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Philibert de Brichanteau qui , n'estant encore que simple clerc séculier» avoit esté pourvu de cette abbaye , considérant que tout y tomboit eii ruine et que la discipline régulière alloit en décadence tous les jours , s'aboucha avec les révérends pères bénédictins de l'abbaye de Saint- Vanne , * en Lorraine , car celle de Saint-Maur, à laquelle il s'estoit déjà adressé , n'estoit encore que fort faible et ne pouvoit répondre à la multitude des monastères qui se présentoient à elle pour èstre réformez. Mais il ne put obtenir Teffet de sa demande sitôt qu*il le désiroit. Un autre conseil lui fût donné sur ces entrefaites. Il estoit déjà évêque de Laon, et quelques personnes de qualité voulurent lui persuMer d^nir les revenus de son abbaye à l'évéché et la mense conventuelle au chapitre , changeant ainsi les moines en chanoines et les sécularisant, pour donner ensuitte le monastère de Saint-Vincent à quelque ordre mendiant. Mais le principal auteur de ce conseil fut emporté par la mort , e^ le projet ne fut point mis à exécution. Le monastère avoit esté offert à l'ordre des Chartreuxi et ceux-cy avoient esté sur le point de Taeeepter , ensuitte aux Minimes , aux Feuillants, puis les Pères Jésuites l'a voient demandé, mais par i^uitte de cette mort dont nous venons de parler, aucun n'en fut mi^en possession.
Cependant les bâtiments tomboient en ruines , les voûtes et
(!) L*al>baye de Saint-Vanne de Verdun était le chef-^eu de la congr^iatîon des bénédictins réformés par le père Didier de la Gonr, en 1600. EDe donna naissance aux réformes de Saint-Maur , de Quny, de Saint-Placide , à. La réforme de Saint-Vanne se répandit en Lorraine , en Champagne et en Bourgogne , celle de Saint-Maur embrassa la France entière.
le corps de révise abbatiale atoient txùA la dettruetioiiy comme j'ai dit ci-dessus. ' Les lieux réguliers et abbatiaux meiiaçoieiit de se dissiper infailliblement. Pbilibert de Brichanteau eut encore une fois recours aux Pères bénédictins de la eongrégation de Saint-Haur, pour les presser d^entrer dans notre abbaye. n donna ordre à quelques-uns de ses domestiques et amis de presser cette afEedre , mais il ne prit pas garde que oeox à cpd il commit ce soin , en détournèrent Texécntion avec une trèagrande adresse , jusques à une longue suitle d'années. Enfin l'occasion s*en présenta très-favorable. Un certain dom Pierre Moyen estmt alors prieur claustral du monastère , lequel a^int tellement captivé les bonnes grâces de Tabbé évéqne de Laon que, de pauvre fils de menuisier, il estoit derena son éecmeme et grand-vicaire avec la cbarge de prieur daostral du monastère, liais il fut bien ingrat de tant de bontés et d'bcmnenrs » à ce point qu'il n'eut pas confusion d'intenter procéz eimtre son évèque et abbé. Quelques-uns disent encore qu'il voulut empoisonner certains religieux qu'il cioyoît lui estre contraires dans ses desseins. On tient que <pielques-uns moururent et que quelques autres forent gravement incommodés , les soins seuls et les remèdes prompts leur ayant sauvé la vie.
L'abbé et évêque , apprenant toute celte affaire, fut trouver les supérieurs de la congrégation de Saint-Maur pour les presser d'entreprendre la réformation du monastère. Déjà il leur avoit envoyé un exprès , mais voyant le retardement qui avqit lieu toujours , il y fut lui-même. La cbose néanmoins traîna en longueur jusques au 23 mars de l'année 1640 , que dom Firmin Rainssant , visiteur, ayant reçu procuration du révérend père dom Grégoire Tarisse , supérieur-général, et estant assisté de dom Benoît Bonté, prieur de Saint-Thierry de Reims, et de dom Cyrille Godin, son compagnon ordinaire, passa concordat avec Je même abbé et évêque , dans ce monastère , et avec les anciens du couvent pour son union à la Congr^ation.
