HERVÉ DE UT.NY
Il naquit à Lugny, à quatre lieues de Mâcon, de famille noble. Il était grand prieur de Saint-Germain lorsqu'il fut appelé à prendre le timon des affaires de cette abbaye. 11 se trouva à l'hôtel de ville, en 1 il i. avec Richard Colas, abbé de Saint-Marien, les gouverneurs du fait commun et plusieurs autres, tant du clergé que des principaux citoyens, pour vérifier les comptes de Jean Chacheray. receveur des impôts (1). On voit que les chefs des différents monastères de la ville prenaient part aux affaires publiques et qu'on avait recours à leurs lumières et à leur prudence : d'ailleurs, comme propriétaires fonciers, ils avaient intérêt à prendre connaissance du maniement des deniers publics.
Le pape Martin V permit au nouvel abbé de se faire bénir par quel évêquc il voudrait , pourvu qu'il prêtât le serment de fidélité dans la forme prescrite par les bulles. Cette permission lui fut accordée, parce que l'évèque
Dcflu.u lacrhiiaruin valle, .Inhatines, mi eognomeu do Nanton, Nobili génère procreatus, Et in Burgundiâ natus, Mille fluenti numéro qttadraïuplificatis Ccntum cl irigpnla el dobus annis, Dum darel junius bis denos, diesque denos, Morltius jaceo fïeteiis, et vermibus esca sum : Si hoc sis légère, (errâ quicumque crealus, Pro me fundc doo, quisquis legi» ista, precalu*. (i; Dont Viole, mss, I. 2,p 1102.
d'Auxerre avait été obligé <le s'éloigner du théâtre de la guerre. Hervé s'adressa à Ktienne. évèque de Tioyes , qui le bénit dans sa chapelle épiscopale, le 19 de mars 1423. Il était assisté de Nicolas, abbé de ('elle, près de Troyes, et de Simon, abbé de Saint-Loup de la même ville. Cinq mois après, il prit possession de l'abbaye de Saint-Germain par le moyen de six procureurs à la fois , auxquels il donna un plein pouvoir de la gouverner , tant au spirituel qu'au temporel ; c'étaient Jean de Comson, sous-prieur et chantre, Pierre Leroy, sacristain, Philibert de Nanton, trésorier, Liébaudde Lugny. chevalier, seigneur de Lugny et de Laisseau; Jacques de Lugny, damoiseav», seigneur de (îessey-le-Vieil, et noble homme Jean de Malet. L'abbé motivait son absence sur quelques affaires de l'Ordre , ne voulant pas avouer qu'il redoutait de se trouver au milieu des partisans du duc de Bourgogne. On pense que Liéhaud et Jacques de Lugny étaient ses frères. Dans les actes publics, il prenait le titre d'Hervé de Lugny, par la permission divine, abbé de Saint-Germain d'Auxerre, cêlêrier d'ïrancy et garde du scel de la dite rélérerie.
En i425, il afferma une partie de la foret d'Ervaux, vingt livres tournois, à Jean deChallon. chevalier, seigneur de Viteaux et de Liste- sous -Montréal. Voulant venir au secours des habitants de Diges , dont la plupart avaient été obligés d'abandonner leur pays pendant les guerres civiles , il leur déclara que pendant tout le temps qu'il gouvernerait les affaires de l'abbaye, leur impôt serait réduit à dix sous pour les plus riches et à une moindre somme pour les autres, selon les facultés de chacun d'eux. Une transaction passée le 16 juin I i42 , entre ces habitants , l'abbé et le couvent de Saint-Germain, assura la stabilité de ces concessions. C'était une sorte d'affranchissement tel qu'on en passait communément alors.
342 HISTOIRE DK l ABBAYE
Jean de Saulx, prieur de Saint-Léger, lut excommunié en parce qu'il avait refusé de recevoir trois religieux que l'abbé de Saint-Germain lui avait envoyé en obédience. Deux ans après, il obligea le même prieur à dépenser six cents livres pour réparer les bâtiments de son prieuré.
En 1149, lorsque Pierre de Longueil prit possession de l'évècbé d'Auxerre , Hervé le reçut dans le monastère, mais il ne daigna pas lui offrir une chambre pour passer la nuit , il se contenta de lui donner deux tasses d'argent pesant un marc et estimées dix livres tournois, disant que les règlements dressés par les papes n'allaient pas au-delà. L evêque profita de cette circonstance pour lui intenter un procès qui se compliqua encore par ce qui arriva quelque temps après. Le 15 février de l'année suivante, comme on faisait une procession par la ville au sujet des calamités publiques, l'abbé de Saint-Germain y parut la crosse à la main et la nrître sur la tète, selon les privilèges de son abbaye. L'évèque prétendit qu'il ne pouvait se revêtir de ses habits pontificaux que dans l'intérieur de son monastère. L'abbé avait aussi donné la bénédiction solennelle à la fin de la grande messe qui fut célébrée dans l'église de Saint-Germain le jour de la fête patronale, par Guillaume de Leigne , prieur claustral , en présence des chanoines et de l evêque lui-même , qui prétendit encore que l'abbé ne pouvait donner la bénédiction solennelle lorsqu'il était présent. C'est pourquoi il le cita par devant Guillaume de Touteville, cardinal légat en France, qui fit prendre des informations par Pierre Àurard, abbé de Saint- Marien. Quelque tempsaprès, les deux contendants remirent leur différent à l'arbitrage de l'abbé de Vézelay et de celui de Saint-Martin d'Autun. Ils passèrent un compromis en 1452. La mort ne permit point à l'abbé de Saint-Germain de voir l'issue de cette contestation, car il mourut cette même année, après avoir tenu le sceptre abbatial pendant trente
DE S A INT-f! H RM A I N . 343
ans. 11 avait traversé une des périodes les pluscalamiteuses de notre histoire. La rudesse des procédés dont usèrent réciproquement entre eux l'abbé de Saint-Germain et l'évêque d'Auxerre , nous donnent une idée des mœurs de ce siècle, dont 1 éducation avait été faite au milieu des guerres civiles.
