‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 43 sur 69 · ARMAND DE BOURBON · texte numérisé non relu

ARMAND DE BOURBON

L'abbaye de Saint-Germain jouit d'une haute considération dans l'opinion publique; ses prieurs et ses religieux sont de grands serviteurs de Dieu. Un immense tribut de prières s'élève chaque jour de leur maison pour monter jusqu'au trône de l'Eternel. Va-t-elle remplir ses nombreuses cellules que le malheur des temps a rendues vides? Cet espoir sera déçu ; trop d'obstacles entravent la marche des supérieurs. Autrefois, dès que l'esprit monastique s'affaiblissait quelque part , on voyait apparaître dans un coin du pays un homme , une institution qui retrempait les ames et les ramenait au perpétuel combat. Aujourd'hui, les chefs d'Ordres ne peuvent plus, comme alors, régler souverainement les maisons de leur dépendance , former une société monastique distincte au milieu des autres sociétés politiques , ni disposer de leurs propriétés territoriales. L'abbé n'est plus libre, son pouvoir est limité, il est à la nomination des rois. Les moines euxmêmes sont réduits à l'étroite dépendance d'une condition privée.

A une autre époque , lorsque la royauté Juttait contre le désordre, l'abbaye lui avait prêté l'appui de son bras pour maintenir sa couronne chancelante : le monastère avait droit d'attendre en retour la protection de la royauté, mais il en fut autrement. Au seizième et au dix-septième siècle, l'autorité royale , assez forte pour se soutenir ellemême , ne voyant plus rien à gagner à l'alliance du monastère, n'ayant également rien à en redouter, le réduisit peu à peu à l'humble condition de joyau de la couronne. Les moines eurent beau crier à la violation de leurs chartes, la cour de Rome avait donné son adhésion à la volonté du prince, l'humiliation fut consommée.

Après Octave de Bellegarde , un grand nom se présente dans les fastes des abbés de Saint-Germain : c'est Armand de Bourbon , prince de Conti, fils de Henri de Bourbon- Condé, premier prince du sang, gouverneur de Bourgogne. Il avait fait avec distinction ses cours de philosopbie et de théologie, lorsqu'il fut nomme à l'abbaye de Saint-Germain, par Louis XIV , n'étant âgé que de dix-sept ans. Il reçut ses bulles le 12 décembre 1646, mais sa vocation ne tarda pas à se démentir. Comme il était mineur, son père, Henri de Bourbon, se porta pour son tuteur. Rien ne peint plus au vif le misérable état de la distribution des faveurs ecclésiastiques à cette époque, que le traité passé entre les religieux de Cluny et ce prince , stipulant pour son fils mineur: car, outre l'abbaye de Saint-Germain, il avait encore Cluny, Saint-Seine, Saint-Léonard de Corbigny, Molesme , Granselve (1) , Lérins et autres. Il faut voir avec quelles précautions ce tuteur d'un abbé mineur , dans les mainsduquel sont descendus le monastère de Saint-Germain et celui de Cluny , stipule en faveur de son enfant contre de pauvres religieux , comme il leur dispute leur pitance, leurs champs, leur logis, leurs dîmes , comme il fait leur part et combien elle est mesquine. Ces forets magnifiques, ces prés, ces étangs, ces vignes, ces vastes territoires, dont la piété des siècles passés s'était plue à enrichir les corporations monastiques, sont devenus la pâture complète des princes et des élus de la faveur. Le père de notre abbé ne daigna pas même se déplacer pour prendre possession de Saint-Germain. L'évêque d'Auxerre, son parent, fut chargé de le faire pour lui. Dans cette cérémonie, le prélat, revêtu d'un surplis et d'une étole, lut les bulles d'Armand de Bourbon en plein chapitre , ensuite il fut reçu à la grande porte de l'église par le prieur et par les moines, et

X Grandis sylva.