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Ce concordat fut ratifié par le révérend père Tarisse , dans le monastère de Saint-Denys en France , le 29 mai suivant, en sorte que les Pères de la congrégation de Saint-Maur prirent possession de Saint- Vincent le 28 septembre 1640 , par le ministère de dom Bainssant , visiteur de la province de France. Mais d*autant qu'il falloit réparer les lieux réguliers» on jugea de différer Tintroduction d'une conununauté jusques à trois ans de là. Pendant ce temps , les anciens moines qui estoient huit, s'engagèrent à faire Toffice divin par eux-mêmes. On répara alors le monastère dans la forme assez hétéroclite dans laquelle on le voit encore aujourd'huy. Dom Denys Plouvier y fut envoyé en qualité d'architecte pour cet effet , avec dom Sébastien Ghrestien ; cecy eut lieu le premier jour d'octobre 1640. Il commença par le toit et les voûtes de la chapelle Saint-Christophe, derrière le grand autel, qu'il distingua par une muraille contre laquelle il adossa le même grand autel, employant pour la table de ce dernier let débris de l'ancien jubé que Geoffroy de Billy y avoit fait ftdai ; car le grand autel estoit sous la lampe du chœur qu'on voituujourd'huy ; il boucha ensuitte la rose qui se trouvoit au-dessus.
Le môme dom Denys Plouvier passa jusques à la Pentecoste à faire cet ouvrage ; il partit ensuitte de ce monastère pour aller ailleurs , laissant la conduite de ce qu'il avoit entrepris à un certain dom Emilien de la Vigne, qui avoit esté désigné et envoyé par ses supérieurs pour cet effet. Celuy-cy y resta huit ans entiers, pendant lesquels il répara le dortoir et le réfectoire en la forme où on les voit aujourd'huy, mais non sans de grandes difficultéz, car le prieur claustral l'empèchoit de couper les hautes futayes pour prendre les bois nécessaires. Ce prieur claustral est oit dom Pierre Moyen, lequel procédoit alors , pour ce sujet , contre son abbé en cour du Parlement. Mais enfin le même Pierre Moyen estant décédé , on eut facilement mainlevée de toutes les oppositions. L'évêque ensuitte , de qui dépendoit tout cet ouvrage , vint à tomber en une grave et dangereuse maladie , dont il recouvra cependant la santé , mais
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cette conjoncture estoit d'autant plus f&eheose qa*il n'y avoit encore aucun partage fait par rapport au temporel , pour Tentretîen des moines, et que rien n* estoit achevé dans Téglise. Une autre contrariété bien grande vint 8*opposer encore à Touvrage de cette réparation; ce fut lors de la victoire des François sur les Espagnols» à la bataille de Rocroy (1643) , lesquels avolent brûlé peu de temps auparavant le célèbre monastère des filles d'Origny. * La ville de Laon fut remplie de soldats , qui empèchoient par leurs fréquentes incursions qu*on ne pût emmener les matériaux nécessaires en cette abbaye de Saint- Vincent , outre qu'ils firent encore un grand dégAt aox bois destinez aux réparations.
On a considéré comme une merveille que cent occasions se présentèrent où il y alla de la vie des ouvriers, sans que per-
(i) Le monastère des bénédiettiies d^Origoy-Sainle-Béiu^, prds RibemonI, fut saccaf é et brûlé par les Espagnols en 1642.
Fondé an 9« siècle, éTaprès Mabilkm, ps^Hirmentmde, épouse de Gbarlesle-Ohaove , et Pardule , évéque de Laon , ce monastère s*âait élevé près d'ona maison de moines établis, depuis 400 ans, sur le lieu même où sainte Be~ nolte avait cueilli la palme du martyre et de la virginité. Bientôt les moines furent sécularisés, réduits à de simples prébendes; douze d*entr*eux, sons la conduite d*un prévôt , d*un doyen et d'un trésorier, conservèrent à titre de collégiale réglise Saint-Vast, autrefois église de leur couvent... Dotée des biens des moines , enrichie des largesses et de la munificence royales , Tabbaye naissante prit de rapides accroissements. Plusieurs fois détruite dans le cours des âges, elle répara toi;yours par la sagesse et TinteUigence de ses abbesses ses désastres et ses ruines. Ses revenus étaient considérables et ses privilèges trèsétendus. Son abbesse possédait douze cures «ous sa dépendance et conférait de plein droit les prébendes et chapelles aux titulaires de la collégiale Saint-Yast; ses vassaux lui faisaient hommage et lui renouvelaient tous les ans leur serment de fidélité.. Les premières familles de France comptèrent des noms parmi les abbesses du monastère d'Origny. Qu'il nous suffise de citer Catherine de Longueval (Ui9), Caroline de Créqui (1509), Louise de Bourbon (1511), Antoinette de Lorraine (1584), Marie de Montluc (1604), Eléonore de Rohan (1714). Sa dernière abbesse fut }5p» de Sabran.
