ELECTION ET DÉCED DE L'ABBÉ BAUDUIN
|^K|| AUDuiN de Courtray ou Courtenay estoit déjà abbé de &R3 Saint-Vincent en 4219 , comme il parolt par Pacte conl^^ firmatif des donations et aumosnes faites au prieuré de Saint- Gobain par Eyrard, Elisabeth, Roger et Aveline de Yauxaillon. Cet abbé avoit pour $on cachet une image d*abbé, revêtu d*ornements sacerdotaux , avec la crosse en la main droite. Le contre sceel estoit une teste jusqu'aux épaules avec ces deux mots : Secretum meum.
Ingeiran , seigneur de Coucy, confirma aussi les mêmes aumosnes^ comme seigneur du village , en la même année 1219.
Le même abbé Bauduin donna permission aux habitants de Bourguignon* d'avoir des fours chez eux , dans l'année 1220. Il obtint d'Honoré , pape , troisième du nom , le droit de posséder les dixmes des Novalles dans les lieux où l'abbaye avoit déjà les grosses dixmes. Cette permission est de la Q^ année du pontificat d'Honoré HI et de Notre-Seigneur 1221. Il fit confirmer en même temps les possessions du monastère par le même pape et décéda le 14 mars de Tannée 1221 ou 1222 , après avoir donné 66 livres parisis au couvent pour fonder son anniversaire. Le corps de l'abbé Bauduin est enterré sous une tombe d'ardoise dans la chapelle de Saint-Christophe. *
(1) Près Coucy.
(2) Voir la page 253.
Bauduin a eu Thonneur de voir on de ses religieux, nommé Gautier, créé abbé de Notre-Dame de Nogent en 4220.
g 2. Jean de La Fère , 21 « abbé.
Les archives de ce monastère font foy que Jean de La Fère gouvernoit déjà ce monastère eu qualité d*abbé en Tannée 12221 ; car il obtint la confirmation réitérative de toutes les possessions et de tous les droits de cette abbaye par le souverain pontife Honoré lli«, en la même année , le 15 du mois de juillet. U Ût aussi confirmer les donations des dixmes faites au prieuré de Vendeuil , par Tévêque de Noyon Estienne et par le ebapUre de la cathédrale » en la même année 1222 , et en 1237. Jean de La Fère fit une transaction avec le chapitre de la cathédrale de Laon pour la juridiction du territoire de Festieux.
Le même abbè Jean de La Fère contracta société avec Téglise de Fiennes , piendant que Tabbé Jacques la gouvernoit, en 1228. La même société fut renouvellée et confirmée en 1352, pendant le gouvernement de Guillaume , abbé de la même église.
Celle qui fut faite avec Saint-Prix à Saint-Quentin mérite icy une mention particulière, car je ne sçais si elle fut faite du temps de l'abbé Ingelran , ci-dessus mentionné ', ou de Jean de La Fêre dont nous nous occupons. Le sujet de mon doute est qu'il n'y a point de date à la pièce d'escriture et que les noms des abbéz sont exprimez seulement par leurs initiales , sçavoir, I pour celui de Saint- Vincent et 6 pour celui de Saint- Prix. Or , cet I veut*il dire Ingelran ou Jean , et le G veut-il dire Gontier ou Gaultier. Quoiqu'il en soit du nom des abbéz, il est certain que celui de Saint-Vincent prévint celui de Saint- Prix en la demande de Cette union et que celui de Saiot-Prix la lui accorda en la manière qui suit ^ açftvolr, que tous les re-
(1) Ancienne abbaye de bénédictins dans le Pas-de-Calais.
(2) Page Ht.
ligienx de Saint- Vincent qui viendroient à Saint-Prix y seroient reças comme les propres religieux de la même abbaye de Saint- Prix et y auroient les mêmes droits que les proféz de la même maison , la dite abbaye leur donnant voix au chapitre. Au cas qu*on vint à chasser quelqu'un de Saint-Vincent pour quelque juste cause, ou que le moine s*en retirAt de sa propre vdonté, il devoit avoir son lieu de refuge à Saint*Prix , où il auroit place, comme un proféz de la maison, pendant une année entière. Pendant cette année , l'abbé de Saint-Prix ménageroit sa réconciliation auprès de celui de Saint-Vincent» Tallant trouver tout exprès pour cet effet , à moins que la condamnation du particulier ne fût à perpétuité. Quant aux religieux deffùnts , tant proféz que non proféz » qui porteroient l'habit monastique , Tabbé de Saint-Prix leur accorda les mêmes prières et suffrages qu'à ses religieux proféz, excepté qu'on ne donnera la pitance au réfectoire et qu'on ne dira le psaume Verba mea que le jour du déeed ou le jour que le déced sera annoncé au monastère » excepté aussi les messes basses que chaque prêtre de Saint-Prix est obligé de dire pour un deffunt de sa maison au jour de la sépulture. Si quelque religieux de Saint- Vincent venoit mourir à Saint- Prix , aucune exception n'avoit alors lieu. Quant aux convers ne portant pasTbabit monastique , on ne leur fera que l'absolution au chapitre et les bienfaits généraux.
L'abbé de Saint-Prix envoya cet escrit à Saint- Vincent, soumettant le tout à sa disposition, soit pour qu'il y ajoutât, soit pour qu'il y retranchât quelque chose , selon qu'il le jugeroit h propos. Sans-doute que cette société fut acceptée par notre abbé, puisqu'il l'avoit demandée et que je la trouve dans nos cartulaires.
Le même abbé Jean de La Fère vit son monastère honoré de l'assemblée des abbéz de Tordre de toute la province , qui y tinrent leur chapitre général en 1238. Sans- doute qu'il y tenoit un des premiers rangs aussi bien qu'il l'avoit dans les synodes du diocèse , où il tenoit la seconde place , par droit an-
cien de son siège, après Tévèque de Laon. Ce dernier droit lui fat disputé dans ces mêmes temps. L*évéque Anselme ayant fait son frère Itier premier archidiacre , et ce dernier s'estant mis en testiç d'emporter le pas sur notre abbé» forma plusieurs difflcuUéz inconnues à l'antiquité , mais qui d*abord ne servie rent qu'à fortifier davantage le droit de notre abbaye touchent cette première plaide ; car sentence fût rendue en fayeur de notre abbé contre Tarchidiacre Itier. Néanmoins ', comme il ne cessoif de se plaindre , son frère Anselme , évéque , s'en mêla aussi , disant qu'il estoit à propos que son archidiacre fut près de lui dans les synodes , place qui £acilitoit le compte exact qu'il lui devoit rendre de son archidiaeoné. L'abbé se deflèndit fort sur l'antiquité et la possession de son droit , mais enfin pour terminer raffdre il consentit à ce que l'archidiacre eut la première place alternativement avec lui /cVst-à-diirè que lui, abbé , auroit la première place 1^ première année dans le synode , et Tarchidiacre la seconde année. Ainsi fut-il réglé encore pour les autres actes publics. ■
Cet abbé Jean a esté trës-^tilé à'nôlre maison, laquelle reçut un notable accroissement par ses acquisitions , les donations qui furent faites d^ 9on temps ^t l^s transactions importantes qu'il opéra pour pacifier, éçlaircir , maintenir et conserver les possessions du monastère de Saint-Yincent On croit qu'il est décédé le 5 avril 1244. Tous les obiluaires de Saint- Vincent en font mémoire à ce même jour, auquel l'abbé de notre monastère est obligé de donner pitance générale. Son corps est enterré dans la chapelle de Saint-Christophe, près celui de Bauduin de Courtray, sous une tombe d*ardoise où son effigie est gravée et paroit en habits sacerdotaux. '
Ce fut environ ce temps-cy que l'abbaye du Sauvoir, proche Laon, fut changée de place par Tevéque Anselme de Mauny.*
(1) Voyez son épitaphe , page 254.
(2) Les religieuses du Sauvoir, près Laon, s'étaient établies d*abord à Bricam ou Briconville, petite ferme du domaine de Tévéque Anselme. Le nombre en
Elle avoit esté fondée di^uis quelques années , selon Jérémie Laurent , en son Abrégé de Thlstoire de Laon , lequel ajoute que la collégiale de Saint-Pierre-au-Marché fut supprimée , ruinée et anéantie en ce même temps. Les chanoines en furent transférez dans Féglise de Sainte-Benoite » Saint-Cyprien et Saint-Corneille , où ils jouissent de très-beaux privilèges quand le roy est présent à Laon. L'église de Saint-Pierre estoit bâtie dans Tenceinte de Saint-Jean-en-la-Cilé.
