usages qu'à celui des serviteurs de Dieu , et il veut que l'abbaye jouisse paisiblement de tout ce que les moines apportent en entrant en religion, ainsi que des offrandes que les gens de bien pourront leur faire (1).
La même année, qui était la vingt-quatrième de son règne, Charles-le-Chauve , étant à Auxerre, expédia une autre charte dans laquelle il approuva l'échange que les moines avaient fait avec Conrad de la terre de Môlay et de celle d'Acliny, aujourd'hui Églény , pour celle de Requeneux, qui se composait de seize métairies. Celle d'Églény en réunissait trois avec deux moulins et un droit de pêche. Requeneux avait été donné par le roi pour la dot de Valdrade, lorsqu'elle épousa Conrad-le-Jeunc, qu'on croit fils du fondateur des grottes de Saint-Germain (2).
En 862, pendant que Lothaire était abbé, le roi son
(1) Gall. christ., 1. 12, instr., p. 98.
(2) Cartul., f. 25. Leb , mém., 1. 2, pr. p. 5.
jHîre envoya plusieurs religieux en ambassade vers le pape Nicolas Ier. Après s'être acquittés heureusement de leur mission, ils obtinrent du pontife que le monastère de Saint-Germain serait soumis directement au Saint-Siège. Ils rapportèrent, en outre, de riches présents. Le pape leur avait donné une grande partie du corps de saint Urbain , de celui de saint Tiburce , ainsi que des reliques de saint Sébastien et des sept frères martyrs. Ils visitèrent en passant le fameux monastère d'Agaune, dans le diocèse de Sion, vers la Suisse. Ils obtinrent, après bien des instances, une partie du corps de saint Maurice, et la tète de saint Innocent, l'un de ses capitaines. Le duc Hucbert , frère de la reine Titeberge, délaissée par le jeune Lothaire, était abbé séculier de ce monastère. Dieu signala l'authenticité des précieux trésors qu'ils apportaient , par plusieurs miracles opérés pendant la route (1) ; ce qui montre que les fidèles accouraient sur le passage des reliques, portant avec eux leurs malades, et que plusieurs se trouvaient guéris. Il est certain que ces miracles, accordés à la foi vive des peuples, n'étaient pas rares alors. Toute la communauté de Saint- Germain alla au-devant des reliques en chantant des psaumes et des hymnes. Ce présent du pape , auquel on attachait le plus grand prix , consola les frères au milieu des tribulations qu'ils éprouvaient.
Enfin, toute l'église de Saint-Germain étant terminée , on s'occupa de la consécration des divers autels qu'elle renfermait. Chrétien , évêque d'Auxerre , pria Erkenraûs, de Chàlons-sur-Marnc, de faire la consécration des cryptes, se réservant, comme chef du diocèse, celle des augmentations faites à l'église, parmi lesquelles se trouvait, dans la partie occidentale, l'oratoire de saint Jean-Baptiste. Cette dédicace à laquelle toute la ville prit part, se fit le 20 mai
(I) Ueriti de mirar.,c. 14.
805 (1) avec une pompe extraordinaire. Déjà à la prière du roi Charles-le-Chauve , on avait devancé la consécration de la chapelle où reposait le corps de saint Germain. Ce passage, tiré de dom Viole, démontre qu'outre les cryptes, on avait rebâti l'église en tout ou en partie. L'évêque d'Auxerre et les moines firent présent au prélat consécrateur d'une portion considérable des reliques de saint Urbain, martyr. Il les reçut sous le nom du saint pape Urbain Ier, et les destina à une abbaye de son diocèse qu'il dédia à ce glorieux pontife. 11 ne restait plus qu'à déposer les corps saints dans la nouvelle église.
Héric nous a laissé le récit de cette translation. « Aussitôt, dit-il, que les constructions furent terminées, et que le clergé et le peuple fidèle eurent trouvé cette demeure assez pourvue d'ornements pour renfermer les précieux gages des corps saints , on y transporta d'abord les ossements des martyrs et les corps des bienheureux pontifes qui avaient gouverné l'Église d'Auxerre et qui y avaient reçu leur sépulture. On les rangea autour du corps du grand saint Germain, afin de placer sous une même voûte ceux que le palais des deux réunissait déjà. A droite, on déposa dans un même cercueil les ossements du bienheureux Urbain, pape, avec la tête de saint Innocent, martyr. Plus loin , on mit le corps du vénérable Alode , ensuite ceux de trois saints évêques : Urse , Romain et Théodose. A l'orient, au-delà de l'autel , on déposa les membres vénérés de saint Aunaire, confesseur et évêque. Les reliques du glorieux martyr Tiburce occupent le côté gauche avec celles de cinq pontifes , savoir : saint Fraterne , martyr, saint Censure, saint Grégoire, saint Didier et saint Loup près de saint More, qui reçut la couronne du martyre étant encore enfant. » La situation présente des
(1) Léo., mém., I. 1, p. 18e. Dom Viole, mém., I. 2, p. S4i.
