‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 40 sur 69 · LOUIS DE LORRAINE · texte numérisé non relu

LOUIS DE LORRAINE

Après la mort de François de Beau jeu, l'abbaye de

itl Hist. d'Aufterre, par M. Chardon, t. I, p. 236

Saint-Germain commença à ressentir les suites funestes du contrat passé, en 1515, entre François Ier et Léon X, par lequel tous les monastères de France et même les évêchés furent à la nomination du roi et devinrent, le plu» souvent, le partage des courtisans. La face de l'Église de France va changer; les monastères vont se dépeupler. Les beaux siècles de l'abbaye de Saint-Germain appartiennent désormais au passé, rien dans l'avenir n'en retracera la grandeur. Il vaudrait mieux pour elle qu'elle fût décimée par la peste, troublée dans sa discipline, que de tomber dans les mains froides et indifférentes d'un pouvoir qui ne voit, dans une abbaye, qu'une affaire d'honneur et d'argent. On se relève d'une ruine, on sort d'un relâchement, mais lorsque l'abaissement est passé dans les lois de l'État, l'établissement qui en est l'objet est frappé de mort.

Louis de Lorraine, premier abbé commendataire de Saint-Germain, naquit à Joinville, le 21 octobre 1522. Son père, Claude de Lorraine , premier duc de Guise , pair de France, comte d'Aumale, était gouverneur et lieutenantgénéral du roi en Champagne, dans la Brie et dans la Bourgogne. Sa mère , Antoinette de Bourbon , était fille aînée de François, duc de Vendôme. La vie d'un personnage d'un si haut rang appartient à l'histoire de France et non à celle d'un monastère. Louis de Lorraine , à peine âgé de dix-huit ans, et étant encore sous la tutelle de son père et de sa mère, prit possession en 1540. A cette époque une horrible tempête ravagea Auxerre et ses environs : le vent et la grêle firent des dommages considérables. La croix du clocher de l'église de Saint- Germain fut abattue , plusieurs gros arbres de la forêt de Villeneuve-Saint-Salve , qui dépendait de l'abbaye, furent arrachés. Cet ouragan fut regardé comme le prélude des malheurs que la commende allait causer au monastère.

Les deux premières années durant lesquelles le jeune de

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Lorraine fut en tutelle, se passèrent avantageusement pour l'abbaye. Son père et sa mère, qui étaient l'un et l'autre d'une grande piété, firent tout ce qui était en leur pouvoir pour y maintenir la ferveur religieuse. On lit encore avec édification les sages règlements qu'ils dressèrent pour l'avantage temporel et spirituel des religieux. Ils ne se regardèrent que comme les dépositaires des biens du monastère. Presque tous les revenus étaient consacrés aux besoins des frères et à la décoration du lieu saint. Ils donnèrent d'abord deux calices d'argent , six chasubles , vingt-et-une nappes d'autels , trente aubes , douze corporeaux , six corporaliers ou bourses , six missels , autant de psautiers et un dais que la duchesse d'Orléans fit faire à ses frais. En même temps, elle fit réparer le linge et les ornements de la sacristie.

Les dons des fidèles venaient ajouter à tous ces bienfaits. Claude de la Faye donna quatre chappes de satin à fleurs et à franges d'or fin. Son frère Joachim , conseiller de la prévôté, en reconnaissance de ce que son fils avait fait profession dans l'abbaye de Saint-Germain , fit présent d'un devant d'autel, de deux tuniques avec les étoles et les manipules , le tout en soie blanche à fleurs brochées et garni également de franges d'or fin.

En laissant aux rois la nomination des abbés, les souverains pontifes, non-seulement leur avaient interdit de prendre connaissance d'une règle qui ne les concernait pas, mais encore ils avaient réservé la juridiction spirituelle au grand prieur élu par la communauté. L'expériênce démontra que l'influence de ce dernier était trop faible pour lutter contre les exemples fâcheux donnés par l'abbé lui-même. Ce fut en vain que pour ôter aux frères tout prétexte de sortir en ville, le prieur et les tuteurs de l'abbé pourvurent la cuisine et le réfectoire de tous les meubles et ustensiles nécessaires; qu'ils ordonnèrent aux

fournisseurs d'apporter exactement au monastère le blé et les vêtements. Un nouveau règlement obligea les frères à se rendre exactement au service divin, à garder la clôture, sans vaquer parmi la ville, et à ne pas passer le temps, pendant les intervalles des exercices, dans les maisonnettes ou petites boutiques qui étaient en grand nombre proche la grande porte du couvent. Comme ces bâtiments appartenaient à l'abbaye , le tuteur de Louis de Lorraine les fit tous abattre , et construisit une muraille de clôture audessus des jardins des religieux , depuis le bas de l'église de Saint-Loup jusqu'à une autre muraille qui se trouvait entre le rempart et l'abbaye. La clôture n'était pas mieux gardée dans les autres monastères de la ville, car l'évêque d'Auxerre défendit, en 1553, aux religieuses de Saint- Julien de sortir pour tenir des enfants sur les fonts de baptême , et d'aller à la campagne (1). Les sages règlements du père et de la mère d'un abbé mineur auquel on a donné un riche bénéfice pour soutenir son rang, font peu d'impression sur l'esprit des moines. Cependant on doit tenir compte à ces vertueux laïques de leurs louables dispositions et de l'emploi consciencieux qu'ils firent des revenus de l'abbaye. Leur main prévoyante s'occupa aussi des dortoirs: ils entourèrent les lits d'une honnête menuiserie. On voit que jusqu'alors les moines couchaient dans un dortoir commun. Ils y placèrent vingt matelas neufs et autant de coudiers ou traversins.

Ces religieux , que l'histoire accuse de relâchement, seraient encore, pour notre siècle , des modèles de vertu et de pénitence. Ils font de longues méditations, ils chantent à des heures différentes tout l'office canonial ainsi que la grande messe de communauté. Sans parler des messes basses* des lectures pieuses, de l'abstinence, des jeûnes, à

•i) rtiém., t. 1, p. 593.

quelle sévérité de costume, de mœurs, d'habitude n'étaientils pas obliges ?

Dans les monastères d'Egypte , où les hommes vivaient comme des anges, et où le don de la contemplation était une grâce ordinaire, on maintenait le travail des mains avec une discipline exacte, non pour subvenir aux besoins des frères, car la charité des fidèles y suppléait, mais pour ie salut de l'ame. Quelque perfection que les moines eussent acquise, il leur était impossible de contempler sans cesse les choses divines. Ils savaient aussi que demeurer un instant dans l'inaction , c'est s'exposer à la tentation. Le travail était encore très-propre à remettre l'esprit de l'application qu'il avait apportée à la prière et à écouter les lectures. La manière de vivre de ces anciens moines se réduisait, selon Cassien, à quatre choses : la solitude, le travail, le jeûne et la prière. La grande maxime parmi eux était qu'un moine occupé devait toujours être le plus innocent.

Les religieux de Saint-Germain, sortis de familles riches et considérables, étaient tellement étrangers aux travaux manuels par leur éducation première, que depuis longtemps ce genre d'occupation avait été retranché de la règle ; c'est pourquoi les supérieurs éprouvaient tant d'embarras pour employer les loisirs des frères pendant l'intervalle des exercices ; c'est encore ce qui détermina le duc de Guise à construire une vaste bibliothèque au bout du dortoir, d'où la vue s'étendait sur la campagne et sur la rivière ; il y plaça les livres de piété dont le monastère était abondamment pourvu. A une autre époque, les moines qu'animait le génie des arts, se livraient à divers travaux pour décorer l'église et le monastère. Bien des chefs-d'œuvre de sculpture et de peinture sur bois et sur verre sont dus à ces artistes modestes dont le» noms ne , sont pas sortis des murs de l'abbaye.

Les pieux tuteurs allèrent plus loin : ils résolurent d'introduire dans le monastère les constitutions et les observances de la congrégation de Chésal-Benoit , alors trèsflorissante. Ils envoyèrent leur demande aux défîniteurs du chapitre général, en 154t, témoignant le désir d'avoir pour prieur dom Etienne du Creuset ou Grenolet , religieux de l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges, recommandable par ses vertus et par ses talents. Les pères de Chésal-Benoit y consentirent, à condition que le monastère de Saint-Germain ferait partie de leur congrégation et qu'il se soumettrait à la réforme qu'ils y introduiraient. L'affaire ayant été discutée au conseil du duc de Guise, on trouva que cette agrégation affaiblirait l'autorité de l'abbé et diminuerait le revenu de sa mensej alors on décida que le duc et la duchesse se contenteraient d'établir , au nom de leur fils , un bon prieur, qui, secondé du grandvicaire , maintiendrait les religieux dans l'observance de la règle. Voilà donc la noble abbaye de Saint-Germain entre les mains des laïques ; c'est dans une assemblée de famille qu'on discute sa réforme, qui est mise dans la balance avec la question de vaine gloire et d'intérêt temporel; la difficulté fut bientôt levée. On se contentera d'un bon prieur que le fils , devenu majeur , pourra remplacer. 1 >.i;-i Ukiusft-b

A l'exception de cette affaire de la plus haute importance, le duc et la duchesse se montrèrent partout aussi zélés que généreux. Le duc se rendit prodigue pour honorer la mémoire du dernier abbé : il paya ses dettes, récompensa ses serviteurs et ne destitua aucun de ceux qu'il avait mis en place. Il donna à son neveu Antoine de Beaujeu, religieux et ouvrier du monastère, la charge de grand-vicaire, à laquelle il attacha une rente annuelle de cent bichets de froment, une pareille en avoine , dix muids de vin et trois arpents de pré. 11 établit surintendant de tout le temporel

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un autre parent de cet abbé , nommé Claude de Beaujeu, seigneur de la Maison-Fort. Il prit bui- les revenus de sa mense pour faire réparer tous les bâtiments du monastère. A la mort d'Antoine de Beaujeu, il choisit pour grandvicaire Pierre de Coiffy, sacristain et sous-prieur. Après lui vint Nicolas de Marconville, religieux et chantre de Molesme, qui signala son entrée dans cette charge par une visite de tous les prieurés. Enfin , le duc de Guise voulut que les pensions des jeunes religieux qui étudiaient à l'Université de Paris fussent payées, comme auparavant, ainsi que celles que le dernier titulaire , François de Beaujeu, avait fondées sur sa cassette particulière.