était peu considérable et leurs possessions étaient minimes. Mais les donatious d*Agathe de Ghéry, épouse d*Hervice, seigneur de Busaney, ayant aceru leurs ressources et la communauté s*étant notablement augmentée , les pieuses épouses de J.-G. songèrent à quitter une solitude devenue trop petite pour elles et située d^aiUeurs dans un endroit malsain. Elles achetèrent d*un bourgeois de Laon , nommé Soibert , un lieu assez étendu appelé Lt Sauvoir et s*y établirent, en 1246, du consentement de Gamier, alors évêque. Elles étaient affiliées, depuis 1240, à Tordre de GKeaux , et se tronvadent placées sous la dépendance de Tabbé de Foigny; 400 ans seulement après elles furent soumises à la clôture. Cette abbaye , protégée par plusieurs de nos rois , compta parmi ses abbesses des noms célèbres. Nous pourrions citer Jeanne de Flandres , veuve d*Enguerrand IV, seigneur de Ck)ucy (1324), Madeleine de Ghâtillon (1541) , Jacqueline de Ghâtillon , sa nièce (1559) , Louise de Balzac d*Entragues (1579), Louise de Ghoiseuil (1650), &... Sa dernière abbesse fut Gabrielle de Lamire.
Aucun vestige n*est resté de Tancienne abbaye des bernardines du Sauvoir, près Laon.
i 1. BAUDOIN ni, DIT DE PARGNY, .
22« KEBÉ.
B siège épiscopal de Laon et celui de Téglise abbatiale de Saint-Vincent furent vacants presque en même temps par le déced d* Anselme de Mauny et la mort de Jean do La Fère. Garnier, doyen et archidiacre de Laon, fut fait évéqua successeur d* Anselme. Il assista à la dédicace de la Sainte-Chapelle de Paris « du temps de saint Louis , en 4248 , selon Guillaume de Nangis, le sieur Bellotte et le GaUia Christiana du sieur Robert. Il parolt par le médiocre cartulaire de Saint-Vincent y au 53* feuillet , que Garnier estoit déjà éyéque de Laon en Vannée 1245.
Les mêmes auteurs ci-dessus citez mettent le déced de l'é* \éque Garnier en Tannée 1249. C'est le premier prélat de Lapn qui ait choisi sa sépulture dans la cathédrale et qui y ait esté enterré , presque tous ses prédécesseurs ayant esté inhumez à Saint- Vincent , selon la remarque du sieur Robert. Nous verrons ce droit de sépulture s*a£^blir dans la suitte des années, à un tel point qu^on auroit sujet d'en douter de notre temps , si les escritures et les anciennes tombes n'en rendoient un témoignage très-fidèle.
Les chanoines de Laon ne laissoient pas néanmoins de se faire enterrer dans notre église , reconnoissant nos anciens droits, comme quelques tombes que nous voyons encore an-
jourd*huy le témoignent assez. Entre celles-cy je remarque celle de Guy de Vendeuil / lequel décéda le jour de sainte Catherine , en 1259 , après avoir fondé son anniversaire en cette abbaye , du consentement de toute la communauté , qui reçut pour cet effet dix livres parisis et quatre muids de blé annuellement. Sur ceux-cy on devoit prendre 30 sols pour estre employez en pitance au Jour de son service , lequel devoit se faire comme pour un abbé.
' Bauduin de Pargny remplit le siège abbatial vacant par le déced de Jean de La Fère. Ce Bauduin UV gouvemoit déjà cette abbaye dès Tan i244. Il transigea avec le chapitre de la cathédrale pour Festieux , en i245. Il donna aussi son consentement pour la fondation du monastère de Notre-Dame de Paix ,' dans la paroisse de Saint-Pierremont , dépendante de Saint-Vincent , en Tannée iS^T, et en 1249 il consentit à Pé*tablissement des religieux de Saint-Guillaume à Louvernay, ' lequel est un prieuré dépendant de cette abbaye. Le même abbé permit et confirma Tinstitution et élection d'un doyen de Saint- Julien en Tannée 1254 et il présenta le même doyen à Tévêque de Laon , afin qu'il en reçut Tadministration de la cure de la même église.
C'estoit Itier de Mauny, frère du deifunt Anselme de Mauny, qui pour lors estoit é\êque de Laon. Nous Tavons vu doyen et archidiacre de la même église avant sa promotion à Tépiscopat. Les antiquailles de Saint-Michel-en-Thiérache font foy que cet évêque gouvernoil déjà Tévêché en 4252, qu'il pacifia quelque différend survenu entre ces religieux et le curé du même lieu.
(1) Voir $on épitaphe, page 268.
(2) « C*estoit (dit l'auteur , en marge du manuscrit) , une abbaye de filles « située proche de Marie et de Crespy, dans un lieu où est aiqourd'huy la cha- « pelle de Notre-Dame de Paix et de Sainfr-Antoine , fondée par Thomas, sei- « gneur de Goucy et de Vervins. Elle est ruinée présentemeut. »
(3) Voir page 184.
Apparemment il avoit esté eslevé à la prélatare incontinent après le déeed de Gamier en 4249. Il accorda aux moines de Saint- Vincent de Laon de bâtir une chapelle au village de Hattencourt y et leur permit d*y célébrer Toffice divin et la sainte messe , en Tannée 4252.
L'abbé Bauduin , continuaut le ménage que ses prédécesseurs avoient toujours fait dans les granges dépendantes de son abbaye, avoit obtenu cette permission de Tévéque pour la commodité des religieux qui y demeuroient. Ce qui les fit profiter de telle sorte que par le bon soin de Tabbé et Téconomie des religieux, les revenus de Tabbaye furent augmentez de beaucoup. Plusieurs fondations se firent aussi de son temps ; enfin Bauduin finit ses jours en paix le 10^ d'octobre , après avoir fondé son anniversaire. Son corps est enterré dans l'ancien presbytère qui est le chœur que nous voyons aujourd'huy. Sa tombe d'ardoise , assez rompue » se voit encore entre celles de Hugues et de Simon , abbéz de ce monastère. *
Son père s'appelloit Estienne et sa mère Herlevide , desquels l'obituaire de Saint- Vincent fait mémoire au 13« jour de décembre.
g 2. Bauduin iv, abbé xxine.
Quoique nous ne trouvions point de distinction dans les chartes de ce monastère , suir le précédent Bauduin , dit de Pargny 9 et celui-cy, nous sommes néanmoins contraints de l'admettre au nombre de nos abbéz par l'autorité des obituaires de Saint- Vincent , lesquels mettent quatre abbéz du nom de Bauduin. Le premier, dans ces obituaires, est marqué au 27« jour de septembre , le second a sa place au 14"^ jour de mars , le troisième au 10* jour d'octobre , le quatrième , au 4« jour de février. Nous avons trouvé les places des trois premiers, reste à trouver celle du quatrième , que je crois estre en ce lieu ; du moins je n'en trouve point de plus vraisemblable.
(1) Voir la page 255.
g 8. Thomas de BroIères , xirv* abbé.
Thomas de Bruîères estoit abbé de Saint-Vincent ea Van 1256. Sa mère s'appelloit Força; il Tadmit au nombre des converses de cette abbaye et donna 20 sols de rente annuelle pour estre consommez en un des mardis de caresme L^obituaire de Saint- Vincent fait mémoire de cette converse au 4 de juillet.
Cet abbé Thomas estoit fort connu de Jacques Pantaléon » pendant que celui-cy estoit archidiacre de Laon. Ce qui fut cause que ce dernier estant eslevé au souverain pontificat sous le nom d*Drbain lY , permit à Tabbé Thomas Tusage de la mitre et des autres habits pontificaux , pour sa personne seulement. Voilà ce que porte une tradition ; cependant la vérité semble estre que notre abbaye n*a esté honorée de ce privilège que sous Jean de Guise , abbé de Saint- Vincent , comme je le dirai en son lieu. Ce qui confirme cette vérité , c*est que Teffigie de Tabbé Thomas sur sa tombe le représente sans mître. *
n me semble que c'est ce même Urbain IV* dont nous venons de parler, qui créa un dom Robert , religieux de Saint- Vincent de Laon , cardinal de la sainte église romaine, duquel notre obituaire fait mémoire au dernier jour de juin.
Le même Urbain IV* confirma tous les droits et privilèges de cette abbaye de Saint- Vincent de Laon par trois bulles expresses données à la prière de notre abbé Thomas.
Cet abbé accorda aux religieux de Saint-Guillaume de Louvemay, en 4257 , la permission d'avoir des cloches et de les sonner, de donner la sépulture aux deffuntsdans leurs églises, et de recevoir les oblations qui leur seroient Ikites pour le soulagement des âmes des mêmes deffunts. ' Il augmenta aussi le bien de son abbaye de Saint-Vincent, tant par acquisition pécuniaire que par aumosnes et dons gratuits ou par eschanges et fondations. La tradition porte qu'il décéda en Tannée 1263 ;
(1) Voir la page 25&.