HUGUES DE TYARD.
Hugues , licencié en droit , frère de Jean de Tyard , seigneur du Mont-Saint-Su lpice et de Villefargeau , lieutenant du gouverneur de la ville et du comté d'Auxerre , descendait d'une noble et ancienne famille de ce nom, en Chalonnais. Dom Viole conjecture qu'il était neveu ou parent de son prédécesseur, parce qu'il a trouvé les armes des de Lugny unies à celle de Tyard.
On voit que les moines de Saint-Germain tiennent toujours à avoir à leur tête un abbé sorti d'une haute noblesse, pensant que sa présence ajoutait un nouveau lustre à leur monastère. C'est pourquoi dom Viole consacre des pages entières pour démontrer leur noble origine. Il s'étend sur les alliances de leurs familles et sur les grands hommes qui en sont sortis. Les mœurs et les intérêts du siècle avaient pervertis depuis longtemps la règle de saint Benoît , qui veut que la naissance ne puisse jamais être comptée pour l'admissibilité aux honneurs ; elle défend impérieusement de rien exiger pour la réception d'un frère, si ce n'est un don purement volontaire. Toutes les charges dont disposait l'abbé devaient être accordées au plus digne : celui qui recevait de l'argent ou des présents , qui cédait à une brigue, était puni de l'excommunication. Ce caractère d'égalité chrétienne rehaussait infiniment la vie religieuse dans les siècles d'esclavage. D'ailleurs, il appartenait à une
3ii HISTOIRE DK I.'aHBAYK
règle fondée sur la vraie doctrine de l'Eglise de garder intacts les droits du mérite et de la vertu.
Hugues de Tyard, plein de lumières et de bonne renommée, était en cour de Kome lorsqu'il fut nommé abbé de Saint-Germain par le pape Martin V, le 34 janvier 1453. 11 prit possession le 15 avril suivant, après avoir été l>éni avec les cérémonies accoutumées (1). L'année suivante, l'abbé de Vézelay et celui de Saint-Martin d'Autun rendirent leur jugement sur deux points du procès intervenu entre Pierre de Longueil, évèque d'Auxerre, et Hervé de Lugny, abbé de Saint-Germain. Dans le premier cas, ils condamnèrent l'abbé et les religieux à aller, par honneur, au-devant des éveques d'Auxerre à leur joyeux avènement, et à leur offrir ensuite une chambre pour passer la nuit. Dans Je second, ils déclarèrent que les évêques d'Auxerre ne pouvaient empêcher les abbés de Saint- Germai u de marcher processionnellement par la ville avec la crosse el la mitre. Il n'est pas parlé de la bénédiction donnée par l'abbé en présence de 1 evèque, il lut sans doute maintenu dans ce privilège.
Hugues de Tyard continua l'œuvre de ses prédécesseurs relative à la liberté des peuples r il affranchit Gussy-les- Gourgis, en 1456. Ginq habitants de ce village lui présentèrent une supplique dans laquelle ils tirent une peinture effrayante de leur situation. Us exposèrent que les guerres qui avaient eu lieu en France, et surtout dans l'Auxerrois, jointes à la mainmorte, à la taille et aux autres droits de servitude, que l'abbé et les religieux avaient sur les manam et habitants de Gussy-les-Gourgis , en avaient diminué la population. C'est ce qu'on trouve dans leur exposé: « ïcelle ville de Cmsy feust el soyt demourée inhabitée et dépopulée et que long temps avait qui n'y avait
(I) Doro Viole, t. 2, p. 1113.
demeuré ne demeuroit personne quelz conques, pourquoy les maisons et édifices estoienl tous en ruynes , et les autres héritaiges ou la plus grant partie d'iceulx en désert : et pourroient encoures plus estre pourre que personne n'y queroit demoier, ne labourer (i). L'abbé et les religieux se rendant à leur prière, remirent, quittèrent et adnullèrent du tout en tout perpétuellement , la mainmorte, ensemble la taille et coutume d'orge et d'avoine qu'ilz avoient, au dit lieu de Cussy, sur les manans et habilans d'icellui lieu, et sur les biens et héritaiges situés et assis au dit lieu justice et finaige et territoire d'illet. En retour , les habitants s'obligèrent à payer chaque année, dix deniers tournois, par arpent de vigne ou de terre , et quinze par chaque habitant , tenant feu , clert ou non clert , pour droit de bourgeoisie. Ceux qui se seraient refusé au paiement , devaient demeurer mainmortables. La justice haute , moyenne et basse, continua d'appartenir aux religieux, comme auparavant.
