‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 35 sur 69 · ÉTIENNE DE VARENNES · texte numérisé non relu

ÉTIENNE DE VARENNES

Il était abbé de Moutiers-Saint-Jean lorsque les suffrages des moines de Saint-Germain l'appelèrent à monter sur le siège que l'illustre de Grimoald laissait vacant. Né en Bourgogne, de famille noble, il était neveu ou seulement parent d'Etienne de Chitry, un de ses prédécesseurs. Aussitôt après son élection, il envoya Pierre de la Fcrté, prieur claustral , en députation vers le nouveau pape , résidant à Avignon, pour le féliciter de son avènement au trône pontifical, pour le supplier de régler le différend qui exislait toujours enlre l'abbaye de Saint-Germain et

3Î0 histoire ï>r i/abbayi:

les évêques d'Auxerre, et pour le prier aussi de rappeler aux habitants de cette ville l'engagement qu'ils avaient pris de restituer les joyaux et les reliquaires engagés aux Anglais. Urbain V satisfit exactement à sa demande, ensuite il confirma l'exemption accordée, en 862, par Nicolas Ier, un de ses prédécesseurs , qui autorisait les moines de Saint-Germain à ne reconnaître d'autre supérieur que le pape. Cette exemption n'était pas toujours un avantage : c'est de là, en général, qu'est venu le relâchement des maisons qui ont eu de semblables privilèges. C'est pourquoi saint Bernard s'élevait avec tant de -zèle, contre les exemptions du Saint-Siège. Le pape étant trèséloigné et occupé d'une infinité d'affaires , les fautes demeuraient souvent impunies et les abus prenaient racine avant qu'on pût y remédier. Le pape déchargea aussi l'abbé et les religieux de l'obligation de fournir aux dépenses de l'évèque d'Auxerre, pendant les six jours qui précédaient sa prise de possession , mais il les obligea à payer, chaque année, un florin ou une obole d'or à l'église romaine (1), le jour de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul. Son intention n'était pas de grever son ancienne abbaye, car il ne cessa de la combler de bienfaits. II réduisit à cent livres tournois les trois cents livres de décimes qu'elle payait, tous les ans , au Saint-Siège, tant pour elle que pour ses prieurés. L'annale de mille florins fut réduite à moitié, et plus tard, à la prière de l'abbé de Varennes, il fit grâce de cette rente, ainsi que de plusieurs autres, dont le monastère était chargé envers les officiers du pape et envers la chambre apostolique, il ajouta aussi que si le Saint-Siège autorisait le roi à lever des décimes sur le clergé , le monastère de Saint-Germain, ainsi que

VT I.Hi.. méiii., I. 2, |»r. 30?i. I>oi»i. Vif»l#*, I. î, p. 107 i.

ses prieurés, ne pourraient pas être imposés à plus de cent florins (1).

Sachant que la nouvelle église, commencée par Jean de Joceval , était toujours en construction , il donna quatre mille cinq cent quarante-un florins d'or, au poids de la chambre apostolique . et treize sous trois deniers de la monnaie courante d'Avignon, que lui devait l'évêque d'Auxerre, pour la parachever (2). 11 ajouta encore des indulgences que Ton pouvait gagner, à toutes les grandes fêtes de l'année, en visitant lïglisc, et eu contribuant aux travaux par des aumônes (3). En reconnaissance de tant de bienfaits, l'abbé et les religieux donnèrent à Urbain V, en 4368, une partie du chef de saint Germain, pour un monastère qu'il fondait en son honneur à Montpellier (4). Ils firent aussi venir de Fleury-sur-Loire des reliques de saint Benoit qu'ils lui envoyèrent pour le même monastère: Les artistes, d'accord avec l'histoire , ont consacré le souvenir des dons d'Urbain V , en gravant ses armes sur un arcboutant de l'église au midi.

Sachant aussi combien les moines de Saint-Germain

(l)Gall. chr., 1. H, col. 567.

(5) Cart. de S.-G.. f. 169. Dom Viole, niss, t. 2, p. 1081 .