(î) Voir la page 185.
l'obituairede Saint-Vincent met son déced au second jour d*octobre. Son corps est enterré au costé gauche de l'abbé Hugues, dans Fancien presbytère , aujourd'huy le chœur. Une pierre d^ardoise couvre son tombeau et son effigie y est gravée avec ces mots au-dessus de sa teste :
Hîcjacei Thomas, abbas, *
Thomas a fondé son anniversaire , laissant six livres tournois de rente annuelle pour cet effet, à condition qu'on emploieroit vingt sols , chaque jeudi de caresme, pour la nourriture de la communauté.
L'evéque Ithier augmenta la collégiale de Saint- Julien-au- Bourg de Laon de quatre chapellenies , en Fan 1258 II décéda en l'an 1361 , deux ans avant l'abbé Thomas » comme on peut le voir par son épitaphe. ' C'est pourquoi il faut que Guillaume de Troyes ou de Moustier ait esté ordonné du vivant de Tévéque Ithier» s'il est vrai quil occupoit le siège épiscopal de Laon en 1S60, ou il faut que le sieur Bellotte, en ses Observations sur les cérémonies de Téglise de Laon , se trompe , mettant cet évèque déjà séant en la même année 1260.
(i) « Gi-gU Thomas, abbé, (î) Page 276.
MMlKTIIB-ZV. -
g 1 . GOBERT DE LA FÉRE , 25« ABBÉ
L'iJi"^ L est donc constant que Gaillaame de Moustier succéda Il à Ithier en l*évêché de Laon, quoique rien ne soit cons
jmm^ tant sur l'année de son avènement à l'épiscopat. Ce évoque Guillaume de Moustier ou de Troyes fit la translation des reliques de saint Adélard , abbé de Corbie , en Picardie , dans le même monastère. Saint Louis, roy de France , Bauduin y empereur de Jérusalem , Guy de Châtillon , comte de Saint-Paul, y estoient présents avec leurs cours. Cette solennité se fit un dimanche après la feste de TËxaltation de la Sainte- Croix, en Tannée i263. Le même évêque Guillaume fit bâtir le couvent des pères Cordeliers de Laon. '
Le sieur Antoine Bellotte , en ses Observations, met le déced de cet évêque Guillaume en Tannée 1269 ; mais il est tout constant par les cbartes de Saint-Vincent de Laon , que Guillaume de Moustier estoit encore évêque de la même ville en Tannée i 269, auxmois d'avril etd'octobre. Bien plus je trouve une autre charte du même évêque Guillaume, datée du mois de mars de Tannée i270, ce mois de mars estant un des derniers de Tannée, qui commençoità Pasques en ce temps-là. Une autre charte du même évêque Guillaume , tirée des anciens titres de Notre-
(1) Voir la pafe UL
Dame de Nogent, est datéedu mois de janvier delà même anitée 1270 et confirme la précédente. Cecy témoigne donc que cet évéque Guillaume ne peut estre décédé qu'aux derniers jours de Tannée 1270 ou au commencement de Tannée 1271 • Ce qui confirme encore tous ces documents , c'est que le gros cartulaire de Saint* Vincent contient une charte dcumée par les officiers de Tévéque , le siège vacant, et elle est datée du mois d'avril 1274 ; c'estoit le dernier mois de Tannée. Un original fait pour le prieuré de Lesquielles fait foy que le même siège épiscopal vaquoit encore au mois de juillet de Tannée 4272. Ainsi il faut que le siège ait vaqué au moins six mois , et par conséquent il est impossible que Geofiroy de Beaumont ait occupé le siège épiscopal de Laon avant le mois d'août ou de septembre de la même année 4^72 ou environ. Je trouve enfin dans les mêmes chartes que Te siège vaquoit encore en janvier 1273.
Le jour du déced de Tévéque Guillaume est marqué dansTo-
bituaire de Sainl-Vincent au 9 de mars. Il a donné vingt 11-
vres au monastère pour faire son anniversaire , qui n est pas toutefois solennel.
Quant aux afiaires propres et particulières de Tabbaye de Saint'Vincent, disons que Gobert de La Fère avoit succédé à Thomas de Bruîères en 1264 , en laquelle année il paya trois cents livres ou florins à la Chambre apostolique pour s>on avènement à la dignité abbatiale. G'estoit un commencement des annales qui se levoient sur tous les bénéfices de France en ce temps-là , et dont la mémoire est conservée par les quittances qui se gardent encore dans les archives des monastères. Cet abbé donna permission aux chanoines de Saint-Julien d'élire un doyen en la place de leur defiunt et le confirma, estant élu» en la même année 1264 ,• après qu'il lui eut esté présenté à cet effet.
Un autre Gobert , curé de Saint- Vincent , c'est-à-dire de la paroisse ou église de Saint-Hilaire , située proche de Tabbaye de Saint- Vincent , donna au monastère la quantité de sept
muids de yin en l*année 1265. L'abbé Gobert reçut cette donation et plusieurs autres , entre lesquelles Je remarque celle d'un certain Renier , frère eonvers , lequel conjoint^nent et unanimement avec sa femme fit quelques donations par un acte qui se trouve au médiocre cartulaire de Saint-Vincent. Il parott que les convers de cette abbaye n'estoient obligez à d^autre chasteté qu'à la conjugale.
Le même abbé Gobert de La Fère transigea avec Ingelran , seigneur de Goucy , touchant plusieurs différends pour Hattencourt , Dorniieourt et Erlon. La transaction fût confirmée par Matthieu, abbé de Saint-Denys, enFrance^ ministre des Estais sous le roy Philippe III , dit le Hardi.
L'abbé Gobert décéda environ Tannée 1S70 ou 1271. Le Jour de son déced est marqué dans le nécrologe de Saint- Vincent au 18 de juin. Il donna quatre livres et demie au couvent pour faire son anniversaire solennellement.
Du temps de ce.^même abbé Gobert de La Fère , en 1269, il y eut une difficulté que je vais raconter. Le pape Grégoire X* ayant ordonné aux ecclésiastiques de France de payer le centième ou la dixme de tout leur revenu , pour subvenir aux expéditions de la croisade qui se faisoit alors pour la Terre- Sainte , cette abbaye eut sa part et la paya. On vouloit aussi renfermer dans Tobligation les pitances du monastère , contre la déclaration du pape , prononcée par son légat Simon , cardinal-prêtre du titre de Sainte-Cécile , mais celui-cy donna un rescrit , mandant* aux collecteurs qu'ils agiroient alors contre les intentions du pape, leur enjoignant de laisser les moines de Saint- Vincent de Laon tranquilles sur cet article , et de lever toutes les censures qu'ils pourroient avoir mises sur eux en conséquence du defiaut de paiement. Cette charte est de l'année 1369 ou 1274 , la troisième de Grégoire , pape , dixième du nom.
§ 2. Guy de Bruïères, 26« abbé.
(1270 ou environ).
Le siège de Laon ayant vaqué deux ans ou plus , depuis le
décèd de l'évéque Guillaume de Houstier, Geoffroy de Beau mont fut eslu pour prélat et pasteur du diocèse de Làoa , environ Tannée 1274 , selon que nous Pavons dit plus haut. ' On ne sçait pas précisément en quelle année il a laissé le siège vacant. On lit ce vers sur son tombeau :
Hic latÂS SicUiœ, CaroUque fidûcia régis, *
II est constant que Guillaume second , dit de CMtillon , fils du seigneur de Jaligny, estoit évéque de Laon en 1280. Il occupoit encore le siège au mois de mai 1281 , selon les archives de Saint-Vincent. Il décéda le 3 août 1282 , à ce que dit le sieur Bellotte.
Guy de Bruîères gouvernoit Tabbaye de Saint-Vincent dès 1270. Il fit un règlement au mois de décembre, le mercredi après la feste de saint André , en 1271 , conjointement avec les moines de Tabbaye » par lequel il ordonna que chaque religieux de ladite abbaye auroit deux frocs ou habits, avec une coalle d'étoffe suffisante , selon qu'ils avoient coutume de les avoir par chaque année , sçavoir , un froc à la Saint-Remy d'octobre et un autre dans l'octave de Pasques. Au cas que quelqu'un eut un froc neuf à la fesfe de Saint- Vincent, en janvier. Il n'en devoit point avoir dans Foctave de Pasques, mais il devoit attendre jusques à la feste de saint Christophe , titulaire du monastère, afin que les religieux assistassent avec plus de décence aux offices divins.