Plan des Cryptes Je l'Eglise SI- Germain d'Anxerre
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saintes grottes est toujours conforme à la description qu'en fait Héric.
Au neuvième siècle , l'esprit public, relativement à la vénération des reliques, change sensiblement. Le peuple est serf, il n'a plus la liberté d'aller, comme auparavant , en pèlerinage. Les églises et les abbayes sont possédées par des laïques qui s'emparent des offrandes. Qu'on ajoute à cela les guerres, les pestes , les malheurs publics qui détournent le peuple de ces actes de dévotion : de sorte qu'Héribalde , évêque d'Auxcrre , après y avoir réfléchi mûrement, fit enlever de la cathédrale et des autres églises de la ville les tombeaux des saints qu'on y vénérait, et les fit transporter à Saint-Germain , dans l'église souterraine dont les portes ferment. Ainsi les reliques sont soustraites aux regards: on ne peut plus les visiter que rarement. Les saintes grottes ont été depuis un dépôt de corps saints.
Pour donner une idée plus exacte des cryptes de Saint- Germain, nous allons les parcourir en indiquant successivement les chapelles particulières et les saints qui y reposent. Nous prendrons pour guide la description donnée par dom Fournier, et le procès-verbal de la visite des tombeaux faite par l'évêque Séguier , en 1634 et 1636. Nous devancerons les dates pour quelques saints qui y ont été déposés depuis la première translation.
Après avoir descendu quinze degrés, on arrive dans cette demeure vénérable : on voit d'abord à gauche, dans un caveau profond de deux mètres, le tombeau de saint Héribalde. C'est le plus beau sarcophage en pierre que l'on y remarque. Ce saint évêque , qui fut aussi abbé de SainUGermain , montra une grande patience dans les maladies. Sa prière était continuelle et ses aumônes sans réserve. A quelques pas de lui, sous une voûte un peu plus profonde , on rencontre les tombeaux de trois autres évéques d'Auxcrre , savoir: celui de saint Fraterne , qui
82 HISTOIRE DE L ABBAYB
mourut martyr , celui de saint Abbon , d'abord abbé de Saint-Germain, puis évêque. En 163G, son corps fut trouvé revêtu d'un cilice et couvert par-dessus d'un habit monastique. Le troisième tombeau est celui de saint Censure, mort vers l'an 500 (t). On lui doit la vie de saint Germain qu'il fit écrire par Constance. Saint Sidoine Appollinaire, avait pour lui tant d'estime, qu'il lui marque que s'il veut l'honorer d'une réponse, il regardera sa lettre comme tombée du ciel. On lit sur la muraille trois inscriptions qui indiquent le nom de chacun de ces évèques : Ici repose , d'heureuse mémoire, saint Fraterne, evesque et martyr, lequel au mesme jour qu'il fut eslu et sacré fut martyrisé et occis, qui fut le vingt-neuf de septembre, inhumé en l'esglise de Saint-Germain. On peut voir, à la fin de cet ouvrage , les diverses épitaphes des évêques et des abbés qui ont été recueillies avec soin.
Au-dessus du lieu où se trouve le corps de saint Censure, on remarqua, lors de la visite des tombeaux, une chasse ou coffre de bois rempli de reliques de divers saints, enveloppées séparément dans des morceaux de soie. Une vieille inscription portait que c'était des restes de plusieurs saints trouvés autrefois derrière l'autel matutinal, nom que l'on donnait à celui qui est derrière le grand. Comme la châsse tombait de vétusté , l'évêque la fit déposer dans l'armoire d'un gros pilier dont il va être parlé.
Venait ensuite la chapelle de saint Benoît et de saint Romain. Le corps de ce dernier abbé avait été apporté du monastère de Font-Rouge (2) dans l'église de Saint-Amatre et transféré, en 845, dans les saintes grottes. La moitié de
(1) Gesla ejmcop. Autiss., p. 418.
(2) On montrait encore, au dix-huitième siècle, une chambre prés de l'église de Druyes, qu'on disait avoir fait partie de ce monastère, fondé par saint Romain, et avoir servi à son tirage.
DE SAINT-T.ERMAIN. 83
ses reliques fut donnée à Ansegise, archevêque de Sens, en 876, et le reste dépose dans une même châsse, avec celles de saint Aunaire , dans un lieu élevé derrière le grand autel, où elles sont demeurées jusqu'à la dévastation des huguenots, en 1567. Elles furent jetées alors confusément sur le pavé de l'église. La châsse fut emportée par les fougueux religionnaires, et les reliques qu elle contenait recueillies avec d'autres par des gens de bien, furent enfin déposées, en 1636, dans un gros pilier des saintes grottes. Cette sorte d'armoire, qui avait environ trois mètres trentetrois centimètres de profondeur avec une largeur et une hauteur proportionnées, renfermait déjà plus de vingt-cinq corps qu'on croyait appartenir à des saints, parce qu'on n'a jamais donné la sépulture dans les cryptes qu'à des fidèles morts en odeur de sainteté. On pense que ces corps sont ceux des religieux de Saint-Marien , qui furent martyrisés par les Normands. La chronique de ce monastère rapporte que saint Geran, évêque d'Auxerre, fit transporter dans les saintes grottes, le 24 septembre 912, le corps de saint Marien (1) et ceux de ses religieux qui avaient souffert le martyre. Le lieu où ils furent déposés ayant été muré immédiatement après, leur servit de sépulture et les conserva jusqu'à nos jours avec les vêlements qu'ils portaient au moment de leur mort glorieuse. Les huguenots n'en eurent pas connaissance , ce qui les préserva de la profanation. On lisait seulement au dehors le mot Polyandrion 9 qui signifie en grec : lieu où reposent beaucoup de corps.