Ces conditions d'affranchissement parurent tellement avantageuses, que, deux jours après, les principaux propriétaires forains tant de Courgis que de Chablis s'assemblèrent , au nombre de trente-six , pour ratifier la transaction d'amortissement telle qu'elle avait été passée à Cussy entre l'abbé de Saint-Germain et les cinq habitants de ce village, qui étaient, Jean Pinon, Jean Liverneau, Jean Chappotin, Guillaume Saulvage et Robin-le-Beau. Cette ratification fut passée par devant Jean La Toille, prêtre, tabellion juré de la juridiction de Cussy, et Jean Toillon, aussi prêtre, maître ès-arts, chanoine d'Auxerre, curé et chanoine de Chablis , garde du scel de la même juridiction (2).
(1) Carlul. de S.-G., f. 174 et 175.
;*}Ibid, f. 17«.
TUi HISTOIRE DE I. ABBAYE
Les habitants d'Héry furent affranchis, en 1459, et ceux de Bleigny-le-Garreau, en 4478. Pour donner une idée plus étendue de ces affranchissements, voici quelques détails sur ceux d'Héry et de Bleigny-le-Carreau, dont nous avons aussi les chartes.
L'abbé de Saint-Germain, après avoir réuni les habitants d'Héry dans le château de cette commune, au nombre de trente-trois : C'était la plus grant et saine partie des habitons. 11 leur déclara que avaient iceulx religieux abbé et conventde tout en tout quitté, remis, délaissé perpétuellement et promis de non pour ce plus doresnavant demander aucun droit aux manans et habitans du dit lieu d'Ery, à leurs successeurs ou autres quelz conclues, ne pour raison d'icelle mainmorte, faire aucune action, querelle, ne poursuite, en aucune manière. Pour récompensation, les habitants s'obligèrent à donner aux religieux six vingts escus d'or. La charte contient vingt-cinq articles. Plusieurs sont pour aller au-devant des abus qui pouvaient surgir de cette émancipation. Les religieux demandèrent que si l'un d'eux voulait vendre ses propriétés, il les en prévint, pour leur en donner la préférence. Divers règlements ont pour but d'empêcher les délits, d'autres sont pour faciliter la rentrée de quelques impôts, auxquels les habitants se soumirent.
Chaque arpent de terre fut imposé à cinq deniers tournois, le droit de bourgeoisie devait s'élever depuis douze deniers pour la veuve jusqu'à douze sous tournois pour le plus riche. La répartition devait être faite par le procureur de l'abbaye et par quatre habitants, élus par la commune entière, afin que personne ne fut imposé au-delà de ses facultés.
Un usage singulier, c'est que chaque nouveau marié, tant varlet que pucelle, devait un droit appelle mez (1),
il) Jusque vers 1815, pendant la nuit du premier mai, la plupart de*
c était deux pièces de char (i) diverses, ou deux morceaux de viande, une quarte de vin (2), un pain de chapitre (3), un pot, un plat, un tranchoir, ou trois sous tournois. Ce droit devait être payé le lendemain des noces, pendant vêpres. On appellait varlet, un page de chevalier. Ainsi, cette redevance netait due, ni par les manans ou simples particuliers, ni par les veuves qui se remariaient.
Le droit de coutume fixé à six bichets pour certaines terres, fut réduit à trois.
La grande dîme fut taxée au douzième ; le dîmeur devait prendre dans les champs de douze gerbes l'une ; la dîme de la laine, des agneaux, celle des porcs et celle des veaux, fut également fixée au douzième : lorsque le dîmeur arrivera, dit la charte, le propriétaire sera libre de retirer six toisons et six agneaux et de le laisser choisir dans le reste ; s'il ne se trouve que onze agneaux ou moins encore, le dîmeur se contentera d'un denier tournois par agneau. Il en sera de même des laines. La dîme du vin demeura fixée au vingtième. La menue dîme, c'est-à-dire celle des pois, des fèves, du chanvre, fut arrêtée au douzième.
Toute la rivière, depuis Hauterive jusqu'au-dessous de Rouvray, demeura en propriété aux religieux de Saint- Germain. Les habitants d'Héry pouvaient pêcher à la truble de deux pieds de large, à latiquet (4), à la main,
jeunes gens d'Héry et de Seignelay dressaient , chacun devant la porte de celle qu'ils avaient demandée en mariage, un mez ou mai: c'était un baliveau choisi dans la forêt. La surveillance des gardes forestiers a fait cesser cet usage qui remontait à des temps reculés.
(1] C'est ainsi qu'on prononce le mot chair à Héry et aux environs.
(2) On appelle quart la moitié d'une feuillette qui est le quart do muid. On nomme aussi quarte un demi-boisseau , qui est le quart du bichet.
(3) Celait un pain d'environ une livre et demie , tels qu'on les distribuait aux chanoines.
(4) On appelle encore éliquel un petit filet attaché au bout d'une
sans plunger et sans mailler la tète (i). Ils eurent aussi, comme au temps passé, la jouissance d'un droit d'usage, entre la forêt de Montaigu, celle de Villeneuve-Saint-Salve, le rû de Sougère et les ormes de Malevaux.
Les religieux se réservèrent la liberté de reprendre les estrennes ou propriétés abandonnées à la suite des guerres, et d'en disposer à leur volonté. Ce passage montre que le pays avait éprouvé de grands malheurs, le siècle précédent, et que la population avait diminué.
Les habitants seront obligés, dit la charte, de faire vérifier tous les ans, leurs boisseaux, leurs aunes, leurs pintes (2), leurs poids et autres mesures.