L'abbé donna permission aux chanoines de Saint-Julien d'élire un doyen , en Tan 1274, et confirma l'élection faite dans la personne de Raoul de Vaux. Il obtint la confirmation du pape Nicolas III*, en Tan de Notrc^Soigneur 1278, qui estoit la première année du même pape Nicolas III.
L'abbé Guy de Bruîères deffendit aussi couri^eusement les
(1) Page 457.
(2) « Gi-git la gloire de la Sicile et le conseil du roi Charles. »
Ce prélat, conseiller de Charles de France, roi de Sicile, mourut en pays étranger avant d'avoir mis le pied dans son diocèse.
droits de cette maison contre le seigneur du Sart et contre trutA laume , évéque de Laon , lesquels il contraignit de mettre des bornes pour séparer et marquer le détroit du Sart par de grandes pierres ; ce qui s^exécuta au mois de mai de Tannée 4280. Il fit plusieurs transactions en cette même année iâSO , avec les chevaliers du Temple de Chàtiilon', avec le chapitre de Saint- Pierre-au-Marché et avec les moines de Saint-Nicolas-aux- Bois, pour la dixme de Besny, de Loisy, deNeufville et autres très-utiles à l'abbaye. Il procura aussi à sa communauté le bien des suffrages et prières de Tordre de Saint-Dominique que frère Jean , provincial de France , tenant son chapitre provincial à Reims , lui accorda en la même année 1280 , promettant de faire pour chaque religieux de Saint- Vincent les^ mêmes prières que son ordre avoit coutume de faire pour ses propres religieux.
Il contracta aussi société avec Félicius, abbé de Saint-Pierre de la Celle ,' proche Troyes , lequel promit que dès lors que lui et ses moines apprendroient ledécèd d^un religieux de Saint- Vincent , par un billet particulier, ils Tabsoudroient en chapitre , selon leur coutume. On célébreroît ensuitte Toffice général et la grande messe pour lui et de plus on feroit, le 17 janvier de chaque année dans leur monastère , un anniversaire solennel pour tous les deffunts de notre abbaye de Saint- Vincent , ainsi que le trentain qui s'y devoit aussi célébrer selon
(1) Ou Câtillon, dépendance de Nouvion-TAbbesse , canton de Crécy. Les Templiers , ou défenseurs du Temple de Jérusalem , avaient été institués pour la défense des-pélerins , vers le commencement du XI« siècle. L'ordre fut supprimé en 1311 y au concile général de Vienne. « Le département de TÂisne « renfermait , dit la Statistique de Brayer, un grand nombre de maisons de « Templiers ; plusieurs lieux en ont même conservé la dénomination. » Ainsi en est-il de Câtillon , nommé Câiillon-du^Temple à cause de la commanderie qui y était établie. La maison des chevaliers de Câtillon-du-Temple devint plus tard une Commanderie de chevaliers de Malte ; les restes en sont aujourd'hui une propriété particulière.
(2) Ancienne abbaye de bénédictins, dans l'Aube.
la coutume du même monastère de la Celle* Cet anniversaire devoit se faire le lundi qui suit le dimanche Invocavit me , * par les religieux de Saint* Vincent, lesquels promirent la réciproque de tout ce que dessus , au mois de mars de Tannée 1272.
L'abbé Guy fonda son anniversaire en notre abbaye de Saint- Vincent Tan 1281 , au mois de décembre, à condition qu'on diroit la messe, dans Tordre .des abbéz, du Saint-Esprit pendant sa vie et de Reqaiem après sa mort. Il a laissé trois jallois de terre situez au Sart et dont le pitancier a la disposition. Il reçut aussi la donation que son père Herbert et sa nière Havyde firent pour leur anoiversaire.en cette abbaye, y ajoutant du sien quelque somme pour obliger le couvent de faire leur service annuel dans Tordre des abbéz.
Jean dé Lesquielles «religieux proféz de Saint-Vincent et abbé de Saint-Nicolas^uï-Bofs , ïbnda aussi son anniversaire dans cette abbaye afin que sa mémoil^e'se conservât dans scm église mère.
Guy, abbé de Saint- Vincent, pesant avec attention le compte qu'un supérieur doit rendra à i)ieù , se démjit de sa charge environ Tannée 1284. Pendant le temps de sa déposition, il s'occupoit à faire escrire des livres dont il reste encore un homelier escrit par son ordre de la main d'un nommé Henri de Saint- Omér, en 1296. On veiit tirer de là conjecture qii'il se retira dans Tabbaye de Saint-Omer, en Artois , après sa déposition, mais cela n'est pas constant.
(1) Le Iw dimanche de Carême.
cnuunnr&fi v.
CONTENANT QUELQUES POINTS DE CRITIQUE TOUCHANT L'HISTOIRE DE NOTRE-DAME DE LIESSE.
B trouve dans notre abbaye deux tombes dont j*ai défà parlé , * fort bien ciselées et gravées, représentant deux chevaliers dont j'ai fait aussi la description. On tient par tradition que ce sont les mêmes qui ont apporté Tirnage miraculeuse de Notre-Dame de Liesse en France. Il y a une peinture des mêmes chevaliers contre la muraille qui est au* près de leurs tombeaux, laquelle est assez conforme à Thistoire de cette image , car au bas est représentée une bataille , puis une prison où les chevaliers sont renfermez, ayant e^té pris par le roy du grand Caire. Le haut du tableau semble dépeindre les mêmes chevaliers présentant la reine Ismérie à Tévêque de Laon , aGn qu'elle soit baptisée ; ce qui est très- conforme à rhistoire de Notre-Dame de Liesse.
Mais le temps de la même histoire de Notre-Dame de Liesse ne convient pas avec le temps de ces chevaliers, car cette histoire , imprimée et distribuée par toute la France , porte que cecy est arrivé en Tannée 1131 , du temps de Tévèque Barthélémy, et les chevaliers dont les tombeaux sont en cette église abbatiale de Saint-Vincent sont décédez en 1273 et 1293. Ce qui leur feroit Tespnce de plus de cent ans de vie s'ils avoient
(1) Page 262.
vescu depuis ii34 jusques à ce temps-là, sans compter encore rage qu*ils avoient quand cette histoire est arrivée. Cest pourquoi ou il faut dire que ces chevaliers ne sont pas ceux qui ont apporté la glorieuse image de la Mère de Dieu en France , ou il faut soutenir que cette histoire n'est pas arrivée dans le douzième siède, mais dans le treizième. La tradition de Saint-> Vincent , jointe à la peinture dont je viens de parler et aux tombeaux des chevaliers, forme une preuve trop forte pour qu'on puisse la démentir, vu que la peinture a esté faite en même temps que les chevaliers ont reçu la sépulture; ce qui se voit tant à la forme des écussons qu'à la forme des habits pontificaux et spécialement à la toque d'un chapellain de Févéque , qui montre que les bonnets carrez n'estoient point encore en ' usage. Les autres circonstances du tableau ne prouvent paâ moins cette vérité aux clairvoyants qui^ veulent prendre la la peine de les discuter, outre que je ne trouve rien de plus assuré ailleurs. Il est vrai que l'épitaphe en vieux vers français * ne fait point mention expresse de Timage miraculeuse, mais elle marque expressément le voyage du chevalier, ses fatigues et ses peines pour la foy et spécialement sa présence au siège dé Tunes, * fait par Tarmée de saint Louis , ce qui semble suffisant pour exprimer cette histoire. La véritable raison pour laquelle il n'est rien dit de Fimage miraculeuse de Notre-Dame dei^iesse est , ce me semble , parce que les seigneurs d'Aippe estant quatre frères, il n'y en eut que trois qui furent faita prisonniers au grand Caire ; il est croyable que celui dont les vers firançois parlent dans l'épitaphe estoit celui qui ne fut pas pris et qui par conséquent estoit absent quand le ciel honora ses trois frères de cette image miraculeuse. On peut donc dire que l'image miraculeuse de Notre-Dame de Liesse n'a point esté apportée en France du temps de Barthélémy, évéque de Laon , mais du temps de saint Louis, puisqu'il est incroyable que ces
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(2) ou Tunis, en 1270.
frères aient pris la croisade sous Louis^le-Jenne ea 4434 , estant décédez en 1273 et 1293. Il est vrai qoe oenx qni ont imprimé Thistoire de Timage miraculeuse * assurent que cette image fut donné du ciel en 4 131 , du temps de Louis-le-Jeutie. Mais aussi ceux-là même empêchent qu'on ne leur donne tonte la eréance qu'on devroit leur donner, faisant un parachronisme intolérable dans une histoire , mettant que ces chevaliers 8*66* toient croisez sous Godefroy de Bouillon , en 4 131 , ce qui ne peut aucunement estre; car la croisade de Godefroy de Bouillon s'estoit faite plus de trente-quatre ans avant celle-cy et il estott décédé roy de Jérusalem depuis plus de vingt ans. Par conséquent Je ne vois pas qu'on puisse ajouter foy au livre de Notre- Dame de Liesse ni dire que cette image a esté apportée en 4 4 34 , à moins qu'on ne me montre quelque chose de plus solide. En attendant je crois qu'il est plus assuré de s*arrètêr à la tradition de Saint- Vincent de L^on, fortifiée d'escrltare et de peinture authentiques, laquelle a esté en outre compulsée plusieurs fois par justice, à ce que m'a dit le vénérable dom Pierre de Lallain, ancien prieur de ce monastère. Je n'examine pas icy si nous devons fixer le temps de limage miraculeuse de Notre- Dame de Liesse au premier ou au second voyage de saint Louis, je laisse cette question jusques à un nouvel éclaircissement.