Lorsqu'on 1636, l'évêque Séguier visita solennellement les saintes grottes , il ouvrit cette armoire et la fit murer de nouveau, n'en laissant subsister qu'une petite d'environ
(I) La paroisse de Mézilles, qui Ta adopté pour son patron , célèbre ce même jour sa translation avec une grande pompe.
Digitiz
un mètre de hauteur sur un demi de profondeur. Il garnit l'intérieur de gradins, qu'il ferma de rideaux d'étoffe précieuse, d'une vitre et d'une porte avec serrure. On y plaça les reliques échappées aux profanations des huguenots, et la châsse trouvée dans le tombeau de saint Censure. En 4663, les religieux mirent la plus grande partie de ces reliques, ainsi que celles d'une seconde et d'une troisième armoire , dans deux châsses de bois doré , qui furent portées dans la cathédrale en 1793 (1), comme nous le verrons plus loin.
A côté se trouve l'entrée de l'escalier qui descend à la chapelle de saint Clément. On compte cinquante marches depuis la porte de l'église jusqu'à cette chapelle , et lorsqu'on y est descendu, on n'est qu'à moitié de la pente qui conduit à la rivière. Là, on remarque trois chapelles bâties l'une au-dessus de l'autre : ce sont celles de saint Clément , de sainte Maxime et de la Vierge. La voûte des deux premières est terminée par dix arêtes aboutissant à un rond-point qui a trois mètres cinquante centimètres d'élévation. L'entrée de la chapelle de saint Clément est soutenue par deux piliers octogones. Les religieuses de Saint-Augustin, chargées du service de l'hôpital, l'avaient choisie pour le lieu de leur inhumation. Les sœurs de Saint- Vincent-de-Paul , qui les remplacèrent en 1836, lui conservèrent la même destination. Elle est aussi claire et aussi saine que celles qui sont au-dessus (2).
Nous voici arrivés au fond des saintes grottes. Là se trouve la chapelle intéressante de sainte Maxime , dont la voûte est portée par deux rangées de colonnes. Sa largeur , près
(1) Relation historique sur les reliques de la cathédrale et sur celles de l'église de Saint-Germain. Auxerre, 1797.
(2) Eo 1793, elle servit de logement au jardinier de la maison d'éducation établie dans l'abbaye : c'est pourquoi on y voit une cheminée.
de l'autel, est de sept mètres. On remarque, sur la muraille une main, reste d'une fresque représentant cette sainte, qui semble montrer du doigt que son corps est enterré sous l'autel. Les huguenots ont effacé l'inscription. Sainte Maxime est une des cinq vierges qui suivirent le corps de saint Germain lorsqu'on le rapporta d'Italie. Elle passa ie reste de ses jours auprès de son tombeau dans les exercices de la piété chrétienne.
En 1636, on voyait son portrait et celui de ses compagnes peints sur la muraille avec cette inscription : Cy gist le corps de madame sainte Maxime, qui accompagna saint Germain, de Ravenne jusqu'en ce monastère, avec sainte Pallaie, sainte Magnance, sainte Camille et sainte Porcaire.
A l'entrée de cette chapelle se trouve un tombeau fermé par une trappe, où repose le corps de saint Marien ; audessus est un bas-relief représentant une croix de chevalier du temple. Il est rapporté, dans un procès-verbal rédigé en français et où l'on remarque plusieurs circonstances omises dans celui de l'évêque d'Auxerre, de l'an 1636, qu'on trouva le pied droit de saint Marien encore dans son soulier; il avait tant de fraîcheur qu'on eût dit que le saint était mort récemment (1). L'évêque saint Geran, qui endossa la cuirasse pour repousser les Normands, repose auprès de lui (2). Une inscription placée au fond de cette chapelle apprend que le corps de saint Optât , évêque d'Auxerre , celui de saint Sanctin et celui de saint Mémo-
(1) Descript. des saintes grottes, p. 59.
