‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 33 sur 69 · DE VU. M -G K RM. UN · texte numérisé non relu

DE VU. M -G K RM. UN

un de ses prédécesseurs. Ceux qui approchai en t de sa personne se sentaient pénétrés d'un respect mêlé de confiance et d'affection. Sa vie était régulière, son esprit pénétrant.

II avait étudié avec distinction les lettres humaines. Guy de Munois, qui a écrit sa vie, dit qu'il était boiteux. A son entrée aux affaires, il trouva le monastère obéré d'une dette de trente mille livres tournois, somme considérable pour ce temps-là. Dans l'espace de quinze ans et demi qu'il en eut le gouvernement, non-seulement il acquitta cette dette, mais encore il enrichit la sacristie d'ornements précieux ; il augmenta les possessions territoriales et laissa en mourant assez d'argent pour acheter une table en vermeil pour couvrir le grand autel. On lui fut redevable de la reconstruction d'un appartement pour les hôtes et siutcnanls, ainsi que d'un vaste cellier voûté; c'étaient des projets formés par son prédécesseur, que la mort ne lui avait pas permis de mettre à exécution. La prospérité que l'abbé de Joceval mit dans son monastère était moinsson ouvrage que celui de son temps: le commerce et L'industrie avaient pris un nouvel essor au commencement du treizième siècle; les croisades avaient mis toutes les nations de l'Europe en communication entre elles et avec l'Asie; les servitudes commencent à tomber, les propriétaires se multiplient. On attache de la valeur aux champs , on s'adonne à leur exploitation ; c'est alors qu'on jette de toutes parts les fondements de nos cathédrales. Ce siècle est tellement au-dessus du nôtre par son énergie, ses sacrifices et surtout par sa foi, qui est l ame de toutes ses entreprises, que nous ne pouvons pas môme pourvoir à la conservation des monuments qn'il nous a laissés. N'a-t-il pas fallu, en 1841, que le Gouvernement votât des sommes considérables pour restaurer la cathédrale de Sens, l'église de Vézelay et autres monuments religieux dont le seul entrelien effraie les populations voisines? elles dont les pères

étaient parvenus à élever, de leurs mains, ces splendides monuments.

Par un résultat inattendu , mais qui était dans les desseins de la Providence , l'agitation de l'époque tourna au profit de toutes les connaissances et spécialement des arts. Les villes, les diocèses, tous ces fragments de la féodalité, se disputaient la prééminence; chacun voulait l'emporter sur ses rivaux par l'importance de ses établissements, par la beauté des œuvres de ses artistes. Les évêques, les abbés, les comtes, se faisaient de nouveaux Périclès pour honorer et encourager les beaux-arts. De là naissaient les cathédrales, les somptueux monastères, les palais des évêques et des comtes ; de là l'émulation, le goût, l'ardeur passionnée pour un noble travail fait au grand jour, qui n'ambitionnait pour récompense que les suffrages publics et la plus grande gloire de Dieu. Les évêques d'Auxcrre n'ont pas borné leur zèle à leur cathédrale ; ils ont su communiquer leur esprit à tout leur diocèse, dans lequel un grand nombre d'églises se font remarquer par le bon goût qui a présidé à leur construction.

De graves contestations s'élèvent sur plusieurs points à la fois entre l'abbaye de Saint-Germain et divers seigneurs voisius .de ses propriétés. Etienne, baron de Seignelay, et Jean son frère , chevaliers , possédaient en commun, avec le monastère, de vastes domaines. On n'apprendra pas sans étonnement qu'ils étaient maîtres de tout le territoire situé entre le ru de Sinotte et l'Armançon, et entre Chemill y et l'abbaye de Pontigny. La seule terre d'Héry appartenait exclusivement à l'abbaye de Saint-Germain, qui partageait avec les seigneurs de Seignelay les serfs du Mont-Saint-Sulpice, d'Hauterive, d'Ormoy et de Chichy. Désirant connaître les droits respectifs de chacun d'eux , ils nommèrent des arbitres et s'obligèrent, sous de grosses amendes, à s'en tenir à leur décision. Gérard-le-Mcunier,