(3) Voici un fragmenl de ce» indulgences qui était gravé sur une pierre, derrière lo grand-autel. Les Calvinisles avaient raluré, en 1567, la quantité d'indulgences que l'on gagnait en visilant l'église et en y laissant son aumône, «...et premièrement à la Nativité de Nostrc Seigneur, la Circoncision, l'Apparition (l'Epiphanie), la Résurrection, l'Ascencion, la Penlecouste, la Teste du Sainl-Sacremenl, la Nativité Noire-Dame, la Nativité saint Jehan-Baptiste, la feslc saint Pierre et saint Pal, ks Testes de sainl Germain et la feslc de Tous Saines cl donne à tous vrayes c onlricU et ropenlans de faculté des jours

û tous ceux ou celles qui dévotement visiteront ladite esglise et eslargironl de leurs biens, en les mettant au tronc qui est en la nef de la

dite église, pour convertir l'œuvre et au soutiennement d'icelle »

Dom Colron.

[A] Carlnl. de S. -G., f. 16». Dom Viole, t. 2, p. 1081.

322 H1ST0IKE DE I.AiiBAYK

désiraient recouvrer les joyaux et les reliquaires engagés aux Anglais, il chargea le cardinal de Cluny de négocier cette restitution. Ses démarches n'ayant obtenu aucun résultat , le pape s'adressa lui-même à Robert Kanole , qui en était le principal dépositaire, et les obtint en lui remettant les sommes d'argent , pour lesquelles ces joyaux et ces reliquaires étaient engagés (1). Le recouvrement de ces trésors fut une fête pour toute la ville d'Auxerre. Le 16 août 1366, ils furent portés solennellement dans le chapitre de Saint-Germain , au chant des psaumes et des hymnes. Le sergent d'armes du roi fit la remise des obligations des différentes pièces d'argenterie provenant de l'abbaye et la quittance, sans réserve , de Robert Kanole ; on en dressa un acte , ensuite toute l'assemblée se rendit à l'église pour rendre à Dieu des actions de grâces; elle était précédée de Pierre Aymon, évêque d'Auxerre, de toute la communauté de Saint-Germain, et d'une députation du chapitre. Cette belle journée rappellait la délivrance de la ville et libérait les habitants d'Auxerre de l'engagement qu'ils avaient contracté , en présence des saints autels , envers les religieux de Saint- Germain , pour le service signalé qu'ils leur avaient rendu.

Quoiqu'on se répandit ainsi en actions de grâces, plusieurs joyaux restaient encore à recouvrer. Le pape Urbain ne se donna point de repos que la restitution ne fût complète. Sachant que ceux qui avaient volé les députés sur le chemin de Joigny, en 1360, étaient Simon de Saint- Aubin et Huguenin de Brian, de la ville de Besançon, il écrivit à leur archevêque pour qu'il les engageât à la restitution (2). Us deux chevaliers persistant dans leur

(0 Leb., mcni., I. 2. pr. p. 113.

(2; 1I»M, I. 2, pr. p. 112.

refus, on les excommunia en 4366. Frappés par ce coup inattendu, ils rendirent tous les joyaux qu'ils avaient en leur possession.il n'en manquait plus qu'une faible partie, mise en gage chez un usurier hors du royaume. La somme empruntée s'élevait à mille quarante florins d'or. Ce contre-temps relarda beaucoup la libération des habitants d'Auxerre. Néanmoins on ne perdit pas courage, le clergé et les habitants députèrent Guy de Rochefort (1), sergent d'armes du roi, qui s'obligea, par une transaction, à faire les démarches nécessaires pour recouvrer le reste des joyaux, qu'il rapporta, en effet, le 18 mars 1371. Un acte fut passé entre les religieux et Jean Robiqueaul, chef de la communauté des citoyens, autorisé du gouverneur «lu comté, qui constatait l'acquittement de la ville envers

f l'abbaye.

