‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens [microform]Chapitre 34 sur 40 · OLIVIER. LII · texte numérisé non relu

OLIVIER. LII

Olivier Ghapperon, natif de Gisy, etait entre des son jeune age a Saint-Pierre-le-Vif. II dut a la rare prudence et au zele qu'il apporta dans la direction du prieure de Naud, d'etre eleve sur le siege" abbatial. Sa premiere action d'eclat fut d'obtenir, pour lui et pour ses successeurs, le privilege de porter la mitre et les habits pontificaux.

A 1'imitation de son predecesseur, il se devoua entierement a I'oeuvre de restauration de 1'abbaye, et, comme lui, il eut recours a la charite des fideles. En fevrier 1453, il renouvela avec Guichard de Bierne, abbe de Sainte-Colombe, 1'accorcl du 6 clecembre 1432, touchant les reliques de saint Loup, et il arreta les conditions de deux nouvelles quetes a faire en commun, en dehors des archidioceses de Sens etde Reims. On porterait, d'une part, lachassede saint Potentien et de saint Loup, de 1'autre, le reliquaire de sainte Colombe et le chef de saint Gregoire; les reliques ne devaient jamais etre separees. Les depenses et le produit des quetes etaient a partager egalement entre les deux abbayes.

Deux ans plus tard, Olivier Ghapperon, de concert avec Jean le Maitre, prieur du Naud, fit un nouvel appel a la generosite des Chretiens. Afm d'exciter le zele en faveur de leurs eglises eprouvees, ils enumererent dans une charte toutes les precieuses reliques qu'ils possedaient ; ils rappelerent 1'association de prieres fondee, en 1'honneur des saints Potentien et Altin, pour leurs bienfaiteurs ; ils donrierent, avec la description des chasses et des reliquaires, la liste de leurs reliques qu'ils firent porter par toute

(4) D. Gottron,p. 187 et suiv.

la France, dans le but de les faire connaitre et honorer, et d'offrir aux fideles le gain des indulgences que les archeveques et les papes avaient accordees a 1'abbaye de Saint-Pierre.

Jugeant ce moyen insuffisant, 1'abbe Olivier etablit, en outre, (1462) une confrerie en 1'honneur de tous les saints dont les reliques etaient conservees an monastere. Ghaquemembre participait aux fruits de trois messes quotidiennes et de toutes les prieres, messes, oraisons et autres bonnes oeuvres de la communaute. Pour avoir droit a ce titre, il suffisait de donner la valeur d'une journeede travail, soit vingt deniers au moins, ce qui conferait le privilege d'avoir ses nom et prenoms inscrits sur un registre conserve dans le couvent. De plus, 1'abbe decida qu'une messe serait celebree, le samedi de chaque seraaine, a 1'intention des bienfaiteurs du luminaire de la sainte Vierge, afm, disait la charte, que la lumiere du moncle rnortel s'eteignant pour eux, ils puissent trouver dans le ciel la veritable lumiere .

II est mentionne dans le diplome defondation de cette confrerie que les guerres de cette epoque avaient tellement appauvri le monastere, que ses revenus ne pouvaient nourrir plus de six moines !

Pendant que plusieurs religieux de Saint-Pierre-le-Vif, de Saint- Loup-du-Naud et de Sainte -Colombe parcouraient la province de Paris, les dioceses d'Orleans, d'Auxerre, d'Alby, de Gahors, de Chalons et autres, portant processionnellement les reliques, les offrant a la veneration des fideles et sollicitant leurs aumones, 1'abbe Olivier veillait au bon ordre et au maintien de la discipline monastique. En 1456, les moines de Mauriac ayant perdu leur doyen, Guillaume de Saint-Exupere, ne procederent a Felection de son successeur qu'avec la permission de 1'abbe de Saint -Pierre. Plus tard, usant de son droit de collation dans le doyenne cle Mauriac, il confia le prieure d'Ursetum, en Auvergne, a un moine du nom de Guillaume Ghignart.

Apres vingt annees de labeurs, il mourut au mois de decernbre 1470. Sa tombe le representait avec la crosse et la mitre, entoure des images des patrons du monastere. L'in scrip tion portait : Gy gist fr. Olivier Ghapperon, natif de Gisy, premier abbe mitre de cette noble eglise, qui trepassa Fan de grace mil quatre cent soixante et dix . Ses arm.es etaient : de... a la face de... au chevron de.. . acccompagne d'un croissant de. .. a gauche et de deux mollettes de... a droite et en pointe.

JEAN. LIIP (1470-1490).

Apres la mort d'Olivier Ghapperon, treize religieux profes se reunirent au chapitre et confierent leur pouvoir au prieur claustral,

frere Gui Drouot, lequel, apres s'etre signe de la croix, nomma Jean le Maitre, prieur de Saint-Loup-du-Naud, comme remplissant tout.es les conditions desirables. Us le presentment aussitot a Louis de Melun qui le confirma et le benit.