de Troyes, se chargea de la cause des moines, et Ferrie, seigneur de Cudot, de celle des chevaliers. S'ils ne tombaient pas d'accord , ils devaient choisir un troisième arbitre. On prit le consentement de la comtesse d'Auxerrc et celui de la comtesse de Troyes , comme dames suzeraines, et on convint que celle des parties qui refuserait de se soumettre à l'arbitrage, payerait à l'autre deux cents marcs d'argent. Les moines déposèrent leur cautionnement à Auxcrre, entre les mains de plusieurs chevaliers qui en firent l'avance et qui promirent avec serment de le remettre à l'ordre des arbitres. Guillaume de lHitmonnoie versa :>0 marcs , Villain de Somesot en versa aussi 50 , Henri de Chinot autant, Guy d'Auxerrc 30, et Chardon dcTanlay 20. Le seigneur de Seignelay et son frère firent également déposer deux cents marcs d'argent, à Saint-Florentin, pour être mis à la disposition des arbitres: Geoffroy, seigneur d'Arcy, leur en fournit 50, Dudol, de Looze, 20; Geoffroy et Guillaume, de Douilly , chacun 20; Jean, de Bouilly, 40; Henri , d'Escrinelle, 20; et Milet, d'Auxerre,

Le 25 mars, fête de l'Annonciation , était le jour où les arbitres devaient rendre leur jugement. Les parties se trouvèrent réunies à la Jonchère (I), entre Héry et Seignelay, dans un établissement aujourd'hui détruit. L'abbé de Pontigny, celui de Saint-Martin de Troyes, Gaucher de Joigny, chevalier, et plusieurs autres nobles personnages s'y étaient rendus. Les arbitres n'étant pas tombés d'accord, on choisit un tiers , qui fut l'évèque de Langres (2). Malgré toutes les précautions que l'on prit pour terminer

(l) En 1832 , on laboureur découvrit avec sa charrue un puits et quelques vestige* de constructions, restes de rétablissement dont il est ici parlé. C'était au-dessus du ru de la Bûche cl un peu au-dessous du chemin de l'église d'Ilcry. Le canton se nomme la Jonchère.

(2 Cartul. de S. G., f. 68.

cette affaire dans un court délai, elle traîna en longueur et ne fut réglée que six ans après, en 1228, par un accord partagé en vingt-quatre articles. Voici les principaux : Les bois et les pâturages demeurèrent à peu près communs. Chacune des parties devait fournir deux gardes forestiers; les amendes furent fixées à cinq sous pour un faix de bois, à dix pour une charretée , à un denier pour une bête de somme et à autant pour une brebis. Pour une chèvre on devait donner la peau. Comme on livrait les bois au pacage dès qu'ils avaient quatre ans, les dommages que causait la chèvre étaient tels que l'on demandait sa mort. Le seigneur de Seignelay abandonna à l'abbaye la moitié du four qu'il venait de faire bâtir au Mont.

La justice fut déclarée commune, excepté pour trois crimes, savoir: le vol, l'homicide, et le rapt ou le viol. Le procès devait être instruit en cour de Saint-Germain, et le coupable , s'il était convaincu, ou s'il arrivait qu'il fût pris sur le fait ou qu'il avouât son crime, il devait être remis de suite au seigneur de Seignelay pour en faire à sa volonté. On peut remarquer l'attention paternelle des abbés, qui se réservent l'examen du coupable, et qui se déchargent sur le seigneur temporel pour une punition qui répugne à la sainteté de leur état. Le baron de Seignelay se réserva la justice sur les routes fréquentées par les marchands, telles que celle de Seignelay à Brienon, celle de Ligny à Cheny, et celle d'Auxerre à Brienon , par Beaumont et Ormoy. Elle resta commune sur les autres chemins. On excepta pourtant la terre de Grosbois, dont la justice continua d'appartenir exclusivement à Saint-Germain. L'eau du Serain était aussi sa propriété. Le seigneur de Seignelay et ses sujets ne pouvaient y pêcher qu'à la truble de doux pieds et à la Jonche de Jonc. On voit encore dans cette charte que la plupart des terres et des prés étaient bornés par des croix. On employait

