DESTRUCTION DE LA VILLETTE ET DE LA WWE, DE SAINT-VINCENT DE LAON
budart Tabsence de Robert Lecocq , la mine que cet évêqae avoit fait autrefois en France ne laissa pas de jouer. L'Anglois , ayant amassé une grosse armée, vint débarquer à Calais et de là alla assiéger la ville de Reims. Mais en ayant esté repoussé et contraint de lever le siège , il se répandit dans le Laonnois , et montant la montagne de Laon , pilla et renversa tellement la Villette et la Ville de Saint-Vincent , adjacentes à cette abbaye, que présentement il n'y reste aucun édifice. Les églises même de Saint -Hilaire , de Saint- Otbœuf, de Saint-Genest , de Saint-Victor, de Sainte-Geneviève et de Saint-Remy, qui estoient en ces quartiers-là, furent fort endommagées. Ce coup frappa tellement ces édifices dans les fondations , que depuis ce temps , tombant en décadence , ils sont dans un estât où on peut à peine en remarquer quelques vestiges. Cette guerre des Anglois fut la cause fondamentale de cette ruine; mais une autre cause accidentelle peut estre donnée pour la désolation du costé droit de la montagne de Laon ; ce sont les pestes et les maladies contagieuses, lesquelles ayant emporté la plus grande partie des habitans dans le tombeau , en 1359 ou environ , les masures achevèrent de se consommer et les édifices entiers se désolèrent d'eux-mêmes ,
faute de réparation. GeUes*cy estoient d'autant plus abandonnées et négligées que les survivants^ n'avoient pas même de qooi payer les eens et rentc>s. Ce désastre fut cause , quelque temps après , que Jean de Ouise , abbé de Saint-Vineent, et les paîsans de Semllly, ayani obtenu permission de Jean de Roucy, évèque de Laon » démolirent entièrement la nef de l'église paroissiaâe de Saint «Hilaire, 'autrefois monacale, laquelle estoit située devant la porfe'de la grande cour de Saint- Vincent , et les matériaux en forent transportez au bas de la montagne pour serrir à agraûdir Téglise de Saint-Jacques et Saint-Christophe de Semilly, en 1390. Cette église n'estoit auparavant qu'une chapelle faisant le secours de Saint -Hilaire » dont nous parlons. Les fonts baptismaux y. furent aussi transférez , en sorte qu'il ne restoitp'us que le chœur de cette église de Saint-Hilaire, lequel l'abbé Jean de Guise fit laisser et subsister , obligeant les hat^tants de Semilly de Tentretenir en toutes^rtes de réparations et. Je curé de leur parois^ d'y venir dire la messe les jours de Pasques , Pentecoste , Noël , la Gommémoraison des fidèles trépassez et la fesle-de Saint-Hilaire, et y administrer les sacrements aux serviteurs de l'abbaye toutes fois et qoantes il seroit nécessaire. La requeste en fut présentée à l'évèque le dimanche après la festede Saint-Philippe et Saintr Jacques , en l'année 1390. Les principaux promoteurs de cette affaire furent Nicolas de Parisis , curé de Saint-Hilaire , les marguillers qui estoient Pierre Desmoulins. Collard d'Aubigny, Coltard le Tondeur , lesquels choisirent Jean Senau , Jean de la Bouche , Jean d'Aubigny , Jean de Ribemont , Sèatk de Champenois, Pierre de Roye , Oudin Wenoc, Jean Le Camus , qui estoient les principaux du village , comme procureurs de cette affaire. Les procureurs de Saint-Vincènt furent dom Guillaume , dom Jean de la Selve , parent d'un religieux de Saint- Vincent du même nom , lequel fat ensuitte abbé du monastère, Pierre de Vendresse, Anselme de Cuissy et Pierre Couillet.
En même temps l'abbé de Saint- Vincent permit aux habi-
(4) Voir la page 3, note i.