Digitiz

4fU HISTOIRE DE L ABBAYE

conduit vers le grand autel qu'il baisa , puis il tinta la petite cloche deux ou trois coups , monta dans la stalle de l'abbé, parée avec élégance, et y demeura tout le temps que dura le Te Deum entonné par le grand chantre et pendant lequel on sonna toutes les cloches. 11 termina en disant l'oraison de la sainte Trinité, celle de saint Germain, et en donnant la bénédiction solennelle (1).

La seconde année de son installation , Armand de Bourbon, ayant été informé que des désordres se commettaient dans la cour et dans l'enclos du monastère par des personnes de la ville, défendit, sous peine d'amende et de prison , à tout individu, de quelque qualité et condition qu'il fût, d'y jouer ou d'y commettre aucune insolence.

Armand est encore un abbé qui , durant les sept ans qu'il jouit de cette dignité, ne vint à Saint-Germain qu'une seule fois , le 1er février 1654. Les religieux lui firent une réception officielle, ils allèrent à sa rencontre avec le dais et le complimentèrent. H passa environ huit jours aux milieu d'eux, attendant les articles de son contrat de mariage avec la nièce du cardinal Mazarin, premier ministre d'Etat, au profit duquel il résigna l'abbaye de Saint-Germain. Fallait-il affubler de tant d'honneurs, dans l'Église, un jeune homme dont les inclinations et la vie n'étaient rien moins que cléricales , et qui n'attendait qu'une occasion pour se précipiter sans déguisement dans le siècle. En résignant, il pria le cardinal de pourvoir aux dépenses auxquelles il était tenu. Pour tranquilliser sa conscience et prévenir les réclamations, il obtint du pape une dispense particulière pour toutes les charges auxquelles il pouvait encore être oblige.

Voici un fait qui donnera une idée de la libéralité de ces princes du siècle. Comme le portail de l'église demandait

(1) Doui Colron, rass, p. 1320.

DE SAINT-GERMAIN. tl>%

d'urgentes réparations , les religieux en tirent part à leur abbé, qui, après avoir pris l'avis de son conseil, écrivit au prieur (1), en 1653 , de se concerter avec le sieur Crevier. sans doute son régisseur , pour faire exécuter les réparations au meilleur prix de ménage; il veut qu'on fasse servir les vieux matériaux et qu'on ne dépense pas au-delà de cinq cents livres. Avec un pareil budget , le ciseau de l'artiste avait peu à faire pour la décoration du portail. Dix ans auparavant, on avait reconstruit les quatre côtés du cloître en pierres de taille et on avait refait le carrelage.

En 1G47, de nouvelles complications surviennent entre l'évcquc d'Auxerre et les religieux de Saint-Germain , à l'occasion des processions publiques. Les grands-vicaires défendirent à ceux-ci d'en faire le jour des Rogations , à moins que ce ne fut conjointement avec le clergé et le chapitre de la cathédrale , parce que , disaient-ils, l'usage de l'Ordre de Saint-Benoît et les transactions passées entre le monastère et le chapitre leur en faisaient un devoir. Les religieux soutinrent au contraire qu'ils avaient droit de faire des processions en leur particulier, avec le clergé de la paroisse de Saint-Loup, sur laquelle se trouvait leur monastère.

L'abbé et les religieux prenaient le titre de patrons et curés primitifs de l'église de Saint-Loup ; le curé, de son côté, prenait celui de curé et vicaire perpétuel (2). Lorsqu'on

(1) La lettre est aux archives de la préfecture.

(2) On voit , par un accord de 1657, que le curé de Saint-Loup était obligé d'assister à la messe conventuelle aux deux fêtes de Saint-Germain, aux TeDeum chantés dans l'église, ainsi qu'aux processions que les religieux avaient coutume de faire le lendemain de Quasimodo, le jour de saint Marc, les trois jours des Rogations et à celles qui avaient lieu exlraordinairemcnt pour les nécessités publiques; il devait célébrer une grande messe, à sept heures du matin, dans l'église de Saint- Germain, le jour de saint Pierre, à l'autel qui lui est dédié, et se rendre

exerçait dans l'abbaye les fonctions pastorales , l'office se célébrait à l'autel de saint Pierre et saint Paul ; ce ne fut qu'après l'érection de la paroisse de Saint-Loup que les moines se firent remplacer par un vicaire perpétuel , en conservant le patronage de la cure.

