PAR SAINT REMY ET SAINT GÉNEBAULT
B droit de sépulture établi en cette église du temps de saint Remy et de saint Génebault est encore une autre prérogative de cette abbaye, et elle confirme le droit de second siège de Tévêché de Laon. Car , après que les évéques avoient résidé pendant leur vie en la cathédrale de Notre«Dame, ils estoient apportez en cette église de Saint- Vincent, après leur mort, pour y attendre le jour du jugement et y recevoir une vie nouvelle dans leur résurrection glorieuse. Ce droit de sépulture est très-bien établi dans les anciens cartulaires de Tabbaye, dont il me suffira d'apporter quelques textes pour la preuve de cette vérité; le premier, de Lothaire, roy de France, en 975 : « jRortco, Laudunieœurbisepiscopus, humiliter postulavit quatenùs » pretiosissimimartyris ChristiVincentiihasilicœ^-insuburbioproÇ' îf (Uctm civiUUis suprà montem constructœ, adeàque honoratœ ut » seeunda sedes ex antiquo sit appellata^ et episcoporum, canontco- » rum ac nohilium Idicorum totius urhis fuerit sepultura, etc. \r>
(1) [.. . ffoitrœ regkt auctoriiati9 pt^mcepium renovart dignaremur,.. est-il ajouté dans la Charte de Lothaire.] « Roricon , évéqoe de Laon, nous supplia » de reacoveter la sanction de notre autorité royale en faveur des privilèges de » régKse du glorietix martyr saint Tmcent, située dans le faubourg de la ville
Un autre texte de Roricon, éveque de Laon , confirme cclui-cy: i( Secundœ sedis episcopatûs dignitatem ah antecessoribus nostris » antiquitùs eidem eccîesiœ concessam approhans confirmavi, sepul- » turam quoque episcoporum ,■ canonicorum casaiorum , custodum » matris eccîesiœ, capellanorum, etc. *... Celte charte est de96i; nous n'en pouvons produire de plus ancienne, si ce n'est celle de Didon, évêque de Laon, lequel vivoil du temps de la destruction de cette abbaye par les Normahs* ; ellie dit la même chose. J'omets les autres textes des autres évêques de Laon qui sont.très-exprèz. On peut voir plus haut (livre 2, chap. !**'), le texte de roy Raoul. Guy, doyen de la cathédrale, confirme le roêmeprivil(5ge : et Cette église, dit-il, est la fille spéciale dé » notre église, et nous sommes obligez d'y estre enterrez. » Cette autorité est de 1 i 36.
Non-seulement les chanoines el les Laonnois estoient obligez d'estre enterrez dans cette abbaye, mais encore toutes les autres personnes qui décédoient dans les limites de la paix de Laoo , comme il se voit par une sentence donnée en faveur de cette abbaye contre celle de Nogent. L'abbaye de Nogent prétendoit avoir la séptiiture de la dame Agnès, femme d'un Ingelran de Coucy, laquelle faisoit résidence ordinaire en son district. Néanmoins, comme elle décéda à Laon, nos religieux l'enterrèrent en cette abbaye de Saint- Vincent, selon leur droit, dans lequel ils ont esté maintenus par sentence donnée par délégation dq Saint Siège, en laquelle il est dit qu'en semblable cas, chacune des deux églises auroit la moitié du profit des funérailles '.
» et sur le haut de la montagne , église tellement en honneur que depuis long-' B temps elle est dite le second siège de Laon et la sépulture des évêques, » des chanoines et des nobles de toute la ville. & »
(1) « Nous avons confirmé à cette église (de Saint-Vincent) le titre de second » siège de Laon , à elle attribué depuis long-temps par nos prédécesseurs, et » celui de sépulture des évêques, ckanoirtes domiciliés, contres de Véglise » cathédrale, chapelains, &... »
(2) Didon fut évéque de Laon vers 882 et mourut vers 892 ou 895.
(3) Ce fait s'est passé en 1174. Agnès de Hain^ut, femme de Raoul l«r,sird
Quoique la ville fût petite , il y avoit cependant plusieurs portes à Laon , dont celle qui donnoit passage aux corps morts de la ville pour estre apportez à Saint -Vincent, s'appeUoit Porte Morteilâ on des Morts. Elle s'appelle aujourd'huy porte de Ghenizelle ou de Saint-Michel , parce qu*eUe est proche de Té* glise de ce St-Archange*.
La possession du droit de sépulture en cette église a esté paisible Jusques au temps de Tévèque Barthélémy , lequel ou igno-> rant notre droit, ou s*estant laissé surprendre, accorda/aux religieux nouvellement établis dans Tabbaye de saint-Jean un cimetière , près la même église de Saint* Jean , entre Tenceinte des murs. De quoi Anselme, abbé de Salni-Vineent, fit plainte au même Barthélémy , comme d'une chose inouïe et contre Tancienne coutume de la ville et les droits de Saint-Vincent, ainsi fort lésez. L'évèque prit conseil en cette affaire de Tarchevèque de Reims , Samson , de f évêque d'Amiens et de plusieurs autres personnes discrètes , ordonnant ensuitte que le cimetière qui! avoit donné à Saint-Jean ne serviroit que pour les moines et les convers de l'abbaye , avec deffenses expresses , sous peine d'excommunication, à toute église et personne de faire aucun cimetière à Tavenir dans l'enceinte de la ville. L'évèque Barthélémy , rarchevèque Samson et Thierry , évéque d'Amiens , ont souscrit à cette charte environ l'an 1144 ou 4145. L'archevêque de Reims , Samson, confirma cette sentence de Tévêque
de Coucy, étant morte à Laon, fut inhumée, non dans Tabbaye de Saint-Vincent, comme dit Tauteur , niais dans celle de Nogent, où elle avait choisi sa sépulture. Les moines de Saint-Vincent, ayant revendiqué, mais en vain, son corps, portèrent leur plainle au Pape et celui-ci chargea Févéque de Soissons d'examiner Taffaire. H fut décidé, en 1177, que le corps d'Agnès de Hainaut resterait à Nogent, mais que les deux abbayes de Saint-Vincent et de Nogent partageraient le legs fût par la défunte pour son anniversaire. Différentes atteintes furent portées ainsi , dans ces siècles , au droit de sépulture de Tabbaye de Saint- Vincent.