Les bienfaits d'Urbain V ne se bornèrent point à cette restitution : trois ans après , il domina à la fabrique de Saint-Germain mille florins d'or. Grégoire IX, son successeur, désirant aussi contribuer à l'achèvement de l'église, en donna cinq mille cinq cents. La duchesse de Bretagne devait en payer cinq cents, sous peine d'excommunication, et le prieuré de Moutiers, autant. H parait que la duchesse ne paya pas cette somme, dont elle était redevable envers la chambre apostolique.

* La chapelle de la Vierge, derrière le maître-autel, et le

sanctuaire furent d'abord seuls voûtés en pierres, le reste était en douves. Hugues de Balore, successeur de l'abbé de Varennes, continua la voûte. Eiitin l'édifice fut couvert et les murs achevés. Quoiqu'il restât encore beaucoup de parties à terminer, on en lit la dédicace et on y célébra les divins mystères. Une chronique dit qu'on ajouta à l'église une voûte et une tour de plomb. La voûte pouvait être le

il] Dom Viole, 1. ii; |». r>ol.

324 HISTOIRE DE l'aJMAYE

pronaos qu'on voyait au frontispice du portail. On appelait tour de plomb une des anciennes tours, parce qu'elle en était couverte. On a donné jusqu'ici ce nom à une des tours de la cathédrale de Sens , parce qu'elle était aussi couverte en plomb. Il est souvent parlé de l'ouvrier du monastère, c'était le maître des œuvres , comme on l'appelait ailleurs, c'est-à-dire un moine chargé delà conduite des travaux de l'église. La cellererie d'Irancy fut supprimée en 1369, par autorité du pape, et annexée à la mensc conventuelle des religieux (1).

Lorsque Nicolas d'Arcies prit possession de son siège, l'abbé et les moines prétendirent que le pape Urbain V les avait déchargés de l'obligation de recevoir les évêqucs d'Auxerre à leur entrée au siège épiscopal. Nicolas d'Arcies soutint que (irégoirc XI , successeur d'Urbain , avait modifié ce privilège, en ordonnant que Pierre Aymé, son prédécesseur, passerait un jour dans l'abbaye et qu'il y dépenserait dix livres tournois. Enfin, en 1375, on convint de part et d'autre, que les moines recevraient décemment les évèques d'Auxerre, avec toute leur suite, l'espace d'un jour naturel, c'est-à-dire un jour et une nuit; et qu'ils sacrifieraient pour leur dépense un marc d'argent, ce qui faisait bien moins que dix livres tournois.

Jean de France, duc de Bcrry, comte d'Auvergne et de Poitou , avait fait vœu que si son château de Luzignan , occupé par les Anglais, lui était rendu à une certaine époque , il donnerait , tous les ans , un marc d'or, sur le revenu de son comté de Poitiers , pour être employé à l'entretien de la chasse de Saint-Germain et des autres reliquaires de son église. Etant rentré en possession de son châleau contre toute espérance, il accomplit son vœu, la première fuis, en 1375. Comme il fit beaucoup de bien

T Dom Viole, t. 2, p. 10HI.

au monastère, les moines, pour perpétuer son souvenir au milieu d eux, firent graver son écusson au-dessus de la châsse de leur patron, à côté de celui de l'ancienne et de la nouvelle Bourgogne.

En 4370, le roi Charles V, passant à Auxerre, vint s'agenouiller dans l'église de Saint-Germain, et implorer, pour son peuple, la protection des saints qu'on y vénérait. Les moines auraient voulu le conduire dans les saintes grottes, pour l'intéresser à la reconstruction de leur église; s'en voyant empêchés par les matériaux qui les encombraient, ils en retirèrent le corps de saint Grégoire, celui de saint Félix et celui de saint Moré, martyrs, pour les exposer à sa vénération et à celle du peuple (I). Parmi les dons de ce prince, on remarque le dégrèvement de l'impôt d une pinte de blé que les moines payaient à l'Etat pour chaque biehet qu'ils faisaient moudre à leurs moulins de Ghantereine. Le roi les pria d'employer cette redevance à l'entretien de ces mêmes moulins et en aumônes pour les pauvres.