Le duc fit encore plusieurs règlements pour mettre en ordre les affaires temporelles de l'abbaye. Il veilla avec un soin particulier à la conservation des reliques et des chartes. L'article dix-sept portait que la chambre ou la cassette qui renfermerait le trésor, les châsses et les reliquaires, fermerait à trois clefs, dont l'une serait conûée au grandvicaire , la seconde au grand-prieur, et la troisième au sous-prieur. On excepta les reliquaires qu'on avait coutume d'exposer dans l'église, qui étaient sous la responsabilité du trésorier. L'article dix -huit voulait qu'aucun titre concernant l'abbaye ne fût extrait du trésor sans une nécessité urgente.

Louis de Lorraine, devenu majeur, prit lui-même l'administration de son monastère. Les plus hautes dignités de l'Eglise furent bientôt à la disposition de notre abbé ; il les acceptait et s'en démettait avec une égale facilité , montrant qu'il ne sentait guère le poids d'un fardeau qui faisait trembler les saints. U fut d'abord évêque de Troyes; peu après il échangea cet évêché pour celui d'Alby. Ce dernier ne lui plaisant pas encore , il le permuta contre ^archevêché de Sens, dont il se démit en faveur de Nicolas Pellevé. Il fut aussi cardinal et abbé de Saint-Victor de

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Paris et de Notre-Dame-des-Trois-Fontaines. La charge successive de ces églises n'absorbait pas tellement son temps qu'il ne s'occupât de son abbaye de Saint-Germain. On remarqua en lui du désintéressement. Il fit donner, en i 542, de forts appointements au régent qui enseignait le latin aux jeunes religieux dans le monastère. 11 voulut que ceux qui étudieraient à Bourges dans la faculté des décrets pour prendre des degrés, reçussent une pension égale à ceux qui faisaient leurs études à Paris. Il recommanda expressément à son grand-vicaire et à ses autres employés de veiller au maintien de la discipline, d'cmpècber les fréquentes sorties des frères, ajoutant qu'il n'était pas édifiant de les rencontrer çà et là dans les rues et au marché. Pour leur ôter tout prétexte d'aller en ville , il établit un domestique chargé d'acheter les provisions de l'abbaye et de faire toutes les commissions des moines. Un frère convert, placé à la porte , avait ordre de ne laisser sortir personne sans une permission expresse du supérieur. Son grand-vicaire, Antoine de Beaujeu, fut chargé, en 1540, de faire la visite de tous les prieurés. La mort l'ayant surpris dans le cours de cette visite, elle fut continuée par Nicolas de Marconville , bachelier ès-saints décrets. Nous allons voir en quel état se trouvaient ces établissements lorsque la commendo vint étendre sur eux ses mains cupides.

La visite commença par le prieuré de Griselles, dans le diocèse de Langres, où le grand-vicaire arriva le 16 mars. Il s'informa auprès des habitants de l'ancien état de cette maison : ils déposèrent qu'elle était conventuelle et qu'ils y avaient vu six religieux. Le visiteur ne pouvant y placer un pareil nombre de frères , en mit seulement deux avec le prieur qui était tenu de célébrer trois messes par semaine, de chanter avec le curé de la paroisse les premières vêpres et matines, tous les dimanches et aux diverses solennités

de l'année. 11 devait, en outre , dire la messe de paroisse aux fêtes de la Vierge, à la Nativité de saint Jean-Baptiste, aux fêtes annuelles et solennelles, fournir deux cierges tous les jours sur le grand-autel , et donner tous les ans dix livres quatre sous pour la pitance du couvent de Saint-Germain. Les revenus de ce prieuré s'élevaient au-delà de deux mille livres, somme importante pour ce temps-là.

Antoine de Beaujeu mourut au milieu de ses courses apostoliques en 1542. C'est pourquoi nous suivrons de préférence les pas de Nicolas de Marconville, son successeur , qui reprit immédiatement la visite de tous les prieurés. 11 se fit accompagner de deux religieux : frère Jean de Revelle, trésorier, et Guillaume Petit, secrétaire du monastère et notaire du vicomte par autorisation apostolique. Il se rendit d'abord au prieuré de Saint-Florentin, en 1543. Le titulaire, Réné Deschamps, leur déclara qu'il avait loué les biens du prieuré cinq cents livres tournois. Cet établissement avait été pillé en 1535. Les reliques, pour plus de sûreté , avaient été emportées d ins l'église de la paroisse , où elles sont demeurées , à l'exception de quelques petits ossements. Réné Deschamps, que l'on croit être le premier prieur coin mendataire, avait obtenu un jugement contre les auteurs du pillage; mais les habitants s'étaient opposés à son exécution , soit que plusieurs d'entre eux fussent impliqués dans cette affaire, soit qu'ils favorisassent l'hérésie de Calvin , dont les fauteurs commençaient à troubler l'Eglise. L'abbaye de Pontigny avait aussi été envahie à main armée, sept ans auparavant, par Jean de la Baulme , comte de Montreve) , mais il ne put éluder le jugement sévère qui fut rendu contre lui.

De Saint-Florentin , les visiteurs passèrent à Moutiers- Héraud. Jean Fustert, qui en était le premier prieur commendataire , jouissait de quatre-vingt-huit setiers de blé

de rente, de quarante arpents de prés, d'un four banal, d'un moulin, d'une maison, outre celle du prieuré , de la justice du lieu et de plusieurs dîmes à Ervy. Le grandvicaire ne voulut pas qu'il restât seul : il l'obligea à recevoir un religieux pour l'aider à faire le service divin dans l'église. La décadence de cet établissement alla si vite sous les prieurs commendataires, qu'en 1660 les revenus étaient réduits à huit cents livres de rente.

Le grand-vicaire passa ensuite au prieuré de Griselles. Il apporta quelques changements aux ordres donnés par son prédécesseur pour la restauration des bâtiments. Le titulaire était Charles Crétin, qui venait de résigner à Jean Babute, chanoine d'Auxerrc.

Le cinquième jour d'avril de la même année 1543, le visiteur et sa suite se transportèrent au prieuré de Saint- Sauveur. Ils trouvèrent l'église dans un très-mauvais état ; il n'y avait que le grand-autel qui fût couvert ; le logis du prieur et les autres bâtiments étaient inhabitables. Le prieur commenda taire était Christophe Richer, qui tirait de son bénéfice un revenu net de cent quatre-vingtdix livres. Le grand-vicaire saisit immédiatement , par autorité de justice, le tiers des revenus pour la réparation des bâtiments. Il trouva dans l'église une croix de bois, un calice d'étain , un reliquaire contenant des restes vénérés de saint Vrain et de saint Loup; un bras en bois peint ayant une ouverture fermée par un verre, à travers lequel on voyait des reliques de saint Etienne et de saint Vrain. Comme le prieur était seul, Nicolas de Marconville l'obligea à recevoir un sacristain qui serait désigné par 1 abbé de Saint-Germain.

Le 7 avril , le grand-vicaire visita l'église conventuelle de la bienheureuse Marie de Moutiers, et y trouva quatre religieux, non compris le prieur commendataire. Us étaient dirigés par Philippe ïnsart , sacristain et sous-prieur. Ils

DE SAIJÏT-GERMAIN. 387

menaient une vie bonne et honnête en s'ecquittant avec 2èle de ce qui concernait l'office divin. Le grand-vicaire, ayant remarqué qu'ils le célébraient sans capuce, leur enjoignit, sous peine de désobéissance , de ne jamais entrer dans le chœur de l'église sans en être revêtu et sans porter la soutane (1). Il leur défendit également de sortir du couvent sans la permission du supérieur , de se promener dans le bourg de Moutiers» sans un vêtement convenable à leur état (2) ; de jouer avec les laïques > de fréquenter les tavernes et de prendre à leur service des femmes suspectes. 11 recommanda surtout au sacristain et à l'aumônier dé s'acquitter exactement de leurs charges. Du reste j les visiteurs trouvèrent l'église , le dortoir , les lieux réguliers et les meubles en bon état. Parmi les reliques, ils remarquèrent un bras de saint Biaise, la tête de saint Bond (3) , des ossements de sainte Luce et un vase contenant des restes vénérés de saint Benoit , de saint Loup et de saint Georges.

Poursuivant sa course > de Marconville arriva à Saint- Vrain. Le prieur était Jacques Verius, conseiller au parlement, homme vénérable et plein de savoir; il accueillit les visiteurs avec empressement , leur fit voir l'église qui était propre. Les stalles du chœur étaient neuves, les ornements plus beaux et en plus grand nombre que dans tous les prieuréè qu'on avait visités jusqu'alors. Parmi les richesses de cette église, on remarquait une croix d'argent estimée cinquante livres , un calice en vermeil du prix de vingt-six, un vase d'argent en forme de soleil, dix calices d'étain, quarante-huit nappes d'autels, dix-huit aubes et plusieurs ornements de soie de diverses couleurs.

I i ) Yati» (alaris.

(2) Sine habitu dttenti.

l3) 5. Baldus.

Les reliques étaient enchâssées dans l'or et dans l'argent. Un vase de vermeil, d'une valeur de vingt -six livres, représentant un évêque, renfermait celles de saint Biaise; un reliquaire de bois doré contenait une côte de sainte Agathe, des ossements de sainte Radegonde, de saint Nice, évêque de Lyon, et un fragment du manteau de saint Pierre. Un autre reliquaire aussi de bois, orné de riches peintures et couvert d'argent, ayant la forme d'une chapelle, renfermait des restes précieux de soixante saints. On trouva encore dans l'église des livres de chœur, parmi lesquels on distinguait un grand légendaire en parchemin. Les visiteurs entrèrent ensuite dans la chapelle de saint Vrain , qu'ils trouvèrent danô un état convenable, ornée de plusieurs tableaux et surtout enrichie du chef de son saint patron, qui reposait dans une châsse de pur argent représentant une tête.