Les restes du monastère d'Origny-Sainte-Bénoîte sont aujourd'hui une propriété particulière.
soDne en fut endommagé. On trouva encore palpablement la confirmation de cette vérité que Saint- Vincent estoit anciennement la sépulture de tous les habitans de la ville et lieux circonvoisins , par la grande quantité de sépulcres et de corps morts qu'on rencontra dans les fondements des murailles, jusques dans les officines même du monastère et sous les foyers des cheminées de Tancien couvent, à plus de huit pieds de profondeur. Cecy se passoit en i646. On bâtit alors le petit clocher qui est sur le chœur, avec le dortoir, qui fut fait de l'ancienne bibliothèque et de Tespace qui estoit là jusques au dortoir. On fit sous ce dortoir le réfectoire , la cuisine , puis une longue et spacieuse salle. On répara ensuitte le cloître , le pressoir et la grange ou grenier, qui estoit l'ancien réfectoire , avec le toit du logis abbatial et d'autres bâtiments qui tomboient en ruines. On refondit les quatre grosses cloches qui avoient esté cassées en 16i8, et on en fit quatre petites pour mettre dans le petit clocher au-dessus du cbœM«..On répara aussi la tour carrée en laquelle sont présentenaei^fiqft quatre grosses cloches, ainsi que quelques murailles de l'église; on rétablit aussi le comble de la grosse tour (1643).
On fit aussi le concordat de partition des manses conventuelle et abbatiale, en 1642, lequel fut approuvé par le très-révérend Père Général dom Grégoire Tarisse et par le chapitre général. Tout fut donc disposé pour recevoir une communauté au jour assigné.
Introduction de la réforme dans
CETTE ABBATE DE SaINT-ViNCENT , LE 3 OCTOBRE 1643.
Les lieux réguliers estant disposez , le révérend père dom Anselme desRousseaux, visiteur de la province , accompagné de dom Sébastien Chrestien , de dom Germain Mommonier, premier prieur désigné par le révérend Père Général dom Grégoire Tarisse , prit possession de la communauté. Elle se composoit pour lors de ceux qui suivent , sçavoir, dom Maur Be<netost, homme d'esprit , savant et plein de mérite , lequel fit
un sermon au jour de TintroducUon de la réforme devant le elergé , le présidiai et toute la Tille de Laon , sur le sujet présent; (ce dom Maur Benetost fut fait plus tard premier prieur de la réforme en Tabbaye de Saint-Jean de Laon) ; dom Emmanuel des Champs , aussi prédicateur assez suivi, dom Benoit de la Salle , lequel fut le premier procureur de la réforme dans Saint-Vincent (il est enterré dans la chapelle de Saint- Christophe , derrière le grand autel) , dom Jean le Chanteur, dom Hiérome Jourdain , jeune proféz , et quelques autres , en tout dix-huit. Ils furent introduits en possession du monastère le samedi avant le premier dimanche d'octobre, troisième jour du mois environ , à deux heures de Taprès-midy, en Tannée
Philibert de Brichanteau , évêque-abbé de Saint- Vincent , reçut lui-même en personne cette nouvelle colonie et chanta les premières vespres de la dédicace de cette église, revêtu de ses habits pontificaux , en présence de Messieurs les anciens religieux de cette abbaye, sçavoir, dom Charles Herduin , prieur claustral et titulaire de Neufville, prédicateur assez estimé , dom Jean d'Heure , prieur titulaire de La Ferté , dom Jacques de Lancy, eellerier et prieur de Vendeuil, dom Pierre de Lallain , prévôt de Saint-Vincent , prieur de Lesquielles , et de Messieurs les anciens de ce monastère , dom Antoine Moin net, aumônier, et dom François Lefebvre, prieur de Saint- Gobert d'Haultmont en Remois. Les religieux réformez y assistoient aussi , chacun en son rang , après Messieurs les anciens , et une grande partie des notables de la ville de Laon s'y estoit rendue pour voir la cérémonie et entendre le sermon.
Le bon évèque passa une grande partie de la nuit en oraison et se retira dans Pancien dortoir qui estoit disposé pour les Infirmeries , afin d'y prendre un peu de repos. Il se trouva à matines le dimanche suivant, quatrième jour d'octobre, à une heure et demie après minuit , avec les religieux de la nouvelle colonie , parce qu'on célébroit la dédicace de cette église. A la sortie de Prime , il consacra le grand autel , qui avoit esté
transporté dans le fonds , au-dessous de la rose en vitre; en la place d'un autre dédié à saint Canoaid , évéque de Laon , afin de rendre l'église plus spacieuse pour l'office divin , et il célébra les grandes vespres , revêtu de ses habits pontificaux ; auxquelles cérémonies il y eut toujours afduence du peuple de Laon.
Relation des reliques de saint Ganoald,
ÉVÉQUE DE Laon, en cette abbaye de Saint-Vincent,