Etienne de Varennes affranchit, en 1367, plusieurs habitants de Chcvannes et d'Orgy (2), hameau de cette paroisse, qui étaient toujours, dit la charte, de condition servile. Ils donnèrent , pour cette faveur, trois cent cinquante florins d'or, marqués au coin du roi. L'abbé de Varennes accorda une pareille grâce à Jean , dit le Béat, clerc, qui donna par reconnaissance vingt livres tournois (1368). Pierre de Chissey, natif d'Escamps, curé de ce même lieu, et procureur de l'abbaye de Saint-Germain en cour de Borne, demanda, en 1371, raffranchissement de ses compatriotes et l'obtint, moyennant une somme de trois cents livres tournois et une rente annuelle de cinquante.

1) Description des Saintes G roi les, p. 27. 2 Kn laliu Orgium.

Pierre de Chissey s'était aussi rendu recommandable auprès des moines par le zèle qu'il avait déployé pour la réédification de leur église. L'ouvrier du monastère de Saint- Germain exécuta alors des travaux pour Jean , abbé de Saint-Marien, et pour le prieur de Châtillon-en-Bazois, ce qui fait croire que c'était un architecte distingué (I). dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous.

Etienne deVarennes tomba dangereusement malade; sentant approcher ses derniers moments, il produisit ces actes de foi, d'espérance et d'amour de Dieu, par lesquels les saints se préparent à la mort , et il expira dans une grande paix, vers l'an 1375.

HUGUES DE BALORE.

Au cinquième siècle, quelques monastères ouvrent leurs portes à ces âmes d'élite que Dieu appelait à une vie plus parfaite. Au douzième, les maisons religieuses s'établissent comme par enchantement dans toutes les provinces; deux siècles plus tard, le peuple cesse d'être serf, il a moins besoin des couvents pour s'abriter contre la tyrannie. 11 veut sérieusement cultiver ses champs, prendre part au gouvernement, et la religion, qui ne l'a pas abandonné un instant, applaudit à son bonheur. La noblesse, qui voit la population serve lui échapper, n'a rien perdu dans l'opinion publique, elle jouit d'une immense considération : c'est dans sou sein qu'on choisit des évèques pour gouv erner les diocèses, des abbés pour diriger les monastères, des magistrats pour rendre la justice. Sa présence dans les abbayes semble rehausser la vie religieuse aux yeux des peuples. Ce fut peut-être aussi une nécessité de l'époque

Doni Viole, mss, I. ï, p. \01U.

1>K SALVr-tiERMAIN. 327

pour assurer le repos des moines. Ce choix portait surtout bonheur lorsque l'abbé se recommandait plus par ses qualités personnelles que par sa naissance.

Hugues de Balore descendait d'une ancienne famille du Bourbonnais , qui a donné plusieurs chevaliers à l'ordre militaire de Rhodes. Il était bachelier en décrets et neveu de l'abbé Etienne de Varennes. La gravité de son maintien décelait la profonde impression que la pensée de l'éternité faisait sur son âme. On jugeait, en le voyant, qu'il jouissait de cette paix intérieure que les événements de la vie ne troublent jamais. Sa promotion au siège abbatial de Saint-Germain est de l'année 1375 (i). Peu après, il fut élu gouverneur ecclésiastique de l'Hôtel de-Ville d'Auxerre. 11 remplit cette charge pendant trois ans. Pour acquitter les engagements contractés envers le Saint-Siège, il paya en i380> à la chambre apostolique, vingt florins d'or et trois pour les officiers ou serviteurs du pape. Ces sommes étaient remises à Clément VII, qui résidait à Avignon, et que reconnaissaient comme souverain pontife, la France, l'Espagne, l'Ecosse et Naples. Urbain VI régnait à Rome.