Le grand-vicaire fit mettre à exécution certains règlements, dressés par son prédécesseur, lors de sa visite, en 4540, tels que l'obligation de tenir un registre des revenus et des affaires qui concerneraient l'établissement. 11 fit observer au prieur que pour répondre aux richesses de son église, il lui fallait un religieux pour l'aider dans le service divin et qui prélèverait le tiers des revenus du prieuré pour son entretien. Toutes ces mesures furent accueillies avec empressement (1).

Le prieur de Saissy-les-Bois reçut les visiteurs le 9 mai. C'était le révérend père en Dieu frère François de Fontenoye, abbé de Bellevault, qui possédait ce prieuré en commende. Les améliorations prescrites par François de Beaujeu , en 4540, n'avaient pas été mises à exécution, le prieur n'avait point tenu d'état de ses revenus ni des contrats qu'il avait passés : il n'avait point voulu recevoir de religieux

il) Dom Cotron, nm, p. 1224, el dom Viole, ms% p. 1404.

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pour l'aider dans le service divin et pour prendre soin de la sacristie; comme il avait vendu plus de soixante arpents de bois à la fois, sans avoir demandé de permissions ni à l'abbé de Saint-Germain, ni aux religieux, le grand-vicaire fit saisir tous les revenus par autorité royale. Le chef de saint Baudèle, patron du prieuré, fut trouvé dans une chasse d'argent, ornée de pierres précieuses. On y conservait aussi un bras de sainte Eugénie, dans une châsse non moins riche que la précédente. Les procès-verbaux de 15*8 disent que cet établissement fut trouvé en bon état.

Le 12 juillet, le grand-vicaire et sa suite arrivèrent au prieuré de Saint-Léger, anciennement appelé Champeaux, dans le diocèse de Langres. Il renfermait alors six religieux, non compris le prieur commendataire qui était révérend père en Jésm-Chrisl, le cardinal de Givry, évêque de Langres. Son procureur pourvoyait avec un grand soin à tous les besoins des frères. Le grand-vicaire leur enjoignit à tous, sous peine de désobéissance, de vivre en communauté, de porter le capuce et l'habit long lorsqu'ils feraient l'office divin ; il leur défendit de se promener par les rues, de fréquenter les tavernes, de jouer avec les laïques, et de prendre à leur service des domestiques trop jeunes ou ne jouissant pas d'une bonne réputation; il leur recommanda d'obéir ponctuellement au prieur ou au sous-prieur en tout ce qui ne serait pas contraire à la règle. L'un ou l'autre de ces religieux devait visiter les chambres et les dortoirs toutes les semaines, et s'il y trouvait quelque chose de répréhensible , il devait en informer le vicaire général. b e. j . > < » >t'j;>o*m

Dans le trésor de l'église on trouva une croix d'argent d'un travail très-ancien , enrichie d'un fragment de la vraie croix, et un magnifique reliquaire d'argent, orné de cinquante-sept pierres précieuses, renfermant une partie du chef de saint Léger : il avait la forme d'une tète

d'évêque couronnée d'une mitre. Un pareil chef en vermeil, orné de soixante-quatre pierres précieuses, mais moins grand que le premier, contenait des fragments de la tunique de saint Léger, de celle de saint Hugues et plusieurs autres objets précieux.

Ou remarquait encore parmi les reliquaires un bras d'argent, couvert de pierreries de diverses couleurs, renfermant des reliques de saint Christophe. Un autre bras, de même métal, recouvert d'or et d'un riche travail, en contenait de saint Martin.

On voyait aussi , dans le trésor de l'église , un couteau de saint Guillaume, deux reliquaires, en forme de cassettes, remplis d'ossements de différents saints, deux mitres, une crosse abbatiale et deux beaux calices , l'un en argent et l'autre en vermeil*

Le grand-vicaire obligea le prieur à acheter des livres neufs, pour le chœur, à faire relier les anciens, à pourvoir l'établissement de nappes et autres linges, de vases et ustensiles divers , enfin à payer au monastère de Saint- Germain la somme de trente-trois livres cinq sous.

Le 44 juillet de la même année, le visiteur se rendit à Pesme , dans 16 diocèse de Besançon , par des chemins périlleux. Il fit venir le prieur frère Jean Deschamps pour le blâmer de sa négligence à réparer son église, ainsi que le christ qui était au milieu, d'après l'injonction qui lui en avait été faite, trois ans auparavant, par Antoine de Beau jeu. Il répondit qu'il le ferait aussitôt que ses moyens le lui permettraient, ce qui fait croire que ce prieuré avait peu de revenus, ou que la commende l'avait déjà dépouillé de ses biens. Jean Deschamps s'était excusé, peu auparavant , de ne pouvoir se rendre au chapitre général de Saint-Germain, à cause de son grand âge.

Au commencement de septembre, les visiteurs se transportèrent à Decize, dans le diocèse de Nevers. Le prieur

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Jean Trousson faisait le service de l'église , aidé d'un sacristain et d'un prêtre séculier, qui remplissait les fonctions d'un religieux ; le sacristain jouissait du bénéfice de Saint-Léger-des-Vignes et de celui de Saint-Maurice, dont la présentation appartenait au prieur.

On distinguait parmi les reliquaires deux petites châsses, dont l'une renfermait la ceinture de saint Pierre et l'autre des restes de saint Eutrope et de saint Meu(l); un petit coffre d'ivoire décoré de figurines de différents saints, sculptées en relief, contenait des reliques de saint Georges, de saint Benoît, de sainte Appolline, de saint Mathieu, de saint Julien , martyr , et de beaucoup d'autres saints. Un tableau dont le fond était divisé en plusieurs cases, renfermait des reliques, parmi lesquelles on remarquait des ossements de saint Benoit, de saint Biaise, de saint Etienne, de saint Eloi, de sainte Luce, et une partie du chef d'une des onze mille vierges. Une statuette en bois de cyprès, représentant sainte Marie-Magdeleine, contenait un fragment de son chef; deux autres grands reliquaires couverts de soie jaune et bleue étaient exposés sur le grand autel. Parmi les objets d'argenterie, les regards s'arrêtaient sur jun beau calice et sur une croix de pur argent. Le grandvicaire exigea que tous ces objets précieux fussent renfermés dans une armoire fermant à deux clefs, dont l'une serait entre les mains de celui qui remplirait les fonctions de prieur, et l'autre dans celles du sacristain.

Le visiteur fut sensiblement affligé en voyant la clôture et les bâtiments du prieuré presque tombés par terre. L'église était encore debout. Comme les réparations conv mandées trois ans auparavant , lors de la dernière visite, n'étaient point faites, il saisit immédiatement le tiers des

(1) C'est le nom que l'on donne h saint Mamert dan» plusieurs localités du Nirernait. Dora Viole écrit saint Men.

revenus du prieuré, par autorité de justice, pour subvenir aux réparations , et nomma un commissaire pour suivre les travaux en son absence. L'incurie des prieurs étant toujours la même , «n 1623, les bâtiments . l'église, tout avait disparu (1), ce qui détermina l'abbé commendataire de Saint-Germain à faire la cession de cet établissement pour l'érection d'un couvent de frères minimes, comme on le verra.

En quittant Decize, le grand-vicaire et sa suite se rendirent au prieuré de Sainte-Marie-des-Catz, à cinq lieues de cette ville. Le titulaire, maître Matbieu, bachelier, habitait Paris. 11 avait affermé les biens de son bénéfice cinquante livres tournois. L'église , où I on voyait deux reliquaires en cuivre d'un travail remarquable, fut trouvée en bon état et assez bien ornée ; mais les autres édifices tombaient en ruines. Il fit encore saisir le tiers des revenus, établit un commissaire pour en faire la perception et pour réparer les bâtiments. Il chassa le régisseur des biens du prieuré, à cause de ses scandales et de ses crimes, et en nomma uu autre.

Les visiteurs passèrent ensuite au prieuré de Mazilfcs. Un spectacle affligeant s'offrit à leurs yeux : l'église, et tous les autres bâtiments étaient tombés en ruines. Le prieur. François de Thiange, faisait sa résidence auprès de l'évêque de Nevers. Ils s'adressèrent donc aux fermiers pour savoir quels étaient les revenus du prieuré ; comme ils cherchaient à dissimuler la vérité , ils firent une enquête et reconnurent qu'ils étaient affermés deux cent soixante livres, sans comprendre les charges auxquelles les fermiers étaient tenus, telle qu'une somme de trente-trois livres quatorze sous, qu'ils devaient payer tous les ans au monastère de Saint-Germain. Le grand-vicaire voyant aussi

(1) J>om Viole, t. 2, p. 1355.

DE SAINT— G t RM AIN . 303

que les travaux commandés, trois ans auparavant, par son prédécesseur, n'étaient pas commencés , saisit tous les revenus du prieuré ; il se relâcha cependant de sa sévérité à la demande de Philippe Cormiot, prieur de Coulonge, et de Jacques, seigneur de Reugny, doSauzay etdu Tremblay, qui s'offrirent pour cautions et qui signèrent leur engagement en donnant une hypothèque sur leurs biens. Le grand-vicaire somma aussi le prieur de Mazilles de recevoir de suite un religieux pour célébrer avec lui le service divin.

En visitant l'église , un reliquaire attira l'attention ; il portaitcette inscription en latin : «Ces reliques sont de saint Germain , de saint Fabien , de saint Sébastien, de saint Etienne, de saint Laurent et de plusieurs autres saints. » Une autre caisse avait pour inscription : «Reliques de saint Thibaut et de quelques autres saints. »

Le grand-vicaire termina sa visite, le 10 septembre, par le prieuré de Châtillon-en-Bazois. 11 y trouva le prieur Jean Lambert et deux prêtres qui jouissaient de cent quarante livres pour leur entretien. Trois églises étaient à la présentation du prieur , celle d'Alluy , celle de Ghougny et celle de Franay. Le grand-vicaire apprit des habitants que le service divin ne se faisait qu'à demi ; voyant aussi que les bâtiments du prieuré et les voûtes de l'église tombaient en ruines, il mit une saisie sur tous les revenus, par autorité de justice , et établit un commissaire pour veiller, en son absence, à l'exécution de ses ordres, comme il avait fait ailleurs.

