ARMOIRIES
des Ahbes de S l Pierre -le-W.
apres les gelees de 1'hiver. elles s'effondrerent, ecrasant dans leur chute tous les autels, a 1'exception de ceux de saint Etienne et de saint Barthelemy.
Les charpentes de la grande nef n'avaient echappe a 1'incendie que parce qu'elies etaient plus basses que celles du clioeur. L'extremite orientale de cette nef ful ferraee par un mur s'elevant jusqu'a la voute et la mettant a 1'abri des intemperies de 1'air. On y adossa un maitre-autel ; on disposa ensuite une espece de clioeur pour y celebrer 1'office divin, et Ton y transporta plusieurs pierres sepulcrales d'abbes et d'archeveques qiii se trouvaient dans le choeur, jusqu'a ce que la basilique fut completement restauree.
A ces epreuves douloureuses vint s'en joindre une autre d'un genre different. Gedant a de coupables instincts et sous pretexte de devotion, un pretre, du nom de Barthelemy ou Berthelin, chapelain de Feglise Saint-Etienne et confesseur des Carmelites dechausses, ouvrit les chasses du monastere et deroba plusieurs reliques, parini lesquelles le chef de saint Ebbon qu'il donna, en 1599, aux Celestins de Mantes, le bras du pape saint Leon et la pierre sacree du grand autel que Ton regardait comme rniraculeusement consacree et dont il fit cadeau aux Carmelites de Sens. D. Cottron lui attribue encore la disparition des reliques des Apotres, obtenues du pape saint Felix par sainte Theodechilde.
Ce fut le dernier coup porte au courage de i'abbe Prevost. Apres quarante annees de labeurs incessants, voyant neanmoins le monastere ruine et ses possessions successivement reduites presque a rien, il ceda a la tristesse et an decouragement. II resigna, en 1636, en faveur de son neveu, Frangois Berruyer, et mourut quatre ans plus tard.
FRANQOIS. LXVIIP (1636-1644).
La cause principale du chagrin de I'abbe Prevost venait surtout de 1'affaissement moral qui se joignait, dans le couvent, aux desastres materiels. Les religieux etaient accuses par la voix publique de violer la regie de leur ordre, de vivre avec les mondains clans les fetes et les chasses, et do s'adonner aux plus graves desordres. Le promoteur de 1'archeveche regut Fordre d'informer contre les coupables, 1'annee meme (1636) ou Jean-Francois Berruyer, fils de Jacques Berruyer, seigneur de Mauselmont, recevait la commende de 1'abbaye.
La premiere mesure de Mgr Octave de Bellegarde fut de defendre aux moines de recevoir des novices, afln de preparer la reforme devenue necessaire. Ce prelat voyait, en effet, avec affliction le monastere accable de toutes sortes de calamites, le service divin
interrompu ct la basilique la plus venerable cle la contree tomber en ruines. Spectacle plus triste encore, 1'ignorance et le vice regnaient la ou la science, la religion et la saintete avaient brille avec tant de splendeur, et il ne restait plus au convent que trois on quatre moines, aux irceurs corrompues, qui ne donnaient aucun espoir de rehabilitation. Le sage prelat n'ignorait point, d'un autre cote, que les statuts du concile de Trente I'obligeaient de porter remede a de si grandes miseres. II s'efforca, par des visites et d'autres mesures, de retablir 1'observance de la regie, mais sans obtenir aucun resultat. II jugea done qu'il n'y avait plus d'autre moyen, pour eviter la ruine totale du monastere. et mettre fin au scandale public, que d'y etablir les Peres Benedictins de la Congregation de Saint-Maur, qui, dans toute la France, edifiaient par la pratique fideie de la discipline reguliere.
II decreta la retorme, appela les Peres de Saint-Maur et leur promit toutes ses faveurs. Comme les revenus, considerablement diminues, ne pouvaient nourrir un nombre suffisant de moines, il unit au monastere les revenus cle la mense conventuelle de 1'abbaye de Saint-Remi entierement detruite et qui ne comptait que trois moines obliges d'aller celebrer 1'offlce divin dans une autre eglise. Cette abbaye, comme celle de Saint-Pierre, appartenait a 1'ordre de saint Benoit. Batie au sud de la ville, en dehors des murailles, au VHP siecle, chaque invasion, chaque siege lui avaient apporte de nouvelles destructions, et elle etait sur le point deperir quand 1'archeveque la reunit a celle de Saint-Pierre-le-Vif.
