‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 20 sur 69 · HUGUES-L'ABBÉ · texte numérisé non relu

HUGUES-L'ABBÉ

Cet abbé laïque , qui avait cédé le monastère de Saint-?

(1) Gatl. cAr., t. 12, roi. 368.

Digitiz

Germain à Lolhaire, le reprit des mains de Boson, vers l'an 876; il était duc de Bourgogne, premier ministre du roi, chef de la milice sous Charles-lc-Chauve. Cédant aux instances d'Ansegise, archevêque de Sens, il promit de lui donner le corps de saint Romain , qui reposait dans sou abbaye. Les moines, qu'il n'avait pas consultés, refusèrent de livrer la sainte relique. L'évèque de Nevers, que le métropolitain de Sens avait envoyé de sa part pour la recevoir de leurs mains , s'en retourna sans avoir rien obtenu. Anscgise vint lui-même accompagné de l'abbé Hugues et apporta en échange une autre châsse remplie d'ossements de divers martyrs (1). Les moines, pressés par leur abbé, y consentirent à condition qu'on leur laisserait une partie des reliques de saint Romain. Ils déposèrent ce qui leur en restait dans une châsse qui fut pillée par les Calvinistes. On voit le prix qu'on attachait toujours aux reliques des saints.

Hugucs-l'Abbé , marchant sur les traces de son père Conrad et de sa mère Adelaïs , fit beaucoup de bien au monastère de Saint-Germain. Il donna pour le remède de l'ame de ses illustres parents , et en particulier pour le repos de celles de ses frères, la seigneurie de Til, provenant de son patrimoine. 11 détacha de la mense abbatiale le domaine de Bouilly (2) pour l'ajouter au revenu destiné au soin des malades. Il fit approuver cette concession par le roi Louis-le-Bègue, afin que ses successeurs ne pussent revenir sur sa donation. Lorsque Carloman fut monté sur le trône, il obtint de ce prince une charte de confirmation

(I) Celte châsse a subsisté dans l'église de Saint-Germain jusqu'en J65li.On l'ouvrit alors, et on la trouva tellement consumée de vétusté, qu'on en relira les reliques pour les renfermer dans une armoire, en attendant qu'on pût les faire enchâsser plus richement.

(S) C'est Bouilly, près le Mont-Saint Sulpice, que dom Viole appelle Jîoillj.

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l>our tous les biens et pour tous les privilèges de l'abbaye. C'était un titre du droit de propriété que les abbés eurent soin de faire renouveler par ebacun des rois de la seconde race. D'après la disposition du cartulaire, la ebarte semblerait se rapporter à Charlcs-le-SimpIe. Hugues, aux prières duquel elle fut accordée, serait Hugues-le-Grand et non Hugues-l'Abbé. Ce titre , expédié à Ouaine (I) , est datée du 30 juin , la quatorzième année du règne du roi Charles, indiction première. Lebeuf le rapporte à l'an 8.%;] et l'attribue à Charlcs-le- Chauve (2). Le monarque , après avoir cité les principales terres de l'abbaye, telles que Iléry , Hauterive, Pontnaissant, Moutiers, Aucep, Fetigny, Mercy, Orgy , Pourrain , Quincy , Coucy, Abondant , et quelques autres (3), ajoute à ses possessions la terre d'Eglény avec ses dépendances. 11 veut que le revenu soit employé à former un supplément pour le vêtement des frères, et que le poisson qu'on en tirera soit servi par surcroit sur leur table. Ensuite il renouvelle les privilèges déjà accordés pour la sûreté des propriétés du monastère : il veut que les biens apportés par les frères à leur entrée en religion soient attachés à la mense du monastère à perpétuité.

Une autre charte, délivrée par le roi Charles la vingtième année de son règne, indiction septième, dit que les religieux de Saint-Germain et Hugues, leur abbé, qu'il appelle

(1) Actum Odonâ. Dans une autre charte du même prince, il est parlé de la vicairerie de Ouaine , in vicariâ Odonense. Les moines y possédaient trois métairies dans un lieu appelé en latin Sidiliacus. Ils y avaient un établissement dans lequel le roi ne dédaigna pas de ^'arrêter , comme on le voit par la charte datée de ce lieu. Carlul. de Saint-Germain, f. 27.

(i) Leb., mém., t. 2, p. 54.

(7.) Les autres terres, dont la désignation n'est pas bien reconnue, sont: Caniacus, Leslralis t Dcsiniacus, qui pourrait être Domecy-surk' Vault, et Buluttiacus. Carlul. de Saiiil-Gciniain, f. 2t».

son parent (I) , l'ont prié de confirmer les fondations établies pour l'entretien du luminaire de l'église, et de les autoriser à recevoir le3 bénédictions des frères, c'est le nom que l'on donnait aux repas fondés dans le monastère (2). Le roi appuie leur demande de tout le poids de son autorité et veut que l'argent destiné au luminaire soit remis entre les mains du doyen qui sera chargé de son entretien.