A son retour , il fit une visite officielle au monastère de Saint-Germain. Tous les frères qui remplissaient quelque charge lui présentèrent l'état des affaires concernant leur administration (1)$ il en dressa un procès-verbal qu'il pror

(1) Onze moines remplissaient dans le monastère des charges doui le nom seul indique le genre d'occupation qui leur était confié ;

mit de présenter au prochain chapitre général , ainsi que tous ceux qu'il avait faits dans le cours de sa visite (i). On voit, par ces pièces, que le sacristain de Saint-Germain était autorisé à prélever la moitié du revenu de Villeneuve-Saint-Salve et même davantage sur les censives de la ville et de9 environs; que l'infirmier du monastère n'était pas tenu à soigner les religieux frappés de la lèpre ou de la peste ; ceux qui en étaient atteints devaient être transportés dans la chapelle de Néron, fondée à cette intention. On y voit aussi que le grenetier avait seul le droit de rendre la justice et de la faire exercer tant à Auxerre qu'à Perrigny. H devait connaître des causes d'appel; il avait le droit d'exiger dix sous sur tous les décimes du froment qui se vendait à la criée, en quelque lieu que ce fût; il était aussi dépositaire des sceaux du monastère ; car l'abbaye de Saint-Germain avait le sien propre qu'elle apposait à tous ses actes. 11 portait l'empreinte d'un abbé revêtu d'habits sacerdotaux avec la mitre et la crosse, dont l'extrémité, recourbée en dehors, marquait sa juridiction extérieure. Il tenait ouvert le livre de la règle appuyé sur sa poitrine. Le champ du sceau /était formé de petits carreaux marqués d'un point au milieu; on lisait autour , en lettres gothiques : Sigil. conventûs S. Germant Autissiodorensis, Sceau du cornent de Saint- Germain d' Auxerre. Les abbés eurent aussi le leur , qui était ordinairement celui de leur famille. Dom Gotron en

e'éUit le prieur , le sous-prieur , le tiers-prielir, le doyen , le sacristain , le chantre , l'infirmier , l'ouvrier , le trésorier , le grenetier et l'aumônier. Avant le dix-septième siècle, on comptait encore des religieux administrateurs dans les principales terres , comme à Villiers- Vineux, à Beaumont, à Néron, a Môlay. A cette époque , les charges de cellerier et de pitancicr n'existaient plus. Dont Cotron, p. 1337.

(i) On conserve aux archives de la préfecture de l'Yonne les procèsrerbaux de toutes ces visites ; ils sont en latin et d'une écriture trèsdifficile à lire.

DE SAINT-GERMAIN. 39o

a vu un de Sainte-Colombe de Sens, qui datait de l'an 1 195. D'un côté, l'abbé était représenté agenouillé, c'était les armoiries distinctives du monastère; de l'autre, on voyait les siennes propres avec cette légende : Sigillum capituH Sto Colombie Senonensis (1). Sceau du chapitre de Sainte- Colombe de Sens. Comme l'armoirie témoignait de là magnificence du seigneur, les abbés les plus puissants par leur mérite ou par leur naissance faisaient aussi briller leur noble écusson armorié , au milieu des devises et des couleurs blasonnées du moyen âge.

Lorsque Guillaume de Grimoald fut monté sur la chaire de saint Pierre, les abbés de Saint-Germain prirent quelquefois, avec un religieux orgueil, trois clefs d'argent pour armoiries; c'étaient les clefs de saint Pierre, sous le patronage duquel le monastère s'était placé , et un précieux souvenir d'avoir donné un pape pour le trône pontifical. Une main étrangère a écrit au bas de cet écusson, dans l'ouvrage de dom Cotron, que c'est le véritable sceau du monastère de Saint-Germain. Au dix-septième siècle, les vases, les mesures et autres objets appartenant à l'abbaye portaient pour marque un écu d'azur à la crosse d'or et à une clef d'argent mise en pal avec ces deux initiales : S. G. C'était un mélange des armoiries adoptées par l'abbaye. On retrouvait ces marques caractéristiques jusque sur les bornes des champs (2).

Aeette époque, la guerre était très-animée entre François V et Charles-Quint, dont l'armée victorieuse s'était

(1) Dom Cotron, rass, p. 12 ta,

{% Les bornes qui séparent les bois des Baudiércs , appartenant autrefois à l'abbaye de SainUGermain, et les bois de Pontigny, dépendant, à la même époque, du monastère de ce nom, portent encore d'un côté une crosse entre ces deux initiales S. G., et de l'autre une pareille erotse entre les autres initiales S. E., qui indiquent saint Edrae, patron, de l'abbaye de Pontigny,

avancée jusqu'à Soissons. L'effroi était dans Paris; les bourgeois fuyaient dans les villes voisines. L'abbé de Saint-Germain ordonna , par une lettre du 2 août 1544 , que si l'on voyait quelque danger, on transportât à Châteaudun les reliquaires , les joyaux et les chartes de l'abbaye. La paix qui eut lieu au mois d'octobre suivant , rendit cette mesure inutile. La ville d'Auxerre n'était cependant pas tranquille : les huguenots remuaient sourdement la population et préparaient le coup de main qui causa tant de maux en 4567.

Pour mettre les propriétés du monastère à l'abri des dévastations que pouvait occasionner la guerre, l'abbé en établit Pierre de la Lande capitaine, c'est-à-dire qu'il le chargea de la défense de ses biens. Nicolas de Marconville étant mort en 1545, il eut pour successeur Laurent Petitfou, abbé de Saint-Père, qui recevait tous les ans cent écus pour ses services. Ce zélé grand-vicaire fit, en 1548, une visite exacte de tous les prieurés du monastère; il était accompagné de Pierre de Pesselière, prieur de Saint-Germain, et de quelques autres religieux. Trois ans plus tard, il renouvela cette visite.

Philippe de Saint-Xiste, chevalier, et Jeanne Gribou, son épouse, demandèrent, en 1548, à être inhumés dans la chapelle de saint Michel,, bâtie au frontispice et portail de l'église de Saint-Germain. Marie Régnier, mère de Saint- Xiste, et quelques-uns de ses ancêtres, y avaient déjà reçu les honneurs de la sépulture. Ces pieux époux donnèrent, à cette occasion, cent écus d'or et quelques héritages ; les pauvres eurent le reste de leur succession.

L'extrême sécheresse du printemps de l'année 1554 avait plongé tout le pays dans la désolation. Le prix des grains haussant chaque jour, ou se voyait menacé d'une disette. Les habitants d'Auxerre supplièrent unanimement les religieux de descendre la châsse de saint Germain et de la

porter en procession. Le vingt-unième jour de niai fut choisi pour cette cérémonie. On porta solennellement cette châsse à laquelle se joignirent toutes celles de la ville et des environs. Les chanoines de la cathédrale, le clergé des différentes paroisses et les frères des ordres religieux assistèrent à cette procession , suivis d'un concours immense de fidèles ; ce qui rendit ce jour mémorable dans les fastes de l'Eglise d'Auxerre. Le lundi suivant, il tomba une grosse pluie qui fit oublier la sécheresse pour laquelle on concevait tant d'inquiétude (i).

Nous allons décrire cette procession d'après le procèsverbal qui nous en reste (12). On verra avec quel élan le peuple se portait à ces actes extérieurs du culte religieux dans les calamités publiques. Pendant le seizième et le dix-septième siècle* la dévotion des fidèles est appliquée à ces exercices; ils sont publiés à son de trompe par la ville et annoncés dans toutes les églises. On y déployé la pompe des grandes solennités ; la ville entière avec ses couvents y prend la part la plus active.

Au jour et à l'heure indiqués, quatorze processions des environs de la ville, ayant chacune sa bannière, vinrent se réunir à celles de la ville. On se mit en marche. Les nonnes, placées quatre de front, c'est-à-dire deux d'un côté et deux de l'autre , s'avançaient les premières. Elles étaient au nombre de plus de deux mille cinq cents. Par nonnes, on doit entendre les religieuses et les filles de la ville tenant cet honorable rang par leur costume et leur maintien. Après elles venaient trois grosses torches : celle de saint Georges, celle de saint Oarteau et celle de saint Jacques ; ensuite les douze apôtres et les pèlerins de saint Jacques, c'est-à-dire des hommes revêtus du.eostume

(I) Dom Viole, mss, t. 2, p. 1167.

2) Descript. des sa in les groltes, p. 35.

d apôtres et de pèlerins ; après eux suivaient trente croix, tant de la ville que de la banlieue. On voyait venir ensuite les cordeliers, les jacobins et les prêtres; plus loin, sur la droite , s'avançait le vénérable chapitre de Saint-Etienne avec ses nonnains, c'est-à-dire leschanoines, au nombre de plus de quarante. A gauche marchaient les moines de Saint-Germain. L'espace que ces différents corps religieux laissaient vide au milieu d'eux était occupé par des reliquaires que des hommes vêtus d'aubes blanches, les pieds et la tête nus , portaient sur des brancards ; un grand nombre de lévites, revêtus aussi d'aubes blanches, la tête et les pieds également nus, marchaient en ligne à côté des reliquaires, tenant une torche ou un cierge à la main.

Voici les principales reliques mentionnées dans le procès-verbal de cette procession, et l'ordre qu'elles occupaient : le chef de saint Symphorien, celui de saint Gou et celui de saint Prix précédaient toutes les autres ; ensuite venait la châsse de ce dernier et de ses compagnons, le bâton de saint Jacques , celui du nom de Jésus, les reliques de saint François, celles de sainte Earbe, de saint Jacques, de saint Fiacre, le chef de saint Renobert, celui de saint Pierre, les reliques de saint Sébastien, le bâton de saint Vincent, celui du Saint-Sacrement, la châsse de saint Eusèbe, celle de saint Vigile, le chef de saint Juste, celui de sainte Anne, la châsse de saint Gervais, le suaire de saint Germain, les reliques de saint Pierre, la châsse de saint Maurice , celle de saint Cyr et de sainte Julite , celle de saint Crisien et de sainte Darie, les reliques de sainte Anne, de saint Romain, de saint Urbain, de saint Tyburce et de saint Thibaut. La châsse de saint Amatre et celle de saint Germain s'avançaient de front et fermaient la mar-r che. Après elles venait le révérendissime évêque d' Auxerre, revêtu de ses habits pontificaux.