Quelques-uns disent que la reine Ismérie , ûlle du roy du grand Caire , à l'occasion de laquelle Dieu donna Timage miraculeuse, a reçu sépulture dans l'église de Liesse. Mais la tradition de Saint-Vincent de Laon porte qu'elle est enterrée eh notre église abbatiale. Je ue vois rien du reste de bien authentique ni d'un costé ni d'autre pour former un jugement solide. Personne ne doute de la sépulture des seigneurs d'Aippe dans cette église; leurs tombeaux sont des témoignages irréfragables de vérité. Les anciens cartulaires et autres escritures font encore foy de cecy ; j'y trouve en plusieurs endroits et particu-
(1) Melchior Bandmi, Jacques Bosius, à... Cinq éditions de V Histoire de Notre-Dame de Liesse parurent dans le 16® siècle, au moment où vivait l'auteur.
iièrement en 1153 , un seigneur â'Aippe qui s*appeUoit Guil'^ laume d'Âippe , à deux lieues de Laon.
J'ajouterai pour confirmation de ce que je viens d'avancer que réglise de Liesse n'a esté consacrée et dédiée par Tévèque de Laon qu'en Tannée 1384, cent ans après le déced des che'* valiers , selon que le dit le sieur Bellotte en ses Observations sur les cérémonies de l'église de Laon. Seroit-il possible qu'un évéque ait attendu deux cent cinquante ans après la venue en France de cette bénitte image pour lui consacrer un temple? Gela semble un peu extraordinaire et bors de foy.
Que si on me dit que l'image de Notre-Dame de Liesse n'est pas en la peinture dont nous avons parlé , on sçaura pour réponse que cette peinture représente l'arrivée de la reine Ismérie à Laon , pour y estre baptisée par l'évéque et que , par un miracle continuel , Vimage ne pouvoit estre transportée du lieu où est à présent sa cbapèlle qu'elle n'y fut divinement rapportée presque aussitôt. Ainsi elle ne pouvoit estre mise dans Je tableau comme portée à Laon par la reine Ismérie , puis* qu'elle estoit demeurée à Liesse , à trois lieues de Laon.
La GaUia Christiana du sieur Robert , quoique assez fautive pour autre cbose , semble approcher de la vérité en cette oc-^ casion , mettant le commencement de l'édifice de Notre-Dame de Liesse en 1^4 et non en li34 , et pour lors ce n'estoit pas Barthélémy qui estoit évéque de Laon , mais bien Anselme de Mauny. Outre que les auteurs du XIP siècle ne disent aucun mot de cette image , laquelle estoit pourtant assez vénérable pour qu'on en fit mémoire particulière. Le moine Herman qui poursuit son histoire Jusque proche la fin de la vie de l'évéque Barthélémy, et parle constamment des miracles de Notre-Dame de Laon , n'aUroit pas omis cette circonstance de l'arrivée de limage miraculeuse de Liesse , si elle estoit venue du temps de Barthélémy.
Nous ne pouvons pas non plus ajouter foy à Claude Robert, qui met Tavènement de Timage en 1234, parce que ces cheva*
liers ont combattu en Turquie sous saint Louis» lequd assiégea Tunes , où notre chevalier d* Aippe se trouva , sdoo son épitaphe. On ne peut pas non plus mettre cet avènement en 1250, comme quelques-uns Timaginent , parce que cette e;ipédîtion de Tunes, selon Dupleix, ne se fit qu'en 1270» Il faut. donc qu'elle ait esté apportée en France environ Tan i270 ou 1271 , ce qui semble mieux convenir avec la dédicace de TégliAe en 1384 , cent treize ou quatorze ans après. Quoiqu'il en soit, j'avoue que je ne sçais si c'est icy la vérité, mais je crois en approcher plus que ceux qui se prononcent pour le XII* siècle , car il y a plus de probabilité pour cette opinion, que je soumets néanmoins à ceux qui auroient de meilleurs fonden&ents. ^
(i) Cette opinion, dans laquelle parait s^embarrasser Wiard, offre au contraire moins de pndutbilités. EUe est opposée d'abord à la tradition coaunuiie et aux récits des anciens historiens , Bandini , Bosim , Baudum , & , qui nous aflOnnent que c'est vers Tépoque de la première croisade (1134), que fut apportée en France Timage de la Sainte-Vierge. Elle est opposée de plus au témoignage de quelques anciens titres trouvés dans les archives du chapitre de Laon, titres datés du 9 novembre 1339 et qui nous disent que la chapelle de Liesse était établie depuis très-long-temps et se trouwnt en très-haute répiUation, au commencement du 4A^ siècle... Peut-on appeler très-longtemps , dans le sentiment de Tauteur, l'espace de 50 années , et cet espace suffit-il pour établir une chapelle en très-haute réputation , comme elle Tétait en 1339? Un manuscrit intitulé: Extraits de l'Histoire de l'abbaye de Saint-Vincent de Laon, manuscrit faisant partie delà collection de don Grenier, et qui n'est qu'un résumé sommaire des sept premiers livres de Robert Wiard, porte ces mots sgoutés de la main de don Bugniâtre: « L'bistorien de « Saint^Vincent , embarrassé de ces différents faits (relatifs à Thistoire de Liesse), « essaie cependant de les concilier. Il se fait un système et veut que les tom- « beaux, épitaphe et peinture qui se voient à Saint- Vincent et font mention des « chevaliers d'Eppe , lui soient favorables. 11 prétend que tout s'est passé dans « la dernière expédition de saint Louis, c'est-à-dire vers l'an 1270, et il ne « parott pas s'embarrasser de ce long espace qu'il y a entre celle année 1270 « et celle de 138i, dans laquelle le temple de Liesse auroit été érigé, mais « il ne nous persuade guère. » (Collect. de don Grenier, 7« cahier du recueil n*. P. Biblioth. Impér.)
Un moyen, ce semble, bien facile et une voie très-simple pour trancher toute difficulté , c'est de dire que les chevaliers d'Eppe , inhumés à Saint-Vin-
Saint Louis estant décédé dans la même croisade , le pape Urbain IV, du conseil de ses frères les cardinaux , ordonna qu*on feroit tous les ans son anniversaire solennel et avec dé-
cent en 1273 et 1293 , ne sont pas ceux qui sont représentés dans la peinture ; conséquemment la date de leur décès n'infirme en rien le témoignage des anciens auteurs de THistoire de Notre-Dame de Liesse. L*épitaphe d'un de ces chevaliers , composée de 64 vers , ne fait aucune mention de l'image miraculeme, de son transport en France, de la princesse Ismérie , &; comment de tels événements , malgré Texplication donnée par Wiard , eussent-ils été , dans son sentiment , passés sous silence ? Nous savons de plus par d'anciens témoignages que les seigneurs qui rapportèrent en France l'image miraculeuse étaient chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem , et l'épitaphe des tombeaux de Saint-Vincent n*en parle pas ; le nécrologe seul de l'abbaye donne à Jean d'Eppe le titre de miles, mm ce n*est là qu'un titre général, une qualification affectée dans ces temps à tous les gentilhommes. N'est-il donc pas plus rationnel de dire que les chevaliers inhumés à Saint-Vincent sont tout simplement les descendants de ceux qui rapportèrent d'Orient l'image de la Sainte-Vierge? On a fait mettre au-dessus de leurs tombeaux une peinture représentant l'événement dans lequel leurs parents avaient eu tant de part; cette peinture, faite peutêtre au moment de leur décès , se rapporte parfaitement avec les blasons et dessins de leurs tombes, où vondrait-on trouver encore qudque difficulté? Si on nous demande la raison de ce rapprochement entre la peinture et les tom* beaux , nous répondrons avec Villette (Histoire de Liesse, . page 73) , qtie la peinture ne fut ainsi placée au-dessiis des tombeaux qu'afin de fkire rejaillir sur ces chevaliers la gloire de leurs ancêtres.
