ROBERT. XLVII
Lors de son entree a Sens, en 1393, Guillaume de Dormans voulut mettre a la charge du monastere toutes les depenses, et refusa les dix florins d'or que lui offrait Robert de Laval, suivant les termes de la bulle d'Urbain V. Us eurent cependant, deux ans plus tard, un accord a ce sujet : ils convinrent qu'a 1'intronisation de chaque archeveque, 1'abbe donnerait cinquante livres tournois pour les depenses de ce jour, et fournirait, autant que possible, des lits pour tous les familiers du prelat ; de plus, le samedi saint, de chaque annee, 1'abbaye devrait donner un boeuf gras a Farcheveque, s'il etait present a Sens. Devenu sexagenaire et desirant s'elever a une plus haute perfection, Robert de Laval se retira chez les chartreux de Yalprofonde.
PIERRE. XL VHP (1400-1422).
Pierre d' Angers se distinguait par sa prudence, sa piete, son indomptable energie etson vifpariotisme. A cette epoque, la guerre reprenait avec recrudescence dans le Senonais. En 1416, le due de Bourgogne rasserablait une armee nombreuse, s'emparait de Sens et y laissait une partie de ses troupes pour la defendre centre le roi de France. Bien que le monastere, sans defense, fut livre a toutes les devastations, Pierre, fidele a sa patrie et a son roi, ne consentit pas a ceder aux exigences des Bourguignons et des Anglais, leurs allies. Emprisonne a plusieurs reprises et accable de mauvais traitements, il ne fut delivre que grace a une forte rangon.
L'annee suivante, les epreuves grandirent encore quand les Anglais mirent le feu aux convents suburbains pour les empecher de servir aux troupes du roi de France. L'abbe Pierre d'Angers eut la douleur de voir 1'incendie ravager son eglise, depuis la grande tour de 1'entree jusqu'au choeur nouvellement reconstruit ; mais montrant un courage au-dessus de toutes les infortunes, il voulut que Foffice divin continuat d'etre celebre dans la partie qui res-
tait de 1'eglise. Jl fournissait, autant qu'il le pouvait, a ses religieux leur nourriture, et tandis que la peur faisait deserter les autres eglises, il parvint a empecher dans la sienne la cessation du service divin.
C'est ainsi qu'apres line lutte continuelle centre les exces et les avanies d'une soldatesque dechainee, centre les epreuves et les amertumes de la guerre civile et etrangere, il termina sa vie si agitee dans la maison de refuge de Saint-Pierre-le-Vif, a Sens, laissant son monastere en securite et dans un etat aussi satisfaisant que le permettait 1'epoque. Son corps fut ramene et enseveli dans 1'eglise de 1'abbaye. II avait pour arrnes : de gueules, a une clef d'argent en pal, au chef d'aztir, charge de deux fleurons de lys d'or.
DREUX. XLIX e (1422-1436).
Aussitot apres les funerailles de 1'abbe Pierre, le 28 septembre, le prieur claustral convoqua tous les rnoines qui promirent a D. Denis Ragonois, tresorier, d'accepter celui qu'il aurait choisi. Sans hesiter, celui-ci prononc.a le nom de frere Dreux de Montaudier, alors prieur de Saint-Loup-du-Naud et religieux profes du monastere. II etait de mceurs recommandables, d'un age suffisant et remplissant toutes les conditions voulues. Les religieux 1'agreerent d'un consentement unanime, et le presentment an chapitre metropolitain (le siege archiepiscopal etait alors vacant), pour qu'il le confirmat et permit a un eveque de le benir.
Aussitot apres son elevation, Dreux se rendit a Auxerre pour porter des secours d'argent au roi de France, en compagnie de trois autres personnages egalementdevoues a laroyaute. La puissance des Anglais prevalait alors dans le Senonais. A cause des dangers que la guerre rendait toujours imminents, Jean de Nanton, le nouvel archeveque, alia directement a Saint-Pierre-le-Donjon, au lieu de s'arreter au monastere. II futregu, suivant la coutume, d'abord par 1'abbe et les moines, puis par le chapitre et le clerge de la ville.
En 1429, Dreux apaisa des troubles a 1'aide de Gui de la Tremoille, comte de Joigny, et du seigneur d'Archon de Serry, et son devouement a Charles VII lui fit obtenir, pour le monastere, la concession de lettres de garde-gardienne et de committimus.