Au retour d'une procession du 7 janvier , les religieux célébrèrent la translation du corps de saint Germain, qui avait eu lieu à pareil jour. Le frère Lhcrminier fit, à cette occasion, une docte prédication divisée en deux points qui ravit son auditoire. Dans le premier, il parla de l'affection particulière que l'illustre saint Germain avait marquée à nos rois très-chrétiens depuis douze cents ans; il démontra qu'il les avait protégés dans les circonstances les plus critiques. Dans le second, il fit voir la reconnaissance et la dévotion que les trois lignées de nos rois avaient témoignées à saint Germain pour les grâces et les faveurs spéciales qu'ils avaient reçues de Dieu par ses mérites et par son intercession ; qu'ils avaient aimé la ville d'Auxerrc plus que toutes celles du royaume , à cause de l'honneur qu'elle a de posséder le tombeau d'un aussi grand saint. Il appuya son discours d'un grand nombre de traits historiques, citant jusqu'à la date des événements où l'on avait éprouvé les effets de la protection de saint Germain (1).

ensuite avec ses paroissiens au tombeau du dernier religieux décédé pour y chanter un de profundis et y dire une oraison. En 1660, il récitait le miserere, chantait un libéra et jetait de l'eau bénite.

Le jour de saint Loup, féle patronale, l'abbé ou un religieux envoyé de sa part devait célébrer la grande messe de paroisse à neuf heures. Les oblations de ce jour ainsi que celles de l'Epiphanie, du Jeudi-Saint, de Noël et de la Toussaint, appartenaient aux religieux de Saint-Germain , qui les abandonnaient au vicaire perpétuel , moyennant une redevance annuelle de cinquante sous tournois, pour conserver le souvenir de leurs droits curiaux. Ces détails, aujourd'hui de peu d'intérêt , avaient leur importance auprès de la communauté de Saint- Germain. Accords et Iransact., f. 130. Dom Colron, p. 900.

(1) Dom Viole, t. 2, p. 1237.

DE SAINT— GERMÀ1X» 4157

Le clergé d'Auxerre trouva, en 1652, l'occasion de signaler sa charité. La disette devint si grande, que la mesure de blé, qui se vendait ordinairement une livre dix sous, monta à quinze livres. Alors les abbayes, les divers membres du clergé , auxquels se joignirent plusieurs gens de bien, se partagèrent les pauvres, chacun selon ses facultés, et les nourrirent jusqu'à la moisson. La récolte qu'on fit alors fut abondante, la mesure de blé ne se vendait plus que quatre livres. Il y eut une si grande quantité de vin que l'on manqua de tonneaux (1).

Les mémoires de dom Cotron , sous-prieur de l'abbaye , finissent à l'année 1652. Il dit, dans son épître au lecteur, c que son manuscrit, qui est de quatorze cents pages in-folio, ne lui a coûté que dix-huit mois de travail, et que, durant tout ce temps, il n'a manqué à aucun exercice prescrit par la règle de la communauté, ni aux fonctions particulières qui lui furent confiées (2).

En 1656, dom Georges Viole publia la vie, les vertus et les miracles de saint Germain (3) , ouvrage qu'il dédia au duc

(1) Dom Cotron, mss, p. 1324.

(2) Son ouvrage, écrit en latin , se fait remarquer par l'élégance du style : il renferme de précieux renseignements et beaucoup de faits qu'on trouve aussi dans les mémoires de dom Viole, son confrère et son contemporain. On y remarque plusieurs dessins qui acquièrent aujourd'hui de l'importance, tels qu'une vue des bâtiments de l'abbaye, une autre du portail, un plan parterre de l'église, et un autre des saintes grottes. L'autel malulinal, l'intérieur de l'église de Sainte-Clotilde , ainsi que les armes du monastère et celles de plusieurs abbés s'y trouvent aussi dessinés au trait. C'est de ce manuscrit que sont tirés en partie les plans qu'on rencontre dans cet ouvrage.