S'il survient une guerre ou s'il y avait des gendarmes au pays ou dans les lieux voisins, ils seront tenus de faire guet et garde dans la forteresse d'Héry. Si l'abbaye de Saint-Germain avait besoin de secours, ou si la vie de l'abbé courait des dangers, ils devront encore prendre les armes pour leur défense d'après l'ordre du prieur et des religieux.
Toutes ces conditions acceptées par les habitants et consenties par les religieux et le révérend père en Dieu monseigneur ïabbé , furent scellées du sceau de Jean Odenaux, notaire juré.
On voit par le titre d'affranchissement de Bleigny-le-
perche que l'on traîne dans l'eau pour pécher, surtout lorsqu'elle e»l trouble.
(1) J'ai entendu raconter plusieurs traits de pêcheurs qui , au xvu* siècle, plongeaient dans les fosses du Serain , d'où ils rapportaient le poisson dans leur bouche, dans leurs mains et jusque sous leurs aisselles. Celte pèche périlleuse n'entre plus dans nos mœurs.
(2) La pinte , la chopine et le demi-setier étaient des vases en étaiu dont on se servait dans les auberges pour mesurer les liquides. La pinte contenait un litre et demi, la chopine la moitié de la pinte, et le demisetier la moitié de la chopine. Une loi du 2 novembre 1801 supprima ces mesures.
DE SAlNT-f.KKMAIN. 3i9
Carreau que l'abbé et les religieux , assemblés dans le chapitre , déclarèrent que désirant le bien et entretenement de leurs subjetz et repopulation de leurs terres et seignoriez... quitèrent, abolirent, remirent et du tout adnullerent tout le droit de mainmorte réelle, personnelle et autres quilz auoient et pouoient auoir au dit lieu , justice , perroisse , finaige et territoire de Bleigny, tant sur les personnes, hèritaiges, biens, meubles, conquetz comme autrement... que leur postéritez et lignées puissent doresnauant succéder et hériter les ungs aux autres en lignée directe comme collaléralle.
Les dignitaires de l'abbaye sont nommés dans l'ordre suivant : on trouve d'abord révérend père en Dieu monseigneur Hugues de Tyard, licencié en décrets, par la permission divine abbé du monastère de Saint-Germain ; ensuite . religieuse personne et honeste, maislre Guy Ameline, docteur en décrets, grand prieur, frère Guillaume Bailly, sous-prieur et infirmier, Jean Arnault, chantre et tiersprieur, Jean de Houppes , prieur de Saint-Sauveur, Jean Châtelain, aumônier, Jean Pyon, trésorier, Jean Poiré, sacristain, Jacques de Richarmes, Pierre de Houppes, ouvrier, Michel le Moy ne, Pierre Cousin, Guy Guerry et Philibert de Verne, faisans la plus grant et saine partie de tous les religieux du convent de la dite esglise, assemblez au son de la douche, en ta manière et heure accoutumée, pour les besougnes et affaires de leur dite esglise.
Les habitans de Bleigny comparurent au nombre de sept, savoir : Colas Darlot, Guillaume Quarreau, Jean Darlot, Jean Jaquot, Jean Regnault, Jean Jossot et Thomas Premery, tous manans et habitans du village de Bleigny, appartenant aux diz religieux abbés et convent. Ils consentirent à payer tous les ans, six deniers tournois par arpent de terre , de concise (1), de bois , de désert ou autre
;r On appelle concise IViiclo* qui lient à la maison. Celte dénomiua-
héritage. La grande dîme, c'est-à-dire celle du blé et du vin, fut fixée à la vingt-quatrième partie des produits. La menue dime , celle du ckamble tant mmle comme de la femelle, celle des porcs, des agneaux, de la laine, fut aussi fixée à la vingt-quatrième partie. Cette dime est bien inférieure à celle qui avait été arrêtée pour Héry, dix-neuf ans auparavant, ce qu'on doit attribuer au sol qui est plus fertile à Héry qu'à Bleigny. Les habitants furent tenus de cuire au four banal des religieux et de donner un pain sur vingt. Ils ne purent avoir dans leurs maisons qu'un petit four propre à cuire tartes et pâtés. Le droit de bourgeoisie fut fixé, comme à Héry, depuis douze deniers jusqu'à dix sous tournois. Le procureur de l'abbaye devait en faire la répartition avec deux habitants de Bleigny qui auraient été élus par la commune entière. Les clercs et les mendiants étaient exempts de cette charge.
Les religieux accordèrent la faculté de conduire le gros et le menu bétail dans tous leurs bois , situés dans la justice de Bleigny , excepté pendant le temps et la saison de grenier, c'est-à-dire durant les derniers mois de l'année pendant lesquels la graine tombe des arbres. Cependant, dit la charte, si les habitants veulent donner, tous les ans, un bichet d'avoine par ménage, ils pourront conduire leur bétail dans les bois de l'abbaye, pendant toutes les saisons de l'année.
Les habitants de Bleigny promirent par leur foi donnée convenablement en la main du juré Biaise Moirotte, clerc tabellion, de garder fidèlement ces promesses et accords, et les religieux soubz le voeu de leur religion, promirent de ne jamais revenir sur cette manumission (1). Ces affran-
tion est aussi en usage à Héry et aux environs; au midi de l'Avallonais, on appelle cetle propriété Ouche, en latin Oschia , expression que l'on rencontre fréquemment dans les titres passés à Auxerre au xii* siècle. (1) Cartul. de S. G., f. 191 et suiv.
chissements étaient accueillis avec des transports de joie par les populations, qui espéraient trouver dans leur nouvelle position une ère de bonheur et de prospérité.