(2) L'abbé Lebeuf pense que son corps est toujours à Soissons ; les autres historiens conviennent qu'il mourut dans celle Tille , mais ils disent que son corps fui rapporte à Auxerre. Une fresque , que l'on remarque près de son tombeau, représente une crosse et une pique en sautoir avec une mitre au-dessus, et au bas un casque et un trophée d'armes avec ces mots : Sic sacra tuetur. C'est ainsi qu'il défend les choses saintes. Descript. des saintes grottes, p. 69.
rien, deux prêtres de son diocèse avec lesquels il était lié d une étroite amitié, reposent dans le même tombeau que l'on croit renfermé dans la muraille. La dépouille mortelle de saint Grégoire, qui gisait près du grand autel, a été descendue solennellement dans cette chapelle en 1820. L'histoire loue la pénitence de ce prélat, qui menait, au milieu du monde, une vie aussi mortiûée que celle des anciens anachorètes. Cette même chapelle renferme deux mosaïques couvertes par le parquet de l'autel : l'une représente David tenant d'une main l'épée et de l'autre la tête de Goliath ; la seconde montre le corps de ce géant étendu par terre , ayant la tête tranchée. Ces mosaïques faisaient partie du pavé du sanctuaire de l'église. Lorsqu'on la répara, en 1676, on les transporta dans la chapelle de sainte Maxime.
En la quittant, on traverse la nef en passant sur le tombeau de saint Aunaire et sur celui de saint Didier, puis on se trouve en face de celui de saint Germain dont il a déjà été parlé. On voit son énorme sarcophage en pierre, élevé d'un mètre au-dessus du pavé , et le caveau profond où il reposa longtemps. Ici pas d'inscription ; le visiteur comme le pèlerin reconnait qu'il est devant le tombeau du grand évêque ; un marchepied , placé auprès , les invite à s'agenouiller et à lui adresser une prière. Bientôt on n'aura plus d'autres reliques de saint Germain que cette pierre de son tombeau , qui sera aussi précieuse aux fidèles que l'était autrefois la poussière des églises des martyrs , qu'on ramassait avec respect et à laquelle on attribuait un pouvoir surnaturel. En suivant un couloir, qui en fait le tour, on arrive devant l'autel du saint , qui occupe le centre des saintes grottes et qui se trouve précisément au-dessous du grand autel de l'église. On se rend aussi dans cette chapelle par une entrée plus rapprochée de celle des saintes grottes. Sa longueur est de quatre mètres soixante centi-
mètres, et sa largeur de sept mètres soixante. La voûte en berceau retombe sur quatre colon nettes hautes d'environ trois mètres. La lueur sombre qui arrive en cet endroit éloigné des fenêtres, ajoute à l'impression involontaire dont le vrai chrétien ne peut se défendre. Il se trouve, en effet, au milieu d'une foule de corps saints que Dieu doit revêtir un jour de gloire. 11 lui semble voir rangés autour de lui tous ces bienheureux attendant sonner l'heure de la résurrection pour s'élever dans les cieux brillants de clarté et d'immortalité.
Près de l'autel de saint Germain, du côté de l'épître, est un caveau où l'on remarque deux tombeaux à demi enfoncés dans la terre. Le plus rapproché est celui de saint Théodose, évêque d'Auxerre, qui mérita, par la sainteté de sa vie, d'avoir sa sépulture dans ce lieu vénérable. Il mourut en 515, âgé de 75 ans. A l'ouverture de son tombeau, en 1634 , on trouva son corps presque réduit en cendres ; on y remarquait encore une partie de ses sandales. L'évêque d'Auxerre atteste dans son procès-verbal qu'en ce moment beaucoup d'assistants avaient senti s'exhaler une odeur très-suave et toute céleste. Dom Fournier assure , dans la description des saintes grottes, avoir vu aussi bon nombre de personnes qui avaient éprouvé la même sensation à la seule ouverture du caveau, et qu'elles lui avaient demandé si on n'y entretenait pas des odeurs. L'autre tombeau renferme les restes mortels de saint Romain, évêque d'Auxerre et martyr: Héric dit que ce fut un homme d'une vie très-sainte. En 1636, on trouva son corps presque réduit en cendres et mêlé de beaucoup de poussière qui s'était introduite par les fentes du sarcophage. On voyait auprès une fresque représentant un évêque avec cette inscription : Ci-git le corps de saint Romain...
Au fond de la même chapelle, au midi, repose saint Eleuthère. évêque d'Auxerre. Son tombeau et ceux tic plu-
sieurs autres saints sont rangés les uns au-dessus des autres et cdmme cachés dans la muraille. L'évêque d'Auxcrre , dans sa visite , en compta six placés deux à deux : ce sont les sarcophages d'autant de personnages éminents par leur sainteté, dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous. On se contenta d'en ouvrir un seul qui paraissait plus grand que les autres, et on remarqua qu'il contenait plus d'ossements qu'il n'en faut pour composer un corps humain. Il s'y trouva, en outre, un second cercueil de pierre de cinquante centimètres de longueur, qui renfermait le corps d'un enfant dont les ossements paraissaient couverts de sang et de terre détrempée. Il existe dans ce mur une autre cavité remplie de reliques et fermée par une petite grille defer. On pense que ces tombeaux sont ceux des martyrs que les barbares immolèrent à Àuxerre dans leurs irruptions. Après leur passage , les fidèles auront ramassé leurs précieux restes parmi lesquels se trouvait le corps d'un enfant qu'ils avaient égorgé. Son petit tombeau fut tiré de celui dans lequel il était renfermé et exposé à la vénération des fidèles. Saint Loup, cet évéqucqui faisait partie de la suite de la reine Clotilde, lorsqu'elle vint à Auxerre , repose aussi dans la chapelle de saint Germain , dans un caveau du côté de l'Evangile. En 1636 , on visita son corps qui était d'une très-haute taille ; quelques parties étaient réduites en cendres.