le signe du salut pour effrayer les ravisseurs de bien d'autrui. Ils convinrent encore de partager les enfants qui naîtraient des alliances que les sujets l'un de l'autre auraient contractées ensemble. Ils défendirent d'un commun 1 accord de bâtir de nouveaux villages dans les bois ou dans les plaines, et ils déclarèrent qu'à l'avenir les babitants seraient libres de quitter leur localité pour aller s'établir ailleurs, s'ils le jugeaient avantageux. En terminant, Etienne et Jean son frère abandonnèrent à l'abbaye deux familles qu'ils avaient à Héry, pour faire célébrer l'anniversaire de leur père , et ils s'obligèrent à aller , tous les ans, rendre foi et hommage dans le chapitre de Saint- Germain , pour trois muids d'avoine qu'ils tenaient en fief des religieux et qu'ils prenaient chaque année dans la grange d'Iléry (I). Dix ans après, l'abbé et les moines achetèrent cette redevance moyennaut deux cents livres moins cent sous (2).

De vastes terrains, situés au-delà de I'Armançon, étaient aussi en litige entre l'abbaye et Thibaut, comte palatin de Champagne et de Brie. Celui-ci déclara , par une charte de l'an 1225, que les moines et leur abbé Renaud de Joceval, qu'il appelle ses amis, l'avaient associé par moitié dans leur propriété , ainsi que dans un village qu'ils faisaient construire au centre de leurs plaines et de leurs bois. Ces vastes domaines étaient limités par le ruisseau de Flogny et celui de Percey, par les rives de l'Armançon, les bois de Saint-Germain et les bords de l'Armance, et s'étendaient de la foret du chevalier Dodon de Flogny à celle du chevalier Robert de Mainiacum (3) et à celle des moines qui demeuraient en ce lieu.

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(1) Cariai, de S.-G., f. 60.

(2) lbidy f. 70.

Çô] Itrid, f. 87. Maizières ou Maroles.

H1STUIUE DE L ABBAYE

Nous partageons aussi, dit le comte, les revenus, la justice, les amendes pour crime , les droits de servitude , soit qu'ils viennent de donations ou autrement. Chacune des parties pourra construire une habitation dans ces limites , si elle le juge convenable. Après avoir parlé des moulins, la charte dit que les deux parties auront chacune un prévôt; celui du comte prêtera serment devant l'abbé de Saint-Germain ou devant le prieur de Saint- Florentin. Ils ne pourront juger l'un sans l'autre.

Il fut encore convenu que ni le comte, ni l'abbé, ne pourraient détruire leur nouveau village sans leur mutuel consentement, ni contraindre les habitants du prieuré de Saint-Germain à y demeurer. « Si je fais des acquisitions à plus de trois lieues du nouveau village, dit le comte, l'abbé et les moines seront tenus de me faire compte de moitié ; je leur tiendrai également compte de celles qu'ils pourraient faire à pareille distance de cet établissement. » On voit que cette immense propriété s'étendait à trois lieues autour du village qu'ils venaient de fonder pour y établir des cultivateurs. Ni mes héritiers, ni le couvent, ni moi, continue le comte, ne pourront rien détacher des biens de la communauté, pas même pour le donner en aumône. L'abbé de Saint-Germain et les religieux lui accordèrent exclusivement, dans ce village, les levées d'hommes et de chevaux pour la guerre (1). Cette localité, qui n'est désignée sous aucun nom dans la charte, est appelée ailleurs Villeneuve-la-Mauger ou Mangis (2). Dès le treizième siècle, elle était entourée de fossés, et elle portait le nom de Motte.

Guillaume de Bouilly donna, en 1226, à de Joceval, les hommes de mainmortequi avaient abandonné sa terre pour

0) Carlul. de S.-G.,f. 87. Gai!, chr., t. 12. col. 587. (2 Villa nova Maugnï.

DE SAINT-GBRMAIN. 2.^

aller s'établir sur celles de l'abbaye île Saint-Germain (1); on lit ailleurs , sur le domaine du pape Grégoire IX (2)% ainsi nommé parce que les moines avaient déclaré lui en faire don en se mettant sous sa protection. L'abbé racheta aussi des droits de dîmes dans beaucoup de terres.