Quant au silence des auteurs du XU« siècle, la difficulté n'est pas plus grande. Les seuls auteurs qui aient écrit sur l'histoire locale à cette époque , sont Guibert de Nogent et Herman. Guibert termine son histoire à l'année 1114 et meurt même, selon Luc d'Âchery, en 1124 , dix ans avant la date généralement admise de l'événement de Notre-Dame de Liesse; aucun argument alors à tirer de son silejice?.. Herman , dans son ouvrage De miracuUs beatœ Ma» riœ Laudunensis, parle bien des fondations et actions de l'évéque Barthtfemy. Son histoire embrasse même les temps où s'est passé l'événement de l'image miraculeuse , mais son silence peut-il être considéré comme une preuve incontestable de non-vérité? Il ne parle pas de l'événement de Notre-Dame de Liesse , aussi n'a-t-il aucunement prétendu parler de tous les événements arrivés du temps de l'épiscopat de Barthélémy. Il n'a pas parlé des changements opérés par ce prélat dans l'abbaye dé Bucilly, de la part qu'il prit à la fondation du Val-Saint-Pierre, de la Maladrerie de la Neufville, &. , faits qui nous
votioD dans cette église de Saint-Viucent et dans toutes les églises de France, le i9 septembre, sonnant les cloebes au matin et au soir. '
soDt rapportés par Thistoire de Foigny. Le silence d*Herman nMnfirme donc en rien les témoignages donnés plus haut; c*est une preuve négative , détruite focilement par renoncé d*un silence analogue sur d'autres faits réellement arrivés. Voir l'histoire de Notre-Dame de Liesse , par Villeite , édii. 4708,
(1) « Voici, dit l'auteur, les propres termes du nécrologe de Saint-ATincent:
« XÎII^ kalend, octobr. in urhe Veronensi , ab Urbano papa , de conHlio
« fratrum suorum communi, constitutum est et sancitum ut in hâc ec-
« clesiâ et inuniversis totius Franciœ regni ecclesiis XlII^kalend. octob.,
« vesperè et manè pulsatis campanis, Ludovici , piœ recordationis, quon-
« dàm Ulustris Francorum régis , anniversarium, annis singulis , solem-
« niter et devotè celebreiur. Actum anno Domini M. C, C. LXXXVI^, re-
« gnante Philippo , victorioso ejus filio , regni sui octavo. »
« Cet article du nécrologe, dit don Bugniâtre dans une note insérée en c marge du manuscrit, paroît faux , car Urbain IV cessa de vivre dans Tannée « 1265 et saint Louis mourut en 1270. Si le nécrologe mérite en ce point « quelque attention , il faut l'entendre de Louis-le-Jeune et d'Urbain III. Le « premier mourut en 1180, et alors au lieu de dire 1286, il faut mettre a 1186 ; encore l'exactitude est moins qu'entière. »
CHAVmUB VI.
jëân de sâint-quentin premier, âbbé xxvn«.
E ne trotive pour successeur à Guillaume de ChàtUIon dans l'épiscopat de Laon que Robert de Thorotte i lequel parott en 1296 , diaprés Thistoire , en une assemblée au Louvre. Il est à croire qu'il succéda immédiatement à son prédécesseur. Le sieur Bellotte assure qu'il acheta la ch&tellenie de Laon en Tannée 1297 et qu'il décéda en la même année. Le chàtellain qui la lui vendit estoit Gaucher de Ch&r tillon.
L'abbaye de Saint-Vincent eut de soa costé pour abbé dom Jean de Saint-Quentin , lequel succéda à Guy de Bruîères en la même année 1884.
Le revenu annuel de Tabbaye n'estoit que de trois mille livres , et c'estoit une sommé assez considérable en ce temps^à. Gecy parott par un acte fait du temps de cet abbé Je«i de Saint-Quentin ^ par lequel on voit que , tous frais laits pour l'entretien de la communauté qui estoit assez nombreuse , il restoit mille six cent soixante et huit livres, et pourtant la mise n'estoit que de mille trois cent trente-deux livres, laquelle somme ne suffiroit pas maintenant à entretenir dix religieux.
Cet abbé a apporté un très-grand soin à conserver les droits de Tabbaye et en particulier la justice du monastère. Ce fut la cause qui Tobligea à faire plusieurs transactions avec Ingelran,
seigneur de Coucy, en Tannée 1291 , pour la justice, le foar, la forêt de Saint-Gobain et plusieurs autres choses. U transigea aussi avec Tabbé de Cuissy, avec le chapitre de Saint- Pierre-au-Marché de Laon , avec le comte de Eethel , avec les chanoines de Saint-Martin de Laon, les moines de Saint-Nicolasaux-Bois , les moines de Signy et plusieurs autres , enfin avec le chapitre et les chanoines de Laon , pour les dixmes de Ghevregny, en 1300.
Il se trouva à la translation des sacrées reliques de saint Eloy dans la cathédrale de Najon, faite par André , évéqae de Noyon et par Guy, évêque de Senlis , ou plutôt en la présence de ces deux évèques, lesquels semblent n*avoir esté que spectateurs de la cérémonie , selon la charte qui nomme le doyen de la cathédrale comme faisant la solennité de la trans^ lation. n y avoit plusieurs autres abbéz, prieurs, doyens, prévAts, archidiacres et autres personnes notables des églises voisines. Cette solennité se faisoit dans le but d'oster ces sacrez ossements d^une vieille châsse vermoulue et de les mettre dans une neuve faite exprès , par ordre du même doyen de la cathédrale de Noyon. Cette solennité eut lieu un mardi , veille de Saint-Barthélémy, apôtre , en Tannée 1306. Plusieurs des assistants demandèrent et obtinrent des reliques de saint Ek>y. Notre abbé eut pour sa part une partie d'une coste du môme saint, avec de la poussière de ses os et du suaire qui les av<^t enveloppez pendant fort longtemps. Il en donna un acte daté du samedi aprèsJa festo de am^i MatlAiieu » évaogéliste ,. en la même année 1300. C'est pour cette relique qu'on fait la feste de saint Eloy en ce monastère de SaintrYincent de Laoa.
Jean de Saint-Quentin !<' fonda son anniversaire en cette abbaye en 1307, comme je le vois dans le médiocre cartulaire de Saint- Vincent. Il donna pour cela dix-neuf jalloîs de terre labourable qu'il avoit acquis ; quatre de ces Jallois se trou* voient au Sart,
Il décéda en la même année 4307 , le 26 novembre , jour auquel Tobituairede Tabbaye prescrit un anniversaire pour lui.
Le même obituaire fait mémoire de Rogtr, laïque , et à'Â^ gnès, sa femme « mère de cet abbé Jeaaiâe SaitiM}aeiitift«, déeédée le 30 juillet , laqueU& aYoit fondé son amadreiiuiire ed cette abbaye. Ce qui prouve clairement qu*il j a eu ^ax àtibét Jean de Saint-Quentin qui se sont succédez en ce moiki«(ère ; car Tobituaire dont nous parlons icy dit qu'Agnès , femme de Roger, estoit mère de Tabbé Jean. Or un tombeau du monastère' nous montre dans son épitaphe une nommée Emmelîne, mère encore d'un abbé Jean , morte au mois de mars 1316 ; s'il y a eu deux mères , à deux époques différentes , il doit y avoir eu deux enfants.
En ce temps Gazon de Cbampagne estoit évéquede Laon depuis Tan de Notre-Seigneur 1297, ayant succédé à Robert de Thorotte. * 11 flit confirmé par son métropolitain Pierre , archevêque de Reims , et transigea avec Jean de Thorotte pour le droit de la chàtellenie de Laon en 1301. Il se trouva au parlement ou assemblée des pairs de France pour la cause de Robert de Réthune , comte de Flandres, et décéda Tan 1317, le jour de Saint-Âmbroise. Gazon fit ce qu'il put pour abolir la Commune de Laon, mais il n'en put venir à bout, parce qu'elle estoit fortifiée du conseil de Raoul Rousselet , pour lors avocat au parlement de Paris , lequel ayant esté fait évéqqe de Laon , l'abolit lui-même. ' Le corps de Gazon de Champagne est enterré dans la cathédrale de Laon , au costé gauche du grand autel. Son épitaphe dit qu'il décéda sur la fin du jour.*
Louis dixième, roy de France et de Navarre , adressa un mandement par lequel il ordonna à Gazon , évêque de Laon , de se trouver à Sentis pour examiner avec l'archevêque de
(1) Voir la page 274.
(2) Voir la page 27, note 1».
(3) Joannes à Guisiâ , historia manuscripta. (i) Voir cette épitaphe , page 277.