(3) Cette histoire, dépourvue de critique, contient beaucoup de faits merveilleux : ce qui étonne d'autant plus que dom Viole vit poindre le siècle de Louis XIV, car il mourut le 12 avril 1669. La plupart des faits qu'il rapporte avaient été recueillis avec trop peu d'examen par Constance , au cinquième siècle , et par Héric , au huitième. Dom Viole consulta au«si Adon de Vienne, auteur du neuvième siècle, et Sigeberf,

d'Epemon,qui avait visité les saintes grottes, accompagné de dom Viole lui-même.

Dom Cotron nous a conservé le souvenir des différentes confréries érigées de son temps à Saint-Germain : la principale était celle de la Vierge ; on racontait des prodiges et des apparitions qui avaient eu lieu dans sa chapelle. Le peuple auxerrois y accourait en foule pour satisfaire sa dévotion. En 1640, une confrérie de notre-Dame du Mont- Carmel y avait été érigée par le provincial des Carmélites déchaussés. Le pape Innocent XI déclara , en i687 , que l'autel de cette confrérie était privilégié en faveur des ames du purgatoire , ajoutant que cette prérogative ne serait attachée qu'à la messe qui y serait dite le jour des Trépassés, pendant l'octave de cette fête et le mardi de chaque semaine de l'année , encore fallait-il que ce jour-

là sept messes fussent célébrées dans le monastère (4).

Une confrérie de saint Philibert , abbé, était établie à l'autel qui portait son nom. Celui de saint Venance(2), évéque et confesseur , de sainte Colombe et de sainte Geneviève , était le centre d'une autre confrérie très-importante.

Une célèbre confraternité était fondée à l'autel de saint Thibaut : les fidèles venaient y demander la guérison de la fièvre. Ils ramassaient avec respect la poussière qui était autour et la rapportaient après avoir recouvré la santé. L'auteur ne nous apprend pas quel usage on en faisait.

L'autel de saint Marculphc se recommandait par le con-

qui écrivait dans le même temps une chronique qui contenait , dit- on. plus de fails inventés que de faits arrivés. Voy. dom Viole, vie de $. Gertn., p» 433.

(1) La bulle originale so voit aux archives de la préfecture.

(2) On lit dans le manuscrit : Vrna«se.

cours de ceux qui venaient demander à Dieu la guérison des écrouelles. Il avait aussi sa confrérie.

En dehors de l'église, sous le portail, se trouvaient deux chapelles appliquées aux tours; Tune d'elles était dédiée à saint Hubert et honorée d'une confrérie très-célèbre et très-ancienne. On y disait tous les jours une messe.

L'autel matutinal, au-dessus duquel se trouvaient, avant le pillage des huguenots , plusieurs châsses précieuses , attirait aussi la vénération, ainsi que celui de saint Nicolas dans la nef, celui de saint Claude , évêque et confesseur , celui de saint Léonard et celui de sainte Agnès. Tous ces autels étaient décorés de la statue des saints sous l'invocation desquels ils étaient placés. Celui de sainte Catherine était orné d'un tableau de saint Edme et d'un autre de saint Michel -Archange. L'abbé de Beaujeu avait érigé un autel à saint Léger. L'église attribuée à sainte Clotilde en renfermait, avant l'an 1277, un de saint Etienne, un autre de saint Barthélemi et un troisième de saint Eloi (1).

Au moyen âge , les confréries étaient très-nombreuses : chaque métier, chaque genre de marchands formait une corporation religieuse qui avait ses coutumes , ses syndics, ses marguilliers ou raarguitlières. Les différentes églises de la ville et celles des couvents servaient de réunion à ces pieuses assemblées. Chaque associé payait un droit convenu et, en retour, obtenait un certain tribut de prières pendant sa vie et après sa mort.

