GAULTIER
A la noble naissance, au savoir étendu d'Odon, succéda la vertu modeste de Gaultier, dont les exemples et les exhortations pour le bien se concentrèrent dans l'intérieur du cloître. Il était religieux de Saint-Benoît-sur-Loire et prieur de Précy, dans le diocèse d'Autun, lorsqu'il fut élu abbé de Saint-Germain en 1064. La députation des moines qui lui porta cette nouvelle à Précy, où il se trouvait, revint avec lui. Un grand malheur, arrivé à cette époque, traversa les intentions qu'il avait pour le bien. Un incendie, occasionné par un cas fortuit , réduisit presque tout le monastère en cendres, en sorte qu'il ne resta rien de tous les bâtiments, qui s'étendaient depuis la Porte-Pendante jusqu'aux moulins de Chantereine, aujourd'hui les moulins Judas. Telle était l'étendue des édifices. On ne connaissait pas alors ces corporations de pompiers si habiles à arrêter les progrès du feu; les bâtiments , presque tout en bois, donnaient beaucoup de prise à son action. L'histoire fait
(I; Dom Viole, t. 2, p. 918.
174 msroiRE de l'abbaye
observer que le grenetier de Saint-Germain acheta , en 1294, une maison en pierre dans le faubourg de Saint- Loup ; ce genre de construction est relaté comme un fait qui n'était pas ordinaire; la ville d'Auxerre n'a-t-elle pas encore beaucoup de bâtiments en bois? Cet incendie fit différer la bénédiction de Gaultier jusqu'au 7 juillet.
Un moine, nommé Benoît, à la suite d'une vision pendant laquelle saint Germain lui était apparu, prit un doigt du saint , passa en Angleterre, dans le diocèse d'Yorck, et bâtit, en 1069, un monastère dans un lieu fort agréable, nommé Séléby.
Gaultier mourut le 21 octobre 1074, après avoir gouverne le monastère environ dix ans. Son nom ou celui d'un de ses successeurs se trouvait écrit en marge sur un missel de l'abbaye, auprès du mémento des morts, ce qui prouverait qu'on y lisait autrefois les diptyques.
Les auteurs de la Gaule chrétienne (1) parlent d'Héribert; abbé deSaint-Bertin-en-Artois, prépose à l'administration du monastère de Saint Germain par Philippe 1er, duc de France, en 1070, et qui mourut au mois d'octobre 1081. Ce qui ferait croire que le monarque n'aurait pas approuvé le choix de Gaultier, et qu'il aurait refusé de confirmer son élection, comme c'était la coutume. L'histoire présente ici une lacune, que nous n'avons pu remplir.