L'acte important du decret de reform e fut publie le 3 avril 1638. Les soings que nous avons cy-devant apportes, disait 1'ordon nance archiepiscopale, pour arrester le cours des desordres quy regnent depuis longues annees aux abbayes de Saint-Pierre -le-Vif
et Saint-Remy n'ayant produict aucun effect, nous continue
dansl'opmion que nous avons tousjours eue que le vray et unicque moyen de remettre le service de Dieu avec la piette et discipline monastiques aux dittes abbayes est d'establir en icelles les peres reformes du mesme ordre, ainsi qu'ils sont ja establis aux plus signales monasteres de ce royaume a la gloire de Dieu et grande eddification du peuple...
Les peres de Saint-Maur s'empresserent de repondre aux pieux desirs de 1'illustre archeveque. Le superieur general de la Congregation chargea de cette affaire Dom Benoist Braschet, alors prieur cle Saint-Martin-des-Ohamps, a Paris. Celui-ci vint a Sens, la meme annee, conclure, le 16 septembre, avec le prieur de Saint-Pierre un concordat par lequel les anciens religieux cedaient le monastere moyennant une pension monacale de quatre cents livres. Le
surlendemain, il obtint le consentement du prieur claustral de Saint-Remi pour 1'union des deux menses conventuelles. D. Braschet transigea de meme avec 1'abbe Berruyer, le 17 mars 1639, et, le 9 avril suivant, il prit possession du monastere de Saint-Pierrele-Vif.
Quelques jours apres, 1'archeveque lui permit de ne faire entrer an couvent le nombre suffisant de religieux qu'apres que les lieux reguliers auraient ete retablis : ce n'etait pas sans motif. Le 8 octobre, veille de la fete de saint Savinien, quand les nouveaux religieux furent enfin introduits dans le monastere, la plupart d'entre eux se virent obliges de loger dans un grenier delabre, et il fut impossible d'y etablir plus de quatre moines, tant a cause de 1'exiguite des ressources que pour permettre de consacrer plus d'argent a la restauration de 1'eglise et du monastere.
Le premier prieur de la reforme fut Dom Gabriel Guiot. Six mois a peine apres son arrivee, il succomba a la fatigue et sous les querelles que lui suscitaient les anciens religieux. Ces debuts herisses de tant de difficultes et le manque general de ressources firent perdre un moment 1'espoir d'un re'tablissernent durable. Le chiffre des reparations a faire se montait a plus de cent cinquante mille livres. Heureusement, les moines de Saint-Remi permirent 1'emploi des materiaux de leur abbaye pour le relevement de celle de Saint-Pierre. Leur abbe commendataire, Martin Meurice, eveque de Madaure, consentit, le 12 septerabre 1640, a la reunion de leur mense conventuelle a celle de Saint-Pierre, et Louis XIII confirma cette union par lettres patentes du 26 Janvier 1641. Les offices des deux monasteres, tresorerie, aumonerie, etc., furent egalement unis a la mense et trois des anciens moines etant morts sur ces entrefaites, on put commencer en 1641 les reparations.
La tache, laborieuse et in grate de prieur, fut poursuivie par D. Constantin Lambert, aussi remarquable par sa douceur que par sa probite. Ses superieurs le retirement 1'annee suivante pour le transferor au prieure de Sainte-Marie-de-la-Roche, dans le com tat d' Avignon.
Son successeur, D. Severin de Lanchy, montra beaucoup de sollicitude pour la defense des interets du monastere. En 1643, il adressa, de concert avec les religieux, une plainte a Urbain VIII contre ceux qui avaient enleve des proprietes a Saint-Pierre, et le pape enjoignit aux archeveques de Sens et de Paris et a 1'eveque d'Auxerre de frapper d'excommunication tous les depredateurs on receleurs de ces biens, jusqu'a complete restitution.