Dom Cotron nous apprend encore que l'on conservait dans la sacristie des croix d'or et d'argent, que les fidèles empruntaient pour les faire toucher aux malades : elles renfermaient des fragments du cercueil de cyprès de saint Germain, dans lequel on avait beaucoup de confiance, car

(I) Dom Colrou, mis, p. iOOO et suiv.

on en trempait des parcelles dans l'eau qu'on leur faisait boire, après avoir récité l'antienne du saint évêque. En 1641 , une femme en ayant bu fut guérie immédiatement d'une lièvre quarte dont elle souffrait depuis quatre mois. L'année suivante, comme dom Cotron était sacristain, un boulanger d'Àuxerre, nommé Philibert Beau, saisi d'une fièvre ardente et d'une grande douleur de dents, fut également guéri en buvant de cette eau , que Ton conservait à la sacristie, et qu'il avait demandée avec de vives instances.

En 1649, maître Jean Boucheron, vicaire perpétuel d'Héry, passa un accord avec les religieux de Saint-Germain et Gabriel Souhin, leur prieur, touchant les droits curiaux. 11 reconnut que ceux-ci , en qualité d'infirmiers du couvent, étaient curés primitifs d'Héry. Ce titre venait de ce que cette terre était attachée à l'infirmerie. Il reconnut aussi que les religieux avaient le droit de célébrer l'office public le jour de saint Sébastien , patron de cette paroisse , à la fête de l'Assomption de Notre-Dame , à celle de la Toussaint et à celle de Noël; que les offrandes faites ces jours-là leur appartenaient, ainsi que toutes celles du jour et fin de Toussaint, c'est-à-dire celles de l'office des Trépassés , excepté cependant les droits des clercs et des autres officiers de l'église. Les mëhues dîmes appartenaient aussi aux religieux (1).

L'abbaye de Saint -Germain reçut alors deux visites royales, l'une de la reine Christine de Suède et l'autre de Louis XIV (2), qui logea à l'évêché avec sa mère. Le prieur dom Placide Chouquet, se trouvant à Paris, Victor Cotron, accompagné de quelques religieux, alla le complimenter au nom de la communauté. Le cardinal Mazarin , qui

(1) Accords et (ransact., p. 127.

(2) C'était an mois d'avril 1652. Dom Viole, (. î, p. 1*59.

était à la suite du prince , logea à Saint - Germain et put connaître un monastère dont il allait devenir abbô commendataire.

La reine mère donna cent quatre-vingts livres , en se recommandant instamment, elle et son fils, aux prières des moines. Pour répondre à son intention, une messe fut célébrée tous les jours, pendant un an , pour la prospérité du royaume. L'argent donné par cette princesse servit à acheter les œuvres de saint Augustin , un calice d'argent et six chandeliers dorés pour le grand autel.

Edme Berault et son épouse, qui mettaient leur bonheur à répandre des aumônes, firent don , la même année, de deux cents livres, avec lesquelles on acheta un devant d'autel tissu d'or et d'argent d'une grande beauté. Charles de Mary , marchand de Rouen , donna au monastère , le jour que son fils, qui était religieux, célébra sa première grande messe, un calice d'argent remarquable par le fini des ciselures. Jeanne Bourgeois, veuve de Pierre Creté, prévôt des marchands , fit aussi présent d'un grand bassin d'argent à l'occasion de la profession de son fils. Le prieur acheta, dans ce même temps, pour les acolytes, deux chandeliers de même métal, du prix de trois cent quatrevingts livres (1).

Le passage du roi fut fatal au bourg de Diges, car environ quinze jours après, le chevalier de Saint-Maurice, qui demeurait près de là, feignit d'avoir reçu un ordre de ce prince pour lever une compagnie de chevau-légers qu'il devait y réunir dans l'espace de dix jours. Son but était de tirer une somme d'argent des habitants de cette commune et surtout des religieux de Saint-Germain. Il se mit à parcourir Saint-Maurice, Poiily , Chassy , Beauvoir, Lindry, Pourrain et Vieux- Champ. 11 emmena de ces diverses

;!} Dom Colioii, p. 13*22 «t suiv.