En 1371, le comté d'Auxerre fut vendu au roi Charles V, par Jean de Challon , pour trente et une mille livres . ce qui ferait de nos jours, trois cent dix mille francs. Tout le monde s'applaudit de n'avoir désormais qu'un maître an lieu de deux. On attendait du roi une administration plus forte et moins onéreuse. Après sa mort, en 1380, deux fléaux dévastateurs promenèrent la désolation et la mort dans nos contrées : la guerre civile et l'invasion des troupes étrangères. Pendant la minorité du roi Charles VI et plus tard, |>endant ses accès de démence, la division éclata parmi les princes, ses oncles, qui s'arrachèrent allcrnati-

!l) Dom Violr, m**, t. 2, |». 10*C,.

veinent les rênes de l'Etat. Leduc d'Orléans fut assassiné par les ordres du duc de Bourgogne, en 4-407, et la guerre civile se ralluma dans les provinces. Hugues de Balore mit les principales terres de l'abbaye en état de défense. Le monastère d'Héry fut fortifié, en 1381, avec la permission du roi, comme comte d'Auxerre (1). Dom Viole lui donne le nom de château , sans doute à cause des fortifications déjà élevées autour de cette place. C'était le principal hostel des religieux hors de la ville d'Auxerre. Le même abbé obligea le procureur du roi à retirer les panonceaux ou étendards qu'il avait arborés, en trois endroits différents, sur les murs de la ville, depuis la porte de Saint-Siméon jusqu'à la fontaine de Saint-Germain, parce que c'était sur la justice et sur le domaine seigneurial de l'abbaye.

Le roi manda au bailli d'Auxerre, en 1387, qu'il eût à construire, aux frais des habitants de la ville, un mur pour clore l'abbaye de Saint-Germain, parce que durant les guerres on avait pris la muraille de son enceinte pour en faire celle de la ville. Les religieux avaient exposé au roi « que comme avant les guerres leur monastère feust fermé de haulx et notables murs et tellement que l'on ne pouvoit veoir, entrer ne yssir (sortir) d'iceluy monastère, si ce n'estait par les portes ordinaires, mais pour occasion des dittes guerres, à la requeste et instance des habitants de la dicte ville, partie des édifices et hostelz du dit monastère fut détruite, démolie et abattue pour avoir alée sur lesdis murs qui faisoient la closture du dit monastère , furent prins et encore font partie des murs de la forteresse de la dicte ville ; et par ce leur dit monastère fu et encor est

(1) LeU. mém., t. 2, pr. p. 119. L'église actuelle était dans l'angle de la place, au midi. 11 n'y avait qu'une seule porle qui servait d'entrée pour elle et pour le château. On voit encore sur le seuil les deux « rampons en fer qui supportaient autrefois leponl-lcvi*. Archives de la préfecture.

tous descioz; qui est contre la fondaciou d'icelui et ou grant grief, préjudice et dommage desdis complai-

gnenz » (4)

L'abbé de Balore n'attendit ni les infirmités de l'Age, ni une dernière maladie pour fonder son obit, il demanda qu'une messe fût dite tous les jours, à perpétuité, dans la chapelle de Saint-Nicolas, pour le repos de son âme. II donna, pour cette fondation , quelques rentes qu'il avait acquises et cinq cents florins d'or, qui furent employés à acheter plusieurs domaines, parmi lesquels se trouvait la moitié de la terre de Gurgy, qui en coûta deux cents. Elle fut achetée, le 20 janvier 1385, de dame Guiotte de Beaumont, veuve de Simon Mariotte , écuyer (2). Les religieux, déjà propriétaires de l'autre moitié, se trouvèrent seuls possesseurs de cette terre. On voit par différents baux passés le siècle suivant , qu'une partie du sol de cette contrée était en friche. Pour encourager l'agriculture, les religieux abandonnaient des portions de terrain à ceux qui en demandaient, se réservant seulement une redevance de six deniers par arpent. En loi 5, l'abbé donna h Jean de Beaujeu, par un bail perpétuel, quarante arpents de désert et buissons situés au Crot-Marot, sur le grand chemin d'Auxerrc à Seignelay et sur celui d'Héry à Gurgy; il céda encore plusieurs autres pièces de terre également en désert, se réson ant quelques deniers de cens ou de rente. Trente arpents de terre situés aux

(1) Archiv. de la préfect.

