‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens [microform]Chapitre 31 sur 40 · JEAN. XLV · texte numérisé non relu

JEAN. XLV

Jean Seguin, ou de Semur, etait prieur de Saint-Barthelemy-de- Barlorsqu'il fut elu abbe. C'etait unhomme remarquable et d'une grande activite. II ne cessa, malgre les malheurs du temps, de payer a la Chambre apostolique les taxes imposees a Pabbaye, a

HIStOlRE t)E SAINT-PIERRE-LE-VIF. '143

cause des privileges dont elle jouissait : de relever immediatement du Saint-Siege et d'etre exempte de lajuridiction de i'Ordinaire.

En 1367, il alia visiter en personne le monastere de Mauriac ; il futrec.u avec solennite et differentes reformes qu'il proposa furent accueillies avec soumission. L'annee suivante, il adressa au pape une requete au sujet du droit de joyeux avenement que le monastere devait aux archeveques, a leur intronisation. Corame ces prelats vivaient en hauts et puissants seigneurs et qu'ils etaient accorapagnes, a leur entree a Sens, par leurs feudataires, des chevaliers et une suite nombreuse, les frais de la reception montaient a plus de six cents francs d'or, ce qui etait devenu une charge des plus onoreuses. Le pape Urbain V, en consideration des desastres de la guerre, reduisit ces droits a dix florins d'or et un boeuf. II exempta egalement le prieure de Saint-Loup-du-Naud de Fobligation de payer I'impot a 1'archeveque de Sens et a celui de Reims.

Le meme pape confirma aux religieux la permission de celebrer 1'office divin dans leur maison situee dans I'interieur de la ville, a cause du pen de surete qu'offrait leur abbaye, depourvue de fortifications et sans defense.

Parmi les actes de cet abbe, citons plusieurs affranchissements et en particulier celui d'un jeune serf qui se destinait a la clericature. La charte de ce dernier affranchissement offre un interet tout special ; elle fut rec,ue par Guillaume Pellipier, notaire imperial et .apostolique et sous le sceau de la cour de Fofficial de Sens.

A tous (1) ceux qui les presentes lettres verront, frere -Jean, par la gi-ace de Dieu et du Siege apostolique, humble abbe du monastere de Saint-Pierre-le-Yif, de Sens, de 1'ordre de Saint-Benott, et le couvent du meme lieu, salut en N. S... Gonsiderant que notre redempteur, auteur de toute creatui'e, a voulu revetir notre chair humaine afln de briser, par sa grace divine, le lien de servitude qui nous tenait captifs,et de nousrendre notre premiere liberte ; nous rappelant aussi que c'est un acte salutaire d'affranchir ceux qui, par nature, etaient Libres dans le principe et que le droit des gens ainsi que la naissance avaient places sous le joug du servage ; pour ces motifs, clans un but de piete et afln de recompenser, autant qu'il est en nous, les bienfaits et les services que Felix Pelard, de Villemer et Jean Pelard, son pere, serfs et hommes de main morte de 1' abbaye, nous ontrendus en maintes circonstances, nous rendent encore tons les jours et nous rendront, nous 1'esperons, dans 1'avenir, nous avons affranchi Felix Pelard et nous 1'affranchissons par les presentes... Nous voulons et cleclarons Felix Pelard personne libre, nous lui permettons de recevoir Ja tonsure clericale et les ordres sacres, d'obtenir des benefices ecclesiastiques avec charge ou sans charge, et d'accomplir

(1) Archives de 1'Yonne, H. 116.

144 HISTOIHE DE SAINT-PIERRE-LE-VIl<\

tous les actes d'un homme libre. Nous faisons cependant cetle restriction que si Felix Pelard ne recoit pas la tonsure clericale ou, si apres 1'avoir recue, il contraete un second manage (in bigamiam incederit) il perdra sa liberte, retournera a son premier etat du servage et redeviendra 1'homme de main morte du monastere. II demeurera sous notre dependance, dans le cas ou il abandonnerait le monastere sans avoir d'enfant legitime place sous son autorite paternelle. Nous promettons sincerement que personne d'entre nous ne s'elevera contre ce qui a ete convenu.

Donne sous nos sceaux (1) et dans notre chapitre reuni specialement a cet eflfet, Tan du Seigneur 1370, le vendredi apres la fete de saint. Martin d'hiver.

Ledit Felix, reconnaissant la bonte de nos sentiments, desirant obeir a ces lettres, les approuver et les ratifier, et observer fidelement chacune des prescriptions qu'elles contiennent, en a fait le serment entre les mains d'un de nos jures...

En foi de quoi nous avons appose le sceau de la cour de Sens sur ces letttres, avec le sceau et la signature de notre jure et notaire public...

Donne a Sens, Van 1310, indiction neuvieme, suivant la mode gallicane, le 18 decembre liora pulsacioinis primi appdli in ecclesia senonensi en presence de notre venerable pere dom abbe de Saini-Pierre-le-Vif, dans sa maison d'habitation, situee dans le cloitre de Teglise, sous le vestibule de la chambre ou ce venerable pere a coutume de passer la nuit; en presence de discretes personnes Jean Courtoys, clerc, notaire jure de la cour de Sens, de Pierre Richard et Gervais Lamoret, temoins speeiaux et requis a cet effet.

En 1375, Jean Seguin visita le prieure de Naud et y fit la translation de plusieurs reliques. L'annee suivante, il se rendit aupres du Saint-Siege. Plus tard, en 1384, il voulu relever le monastere et y retablirles religieux ; il put meme y recevoir, a son arrivee, 1'archeveque Gonthier qui renouvela toutes les indulgences accordees par ses predecesseurs et le pape Nicolas IV a Saint-Pierre. Mais le sejour de Saint-Pierre-le-Vif ne presentant qu'une garantie precaire de tranquillite, les religieux rentrerent dans la ville.

Lorsque Jean de Semur mourut, en 1380 suivant les uns, en 138S suivant d'autres, on 1'ensevelit devant la porte de la sacristie.

EUDES. XLVI e (1375-1390).

Les religieux assembles au chapitre pour 1'election mirent a leur tete un religieux de grande noblesse et de grande piete, Eudes de Montaigu. Pendant son court passage, il obtint de Charles VI un arret defendant aux homines et aux bourgeois de Saint-Pierre de s'advouer bourgeois du roy . La royaute reconnaissait ainsi les droits du monastere. Gette sanction fut si efficaceque, deux siecles

(')) Ceux de 1'abbe et du couvenl.

plustard, en 1588, le roi de France exigeant de ses sujets le serment de fidelite, tandis que les habitants de la ville et des faubourgs le pretaient devant le prevot de Sens, ceux du bourg le donnerent en presence du bailli de Saint-Pierre.

En 1390, sur 1'ordre de Clement VII, qui etait alors a Avignon, Eudes de Montaigu passa a 1'abbaye de Saint-Seine, en Bourgogne, tandis que le cardinal, Jean de Viviers, lui donnaitpoursuccesseur I'mfirmier de Saint-Seine, Robert de Laval. Les armes d'Eudes etaient : d'or a la croix d'azur, oantonnee de quatre aiglons de gueules.

Page 1