En 14G9, la taille de cinquante livres que le village d'Escamps payait à l'abbaye de Saint-Germain, en échange du droit de mainmorte , fut remplacée, pendant la vie de l'abbé de Tyard, par un droit de dix sous par feu pour le plus riche habitant et par de moindres sommes pour les autres. « A cause que le dit lieu d'Escam, tant au moyen des guerres qui fa picça ont esté en ce royaulme, comme de la pestilence qui nagueres y a couru, est très-peu peuplé et que la pluspart des maisons et héritaiges du dit lieu d'Escam sont encore en ruyne, friche et désert. »
Plusieurs affaires temporelles furent réglées à l'avantage du monastère par l'abbé. Il détermina, en i 457, les limites de la justice de Lucy-le-Bois, pour mettre tin aux réclamations de Jean de Challon, chev alier, seigneur de Viteaux et del'ïsle-sous-Monlréal. L'année suivante, il remit entre les mains du curé d'Adom-sur-Loire, dont la paroisse dépendait de celle de Sommecaise , le corps de sainte Berthc, à la charge de le transporter avec les cérémonies convenables dans la chapelle dédiée à cette sainte . et de l'exposer sous les yeux des fidèles le jour de sa fête , afin qu'on pût rendre un hommage public à ses restes vénérés.
Le pape Calixte chargea Hugues de Tyard de se joindre à l'abbé du monastère de Sainte-Colombe, de Sens, pour lui aider à recouvrer différents biens enlevés à son monastère. Il échangea, en 1462, les censives qu'il possédait dans la baronnie de Seignelay, avec Philippe de Savoisy, qui en était seigneur, pour cinq arpents de prés. Cette propriété, située près de la Grand vaux, fut possédée par l'abbaye de Saint-Germain jusqu'en 1790.
Le 18 avril H62 , qui était le jour de Pâques, tout le prieuré de Mazilies devint la proie des flammes. Le
3rtè HISTOIRE DE I,' ABBAYE
prieur Antoine de Diou le rebâtit aussitôt dans un goût plus moderne.
La clôture de l'abbaye de Saint-Germain était considérable ; elle comprenait beaucoup de bâtiments renfermés dans une enceinte de fossés profonds et de hautes murailles crénelées et soutenues par de grosses tours. Ces fortifications protégeaient la ville au nord et au couchant ; elles s'étendaient depuis la porte de Saint-Siméon jusqu'à celle de Villeneuve, aujourd'hui la Tournelle. C'est ce qu'on appelait le château de Saint-Germain ou le Château- Saint-Germain. L'épaisseur des murs était telle qu'on avait construit au haut une suite d'appartements, appelés les salles de Saint-Germain ; quelques-unes, telle que celle de Navarre, étaient seulement appuyées sur le mur de fortification. Ces différentes pièces communiquaient entre elles par des galeries couvertes. A leur extrémité, se trouvait la tour du Satre et deux huis ou passages au bout de la grange des religieux.
Pendant les guerres, les abbés avaient été obligés de laisser un libre passage sur les murs, ainsi que par les salles et par les huis. Lorsque la tranquillité fut rétablie dans l'Etat, ils se crurent en droit de reprendre la jouissance exclusive des lieux fortifiés de l'enclos de leur monastère, car les allées et les venues des séculiers, tant le jour que la nuit, troublaient continuellement leur solitude. C'est pourquoi, en 1469, ils firent fermer l'entrée des différents passages qui donnaient vue sur leur établissement. Les auxerrois élevèrent aussitôt des réclamations; une enquête eut lieu; on convoqua une assemblée générale. Les religieux y parurent au nombre de seize, ayant à leur tète Hugues de Tyard , leur abbé, frère Simon de Saint-Seigne, licencié en décrets , grand prieur et prieur deGriselles, et Guillaume Bailli, sous-prieur et infirmier.
Les principaux habitants d'Anxerre sont cités en grand
DK SAIM— iiERMAIN . .'tt.'i
nombre. On remarque nobles hommes, Jean Regnier-Ie- Jcune, écuyer, seigneur de Montmercy, conseiller et écuyer d'écurie de monseigneur le duc de Itourgognc , bailli d'Auxerre, et Jean de Tyard, seigneur du Mont-Saint-St//>plies, frère de l'abbé de Saint-Germain, gruyer d'Auxerre et lieutenantde noble seigneur messire Tristan deTolongeon, chevalier, gouverneur du comté. Ils dirent que les habitants de la ville jouissaient du droit de passage en cet endroit, depuis plus de cent vingt ans, et même de temps immémorial, soit en temps de paix, soit en temps de guerre, et qu'ils entretenaient eux-mêmes ces remparts. Les religieux affirmèrent, de leur côté, que les salles de la tour du Satre, les galeiies qui étaient entre cette tour et la grande salle de Navarre, étaient leurs propriétés , et qu'ils pouvaient en interdire le passage, ajoutant qu'ils avaient des titres qui leur donnaient le droit d'ouvrir une porte dans cette partie de la muraille appelée la porte du doux ou Clos Saint- Germain , et d'en avoir exclusivement la garde ; qu'ils pouvaient encore faire d'autres ouvertures et bâtir à leur volonté sur les murailles ; que leur droit sur cette partie des fortifications de la ville s'étendait depuis la porte de Saint-Siméon jusqu'à la grange du monastère, et de là, en tournant, jusqu'à la fontaine de Saint-Germain.
