‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 112 sur 116 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE QUELQUES RUINES ARRIVÉES AU DIOCÈSE DE LAON EN 1650. ARMAND DE HOCQUINCOURT ,

6e ABBÉ COMMENDATAIRE.

u mois de mai de Tannée 1650, les Espagnols, ennemis El^ des JPrançois , estant entrez en France , donnèrent Vé- \ui>nU pouvante aux villes de La Capelle et de Guise , et vinrent camper entre la rivière d'Oise et la Somme , proche de Chauny, où après avoir ravagé , ruiné et brûlé plusieurs villages et pris le Castelet, ils assiégèrent la ville de Guise et s'en rendirent maîtres. Mais ils furent contraints de la quitter, parce que le château résista fortement , sans que les mineurs aient pu y faire brèche par leurs mines , lesquelles ébranlèrent seulement la forteresse sans y causer d'autre tort. D'ailleurs le maréchal Duplessis-Praslin , ayant ramassé Tarmée du roy proche de Crécy et s'estant avancé jusques à La Fère , y attendoit le général Rose qui estoit campé à Bruïères, devant la ville de Laon , lequel s'alla joindre au maréchal de Praslin par Follembray, oii il campa cinq ou six jours ; ensuilte le maréchal de Saineterre passa par le Laonnois avec ses troupes, qu'il fit loger à Disy et à Rosoy, et assembla l'armée du roy à Athies , proche Laon. De là il alla à Guise , ce qui obligea l'ennemi de laisser cette ville libre , après un siège de dix-sept jours , au mois de juin. Le maréchal de Praslin se retira à Ri-

bemont. Les ennemis, après quinze jours, assiégèrent ensuitte La Capelle , et le maréchal de Praslin vint à Marie avec ses troupes , mais la ville de La Capelle s'estant rendue le 12 août, il se retira à La Fère ; le maréchal de Saineterre alla à Rheims avec ses troupes, tandis que le général Rose vint à Laon avec le corps d'armée. Il y demeura douze jours , tant dans la ville que dans les faubourgs.

L*arcbiduc Léopold, arrivé à Tarmée des Espagnols, la trouva occupée à la réparation de La Capelle. Il passa la rivière d^Esne à Neufchàtel , ayant laissé deux régiments à Yervins. Il prit Marie en passant et obligea les habitants de lui foamir quelques provisions de bouche pour son armée. Sortant de Neufchàtel , il assiégea et prit Rethel, le Château Porcien, Fismes, et passa aux murs de Rheims et de ChÀlons. Cecy avoit lieu aux mois d'août , septembre et octobre. Le maréchal de Praslin vint à Laon y où il assembla un corps d'armée , et en partit y ayant laissé les régiments de Mazarin , de la Marine et un autre. H passa la rivière d*Esne au Pont-Arcy, alla à Fismes et de là à Rheims; huit jours après, TÂrchiduc ayant surpris le Pont-Arcy, ville de ce païs-là, lavagea tout le territoire du Laonn(»s , et, abandonnant Fismes , alla assiéger Mouzon. Le duc de Villequaire vint de Soissons à Laon pour y renouveler la garnison , et y ayant laissé les régiments de Piémont , de Picardie et de Rambures , en emmena trois autres avec lui à Mëzièrcs. Il li'est pas nécessaire de faire un dénombrement des maux que souffrit le laonnois pendant ce temps-là , lesquels ont fait expérimenter à ce païs tout ce que la guerre a de plus rude, excepté le siège.

ARMAND De HOCQUINCOURT , 6e ABBÉ COMMENDATAIRE.

César d'Estrées , abbé de Notre-Dame de Long-Pont , * au

(1) L'abbaye de Long-Pont fut fondée en H32 par Joslein , évéque de Soissons ; ce prélat fondait dans les mêmes temps les abbayes de Chartreuve , de Lieu-Restauré , de Val-Chrétien , du Charme et de Braine.