(2) En 1457 , l'abbaye de Saint-Germain vendit plusieurs héritages à Gurgy, en retenant six deniers de rente par arpent. En 1480, fl ligues de Tyard afferma la terre, domaine et justice de Gurgy à deux particuliers pour leur vie, moyennant trente livres par an. Dix ans plus tard, la mémo terre fui amodiée cent biche ts de grains, moitié froment, moitié avoine, et dix livres en argent. Invenl. des titres de l'abbaye de S. -G. Archiv. de la préf., p. 104 et 105.

:m HISTOIRE DE LABBAYE

chaulmes, sur la grande route d'Auxcrre à Chcniilly, lurent affermés, en 1521, trente sous de rente, dix de bourgeoisie ou d'impôts, et à la charge d'y construire uu moulin à vent et de l'entretenir.

Parmi les dépendances de Gurgy, on remarque Sougères dont le moulin était affermé, en 1405, quarante bichets de froment. La tuilerie de ce village rendait à l'abbaye dix milliers de tuiles par an ; s'il lui en fallait davantage pour l'entretien de ses bâtiments, le tuilier devait les livrer à vingt-cinq sous le millier. On remarque encore Pien, dont la haute justice dépendait de la chàtellenie d'Héry (1). Les habitants devaient à l'abbaye de Saint-Germain uu bichet d'avoine et huit sous par feu. Monteutéaume , dont la terre, justice et seigneurie fut aff ermée avec Sougère et Pien, en 1681, cent soixante-cinq livres, faisait aussi partie de Gurgy. Tous ces détails ont leur importance dans l'histoire du pays.

De Balore affranchit les habitants d'Aucep, en 1388, moyennant cent florins d'or et ceux de Bétriot, l'année suivante. Huit ans après, il partagea des hommes de condition servile avec Anne de Meluu, dame de Bléneau et de Champignelles, pour leur accorder la même faveur (2).

Les abbés de Saint-Germain étaient alors obligés de visiter tous les ans le Saint-Siège, s'il était en deçà des monts, c'est-à-dire des Alpes, et tous les deux ans s'il était au-delà. De Balore s'acquitta de ce devoir envers Clément VII. en 1391 et en 1302. Il avait envoyé deux religieux qui rapportèrent une attestation signée de François, archevêque de Toulouse, et de François , métropolitain de Narbonne et camérier du pape.

(1) Un juge de celle localité condamna, en 1558, un homme nommé Segault à faire amende honorable, à avoir le poing coupé et ensuite à être pendu. Invent, des litres, p. 115 et suiv.

v2) Uom Viole, t. 2, p. 1085.

Après les affranchissements, le fait historique le plus important qui puisse consacrer la mémoire de l'ahhé de Balore, ce fut le zèle qu'il déploya pour l'avancement des travaux de l'église. 11 fit voûter le chœur et la première travée de la nef, en 1398. Cette dépense s'éleva à neuf cents livres. Les chaires du chœur, c'est-à-dire les stalles, sont dues à son zèle.

Le 4 avril 1798, qui était cette année le jour de Quasimodo , Philippe de Savoisy , chevalier , chambellan du roi et seigneur de Seignelay , vint à l'abbaye pour faire foi et hommage pour les terres qu'il tenait en fief. Voici le cérémonial qui fut observé : Etant entré dans la salle du chapitre un peu avant la grande messe, il se mit à genoux devant l'abbé, en présence de tous les moines, joignit ses mains entre les siennes, le baisa, ensuite il se tourna vers la châsse de saint Maurice, qui était exposée sur l'autel du chapitre entre deux cierges allumés, toucha de ses mains le livre des Evangiles qui était ouvert , et fit serment de tenir et de garder la société et accompaignement qu'il avait avec les religieux pour différents biens situés entre le ru de Sinotte et i'Armancon. Philippe de Savoisy était accompagné de. Pierre, son frère, évèque de Beauvais, de Jean de de Savoisy, écuyer, fils d'Eudes, et de Louis de Villiers, chevalier.