L'auteur de cette relation ajoute qu'il y avait encore

DK SAINT-GKKMAIX, 399

d'autres reliques que portaient les cordeliers, les jacobins et des prêtres, tant de la ville que de la campagne, et qu'un grand nombre de personnes étaient préposées pour main* tenir l'ordre. Les fidèles des doux sexes, qui suivaient la procession, marchaient par quatre, comme les premiers, laissant au milieu d'eux un passage pour ceux qui la dirigeaient. On se figurera mieux qu'on ne peut l'écrire quel concours prodigieux de pareilles processions devaient entraîner après elles.

Passons aux affaires publiques et privées des religieux. En 4551 , Petitfou et Jacques de Hangest , prieur de Villenost, tous deux grands-vicaires de Louis de Lorraine, évèque d'Alby et abbé commendataire de Satnt-Cermain (c'est ainsi qu'il se qualifiait) , passèrent une transaction avec François de Courtenay, seigneur de Bontain, Loup de Courtenay et le seigneur de Coquillerey, touchant le domaine de Sommecaisse. Louis d'Armes, seigneur de Villaine, de Guerchy et de Vrllemer , en passa une autre l'année suivante.

Par une troisième transaction de la même année, l'abbé de Saint-Germain s'était obligé à payer en nature la pension des religieux et celle des novices. Us recevaient chacun trente bichets de blé-froment rendu au monastère : le vin était payé en argent à raison de six livres tournois le muid. On en avait porté trois pour chaque religieux* prêtre et un et demi pour chaque novice. Les deux frères convers recevaient chacun vingt-cinq bichets de blé, deux muids de vin et dix-huit livres pour le bois et le vestiaire. L'un d'eux remplissait les fonctions de portier et l'autre faisait le service des jeunes religieux. L'abbé donnait en outre cent dix sous tous les ans pour les frocs des moines et cinq pour les capotes des novices, qu'on devait renouveler deux fois l'an. Le grand-prieur, outre une pension égale à celle de deux religieux-prêtres, recevait encore dix.

livres pour son chauffage. Le médecin du couvent en touchait autant pour ses gages annuels. Cinquante autres étaient consacrées à la dépense de l'infirmerie pour drogues, bois, pain et vin; quinze pour l'entretien du linge et des chappes de l'église. Une pareille somme était destinée au luminaire ou torches de toute l'année, non compris, dit la charte, les charges auxquelles le sacristain, le trésorier, le chantre et les autres officiers de l'église sont tenus pour la collation des trois jours qui précèdent Pâques. Ces charges consistaient à donner à chaque religieux-prêtre, pour sa collation, deux échaudés (l)de la valeur de trois deniers tournois chacun. Les novices et les frères convers n'en recevaient qu'un de pareille valeur. On buvait du vin clairet le jeudi saint et on faisait la cène le matin avec du tin blanc.

L'abbé commendataire s'était encore obligé à payer pour les novices et pour le banquet de Noël dix-huit livres ; le cuisinier et le clerc du sacristain recevaient chacun vingtcinq bichets de blé, un muid et demi de vin, sur lequel le clerc devait fournir celui des messes célébrées dans l'abbaye. Les deux bedeaux percevaient chacun six bichets de blé et un demi-muid de vin ; le barbier avait la même rétribution. Le curé de Saint-Loup recevait un demi-muid de vin, pour ses assistances à l'église de Saint-Germain à certains jours de fête. Le religieux-prêtre, chargé de l'instruction des novices , touchait dix livres ; l'aumônier seize bichets de grains, moitié froment et moitié avoine. Le soin de l'horloge et l'entretien des grosses cloches étaient à la charge des religieux auxquels il était alloué, pour cet objet, une somme de cinquante livres tournois par an. Enfin le total de ce que l'abbé abandonna pour le

(I) On donne encore ce nom à un petit gâteau que sa confection rend sec et très-léger.

hK SAINT— GERMAIN. |(M

service du monastère s'élevait à huit cent quatre-vingt-dixneuf livres dix sous un denier, et à neuf cent cinquante-un bichets de blé-froment et huit d'avoine (i).

On voit que, dans cet accord, Louis de Lorraine avait fait une large part aux religieux et à tous les employés du monastère : néanmoins ce mode de paiement ne convint ni aux uns ni aux autres , c'est pourquoi ils passèrent une nouvelle transaction en 1556. L'abbé fit insérer que le nombre des frères ne dépasserait pas vingt-un prêtres , douze novices ou non prêtres , deux frères convers , un marguillier et un cuisinier , ce qui , avec le prieur, le grand-vicaire et l'abbé , élevait le personnel du monastère à quarante.

Au lieu de blé, devin et d'argent, il abandonna aux religieux différentes terres dont le revenu devait égaler et même dépasser ses premiers engagements : c'était la terre de Villemeravec justice et seigneurie, la. prévôté de Brosse, le tabellionage et les censives de Vaugine et de Néron ; la prévôté de Cure et les rentes de Cussy, de Brion et de la Fressotte; la seigneurie de Viliiers-sur-Tholon et ses dépendances; les cens, les coutumes et les autres droits de Poilly, de Bléneau, de Fleury, de Chassy et des Forches; la prévôté de Saint-Georges-lez-Auxerre, avec les dîmes d'un certain climat; la grange et le gagnage de Venoy, avec les prés, les terres, les rentes, les censives et les dîmes tant de Venoy que de Gimoy et de Mauperthuis, à la charge de payer la pension accoutumée au curé de Venoy; les dîmes de Corbeil en Gâtinais , celles de iMercy , les menues dîmes des grains, les rentes et autres droits de Beine, la grange, les prés et les rentes de Quennes et de Nangis, les droits de la mense abbatiale sur les dîmes de Prey, la pension de dix livres sur le prieuré de Saint-Léger, la

[i] Accords et trantact., f. 8 et 9.

402 BISTOIRI DB l'*BBAYE

maison et lachapelle deMarcilly-sous-Guery ,eri Bourgogne, le moulin de Champs-sur-Yonne ; toutes les rentes attachées aux vignes et aux terres d'irancy ; les étangs et lé moulin de Perrigny, et soixante arpents de bois dans la forêt de Villeneuve-Saint-Salve. L'abbé prenait à sa charge les décimes qui pourraient être imposés sur le monastère, l'entretien de l'église et des autres bâtiments(l). Dans cette transaction, il est qualifié de cardinal de Guise, du titre de Saint-Thomas de Parion, d'évêque d'AJby, d'abbé de Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Victor de Paris et de Notre-Dame-des-Trois-Fontaines.

La noble abbaye de Saint-Germain a désormais perdu sa considération dans le monde ; ses moines pourront être des saints, mais l'indépendance dont ils étaient trop fiers leur est retirée pour jamais. Leur riche patrimoine fera l'apanage d'un courtisan ; leur nombre est limité, leur dépense est taxée. Avec un pareil système, on prévoit ce que va devenir la splendeur du culte et même l'état matériel du couvent. Le nombre des frères, déjà si restreint par les guerres civiles, ira toujours décroissant, car l'abbé commendataire n'aura aucun intérêt à ce qu'ils soient nombreux ; ceux-ci , loin d'un supérieur en qui ils voient bien plus un usufruitier qu'un directeur spirituel, se trouveront plus à l'aise dans leurs cellules, à mesure que leur nombre diminuera. Ainsi la vie monastique, réduite à des questions d'argent et de bien-être matériel, perd son élévation et sa grandeur, et ne répond plus à cet instinct du cœur de l'homme, qui cherche dans le cloître la pénitence et sa sanctification, et qui veut voir dans les religieux autant de médiateurs entre Dieu et les hommes. Les fidèles l'ont compris. Le nécrologe de l'abbaye ne se couvrira plus de demandes d'anniversaires.

(!) Accords cl lran«act., f. 1 el suiv..

DE SAINI-GEKM.\JS. 403

A la faveur des bruits désavantageux que les huguenots faisaient courir contre les monastères dont ils tramaient la destruction, plusieurs gentilshommes s'étaient emparés des dîmes de blé et de vin appartenant à l'abbaye de Saint-Germain, tant à Diges qu'à Escamps, et les avaient transportées à Àvigneau; mais le 21 janvier de Tannée 1567, l'abbé obtint une ordonnance du conseil privé du roi Charles IX, qui portait que toutes ces dîmes lui seraient restituées. Le comte de Tavannes. lieutenant du roi en Bourgogne , avait ordre , en cas de refus , de lui prêter main-forte pour qu'il rentrât en possession de ses droits. On voit par là quelle était la disposition générale des esprits envers les monastères : aussi touchons-nous à une crise politique qui va anéantir les richesses de l'abbaye de Saint-Germain, et compromettre l'avenir du premier monastère du diocèse. Il semble que la divine providence, satisfaite de l'encens des prières et des bonnes œuvres qu'elle avait reçu dans ce sanctuaire vénérable, l'eut abandonné à ses ennemis, d'abord à la commende, d'autant plus dangereuse qu'elle se couvrait du manteau de la charité, ensuite aux huguenots, qui ne voulaient rien moins que la ruine des établissements religieux et l'anéantissement du dernier des moines.

Depuis un temps immémorial, on conservait dans le trésor du monastère une croix d'or pur, haute d'environ cinquante centimètres ; elle avait un crucifix au milieu et trois fleurs de lys doubles aux extrémités, elle était, en outre, enrichie de vingt-quatre perles de différentes grosseurs, de quatre diamants, deux à pointes et deux à table, avec trois autres servant de clous au crucifix. On y voyait encore neuf rubis balais, dont un oriental, et cinq saphirs. Elle renfermait par-derrière une parcelle de la vraie croix sous un verre de cristal. Pour trouver l'origine de cette croix, il faut remonter à ces temps de foi, où les princes et les rois

déposaient sur le tombeau de saint Germain les diamants de leurs couronnes. La reine Catherine de Médicis, régente du royaume pendant la minorité de son fils Charles IX, connaissait cette croix et la convoitait depuis longtemps; elle pria les religieux de la lui envoyer, de peur, disait-elle, qu'elle ne tombât entre les mains des hérétiques, ajoutant qu'elle la mettrait en sûreté dans le trésor de la Sainte- Chapelle de Paris. Ceux-ci , prévoyant qu'elle la retiendrait, se refusèrent à sa demande. La reine insista ; enfin , ne pouvant l'obtenir de bon gré , elle l'enleva de vive force par ses officiers et députés, promettant de la renvoyer aussitôt que les troubles du royaume seraient apaisés. Ce que les religieux avaient prévu arriva : la reine trouva cette croix si riche et si belle, qu'elle se l'appropria et donna en échange, avec promesse de plus amples dédommagements , une autre croix d'or de même dimension , ornée aussi de quelques diamants. Le grand -prieur , Pierre de Pesselière, se rendit à Paris pour la recevoir des mains de la princesse; les moines, de leur côté , allèrent processionnellement à sa rencontre le 28 janvier 1567, et au mois de septembre suivant, elle tomba, ainsi que tous les trésors de l'abbaye, au pouvoir des huguenots ou calvinistes.