En 4237 , de Joceval fit , avec le chevalier Milon de Saint-Florentin , le partage des enfants de onze familles de Yïlliers-Vineux, mainmorlables de corps et de biens, et qu'ils possédaient en commun. L'abbé choisissait le premier dans chaque famille; s'il se trouvait quatre enfants, il en prenait deux et le chevalier les deux autres j s'il n'y en avait qu'un, ou s'il s'en trouvait un qui fut impair, il demeurait indivis. Sur vingt-quatre enfants que comptaient ces familles, ils en partagèrent seize ; huit restèrent indivis. Dans un nouvel accord fait entre eux , en 1245 , il fut convenu que les enfants seraient partagés, et que néanmoins ils continueraient à demeurer en la puissance de leurs parents comme au temps passé (3); ce qui montre que ce partage servait seulement à faire connaître à quel seigneur appartenait les serfs et à qui ils devaient l'impôt.

Dans ce siècle de ferveur religieuse, il se passait peu d'années sans que les moines n'eussent à recueillir quelques donations. Mahaut-la-Grande , comtesse d'Auxerre, leur donna la permission de pêcher, trois fois l'année, dans la rivière d'Yonne, depuis le pont d'Auxerre jusqu'à Cravant. Ils pouvaient jouir de cette permission , six jours chaque fois, trois en descendant le cours de la rivière et trois en le remontant. Les époques étaient : avant

(1) Cartul. de S.-G., f. G5.

(2) Dora Viole, mss.

,3) Carlul. de S.-G., f. 88.

la fêle de saint Urbain, le 25 mai ; avant la fête de saint Germain, au mois de juillet, et avant celle d'octobre. Cette pêche a aussi été appelée le droit de Rissée.

En 1219, Lora, veuve de Lebnin-le-Ghangeur , donna , en aumône, à l'abbaye de Saint-Germain, un étal. Félix de Sartrin lui légua vingt sous de rente pour son obit (1). En 1223, Jean Jérémie, chevalier, y choisit sa sépulture y fut inhumé. L'année précédente, il avait donné une rente de vingt bichets d'orge pour fonder son anniversaire. Guillaume de Mont-Saint-Jean y fonda aussi le sien, en donnant vingt sous de revenu , monnaie de Dijon , sur son péage de Mont-Saint-Jean, et dix bichets d'orge, sur ses coutumes de Poilly-sous-Noyers (2). Une dame de haute condition, nommée Fasche, qui y fut inhumée, avait légué au monastère quarante marcs d'argent. Ponce do Perrigny, chevalier, et sa femme furent aussi rangés au nombre des bienfaiteurs. Bure, veuve de Pierre de Courson, vicomte d'Auxerre, légua la moitié du moulin d'Aisy, en 1224. Guillaume de Fontenaille , chevalier, donna pour les besoins de son ame, et pour l'anniversaire de Robert , son frère, qui avait été clerc, six sous de rente sur le cens de sa terre (3), dont il se réserve le droit de justice. Hubert de Chevannes , chevalier , et Jean , son frère , en léguèrent une de neuf sous sur les dîmes des déserts de Melliot (4) , afin que les moines priassent pour le repos de l'ame de Hugues, leur père.

Agalo de Boûy , chevalier , fonde son obit à Saint- Germain en 1227; maître Renaud de Toucy fait donation d'un droit de censive sur quelques terres d'Escamps, qu'il

(1) Carlul. de la pitance de S.-G., f. 5.

(2) Ibid., f. 105. Polliacum sublus Noeriâ.

(3) De Fonlenellis. Ibid., f. 6.

(A) De Mellialo. Ibid, f. 5.

avait achetées d'Ermeniarde, abbesse de Crisenon. Pinson, seigneur de Gurgy, et Adeline , son épouse , renoncent au droit de garde dans la terre de Néron. En 1231, Seguin de Nevers demande à être inhumé dans l'abbaye, et donne, à cette occasion, une rente d'un muid d'avoine. Jean, dit Le-Chevalier, et Marie , son épouse , lèguent en aumône sur un pré situé à Branches, une rente de cinq sous, qui, après leur mort, devait être portée à vingt-et-un quatre deniers (1229). Milon , dit Li-Manans , prêt à partir pour une croisade, donna aussi en aumône, à .l'église de Saint- Germain, pour le remède de ses péchés, douze deniers de rente sur une vigne. Il mit pour condition que s'il revenait de son voyage d'outre-mer, il reprendrait la jouissance de sa propriété pendant sa vie seulement (i).