C'était dans ce douzième siècle, si fécond en institutions monastiques ; Tordre

diocèse de Soissons , fils d'Ânnibal d'Estrées , marquis de Cœuvres , et de Marie de Béthune. sœur de Henri de Bélhune, archevêque de Bordeaux , reçut le brevet de sa nominatioD à l'évéché de Laon au mois de février 1653. Il obtint ses bulles

de Saint-Bernard venait de naître, et déjà des communautés nombreuses obéissaient à sa règle. Joslein, que les vieilles chroniques appellent un Pasteur %élé , le Père des monastères et le promoteur de la piété dans son dio~ cèse , avait remarqué dans ses courses apostoliques le lieu dit Long-Pont, situé aux confins de la grande forêt de Retz , et que distinguait l'aménité de son sîte. Quelques demeures isolées , restes d'une ancienne paroisse, en occupaient remplacement. Joslein forme le projet d'y établir un monastère sous la règle de Saint-Bernard, et lui-même va demander à Vabbé de Glervaux des religieux et un abbé. Enrichi des largesses du pieux pontife et de celles des seigneurs voisins , le couvent de Long-Pont prend bientôt rang parmi les plus célèbres abbayes du diocèse. Raoul l«r, comte de Yermandois , le dote avec la munificence qui lui est propre, et fait bâtir son église et ses lieux réguliers. Raoul H, son fils, et la comtesse Eléonore de Valois multiplient envers lui les donations ; les seigneurs de Ghérisy, de Montmirail , de Goucy marchent sur leurs traces.. Dévasté lors des invasions anglaises et dans les guerres de religion, le monastère de Long-Pont se releva toujours brillant et répara ses désastres. Il devint dans le cours des âges la retraite choisie de plusieurs grands personnages recommandables par leur noblesse on leurs vertus. Pierre-le-Ghantre , docteur-régent en théologie , s'y retire au moment où brillent devant ses yeux les splendeurs de l'épiscopat; Jean, seigneur de Montmirail et d'Oisy, vient y ensevelir son nom et sa sainteté sous la robe d'un simple moine. Les comtes de Yermandois et de Valois , plusieurs évêques et comtes de Soissons y trouvent leur sépulture. Trente abbés réguliers se succèdent dans son enceinte de 1132 à 1531 ; ses abbés commendataires sont issus des plus nobles fmiilles de France et occupent les premières positions de l'Eglise.

Les restes de l'ancien couvent des bernardins de Long-Pont, conservés jusqu'à ce jour par une main intelligente , font encore l'admiration des visiteurs. Deux vastes ailes de bâtiments, une partie des cloîtres, débris du passé, témoignent de la magnificence des anciennes constructions. L'église a été détruite en nugeure partie ; son vaste portail , avec sa rosace ouverte , quelques pans de murailles , quelques parties de voûtes préservées avec soin , sont les seuls vestiges qui nous en restent.. Un petit sarcophage en fer, orné des blasons des seigneurs de Montmirail et de leur fomille , et renfermant les ossements de Jean de Montmirail , qualifié du titre de saint dans le nécrologe de Gtteaux, est conservé encore aujourd'hui dans l'église paroissiale de Long-Pont.

— oo4 —

du pape Alexandre VU', en septembre 1655, et fut sacré évéque de Laon par son oncle Henri , archevêque de Bordeaux. Les assistants estoient Denys Sanguin , évéque de Senlis, et Louis de Biehesne , évéque de Tulle. Le nouvel évéque prit possession de son évéché par le ministère d'Antoine Bellotle , chanoine et doyen de sa cathédrale, lui en ayant envoyé procuration expresse » lequel il constitua ensuitte son grand-vicaire comme il Testoit déjà sous son prédécesseur.

Estant arrivé en son évéché , il s'employa tout de bon aux fonctions de sa dignité , iit réparer son palais épiscopal , établit un séminaire pour l'instruction des jeunes ecclésiastiques» et ayant acheté une maison , y introduisit les Pères de la Mission. Il fut ensuitte créé cardinal, du titre de Sainte-Marie- enla Voie , par le pape Clément X®, à la recommandation du roy de Portugal, auquel il avoit conduit la reine, son épouse , mademoiselle de Nemours. Il estoit en ambassade à Borne avec le duc d'Est fées , son frère , lorsque le pape lui conféra cette dignité.

Le maréchal d'Estrées avoit demandé pour lui notre abbaye, vacante en ces mêmes temps , mais elle fut donnée à Armand de Hocquincourt , ' fils du maréchal de même nom.

Laon , affligée de contagion , en est délivbée

PAR LES MÉRITES DE SAINT CaNOALD , DONT LES SACRÉES RELIQUES

Page 1