Ces hérétiques, qu'on eut dit envoyés, comme Attila, pour exercer la vengeance de Dieu contre les peuples et contre les moines, s'emparèrent d'Auxerre le 27 septembre 1567. Le monastère de Saint-Germain avait déjà été brûlé ou au moins attaqué par les Normands, en 889, assiégé parle roi Robert en 1003, incendié en 1074, assiégé par les Anglais en 1359: mais tous ces désastres semblaient peu de chose relativement à celui qu'il éprouva de la part des huguenots. Une fois maîtres de la ville ces forcenés sectaires en ouvrirent les portes à une foule de scélérats qui se répandirent avec eux dans tous les quartiers.

DE SAINT— iiKUM AIN . «405

Aucune église , aucun couvent , aucune maison de prêtre ne fut à l'abri de leur brigandage. Toute porte fermée était enfoncée par eux à coups de hache, et ils s'y précipitaient comme des lions affamés. Michel Guespier, pour remplir les ordres qu'il avait reçus, se rendit promptement avec son arquebuse et quelques bourgeois sur la place qui est devant l'abbaye de Saint-Germain, afin que les religieux ne pussent rien détourner ni emporter en s'en fuyant.

Quelques instants après, les huguenots arrivent en foule dans l'église : ils descendent, avec précipitation, les six grandes châsses qui se présentent à leur vue, derrière le grand autel, c'étaient celles de saint Aunaire, de saint Urbain , pape , de saint Tiburce , de saint Thibaut , ermite, celle de saint Romain, et une autre de quelques compagnons de saint Maurice. Les reliques jetées sur le pavé de l'église sont foulées aux pieds et les châsses transportées sur des charrettes hors du monastère. Celle de Saint-Germain, qu'ils apportent des saintes grottes, enflamme leur ardeur pour le pillage. Ils en arrachent les ossements qu'ils jettent par terre.

C'est sans preuve que l'on a avancé que ces reliques avaient été brûlées dans la maison d'un huguenot. Le père Viole n'en fait qu'une conjecture (I). Aucun des dix vieillards , âgés de quatre-vingt-dix ans , que l'on interrogea en présence du lieutenant-général, en 1634, sur ce qu'ils avaient vu, comme témoins du sac de l'église de Saint-Germain, ne déposa que les reliques du saint évêque eussent été brûlées (2). L'auteur de la description des saintes grottes avance aussi que son corps fut brûlé ; il cite des relations du temps et on n'en connait aucune (3) ; ce qui a jeté dans

(4) Vie de sainl Germain, p. 21 1.

(2) Leb., prise d'Auxcrre,p 144. Accords et transact. del'ahb., p. 16 et suiv. On y trouve les dépositions de chacun des vieillards. ~; Descript. des saintes prollcs, p. 106 et 107.

40C HISTOIRE DE l. ABBAYE

l'erreur, c'est qu'on crut que ce saint corps était toujours en chair et en os dans toute sa longueur. Il parait, au contraire, que, depuis plusieurs siècles , beaucoup de ses ossements avaient été donnés successivement à différentes églises: ce qu'il en restait avait été enveloppé dans une étoffe de soie et déposé dans cette châsse magnifique dont s'emparèrent les huguenots (i) ; elle avait environ un mètre de longueur sur un demi de hauteur. Apportée en toute hâte des saintes grottes, elle aura été réunie à celles qu'on venait d'enlever, et les ossements jetés pêle-mêle parmi ceux de saint Aunaire, de saint Urbain et autres déjà profanés. Ces impies , en qui l'avarice dominait . éblouis de la richesse de cette châsse , se seront peu occupes des quelques ossements qu'elle renfermait. Ce qui le prouverait encore, c'est qu'ils ont laissé intactes les autres reliques déposées dans des cercueils de pierre, et qui n'avaient pour enveloppe qu'un cilicc de fer ou de crin. Ainsi , les reliques de saint Germain auraient été ramassées, avec celles des autres châsses, par des personnes pieuses qui en auraient retenu une partie pour elles-mêmes^), et auraient remis le reste aux religieux de Saint- Germain. Ceux-ci les déposèrent, après les troubles, dans l'armoire pratiquée dans un gros pilier entre la chapelle de saint Martin et celle de sainte Maxime. L'entrée en fut murée ; on y grava seulement une croix pour consacrer la mémoire de cet événement , comme on l'a vu ailleurs. La tradition conserva le souvenir de ce précieux dépôt ; c'est pourquoi les fidèles allaient en foule faire leur prière devant cette croix qu'ils baisaient avec respect. Ce fut Févêque Séguier qui fit ouvrir l'entrée de cette ancienne armoire.

(I) Leb., prise d'Auxerre. noie parmi les correction». (« Leb., méin., 1. 2, pr. p. ÎSt».

DE SAINT— GEIDlAlN. 407

un peu avant la seconde visite qu'il fit des saintes grottes, en 1636.

On est étonné que les religieux de Saint-Germain , qui n'avaient plus cette enceinte de remparts qui fit tant de fois leur salut, n'aient pas pris des mesures pour cacher soigneusement ce qu'ils avaient de plus précieux , surtout pour soustraire la châsse de saint Germain à toutes les recherches des huguenots : car ces hérétiques les surprirent comme à l'improviste et leur enlevèrent des richesses immenses, même cette chasse si riche , qui avait été jusqu'alors l'orgueil du monastère et le palladium delà ville. On a vu ailleurs les trésors considérables qu'elle renfermait : c'était une face en or fin décorée de trente-deux saphirs, de soixante émeraudes et d'un escarboucle, de deux grosses pierres communes et de deux cent quatrevingt-quinze perles fines ; une autre face , tout en argent, réunissant un gros camayeu et un diamant de grand prix, six émeraudes, trente-cinq saphirs , quatre-vingt-sept grenats, trois grosses améthystes et deux cent soixantetrois perles fines. En fallait -il davantage pour tenter les spoliateurs sacrilèges des églises et des monastères?

Ce fut le capitaine de Loron de la Maison-Blanche, près <Je Coulange-sur-Yonne, qui s'empara de la châsse de saint Germain et qui l'emmena chez lui renfermée dans un coffre, avec dix ou onze charretées d'argenterie enlevée dans différentes églises. Elle arriva à la Maison-Blanche sur les dix heures du soir : quatre hommes la portèrent dans une chambre haute ; le capitaine lui-même et un orfèvre, venu d'Auxerre à ce sujet, se mirent en devoir de la briser pour la fondre en lingots; mais elle se trouva si forte qu'ils ne purent l'entamer. Quinze jours après, de Loron fit creuser, pendant la nuit, une fosse profonde dans son château pour la cacher, se réservant d en tirer parti plus tard. Le maçon

qui avait fait la fosse reçut vingt écus pour sa peiue. Comme il s'en retournait à une heure après minuit , il fut tué à peu de distance du château par un émissaire que de Loron avait envoyé sous prétexte de le reconduire. Une jeune servante, nommée Claudine Ravier , qui les avait éclairés à l aide d'une lumière, allait partager le même sort , sans la vive opposition de sa maîtresse. On se contenta de lui racler la langue , ce qui occasionna une enllure qui l'empêcha de parler pendant quatre à cinq mois. Cette femme ne révéla ces atrocités qu'au bout de quarante-deux ans (1), tant son maître cruel lui avait inspiré d'effroi lorsqu'il avait voulu lui ôter la vie pour assurer son secret ! Sur ses indications , on fit alors quelques fouilles qui furent sans résultats. Le souffle de la vengeance divine avait passé par le château de la Maison-Blanche •* la famille de Loron avait cessé de vivre (2), et son odieux manoir, depuis le drame mystérieux et impie dont il fut le théâtre , avait disparu du sol comme ces maisons mal famées qu'on se hâte de démolir, afin que les murailles ne redisent point de sinistres secrets. Une croix devrait s'élever sur la place, comme un monument de souvenir et d'expiation.

Continuons ce qui concerne les reliques de saint Germain. La grande châsse qui fut prise par les huguenots n'en contenait qu'une modique partie. Outre celles qui avaient été données à différentes églises (3), dans la suite

(!) Leb., prise d'Auxorre, pièces justif., p. 13.

(2) Lebeuf rapporte que de Loron, s'élanl rendu coupable d'un crime, (inîl ses jours tur uo échafaud. Mém., l. 2, p. 595.

(5) Voici , au rapport de dom Viole, les églises qui possédaient , de son temps , des reliques du saint évéque : celle de Saint-Germain l'Auxcrrois, à Paris, avait un os considérable et deux ou trois petits ossements de la main enchâssés dans un bras d'argent. Le monastère de Saint- Vanne , à Verdun . possédait l'os d'un bras. Saint-Germain

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des siècles , la cathédrale en possédait dans un reliquaire et le monastère de Saint-Germain dans deux autres : l'un contenait ce qu'on avait trouvé dans le grand-autel, lors de sa démolition , en i277 , c'est-à-dire des débris de son cercueil de cyprès, un morceau d'étoffe pareil au suaire et un petit ossement; l'autre renfermait ce qu'on appelle le suaire de saint Germain : c'est une pièce d'étoffe de soie brochée d'aigles , donnée par l'impératrice Placide, pour couvrir ses dépouilles mortelles lorsqu'on les transporta de Ravennes à Auxerre. Une femme du peuple l'acheta d'un soldat huguenot et le rendit au monastère (1).