Quelquesanneesplustard, ileut a intervenirdans un debat fort singulier qui remontait a plus de trois siecles et ayant pour objet la possession des reliques de saint Loup, archeveque de Sens. Les religieux de Saint-Loup-du-Naud revendiquaient la possession, dans leur prieure, d'une partie du chef et du corps de saint Loup,
avec un de ses anneaux et de ses ornements pontiflcaux, le tout concede a leurs Peres par 1'archeveque Huges de Toucy, a qui les religieux de Sainte-Golombe en avaient fait don. On ignore la date precise de la charte sur laquelle les moines de Saint-Loup-du- Naud appuyaient leur dire: D. Gottron clonne celle de 1144, M. Julliot propose celle de 1162 (1). Mais les religieux de Sainte- Golombe en opposaient une autre du meme archeveque datee de 14 60, dans laquelle Hugues de Toucy declarait avoir ouvert une premiere fois la chasse de saint Loup, et constate que son corps s'y trouvait integralement conserve avec son chef; puisetre verm une seconde fois a Sainte-Golombe, sur 1'ordre du pape Adrien IV, accompagne des eveques d'Orleans et de Troyes et avoir expose les reliques de saint Loup aux yeux de la foule pour dissiper tout malentendu.
Les religieux de Saint-Loup-clu-Naud n'en continuerent pas moins a revendiquer Fauthenticite de leurs reliques. Les souverains pontifes memes s'interesserent au debat. Innocent III, en 1214, revoqua des commissaires charges d'etudier cette affaire ; Alexandre IV, en 1260, se montra favorable aux moines de Sainte- Golombe ; Urbain IV, plus tard, accorda une bulle au prieure de Saint-Loup-du-Naud. Avec le temps, le differend s'envenima et vinta passionnerla foule qui prit parti, suivant ses inclinations et ses interets, pour 1'un ou 1'autre des deux monasteres. Le prevot de Sens dut meme assigner un jour (1404), au Parlement, urgsergent royal qui, entre autres injures publiques al'adresse de saint Loup du Naud, s'etait emporte jusqu'a dire qu'elle ne contenait que du foin .
Le debat s'aggrava encore lorsque, suivant la coutume du temps, les religieux de Naud se mirent a parcourir les campagnes, offrant a la veneration des fideles leurs reliques de saint Loup, et quetant en meme temps quelques aumones destinees a reparer les desastres causes par la guerre a leur couvent.
Devant 1'impossibilite pour 1'autorite ecclesiastique dereconnaitre 1'authenticite des reliques et d'apaiser le differend qui ne nuisait, du reste, en rien au culte de saint Loup, les parties porterent, au commencement du xv e siecle, le proces clevant le Parlement de Paris. Ge ne fut qu'en 1432 que Dreux de Montaudier, avec Jean d'Apremorit, prieur de Naud, et Frangois de Ghigy, abbe de Sainte-Colombe, mirent fin au proces pendant, sans toutefois resoudre le probleme qui 1'avait souleve. Us arreterent, au nom de leurs religieux, des conditions qui reglaient la maniere dont se
(1) Archives de 1'Yonne, H.
feraient desormais les queles pour la restauration de leurs eglises. Les reliques de Naud et de Sainte-Golombe devaierit toujours etre portees ensemble, et, soit qu'elles fussent confiees a des procureurs ou fermiers, soit qu'elles fussent gardees par des religieux des deux monasteres, le produit des quetes devait etre ainsi reparti : les deux tiers pour Saint-Loup-du-Naud et Saint-Pierre-le- Vif, 1'autre tiers pour Sainte-Golombe.
Dreux de Montaudier releva encore la grosse tour de 1'eglise qui avait ete endommagee par 1'incendie, avant de passer a 1'abbaye de Saint-Germain-des-Pres ou 1'appela la volonte de ses superieurs.
MICHEL. L e (1437-1439).
D'abord chantre du monastere, Michel de la Souterraine etait prieur de Sainte-Marie de Riceys lorsqu'il fut elu par compromis, Ie30 juillet!437.
Le seul acte comiu de lui est un recensement qu'il fit, avec 1'abbe de Sainte-Colombe, des reliques des deux monasteres et des pieux exercices que Ton avait coutume d'y celebrer en leur honneur.