tante de Senùlly d'avoir un cimetièie autour de leur chapelle , devenue paroisse sous le titre de Saint-Jac<|ues ei de Saint- Christophe , à condition que la qualité de patron de Tune et Vautre église lui demeureroit , ainsi qu*À ses successeurs . que les serviteurs de l'abhaye ne seroient point obligés de descendre Jusques à Semilly pour recevoir les sacrements, s'ils ne le vouloient. 11 y avoit un cimetière autour de Saint-Hilaîre , leqorï estolt institué depuis une très-longue antiquité ; c'estoit pour cette raison que Tabbé obiigeoit le curé de dire dans cette église la messe des deffunts, au Jour des fidèles trépassez, pour le repos des âmes dont les corps y reposoient. L'évéque Jean de Roucy accorda cette requeste et ratifia cette translation le 4 août 1390. Je n*ai point encore pu apprendre pourquoi le chœur de l'église Saint-Hilaire , autrefois troisième siège de Tévéché , a esté démoli ; mais à peine peut-on en reniarquer au- Jourd'huy les vestiges. Il restoit néanmoins encore , en ces mêmes temps , quelques maisons autour de Saint-Vincent , quoique Téglise Saint-Hilaire fÙt démolie , ce qui se prouve par un legs testamentaire d'une femme nommée Damgille de Bertres , demeurant à Saint" VincefU , près Laon, (Ce sont les termes du Gros cartulaire). Cette donation est de Tannée 1392, mais il est croyable que cette dame n'estoit point de cette paroisse-là.
Notre abbaye de Saint- Vincent eut part aussi à cette ruine générale du plus beau faubourg de Laon ; les ennemis brûlèrent , pillèrent et renversèrent une grande partie de ses bâtiments. Ce fut pour lors que périt cette magnifique bibliothèque de onze mille volumes manuscrits , à ce que porte la tradition du lieu. 11 en échappa quelques-uns, dont un ancien catalogue, vieux d'environ deux cents ans, fait le dénombrement ; la plupart des titres et papiers furent réduits en cendres. Les reliques des saints , gardées dans le trésor de cette église , furent dépouillées de leurs reliquaires , lesquels estoient très-riches et pleins de joyaux de très-grand prix.
Les granges ou fermes de Tabbaye, dans les pais circonvoisins, furent pareillement ruinées et renversées de fond en c^omblei ou fortement endommagées. Les pestes, et les maladies dont nous avons parlé , avoient tellement mis la pauvreté dans ces^ contrées , qu'on ne pouvoit rien tirer des débiteurs et fermiers qui avoient tenu les granges et en avoient recueilli les fruits par le passé. Ainsi le temps du gouvernement de Pierre de Yillers , qui avoit esté si heureux dans les comn^ncements , fut fort triste et infortuné vers la Qn. Il ne laissa pas d^ faire son possible pour remettre les possessions de Tabbaye en estât par plusieurs transactions qu'il fit en 1364!, mais cela estoit peu de chose. Il falloit un grand temps pour remettre les affaires en meilleur estât , et cecy estoit réservé à ses successeurs.
De son temps les abbéz des provinces de Reims et de Sens se trouvant en difficulté avec les évéques , qui vouloient les obliger de se trouver aux synodes en quelque lieu qu'ils se tinssent, eurent recours au pape Urbain cinquième, lequel expédia un bref apostolique en leur faveur daté du 3 janvier de Tannée 1367, par lequel il exemptoit les abbéz des mêmes provinces de se trouver en personne aux synodes lorsqu'ils se faisoient hors du diocèse , déclarant qu'il suffisoit qu'ils y envoyassent chacun leur procureur.
Pierre de Villers décéda le premier jour de juillet de l'année 1368 , après avoir gouverné l'abbaye de Saint- Vincent pendant trente-six ans , selon Jean de Guise , abbé de ce monastère et successeur de Pierre. Il fonda son anniversaire, donnant au couvent pour cette raison une vigne située proche le moulin de Mourlot, dans une place qui se nomme Àbeth ; il en donna autant au thrésaurier en ce même lieu.
Pour ce qui regarde les évêqaes de Laon, Geoffroy le Meingre succéda à Robert Lecocq. Il estoit frère de Jean le Meingre , surnommé Roucicaut , maréchal de France et connétable de l'empire de Gonstantinople , gouverneur de Gênes , comte de Beaufort et vicomte de Turenne , admirable pour toutes les vertus qui se rencontrèrent en lui ; car aucune de celtes qui se
troQTent en un grand et relevé personnage ne lui manqvoil. U reoonnoissoit la Toaraine poar sa patrie. Son père estoit ud noble chevalier , nommé Jean le Meingre de Boucicaat , fort bien venu de Charles cinquième, dont il gouvernoit l'armée. Sa mère se nommoit Floric de Linières. Il estoit doyen de Tours avant d'estre évèque de Laon , en 1363. U est décédé à Boulogne, en Italie , vers la feste de Saint -André, en Tan 1370 » laissant ses deux neveux , Jean et Geoffroy, héritiers de tout ce quil possédoit.
OBAVmiS IV.
JËÂN DE GUISE , 31e ABBÉ.