Lors de la translation du corps de saint Germain , sous Charles-le-Chauve, le bienheureux Héribalde avait donné

de Montfaucon en avait un aulrc. Saint-Germain de Miége, dans le diocèse de Besançon, possédait le cubitus du bras gauche. On voyait dans T abbaye de Saint-Pierre de Conches, au diocèse d'Evreux, une partie du crâne; à Chessy-sur-Loire , entre Orléans et Jargeau, quelques fragments de côte. Urbain V obtint un ossement entier du bras pour un monastère de Montpellier ; celle relique, enchâssée dans l'or et dans les pierreries, fut profanée par les huguenots. A Saint-Germain- La m bron , en Auvergne , on exposait à la vénération publique deux eôtes que Dieu signalait par des miracles en faveur de ceux qui avaient mal aux yeux.

On voyait encore, au dix-septième siècle, des reliques de notre saint dans plusieurs monastères : à Saint-Julien d'Anxerre, à Saint- Rémi de Rhcims, à Saint-Pierre de Corbie, dans celui de Saint-Pierro de Chàlons-sur-Marne, à Saint-Corneille de Compiègue, et auParaclet, dans le diocèse d'Amiens. L'église de Saint-Germain de Rennes en Bretagne, celle de Saint-Germain de Vitteaux, dans le diocèse de Dijon, et celle de Saint-Germain de Modéon ou Monldéon, dans le Morvan, étaient aussi enrichies de ses reliques. Lcbeuf parle de deux côtes que l'on vénérait de son temps dans l'église de Gron, ptès de Sens. Outre ces restes précieux, qui n'ont pu être distribués qu'après l'an 8-to, époque de la première translation , où le corps du saint fut trouvé encore entier, plusieurs églises honoraient des vêtements et autres objets qui lui avaient servi pendant sa vie ou qui avaient touché son rorps. Dom Viole, vie de saint Gcrm., p. 200 cl suie.

T Descript. des saintes grottes, p. 139.

410 U1ST01RE DE L ABBAVt*

à sa cathédrale une partie de ses vêtements et un morceau de son cercueil. Le reliquaire qui les contenait fut enlevé par les huguenots , mais les vénérables dépouilles qu'il renfermait furent rendues au chapitre et conservées longtemps dans une châsse de bois doré. Lorsque l'évêque Dominique Séguier fit la visite des saintes grottes, il trouva dans le sépulcre de saint Germain quelques débris qu'il crut appartenir à son cercueil, et une poussière (4) qu'il regarda comme sainte. Ces précieux restes furent déposés, avec le suaire, dans une châsse d'ébène garnie de palmes d'argent et surmontée d'une cloche de même métal d'un travail très-délicat.

En 1747, un religieux prémontré de Saint-Marien , âgé de quatre-vingts ans, déclara à l'abbé Lebeuf qu'on tenait par tradition qu'un coffre, placé dans la bibliothèque de son monastère, renfermait des reliques précieuses provenant de l'abbaye de Saint-Germain. Le docte historien trouva dans ce coffre, que l'on força faute de clefs, un grand sac de toile fine , contenant assez d'ossements pour composer la plus grande partie d'un corps humain. Un billet, cousu à ce sacr contenait ces expressions : « Ces ossements m'ont été remis en main par gens pieux , me disant être des reliques de la châsse de saint Germain, et qu'ils les avaient ramassés sur le pavé de l'église de Saint-Germain , alors que ces huguenots ruinèrent lâchasse d'içelle église, en l'an 1567 — faict: 1607. » On reconnut que ce billet avait été écrit par dom Martin.

De Caylus , alors évèque d'Auxcrrc , fit procéder à une vérification qui eût pour résultat de démontrer que les ossements avaient appartenu à un corps embaumé. Il mourut sans s'être prononcé sur leur authenticité. On prouva, par des témoignages incontestables, que dom

(I Multos onerra, beaucoup »lr cendre*.

DE SAINT-HUMAIN. il I

Mabiilon s'étiiit trompé en croyant que les ossements tirés de la châsse de saint Germain par les huguenots avaient été brûlés. Lebeuf, pour montrer la confiance qu'il avait dans ces restes précieux, et pour contribuer aux frais du reliquaire qui devait les renfermer, fit don au chapitre de sept médailles d'or qu'il avait obtenues dans plusieurs académies. Elles furent vendues dix-huit cents livres que I on employa à faire une chasse en bois de chène> ornée de palmes d'argent, dans laquelle on déposa des reliques de Saint-Germain, de saint Héribalde et un ossement de saint Amatre. M. de Cicé , dernier évèque d'Auxerrc , poursuivit, à la prière du chapitre , la vérification commencée par l'évèque de Caylus, et ne prit point non plus de détermination.

Achevons d'esquisser le tableau des richesses que la piété des siècles précédents avait amassées à Saint-Germain et qui tombèrent entre les mains des huguenots. Outre les reliquaires dont il a été parlé, il en restait beaucoup d'autres de grand prix : d'inestimables statues avaient été dédiées aux saints personnages que l'on révérait particulièrement dans l'abbaye. Six de pur argent représentaient saint Pierre , saint Barthélemi , saint Philippe , saint Mathieu, saint Marc et saint Jacques, ce qui montre qu'on avait entrepris de réunir les statues des douze apôtres. On admirait l'ingénieuse adresse avec laquelle on avait renfermé dans chacune d'elles des reliques du saint qu'elle représentait, et en outre de celles de saint André, de saint Thadée, de saint Fabien, pape, de saint Hippolyte, martyr» de saint Ignace, de saint Thimothée, martyr, de saint Martin, de sainte Anastasie, vierge et martyre, et de beaucoup d'autres. Ce sont sans doute les statues que l'abbé Gaucher Dignon avait fait exécuter avec vingt vases également en argent pour servir de reliquaires.

On voyait encore à Saint-Germain une statue d'argent

412 ttisruiiiE de l'abbaye

de saint Urbain , une autre de saint Tiburce ; deux auges aussi d'argent tenaient dans leurs mains, l'un une relique de saint Jacques, apôtre, et l'autre une de saint Simon et une de saint Jude. Une tète de même métal renfermait des restes du chef de saint Agnès ; on lisait autour de la châsse ces mots en deux vers latins : 0 vous qui possédez dans cette châsse le chef de sainte Agnès, martyre, réjouissez-vous et louez le Seigneur (1)! L'attention était encore attirée par une magnifique croix d'argent qui renfermait un morceau de la vraie croix et servait d'ostensoir pour exposer le Saint-Sacrement pendant l'octave de cette fête. Une autre croix aussi d'argent contenait des reliques de sainte Marguerite et un bras de même métal en renfermait de saint Thibaut.

On était épris d'admiration devant une statue de Marie, également en argent : des rubis éclataient sur sa poitrine, une couronne de vermeil , resplendissante de pierreries, ornait sa tète; elle portait dans ses bras Jésus enfant, qui avait aussi sur sa tète une couronne enrichie de rubis etd'émeraudes(2).

Nous ne parlerons pas des chandeliers, des encensoirs, des bénitiers, des croix de procession, des lampes de pur argent qui tombèrent au pouvoir des huguenots, ainsi qu'un évangelier ou porte-livre et un reliquaire de même métal où était déposé le suaire de saint Germain.

Une partie de ces richesses du sanctuaire se trouve sur l'inventaire des objets engagés aux Anglais pour le rachat de la ville d'Auxerre , en 1 359. Quelques joyaux de prix avaient déjà été détachés du trésor de l'abbaye pour subvenir aux frais qu'entraînèrent les guerres des derniers

J) Cordibus lœlis. vos qui capul inlùs habelis Marlyris A«nielis, domino nrœconia delis. i) Archives de la préfecture.

DE SAINT-GERMAIN. 4 i .'1

siècles. Tant de richesses accumulées dans le lieu saint, attestaient la foi vive des religieux, qui employaient à la décoration des autels, à la majesté du culte et à honorer les restes vénérés des saints , ce qui restait du revenu monastique, après avoir prélevé ce que nécessitaient leur entretien et celui des pauvres. On n'a pas calculé les pertes qu'éprouva l'abbaye , qui oui dù s'élever à des sommes considérables, puisque la seule châsse de saint Germain vaudrait aujourd'hui plus d'un million. Ceux qui s'étonneraient en lisant que le butin que les Anglais firent dans les églises et dans les monastères, en 1359, s'éleva à sept millions de notre monnaie, en seront moins surpris s'ils se rappellent que. les siècles précédents, les dons des fidèles étaient prodigieux. Beaucoup d'églises avaient des autels couverts de tables d'argent ou de vermeil : il y en avait même qui étaient couverts de tables d'or. J'ai vu des calices d'argent du quinzième siècle dont le poids d'un seul égalait celui de trois de nos jours. Les étoiles de drap d'or et les soieries étaient moins élégantes que les nôtres, mais en retour elles étaient bien plus riches par la force et la solidité des tissus. L'abbaye de Saint-Denis n'avaitelle pas des chappes dont les broderies en fds d'or et d'argent étaient si fournis et si serrés, qu'elles se tenaient debout sans s'affaisser sur elles-mêmes? Qu'on calcule sur ce pied tant d'objets précieux dont les églises étaient abondamment pourvues.

Terminons le triste tableau du sac de l'abbaye de Saint- Germain. Les capitaines huguenots pénétrèrent dans la sacristie d'où ils enlevèrent tous les vases sacrés d'or et d'argent, les habits sacerdotaux , le linge de l'église, les meubles, ce qui restait de reliquaires , tout , en un mot , devint la proie d'une soldatesque ivre d'impiété et fut emmené sur des voitures.