localités trois à quatre cents paysans, auxquels il joignit vingt-cinq cavaliers; ensuite, il tomba sur le bourg de Diges avec cette horde indisciplinée qu'il y cantonna. Après avoir commis des violences et des cruautés, qu'on se permettrait à peine en pays ennemi , il se saisit de Gabriel Meunier, receveur du monastère, et le renferma dans son château. Pour obtenir son élargissement, il fut obligé de promettre, au nom de toute la paroisse, une somme de quatre mille livres, qui fut depuis réduite à trois. On ne conçoit pas que, sous le grand roi, en pleine paix, et avec des abbés haut placés, un seigneur ait pu, de son autorité privée, exercer des vexations aussi inouies : il fallait que le chevalier de Saint-Maurice eût quelque autorisation secrète pour tirer de l'argent du monastère (4).

Une scène plus violente encore eut lieu à Irancy Tannée suivante, 4653. Le régiment de Turenne s'y livra à des atrocités épouvantables ; le sang coula dans les rues et jusque dans l'église où les plus timides s'étaient réfugiés, tellement que l'évêque d'Auxerre ordonna qu'elle fût reconciliée. Cette seigneurie appartenait aussi au monastère de Saint-Germain. Ne croirait-on pas être encore sous l'arbitraire des temps féodaux , où les terres des abbayes étaient souvent le théâtre de pareils brigandages. On ne voit pas que l'abbé de Saint-Germain ou la justice du baillage ait informé contre ces attentats (2).

JULES MAZAR1N.

Des mains d'un jeune étourdi, l'abbaye de Saint- Germain passa dans celles du cardinal Mazarin, ministre du roi. Un arrêt du grand conseil l'autorisa à prendre de

H) Dom Viole, mss, p. 127>9.

(2) Ibid., p. 1240.

DE SAINT— GERMAI?!. -473

suite possession, à la charge d'obtenir ses bulles dans les six mois et de renouveler alors sa prise de possession. Gomme on les lui refusait à Rome, sans doute parce qu'il était déjà chargé de bénéfices opulents, il demanda, le itr juin 4656, un nouvel arrêt pour ne pas être troublé dans la jouissance des dépouilles opimes du monastère de Saint-Germain, qui lui furent conservées jusqu'à sa mort, arrivée quatre ans après. Outre cette abbaye, le cardinal Mazarin possédait l'évêché de Metz, l'abbaye de Saint-Arnoult, celle de Saint- Clément et celle de Saint-Vincent de la même ville, ainsique Snint-Denis, Cluny, Saint-Victor de Marseille, Saint-Médard de Soissons, Saint-Taurin d'Evreux, et d'autres qu'on ne nomme pas. Comme il n'avait dépensé à Saint-Germain que deux mille livres pour les réparations auxquelles il était tenu, le marquis de la Meilleraie, devenu l'héritier de sa fortune et de son nom, en épousant sa nièce, s'obligea par une transaction du H juin 1663 (I), à remettre aux religieux douze mille livres qu'il prit sur les revenus de Mou tiers. On employait cette somme à restaurer les dortoirs et à en changer la distribution, lorsque la partie septentrionale de ce vaste bâtiment s'écroula de fond en comble; comme aucun des ouvriers n'avait été blessé, la communauté se rendit de suite à l'église pour chanter un Te Deum en actions de grâces de ce que Dieu les avait sauvés d'un si grand danger.

L'usage était à peu près général alors de faire deux parts inégales du revenu d'un monastère. Les deux tiers, sous le nom de mense abbatiale, appartenaient à l'abbé, l'autre tiers était consacré à la nourriture et à l'entretien des religieux. Les bulles expédiées de Rome, obligeaient, selon le style ordinaire etl'intention formelle du pape Alexandre VII, à employer tous les ans, en réparations du monastère,

[ï). Accords et Iransarl.. f. 28.

en achats d'ornements d'autels et en aumônes, selon que la nécessité le demandait, le quart des revenus de la mense abbatiale ; mais, avant tout, l'abbé devait acquitter les charges auxquelles il était tenu envers les religieux.

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