GUILLAUME. LI C
Eleve au monastere, promu a la dignite d'aumonier, puis nomme prieur d'Auxon, Guillaume Quatrain fut elu en novembre comme successeur de Michel. Apres son election par les moines et sa confirmation par 1'archeveque, il prit solennellement possession de sa charge. Regu par le prieur claustral et les religieux revetus de chapes a 1'entreede 1'eglise, sousle peristyle de la grande tour, il fit son entree dans I'interieur, apres plusieurs ceremonies, et alia s'agenouiller au grand autel pour faire sa priere. Alors un chanoine, vicaire de 1'arcliidiacre, Louis de Calnomont, le mit en possession reelle de sa charge par 1'attouchement et le baiser de 1'autel, la tradition des clefs, du missel, du calice, des livres et des ornements, par 1'installation dans la chaire abbatiale, dans le chceur de 1'eglise, puis dans le chapitre ou le prieur et les moines vinrent, a genoux, les mains jointes dans les mains de 1'abbe, lui promettre respect et obeissance et recevoir de lui le baiser de paix.
Le grand souci de 1'abbe Guillaume fut de reparer les mines amonceiees de tons cotes par la guerre. II porta son attention d'abord sur le bourg de Saint-Pierre, de'sole et en grande partie detruit. Pour le repeupler et y amener la prosperite, il obtint de Charles VII (1446), pour six ans, le droit d'y etablir des foires franches qu'il flxa la veille, le jour et le lendemain de la dedicace, qui tombait le 20 mars. En peu de temps, des foules enormes prirent
1'habitude de s'y rendre pour gagner les indulgences accordees par les souverains Pontifes a ceux qui visiteraient 1'eglise. De la vint 1'usage, a Sens, de donner a ces foires le nom de pardons. Pendant toute la duree de ces fetes, des pretres, examines prealablement par Fofficial et d'autres ecclesiastiques, recevaient les confessions des fideles qui voulaient gagner des indulgences. La franchise n'etait accordce aux marchands que dans les deux derniers jours.
C'est au milieu de 1'inauguration de ces fetes qu'eut lieu un fait miraculeux qui doit trouver place ici. Un jeune homme que Ton croyait atteint du demon depuis huit ans et qui avait failli, la veille, tuer sa mere, fut gueri subitement par 1'attouchement de la chasse de saint Savinien. II se confessa ensuite et assista a la messe, an grand e tonnement de toute 1'assistance. Le proces-verbal du fait fut signe par le pere, deux freres et une soeur du jeune homme, en presence de plusieurs notaires tabellions.
Gomme le bourg de Saint-Pierre, 1'abbaye avait cruellement souffert de 1'invasion : elle etait ruinee et ne pouvait se relever jians 1'aide des fideles. L'abbe Guillaume eut recours a la charite du peuple Chretien et envoya des moines queter, principalement dans 1'archidiacone de Melun.
Rien deplus curieux que ces peregrinations de religieux parcourant les villes et les campagnes, toujours munis de la permission de 1'Ordinaire, et emportant avec eux les reliques des saints Potentien et Altin, ou d'autres reliques venerables, pour exciter plus efiicacement la charite des fideles. Les archives du monastere nous ont conserve le souvenir d'un incident qui marqua Tun de ces voyages et faillit entrainer les consequences les plus facheuses. C'etait en 1440. Un religieux, Jean le Maitre, et trois procureurs du prieure de Saint-Loup-du-Naud s'etaient aventures jusqu'a La Rochelle, et de la, gagnant par voie de mer le havre des Sablesd'Olonne, avec le reliquaire de saint Loup, ils voulurent passer la nuit a Saint-Nicolas-de-Brain. Le lendemain matin, le reliquaire avait disparu du grand autel de 1'eglise ou ils 1'avaient depose. A force de recherches, on decouvrit 1'auteur du vol, un meunier, qui avait emporte le reliquaire dans son moulin pour enlever les lames et les statuettes d'argentqui Fornaient et dont la valeur s'elevait a trente-trois marcs d'argent. Pour ce crime et d'autres graves mefaits, le meunier fut condamne a rnort; et le senechal de Talmont donna aux religieux une attestation authentique du fait.
A cote des mines materielles, les longs troubles avaient amene des mines morales non moins grandes. La guerre, en forcant les moines a quitter le cloitre et les pratiques de la vie religieuse, accrut le relachement dans un degre j usque la inconnu a Saint-
Pierre-le-Vif. L'abbe Guillaume imposa cles reglements, maissans obtenir de grands resultats. Les religieux mangeaientdela viancle pendant toute 1'annee, excepte dans 1'Aventet le Careme. La portion quotidienne de vin etait de trois emines, a la mesure du monastere, et celle de pain de trente-six onces. II etait egalcment distribue de 1'argent aux moines pretres et aux dignitaires.
L'abbe Guillaume eut aussi a coeur de reconnaitre les reliques dont quelques-unes s'etaient egarees au milieu des desordres de la guerre, et d'en reveiller le culte. II fit don au prieure de Saint- Loup-du-Naud du chef de saint Gregoire pape, et des saints Sanction et Beate (1).
Enfin, apres une vie consacree tout entiere au service de Dieu, al'honneur cles saints et au relevement cle son monastere, 1'abbe Guillaume rendit son ame a son Createur.