La croix en or massif, échangée réc emment par la reine

41 i HISTOUŒ DE L ABBAVK

Catherine de Médicis, fut également enlevée. On ignore le nombre de cloches que ces hérétiques descendirent du clocher et des tours. Lebeuf parle de deux fort grosses qui étaient dans la grande tour de Srint-Germain, dont l'une fut transporté*; à Saint-Eusèbc, comme étant le lieu le plus élevé de toute la ville; c'est la seule qui se soit fait entendre durant tout le temps que les huguenots furent maîtres d'Auxerre. Les autres furent fondues dans la nef même de l'église pour faire des canons ; le plombdes vitres fut converti en balles. Enfin, les huguenots brûlèrent les châsses ën bois doré, les images, les sculptures, les autels; ils brisèrent les vitres, la toiture; il ne resta dans cette église , naguère si riche et si brillante , ni couverture , ni vitre, ni fer, ni plomb, ni cloches, ni ornements (1) ; elle présenta le plus déplorable spectacle de pillage et de désolation qu'on puisse imaginer. De là, les huguenots pénétrèrent dans l'abbaye où ils continuèrent leurs effroyables dégâts ; ils brûlèrent la bibliothèque, une des plus riches de l'Europe : livres, papiers, titres, bulles, chartes, terriers, furent livrés aux flammes. Que sont devenusces manuscrits nombreux dont la perle sera toujours regrettée? ces missels enluminés, ces bibles imagiées, ces magnifiques livres d'église, ces raretés bibliographiques que les amateurs achèteraient aujourd'hui au poids de l'or , sans parler de l'éclat des fermoirs , des riches étoffes , des ornements en relief d'or, d'argent et d'ivoire, qui recouvraient ces précieux volumes, car les moines , à l'exemple des premiers chrétiens, avaient une sorte de vénération pour les livres qui renfermaient la parole de Dieu et la tradition des saints Pères. Ces grandes collections des casuistes, de tous les auteurs classiques de l'antiquité , les livres d'histoire, de droit civil, de droit-canon, de philosophie, de chronolo^

{1) frise d'Auxoirr, p. ifil. I)om Orirnn, P 1240 e! miiv.

DE SAl.NT-GEttMÀlN. il.*»

giu, de médecine, que les moines recueillaient avec soin , ne voulant rester étrangers à aucune branche des connaissances humaines, tout fut consumé par le feu. De précieux manuscrits, des bulles et quelques papiers du plus haut intérêt pour l'histoire de l'abbaye, se trouvaient hors de la bibliothèque et furent conservés comme par miracle(i).

Les huguenots ne bornèrent pas là leurs dévastations : la chapelle de sainte Magdeleine, le cloître , les appartements de l'abbé, celui des hôtes, l'infirmerie , le dortoir, devinrent la proie des flammes. Enfin ils détruisirent tout de fond en comble , jusqu'aux celliers et aux étables; ils ne réservèrent , de tous les lieux réguliers , que le dortoir pour y faire de la poudre à canon.

Voulant mettre le comble à tous ces actes de barbarie, ils entreprennent d'abattre l'église; c'était, dit un historien, pour se divertir et pour passer le temps (2). Us commencent par le clocher du chœur, qui était couvert en plomb : ils y attachent des cordes à bateau et forcent, à coups de bâton, les catholiques comme les protestants à leur aider.

(1) Dans l'enquête dressée, en 1579, par Claude Pion , enquesleur pour le roi au baillage d'Auxerrc , les témoins déposèrent que , « sur la Ou du moys de septembre en l'année I5G7, cestc ville d'Auxerre Tut surprise de nuict par ceulx de la nouvelle opinion , qui occupèrent coste dicte ville pnr l'espace de six à sept moys entiers , de façon que sitost que ladicte ville fut surprise, la pluspart des habitants d'icelle et signammcnl tous les ecclésiastiques tant religieux, prebstres et aullres furent contraiutez eulx enfouyr et quicler leurs monastères et maisons, desquelles s'emparèrent lesdiclz de la nouvelle opinion : lors rompirent et démolirent entièrement tant leurs maisons que csglises, signamment la dicte abbaye de Saincl-Germain, laquelle fusl entièrement ruynée et brusléc tant l'esgliso que les bastimenU mesme le cabinet et aullre» lieux ou estaient les papiers et enseignements de la dit le abbaye, et ne demourérent que les apparoys et murailles , et ce est encor de présent bien apparent. . Archives de la prèfect.

{V Prise d'Auxerre, p. 145 et 150.

Ne pouvant l'ébranler , ils emploient des chevaux et des bœufs et parviennent à le renverser par terre. Déjà ils sapent les murailles de l'église, attaquent les piliers de l'intérieur. Mais celui qui met un frein à la fureur des flots arrêta leurs projets de destruction : l'un d'eux attache une corde à un des frôles piliers de la chapelle de la Vierge, .c'était le premier à droite; tout-à-coup le pilier cède , la voûte écroule, et quatre de ces vandales disparaissent sous les décombres. Plus loin , sous les coups redoublés d'un soldat , une pierre se détache du haut du portail et, tombant avec fracas , écrase un officier huguenot. D'autres pénétrent dans les saintes grottes et portent leurs mains sacrilèges au fond des tombeaux ; mais aussitôt une frayeur involontaire les saisit, ils prennent la fuite et laissent intacts les restes de soixante saints qui y reposent.

Les autres abbayes de la ville et des environs subirent les mêmes dévastations. L'église de Saint-Marien , que Barjedé cite comme une des belles de France, fut entièrement détruite par ces réligionnaires. Ils contraignirent le peuple à travailler à sa démolition , donnant à chacun cinq sous par jour. 11 est déplorable que les révolutions, non contentes d'entasser des victimes, attaquent et mutilent aussi des pierres inoffensives. Les chapelles de la campagne, qui attiraient la vénération publique, furent aussi profanées et pillées. Dom Cotron cite celle de Sainte- Porcaire, près de Pontigny, qui fut dépouillée des reliques de sa sainte patronne et de tous ses ornements (1).

Enfin , Dieu résolut de mettre un terme aux funestes succès de ces incendiaires. Ce fut le jour de Quasimoio qui était, cette année, le 26 d'avril, qu'ils furent chassés d'Auxcrre. En mémoire de cette délivrance, on institua une procession à laquelle on portait le Saint Sacrement.

(1) Dom Cotron, p.

On se rendait à l'église de Saint-Germain , où la grande messe était célébrée. En entrant, nn groupe déjeunes fdles, vêtues de blanc, la tète couverte d'un voile , répétaient jusqu'à trois fois d'une voix plaintive et gémissante le mot miséricorde (i). Ce spectacle était si attendrissant qu'on ne pouvait s'empêcher de verser des larmes.

Parlerons-nous de la mort funeste que Dieu réserva aux auteurs de tant de sacrilèges? Cent-cinquante d'entre eux furent massacrés à Auxerre, dans une émeute populaire, et leurs corps jetés à la rivière (2); quatre cents soldats du capitaine Laborde, qui avait commis tant d'horreurs dans cette même ville, pris dans Mirabeau , furent passés au Ûl de l'épée. Laborde lui-même, l'auteur de tant d'atrocités, fut réservé pour le lendemain à une mort plus ignominieuse, après laquelle son corps fut jeté à la voirie (3).

Le vandalisme des huguenots a porté à l'abbaye de Saint-Germain un coup dont elle ne se relèvera jamais. Rien ne pourra réparer les pertes immenses qu'elle a faites. Qui lui rendra ces chasses ornées de pierreries, ces parements d'autels, ces chasubles, ces chappes tissues d'or fin, si remarquables par le fini de leurs broderies ; ces aubes parées, comme on les appelait, si riches par la beauté de leur tissu de dentelle; ces calices , ces soleils de vermeil , ces lampes d'argent, enfin ers treize charretées de riche butin enlevé tant de leur église que de leur monastère ? Que sont encore toutes ces pertes temporelles que les pères de l'Eglise auraient appelées un embarras de la terre, à côté des attaques du protestantisme qui menace de détruire

(1) C'est probablement le Parce Domine que Ton chante encore dans les nécessités publiques, dont le père Viole a donne In traduction. Viole, vie de s. Gcrm., p. 216.

(2) Pom Viole, vie de s. Germ., p. 21 4. ^ Ibid, p. fis.

418 HISTOIRE DE 1 \MUVK

par leur base tous les monastères, ces monuments vivants de l'église catholique 1

Après le désastre causé par les huguenots , il fallait à Saint-Germain un homme de bien , un autre Macliabée dont la main forte et inspirée put l'aider à sortir de ses ruines. La Providence vint à son secours : Louis de Lorraine, effrayé des sacrifices que demandait cette abbaye, se trouva heureux de pouvoir l'échanger avec François de Reaucaire, pour l'évèché de Metz, se réservant pendant sa vie la collationdes prieurésqui deviendraient vacants. Cette permutation fut approuvée du papi* Pie V, le Lr> mars 1568, ainsi que la réserve pour la nomination aux bénéfices.

Cependant les religieux que la terreur avait dispersés se réunissent, font réparer à la hâte quelques appartements pour se loger, vont prier sous les voûtes de la chapelle de la Vierge (I), qui avait moins souffert de la dévastation que le reste de l'église et continuent , comme auparavant, à bénir ce Dieu qu'il faut louer alors même qu'il nous frappe. En même temps , ils s'adressent à leur abbé pour toucher le terme échu de leurs pensions et pour qu'il payât la location des maisons où ils avaient été obligés de se retirer , par le moyen du désastre advenu es édifices du couvent. Celui-ci les renvoya à François de Reaueaire. auquel il avait fait cession de l'abbaye. De Reaueaire s'y refusa en disant que , n'ayant pas reçu ses bulles de Rome, il n'était pas encore titulaire de Saint- Germain. Alors intervint un jugement qui obligea Louis de Lorraine à payer aux religieux quatre cents livres pour supplément de vivres.

L'abbé-cardinal mourut en i579 et fut enterré dans son monastère de Saint-Victor à Paris. On remarque avec peine qu'il ne vint à Saint-Germain qu'une seule fois durant les

i Dom Cotron. nw«, p. 1218.

Vingt-huit ans qu'il en fut titulaire. Sa visite eut lieu en 1554. Lorsque ces abbés voulaient bien se mettre en route pour visiter un monastère, c'était pour recevoir, en entrant sur leurs terres, des hommages royaux et les revenus de leurs sujets. Autrefois les moines se plaignaient que les évêques, par leur cortège rival en magnificence avec celui des hauts barons, imposaient à leur monastère une hospitalité ruineuse ; aujourd'hui , ce sont leurs abbés euxmêmes qui déploient le faste d'un luxe oriental.

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