Revenons dans la nef circulaire des saintes grottes, que nous avons quittée pour visiter la chapelle de saint Germain, et suivons-la jusqu'à la sortie. A côté de la chapelle de sainte Maxime , on trouve celle de Notre-Dame-de- Consolation et de saint Martin. Le pilier qui les sépare renferme une armoire dans laquellese trouvaient plusieurs reliques très-respectables ; c'étaient divers ossements provenant des châsses que les huguenots avaient profanées. De pieux fidèles les avaient ramassés et remis aux religieux
qui les avaient renfermes dans un tombeau en pierre qu'on déposa dans cette armoire, qui resta murée jusqu'en 1636. Une croix, peinte sur l'entrée, indiquait le lieu du précieux dépôt et excitait la piété des fidèles qui allaient la baiser par respect. On verra plus loin un miracle éclatant arrivé à l'occasion de ces reliques , sur l'authenticité desquelles deux personnes avaient élevé des doutes. On croit que c'étaient celles que renfermaient les châsses de saint Mari en, de saint Aunaire, l'un des plus dignes prélats qui aient gouverné l'Eglise d'Auxerre, de saint Romain , abbé, de saint Urbain, de saint Tiburce, de saint Thibaut, de saint Didier, qui répandit tant de bienfaits sur les églises et sur les monastères, et de sainte Eugénie. Cette glorieuse martyre a été célèbre dans tout le monde chrétien. Le pape Jean X remit , vers l'an 931 , son corps à Gaudry , évêque d'Auxerre , qui le partagea entre sa cathédrale , l'église de Saint-Germain et celle de Varzy, qui est dédiée en son honneur. En 1793, ces reliques furent transportées a\ ec d'autres à la cathédrale, où elles subirent des profanations, comme on le verra plus loin. L'armoire où elles étaient contenues, demeurée ouverte depuis cette époque, laisse voir aux visiteurs une croix en pierre de taille , longue d'un mètre seize centimètres, et large de soixantesix centimètres. Elle fut trouvée en 1630 au milieu du grand autel lorsqu'on le démolit. Elle a plusieurs cavités remplies autrefois de saintes reliques. A l'extrémité d'un des bras se trouvait une petite fiole de verre contenant de la terre détrempée de sang. On la regarda comme une relique de saint Maurice, qui avait appartenu à saint Germain/ UV
On entre ensuite dans la chapelle de saint Martin et de Notre-Dame-de-Consolation. C'est là que, lors du passage des Normands, les reliques de saint Martin reposèrent pendant trente-un ans. A trois pas de l'entrée , près de la
Digiti
muraille, on voit un caveau où se trouvent les restes de saint Betton, évôque d'Auxerre, renfermés dans un sépulcre de pierre. Lorsqu'on visita les tombeaux, en 1636, le corps de . cet homme si humble et si mortifié fut trouvé revêtu d'un froc ou habit monastique pareil à celui que l'on remarqua sur saint Abbon, et par-dessous il portait un cilice si rude que dom Viole, présent à cette cérémonie, ajoute que l'on ne put retenir ses larmes , à la vue d'un instrument de pénitence si effrayant pour la nature. 11 avait été élevé dès son enfauce dans l'abbaye de Sainte-Colombe de Sens, où il avait pris l'habit de religieux , et il était abbé de cette maison lorsque, vers l'an 915, il fut élu évêque d'Auxerre* M. Viart, curé de la cathédrale, fit déposer dans la chapelle de saint Martin , vers 4820 , un reliquaire dans lequel on voit des restes vénérés de sainte Chantai, de sainte Mariede-l'Incarnation , de saint Edme, de saint Fulgence, de saint Constantin, de saint Séverien, de saint Amand , de sainte Juconde et de plusieurs autres.
Vis-à-vis du tombeau de saint Betton, sous une voûte un peu plus basse que les autres , reposent les corps de trois saints éveques d'Auxerre, chacun dans un tombeau en pierre un peu enfoncé dans la terre. Dans le premier, du côté de saint Betton, est saint Alode, disciple de saint Germain et son successeur. L'histoire dit qu'il fut l'héritier des vertus de son maître, et qu'il mourut plein de mérites (1). Le second est celui de saint Urse, qui vécut renfermé dans une cellule auprès de l'église de SaintrAmatre. Pendant un incendie , le peuple courut à lui pour implorer le secours de ses prières; le saint ayant donné le bâton sur lequel il s'appuyait, on le jeta dans les flammes qui s'éteignirent aussitôt. Ce fut peu après qu'on l'arracha de sa cellule pour le porter sur le siège épiscopal d'Auxerre. Le
(I) Hit t. episcop. Auiïsj.. c. H, |» 417.
troisième tombeau est celui du bienheureux Chrétien. Les historiens louent sa simplicité, son humilité et son affabilité envers tout le monde. Le procès-verbal, dressé en 1636, dit que le corps de saint Alode et celui de saint Urse étaient d'une grandeur extraordinaire.