II s'occupa aussi activement de relever le refectoire, le dortoir et surtout 1'eglise ; le chceur fut reconstruit a grands frais et sur-
monte d'un campanile dans lequel on plac.a quatre cloches, dont la plus grosse pesait au moins six cents livres. En enlevant les decombres qui jonchaient encore le choeur, on de'couvrit 1'entree des cryptes close, probablement lors de 1'incendie, avec la pierre marquee du labarum. Dans les cryptes, il y avait une urne remplie de cendres et d'ossements brides dont il fut impossible de reconnaitre la provenance. C'est alors qu'en creusant une tranchee entre deux hautes colonnes, les premieres qui allaient du transept au sanctuaire, on retrouva (1) le tombeau de 1'abbe Geoffroy ; a cote des ossements etaient un calice en e'tain, un baton pastoral en bois a 1'extremite en fer dore, une partie cle son etole etdes bottes a 1'ecuyere. La tombe avait ete transported dans la premiere nef de 1'eglise du temps de 1'abbe Prevost.
Mais ce qui excita 1'allegresse chez les religieux, fut la decouverte, dans le vieux mur du chceur, a la place ou elles avaient ete deposees, des reliques de sainte Theoclechilde. Cette invention leur parut providentielle et ranima leurs esperances pour 1'avenir de leur ceuvre. A la meme epoque, Louis XIII faisait ouvrir clans 1'eglise de Sainte-Genevieve, a Paris, la chasse de sainte Clotilde pour en retirer les ossements. La glorification de la fille comcidait avec celle de la mere.
Sur la priere de D. Severin, Octave de Bellegarde se rendit au monastere, le 16 octobre 1643. Apres la benediction des quatre nouvelles cloches, en presence de personnages de distinction au nombre desquels Roger, due de Bellegarde et marechal de France, 1'archeveque visita toutes les reliques que Ton deposa ensuite dans la crypte. Celles de sainte Theodechilde attirerent surtout sa pieuse attention. Lorsque la dalle tumulaire eut ete enlevee, on trouva les ossements cle la sainte et 1'inscription de la brique en 1'etat ou les avait laisses 1'abbe Geoffroy. Le prelat transfera respectueusement les ossements dans une boite ferree, garnie d'une serrure, qui fut deposee provisoirement dans le Tresor; il mit a part differentes parcelles dont la principale etait destinee a la reine-mere, une autre au monastere de Sainte-Colombe, une troisieme qui devait etre clonnee plus tarcl a Madame de Montespan. A cote du tombeau, sur la muraille, la sainte etait peinte, portant sur la tete un diademe royal.
Octave de Bellegarde ouvrit egalement le tombeau de Basolus ; mais comme rien n'indiquait qu'il.fut digne d'un culte public, il
(1) Celte decouverte porte a croire que des recherches, habilement dirigees, mettraient a jour beaucoup d'autres tombeaux venerables, tels que ceux des archeveques de Sens ou d'autres personnages importants.
laissa son corps intact, referma le cercueil, scella la pierre tumulaire et ne voulut meme pas que le proces-verbal en fit mention.
Quelques jours apres cette ceremonie, les religieux adresserent a 1'archeveque une nouvelle supplique, lui demandant l'autorisation d'exposer a la veneration du public, avec une pompe convenable, les reliques de la sainte recemment tirees cle son tombeau, de celebrer sa fete le jour de sa mort et sa translation solennelle qui devait avoir lieu prochainement. Leurs voeux furent combles, le 26 octobre, par une reponse favorable du prelat. Un texte de D. Cottron (1) nous porte a croire que ce fut le lendemain, 27, qu'eut lieu la ceremonie par laquelle ie culte de sainte Theodechilde franchit les limites du cloitre, avec 1'approbation reguliere de 1'autorite ecclesiastique, et devint public. Les religieux virent avec la plus grande joie s'etendre au dehors le culte de la fondatrice de Saint-Pierre-le-Vif, dans le moment meme ou, grace a la reforme, le monastere reprenait, avec une vie nouvelle, la vigueur de sa premiere jeunesse.
Gependant, 1'abbe Berruyer etait nomme, des 1641, conseiller clerc au senat de Rouen. Obeissant a des raisons demeurees inconnues, il ceda, en 1644, 1'abbaye a son frere, Jacques Berruyer, et mourut pen apres, a Paris, victime d'un assassinat.
(1) Chron. S.-P. V. S. page 978.