Les religieux voyant combien les habitants d'Auxerre tenaient à conserver la jouissance d'un passage sur les remparts, consentirent, pour le bien de la paix, à abandonner leurs droits, moyennant certaines conditions qui furent acceptées. Ils se réservèrent d'abord le droit de justice dans tous les lieux qu'ils concédaient, ils retinrent la chapelle haute de Saint-Maurice et la liberté d'aller sur les murailles. Pour donner au monastère une clôture convenable de ce côté, les habitants de la ville s'obligèrent à faire construire, dans l'espace de quatre années , un mur de dix pieds de hauteur sur deux
d'épaisseur ; il devait longer les fortifications, en laissant entre elles et ce dernier, un passage de voiture; il devait commencer au coin de la grange du monastère, passer sous la chapelle de Saint-Maurice, au pied du pignon de la salle de Navarre, et de là vers un autre mur qui faisait la fermeté de Maubrun et du jardin , enfin vers ïeschi/fe, où l'on faisait le guet le jour et la nuit, par temps de division. Les prisons, qui tenaient à la tour du Satre, devaient être démolies et les matériaux employés à en construire d'autres. La salle de Navarre fut conservée , et les autres pièces construites sur les murailles furent démolies, selon les conventions, et les matériaux remis aux religieux, comme étant leur propriété. Les habitants s'obligèrent, en outre, à leur donner huit cents livres tournois pour les dédommager, et à renoncer à leur prétentions sur certaines parties de la rivière, en aval, jusqu'à Notre-Dame-des-Isles (1).
Autrefois, le monastère, séparé de la ville, bien mieux fortifié qu'elle ne l'était elle-même, passait pour un boulevard imprenable. Des miracles avaient été opérés pour le sauver du pillage. Cette position distinguée donnait au peuple une haute idée de l'abbaye de Saint-Germain : c'était une puissance qui occupait un lieu culminant de la ville et à laquelle les citoyens reconnaissaient des droits de suzeraineté et payaient un tribut. Les moines avaient commis une faute en permettant de lier les fortifications de leur monastère à celles de la ville, à laquelle ses destinées furent désormais attachées. Dans l'accord de 1460, leurs concessions vont bien plus loin : Ils font l'abandon de leurs murailles, raccourcissent leur enceinte et se confondent avec la ville. Que les ennemis approchent, que des malveillants excitent des séditions, l'abbé ne peut plus
I; Cariai, de S.-G., p. 179 el saiv.
DE 8AINT-CERMAI*. 355
lever ses ponts-levis; l'expérience ne tarda pas à le prouver. Comme les citoyens finissaient la nouvelle enceinte, le bailli et quelques séditieux excitèrent une émeute contre l'abbé, parce qu'il passait dans l'opinion publique «pour être attaché à Louis XI et non à Charles-le-Téméraire, duc de Bourgogne, pour lequel la ville d'Auxerre s'était prononcée. La populace courut aux armes, marcha droit au monastère, et renversa le mur de clôture ; ne trouvant pas l'abbé, elle s'acharna contre les édifices et détruisit des bâtiments. De Tyard en fut si effrayé qu'il quitta son abbaye, ne voulut plus l'habiter, et confia le gouvernement du temporel à Jean, son frère. Dans ce même temps, Guillaume Gonthier, ancien échevin, ayant voulu parler en faveur du roi , fut massacré. L'évèque d'Auxerre, qui ne partageait pas l'enthousiasme de ses diocésains pour le duc de Bourgogne, crut aussi ses jours en danger; il s'enfuit à Varzy, où il mourut au bout de deux ans.
Comme la guerre civile était ruineuse pour la petite ville d'Irancy, parce qu'elle avait embrassé la cause du roi , le chapitre de Saint-Germain décida que Guillaume de Longueil, curé de cette \ille, bachelier en décrets et archidiacre d'Auxerre , ne rendrait pour sa cure que vingt livres au lieu de quarante, tant que durerait la guerre. A l'exception de Saint-Bris, de Coulange-la-Vineuse et de Cravant, qui tenaient pour le duc de Bourgogne, tous les pays voisins d'Auxerre s'étaient déclarés pour le roi. Les représailles qui s'exerçaient de part et d'autre avaient mis la banlieue de cette ville au pillage : on ne pouvait y conduire aucunes provisions. Le sieur de Plancy et le bâtard de Seignelay, qui commandaient pour le roi , s'avancèrent jusques sous ses murs. Laissons les détails de cette guerre qui sortent de notre sujet. La misère et la consternation régnaient partout. Le clergé fit beaucoup de processions pour apaiser la colère de Dieu. De leur
côté, les moines de Saint-Germain en firent aussi de fréquentes , à la prière des magistrats de la ville. On y porta solennellement les principales châsses des saints : comme celle de saint Germain, celle de saint Tiburce, ensuite celles de saint Aunaire, de saint Thibaut, de saint Romain et de saint Sébastien. Un grand concours se faisait remarquer à toutes ces processions, qui eurent lieu depuis l'année 1467 jusqu'en 148-2. On priait aussi pour la cessation de la peste , fléau plus terrible que la guerre : ce qui détermina les habitants d'Auxerre à faire un vœu à saint Germain, en H79. Ils offrirent, à cette occasion, de riches présents à son église (1). L'année suivante , ils firent hommage d'un ornement de soie pour mettre autour de sa châsse (2).