Avant de sortir des saintes grottes, on voit à gauche la chapelle de Kotre-Dame-des-Anges , ainsi nommée parce que c'était une tradition parmi les moines qu'on y avait entendu chanter le Salve Regina par les Anges ; c'est pourquoi cette hymne à la vierge est notée sur la muraille. On croit que l'évêque saint Ethère y est inhumé. En 4636, on trouva sous l'autel différentes reliques avec cette inscription : Cet autel est dédié à saint Laurent, à saint Vincent, lévite et martyr, à saint Léger, aux saints Innocents et à tous les saints. Une ancienne tradition assurait que saint Germain avait célébré les divins mystères sur cet autel qui avait été apporté depuis dans les saintes grottes.
Enfin une dernière demeure est la chapelle de la Très- Sainte-Trinité. Au haut de la porte sont représentées les trois personnes divines; à leurs pieds on lit ces mots en latin : le principe et la fin (i) , pour marquer que la sainte Trinité est le principe de toute sainteté, et que tout doit retourner à elle. On descend sept marches pour y arriver. Lorsqu'en 1820 on démolit la nef de l'église, on y jeta confusément tous les ossements que l'on trouva dans la terre ou dans les tombes; ensuite on creusa, à l'extrémité du côté du couchant, une fosse profonde où ils furent inhumés tous ensemble. Ces ossements avaient appartenu à de saints abbés , à de fervents religieux et à d'insignes bienfaiteurs du monastère; ce qui rend désormais la chapelle de la très-sainte Trinité grandement vénérable.
En sortant des saintes grottes , on voit , à gauche , près
(1) Principium et finis.
de la muraille, un soldat armé de toutes pièces: c'est saint Maurice, cbef de la légion Thébéenne, et ancien patron de l'église. Si cette vue pouvait vous inspirer quelque crainte, un ange placé à ses côtés vient vous rassurer par ces paroles en latin (1) : Ne craignez point, vous êtes en sûreté sous la garde d'un si vaillant soldat.
Après avoir quitté les saintes grottes, on remarque, à gauche, près de la muraille où se trouvait l'orgue, un caveau fermé d'une grande pierre : c'est le tombeau de saint Hugues, évêque d'Auxerre, qui fut quinze ans abbé de Saint-Germain. Le corps de saint Félix et celui de saint Moré, martyrisés encore enfants, furent retirés des saintes grottes, en 1370, et placés au-dessus de l'entrée, à droite, pour être exposés à la vénération publique. Une peinture ii fresque représentait ces deux enfants , à genoux , offrant leur cou aux bourreaux. Le bienheureux Jean, êvêque d'Auxerre, si grand par son humilité, fut enterré d'abord sous l'égoût de l'église de Saint-Germain, comme il l'avait demandé, et reporté ensuite dans l'intérieur, devant l'autel de saint Pierre, où il repose encore.
On croit que le corps de saint Droctoalde, celui du bienheureux Quintilien, celui de saint Aidulphe, celui de saint Angclelme, tous évêques d'Auxerre, et dont les aumônes comme la piété sont couronnées par la vénération des siècles, reposent aussi à Saint-Germain. Des reliquaires, placés autrefois au-dessus du grand autel, contenaient de précieux restes des martyrs de Saints-en-Puisaye. Qu'on ajoute à ce nombre étonnant de saints personnages, tant de pieux cénobites qui ont vécu dans le silence et l'obscurité du cloître et qui sont maintenant dans le sein de Dieu, et on conclura que l'ancienne abbaye de Saint-Germain est un des sanctuaires les plus vénérables qui soient dans
(l) Hoc milite luti.
l'univers. C'est avec raison qu'on a écrit sur la muraille, en entrant dans les saintes grottes, ce vers latin :
Vix est in toto sanctior orbe loeus.
A peine est-il un lieu plus saint dans l'univers.