(1) L'Eglise StpMichel, dont les restes furent démolis seulement en^ 1838, était située près de la porte Moi'telle, à l'entrée de la Cité.
de Laon qui avoit joint ses prières à ceHes de l'abbé Ansehne pour obtenir cette confirmation , laquelle en même temps confirmoit le droit de sépulture aux moines de Saint-Jean , dans le cimetière que Barthélémy avoit bâii chez eux , mais pour eux et leurs domestiques seulement. C'est icy la première brèche faite au droit de sépulture de Saint- Vincent , environ l'année 1145 , de laquelle année la confirmation de Samson , archevêque,
est datée.
Les religieux de Saint-Martin de Laon , prétendant que cette defTense n'estoit pas pour eux , parce qu'ils estoient hors la ville ou du moins hors les murailles de la cité % ne se firent pas de scrupule, et voyant que les religieux ouuchevaliers du temple avoient obtenu un cimetière aussi bien que ceux de Saint-Jean pour y ensevelir leurs mofts » croyant avoir plus de privilèges que les autres, non-seulement ils enterroient leurs c<mArères de£Ebnts chez eux, mais ils conclurent encore avoir droit d'y ensevelir les externes. Une femme ayant ordonné en sa derni^e volonté qu'on enterrât son corps dans l'église de Saint-Martin , nos religieux, jaloux du tort qu'on leur faisoit et à cette abbaye de Saint-Vincent , allèrent attendre le corps sur le lieu par lequel il devoit passer et comme il n'y avoit qu'un prêtre le conduisant à Saint-Martin , nos religieux enlevèrent le corps et rapportèrent en cette abbaye où ils lui donnèrent sépulture. L'abbé et les religieux de Saint-Martin , prétendant que les nôtres leur avoient fait injure, en écrivirent fortement au pape Alexandre iii*, l'année première de son pontificat (4159) , demandant que les ossemens et profits de la sépulture leur fussent restituez. Le pape délégua certains commissaires , leur commandant de faire droit aux momes de Saint-Martin , au cas que la chose fât teUe qu'elle avoit été exposée, avec deffense à nos religieux d'en user de la sorte à l'avenir. La raison de cette sentence est parce que
(1) L*Âbbaye de StrMartin était située à rextrémité ouest de la ville. Les bâtiroens en sont occupés auyourd^bai par THôtel-Dieu , et Téglise est devenue église paroissiale [Voir Livre 5«, Chapitre tf«.)
Tabbaye de Saint-Martin estoit en meilleure observance et renommée que celle de Saint-Vincent. Elle fut portée nonobstant tous les privilèges et coutumes contraires et nommément contre la bulle du pape Adrien IV% bulle par laquelle il confirme à l'abbaye.de Saint-Vincent le df^it de sépulture dans toute Testendue de la paix de Laon , conformément aux anciens privilèges.
La cathédrale se voyant seule privée de sépulture fit arrangement avec notre abbé et les religieux , lesquels accordèrent droit de sépulture en icelle » mT)yennant la ferme de Bèsny et ses dépendances qui furent données à cette abbaye pour Tindemniser des dommages qu*«lle souffroit à cette occasion. Ce fut icy le dernier coup porté au droit de sépulture de Saint- Vincent, car du depuis chacun déserta ce cimetière et alla éhercher sépulture en la cathédrale. Le premier évéque qui s*y fit en* terrer fut Gtmerus , en Tan 1^49 , quoique presque tous ses prédécesseurs aydnt esté enterrez à Saint-Vincent.
Les lieux eu i*on enteiToit tes morts estoient Téglise pour les évêques et personnes de méHte , puis les «ndroits adjacents et environnants pour les autres.
Quoique les évéques puissent choisir anjourd'huy sépulture eu un autre lieu qu'en cette église de St- Vincent , leurs corps doivent néanmoins y estre apportez et gardez une nuit , avant d'estre rendus pour les enterrer aux lieux quMls ont choisis pour leur sépulture. Ce que prouvent plusieurs chartes de ce monastère *.
(1) L'abbaye de St-Viacent revendiqua toiyours et jusque dans ces derniers temps ce privilège. Nous avons sous les yeux, une sommation de Geoffi'oy de BiUy, abbé de Saint-Vincent, réclamant du chapitre de la cathédrale le corps de Jean de Bours, évéque de Laon, décédé en 1580. Elle est ainsi conçue: « Iceluy sei- » gneur, abbé de &ûnt-Vincent , somme les dits ligueurs du chapitre qu'ils N ayent à luy rendre le corps du seigneur évéque décédé , pour estre transporté » en la dite abbaye et y passer une nuit , selon la coutume ancienne , poW de » là le rendre et conduire honorablement en la dite église de Notre-Dame de » Laon, où il a eslu sa sépulture. » Cette sommation est datée du 22 juin 1580. Deux siècles plus tard , même réclamation ^vait lieu lors du décès de Monseigneur de Rochechouart , cardinal-évêque de Laon. Le 25 mars 1777, un huissier se présentait, au nom de la communautc? de Saint-Vincent, demandant que