Reims la cause de Pierre , évèque de Cààlons , touchant quelquescrimes. Cette épitre estdatée deFanuée mil trois eeutquiDse et portoit cette clause , qu*au cas qu*il ne se trouvât avec les autres» la sentence des évéques ne laisseroit pas d*estre bonne et valable.
comprenant oe qui t'est patte
depuit le déoed de l'abbé Jean de Saint*Quentin premier
et l'année 1307» Jutcfuet au déoed de l'abbé
Jean Obarpentier, 41* abbé f en 1538.
CHAVmUB FRfSMTBlt.
JEAN DE SâINT-QUENTIN H , 28e ABBÉ DE SAINT-VINCEîn'.
uBLQusi^UNS confondent ce second abbé Jean de Saint- Qaentin avec le précédent, lequel semble avoir esté son oncle , si Ton prend garde au surnom ; mais c'est à tort qu'on fait cette confusion , selon que nous l'avons dit plus haut. ' Ce second abbé Jean de Saint-Quentin succéda au premier et fut fait prélat de Saint-Vincent de Laon en Tannée 1307. Nous trouvons fort peu de choses sur sa vie. Il transigea pour la réparation de Téglise d*Haultmont, au diocèse de Reims, en Tannée 1313 ; après cet événement » je ne vois plus autre chose , sinon qu'il décéda le 16 Janvier de Tannée 1345.
(1) Page 471.
Sa tombe se voit encore aujourd'huy dans la caroHe méridionale de régUse de Saint-Vincent de Laon , proche la porte du cloître d'en haut. Il parott en habits sacerdotaux, les mains jointes et la crosse passée dans le bras droit. Celle-cy parolt rompue en trois pièces , ce qui montre peut-estre les difficultéz qu'il a souffertes dans la possession de sa prélature ou abbaye. Les mots qwmdàm ahhatis * de son épîtaphe qui sont aussi dans Fobituaire, semblent signifier qu'il a estédéposé avant sa mort, car il n'est décédé qu'en i345 et on trouve néanmoins un abbé de Sainte Vincent de Laon , nommé Pierre de Soisy ou de Namur, en 1323.
g 2. PlERBE DE SUIST OU DE NaMUR ,
en 1323.
Gazon de Champagne estant décédé, Raoul Rousselet fut fait évêque de Laon en l'année 1317, par la recommandation que le pape Jean XXll® en avoit faite au roy par bulle expresse gardée encore dans le chartrier royal. Les actes de la cour font foy que le roy de France et de Navarre Philippe-le-Long l'envoya en certain païs * avec commission de réformer les abus et de corriger les excéz de la noblesse en 4319. Il estoit avocat au parlement de Paris et conseiiloit la Gommunt de Laon contre révêque Gazon , après le décéd duquel il fit abroger lui-même la Commune , institua et établit le prévôt de la cité , de par le roy, en place des mayeur et échevins^ fit briser la cloche de la même Commune à cause des excéz qu'elle faisoit commettre aox habitants. Il fonda deux bourses théologales dans le collégi^dft Laon à Paris et décéda en 1329, laissant Jacques Rousselet , archidiacre de Reims , pour exécuteur de son testament et son héritier. Il en est parlé ainsi que de son cousin dans le registre de la Chambre des comptes de Paris, en l'an 1337, auquel an il laissa une maison , sise à Paris , aux religieux Carmes des
(1) « Autrefois abbé. » Voyez cette épitaphe , page 274.
(2) Probablement en Languedoc , selon ces expressions que nous trouvons en marge du manuscrit: Ad partes linguœ OccUanœ.
Billets , pour les obliger à dire quelques messes chaque anuée pour le remède de son àme.
Pendant que Raoul gouvernoit Féglise de Làon, Jean de Saint- Quentin second s*estant démis de sa charge abbatiale, Pierre de Suisy ou de Namur fut mis en sa place en Tannée 1322 ou 1323. Quelques auteurs faisant réflexion sur ces deux noms de Sulsy ou de Namur, font deux abbéz de celui- cy, se fondant sur les cartulaires de Tabbaye qui nomment cet abbé Pierre de Namur depuis son élection jusques en Tan 1327, et depuis ce temps le nomment toujours Pierre de Suisy. Mais je ne trouve aucune mémoire de ce nom Pierre de Suisy dans les nécrologes; tous font mention de Pierre de Namur. Il semble donc que les deux ne fassent qu'un , quoiquMI y ait deux surnoms. Car s'il y avoit eu un abbé nommé seulement Pierre de Suisy , le nécrologe ne Tauroit point oublié non plus que les autres. Jean de Guise, abbé de Saint-Vincent de Laon, semble estre de mon sentiment lors^*!! met le déced de Pierre de Namur en 1331. Ce qui marque que Pierre de Namur a rempli tout le temps qu'on donne à Pierre de Suisy. Ainsi feut^il dire que œ n'estoit qu'un seul abbé qui avoit deux surnoms , car Tabbé Je«i de Guise, qui vivoit fort proche de ce temps-là, auroit bien pu les distinguer s^ls avcnent esté deux.
Pierre de Namur ou de Suisy décéda le trois d'août 1332 , selon Fhistoire de Jean de Guise et les chartes de cette al)baye. L abbé de Saint -Jean de Laon et celui de Saint-Martin moururent aussi presque dans le même mois de la même année
Pierre de Namur fonda son anniversaire en cette abbaye , donnant une maison située àSemilly, trois vignes et trois jallois de terre situez à Dormicourt.
PIERRE DE VILLERS, XXXe ABBÉ, en 1332.
LBSRT, évéque de Laon , a^oit succédé à Raoul, Rousselet dès l'année 1327, selon que le prouve un^escrit de sa main donné à l'abbé de Saint-Yincent , par lequel il déclare qu'ayant pris logis au prieuré de Saint-Gobaîn, dépendant de ce monastère > pendant le cours de ses visites, en 1337, ce n*estoit pas néanmoins par droit de procuration ou d*bospice possédé par lui sur cette église > mais par pure volonté et pure charité des moines du lieu auxquels il donnoit cet escrit afin que leur charitable réception ne leur tournât point à préjudice , en fondant un droit pour les évoques de Laon. Ce qu'il déclara de rechef, ayant esté reçu en semblable occasion dans le même prieuré de Saint-Gobain en 4335 , et dans la maison des Essarts, le 21 mars 1334, faisant sa visite.
Par ces escrits on fait voir la fausse opinion de ceux qui disent que révoque Albert a esté élu le 10 janvier 1329 , puisqu'il faisoit ses visites, en qualité d'évéque de Laon, en l'année 1327. Il faut aussi conclure de là ou que Raoul Rousselet, prédécesseur d'Albert dans le même évêché, estoit décédé en l'année 1327, ou qu'Albert estoit son coadjuteur ou sufFragant, ce qui ne paroît pas probable , car il prend la qualité d' évéque
de Laon , ou bien peut-estre que Raoul avoit esté transféré ailleurs ou qu'il s'estoit démis de son évêché. Je n'ai point encore trouvé de raison pour conclure en faveur d'aucune de ces distinctions* Quoiqu'il en soit de cette difficulté , si nous en croyons le sieur Bellotte, l'évêque Albert estoit le fils de Matthieu , seigneur de Roye , en Picardie , chef d'une des plus illustres familles de la même province. Albert avoit un frère nommé aussi Matthieu comme son père , duquel sont sorties plusieurs branches de la même famille, Guy, archevêque de Reims, le reconnaissoit pour son père et notre évêque de Laon Albert estoit Fonde de Guy. Albert assista plusieurs fois aux conseils du roy.
L'abbé Pierre de Suisy estant mort en 1332, la communauté de Saint- Vincent élut Pierre de Yillers pour son successeur, li fut présenté à Tévêque Albert pour recevoir la bénédiction qu'on a coutume de donner aux abbéz nouvellement élus avant leur installation. Il reçut donc cette bénédiction des mains du même évêque Albert , en la même année 1332, non sans difficulté néanmoins ; car les chanoines ayant coutume depuis une très-longue antiquité de recevoir et présenter à l'évêque de Laon le nouvel élu de Saint-Vincent, Pierre de Vil- 1ers eut peine à s'y soumettre , craignant que cela ne portât préjudice à la liberté de son abbaye , et que les cbanoioes ne prissent un faux prétexte pour avoir quelque juridiction ou quelque droit sur lui ^ abbé. Les doyen, chanoines et chapitre de la cathédrale , voyant une juste raison pour se maintenir en possession de leur coutume > donnèrent à Pierre de Villers un escrit par lequel ils déclarent que lorsqu'ils reçoivent un abbé pour le présenter à l'évêque , ils ne prétendent en aucune façon acquérir aucun droit ou juridiction sur le même abbé , mais que ce qu'ils en font n'est que par civilité et respect , pour témoigner leur bienveillance au nouvel élu de Saint-Vincent.