Antoine de Chabanne , seigneur de Saint-Fargeau , renouvela, en 1472, une de ces fondations que l'histoire a cessé d'offrir à notre admiration, depuis le treizième siècle. Il était comte de Dam m a r tin, baron de Thory ou Thouxen-Champagne, de Remeyrat et de la Ginole, seigneur de Morey, de Crécy, des pays de Puisaye et de Bedeme, enfin grand maître d'hôtel de France. Il fonda à Saint-Fargeau une collégiale, composée de neuf membres, savoir : un doyen , qui était de droit curé de Saint-Fargeau , cinq chanoines, deux enfants de chœur et un sacristain. C'est, ■ dit-il, pour la bonne dévotion qu'avons envers notre seigneur et la ferme espérance, en l'aide de son glorieulœ martir monseigneur saint Fergeau et singulière a ffection a l'esglise d'icellui martir, assise et situé en notre ville de Saint-Fergeau , ès pays de Puisaye, ou diocèse d'Aucerre, affin que icellui benoist martir, soyt tousiours vray intercesseux, envers notre seigneur, pour nous, notre très aimée compaigne, nos pré-
;1) Viole, mss, t. 2.
(2) Leb., mém., t. 2, p. 471.
décesseuxs et successeuxs et aussi pour le salut et le remède de l'âme de feu prince de bonne mémoire, le feu roi Charles septièsme, que Dieu absoille, du quel amns reçu plusieurs grans biens et honneurs.
Considérans que de tout notre euvre mortel et transitoire, n'emporterons que le seul mérite devant la face du juge éternel, et aussi que, entre tous autres biens, aulmosne et charité sont à Dieu agréables aux quelz mesmement ceulx qui sont plus de prest de Dieu, sont plus obligez et plus leur profite à l'âme le bien fait en vie, que après la mort, de la quelle leure est à tous incertaine... fondons un collège perpétuel du nombre de neuf personnes ecclésiastiques.
Pour assurer cette fondation, Antoine de Chabanne donna deux cents livres de rente, hypothéquées sur toute sa terre de Saint-Fargeau (1). Comme l'abbaye de Saint- Germain avait beaucoup de droits sur l'église de cette seigneurie, il fut convenu que le doyen serait présenté alternativement par l'abbé et par le seigneur de Saint- Fargeau. La nomination du sacristain et autres prérogatives de l'abbaye furent maintenues , sans préjudice de la fondation du comte de Chabanne.
(1) Les chanoines avaient chacun (rente livres; lo doyen avait davantage, à cause des oblalions ; le marillier ou sacristain recevait huit livres, et les enfants de chœur chacun quatre. Une pareille somme était destinée pour le luminaire. On devait ordinairement allumer deux cierges sur l'autel et quatre aux fêtes solennelles avec deux torches. Voici d'autres particularités de celte fondation : On devait dire, tous les jours , deux messes pour le fondateur, pour son épouse, Marguerite de Nanleuil,pour le roi Charles VII, pour les prédécesseurs et les successeurs du seigneur de Saint- Fargeau. On devait aussi chanter, dans l'église, Matines , Prime, Tierce , Midi (Sexte), Nones , Vêpres et Compiles , aux heures convenables et à haulle voix, selon Veusaige de Vesglise d'Auccrre. Les Matines devaient commencer à quatre on cinq heures du matin. Le dimanche, la messe étaU en l'honneur de la Sainte Trinité; le lundi, pour les fidèles trépassés; le mardi,
LJabbédeTyard était rentré dans son monastère en 1475. Le 5 janvier de l'année suivante , le duc de Bourgogne ayant été tué devant Nancy, aussitôt la ville d'Auxerre fit sa soumission à Louis XI , qui reçut ses députés avec bienveillance, leur déclarant qu'il pardonnait tout ce qu'on avait pu dire ou faire contre sa personne. La paix, bannie de TAuxerrois depuis six ans, reparut comme un beau jour après la tempête.
Alors l'abbé de Saint-Germain s'adressa au parlement pour demander raison de l'insulte qu'il avait reçue et réparation des dommages que certains habitants d'Auxerre avaient causés à son abbaye, lorsque, dans une émeute, ils avaient pénétré dans son enceinte avec le dessein de lui ôter la vie. Les plus coupables furent traduits devant les tribunaux. Les débats prouvèrent que l'émeute avait été l'ouvrage du bailli et de cinq des principaux habitants de la ville. Une sentence du 13 septembre 1477 les condamna à relever les bâtiments démolis , ainsi qu'aux dépens , dommages et intérêts envers l'abbé et les religieux. Ceuxci contents d'avoir confondu l'intrigue qui avait soulevé
on disait une messe du Saint-Esprit; le mercredi, elle était en mémoire du glorieux martyr saint Fargeau ; le jeudi , c'était une messe du Saint-Sacrement; le vendredi , une de la Croix ; et le samedi , une autre en l'honneur de Notre-Dame. Chacune de ces messes était annoncée par trente cops par long traist à la grosse cloche.
Le fondateur voulut que l'on fit , tous les dimanches, une procession autour de l'église, que Ton chantât le De profundis en passant devant le cimetière, et qu'en rentrant on enlonndt, devant l'autel de Notre- Dame, le Salve Regina ou Ylnviolala, ou un autre répond avec l'oraison. Il voulut aussi que l'on célébrât un anniversaire chaque vendredi des quatre temps de l'année. On devait chanter aux vigiles neuf psaumes et autant de répons , et dire trois grandes messes à notes, à dyacre et solz diacre: la première du saint Esprit ou du jour, s'il y avait un office propre, la seconde de Noire-Dame, et la troisième des fidèles trépassés. Cart. de S.-G., f. 197, 198 et 199.