Jean le Maitre, de Sens, avait ete eleve dans 1'abbaye et y avait pris le titre de licencie en clroit canonique. Les reliques furent 1'objet de sa constante sollicitude, comme elles 1'avaient ete de plusieurs de ses predecesseurs. Sur sa priere, Tristan de Sallazar vint visiter les reliques des saints Innocents et d'autres pour lesquelles il fit fabriquer des chasses plus convenables. Grace a son titre d'abbe mitre, il obtint meme du pape Innocent VIII la permission de faire lui-meme les translations de reliques dans son monastere, assiste seulement de deux chanoines et de deux abbes ; mais il ne voulut point user de ce privilege pour la translation du chef de saint Savinien, qu'il pria Tristan de Sallazar de venir faire lui-meme, dans un buste enrichid'or et d'argent, representant un eveque (1490).

Cette meme annee, il acheta en ville la maison, dite des Tournelles (le grand seminaire actuel), qui fut abandonnee plus tard (1622) aux Jesuites moyennant un cens annuel.

A sa mort, 17 octobre!491, on 1'inhuma devantla porte de la sacristie, avec cette epitaphe .- Hac sub tumba mr quondam venerandus domnus Johannes Magistri, urbe senonica progenitus, injure canonico licentiatus, prcesentis ecclesice rector et abbas, qui anno domini millesimo quadringentesimo nonagesimo primo, decima septima die mensis octobris mtam finimt. Anima ejus dwina mereatur protectione de/fendi . II avait pour armes : d'azur a 1'olivier plante de sinople, charge de fruits d'or, a deux clefs d'argent, brochantes sur le tout en sautoir.

GUILLAQME. LIV e (1491-1511).

Guillaume Ghignart, natif de Sens, licencie en droit et prieur d'Auxon, fut elu abbe le 18 octobre, contre le gre de Tristan de Sallazar qui lui etait oppose. Le couvent et le nouvel abbe en appelerent a la Curie romaine, qui le fit benir et confirmer par 1'eveque deMeaux.

II consacra les aumones des fideles a relever le refectoire et le chapitre. II reconstruisit aussi la partie de 1'eglise brulee par les Bourguignons, allant de la tour du peristyle jusqu'au choeur; enfm il termina le campanile.

L'abbaye recut, vers ce temps, deux presents a mentionner. Le premier venait du prieur des Riceys, frere Mathieu Guyard : c'etait un aigle de cuivre pour servir de pupitre au chceur de 1'eglise ; il

^ HTSTOIPxE DE SAINT- PIER RE-LE VIF. 153

portaitles armes cle Saint-Pierre-le-Vif : d'azur a deux clefs d'argent en sautoir, cantonnees cle quatre fleurs de lys d'or. L'autre consistait en deux chandeliers d'argent, don du tresorier clu monastere, Pierre Cousin.

Malgre cles depenses considerables, Guillaume Chignart parvint a mettre de cote de notables economies. Cethomme, d'une grande vertu, serevetait souvent devant ses freres d'une robe miserable pour s'humilier. II mourut dans une extreme vieillesse, et alia reposer, pres de son pere, dans 1'eglise, devant la porte du cloitre.

Ses armes etaient : de a une clef de.... accompagnee des

initiales G. Ch.

JEAN. LV e (1511-1523).

Jean Bardeau, originaire de Sens, comme ses deux predecesseurs immediats, sortait d'une honorable famille cle marchands. Docteur en droit, prieur d'Andresy, puis d'Auxon, il avait rec,u de Guillaume Chignart le titre de prieur claustral en meme temps que celui de son vicaire. II promit obeissance a Tristan de Sallazar, le 21 juilletlMl.

On ne rapporte de lui que 1'achat qu'il fit, en 1512, a 1'illustre Jeanne de la Porte, du castrwm, de Saligny, et le don qu'il regut d'un de ses moines, frere Pierre Guyard, savoir une statuette d'airain cle Mo'ise, destinee a etre placee dans 1'eglise. II expira le 25 septembre 1523.

SEBASTIEN. LVI e (1523-1534).

Sebastien de Tenarre fut le dernier des abbes reguliers ; il sortait de 1'abbaye de Flavigny. Elu abbe le 28 septembre 1523, il ne fut beni que le 21 mai 1528 par Antoine du Prat a qui il promit obeissance.

Si le relachement allait toujours grandissant au monastere, I' amour de 1'etude n'y etait pas encore eteint : en 1529, le prieur, Pierre Baseau, envoy a le frere Jean Lambert etuclier a Paris.

L'abbe Sebastien enrichit 1'eglise de chasses et de vases precieux. A sa mort, il fut enseveli dans Id chceur de 1'eglise, et sur sa tombe on grava ses armes jqui etaient d'or, a trois chevrons d'azur.

GHAPITRE XL

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