En 1239, Arnulphe Marpaux légua vingt-deux sous seize deniers de rente sur une maison qu'il possédait attenant à celle des religieux. Ce don fut fait pour fonder son anniversaire et celui de son épouse. Son intention était qu'on remît dix-huit sous à l'économe du couvent, pour la pitance des moines , et deux sous seize deniers aux sonneurs des grandes et grosses cloches (2), et que les deux sous restants fussent employés à l'entretien d'une lampe dans la chapelle de Sainte-Marie-Magdeleine Guillaume et Garnier donnèrent quatre sous de rente pour l'anniversaire de Gaultier, leur père, à prendre sur le revenu d'un arpent de vigne.

Godin de Fleury, fils du chevalier Dodon, avait causé de grands dommages dans la seigneurie de Bleigny, qui appartenait aux moines de Saint-Germain. Touché de repentir, il se transporte dans leur abbaye, le premier octobre, et là, en plein chapitre, il leur fait amende honorable pour les peines qu'il leur aurait causées, et offre, pour

(1) Carlul. de la pitance de S. -G., f. 8.

(S) Itn'd. Pulsaloribus magnoruni et grossorum timpanorum.

2r>8 HISTOIRE DE L ABBAYE

réparation, l'usage dans tous ses bois. Les moines, édifiés de son repentir, inscrivirent son nom au nombre de celui des confrères de l'abbaye. Girard, dit Pobète , et Adeline, son épouse, donnèrent une maison située dans le bourg de Saint-Germain (I), pour qu'on célébrât leur anniversaire. En 1237, Renard, de Dijon, légua quarante sous de rente sur ses vignes d'Augy (w2). Reine, de Maligny, dame de Bonlieu , céda toutes les dîmes qui lui appartenaient sur la paroisse de Maligny , dans le canton de Chenniot, ce qui fut approuvé, en 4237, par Narbonne, dame suzeraine de Maligny, et par le chevalier Gaucher, son fils (3). Maître Jean de Saint-Loup r chanoine d'Auxerre, légua un revenu de vingt sous pour faire célébrer son anniversaire. Salo, prieur de l'abbaye, ancien grenetier, en légua quarante pour la pitance des frères (12-H). Le chevalier Anse] le, de Seignelay, dit le Chat, en donna dix sur la forêtde Bleigny. Ses fils Henri , clerc , et Eudes approuvèrent son aumône, en 1239 (4). L'archidiacre Hugues légua, pour le salut de son ame et pour celui de ses parents, trente-deux sous de rente (5). Les moines, de leur côté, pour lui en témoigner leur reconnaissance , s'obligèrent à célébrer tous les ans son anniversaire.

(1) in burgo beali Germant , c'étaient les maisons les plus rapprochées de l'abbaye. Carlul. de la pitance de S. -G., f. 6.

(2) Ibid., f. 2.

(3) Cartul. de S.-G., f. 98.

(4) /oui., f. 98.

(5) Pour avoir une idée de ces dons, il faudrait connaître la valeur du sou de ce temps-là. Nous avons vu , p. 178, que Dumenois ou Dumenon, dame de Beauche et de Cbevannes, légua, en 1208, trente sous de rente pour fonder une lampe à perpétuité dans l'église du prieuré de Beaumont. Or il faudrait aujourd'hui environ soixante francs pour acquitter grandement une .pareille charge, comme a dû le faire la châtelaine de Beauche: ce qui met le sou de l'an 1208 à environ deux francs de notre monnaie.

Guy du Jardin, écuyer, reconnut, en 1246, que le chevalier Letar d'Hauterive, son frère, avant de partir pour la croisade où il mourut , avait donné à l'abbaye de Saint- Germain vingt sous quatre deniers de rente, à prendre sur une vigne, qu'il désigna, pour faire célébrer son anniversaire (1). Jean, habitant de la paroisse de Saint-Loup, légua , à la même intention , ses prés et ses vignes d'Escamps, s' obligeant, en outre, à donner quinze sous par an. Il prie les frères de dire, pour lui, dans le couvent, une messe du Saint-Esprit le jour qu'il fera ce payement. Après sa mort, les cinquante sous que rapportaient ses biens devaient être employés pour la pitance des frères. En 1249, André d'Orgy donna , pour son anniversaire et celui d'Armengarde, son épouse, déjà décédée, vingt sous de rente, payables, tous les ans, le jour de la Nativité de la Vierge, sur les revenus de son port, situé dans le faubourg de Saint-Loup, près des murs de la ville. Il demanda que , jusqu'à son décès, les moines célébrassent pour lui, chaque année , une messe du Saint-Esprit (2). Cessons un instant de transcrire les dons et les fondations d'anniversaires de cette foule de gens de biens qui traversaient la vie en répandant des bienfaits sur les monastères.