Ce prince confirma aussi les privilèges de l'abbaye, comme l'exemption de recevoir les évêques avec leur suite, le droit de rendre la justice dans toutes les terres du monastère, l'exemption de toute espèce de droits sur le sel et sur toute autre marchandise destinée au monastère, celui d'accepter tout ce qui serait offert à l'église, soit par ceux qui viendraient prendre l'habit de religion, soit par ceux qui y seraient inhumés. La charte est datée de Meaux , le i i février 884. Déjà en 877, Charles-lc-Chauve, se rendant aux prières des religieux , leur avait restitué une terre de franc-alleu : c'était Revisy et Sarmoise, situés sur le Serein, limite du comté de Sens (3). Ces villages, aujourd'hui détruits, étaient au levant des Baudières, dépendance d'IIéry; le canton en a seulement retenu le nom (4). L'entrée de la forêt, qu'on appelle les bois de Pontigny, provenant de cette propriété, est demeurée au monastère jusqu'en 1790. Cette terre venait d'un seigneur nommé Andelbert ou Adalbert. Les moines lui en avaient abandonné la jouissance pendant sa vie ; mais comme il la laissait en friche, les officiers royaux s'en étaient emparés; c'est cette restitution qu'ils obtinrent par la médiation du roi.

(1) Propinquus nosler, ibià.

(2) C'est l'interprétation de dom Cotron sur ces mots du carlulairc : Benedicliones fralrum. P. 620.

<3Ï In flnibus eomilalùs Scnonki , in villis Revisiaeo et Sarmattà, super fluvium Sedono. Cartul. de S. -G., f. 24. (41 On l'appelle Revisy.

Au neuvième siècle , l'abbaye de Saint-Germain acquit un nouveau lustre par les sépultures honorables qu'elle admit dans son enceinte. Les familles les plus distinguées du pays, des princes même sollicitaient , comme une insigne faveur, d'y être inhumés et de mêler leurs cendres à l'humble poussière des moines. Les uns n'avaient pas d'autres motifs que celui d'assurer à tout prix leur salut éternel; d'autres, enrayés des scandales de leur vie passée, et néanmoins animés par la foi, croyaient qu'appuyés des suffrages des moines , ils pourraient trouver grâce devant le souverain juge. Ces inhumations valurent au monastère des richesses considérables. Tous faisaient de magnifiques présents. En retour , la communauté accordait au défunt le suffrage de ses prières. Lorsque le corps arrivait à l'abbaye , les moines le recevaient en chantant des psaumes et assistaient à son inhumation. Le nom du nouveau bienfaiteur était rappelé dans les prières publiques parmi ceux des anciens, et s'il l'avait demandé, on célébrait pour le repos de son amedes services solennels. Autbert, comte d'Avallon, qu'on dit frère de Robert-le-Fort et de Huguesl'Abbé, Théalde ou Thibault, gentilhomme troyen, et un de ses fils , Norgaud et ses frères, seigneurs de Grand- Champ, et plusieurs autres obtinrent, au neuvième siècle, les honneurs de la sépulture à Saint-Germain, comme on le voit dans le titre de Carloman que nous avons cité.

La sixième année de son règne, le 6 juin, ce prince adressa une longue charte au très-illustre Hugues, abbé de Saint-Germain (1). « Nous ne doutons pas, dit-il, qu'en prêtant une oreille favorable aux demandes des serviteurs de Dieu , nous n'obtenions plus facilement la gloire de la béatitude éternelle. L'abbé et les moines nous ont fait

(l) Illustrissimut Hugo abbas monaslerti sancti Germant Aulbtiodorensis. Carlul. de S.-G.. f. 50.

voir une bulle du pape Nicolas Ier, contenant les privilèges qu'il accorde à leur monastère. Ils nous ont aussi montré les différents titres par lesquels les évoques leur dispensent des faveurs particulières, ainsi que les ordres donnés par le roi Charlcs-le-Chauve, notre aïeul, pour la conservation des biens appartenant aux frères. Nous avons aussi pris connaissance des dons que de pieux fidèles , nos sujets , ont faits pour le remède de leurs ames, et que plusieurs princes, nos aïeux, ont approuvés.