On peut ajouter à tant d'inhumations recommandables celles de saint Saturne, abbé, de Sabaric, de Cilicn, évêques d'Auxcrrc , et de Gaudry , voué à Dieu et à saint Germain dès sa naissance. 11 fut élevé dans le monastère dont il devint abbé, et ensuite évequedu diocèse. Richard, moine de Saint-Germain, puisévèqued'Auxerre, reçut également sa sépulture dans les saintes grotles. Hugues de Challon, autre évêque d'Auxcrre, mourut dans l'abbaye sous l'habit monastique, en 1039. Gerlan , archevêque de Sens, qui y avait été moine, demanda, en mourant, d'y être enterré. Héric et le livre des évêques comptent encore bien des saints dont les corps y sont déposés et dont on ne peut montrer les tombeaux. Lorsque l'évêque Séguier les visita, il omit d'en examiner un certain nombre, dans la crainte de compromettre la solidité des murs dans lesquels ils se trouvaient engagés. En attendant qu'il plût à Dieu de les faire connaître, les moines leur rendaient un culte particulier dans leurs solennités; ce qui fait dire à Héric, dans le deuxième livre des Miracles de saint Germain : « Peut-on refuser un tribut de vénération à cette demeure, qui réunit tant de titres de gloire, et qui a été honorée de faveurs si extraordinaires? Les Hébreux étaient saisis d'une sainte frayeur à la vue du Saint des Saints, parce que l'arche d'alliance s'y trouvait avec la verge d'Aaron et la manne descendue du ciel... Ne devons-nous pas plus de respect à ce lieu qu'on peut appeler le séjour de la plus haute sainteté , puisqu'il, est illustré par les tombeaux de tant de héros chrétiens dont il nous rappelle les trophées et les victoires? Ce sanctuaire est ouvert à tout le monde, et plus
94 HISTOIRE DB h ABBAYE
le pécheur s'y présente souvent, plus il reçoit de récompenses de sa sainte importunité En un mot, cette
enceinte a quelque chose de si grand, de si saint, de si auguste, que celui qui y entre peut croire qu'il partage les souffrances des martyrs, qu'il s'entretient avec les confesseurs, qu'il se réjouit avec les vierges, et qu'il règne déjà avec tous ces bienheureux dans le ciel. On y voit tant de lieux de prière , tant d'autels dressés en l'honneur des saints, qu'après les avoir tous visités et les avoir arrosés de ses larmes, on pourra se féliciter d'avoir passé une partie du jour en œuvres pies et en espérer un grand avantage spirituel. »
Un docteur de l'Eglise (1), décrivant la magnificence et le concours avec lesquels on célébrait les fêtes des martyrs, faisait cette réponse aux gentils qui condamnaient l'honneur que l'on rendait à leurs reliques : « Nous n'adorons point les martyrs, mais nous les honorons comme les vrais adorateurs de Dieu> nous renfermons précieusement leurs corps, nous érigeons des tabernacles sur leurs tombeaux, afin de nous animer à suivre leurs traces. La dévotion que nous avons pour eux n'est pas sans récompense, puisque nous jouissons de leur protection auprès de Dieu. »
Les villes comme les nations s'honorent par le culte qu'elles rendent aux grands caractères , aux vertus éminentes , ainsi qu'aux talents élevés, parce qu'elles en fécondent le germe. Une des gloires de la ville d'Auxerre , c'est de montrer les restes de tant de grands hommes et de pouvoir les proposer pour modèles aux générations nouvelles. Autrefois la présence des évêques, des abbés et des comtes de cette cité, comme celle d'autant de princes, donnaient la vie aux populations dont ils faisaient l'orgueil. Que le chrétien, que l'archéologue franchisse le
(I) S. Astèrc. Voy. Godes., Vie des Saints au 30 oclobrc.
seuil de la basilique de Saint-Germain, tout le passé de cette illustre église lui apparaît ; que de vertus, que de grandeur se résument à la vue des catacombes ! Combien elles l'emportent sur ces quelques statues que les villes élèvent aujourd'hui aux grands hommes auxquels elles se glorifient d'avoir donné le jour!
Voici des impressions de voyage qu'on lit dans Y Univers de 4840: « On nous fit descendre parmi les tombeaux que renferment les catacombes de l'abbaye de Saint-Germain, et là reposent des hommes qui ont illustré la religion et la patrie par leur sagesse , leur science et leurs vertus. De nombreuses inscriptions y indiquent les faits, les temps , les âges. Imprudents ! nous osions lever les trappes qui servent d'entrée à ces temples du silence et de la mort ! Et si ces vénérables ossuaires s'étaient dressés devant nous ! Etions-nous dignes de fouler le sol sacré dont chaque parcelle contient peut-être un grain de la poussière d'un Amiot ou d'un saint Germain? Qui donc aujourd'hui ne se sentirait pas écrasé par l'éclat de ces grandes majestés de la tombe (1). »
(1) Le9 cryptes de Saint-Germain sont fermées durant l'année, excepté pendant les deux octaves des fêtes du saint patron , au mois de juillet et au mois d'octobre. Le portier de l'hôpital y conduit les visiteurs qui se présentent et leur fait connaître ce qu'il y a de remarquable. Les chefs de l'établissement commettent une faute en ne laissant point de gardiens pendant les octaves. Des archéologues essayent témérairement d'ouvrir les tombeaux pour satisfaire leur curiosité. En les parcourant, en 1845, je remarquai que le couvercle de celui de saint Héribaldc était à moitié renversé. Le portier me flt observer que c'était l'ouvrage de quelques curieux qui étaient descendus dans ce caveau pendant l'octave de la dernière féle de saint Germain. Déjà, en 1815, des officiers de l'armée alliée avaient rompu ce même tombeau en l'ouvrant. Beaucoup de reliques de saint Héribaldc furent distribuées, à cette occasion, à des personnes pieuses.