De Joceval fut nommé par le pape, en 1228, pour juger un différend entre l'abbé de Flavigny et Seguin, maître de l'Hôtel-Dieu de Nailly , au sujet du domaine de Villey. Il fit l'acquisition d'une métairie à Bleigny, il acheta de Jean des Barres, chevalier, et d'Agnès, son épouse, dite la comtesse , en présence de Pierre , évêque de Meaux, la moitié de la seigneurie de Saint-Georges. Guillaume , comte de Joigny, et son épouse, fille de Miles, seigneur de Noyers, lui vendirent le droit de gîte qu'ils avaient sur cette terre. En

(1) Cartul. de la pitance de S.-G., f. 3.

(2) JWtf., f. 4.

1231, de Joceval acquit encore de Guichard, abbé de Vézelay,un domaine à Irancy. Le moulin de Rouvray lui fut vendu par Sylvain de Ligny. Jeanne, vicomtesse de la même ville, donna en aumône au monastère, pour le salut de son ame et de celle de ses parents, toute la justice du lieu(l), du consentement de Guy, comte d'Auxerre et de Nevers, duquel relevait le fief.

L'accroissement des biens , la multiplication des frères, signalaient la sage administration de l'abbé de Joceval, et néanmoins ses moments suprêmes approchaient. Odoin, prieur de Mazille, soupçonné d'hérésie, était cité par le frère Robert, jacobin de l'Ordre des frères prêcheurs et inquisiteur de la foi en France. L'abbé de Saint-Germain entreprit le voyage de Paris pour prendre sa défense. Sa mission accomplie, il se remit en route; mais exténué par la fatigue et la maladie , il fut obligé de s'arrêter à Villeneuve-la-Guy ard et y mourut le 5 septembre 1238. La mort ne le surprit point, car toute sa vie avait été une préparation à ce terrible moment. Après avoir reçu les sacrements avec de grands sentiments de piété , il prit un crucifix dans ses mains , le baisa plusieurs fois et expira en prononçant le nom de Jésus. Son corps fut rapporté à Auxerre et inhumé dans l'église , au midi. On éleva peu après un autel de saint Eloi sur son tombeau. Toute la ville pleura la mort de ce bon abbé. On entendit à ses funérailles les soupirs et les sanglots des pauvres et des orphelins. De pareils éloges ne sont pas suspects.

La Providence soumit alors Auxerre et ses environs à de rudes épreuves. Le comte Pierre de Courtenay, élu empereur de Constantinople , alla prendre possession de son trône, emmenant avec lui l'élite de la population. Une

(1) In totâ villâ et in parochià de Roureto sito inter Heriacum et Pontiniacum. Cartul. de S. -G., f. 67.

croisade , prêchée dans le comté d'Auxerre et dans celui de Tonnerre, avait armé pour sa défense cent soixante chevaliers et cinq mille cinq cents hommes, ce qui montre la large part que prenaient nos pères à ces luttes saintes et héroïques que les souverains pontifes avaient bénies. En traversant les montagnes de l'Albanie, ses troupes, sans cesse harcelées par celles de Théodore Lascaris, son compétiteur à l'empire de Constantinople , furent défaites par ces perfides, dans des défilés, alors qu'elles marchaient sous la foi des traités. Le comte et les chevaliers furent faits prisonniers , et les soldats abandonnés sans armes et sans habits , dans des lieux déserts. On dit que Pierre de Courtenay mourut de chagrin dans sa prison.

L'absence de ce dernier, le gouvernement irrésolu de son frère, l'éloignement de Guillaume de Seignelay, évêque d'Auxerre, appelé à l'évêché de Paris, plongea le pays dans une anarchie dont les églises et les monastères eurent le plus à souffrir.

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