Malgré la difficulté des temps , les dons ne manquaient point au monastère. L'abbé lui-même fit présent au trésor de l'église d'une mitre en broderie, ornée de pierres précieuses. Vingt ans auparavant, il avait acheté des religieux de Moutiers-Saint-Jean une autre mître du prix de cent francs d'or. Le roi Charles V avait pris l'abbaye de Saint- Germain sous sa protection spéciale, disant qu'il voulait qu'elle jouit des mêmes immunités et des mêmes privilèges que les églises qui sont de fondation royale. Charles VI la libéra, en 1388, de l'obligation d'envoyer des

charriots et des sommiers, c'est-à-dire des chevaux de trait aux armées royales. Cette exemption fut enregistrée à la chambre des comptes. Ce prince , désirant avoir part aux prières des moines, déchargea à cette intention de toute espèce d'impôts le domaine que l'abbé se proposait d'acheter avec les six cents livres tournois que lui avait données Jean, duc de Bcrry, oncle du roi.

Craignant que les reliques de saint Thibaut ne subissent quelques profanations pendant les guerres civiles, les religieux les transportèrent solennellement dans l'église de Saint-Germain. Le doyen et les chanoines de la cathédrale vinrent grossir le concours qui eut lieu à cette pieuse cérémonie. L'abbé en détacha un des bras qu'il fit enchâsser dans un reliquaire de pur argent (1).

Tous ceux qui attentèrent aux droits et aux immunités du monastère , trouvèrent dans l'abbé de Balore un rude adversaire. Pendant les troubles du royaume, les membres du baillage d'Anxerre s'étaient rendus coupables d'un abus de pouvoir. Cet abbé les traduisit devant la cour du parlement et fit rendre , en U04, un arrêt qui eut de la célébrité dans le temps. Gasselin du Bon , bailli de Sens et d'Auxerre, Jean Mauduit, son lieutenant au baillage, Regnier-le-Jeune , son lieutenant dans la capitainerie. Pierre de Cousinet, procureur du roi, Baudry, avocat, et Jean Boursier, aussi avocat et conseiller du roi, se virent condamnés à faire amende honorable à l'abbé et aux religieux (2). Louis XI , par des lettres patentes de l'an U66 , déclara que le monastère de Saint-Germain était exempt de la juridiction du bailli et du prévôt d'Auxerre ; qu'il avait toute justice haute, moyenne et basse, de même que le comte l'avait dans son comté, et que cette justice s'éten-

I Doni Viole, I. % p. 1087.

i fbid, p. 10ÎK).

f)E SAINT— GEHMAIN . 333

dait à tous ses officiers et à tous ses sujets (1). Louis XIII fit la même déclaratiou en 1001 .

Lorsque l'évéque d'Àuxerre donnait les investitures des bénéfices pour lesquels l'abbé de Saint-Germain présentait des sujets, de Balore voulait qu'on insérât dans l'acte que son monastère relevait immédiatement du Saint-Siège. Michel deCreney,évêque d'Auxerre, ayant voulu supprimer cette clause, l'abbé lui prouva par des chartes authentiques, que son indépendance était incontestable. Sa sollicitude s'étendait aussi sur tous les prieurés du monastère. Sachant que Philibert de Méry , prieur de Decize , ne menait pas une vie conforme à la sainteté de son caractère et qu'il Irissait tomber en ruines les bâtiments de son prieuré, il l'obligea , scus peine d'inobédience, à changer de vie et à comparaître devant le frère Jean de Montancaulme(2>, son grand vicaire et prieur de l'abbaye, pour rendre compte de sa conduite (U07). 11 inspirait sans cesse aux frères une grande estime pour leur saint état , et il leur faisait sentir le bonheur qu'ils avaient d'y être appelés. Etant tombé dangereusement malade, il les fit venir près de son lit, leur annonça qu'il allait bientôt être séparé d'eux , les exhorta à observer la règle , à conserver la charité fraternelle et expira dans de grands sentiments de piété , en 1408 , après avoir gouverné le monastère pendant trente-trois ans.

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