Je ne parle pas des feuilletons qu'un journal de l'Yonne a donnés , eu 1846, sur les saintes grottes, dans lesquelles l'auteur a vu des hiéro-
fl(> niSTOIRE DE L* ABBAYE
Revenons à l'excellent prince qui gouvernait l'abbaye de Saint-Germain. Le jeune Lothaire , qui donnait de si grandes espérances , ne tarda pas à être enlevé à la terre. 11 tomba malade vers les fêtes de Noël de l'année 865, et mourut peu après dans de grands sentiments de foi. Il fut inhume dans le monastère. Avant sa mort, il avait envoyé Koson, qui lui suc céda dans le gouvernement de la maison, et quelques moines en dépulation vers son père, pour le supplier d'approuver les fondations qu'il avait faites en faveur de l'abbaye. Elles consistaient à nourrir un pauvre en son nom , à entretenir une lampe continuellement allumée devant le tombeau de saint Germain, cl à célébrer tous les ans son anniversaire , ainsi que celui de son père et celui de sa mère. Le monarque approuva toutes ses dispositions; il ajouta, selon l'intention de Lothaire, que l'entretien de la lampe qu'il avait fondée ne dérogerait en rien à celles déjà entretenues dans l'église, et que le pauvre pour lequel il laissait aussi un revenu ne diminuerait pas le nombre de ceux que l'abbaye nourrissait. On ne lira pas sans intérêt un extrait de ce titre de fondation, car, en général, toutes les chartes expédiées par ce prince respirent des sentiments de foi qui l'honorent, lui et son siècle. « Nous sommes bien convaincus, dit-il, qu'en portant des secours temporels aux maisons religieuses, nous méritons la grâce de passer sur la terre des jours plus heureux, et que nous obtiendrons plus facilement les récompenses de la béatitude céleste. Nous portons à la connaissance de tous les fidèles de la sainte Eglise de Dieu que notre très-cher et très-aimé fils Lothaire, très-vénérable abbé du monastère du grand confesseur saint Germain,
glyplics, des souterrains où les prêtres cachaient autrefois les mystères de la religion. L'absurdité de ses interprétions paralyse l'esprit d'impiété qui forme le fond de ce misérable écrit.
excité, nous aimons à le croire, par une inspiration de la clémence divine, nous a supplié, par l'entremise du vénérable abbé Boson , notre fidèle serviteur, et par l'organe des moines de l'abbaye, que, pour le salut de son ame et pour mériter les récompenses éternelles, nous voulussions enrichir ce saint lieu par quelque don de notre munificence royale. Les pieuses dispositions de notre cher fils nous ont causé trop de joie pour que nous ne nous empressions pas de satisfaire à sa demande ; c'est pourquoi nous donnons à cette sainte maison la terre de Bernay, qui se trouve aux environs d'Auxerre (I). »
Le roi entre dans quelques détails sur cette terre et sur la stabilité de sa donation. Ensuite il ajoute : « pour répondre à la demande que notre bien-aimé fils nous a adressée par l'abbé Boson et par les moines , les revenus d'une mense de la terre de Bernay seront destinés à l'entretien d'une lampe qui brûlera à perpétuité devant le tombeau où sont les cendres très-sacrées de saint Germain. Bile ne devra pas diminuer le nombre de celles que l'on entretient déjà. Le revenu d'une autre mense sera destiné à l'entretien d'un pauvre , ce qui ne devra pas empêcher les moines d'en nourrir autant qu'auparavant. Le reste du produit de la terre sera employé par les moines à faire un grand dîner, le jour qu'ils célébreront l'anniversaire de notre bien-aimé fils.
Après notre mort, continue le roi, et celle de la reine Irmindruide , notre épouse très-douce et très-aimée , les moines célébreront pour nous un anniversaire solennel. La terre que nous leur donnons demeurera , avec l'aide de Dieu , consacrée à leurs besoins , et afin quo personne dans la suite des temps n'ose leur en contester la propriété, nous signons la donation que nous leur en faisons de
(I) Elle doit être aux environs de Diges.
98 IHSTOIRE DE L ABBAYE
notre propre main , et nous y apposons le sceau de nos armes (4). »
Héric fit l'éloge du jeune Lothaire dans une épître qu'il adressa au roi son père; il loue sa douceur, son obéissance, et le propose pour exemple aux gens du monde qui s'effraient au seul nom de pénitence. Il représente ce jeune prince élevé dans les grandeurs, d'une santé faible, et devenu néanmoins un modèle de toutes les vertus religieuses.
L'abbaye de Saint-Germain, l'école des princes, le séjour favori des rois, jouissait dans le monde de la plus haute considération ; c'est pourquoi les moines et les écoliers y arrivaient en foule. Les bienfaits, si faciles aux grands, tombaient en abondance sur cette maison et mettaient les supérieurs à portée d'augmenter leurs aumônes, de multiplier le nombre des frères, et d'étendre le règne de Dieu.