L'abbé Pierre de Villers ayant esté béni par l'évêque Albert , fut conduit par le même évêque et son archidiacre et
installé en son siège abbatial incontinent après ^a bénédiction. La communauté alla processionnellemeut au-devant de son abbé , cbantant le répons : Deum time avec le verset Protector notter, selon la coutume ' et l'oraison Deus omnium fidelium. Le nouvel abbé estant arrivé au cbœur avec la communauté , on ajouta le verset Salvum fac et Toraison Omnium Domine ; pois eut lieu la mise en possession de la charge abbatiale. Tint ensuitte le Te Deum, le verset Miite et Toraison Deus, cuiomnis fwtestas avec les versets qui précèdent l'oraison Eocaudi et la même oraison.
Quant à la façon d*élire les abbéz , nous en avons parlé autrefois ; elle fut changée plus tard , car on y admit la présence de notaires apostoliques et témoins séculiers pour témoigner au public de la validité et sincérité de Télection ; ils en dévoient faire les procèz-verbaux.
Pierre de Villers gouverna labbaye de Saint- Vincent l'espace de trente-six ans. Pendant qu'il fut abbé , ce monastère fut en grande prospérité , tant au spirituel qu'au temporel, excepté cependant sur la fin de sa vie abbatiale. Car la peste et la guerre firent un grandissime désordre dans le temporel de cette abbaye et mirent l'observance régulière dans un pitoyable estât , la grande mortalité ne permettant pas aux moines de s'y astreindre avec beaucoup de ponctualité. Sans doute en ûit-il ainsi de toutes les abbayes atteintes de ce fléau.
La première action que je trouve de ce Pierre de Villers, depuis sa bénédiction abbatiale , est que s'estant trouvé à un synode que l'évêque de Laon, Albert de Roye , tenoit à Mons-en- Laonnois , en 1333 , il eut un grand différend avec maître
(1) Voir la page 301... Les cérémonies d'élection des abbés de Saint-Vincent furent complètement modifiées au 46* siècle, lors de l'élection de don François de Frcschencourt et de ses successeurs. (Voir livre XI«, chap. VIII,
Nicolas de Monicfaâlons , archidiacre de Laon , lequel renouvellant Tancienne querelle des archidiacres et de Y abbé de Laon , vouloit ayoir la droite de Tévéque dans les assemblées. L'abbé Pierre y résista autant qiï^il put, mais enfin il lui obligé de succomber sous la sentence de Tévèque Albert , qui ordonna que cette place à la droite de Févéque seroit occupée à Taitemative par Tabbé et par Tarchidiacre dans les synodes et autres assemblées publiques.
D'ailleurs cet abbé estoit fort bon ami avec tous les officiers de Tévèque et avec tous les obanoînesda chapitre de Laon, dont un nommé Estienne^ Besançon , chanoine de ce corps ancien et vénérable d'ecclésiastiques , portoit tant d'affection à Jésus et à Marie, qu'à sa prière et importunité Tabbé Pierre de Vil- 1ers ordonna, conjointement avec sa communauté en chapitre, que dorénavant, Torsqu'on diroit grâces après le dtner ou après le souper dans ce monastère , après le verset Magnificate Dominum mecum, le célébrant ajouteroit incontinent ces deux autres versets : Sit nomen Domini nostri Jesu Christi benedictum in œtemum et ultràj amen ; puis Et beata viscera Marier Virginis quœ portaverunt JE terni Patris Filium, Amen. * .
L'amitié et la dévotion particulière et très-grande que le même chanoine Estienne de Besançon portoit à Saint-Vincent, firent que le même abbé Pierre de Yiliers lui donna la participation des prières et autres bonnes œuvres spirituelles de ses religieux présents et futurs ; ce qui marque à quel point en estoit Tobservance régulière en ce monastère , puisqu'elle estoit de si bonne odeur parmi les séculiers. L^abbé de plus , du consentement du chapitre , lui promit qu'après son déced on lui feroit son anniversaire tous les ans à perpétuité , avec solennité requise , dans l'église de Saint-Vincent , ainsi qu'un autre obit pour Hugues de Besançon , évêque de Paris et ses parents et
(1) « Le nom de Notre-Seigneur Jésns-Cbrist soit béni dans réternité et « au-delà. Ainsi soit-il. Heureuses les entrailles de la Vierge Marie qui por- « tèrent le Fils du Père éternel. Ainii 8oit-il. »
bienfaitears, avec solennité et dévotion. Le bon chanoine donna cinquante florins de sa charité et libéralité à ce monastère , pour augmenter certaines pitances , et il y ajouta une yigne sous les Greuttes, au lieu dit les Saucisses. L'obituairedeSsdnt- Vincent fait mémoire de ce chanoine Estienne de Besançon le 14 novembre.
Le même obituaire de Saint-Vincent fait aussi mémoire de révèque de Laon Albert de Boye , lequel mourut le 25 avril de Lannée 1336. Il donna cent livres au couvent pour qu'on dise deux messes chaque année pour lui et le repos de son ftme. La première de ces deux messes doit se dire le Jour de son déoed 25 avril , et Tautre le 4 juin. Voyez son épitaphe , page ^7.
Le successeur d'Albert en l'évèché de Laon fut Boger d'Armagnac , second de ce nom, lequel ne dura guère; car si nous croyons Antoine Bellotte , il décéda en 1339. Il est enterré en sa maison d'Anisy, selon le même auteur.
L'ancien abbé Jean de Saint-Quentin décéda aussi en 1345, comme Je Tai déjà dit , auquel temps la peste faisoit un grand désordre en ces païs , selon que nous le prouve lé petit cartU'» laire de notre abbaye.
Hugues d*Arcy succéda immédiatement à Roger d'Armagnac environ Tan 1340 ; il estoit autrefois moine proféz de Tabbaye de Ferrières. ' Notre abbé le régala d'un magnifique festin dans la maison des Ëssarts , appartenant à cette abbaye de Saint- Vincent , pendant le temps que cet évêque faisoit ses visites en ces quartiers-là, en Tannée 1345. Mais afin que cette civilité de Fabbé ne tirât point à conséquence pour l'avenir , Févéque déclara par un escrit qu'il ne prétendoit point avoir aucun droit de procuration sur cette maison, et que cette réception n'estoit qu'une civilité de la part de l'abbé à son égard.
Le cartulaire de Saint-Vincent de Laon marque que Tévêque
(1) Ancienne abbaye de bénédictins, près Montargis.
Ëugues d*Arcy estoit absent de soq diocèse et occupé en deft affaires qai le retenoient dans les pais esloignéz , en Tan 1349. Il avoit laissé un vicaire-général nommé Gobert de Mont-Arsène , lequel confirma Télet^tion de maitré Jean d'Anbigny conime doyen et enté de Saint-Julien-^u-Bourg de Laon en la même année 1349. Gérard d^Espaigny, chanoine de Laon , estoit associé à Grobert pour le grande vicariat en Tabsence de Tévéque.
Ce prélat Hugues fonda lai seul le collège d^Arcy et fut un des trois fondateurs de celui.de Cambray. Il acheta un palais épiscopal à Paris. D'évêque de Laon il fut fait ensuitte arche*vêque de Reims , en 13S0 .
L*abbé Pierre de Villers fit plusieurs transactions pour lé bien du monastère et la paix des différents partis. Il en fit une avec les moines d^HautvilUers , ' une autre avec ceux de Saint- André-du-Gbàteau ' pour le territoire de Besny, et d*aatres avec les religieuses de Montreùil-en^-Làonnois^ de plus avec les habitants de Crépy , avec les seigneurs de Montcornet et de Bastigny et enfin avec lugelran , seigneur de Coucy, en 1343. 11 renouvella en 1352 la société ancienne qui estoit entre ce monastère et celui de Foigny, et fonda en 1353 son anniversaire en cette abbaye , donnant pour cet effet les terres qu'il avoit achetées et les annexant au couvent , lequel il obligea de faire son service après sa mort avec la même solennité que ceux de Hugues et de Jean de Saint-Quentin , abbéz de ce monastère. Ce qui marque que ces deux obits avoient quelque chose de plus que les autres , car Hugues est un des abbéz auxquels Tabbaye de Saint-Vincent a plus d'obligations.
Il y avoit déjà un peu de temps que le monastère de Saint- Nicolas du Val-des-£scoliers , en la ville de Laon , avoit esté
(1) Ancienne abbaye de bénédictins près Aï , département de la Marne.
(^) Ancienne abbaife de bénédictins m GIleai^Ganibrésis.