Nous renouvelons, continue-t-il , avec tout le poids de notre autorité royale, les privilèges du monastère de Saint- Germain. Nous voulons que les moines demeurent à jamais paisibles possesseurs des biens qui sont entre leurs mains, et de ceux surtout qui viennent delà libéralité du glorieux prince Cbarles, notre aïeul , digne d'une éternelle reconnaissance, et que notre volonté exprimée dans cette ebarte soit portée à la connaissance de tous les fidèles. » Le roi donne les noms de plus de cinquante propriétés , tant villages que fermes ou bois, qui appartiennent au monastère de Saint-Germain. La plupart de ces localités ont déjà été citées dans cet ouvrage, quelques-unes seraient aujourd'hui difficiles à reconnaître. « Une partie de ces biens, dit le monarque, proviennent des aumônes des fidèles qui ont voulu mériter le ciel par leurs pieuses libéralités ou obtenir, dans le monastère, les bonneurs de la sépulture. »

Ensuite il entre dans le détail des privilèges accordés au monastère par le roi Cbarles, pour l'amour de Dieu et pour la tranquillité des frères, tels que l'exemption de tout péage, de tout tribut, soit qu'ils achètent sur les ports, soit qu'ils fassent transporter des provisions par les rivières. C'est à la prière de l'abbé Hugues, ajoute Carloman. que nous prenons aussi toute la congrégation de Saint-Germain sous notre haute protection. Elle peut désormais vivre en paix. Qu'aucun évoque ni aucun de ses archidiacres ne s'j

DE SAINT-GERMAIN. ii\

permette d'exercer sa juridiction sur ses terres; qu'aucun juge séculier ne traduise ses moines devant son tribunal, qu'aucun collecteur d'impôts ne se présente chez eux pour tirer quelque argent. Le roi étend la même protection sur les hommes qui habitent les terres de l'abbaye. Ce qui est remarquable, c'est qu'il défend aux abbés d'en détourner les revenus ou d'en faire part à leurs héritiers. 11 veut que tout soit employé, avec la grâce de Dieu, à l'avantage de la communauté. Enfin, renouvelant une ordonnance de ses prédécesseurs , il veut que tout ce que les frères apporteront en entrant en religion r ou qui viendrait de la libéralité des fidèles , ne soit jamais détourné de sa destination (1).

Un autre titre , également émané du roi Carloman (2) , nomme trois abbés, sans dire à quel monastère ces personnages appartenaient. On croit qu'ils possédèrent en même temps l'abbaye de Saint-Germain, ce qui n'était pas rare alors. Ces trois dignitaires sont le vénérable Hugues, le comte Guy , et Wulfard ou Wlfard , archi-chancelier. Tous trois se réunirent pour prier Carloman de donner à son chapelain Arvcy , la terre d'Ormoy et la chapelle de Saint-Martin, aujourd'hui l'églisede Chichy près d'Ormoy, encore dédiée à ce grand saint. Le prince entre, à ce sujet, dans le détail des fermes attachées à la terre d'Ormoy, qu'il dit faire partie du domaine royal.

Hugues-l'Abbé mourut avant l'année 886, et fut enterré à Saint- Germain. La charte qui parle de sa mort est du roi Charles-le-Gros. Ce prince y confirme les privilèges déjà accordés aux moines ; puis il leur fait don de deux charretées de bois qu'ils pourront prendre , chaque année, dans la forêt de Bar , dépendante du comté d'Au-

(I) Cartul. de S. -G., f. 52.

(i) Ibid, feuil. 28.

I I â HISTOIRE DE L'ABBAYE

xcrre (1). Si les biographes font mourir Hugues-l'Abbé ailleurs qu'à Saint-Germain, les archives de ce monastère sont unanimes sur le lieu de sa sépulture (2).

ANSHÉRIC OU ANSCHÉRIC.

Ce n'est pas sans de puissants motifs que les moines recherchaient l'appui du roi. De nouvelles calamités vont fondre sur les cloîtres. Les pieux fidèles qui étaient venus s'y abriter pour se soustraire aux vexations du dehors, vont retrouver la croix ; mais, plus heureux que dans le monde , les exhortations qu'ils reçoivent , les exemples de résignation qu'ils ont sous les yeux, font de leurs tribulations autant de degrés pour achever saintement leur pèlerinage.

Une fourmilière de petits tyranneaux (ce sont les expressions des auteurs du temps) (3), répandus dans les campagnes, mettent au pillage tout ce qui appartient aux moines. Ces tyranneaux étaient les nobles et les seigneurs des villages qui, s'étant rendus indépendants sous le règne de Charles-le-Chauve , purent tout oser à la faveur des troubles du royaume. En effet, la descente des Normands, leur séjour en Bourgogne, les guerres qui éclatent audedans après la mort de Charles-le-Gros, et qui se prolongent , presque sans interruption , jusqu'à l'élection de Hugues Capet , entretiennent l'anarchie dans les campagnes.

Le nouvel abbé de Saint-Germain était évêque de Paris

(1) Dom Viole. Leb., méin., t. 2, p. 41. Cartul. de S. -G., f. 32.

(2) Dom Viole dit qu'il mourut à Orléans et que son corps fut transporté à Saint-Germain pour y être inhumé.

(3) lbid, t. 2, mss, p. 859.

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