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la populace contre leur monastère, se montrèrent grands et généreux envers leurs ennemis. Non-seulement ils leur firent grâce des dommages et intérêts, mais encore ils cédèrent à la ville plusieurs bâtiments qui touchaient les murailles d'enceinte et qui renfermaient de vastes salles (1).
La justice de l'abbaye de Saint-Germain ressortissait du baillage royal de Villeneuve-le-Roy et était indépendante de celui d'Auxerre, qui avait fait bien des tentatives pour la faire passer dans son ressort, mais toujours sans succès. Louis XI avait déclaré par ses lettres patentes du 20 août U66, qu'il reconnaissait que l'abbé et les religieux étaient exempts de la juridiction du bailli et du prévôt d'Auxerre, qu'ils avaient la justice haute, moyenne et basse , comme le comte l'avait dans son district : il ajouta que cette exemption s'étendait à tous les officiers et à tous les sujets du monastère. L'abbaye avait aussi le droit exclusif de vendre le sel dans le ressort de sa justice. Trois ans plus tard, les Auxerrois s'étant rendus adjudicataires du grenier à sel de leur ville , remirent à l'abbé et aux religieux cent écus d'or pour qu'ils leur laissassent ce monopole.
En 4472, Marguerite Karoble leur rendit hommage pour le domaine de Réveillon /celui de Grangette et celui de Colangette. Une maladie survenue à l'abbé l'empêcha de mettre à exécution les lettres patentes du roi Charles VIII, pour limiter l'ancien domaine de l'abbaye. D'ailleurs, la plupart des gentilshommes intéressés dans cette affaire étaient retenus sous les drapeaux, à cause de la guerre : Il fit cependant un accord avec les enfants de Jean de Challon, seigneur de Vitteaux , et de Jeanne de la Trcmoille, sa femme , pour les limites de la chatellenie de l'Isle-sous-
ti) Dom Viole, m$s, t. 2, p. 11 20.
Montréal. Ces enfants étaient Charles de Challon, seigneur de Pierre-Pertuis , Antoine , évêque d'Autun , le seigneur de Grignon et celui de Lorme.
En 1482, Antoine, seigneur deBueil, comte deSancerre, rendit hommage par procureur à l'abbé de Saint-Germain et à son église , en plein chapitre , pour la moitié de la terre de Pontnaissant. Il reconnut aussi l'obligation où il était de payer tous les ans, au monastère, vingt-une livres tournois (1).
Un trait rapporté dans la vie de l'abbé de Tyard montre combien les études étaient alors en honneur. Quoiqu'il fut d'un âge avancé , il se transporta à Paris , vers l'an 1489, se mit sur les bancs des écoles pour subir un examen, afin d'obtenir le titre de docteur en décrets: il était déjà licencié dans cette faculté. Ne pouvant supporter l'étude assidue, il tomba malade et fut obligé de revenir à Saint-Germain , Comme ses infirmités croissaient avec son âge, le roi Charles Vlll l'obligea, en 1492, à prendre pour coadjuteur Claude de Charmes, abbé de Saint-Bénigne de Dijon. Le nouveau genre de vie qu'on lui imposait convenait si peu à son caractère, qu'il résigna immédiatement en faveur de Claude de Charmes, qui lui donna en échange le prieuré de Saint-Étienne de Beaune et celui de Notre-Dame de Palluau. Il retint aussi, pour sa vie seulement, six seigneuries qui étaient : Héry , Diges, Escamps, Saint- Germain , Saint-Thibaut et Bleigny. 11 jouissait de ces réserves sous le nom de Claude de Charmes, car il prenait ordinairement le titre de cr Hugues de Tyard, naguère abbé de Saint-Germain, à présent prieur de Saint-Estienne de Beaulne, commendataire du prieuré de Notre-Dame de Palluau. » Il mourut en 1502, comme on le voyait sur sa tombe placée devant l'autel delà chapelle de saint Pierre,
1] Carlnl. de S.-ii., f. Ml,
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qu'il avait fondée. Ainsi il gouverna le monastère de Saint- Germain cinquante ans moins trois mois. Quoiqu'il se fût rendu recommandable par sa charité, son désintéressement et la régularité de sa vie, on a vu qu'il faillit être victime d'une émeute populaire. La mort de son frère , seigneur du Mont-Saint-Sulpice , arriva presque en même temps que la sienne. Cette famille a donné, depuis, deux évêques à la ville de Châlons.
Dom Viole parle d'un prieur, nommé Hugues de Tyard, envoyé par Claude de Charmes au prieuré de la Charitésur-Loire, en 1495 , pour demander jusqu'à six religieux, parce que les guerres et les contagions avaient décimé le monastère.
Comme on tardait à relever le mur de l'abbaye qui avait été abattu dans une émeute , le roi Charles Vin ordonna , en 1-484, que dans le plus bref délai il fût remis dans son premier état. Par une autre ordonnance, il voulut que la poterne et le pont-levis fussent également rétablis ; c'est le nom que l'on donnait à une porte de communication entre le monastère et le clos, que l'on avait murée pendant les guerres. Comme on craignait encore quelque surprise de la part des ennemis, le roi exigea qu'on y plaçât une porte solide, fermant à trois clefs , que l'abbé confierait à trois notables religieux.